{"id":107941,"date":"2014-12-14T09:05:53","date_gmt":"2014-12-14T08:05:53","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=107941"},"modified":"2014-12-14T09:05:53","modified_gmt":"2014-12-14T08:05:53","slug":"frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6)"},"content":{"rendered":"<h2>Chapitre VI: Les \u0152uvres<\/h2>\n<p style=\"padding-left: 60px\">\u00ab Je ne connais pas d\u2019homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine&#8230; Il n\u2019y a pas de belle vocation litt\u00e9raire sans une id\u00e9e ma\u00eetresse qui la d\u00e9cide.\u00a0\u00bb<br \/>\nFr\u00e9d\u00e9ric Ozanam.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Ozanam01.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-132766\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Ozanam01-254x300.jpg?resize=254%2C300\" alt=\"Ozanam01\" width=\"254\" height=\"300\" \/><\/a>Une id\u00e9e dirigea toutes les actions d\u2019Ozanam, lui dicta tous ses \u00e9crits, lui inspira toutes ses entreprises. On peut dire que jamais il ne prit la plume sans qu\u2019elle f\u00fbt devant lui, conclusion pr\u00e9vue de tous ses travaux, but supr\u00eame de tous \u2022ses efforts. Encore enfant, elle le p\u00e9n\u00e9tra et s\u2019em\u00adpara de son intelligence avant que d\u2019autres influen\u00adces aient pu seulement l\u2019effleurer.Elle fut sa raison d\u2019\u00eatre et il pr\u00e9senta ce spectacle magnifique d\u2019une vie consacr\u00e9e enti\u00e8rement jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9faillance des forces physiques \u00e0 la d\u00e9monstration d\u2019un prin\u00adcipe, \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une id\u00e9e.<\/p>\n<p>La glorification de la religion par l\u2019histoire fut ce but constamment poursuivi.<\/p>\n<p>A peine \u00e2g\u00e9 de dix-sept ans, il constatait lui- m\u00eame dans une lettre \u00e0 un parent tendrement aim\u00e9 que cette id\u00e9e s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de lui tout entier : \u00ab Je reviens \u00e0 notre sujet favori. Oh ! ce- n\u2019est point l\u00e0 un r\u00eave de jeune homme, c\u2019est un germe f\u00e9cond d\u00e9pos\u00e9 dans notre esprit pour se d\u00e9velopper et se produire ensuite sous une forme splendide. L\u00e0 dedans est tout notre avenir, notre vie enti\u00e8re&#8230; Vois-tu ! Il faut \u00e0 l\u2019homme quelque chose qui le poss\u00e8de et le transporte, qui domine- ses pens\u00e9es et qui l\u2019\u00e9l\u00e8ve&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Il reste lui-m\u00eame \u00e9tonn\u00e9 de cette constatation. Il se compare \u00e0 la grenouille de La Fontaine, au ridiculus mus d\u2019Horace : \u00ab&#8230; Moi aussi j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 de ma hardiesse ; mais qu\u2019y faire? Quand une id\u00e9e s\u2019est empar\u00e9e de vous depuis deux. ans et surabonde dans l\u2019intelligence impatiente qu\u2019elle-est de se r\u00e9pandre au dehors, est-on ma\u00ee\u00adtre de la retenir ? Quand une voix vous crie sans cesse : Fais ceci, je le veux! peut-on lui dire de se taire ? \u00bb<\/p>\n<p>Deux ans avant qu&rsquo;il \u00e9criv\u00eet cette lettre, d\u00e8s 1829, Ozanam avait d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u la pens\u00e9e d\u2019un vaste ouvrage dont le titre devrait \u00eatre : D\u00e9mon\u00adstration de la v\u00e9rit\u00e9 de la religion catholique par l&rsquo;antiquit\u00e9 des croyances historiques, religieuses et morales. Dans une lettre \u00e0 un ami&rsquo;nous en trouvons le plan expos\u00e9 avec quelques d\u00e9tails : \u00ab Depuis que j\u2019ai r\u00e9fl\u00e9ehi sur le sort de l\u2019huma\u00adnit\u00e9, une id\u00e9e principale m\u2019a toujours frapp\u00e9 : de m\u00eame qu\u2019une fleur contient dans son sein les germes innombrables des fleurs qui doivent lui suee\u00e9der, de m\u00eame le pr\u00e9sent qui vient du pass\u00e9 contient l\u2019avenir. Si donc il est vrai que l\u2019huma\u00adnit\u00e9 va subir une recomposition nouvelle \u00e0 la suite des r\u00e9volutions qu\u2019elle \u00e9prouve, il faut reconna\u00eetre que les \u00e9l\u00e9ments de cette synth\u00e8se d\u00e9finitive doivent se retrouver dans le pass\u00e9, car on ne saurait admettre que la Providence ait laiss\u00e9 le genre huma\u00abn assis durant six mille ans \u00e0 l\u2019ombre de l\u2019erreur et de la mort, sans lumi\u00e8re et sans appui. )) Il y avait peut-\u00eatre quelque auda\u00adcieuse pr\u00e9tention dans le titre choisi et dans le plan con\u00e7u. Mais d\u00e9j\u00e0 on pouvait y reconna\u00eetre quelques germes de l\u2019\u0153uvre future, et d\u00e8s lors ce fut par les \u00e9tudes les plus diverses qu\u2019il se pr\u00e9\u00adpara \u00e0 ce grand r\u00f4le d\u2019apologiste chr\u00e9tien, qui d\u00e8s cette \u00e9poque exigeait les connaissances les plus vari\u00e9es.<\/p>\n<p>La marque la plus distinctive du si\u00e8cle dernier est peut-\u00eatre le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de la critique. Les sciences historiques ont fait un grand pas par l\u2019ardeur qu\u2019on a mise \u00e0 remonter aux sources et \u00e0 discuter les documents. La religion se trouva ainsi en face de- nouveaux adversaires, il lui fallut de nouveaux d\u00e9fenseurs.<\/p>\n<p>Ozanam fut un de ceux-l\u00e0.<\/p>\n<p>L\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne, tout en conservant immuablement l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des dogmes, doit se renouveler selon les attaques dirig\u00e9es et les objections que le si\u00e8cle soul\u00e8ve. Jamais elle ne s\u2019est trouv\u00e9e muette devant ses adversaires par\u00adce qu\u2019elle a su faire face \u00e0 tous les arguments nouveaux, \u00e0 toutes les d\u00e9couvertes, \u00e0 toutes les sciences, \u00e0 toutes les inqui\u00e9tudes propres \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration. Son terrain varie \u00e0 l\u2019infini. Tant\u00f4t ses adversaires demandent \u00e0 la philologie, \u00e0 la linguistique leurs arguments, les raisons de leurs attaques : tant\u00f4t la critique des textes, l\u2019ex\u00e9\u00adg\u00e8se, leur servent de pr\u00e9f\u00e9rence de point de rallie\u00adment. Au moment o\u00f9 Ozanam entra dans la lutte, les adversaires du christianisme, les saint-simo- niens en t\u00eate, renouvelant les th\u00e9ories du xvm<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pr\u00e9tendaient trouver dans l\u2019histoire l\u2019arme d\u00e9cisive. Le christianisme aurait arr\u00eat\u00e9 l\u2019\u00e9closion de la civilisation et replong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e9bres des premiers si\u00e8cles le monde romain. Cette objec\u00adtion bien d\u00e9mod\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e9tait encore sur \u00bb les l\u00e8vres de beaucoup, malgr\u00e9 la faveur pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s dont on entourait alors le moyen \u00e2ge.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode de transition qui s\u00e9pare la civilisa\u00adtion antique du moyen \u00e2ge et les d\u00e9buts obscurs de cette p\u00e9riode furent pr\u00e9cis\u00e9ment les points sp\u00e9ciaux qu\u2019Ozanam allait \u00e9tudier avec la con\u00adscience scrupuleuse qui caract\u00e9risa l\u2019homme tout entier. Il voulut prouver combien il \u00e9tait faux d\u2019accuser le christianisme d\u2019avoir arr\u00eat\u00e9 l&rsquo;essor de la civilisation, le d\u00e9veloppement de l\u2019huma\u00adnit\u00e9, mais qu\u2019au contraire ce fut lui qui sauva tout ce qui \u00e9tait l\u00e9gitime. Il re\u00e7ut du monde anti\u00adque tomb\u00e9 en d\u00e9cadence un h\u00e9ritage de civilisa\u00adtion qu\u2019il conserva religieusement et qui, sous les lumi\u00e8res de son influence, allait non seulement se conserver, mais se centupler. Et aux premiers si\u00e8cles, sous la barbarie apparente, le christia\u00adnisme agit d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9parant les si\u00e8cles futurs. Loin de faire reculer l\u2019humanit\u00e9, il introduisit au milieu des m\u0153urs des barbares le rayon de la civilisa\u00adtion antique d\u00e9velopp\u00e9, purifi\u00e9 sous l\u2019influence de sa saintet\u00e9 et de son g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Tel sera le point de d\u00e9part de l\u2019\u0153uvre d\u2019Oza- nam ; il l\u2019a r\u00e9sum\u00e9 lui-m\u00eame en disant : \u00ab Toute la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise repose sur trois fondements : le christianisme, la civilisation romaine et l\u2019\u00e9ta\u00adblissement des barbares. Ce sont les trois sujets d&rsquo;\u00e9tude auxquels il ne faut se lasser de revenir d\u00e8s qu\u2019on veut s&rsquo;expliquer le droit public du pays, ses m\u0153urs, sa litt\u00e9rature. \u00bb<\/p>\n<p>Ozanam avait foi en sa mission. Une voix lui avait cri\u00e9 dans sa conscience : \u00ab Fais ceci, je le veux. \u00bb Et, docile, arm\u00e9 par une pr\u00e9paration scientifique rare pour son \u00e9poque, il consacra sa vie enti\u00e8re au d\u00e9veloppement de l\u2019id\u00e9e qui, d\u00e8s- son enfance, s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de lui. Il \u00e9tait comme pr\u00e9destin\u00e9 au grand r\u00f4le qui lui \u00e9tait marqu\u00e9- dans l\u2019apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne. A la suite de Chateaubriand, avec Montalembert, il allait r\u00e9pondre aux encyclop\u00e9distes du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent qui avaient singuli\u00e8rement d\u00e9figur\u00e9 la question,, et justifier le christianisme par l\u2019histoire du moyen \u00e2ge. Aux esprits imbus de th\u00e9ories du milieu du dernier si\u00e8cle, il fallait r\u00e9pondre en envisageant avant tout la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, en s&rsquo;adressant \u00e0 la sensibilit\u00e9 plus qu\u2019\u00e0 l\u2019intelligence.<\/p>\n<p>Dans l\u2019avant-propos de la Civilisation an V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Ozanam nous expose lui-m\u00eame son but, son plan dans une page qu\u2019il convient de citer tout enti\u00e8re pour la compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u0153uvre : \u00ab Je me propose d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire lit\u00adt\u00e9raire du moyen \u00e2ge depuis le v<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du xme, et jusqu\u2019\u00e0 Dante, \u00e0 qui je m\u2019arr\u00eate comme au plus digne de repr\u00e9senter cette grande \u00e9poque. Mais dans l\u2019histoire des lettres j\u2019\u00e9tudie surtout la civilisation dont elles sont la fleur, et dans la civilisation j\u2019aper\u00e7ois principalement l\u2019ouvrage du christianisme. Toute la pens\u00e9e de mon livre est donc de montrer comment le chris\u00adtianisme sut tirer des ruines romaines et des tribus camp\u00e9es sur ces ruines une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 capable de poss\u00e9der le vrai, de faire le bien et de trouver le \u00ab\u00a0beau. En pr\u00e9sence d\u2019un dessein si vaste, je ne me dissimule point mon insuffisance : quand les mat\u00e9riaux sont innom\u00adbrables, les questions difficiles, la vie courte et les temps pleins d\u2019orage, il faut beaucoup de pr\u00e9somption pour commencer un livre destin\u00e9 \u00e0 l\u2019applaudissement des hommes. Mais je ne pour\u00adsuis point la gloire qui ne se donne qu\u2019au g\u00e9nie ; je remplis un devoir de conscience&#8230; Mais pen\u00addant que les catholiques s\u2019arr\u00eataient \u00e0 la d\u00e9fense de la doctrine, les incroyants s&#8217;emparaient de l\u2019histoire. Ils mettaient la main sur le moyen \u00e2ge, ils jugeaient 1 Eglise quelquefois avec inimiti\u00e9, quelquefois avec les respects dus \u00e0 une grande ruine, souvent avec une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qu\u2019ils n\u2019auraient pas port\u00e9e dans des sujets profanes. Il faut recon\u00adqu\u00e9rir ce domaine qui est \u00e0 nous, puisque nous le trouvons d\u00e9frich\u00e9 de la main de nos moines, de nos b\u00e9n\u00e9dictins, de nos bollandistes. \u00bb<\/p>\n<p>Pas une seule page des nombreux travaux d&rsquo;Ozanam qui ne se rattache \u00e0 ce plan trac\u00e9, \u00e0 ce but d\u00e9termin\u00e9 : il a fait la preuve de ce qu\u2019il a \u00e9crit lui-m\u00eame : \u00ab Il n\u2019v a pas de belle voca\u00adtion litt\u00e9raire sans une id\u00e9e ma\u00eetresse qui la d\u00e9cide, qui saisit l\u2019esprit de bonne heure, qui l\u2019encha\u00eene et le discipline, ne l\u2019attachant \u00e0 la gl\u00e8be que pour la f\u00e9conder. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre totale que le temps seul a emp\u00each\u00e9 Ozanam de terminer aurait port\u00e9 comme titre : Histoire de la civilisation aux temps barbares. Il voulait en faire la mati\u00e8re de son enseignement pendant dix ans au moins avant d\u2019en composer un livre. Les deux volumes publi\u00e9s en t\u00eate de ses \u0153uvres compl\u00e8tes sous le titre : La Civilisa\u00adtion au v<sup>e<\/sup> si\u00e8cle auraient form\u00e9 l\u2019introduction naturelle de ce vaste travail. C\u2019est le tableau du monde romain p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par le Christianisme, de l\u2019h\u00e9ritage que l\u2019Eglise a recueilli de l\u2019anti\u00adquit\u00e9. C\u2019est au moment o\u00f9 les nations n\u00e9o-la\u00adtines se s\u00e9parent et commencent leur histoire, l\u2019\u00e9tude des sources de la po\u00e9sie et des arts.<\/p>\n<p>A la suite de cette premi\u00e8re partie, devait venir l\u2019\u00e9tude des invasions, l\u2019entr\u00e9e des barbares dans la soci\u00e9t\u00e9 romaine, les d\u00e9buts des diff\u00e9\u00adrentes nationalit\u00e9s et leurs manifestations. C\u2019est alors que nous voyons Bo\u00ebce, Isidore de S\u00e9ville, B\u00e8de, saint Boniface, qui ne permirent pas \u00e0 la nuit de se faire et consacr\u00e8rent leur vie \u00e0 porter la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l&#8217;empire envahi. Puis Ozanam se serait arr\u00eat\u00e9 avec complai\u00adsance \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Charlemagne, le grand res\u00adtaurateur des lettres, pour \u00e9tudier ensuite l\u2019An\u00adgleterre sous Alfred, l\u2019Allemagne sous les Otton et arriver ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Croisades, au pontificat de Gr\u00e9goire VII. Et il s\u2019\u00e9crie dans l\u2019enthousiasme qui le remplit devant un tel projet : \u00ab Alors j\u2019aurais les trois plus glorieux si\u00e8cles du moyen \u00e2ge, les th\u00e9ologiens comme saint Anselme, saint Bernard, Pierre Lombard, Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaven- ture ; les l\u00e9gislateurs de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019Etat, Gr\u00e9goire VII, Alexandre III, Innocent III et Innocent IV, Fr\u00e9d\u00e9ric II, saint Louis, Alphonse X ; toute la querelle du sacerdoce et de l\u2019empire, les communes, les r\u00e9publiques italiennes, les chroniqueurs et les historiens, les universit\u00e9s et la renaissance du droit ; j\u2019aurais toute cette po\u00e9sie chevaleresque, patrimoine commun de lEurope latine, et, au-dessous, toutes ces traditions \u00e9piques particuli\u00e8res \u00e0 cha\u00adque peuple et qui sont le commencement des lit\u00adt\u00e9ratures nationales; j&rsquo;assisterais \u00e0 la formation des langues modernes et mon travail s\u2019ach\u00e8ve\u00adrait par la Divine Com\u00e9die, le plus grand monu\u00adment de cette p\u00e9riode, qui en est comme l\u2019abr\u00e9g\u00e9 et qui en fait la gloire. \u00bb<\/p>\n<p>A la derni\u00e8re partie de ce plan gigantesque correspondent deux volumes des \u0153uvres d\u2019Oza- nam : les Po\u00eales franciscains et Dante ou la Philo\u00adsophie catholique au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Pour le reste, nous n\u2019avons que des fragments d\u2019\u00e9tudes, quel\u00adques discours, un travail remarquable sur les sources po\u00e9tiques de la \u00ab Divine Com\u00e9die \u00bb et d\u2019in\u00adnombrables notes, notamment sur l\u2019histoire litt\u00e9\u00adraire d\u2019Italie, d\u2019Allemagne et d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Tel est le plan suivant lequel Ozanam pr\u00e9ten\u00addait mettre en \u0153uvre la grande id\u00e9e historique qui, d\u00e8s l\u2019enfance, s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e de son cer\u00adveau. On peut dire qu\u2019il ne passa pas un seul jour sans travailler \u00e0 ce qui lui \u00e9tait apparu comme une mission sp\u00e9ciale de la Providence, une volont\u00e9 imp\u00e9rieuse d\u2019en haut. Il tra\u00e7ait ce plan d\u00e9finitif, que nous venons d\u2019exposer, quel\u00adques mois seulement apr\u00e8s une maladie qui l\u2019avait men\u00e9 aux portes du tombeau, et malgr\u00e9 une sant\u00e9 encore chancelante, pas un seul in\u00adstant le d\u00e9couragement et l\u2019h\u00e9sitation n\u2019avaient eu prise sur lui.<\/p>\n<p>Et quand on consid\u00e8re les travaux achev\u00e9s, les mat\u00e9riaux rassembl\u00e9s par lui, il en ressort un effort de volont\u00e9 prodigieux.Ozanam n\u2019avait pas, de son propre aveu, le travail facile, et il dut compter constamment avec ses forces physiques. Il l\u2019avouait dans une de ses litres: \u00ab L\u2019\u00e2me est bien plus \u00e0 son aise quand le corps est dispos, et l\u2019on \u00e9tudie avec bien plus de pers\u00e9v\u00e9rance et de fruit, quand la douleur ne vous assi\u00e8ge pas matin et soir de ses importunit\u00e9s. J\u2019en parle avec quel\u00adque connaissance. )) Quel courage faut-il \u00e0 celui qui, au d\u00e9but de chaque page commenc\u00e9e, peut se dire comme Ozanam : \u00ab Je ne sais si j\u2019atteindrai la fin de cette page qui fuit sous ma plume. \u00bb<\/p>\n<p>H\u00e9las ! le temps devait manquer au bon ouvrier pour terminer et couronner ce grandiose \u00e9difice. Il avait vu trop grand et il devait avant l\u2019heure en go\u00fbter la r\u00e9compense. Mais le temps qui lui fui mesur\u00e9 fut abondamment rempli et c\u2019est de lui qu\u2019on peut dire justement : Consumnicitiis in brevi, explevit tempova multa. Le pressentiment de sa fin pr\u00e9matur\u00e9e ne le hantait-il point lorsqu\u2019il \u00e9crivait: \u00ab La vie s\u2019avance&#8230; Il faut saisir le peu qui reste des rayons de la jeunesse. Il faut tenir \u00e0 Dieu les promesses de mes dix-huit ans. \u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019atteignit pas la fin d\u00e9sir\u00e9e de ses travaux ; mais s\u2019il ne construisit pas l\u2019\u00e9difice, il laissa des mat\u00e9riaux imposants. Et aux choses inachev\u00e9es ne s\u2019attache-t-il pas une gloire particuli\u00e8re, un charme sp\u00e9cial fait d\u2019esp\u00e9rance et de regrets ?<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s sa mort, des mains pieuses et fid\u00e8les lui \u00e9lev\u00e8rent le monument le plus enviable : ce fut la publication de ses oeuvres compl\u00e8tes o\u00f9 se trouv\u00e8rent r\u00e9unis tous ses travaux et une partie de ses notes. Elles for\u00adm\u00e8rent un ensemble de neuf volumes auxquels furent ajout\u00e9s plus tard deux volumes de lettres qui ach\u00e8vent de faire conna\u00eetre l\u2019homme. Ce fut M. Amp\u00e8re qui pr\u00e9sida au choix des parties \u00e0 publier, car l\u2019abondance des notes exigeait une s\u00e9lection. Nul ne pouvait \u00eatre mieux choisi pour ce travail ; il gardait pour Ozanam une sorte de culte, un souvenir tout fraternel, et il avait v\u00e9cu avec lui dans la plus inti ne commu\u00adnion de sentiments et d\u2019id\u00e9es.<\/p>\n<p>La Civilisation an V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e avec justesse, parles \u00e9diteurs, ent\u00eate des oeuvres compl\u00e8tes ; c\u2019est de leur part une v\u00e9ritable reconsti\u00adtution. Cet ouvrage, divis\u00e9 en le\u00e7ons, est com\u00adpos\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019un cours et ne fut pas revu enti\u00e8rement par Ozanam. Seules, les premi\u00e8res parties furent de sa part l\u2019objet d\u2019une r\u00e9daction d\u00e9finitive : les autres, recueillies par un st\u00e9no\u00adgraphe, furent publi\u00e9es telles qu\u2019il les pronon\u00e7a ; \u00e0 peine les \u00e9diteurs ont-ils retouch\u00e9 quelques n\u00e9gligences dues trop visiblement \u00e0 la seule improvisation. Nous sommes donc en face de le\u00e7ons improvis\u00e9es o\u00f9 le fond fait vite oublier ce que la forme peut avoir de heurt\u00e9 ou de n\u00e9glig\u00e9. L\u2019ouvrage parut en 1855, environ dix-huit mois apr\u00e8s la mort d\u2019Ozanam, et l\u2019ann\u00e9e suivante l\u2019Aca\u00add\u00e9mie d\u00e9cernait \u00e0 l\u2019\u0153uvre un de ses prix sur le rapport de M. Villemain.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 il semble que toute civilisation va p\u00e9rir, que tout va s\u2019\u00e9crouler sous le poids des invasions, Ozanam nous montre le christia\u00adnisme moralisant le monde romain, sauvant\u2019 ce qui doit et ce qui m\u00e9rite de survivre de l\u2019antiquit\u00e9 et, en m\u00eame temps, f\u00e9condant les \u00e9l\u00e9ments nou\u00adveaux apport\u00e9s par les barbares. Des historiens chr\u00e9tiens aveugl\u00e9s par un pr\u00e9jug\u00e9 respectable ont pr\u00e9tendu que le christianisme avait cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 du moyen \u00e2ge, rejetant tout ce que le monde an\u00adtique lui apportait. Ozanam \u00e0 plusieurs reprises insiste sur ce point, que le christianisme n\u2019a pas fait \u0153uvre de cr\u00e9ateur, mais de transformateur.<\/p>\n<p>Il a purifi\u00e9 l\u2019homme par la morale chr\u00e9tienne, la famille par le respect de la femme, la soci\u00e9t\u00e9 par le respect de la conscience publique. Tel est le point de vue o\u00f9 se place Ozanam pour \u00e9tudier la civilisation des premiers si\u00e8cles, le grand travail qui a transform\u00e9 le monde antique en monde chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Dans une suite de tableaux successifs, il nous montre le droit chr\u00e9tien p\u00e9n\u00e9trant sous Constan\u00adtin et ses successeurs la soci\u00e9t\u00e9 romaine; les lettres accueillies peu \u00e0 peu par l\u2019Eglise ; la th\u00e9o\u00adlogie luttant contre les derni\u00e8res traces de l\u2019ido- l\u00e0trie r\u00e9fugi\u00e9e chez les manich\u00e9ens et les p\u00e9la- ^iens ; la philosophie chr\u00e9tienne trouvant un interpr\u00e8te incomparable dans la personne de saint Augustin renouant les traditions de Platon ; les m\u0153urs chr\u00e9tiennes transformant l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9 par la charit\u00e9, le droit au respect pour les faibles, le mariage ; la papaut\u00e9 et le monachisme dirigeant ce grand mouvement qui changeait la face du monde. La langue latine elle- m\u00eame se met au service de la nouvelle civilisation et s\u2019adapte \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 l&rsquo;\u00e9loquence, \u00e0 la po\u00e9sie nouvelle. L&rsquo;art correspond aussi aux temps nou\u00adveaux et c\u00e9l\u00e8bre ce qui avait \u00e9t\u00e9 si longtemps fl\u00e9tri et m\u00e9connu. \u00ab L\u2019antiquit\u00e9, s\u2019\u00e9crie Ozanam en ter\u00adminant sa le\u00e7on sur les m\u0153urs chr\u00e9tiennes, nous a surpass\u00e9s en \u00e9levant des monuments au plaisir; quand je vois nos villes de boue et de fange, nos maisons entass\u00e9es les unes sur les autres et la condition dure et mis\u00e9rable faite \u00e0 ces popula\u00adtions emprisonn\u00e9es dans les murs d\u2019une cit\u00e9, je me dis que si les anciens revenaient, ils nous trouveraient barbares, et si nous leur montrions nos th\u00e9\u00e2tres, ces petites salles enfum\u00e9es o\u00f9 nous nous pressons les uns contre les autres, ils se retireraient sans doute avec d\u00e9go\u00fbt. Eux, ils entendaient bien mieux l\u2019art de jouir, rien ne leur co\u00fbtait pour \u00e9lever leurs colis\u00e9es, leurs th\u00e9\u00e2\u00adtres, leurs cirques o\u00f9 venaient s\u2019asseoir les spectateurs par nombre de quatre-vingt mille ; ils savaient mieux l\u2019art de jouir, mais nous les \u00e9crasons par les monuments \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la douleur et \u00e0 la faiblesse, par ces innombrables h\u00f4tels-Dieu que nos p\u00e8res ont b\u00e2tis en l\u2019honneur de la vieillesse et de la souffrance. Les anciens savaient jouir, mais nous avons une autre science; ils savaient aussi quelquefois mourir, il faut l\u2019avouer; mais mourir, c\u2019est bien court&#8230; Nous, nous savons ce qui fait la v\u00e9ritable dignit\u00e9 humaine, ce qui est long, ce qui dure autant que la vie, nous savons souffrir et travailler. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le d\u00e9veloppement de cette magistrale \u00e9tude o\u00f9 l\u2019histoire devient une forme de l\u2019apolo\u00adg\u00e9tique, Ozanam fait preuve de la plus grande mod\u00e9ration. Emport\u00e9 par ses convictions, il aurait pu se laisser entra\u00eener aux pr\u00e9jug\u00e9s qui courent dans une certaine \u00e9cole en faveur du moyen \u00e2ge contre la litt\u00e9rature pa\u00efenne. Son esprit essentiel\u00adlement mod\u00e9r\u00e9 le prot\u00e9gea de semblables exc\u00e8s. Il suffit de parcourir quelques pages de ses \u0153uvres pour s\u2019assurer de l\u2019admiration qu\u2019il vouait aux po\u00e8tes de l\u2019antiquit\u00e9. Ce n\u2019est pas l\u2019influence de leurs \u0153uvres qu\u2019il d\u00e9non\u00e7ait avec \u00e9nergie, c\u2019est le r\u00e9veil des instincts mauvais, cet \u00e9ternel paga\u00adnisme de l\u2019humanit\u00e9 que certains se plaisent \u00e0 leur attribuer.<\/p>\n<p>Une autre th\u00e8se qu\u2019il attaqua avec non moins de vigueur fut celle tr\u00e8s \u00e0 la mode aux environs de 1840, qui pla\u00e7ait au moyen \u00e2ge l\u2019id\u00e9al de la f\u00e9licit\u00e9 humaine. Il bl\u00e2me, dans l\u2019avant-propos de la Civilisation au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, cette r\u00e9action indiscr\u00e8te en faveur d\u2019une \u00e9poque qu\u2019il connaissait si bien et que beaucoup de ses admirateurs connaissaient si mal. \u00ab On finira, dit-il, par soulever de bons esprits contre une \u00e9poque dont on veut justifier les torts. Le christianisme para\u00eetra responsable de tous les d\u00e9sordres dans un \u00e2ge o\u00f9 on le repr\u00e9\u00adsente ma\u00eetre de tous les c\u0153urs&#8230; Il faut voir le mal, le voir tel qu\u2019il fut, c\u2019est-\u00e0-dire formidable, pr\u00e9cis\u00e9ment afin de mieux conna\u00eetre les services de l\u2019\u00c9glise, dont la gloire, dans ces si\u00e8cles mal \u00e9tudi\u00e9s, n\u2019est pas d\u2019avoir r\u00e9gn\u00e9, mais d\u2019avoir com\u00adbattu. J\u2019aborde mon sujet avec horreur pour la barbarie, avec respect pour tout ce qu\u2019il y avait de l\u00e9gitime dans l\u2019h\u00e9ritage de la civilisation ancienne. \u00bb La pr\u00e9diction d\u2019Ozanam s\u2019est, mal\u00adheureusement, souvent r\u00e9alis\u00e9e ; et si on pouvait analyser la pens\u00e9e de beaucoup, on verrait qu\u2019il y a chez eux bien moins de haine contre la foi que d\u2019horreur pour les exc\u00e8s du moyen \u00e2ge. Des apologistes irr\u00e9fl\u00e9chis ont eu trop souvent l\u2019im\u00adprudence de r\u00e9clamer pour le christianisme une d\u00e9testable solidarit\u00e9 : les d\u00e9clamations contre l\u2019\u00c9glise devaient suivre de bien pr\u00e8s les d\u00e9clama\u00adtions contre le moyen \u00e2ge.<\/p>\n<p>Jamais les convictions religieuses d\u2019Ozanam n\u2019\u00e9gar\u00e8rent, par un z\u00e8le maladroit, son jugement et ses \u00e9tudes. Il fut, avant tout, un chr\u00e9tien, qui consacra sa vie enti\u00e8re, tous ses travaux sans exception, \u00e0 la glorification du christianisme ; mais il ne faudrait pas le prendre pour un de ces apologistes imprudents qui, sans examen, font tout concourir au but qu\u2019ils cherchent \u00e0 atteindre. Ac\u00f4t\u00e9du chr\u00e9tien il y a un savant d\u2019une \u00e9rudition et d\u2019un sens critique tout \u00e0 fait rares pour le temps o\u00f9 il a v\u00e9cu, et un artiste d\u2019une grande souplesse de compr\u00e9hension et d\u2019un \u00e9clectisme raisonn\u00e9.<\/p>\n<p>En 1847, paraissait la premi\u00e8re partie des Etudes germaniques et en 1849 la seconde sous le titre de la Civilisation chr\u00e9tienne chez les Francs.<\/p>\n<p>C\u2019est, pour la race germanique, ce qu\u2019Ozanam r\u00eavait de faire pour les grandes nationalit\u00e9s de l\u2019Europe occidentale : une histoire politique, litt\u00e9raire et eccl\u00e9siastique des temps m\u00e9rovin\u00adgiens et du r\u00e8gne de Charlemagne ; une \u00e9tude des peuples germains et de leur transformation sous l\u2019influence civilisatrice du christianisme.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il ait cherch\u00e9 \u00e0 les combattre sur bien des points, Ozanam a \u00e9t\u00e9 second\u00e9 dans ce plan gigantesque parles \u00e9tudes ant\u00e9rieures des savants allemands, des fr\u00e8res Grimm, de.Philipps, de Geijer. A la suite de ces ma\u00eetres s\u2019\u00e9tait form\u00e9e une \u00e9cole scientifique qui, par un patriotisme mal entendu, ne pr\u00e9tendait rien voir que de beau et de gigantesque dans les m\u0153urs des anciens Germains. Le christianisme en les p\u00e9n\u00e9trant n\u2019avait fait que les affaiblir et les affadir. Oza\u00adnam combat ces pr\u00e9tentions illusoires. \u00ab On a vant\u00e9, dit-il, la puret\u00e9 de la race allemande, quand, vierge comme ses for\u00eats, elle ne connais\u00adsait pas les vices de l\u2019Europe civilis\u00e9e. On n\u2019a plus tari sur la sup\u00e9riorit\u00e9 de son g\u00e9nie, sur la haute moralit\u00e9 de ses lois, sur la profondeur philosophique de ses religions, qui pouvaient la conduire aux plus hautes destin\u00e9es, si le chris\u00adtianisme et la civilisation latine n\u2019avaient d\u00e9truit ces esp\u00e9rances. Il n\u2019y a pas longtemps que Lassen, cet orientaliste consomm\u00e9, opposait, dans un \u00e9loquent parall\u00e8le, le paganisme lib\u00e9ral des Germains au Dieu \u00e9go\u00efste des H\u00e9breux ; et Gervinus, l\u2019historien de la po\u00e9sie allemande, ne peut se consoler de voir que la mansu\u00e9tude catho\u00adlique lui a g\u00e2t\u00e9 ses belliqueux anc\u00eatres. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est en r\u00e9futant cette th\u00e9orie qu\u2019Ozanam pose l\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse qui domine toutes ses \u00e9tudes sur les Germains.<\/p>\n<p>Poussant plus loin l\u2019\u00e9tude des m\u0153urs et des religions de l\u2019ancienne Germanie, il y d\u00e9couvre des \u00e9l\u00e9ments de grandeur morale, de puissance, des lois et des principes qui s\u2019accordent sur plus d\u2019un point avec les lois et les principes de l\u2019Orient : des langues, une po\u00e9sie qui offrent des rapports ind\u00e9niables avec les langues latine et grecque, avec l\u2019inspiration po\u00e9tique des peuples du Midi. Que conclure de ces rapprochements, si ce n\u2019est qu\u2019une tradition commune se retrouve aussi bien dans le monde grec et latin que chez les peuplades du Nord, qu\u2019un ordre ancien et universel a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit sous l\u2019effort du d\u00e9sordre et de la barbarie ?<\/p>\n<p>Incontestable devient donc pour Ozanam la fraternit\u00e9 des peuples du Midi avec les Germains et les grandes races celte et slave ; c\u2019est l\u2019unit\u00e9 radicale des peuples indo-europ\u00e9ens, prouv\u00e9e par les migrations des races, par la comparaison des mythologies, par le rapprochement des lois, des langues, des religions, par un fond subsis\u00adtant de principes et de traditions. Quelque diff\u00e9\u00adrente que soit la destin\u00e9e de ces peuples di\u00advers, ils donnent tous le spectacle de la m\u00eame lutte. Il n\u2019en est pas de si barbare o\u00f9 l\u2019on ne voie un reste de civilisation qui se d\u00e9fend ; il n\u2019en est pas de si cultiv\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne touche au vif je ne sais quelle racine de barbarie que rien ne peut arracher. Au fond des soci\u00e9t\u00e9s, comme au fond de la conscience humaine, on retrouve la loi et la r\u00e9volte, c\u2019est-\u00e0-dire ce que Dieu n\u2019y a pas mis. L\u2019histoire, comme la tradition, aboutit au myst\u00e8re de la d\u00e9ch\u00e9ance<span id='easy-footnote-1-107941' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/#easy-footnote-bottom-1-107941' title='Revue contemporaine, 15 juillet 1856. E. Caro, Un apologiste chr\u00e9tien au XIX&lt;sup&gt;e&lt;\/sup&gt; si\u00e8cle.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. Les si\u00e8cles comme les indi\u00advidus devront racheter cette d\u00e9ch\u00e9ance, retrouver l\u2019ordre et la paix. Ozanam arrive ainsi, comme conclusion, \u00e0 l\u2019un des dogmes del\u00e0 \u00ab philosophie de l\u2019histoire \u00bb de Bossuet, philosophie qu\u2019il fait sienne.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas \u00e0 faire l\u2019examen des moyens qu\u2019il emploie pour arriver \u00e0 ces conclusions ; il est possible que l\u2019esprit critique d&rsquo;adversaires do\u00adcument\u00e9s rel\u00e8ve des difficult\u00e9s nouvelles, des lacunes d\u2019informations, des sources peu ou mal employ\u00e9es. Us ne nous emp\u00eachent pas n\u00e9anmoins d\u2019admirer le puissant esprit de synth\u00e8se qui pr\u00e9\u00adside \u00e0 ces d\u00e9monstrations et la hauteur des id\u00e9es avec lesquelles Ozanan traite ces questions his\u00adtoriques.<\/p>\n<p>Ce rapprochement \u00e9tabli, Ozanam entre alors dans le c\u0153ur de son sujet.Les Germains sont mar\u00adqu\u00e9s pour prendre en mains les destin\u00e9es de l\u2019Oc\u00adcident. Que leur manque-t-il pour accomplir ce grand r\u00f4le ? Il leur manquait assur\u00e9ment cette civilisation, cet ensemble de traditions que Rome a recueilli pour faire l\u2019\u00e9ducation des peuples ; maisils ont d\u00e9j\u00e0 subi le sort des armes romaines, et peu \u00e0 peu ils ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de l\u2019\u00e9l\u00e9ment latin. Cependant ils restent barbares, incapables encore d\u2019entrer sur la grande sc\u00e8ne du nionde.C\u2019est que la Rome pa\u00efenne, si elle conquiert les pays, ne s\u2019em\u00adpare pas des consciences : elle pourra pr\u00e9parer les chemins, mais la civilisation chr\u00e9tienne seule pourra achever la grande \u0153uvre commenc\u00e9e. La mission des Romains en Germanie ne fut pas st\u00e9\u00adrile ; \u00abquand la Providence prend \u00e0 son service des ouvriers comme les Romains, assur\u00e9ment elle ne se propose rien de m\u00e9diocre \u00bb ; mais elle fut incompl\u00e8te. Rome a pr\u00e9par\u00e9; le christianisme ach\u00e8vera, en s\u2019emparant des \u00e2mes.<\/p>\n<p>Le tableau qu\u2019Ozanam trace de cette civilisation nouvelle p\u00e9n\u00e9trant l\u2019\u00e9l\u00e9ment germain est \u00e0 citer tout entier, malgr\u00e9 sa longueur : \u00ab De toutes les fondations romaines, on n&rsquo;en voit point qui se fussent conserv\u00e9es, si le christianisme ne f\u00fbt venu les purifier et y mettre son signe. Les d\u00e9fri\u00adchements commenc\u00e9s par les colons militaires \u00e9taient perdus sans les colonies monastiques qui en h\u00e9rit\u00e8rent et qui les pouss\u00e8rent plus loin. Les villes rest\u00e8rent debout ; mais parce qu\u2019elles eu\u00adrent des saints, comme saint Aignan, saint Loup, saint S\u00e9verin, pour relever le courage des ha\u00adbitants et fl\u00e9chir la col\u00e8re des barbares.<\/p>\n<p>\u00ab Les institutions municipales ne p\u00e9rirent pas ; mais parce que, au milieu de leur d\u00e9cadence,elles furent prot\u00e9g\u00e9es par un pouvoir nouveau, celui de l\u2019\u00e9v\u00e8que devenu d\u00e9fenseur de la cit\u00e9. La mo\u00adnarchie imp\u00e9riale recommen\u00e7a avec Charlemagne; mais les peuples qui avaient droit de se d\u00e9fier d\u2019un pouvoir si dangereux, voulurent que cette mo\u00adnarchie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e S\u2019appel\u00e2t le Saint-Empire ; ils voulurent que l\u2019empereur, au jour de son cou\u00adronnement, f\u00fbt ordonn\u00e9 diacre, c\u2019est-\u00e0-dire ser\u00adviteur des pauvres.<\/p>\n<p>\u00ab On est moins surpris de l\u2019autorit\u00e9 des lois ro\u00admaines au moyen \u00e2ge, quand on les trouve d\u00e9\u00adclar\u00e9es saintes et v\u00e9n\u00e9rables par les canons de l\u2019\u00c9glise.Enfin, pendant queleslettres s\u2019\u00e9teignaient \u00e0 l\u2019ombre des \u00e9coles d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, l\u2019\u00e9loquence se r\u00e9fugiait dans la chaire \u00e9vang\u00e9lique, o\u00f9 elle re\u00adtrouvait les grands int\u00e9r\u00eats et les grands auditoires qui l\u2019inspirent. La po\u00e9sie, cet art religieux et po\u00adpulaire, revivait dans les hymnes sacr\u00e9es et dans les l\u00e9gendes. Ne d\u00e9daignons pas m\u00eame ce latin d\u2019\u00e9glise dont on ne remarque pas assez la na\u00efvet\u00e9 et la gr\u00e2ce : ce fut, pendant plusieurs si\u00e8cles, le seul langage possible de l\u2019enseignement et des affaires. L\u2019histoire n\u2019a peut-\u00eatre pas de plus beaux moments que celui o\u00f9 le christianisme intervient de la sorte entre le monde civilis\u00e9 et la barbarie, afin d\u2019achever un rapprochement pr\u00e9par\u00e9 de loin, mais arr\u00eat\u00e9 par des ressentiments terribles. L\u2019\u00c9glise,dont la mission est de r\u00e9concilier les en\u00adnemis, conclut cette pacification; elle en dicta les termes; elle resta gardienne du pacte sur la foi duquel la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne se constitua. \u00bb<\/p>\n<p>Cette longue citation contient le plan en entier du second volume des Etudes germaniques : il \u00e9tudie la lente prise de possession du monde bar\u00adbare parle christianisme dont la victoire devient d\u00e9finitive parla conversion des Francs,des Anglo- Saxons et par la pr\u00e9dication des Irlandais. Apr\u00e8s Charlemagne, il n\u2019y a plus de barbares : le chris\u00adtianisme avec les \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il a trouv\u00e9s a fond\u00e9 la civilisation moderne. C\u2019est, a dit tr\u00e8s justement M. Caro, la d\u00e9monstration du christianisme par ses rapports avec la civilisation.<\/p>\n<p>Je ne pr\u00e9tends pas que ce monument \u00e9lev\u00e9 par la science d\u2019Ozanam \u00e0 la glorification de l\u2019id\u00e9e chr\u00e9\u00adtienne soit inattaquable dans toutes ses parties ; mais lorsqu\u2019on ferme le volume, on reste \u00e9tonn\u00e9 de la courageuse probit\u00e9 de celui qui l\u2019a \u00e9crit, comme on reste charm\u00e9 par l\u2019\u00e9loquence vive et par la sensibilit\u00e9 na\u00efve qui font oublier l\u2019aridit\u00e9 de l\u2019\u00e9rudition. De toutes les \u0153uvres d\u2019Ozanam, c\u2019est peut-\u00eatre celle qu\u2019il faut pr\u00e9f\u00e9rer, tant pour la grandeur du sujet que pour la perfection de la forme.<\/p>\n<p>En 1847, Ozanam, revenant d\u2019Italie, en rappor\u00adtait non seulement un long rapport sur une mission que lui avait confi\u00e9e M. de Salvandy, mais encore l\u2019id\u00e9e et les documents d\u2019un livre charmant, qui parut l\u2019ann\u00e9e suivante sous le titre : Les Po\u00e8tes franciscains en Italie aa XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ce volume prend une place \u00e0 part dans les \u0153uvres d\u2019Ozanam, qui l\u2019\u00e9crivit avec amour, avec ce sens d\u00e9licat qu\u2019il poss\u00e9dait de la po\u00e9sie popu\u00adlaire. Il avait visit\u00e9 Assise, et d\u00e8s lors l\u2019image de saint Fran\u00e7ois ne l\u2019avait plus quitt\u00e9. Il l\u2019avait \u00e9tudi\u00e9 comme po\u00e8te, recueillant toutes les cir\u00adconstances qui avaient contribu\u00e9 \u00e0 la formation de cet esprit extraordinaire et discutant l\u2019authen\u00adticit\u00e9 des compositions qui lui sont attribu\u00e9es. Puis le g\u00e9nie du saint fondateur passe \u00e0 ses premiers disciples, \u00e0 Fr\u00e8re Pacifique, \u00e0 Jacomino de V\u00e9rone, \u00e0 Jacopone de Todi, le plus grand peut-\u00eatre de ces po\u00e8tes qui du fond de sa prison foudroie de ses satires le clerg\u00e9 et le peuple, et qui, arriv\u00e9 aux derni\u00e8res profondeurs du mysti\u00adcisme, fait penser d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sainte Th\u00e9r\u00e8se et \u00e0 saint Jean de la Croix. Les impressions de l\u2019artiste et du voyageur inspir\u00e8rent \u00e0 Ozanam cette \u00e9tude exquise ; ce n\u2019est ni un livre de science, ni un livre de religion ; c\u2019est plut\u00f4t un recueil de sou\u00advenirs, o\u00f9 il raconte les commencements de la po\u00e9sie religieuse chez les franciscains, dans ce pays aim\u00e9 de l&rsquo;Ombrie, \u00ab avec la complaisance qu\u2019on pardonne aux voyageurs pour les lieux qui les ont charm\u00e9s \u00bb. L\u2019\u00e9cole artistique et po\u00e9tique qui se forma autour du tombeau d\u2019Assise pour se r\u00e9pandre plus tard jusqu\u2019aux Alpes et jusqu\u2019\u00e0 la baie de Naples pr\u00e9parait dans le plan provi\u00addentiel la voie aux g\u00e9nies des si\u00e8cles suivants. Dante pouvait venir.<\/p>\n<p>Depuis le jour o\u00f9 Ozanam, visitant le Vatican, s arr\u00eata devant la Dispute du Saint-Sacrement et vit au milieu des docteurs de l\u2019Eglise les traits anguleux et \u00e9nigmatiques de Dante, le souvenir du grand po\u00e8te ne l\u2019abandonna plus : on en retrouve les traces dans nombre de ses \u0153uvres et deux volumes en entier lui sont consacr\u00e9s.<\/p>\n<p>Il commen\u00e7a par \u00e9tudier la philosophie de Dante; ce fut le sujet de sa th\u00e8se de doctorat, sou\u00adtenue \u00e0 la fin de 1838. Compl\u00e9t\u00e9e par des recher\u00adches plus nombreuses, elle paraissait, l\u2019ann\u00e9e suivante, sous ce titre : Dante et la philosophie catholique au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite peu apr\u00e8s ce premier voyage en Italie o\u00f9 Ozanam en avait puis\u00e9 l\u2019id\u00e9e premi\u00e8re. Il allait r\u00e9habiliter pour ainsi dire ce grand g\u00e9nie si longtemps m\u00e9connu en France, dont l\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait devenue proverbiale ; et nul n\u2019\u00e9tait mieux pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette t\u00e2che. Il connaissait \u00e0 fond la langue italienne, un peu sa langue maternelle, et il avait \u00e9tudi\u00e9 avec ardeur le moyen \u00e2ge.<\/p>\n<p>Le terme qu\u2019Ozanam avait lui-m\u00eame pos\u00e9 \u00e0 ses travaux \u00e9tait la philosophie catholique du xme si\u00e8cle, et cette philosophie lui paraissait pour ainsi dire concr\u00e9tis\u00e9e dans la Divine Com\u00e9\u00addie. Il \u00e9tait parti de la d\u00e9cadence latine, des premi\u00e8res manifestations du g\u00e9nie chr\u00e9tien, et avait travers\u00e9 les si\u00e8cles barbares sans jamais perdre de vue cette grande manifestation de la religion et de la po\u00e9sie o\u00f9 il avait devin\u00e9, selon l\u2019expression de l\u2019Italien Gioberti, la \u00ab Bible humaine de l\u00e0 soci\u00e9t\u00e9 moderne \u00bb.<\/p>\n<p>On peut envisager Dante sous trois aspects : il fut \u00e0 la fois po\u00e8te, politique, et philosophe. L\u2019\u00e9clat du po\u00e8te fut si grand que bien souvent on n\u00e9gligea les autres points de vue. De l\u00e0 peut- \u00eatre beaucoup d\u2019obscurit\u00e9s. Ozanam se proposa de raviver avant tout .le souvenir du philosophe, de montrer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sens po\u00e9tique le sens mys\u00adtique et symbolique de l\u2019\u0153uvre. Apr\u00e8s six cents ans le po\u00e8me de Dante apparaissait, en effet, comme une \u0153uvre purement po\u00e9tique, d\u00e9pouill\u00e9e de cet int\u00e9r\u00eat philosophique que son auteur avait plac\u00e9 au-dessus de tout autre, et par lequel il avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les plus profonds myst\u00e8res de la vie et de la destin\u00e9e.<\/p>\n<p>Le livre commence par un chapitre pr\u00e9limi\u00adnaire sur la tradition litt\u00e9raire en Italie depuis la d\u00e9cadence latine. C\u2019est un tableau des lettres sauv\u00e9es au milieu des invasions barbares par la papant\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, par le monachisme de l\u2019autre. \u00ab L\u2019Eglise a veill\u00e9 sur elles, pendant que l\u2019ou\u00advrier immortel semblait sommeiller&#8230; Le lever du treizi\u00e8me si\u00e8cle est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par des chants d\u2019une harmonie jusqu\u2019alors inconnue ; les hommes libres de Florence et de Sienne \u00e9chan\u00adgent des vers d\u2019amour avec les courtisans sici\u00adliens de Fr\u00e9d\u00e9ric II, tandis que, sur les monta\u00adgnes de l\u2019Ombrie, on entendait le cantique de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise. \u00bb L\u2019av\u00e8nement de Dante est pr\u00e9par\u00e9 lorsque le grand po\u00e8te appara\u00eet.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 une philosophie \u00e9crite en langue vul\u00adgaire , dans un idiome compr\u00e9hensible aux enfants m\u00eames, que nous serons initi\u00e9s. La phi\u00adlosophie italienne a de bonne heure pr\u00e9sent\u00e9 ce double caract\u00e8re, d\u2019\u00eatre morale dans sa direction et po\u00e9tique dans sa forme. Ozanam nous en aver\u00adtit avant d\u2019exposer la situation religieuse, politi\u00adque et intellectuelle de la chr\u00e9tient\u00e9 au treizi\u00e8me et au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, afin de mieux faire comprendre l\u2019influence exerc\u00e9e par Dante. \u00ab C\u2019est, dit Ozanam, aux approches de l\u2019an 1300, \u00e0 une de ces \u00e9poques solennelles o\u00f9 la prosp\u00e9rit\u00e9 m\u00eame a quelque chose de m\u00e9lancolique, parce qu\u2019elle se sent toucher \u00e0 sa fin, c\u2019est \u00e0 cette heure du chant du cygne que la philosophie du moyen \u00e2ge dut avoir son po\u00e8te; car, tandis que la prose, mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des ans, se corrompt bient\u00f4t et ne laisse plus apercevoir que d\u00e9figur\u00e9e l\u2019id\u00e9e qui y \u00e9tait enfouie, la po\u00e9sie est comme un corps glorieux sous lequel la pens\u00e9e demeure incorruptible et reconnaissable&#8230; La scolastique, menac\u00e9e d\u2019un prompt d\u00e9p\u00e9rissement, \u00e9prouvait le besoin d\u2019avoir son Hom\u00e8re, comme la philosophie grecque, quand elle avait trouv\u00e9 Platon. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019Italie, qui avait d\u00e9j\u00e0 eu Bruno Latini et Guido Cavalcanti, devait donner \u00e0 la philosophie du XIIIe si\u00e8cle son po\u00e8te.<\/p>\n<p>Ozanam expliquela double vocation n\u00e9cessaire pour remplir ce grand r\u00f4le : (( Selon les lois qui r\u00e9gissent le monde spirituel, pour \u00e9lever une \u00e2me l\u2019attraction d\u2019une autre \u00e2me est n\u00e9cessaire : cette attraction, c\u2019est l\u2019amour. Dante n\u2019\u00e9chappa point \u00e0 la loi commune&#8230; Quand B\u00e9atrix quitta la terre dans tout l\u2019\u00e9clat de la jeunesse, il la suivit par la pens\u00e9e dans le monde invisible et se plut \u00e0 la parer de toutes les fleurs de l\u2019immortalit\u00e9 : il la fit as\u00adseoir sur le tr\u00f4ne de Dieu ; il oubliait sa mort en la contemplant dans cette glorieuse transfiguration. Cette beaut\u00e9 qui s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e \u00e0 lui sous des formes r\u00e9elles, devenait un type id\u00e9al qui rem\u00adplissait son imagination&#8230; Il sut dire ce qui se passait en lui; il sut noter, pour parler son propre langage, les chants int\u00e9rieurs de l&rsquo;amour, et Dante fut po\u00e8te. \u00bbLa mort de B\u00e9atrix lui fit chercher des consolations dans quelques \u00e9crits de Bo\u00e8ce et de Cic\u00e9ron ; ce fut pour lui l\u2019initiation \u00e0 cette nou\u00advelle science qui s\u2019\u00e9leva ma\u00eetresse de son esprit, qui s\u2019imposa d\u00e8s lors \u00e0 son intelligence. Et, dans cette union de la philosophie et de la po\u00e9sie, r\u00e9\u00adside tout le secret de l\u2019immortalit\u00e9 de Dante.<\/p>\n<p>Mais il importait de d\u00e9m\u00ealer cette philosophie au milieu de tous les \u00e9pisodes parfois d\u00e9con\u00adcertants du po\u00e8me. C est par ce travail qu\u2019Ozanam se place au premier rangparmi les commentateurs de la Divine Com\u00e9die. Dans l\u2019Enfer il d\u00e9couvre une th\u00e9orie compl\u00e8te du mal sous tous ses aspects et \u00e0 tous ses degr\u00e9s. Il l\u2019envisage sous toutes ses formes : crime et ch\u00e2timent, cause et effet. Dans le Purgatoire, l\u2019homme d\u00e9chu revient peu \u00e0 peu \u00e0 la lumi\u00e8re, au vrai, au bien : c\u2019est la grande lutte des deux \u00e9l\u00e9ments moraux. Enfin le bien r\u00e8gne sans m\u00e9lange dans le Paradis : l\u2019homme se rap\u00adproche de plus en plus du bien parfait, de la Di\u00advinit\u00e9. Quant aux personnages qui \u00e9voluent dans ses trois cycles immenses, ce sont \u00ab des id\u00e9es in\u00adcarn\u00e9es, des figures vivantes : toute la Divine Co\u00adm\u00e9die est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e d\u2019un enseignement all\u00e9gorique qui en est la vie int\u00e9rieure. Toutes les con\u00adceptions, toutes les id\u00e9es de Dante rev\u00eatent cette forme de laquelle Ozanam cherche \u00e0les d\u00e9pouiller. Virgile, \u00ab ce ma\u00eetre de la science humaine \u00bb qui guide le po\u00e8te dans les d\u00e9dales de l\u2019Enfer et du Purgatoire, repr\u00e9sente pour le commentateur la philosophie elle-m\u00eame ; quant \u00e0B\u00e9atrix qui,plac\u00e9e au-dessus de tous et de tout, explique les splen\u00addeurs du Paradis : c\u2019est la th\u00e9ologie. Guid\u00e9 par ces repr\u00e9sentants de la raison et de la foi, le po\u00e8te s\u2019\u00e9l\u00e8ve du mal au bien, et, traversant les trois po\u00e8mes, il aboutit au Paradis, s\u00e9jour des \u00e2mes \u00e9pur\u00e9es par les \u00e9preuves de la vie, par l\u2019expia\u00adtion.<\/p>\n<p>Ozanam suit Dante au milieu de ses doctrines philosophiques et de sa science scolastiquc, dans cette lutte du bien et du mal, insistant sur les v\u00e9\u00adrit\u00e9s morales, concluant du monde visible au monde invisible.<\/p>\n<p>Quel sera le but final de ce long p\u00e8lerinage dans les trois, cycles du ch\u00e2timent, de la purification et de la supr\u00eame f\u00e9licit\u00e9? Ce sera Dieu lui-m\u00eame : \u00ab Des derni\u00e8res hauteurs du fini jusqu\u2019\u00e0 l\u2019infini, des plus sublimes cr\u00e9atures jusqu\u2019\u00e0 leur Cr\u00e9ateur, il y a un ab\u00eeme, et ce n\u2019est pas trop des forces de la raison et de la foi pour le franchir&#8230; Dans le ciel entrouvert un point lumineux apparut qui rayonnait d\u2019une clart\u00e9 insoutenable \u00e0 l\u2019\u0153il&#8230; Comme \u00e0ce spectacle le po\u00e8te demeurait suspendu entre l\u2019\u00e9tonnement et le doute, il lui fut dit : De ce point d\u00e9pendent le ciel et la terre. C\u2019\u00e9tait Dieu&#8230; \u00bb Tel est le dernier mot de la philosophie de Dante, de ce po\u00e8me \u00e9nigmatique qu\u2019Ozanam sut \u00e9claircir en catholique et en passionn\u00e9 du moyen \u00e2ge. Le symbole n\u2019est-il pas un gardien merveilleux de l\u2019id\u00e9e ? S\u2019il la tient cach\u00e9e \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res, n\u2019est-ce pas pour la mieux faire briller aux si\u00e8cles suivants ?<\/p>\n<p>Ozanam dans la derni\u00e8re partie de cette \u00e9tude cherche la placequ\u2019il convient d\u2019assigner \u00e0 Dante dans l\u2019histoire de la philosophie, et d\u00e9m\u00eale les rapports de ses doctrines avec celles des \u00e9coles de l\u2019antiquit\u00e9, du moyen \u00e2ge et de la philosophie moderne.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;antiquit\u00e9, c\u2019est de Platon que Dante pro\u00adc\u00e8de le plus. A Aristote il doit sa m\u00e9thode et ses classifications. Mais ce qui domine peut-\u00eatre, ce fut l\u2019influence de saint Bonaventure qui dut lui inspirer la symbolique chr\u00e9tienne dont il a en\u00advelopp\u00e9 son po\u00e8me, et surtout de saint Thomas d\u2019Aquin, au point qu\u2019on a pu dire que si la Somme venait \u00e0 se perdre, on pourrait la retrouver dans la Divine Com\u00e9die.<\/p>\n<p>Mais si Dante a en quelque sorte r\u00e9sum\u00e9 le pass\u00e9, ou tout au moins le moyen \u00e2ge entier, avec la force d\u2019une pens\u00e9e originale, il a encore de\u00advanc\u00e9 le pr\u00e9sent en pr\u00e9parant l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Ozanam le montre pr\u00e9c\u00e9dant, dans le monde des id\u00e9es,Bacon,Descartes,Machiavel,Leibnitz ; il en fait aussi le proph\u00e8te de la d\u00e9mocratie et des r\u00e9volutions modernes. \u00abDante avait cherch\u00e9 dans la th\u00e9ologie morale les principes de l\u2019ordre social; il en devait poursuivre impitoyablement les d\u00e9\u00adductions jusqu\u2019aux plus d\u00e9mocratiques et plus im\u00adpraticables maximes&#8230;. Entre tous les privil\u00e8ges nul ne lui est plus odieux que celui de la nais\u00adsance : il \u00e9branle la f\u00e9odalit\u00e9 dans sa base, et sa rude pol\u00e9mique, en attaquant l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des honneurs, n\u2019\u00e9pargne pas l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des biens: il avait fait, \u00e0 lui seul, tout le chemin que les es\u00adprits ont parcouru depuis Machiavel, qui le pre\u00admier tenta de r\u00e9duire en formes savantes l\u2019art de gouverner, jusqu\u2019\u00e0 Leibnitz et Wolff, qui ani\u00adm\u00e8rent les notions abstraites de la m\u00e9taphysique en les transportant dans le droit public et le droit civil, depuis Montesquieu, l\u2019illustre auteur de l&rsquo;Esprit des lois, et les encyclop\u00e9distes du dix- huiti\u00e8me si\u00e8cle, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution sanglante qui tira, avec tant de violence, les derni\u00e8res con\u00ads\u00e9quences de leurs enseignements. \u00bb<\/p>\n<p>Dante, en cr\u00e9ant une vraie philosophie de l\u2019his\u00adtoire, en donnant une direction morale, politique et universelle \u00e0 la philosoplnc a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9curseur desid\u00e9esmodernes ; mais Ozanam fait remarquer qu\u2019il n\u2019est tomb\u00e9 dans aucun des exc\u00e8s que ces id\u00e9es ont souvent amen\u00e9s, \u00abc II ne divinisa pas l\u2019humanit\u00e9, dit-il \u00e0 ce propos, en la repr\u00e9sentant suffisante \u00e0 soi-m\u00eame, sans autre lumi\u00e8re que sa raison, sans autre r\u00e8gle que son pouvoir&#8230; Il vit qu\u2019elle n\u2019est point tout enti\u00e8re dans ce monde, o\u00f9 elle passe, en quelque sorte, par essaims; il alla tout d\u2019abord la chercher au terme du voyage, o\u00f9 les innombrables p\u00e8lerins de la vie sont ras\u00adsembl\u00e9s pour toujours. On a dit que Bossuet, la verge de Mo\u00efse \u00e0 la main,chasse les g\u00e9n\u00e9rations au tombeau. On peut dire que Dante les y attend avec la balance du jugement dernier. Appuy\u00e9 sur la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elles durent croire, et sur la justice qu\u2019elles durent servir, il p\u00e8se leurs \u0153uvres au poids de l\u2019\u00e9ternit\u00e9&#8230; Ainsi, avec la pens\u00e9e des destin\u00e9es \u00e9ternelles, la moralit\u00e9 rentre dans l\u2019his\u00adtoire ; l\u2019humanit\u00e9, humili\u00e9e sous la main de la mort, se rel\u00e8ve par la loi du devoir ; et, si on lui refuse les honneurs d\u2019une orgueilleuse apoth\u00e9ose, on lui sauve aussi l\u2019opprobre d\u2019un fatalisme brutal. \u00bb<\/p>\n<p>Restait la question de l\u2019orthodoxie de Dante.<\/p>\n<p>Ozanam r\u00e9fute \u00e9nergiquement les arguments mis en avant par certains commentateurs qui auraient voulu voir dans le po\u00e8te, un des p\u00e8res de la R\u00e9\u00adforme.<\/p>\n<p>Il montre que les extraits qu\u2019ils invoquent ne&rsquo; peuvent \u00eatre ccnvaincants, et il repousse les fausses interpr\u00e9tations qu\u2019on en a donn\u00e9es. Il signa\u00adle, au contraire, les passages sur lesquels il ne peut y avoir d\u2019\u00e9quivoque, et qui montrent la foi de Dante dans les dogmes ni\u00e9s plus tard par le pro\u00adtestantisme. Des paroles am\u00e8res contre la cour de Rome ont pu tomber de la plume du po\u00e8te; il n\u2019en a pas moins vou\u00e9l\u2019h\u00e9r\u00e9sie et le schisme aux plus affreux supplices.<\/p>\n<p>En terminant cette trop courte analyse d\u2019un livre o\u00f9 Ozanam a mis toute sa science en m\u00eame temps que tout son c\u0153ur, citons ces quelques lignes du dernier chapitre qui nous ram\u00e8ne \u00e0 notre point de d\u00e9part,\u00e0 la fresque de Rapha\u00ebl.Oza\u00adnam n\u2019a plus \u00e0 se demander pourquoi le peintre a plac\u00e9 Dante \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de saint Thomas. \u00ab Notre t\u00e2che est accomplie, dit-il ; l\u2019orthodoxie de Dante r\u00e9sulte \u00e9 idemment du travail tout entier que nous achevons&#8230; Si l\u2019on a pu appeler Hom\u00e8re le th\u00e9o\u00adlogien de l\u2019antiquit\u00e9 pa\u00efenne, on ne saurait ap\u00adpeler Dante l\u2019Hom\u00e9re des temps chr\u00e9tiens sans faire tort \u00e0 sa religion. L\u2019aveugle de Smyrne a fait descendre les dieux trop pr\u00e8s de l\u2019homme, et nul au contraire mieux que le Florentin ne sut relever l\u2019homme et le faire monter vers la Divi\u00adnit\u00e9. C\u2019est par l\u00e0, c\u2019est par la puret\u00e9, par le ca\u00adract\u00e8re immat\u00e9riel de son symbolisme, comme par la largeur infinie de sa conception, qu\u2019il a laiss\u00e9 bien loin au-dessous de lui les po\u00e8tes an\u00adciens et r\u00e9cents, et particuli\u00e8rement Milton et Klopstock. Si donc on veut \u00e9tablir une de ces comparaisons qui fixent dans la m\u00e9moire deux noms associ\u00e9s pour se rappeler et se d\u00e9finir l\u2019un l&rsquo;autre, on peut dire, et ce sera le r\u00e9sum\u00e9 de ce travail, que la Divine Com\u00e9die est la Somme lit\u00adt\u00e9raire et philosophique du moyen \u00e2ge, et Dante le saint Thomas del\u00e0 po\u00e9sie. \u00bb<\/p>\n<p>Ozanam avait r\u00eav\u00e9 de donner une traduc\u00adtion compl\u00e8te de la Divine Com\u00e9die , accom\u00adpagn\u00e9e d\u2019un commentaire qui e\u00fbt r\u00e9sum\u00e9 les longues \u00e9tudes qu\u2019il avait consacr\u00e9es \u00e0 Dante. La traduction du Purgatoire fut seule termin\u00e9e ; une sorte de pr\u00e9dilection attachait Ozanam \u00e0 ces chants consacr\u00e9s \u00e0 la r\u00e9habilitation de l\u2019homme coupable, tout remplis d\u2019esp\u00e9rance et d\u2019amour. L\u2019enfer est peupl\u00e9 de grands criminels ; le pa\u00adradis n\u2019a que des \u00e2mes h\u00e9ro\u00efques ; le purgatoire devient l\u2019asile des c\u0153urs faibles, des volon\u00adt\u00e9s chancelantes, de ceux qui se sont \u00e9gar\u00e9s parfois \u00e0 la suite des beaut\u00e9s p\u00e9rissables, mais qui enfin se sont tourn\u00e9s vers la beaut\u00e9 \u00e9ternelle. Si l\u2019Enfer est le po\u00e8me de la justice et le Paradis le po\u00e8me de la science, le Purgatoire est le po\u00e8me de l\u2019amour. Il ne faut pas chercher d\u2019autre ex\u00adplication \u00e0 la pr\u00e9f\u00e9rence d\u2019Ozanam pour cette partie de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Sur sept ann\u00e9es consacr\u00e9es par lui \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la Divine Com\u00e9die, quatre enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 \u2022occup\u00e9es par l\u2019\u00e9tude du Purgatoire.<\/p>\n<p>Nous venons de passer en revue les quatre grands ouvrages sortis de la plume d\u2019Ozanam et qui marquent les points principaux du plan qu&rsquo;il avait r\u00eav\u00e9 de remplir \u00e0 la gloire du christianisme.<\/p>\n<p>Nous ne ferons que citer les deux volumes de M\u00e9langes o\u00f9 les \u00e9diteurs ont rassembl\u00e9 des dis\u00adcours, des notices, des notes de cours, des articles nombreux parus dfins VEre nouvelle, et quelques autres travaux qui devaient prendre place dans des ensembles plus importants. Citons toutefois le r\u00e9cit qu\u2019il laissa de son court voyage en Espagne 1 ann\u00e9e qui pr\u00e9c\u00e9da sa mort. Je ne crois pas qu\u2019Ozanam ait jamais rien \u00e9crit de sup\u00e9rieur, et rien ne peut donner une meilleure id\u00e9e des grandes qualit\u00e9s de l\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p>On ne peut nier que la forme chez Ozanam ne pr\u00e9sente parfois quelques n\u00e9gligences : comme chez tous les impressionnables, elle se ressent du sujet trait\u00e9. Dans sa chaire nous avons vu les dif\u00adficult\u00e9s des d\u00e9buts dispara\u00eetre sous la conviction et la chaleur du discours; il en est de m\u00eame pour son style, qui, manquant parfois de souffle, de couleur, s\u2019\u00e9l\u00e8ve peu \u00e0 peu \u00e0 une v\u00e9ritable am\u00adpleur. Faut-il lui reprocher encore une certaine phras\u00e9ologie et des images parfois un peu trop hardies ? En tout cas, il ne faut pas s\u2019\u00e9tonner de trouver chez luiune tendance au romantisme bien compr\u00e9hensible chez un \u00e9crivain qui a v\u00e9cu \u00e0 cette \u00e9poque. Il ne laissa pas cependant sa jeunesse suivre l\u2019engouement de la mode ; il suffit de lire ce qu\u2019il \u00e9crivait en 1831, \u00e0 un des siens. Parlant d\u2019amis communs : \u00ab Us sont, tous deux, si romantiques que je ne les comprends plus, si romantiques qu\u2019ils en deviennent classiques \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. Tu ris ! Tu as tort. Je te r\u00e9ponds qu\u2019ils sont tellement ensorcel\u00e9s de Victor Hugo, qu\u2019ils ne jurent que par lui ; or, marcher \u00e0 la remorque d\u2019un homme, je pr\u00e9tends que c\u2019est \u00eatre classique par excellence. Ils ne con\u00adnaissent plus ni Lamartine, ni Chateaubriand;, ils vous cornent sans cesse aux oreilles : Notre-Dame de Paris, Plick et Plock, Marion Delorme, etc. ; et si vous n\u2019avez point lu ce qu\u2019ils ont lu : Mal\u00e9diction ! \u00bb<\/p>\n<p>Nous nous consid\u00e9rons comme amplement r\u00e9compens\u00e9 si par cette courte \u00e9tude nous avons rappel\u00e9 au souvenir un homme trop ignor\u00e9, une m\u00e9moire trop m\u00e9connue.<\/p>\n<p>Ozanam fut un grand apologiste chr\u00e9tien, et c\u2019est \u00e0 ce titre que ses \u0153uvres resteront un monu\u00adment immuable \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la cause du christianisme. Et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019homme de science, l\u2019homme d\u2019\u0153uvres, le fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 de Saint- Vincent-de-Paul m\u00e9rite encore plus de vivre dans la m\u00e9moire des hommes et des catholiques.<\/p>\n<p>Ij fit partie de cette troupe glorieuse qui sut ramener un si\u00e8cle oublieux dans la voie de la religion et qui eut \u00e0 sa t\u00eate Lacordaire et Monta- lembert. Lacordaire, en attaquant le respect humain, sut attirer au pied de sa chaire et de l\u00e0 au pied des autels, une g\u00e9n\u00e9ration qui syst\u00e9\u00admatiquement en restait \u00e9loign\u00e9e. Montalembert introduisit dans la lutte des \u00e9l\u00e9ments nouveaux faits d\u2019apologie du pass\u00e9, de tradition, de har\u00addiesse envers le temps pr\u00e9sent. Tout \u00e9tait raison d\u2019attaque : la politique, la presse, l\u2019histoire, l\u2019arch\u00e9ologie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces deux grands noms il faut placer celui d\u2019Ozanam. Il s\u2019adressa avant tout \u00e0 la jeu\u00adnesse ; et sans s\u00e9cheresse, sans dogmatisme in\u00adopportun il sut l\u2019attirer par les enseignements de l\u2019histoire et par le grand chemin de la charit\u00e9 au seuil de l\u2019\u00c9glise alors ferm\u00e9e pour elle.<\/p>\n<p><em>Fin<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre VI: Les \u0152uvres \u00ab Je ne connais pas d\u2019homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine&#8230; Il n\u2019y a pas de belle vocation &#8230; <a href=\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":132766,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-107941","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-frederic-ozanam"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6) - Nous Sommes Vincentiens<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6) - Nous Sommes Vincentiens\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Chapitre VI: Les \u0152uvres \u00ab Je ne connais pas d\u2019homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine&#8230; Il n\u2019y a pas de belle vocation ... 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Javier es laico vicenciano, afiliado a la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n y miembro del Equipo de Misiones Populares de la provincia can\u00f3nica de Zaragoza (Espa\u00f1a) de la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n. Graduado en la Universidad Oberta de Catalunya con cuatro grados (Asistente de direcci\u00f3n, Gesti\u00f3n Administrativa, Recursos Humanos y Contabilidad Avanzada). Bil\u00edng\u00fce Espa\u00f1ol\/Ingl\u00e9s. gestiona y mantiene varias p\u00e1ginas web cristianas y vicencianas, incluida including La Red de Formaci\u00f3n Vicenciana, de la que es cofundador. Actualmente es responsable del \u00e1rea de Espa\u00f1ol de .famvin, la Red de Noticias de la Familia Vicenciana. Tambi\u00e9n es m\u00fasico cat\u00f3lico y ha editado varios discos. Es Director General y cofundador de Trovador, una reconocida compa\u00f1\u00eda discogr\u00e1fica critiana de Espa\u00f1a. Trabaja en las Tecnolog\u00edas de la Informaci\u00f3n, ofreciendo servicios de alojamiento, dise\u00f1o y mantenimiento Web, as\u00ed como asesoramiento, formaci\u00f3n y soluciones inform\u00e1ticas, gesti\u00f3n documental y digitalizaci\u00f3n de textos, edici\u00f3n y maquetaci\u00f3n de libros, revistas, flyers, etc.\",\"sameAs\":[\"http:\/\/chento.org\",\"https:\/\/www.facebook.com\/JavierChento\",\"https:\/\/x.com\/https:\/\/twitter.com\/javierchento\"],\"url\":\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/author\/chento\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6) - Nous Sommes Vincentiens","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/frederic-ozanam-lhomme-et-loeuvre-chapitre-6\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Fr\u00e9d\u00e9ric Ozanam, l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre (Chapitre 6) - Nous Sommes Vincentiens","og_description":"Chapitre VI: Les \u0152uvres \u00ab Je ne connais pas d\u2019homme de c\u0153ur qui veuille mettre la main \u00e0 ce dur m\u00e9tier d\u2019\u00e9crire sans une conviction qui le domine&#8230; Il n\u2019y a pas de belle vocation ... 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