{"id":106482,"date":"2013-05-17T12:37:53","date_gmt":"2013-05-17T10:37:53","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=106482"},"modified":"2013-05-17T12:37:53","modified_gmt":"2013-05-17T10:37:53","slug":"monsieur-vincent-relit-sa-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/monsieur-vincent-relit-sa-vie\/","title":{"rendered":"Monsieur Vincent relit sa vie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Vincent_de_Paul.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-106483\" alt=\"Vincent_de_Paul\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Vincent_de_Paul-300x300.jpg?resize=300%2C300\" width=\"300\" height=\"300\" \/><\/a>Les \u00e9crits de Saint-Vincent, sa correspondance, ses entretiens, et les divers autres documents, contiennent assez d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments pour en tirer SA VIE RACONTEE PAR LUI-MEME. C&rsquo;est l&rsquo;intention de ces pages<span id='easy-footnote-1-106482' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/vincentians.com\/fr\/monsieur-vincent-relit-sa-vie\/#easy-footnote-bottom-1-106482' title='&lt;i&gt;L&amp;rsquo;auteur de cet article, Monsieur Bernard KOCH, c.m. a toujours pris grand soin d&amp;rsquo;indiquer par des notes et des r\u00e9f\u00e9rences, toutes les affirmations historiques de ses pro\u00adpos. L&amp;rsquo;\u00e9quipe finale de r\u00e9daction a cru meilleur de les supprimer pour all\u00e9ger le texte. Mais celui-ci ne perd rien de sa fiabilit\u00e9. Que l&amp;rsquo;auteur pardonne cette d\u00e9cision !&lt;\/i&gt;'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2><b>Enfance et famille<\/b><\/h2>\n<p>Il n&rsquo;est donn\u00e9 \u00e0 personne de soup\u00e7onner \u00e0 l&rsquo;avance la dur\u00e9e de sa vie&#8230; et jamais je n&rsquo;aurais cru vivre jusqu&rsquo;\u00e0 78 ans ! Le 12 octobre 1639, j&rsquo;\u00e9crivais \u00e0 mon confr\u00e8re Louis Lebreton, alors \u00e0 Rome : <i>\u00ab\u00a0Je ne la puis faire longue&#8230; J&rsquo;entrerai au mois d&rsquo;avril prochain en ma soixanti\u00e8me\u00a0\u00bb (I, 593).<\/i><\/p>\n<p>J&rsquo;avais pourtant encore 20 ans \u00e0 vivre ! Si bien que, le 15 juillet dernier, nous sommes en 1659, je pouvais \u00e9crire au Cardinal de Retz, mon ancien \u00e9l\u00e8ve : <i>\u00ab\u00a0\u00e9tant \u00e0 pr\u00e9sent dans la 79e ann\u00e9e de mon \u00e2ge\u00a0\u00bb (VIII, 26).<\/i><\/p>\n<p>Alors, si vous voulez savoir ma date de naissance, c&rsquo;est simple, fai\u00adtes le calcul : avril 1581.<\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0A <\/b><i>bien parler de moi, il faudrait dire que je suis fils d&rsquo;un labou\u00adreur, qui ai gard\u00e9 les pourceaux et les vaches&#8230;\u00a0\u00bb (IV, 215) \u00ab\u00a0ayant v\u00e9cu \u00e0 la campagne jusques en l&rsquo;\u00e2ge de quinze ans\u00a0\u00bb (IX, 81).<\/i><b><\/b><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Au pays dont je suis, on est nourri d&rsquo;une petite graine appel\u00e9e millet, que l&rsquo;on met cuire dans un pot ; \u00e0 l&rsquo;heure du repas, elle est ver\u00ads\u00e9e dans un vaisseau, et ceux de la maison viennent autour prendre leur r\u00e9fection, et apr\u00e8s, ils vont \u00e0 l&rsquo;ouvrage\u00a0\u00bb (IX, 84).<\/i><\/p>\n<p>Nous \u00e9tions tr\u00e8s unis. J&rsquo;aimais et admirais mes fr\u00e8res, Bernard, Gayon, que j&rsquo;appelais aussi Menion, et Jean, qui est mort trop t\u00f4t&#8230; et mes soeurs, qui s&rsquo;appelaient Marie toutes les deux&#8230; <b><i>\u00ab\u00a0L&rsquo;esprit des v\u00e9ri\u00adtables filles du village est extr\u00eamement simple&#8230; point de paroles \u00e0 double entente ; elles ne sont point enti\u00e8res, ni attach\u00e9es \u00e0 leur sens&#8230; Elles ont une grande sobri\u00e9t\u00e9 en leur manger. La plupart se contentent souvent de pain et de potage, quoiqu&rsquo;elles travaillent incessamment et en ouvra\u00adges p\u00e9nibles&#8230; Avez-vous jamais vu personnes plus remplies de confiance en Dieu que les bonnes gens des champs ?\u00a0\u00bb (IX, 81, 83,88).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Et ma m\u00e8re&#8230; et mon p\u00e8re&#8230; comme je les aimais ! m\u00eame si en ville j&rsquo;avais honte de notre pauvret\u00e9&#8230; Ce soir, encore, \u00e0 78 ans, ce 19 d\u00e9cem\u00adbre 1659, <b><i>`je me ressouviens qu&rsquo;\u00e9tant petit gar\u00e7on, comme mon p\u00e8re me menait avec lui dans la ville, parce qu&rsquo;il \u00e9tait mal habill\u00e9 et un peu boiteux, j&rsquo;avais honte d&rsquo;aller avec lui et de le reconna\u00eetre pour mon p\u00e8re. O mis\u00e9rable !\u00a0\u00bb (XII, 432).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Et comme il est mort trois ans apr\u00e8s, en 1598, je n&rsquo;ai jamais pu effacer ce souvenir en lui t\u00e9moignant davantage mon estime et mes pr\u00e9\u00advenances&#8230; Et pourtant nous nous aimions, et cette exp\u00e9rience de l&rsquo;amour paternel m&rsquo;a marqu\u00e9, j&rsquo;ai aim\u00e9 penser nos relations avec Dieu \u00e0 partir de cet amour confiant envers nos parents&#8230; <b><i>\u00ab\u00a0Pensez-vous le plaisir que Dieu prend \u00e0 consid\u00e9rer une \u00e2me attentive \u00e0 lui plaire, soi\u00adgneuse de lui offrir ce qu&rsquo;elle entreprend de faire ?&#8230; Il en est comme d&rsquo;un enfant qui a soin d&rsquo;apporter \u00e0 son p\u00e8re tout ce qu&rsquo;on lui donne ; si quelqu&rsquo;un lui donne quelque chose, il n&rsquo;a point de repos qu&rsquo;il n&rsquo;ait trouv\u00e9 son p\u00e8re : \u00ab\u00a0Tenez, mon papa ; voil\u00e0 ce que j&rsquo;ai ; l&rsquo;on m&rsquo;a donn\u00e9 ceci ; j&rsquo;ai fait cela&rsquo;: Et ce p\u00e8re prend un plaisir indicible \u00e0 voir la doci\u00adlit\u00e9 de cet enfant et ces petites marques de son amour et de sa d\u00e9pen\u00addance. De m\u00eame en est-il de Dieu, et \u00e0 un degr\u00e9 bien autre\u00a0\u00bb (IX, 365). <\/i><\/b>Quels souvenirs&#8230; Notre p\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re aussi, je l&rsquo;aimais. Elle restait veuve, et j&rsquo;avais tant r\u00eav\u00e9 de la soutenir jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie&#8230; Je le lui avais promis, t\u00e9moin cette lettre du 17 f\u00e9vrier 1610, \u00e9crite de Paris : <b><i>\u00ab\u00a0le s\u00e9jour qu&rsquo;il me faut encore faire en cette ville pour recouvrer l&rsquo;occasion de mon avance\u00adment&#8230; me rend f\u00e2ch\u00e9 pour ne vous pouvoir aller rendre les services que je vous dois ; mais j&rsquo;esp\u00e8re tant en la gr\u00e2ce de Dieu qu&rsquo;il b\u00e9nira mon labeur et qu&rsquo;il me donnera bient\u00f4t le moyen de faire une honn\u00eate retirade, pour employer le reste de mes jours aupr\u00e8s de vous\u00a0\u00bb <\/i><\/b><i>(I, <\/i><b><i>18).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Mais Dieu en a dispos\u00e9 autrement&#8230; Les \u00e9v\u00e9nements m&rsquo;ayant amen\u00e9 \u00e0 me donner enti\u00e8rement aux pauvres, je me suis toujours fait scrupule d&rsquo;utiliser pour ma famille les dons qui arrivaient pour les pauvres&#8230; Croyez bien que ce n&rsquo;\u00e9tait pas par duret\u00e9 de coeur&#8230; J&rsquo;en ai assez pleur\u00e9, en revenant de la derni\u00e8re visite que je leur ai faite, en 1623, \u00e0 l&rsquo;occa\u00adsion de la mission que je devais pr\u00eacher aux gal\u00e9riens, \u00e0 Bordeaux&#8230; <i>\u00ab\u00a0J<\/i><b><i>&lsquo;eus tant de douleur de quitter mes pauvres parents que je ne fis qu<\/i><\/b><strong><i>e<\/i><i> pleurer tout le long du chemin, et quasi pleurer sans cesse. A ces lar\u00admes succ\u00e9da la pens\u00e9e de les aider et de les mettre en meilleur \u00e9tat, de donner \u00e0 tel ceci, \u00e0 telle cela. Mon esprit attendri leur partageait ainsi ce que j&rsquo;avais et ce que je n&rsquo;avais pas&#8230; Je fus trois mois dans cette pas\u00adsion importune d&rsquo;avancer mes fr\u00e8res et mes soeurs&#8230; Je priais Dieu qu&rsquo;il e\u00fbt agr\u00e9able de me d\u00e9livrer de cette tentation&#8230; et, quoiqu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aum\u00f4ne et le soient encore, il m&rsquo;a fait la gr\u00e2ce de les commettre \u00e0 sa Providence (XII, 219). <\/i><\/strong>Je ne les ai tout de m\u00eame pas abandonn\u00e9s : tout en veillant \u00e0 ne pas utiliser pour eux le bien des pauvres, j&rsquo;ai aid\u00e9 la Providence, en leur trouvant des bienfaiteurs, tels le chanoine Jean de Fonteneil, de Bordeaux, Charles du Fresne, secr\u00e9taire de la Reine Margot puis de M. de Gondi, le chanoine de Saint-Martin, de Dax, le marquis de Poyanne&#8230; J&rsquo;ai m\u00eame, une fois, \u00e9t\u00e9 demander l&rsquo;aum\u00f4ne \u00e0 Mademoiselle de Maignelay pour un de mes neveux venu me voir \u00e0 Paris et qui n&rsquo;avait plus de quoi s&rsquo;en retourner&#8230;<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose de faire aider les siens par d&rsquo;autres, ou d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame avec eux, et vous pouvez croire que je l&rsquo;ai ressenti. Il y a deux ans, encore, en exhortant les Filles de la Charit\u00e9 \u00e0 contri\u00adbuer \u00e0 la subsistance de leur Compagnie, qui est leur m\u00e8re, je ne pus m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;ajouter : <i>\u00ab\u00a0Quand je vois un pr\u00eatre qui a retir\u00e9 sa m\u00e8re pour la nourrir chez lui, je lui dis : \u00ab\u00a0Monsieur, que vous \u00eates heureux d&rsquo;avoir le moyen de rendre en quelque fa\u00e7on \u00e0 votre m\u00e8re ce qu&rsquo;elle vous a donn\u00e9, par le soin que vous prenez d&rsquo;elle !\u00a0\u00bb (X, 360).<\/i><\/p>\n<p>Comprenez-vous ? Moi, je n&rsquo;ai pas eu ce moyen, ce bonheur, m\u00eame si j&rsquo;ai eu celui de prendre soin de milliers de pauvres.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 beaucoup de temps pass\u00e9 \u00e0 parler de mon enfance, de ma famille&#8230; C&rsquo;est ainsi, quand on est vieux&#8230; Mais aussi, c&rsquo;est important pour notre vie spirituelle&#8230;<\/p>\n<p>Je le disais, dans les m\u00eames moments, aux Filles de la Charit\u00e9, le 11 novembre 1657 :<\/p>\n<p><strong><i>\u00ab\u00a0O mes soeurs, ressouvenons-nous de nos conditions, et nous trouverons que nous avons sujet de louer Dieu\u00a0\u00bb (X, 342).<\/i><\/strong><\/p>\n<h2><b>Coll\u00e9gien et \u00e9tudiant<\/b><\/h2>\n<p>Vers 1593-1595, mon p\u00e8re entreprit de me faire \u00e9tudier, dans l&rsquo;espoir que je puisse un jour obtenir quelque b\u00e9n\u00e9fice eccl\u00e9siastique, c&rsquo;est-\u00e0-dire les revenus d&rsquo;une abbaye ou d&rsquo;une bonne paroisse, et ainsi soula\u00adger ma famille, comme y avait r\u00e9ussi un Prieur de notre voisinage.<\/p>\n<p>Il me mit donc en pension \u00e0 Dax, chez les Cordeliers, pour 60 livres par an. Peu apr\u00e8s, Monsieur de Comet, juge de Pouy, mon village, qui \u00e9tait avocat \u00e0 Dax, me prit chez lui comme pr\u00e9cepteur de ses enfants, cependant que je continuais d&rsquo;\u00e9tudier.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce Monsieur de Cornet qui eut l&rsquo;id\u00e9e que j&rsquo;avais des aptitu\u00addes pour \u00eatre Pr\u00eatre, et qui me porta \u00e0 entrer dans cette voie. C&rsquo;est ainsi que, le 20 d\u00e9cembre 1596, l&rsquo;Ev\u00eaque de Tarbes, le si\u00e8ge de Dax \u00e9tant alors vacant, me conf\u00e9ra la tonsure et les quatre ordres mineurs. Je n&rsquo;avais que 15 ans et demi !<\/p>\n<p>En 1597, je suis parti \u00e9tudier la th\u00e9ologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toulouse, avec l&rsquo;argent d&rsquo;une paire de boeufs que mon p\u00e8re avait vendue pour moi.<\/p>\n<p>Un an plus tard, le 7 f\u00e9vrier 1598, mon p\u00e8re faisait son testament&#8230; et il mourut peu apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Le 19 septembre, j&rsquo;\u00e9tais ordonn\u00e9 sous-diacre, puis diacre le 19 d\u00e9cembre de cette m\u00eame ann\u00e9e 1598.<\/p>\n<p>Et le 23 septembre 1600, je fus ordonn\u00e9 PRETRE par l&rsquo;Ev\u00eaque de P\u00e9rigueux, \u00e0 Ch\u00e2teau-l&rsquo;Ev\u00eaque, pr\u00e8s de P\u00e9rigueux. Je n&rsquo;avais pas fini mes \u00e9tudes, mais j&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 !<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait, il est vrai, \u00e0 l&rsquo;encontre de lois r\u00e9centes de l&rsquo;Eglise, qui demandait 24 ans pour l&rsquo;Ordination presbyt\u00e9rale. Or je n&rsquo;avais que 19 ans ! Et mes lettres d&rsquo;ordination portent toutes : \u00ab\u00a0ayant l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gitime\u00a0\u00bb ; elles sont r\u00e9dig\u00e9es par le chanoine Guillaume de Massiot, Vicaire G\u00e9n\u00e9ral de Dax&#8230; Est-ce moi qui l&rsquo;ai tromp\u00e9 en ne disant pas mon \u00e2ge r\u00e9el ? Est-ce lui qui m&rsquo;a consenti un passe-droit, le Concile de Trente n&rsquo;ayant pas encore une grande autorit\u00e9 dans l&rsquo;Eglise de France ? Toujours est-il que j&rsquo;ai pu \u00eatre investi de la Cure de Tilh, assez gros village de la Chalosse&#8230;<\/p>\n<p>H\u00e9las, un autre pr\u00e9tendant me la contestait, il fallut me d\u00e9sister&#8230; Premier \u00e9chec \u00e0 mes calculs&#8230;<\/p>\n<p>Comme vous le pouvez constater, la pens\u00e9e d&rsquo;\u00eatre pr\u00eatre m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur ; j&rsquo;y avais adh\u00e9r\u00e9 de bon coeur, mais mes vis\u00e9es restaient fort humaines&#8230; Je ne savais gu\u00e8re ce que c&rsquo;est que d&rsquo;\u00eatre Pr\u00ea\u00adtre&#8230; <i>\u00ab\u00a0Si <\/i><b><i>j&rsquo;avais su ce que c&rsquo;\u00e9tait, quand j&rsquo;eus la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;y entrer, comme je l&rsquo;ai su depuis, j&rsquo;aurais mieux aim\u00e9 labourer la terre, que de m&rsquo;engager \u00e0 un \u00e9tat si redoutable&#8230; Plus je deviens vieux, et plus je me confirme dans ce sentiment, parce que je d\u00e9couvre tous les jours l&rsquo;\u00e9loi\u00adgnement o\u00f9 je suis de la perfection en laquelle je devrais \u00eatre\u00a0\u00bb (V, 568).<\/i><\/b><\/p>\n<h2><b>A Rome<\/b><\/h2>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais pieux, cependant. Et, comme c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Ann\u00e9e Sainte, je fis mon p\u00e9lerinage \u00e0 Rome, o\u00f9 le Pape Cl\u00e9ment VIII me fit une si profonde impression que j&rsquo;ai parl\u00e9 de lui souvent au long de ma vie&#8230; Tenez, encore le 17 octobre dernier, racontant aux missionnaires ce qu&rsquo;on disait de son revirement face \u00e0 Henri IV.. (XII, 347-348)<\/p>\n<p>Je pensais aussi \u00e0 ce qu&rsquo;y avaient v\u00e9cu et souffert Saint-Pierre, Saint-Paul, <i><strong>\u00ab\u00a0et tant d&rsquo;autres martyrs et saints personnages&#8230; Cette consid\u00e9\u00adration m&rsquo;\u00e9mut tellement que, quoique je fusse charg\u00e9 de p\u00e9ch\u00e9s, je ne laissai point de m&rsquo;attendrir, m\u00eame jusqu&rsquo;aux larmes, ce me semble\u00a0\u00bb (I, 114-115)<\/strong>.<\/i><\/p>\n<p>Puis il me fallut terminer mes \u00e9tudes, tout en dirigeant un petit pensionnat qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 d\u00e8s avant mon ordination. Le 12 octobre 1604, j&rsquo;obtenais le baccalaur\u00e9at en th\u00e9ologie.<\/p>\n<p>Alors commen\u00e7a une s\u00e9rie d&rsquo;aventures !<\/p>\n<p>Mais laissons ces aventures pour en retenir la le\u00e7on. J&rsquo;\u00e9tais tou\u00adjours \u00e0 la recherche de quelque revenu, mais toujours frustr\u00e9, et m\u00eame toujours en dettes&#8230; Toujours d\u00e9\u00e7u dans mes espoirs, mais jamais mat\u00e9&#8230; Je trouvais toujours de bons pr\u00e9textes pour ne pas rembourser mes det\u00adtes, tels que je les exposais \u00e0 M. de Comet, ce 24 juillet 1607, et encore le 28 f\u00e9vrier 1608&#8230; Mais je restais tenu par ma foi et ma pi\u00e9t\u00e9&#8230; Que voulez-vous, c&rsquo;est complexe, un homme&#8230;<\/p>\n<p>A la fin d&rsquo;octobre 1607, je me retrouvai une deuxi\u00e8me fois \u00e0 Rome, parmi les familiers de Mgr de Montorio, qui venait d&rsquo;\u00eatre 3 ans l\u00e9gat en Avignon, o\u00f9 je l&rsquo;avais rencontr\u00e9. Il me promettait <strong><i>\u00ab\u00a0le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, \u00e0 ces fins, quelque honn\u00eate b\u00e9n\u00e9fice en France&rsquo;. (I,15)<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Je continuai quelques \u00e9tudes \u00e0 Rome&#8230; Et j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 sensible au monde de la souffrance, que j&rsquo;avais c\u00f4toy\u00e9 et \u00e9prouv\u00e9 durant mes p\u00e9r\u00e9\u00adgrinations. J&rsquo;ai bien connu l&rsquo;H\u00f4pital de la Charit\u00e9, tenu par les Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu, et je m&rsquo;en suis inspir\u00e9 plus tard, en y faisant r\u00e9f\u00e9rence, le 24 novembre 1617 (XIII, 423), dans le r\u00e8glement de la pre\u00admi\u00e8re Confr\u00e9rie de la Charit\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tablis \u00e0 Ch\u00e2tillon-les-Dombes,<\/p>\n<p>Les nombreux pauvres malades de Rome venaient alors de trouver un grand serviteur, le P\u00e8re Camille de Lellis, qui vivait encore ; ses reli\u00adgieux se d\u00e9pensaient \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital du Saint-Esprit, et chez les pauvres \u00e0 domicile. Il appelait les pauvres malades <i>\u00ab\u00a0nos seigneurs et nos ma\u00ee\u00adtres\u00a0\u00bb&#8230; <\/i>Il disait \u00e0 ses fr\u00e8res : \u00ab\u00a0elle ne sert de rien l&rsquo;oraison qui coupe les bras \u00e0 la charit\u00e9\u00a0\u00bb, et il ajoutait : \u00ab\u00a0c&rsquo;est une grande perfection de servir les pauvres et de quitter alors Dieu pour Dieu\u00a0\u00bb, comme je le r\u00e9p\u00e9\u00adterai souvent par la suite.<\/p>\n<p>Plusieurs confr\u00e9ries de la\u00efcs existaient \u00e0 Rome depuis le XIVe Si\u00e8\u00adcle, dans la ligne du Tiers-Ordre de Saint Fran\u00e7ois, secourant et visi\u00adtant les pauvres et les malades, m\u00eame \u00e0 domicile, et le P\u00e8re Camille en fonda une.<\/p>\n<p>Il est vrai que, depuis je n&rsquo;ai jamais parl\u00e9 de Saint Camille. Il y a deux ans, j&rsquo;avais m\u00eame oubli\u00e9 le nom des Camilliens lorsque je les \u00e9voquais devant les Filles de la Charit\u00e9, le 11 novembre 1657 : <b><i>\u00ab\u00a0Il y a une certaine Compagnie, je ne me souviens pas du nom, qui appelle les pauvres <\/i><\/b>NOS SEIGNEURS ET NOS MAITRES, <b><i>et ils ont raison (X, 332). <\/i><\/b>S&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait agi de l&rsquo;H\u00f4pital de la Charit\u00e9 des Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu, vous pensez bien que je n&rsquo;aurais pas oubli\u00e9 leur nom. Il est vrai que je n&rsquo;ai plus parl\u00e9 d&rsquo;eux non plus apr\u00e8s 1617&#8230; et pourtant j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en lien avec ceux de Paris durant trois ou quatre ans&#8230;<\/p>\n<h2><b>A Paris<\/b><\/h2>\n<p>Au bout d&rsquo;un an, en fin de 1608, j&rsquo;arrive \u00e0 PARIS, pas autrement muni pour mon avenir, d&rsquo;ailleurs ! Ah !&#8230; les belles promesses des Romains&#8230; <b><i>Ils \u00ab\u00a0se d\u00e9fient le plus des personnes qui vont vite&#8230; et parce qu&rsquo;ils savent que nous autres Fran\u00e7ais allons trop vite, ils nous laissent longtemps sur le pav\u00e9, sans lier avec nous\u00a0\u00bb <\/i><\/b>(II, 263, 235).<\/p>\n<p>Je suis r\u00e9duit \u00e0 partager la chambre d&rsquo;un compatriote des Landes, au Faubourg Saint Germain.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai la chance de faire connaissance de quelques bons pr\u00eatres, en particulier de Monsieur Pierre de B\u00e9rulle, d&rsquo;un tout autre milieu que moi : li\u00e9 aux grandes familles, et d\u00e9j\u00e0 aum\u00f4nier honoraire du roi ; peut-\u00eatre s&rsquo;int\u00e9resserait-il \u00e0 moi ? Il oeuvrait aussi pour la r\u00e9forme du clerg\u00e9 et de l&rsquo;Eglise, et il venait d&rsquo;introduire en France la r\u00e9forme th\u00e9r\u00e9sienne du Carmel&#8230; il pourrait aussi me conseiller dans ma vie spirituelle et mes lectures&#8230;<\/p>\n<p>Mes m\u00e9saventures n&rsquo;\u00e9taient pas finies !&#8230; Voil\u00e0 que je tombe malade, et le gar\u00e7on apothicaire venu m&rsquo;apporter un rem\u00e8de en profite pour s&rsquo;approprier, sans que je le remarque, la bourse du compatriote, avec quatre cents \u00e9cus. Une fois rentr\u00e9 et d\u00e9couvrant la disparition, c&rsquo;est moi que ce dernier accuse, bien s\u00fbr ! Il me met \u00e0 la porte et r\u00e9ussit \u00e0 me diffamer dans toute la paroisse, essayant m\u00eame aupr\u00e8s de Monsieur de B\u00e9rulle&#8230; Je me dis : <b><i>\u00ab\u00a0Te justifieras-tu ? voil\u00e0 une chose dont tu es accus\u00e9, qui n&rsquo;est pas v\u00e9ritable.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Oh ! non, dis-je, en m&rsquo;\u00e9levant \u00e0 Dieu, il faut que je souffre cela patiemment\u00a0\u00bb <\/i><\/b>(XI, 337).<\/p>\n<p>Mais il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9guerpir&#8230; Je pus tout de m\u00eame retrouver un logement, <b><i>\u00ab\u00a0rue de Seine, en la maison o\u00f9 pend pour ensei\u00adgne l&rsquo;image Saint-Nicolas (XIII, <\/i><\/b>13).<\/p>\n<p>Et, par chance, c&rsquo;\u00e9tait <b><i>\u00ab\u00a0pr\u00e8s l&rsquo;h\u00f4tel de la reine Marguerite\u00a0\u00bb (XIII, 14), <\/i><\/b>la fameuse Reine Margot, dont le mariage avec Henri IV avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 nul, mais qui gardait grand train et un palais. Je n&rsquo;avais qu&rsquo;\u00e0 traverser la rue pour me m\u00ealer aux gens de sa maison. Je me lie assez vite d&rsquo;amiti\u00e9 avec son secr\u00e9taire, Monsieur Dufresne, et c&rsquo;est probable\u00adment gr\u00e2ce \u00e0 lui que la reine Margot, qui r\u00e9parait ses \u00e9carts de vie ant\u00e9\u00adrieurs par de nombreuses aum\u00f4nes, m&rsquo;inscrit parmi ses aum\u00f4niers ordinaires.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame quartier de St Germain des Pr\u00e8s, j&rsquo;avais retrouv\u00e9 les Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu, qui venaient d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9s de Flo\u00adrence, en 1601, \u00e0 quatre, pour fonder un h\u00f4pital. Ils \u00e9taient encore en train de l&rsquo;installer, dans un h\u00f4tel particulier, et ils \u00e9taient heureux de mon aide aupr\u00e8s des malades et des aum\u00f4nes que je pouvais transmettre.<\/p>\n<h2><b>Chez la Reine Margot<\/b><\/h2>\n<p>En 1610, mon avenir commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;\u00e9claircir. Il n&rsquo;\u00e9tait pas dans mes plans de rester \u00e0 Paris. Le 17 f\u00e9vrier, j&rsquo;\u00e9crivais \u00e0 ma m\u00e8re la lettre que je vous ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e : j&rsquo;esp\u00e8re que Dieu <i>\u00ab\u00a0me donnera bient\u00f4t le moyen de faire une honn\u00eate retirade pour employer le reste de mes jours aupr\u00e8s de vous.\u00a0\u00bb <\/i>(I, 18).<\/p>\n<p>Le 14 mai 1610, Henri IV est assassin\u00e9&#8230; malheur pour la France. Jour heureux pour moi : ce 14, et le 17, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement tant d\u00e9sir\u00e9 : l&rsquo;Archev\u00eaque d&rsquo;Aix, conseiller du roi au Conseil d&rsquo;Etat, me c\u00e9dait la commande de l&rsquo;abbaye cistercienne de Saint L\u00e9onard de Chaumes, au dioc\u00e8se de Saintes ! Je jouirais de <i>\u00ab\u00a0tous les fruits, droits et revenus de ladite abbaye avec leurs arr\u00e9rages\u00a0\u00bb <\/i>(XIII, 8), sous la condition de fournir audit seigneur Archev\u00eaque d&rsquo;Aix <i>\u00ab\u00a0un b\u00e9n\u00e9fice de douze cents livres cha\u00adque ann\u00e9e&rsquo;: <\/i>\u00e0 charge aussi <i>\u00ab\u00a0de faire r\u00e9\u00e9difier la chapelle de ladite abbaye \u00e0 pr\u00e9sent en ruine, &#8230; et y \u00e9tablir deux religieux dudit Ordre de C\u00eeteaux\u00a0\u00bb <\/i>(Annales 1941-1942, 260).<\/p>\n<p>Faut-il \u00eatre na\u00eff pour accepter des conditions pareilles ! Je n&rsquo;en ai jamais rien touch\u00e9, mais en outre, je fus aux prises avec plusieurs pr\u00e9\u00adtendants et usurpateurs&#8230;<\/p>\n<p>Et d\u00e8s le 28 mai 1611, l&rsquo;Archev\u00eaque d&rsquo;Aix intente une proc\u00e9dure contre moi, et me voil\u00e0 entra\u00een\u00e9 dans une s\u00e9rie de proc\u00e8s..<\/p>\n<p>Evidemment, cela ne me permettait pas d&rsquo;aller prendre charge de ma m\u00e8re : il fallait rester \u00e0 Paris&#8230;<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;intervalle, celui qui avait vol\u00e9 la bourse du juge avec qui je logeais au d\u00e9but, <i>\u00ab\u00a0\u00e9tant \u00e0 cent lieues d&rsquo;ici, reconnut sa faute et en \u00e9crivit et demanda pardon\u00a0\u00bb <\/i>(XI, 337). Et c&rsquo;est ce juge qui me le fit savoir en m&rsquo;\u00e9crivant ses excuses.<\/p>\n<p>Parmi les pr\u00eatres que je rencontrais chez la reine Margot, un doc\u00adteur en th\u00e9ologie, que ses fonctions n&rsquo;occupaient pas assez, fut assailli de terribles doutes contre la foi. <b><i>\u00ab\u00a0Ce docteur donc, se voyant en ce f\u00e2cheux \u00e9tat, s&rsquo;adressa \u00e0 moi ; Etant donc dans ce pitoyable \u00e9tat, on lui conseilla cette pratique, qui \u00e9tait que toutes et quantes fois qu&rsquo;il tournerait la main ou l&rsquo;un de ses doigts vers la ville de Rome, ou bien vers quelques \u00e9glise, il voudrait dire par ce mouvement et par cette action qu&rsquo;il croyait tout ce que l&rsquo;Eglise romaine croyait\u00a0\u00bb <\/i><\/b>(XI, 33).<\/p>\n<p>En cette m\u00eame ann\u00e9e 1611, je rencontre plus r\u00e9guli\u00e8rement Mon\u00adsieur de B\u00e9rulle, et je commence \u00e0 lire des livres de spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p>Je d\u00e9couvre \u00ab\u00a0La R\u00e8gle de Perfection\u00a0\u00bb, du capucin Beno\u00eet de Can\u00adfield, qui venait d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9e, en fin de 1608. J&rsquo;y vois que la perfec\u00adtion consiste \u00e0 chercher, discerner et suivre la volont\u00e9 de Dieu, ce qui demande de renoncer \u00e0 soi-m\u00eame et de purifier ses intentions.<\/p>\n<p>J&rsquo;appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment \u00ab\u00a0L&rsquo;Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote\u00a0\u00bb de Mon\u00adseigneur Fran\u00e7ois de Sales, qui venait de sortir en d\u00e9but de 1609. Il est s\u00fbrement un des premiers \u00e0 montrer que la perfection de l&rsquo;Evangile n&rsquo;est pas r\u00e9serv\u00e9e aux religieux, qu&rsquo;elle peut \u00eatre poursuivie par les la\u00efcs, en tout \u00e9tat de vie. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la perfection de la vie religieuse qu&rsquo;il estime possible aux la\u00efcs : la vie d&rsquo;union constante \u00e0 Dieu, en esprit d&rsquo;ob\u00e9issance, de chastet\u00e9 et de pauvret\u00e9, avec l&rsquo;\u00e9coute de la parole de Dieu ; et le \u00ab\u00a0bon propos\u00a0\u00bb qu&rsquo;il recommande de renouveler n&rsquo;est pas sans rapport avec les voeux.<\/p>\n<p>Cela m&rsquo;a fortement marqu\u00e9, ainsi que ses orientations pour faire oraison. Plus tard, j&rsquo;ai eu le bonheur de le rencontrer et de devenir son ami. Je le relirai, je le recommanderai, et je le citerai un nombre incroya\u00adble de fois&#8230;<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ne croyez pas que j&rsquo;ai lu tout cela tout de suite ; en 1611, j&rsquo;ai seulement commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;y mettre !<\/p>\n<p>Je me mets \u00e0 d\u00e9couvrir aussi la vie et les \u00e9crits de Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, parus en fran\u00e7ais d\u00e8s 1601. Elle m&rsquo;apprit \u00e0 centrer ma vie sur l&rsquo;huma\u00adnit\u00e9 de J\u00e9us et m&rsquo;incita, tout comme Fran\u00e7ois de Sales, \u00e0 une certaine souplesse et aisance dans la vie spirituelle. Elle aussi, je l&rsquo;ai cit\u00e9e au long de ma vie, et une dizaine de fois explicitement.<\/p>\n<p>Par contre, je ne sais pourquoi, je n&rsquo;ai jamais nomm\u00e9 Beno\u00eet de Canfield, ni son livre&#8230; alors que je m&rsquo;en inspire, et qu&rsquo;une fois au moins je le suis de tr\u00e8s pr\u00e8s&#8230;<\/p>\n<h2><b>Influences<\/b><\/h2>\n<p>Je pourrais essayer de vous dire un peu ce que cela m&rsquo;apportait. Vous avez pu remarquer que d\u00e8s mes d\u00e9buts dans le monde, j&rsquo;ai connu plus de d\u00e9boires que de succ\u00e8s dans mes entreprises&#8230; J&rsquo;en ai pris conscience, mais je n&rsquo;y voyais d&rsquo;abord que les retournements de la for\u00adtune, comme je l&rsquo;exposais \u00e0 Monsieur de Cornet, le 24 juillet 1607: <i>\u00ab\u00a0si la fortune ne s&rsquo;\u00e9tudiait&#8230; qu&rsquo;\u00e0 me rendre plus envi\u00e9 qu&rsquo;imit\u00e9, h\u00e9las, ce n&rsquo;\u00e9tait que pour repr\u00e9senter en moi sa vicissitude et inconstance, convertissant sa gr\u00e2ce en disgr\u00e2ce et son heur en malheur\u00a0\u00bb (I, <\/i>1-2). En 1610, lorsque j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 ma m\u00e8re, le 17 f\u00e9vrier, j&rsquo;y ajoute l&rsquo;espoir que Dieu b\u00e9nira mon labeur, mais je reste encore dans la perspective des retour\u00adnements de fortune : lui conseillant de pousser mon fr\u00e8re \u00e0 faire \u00e9tu\u00addier un de mes neveux, j&rsquo;ajoute ceci : <i>\u00ab\u00a0Mes infortunes et le peu de ser\u00advice que j&rsquo;ai encore pu faire \u00e0 la maison lui en pourront possible \u00f4ter la volont\u00e9 ; mais qu&rsquo;il se repr\u00e9sente que l&rsquo;infortune pr\u00e9sente pr\u00e9sup\u00adpose un bonheur \u00e0 l&rsquo;avenir\u00a0\u00bb <\/i>(I, 19). Autrement dit, tout en me confiant \u00e0 Dieu, je continue d&rsquo;accepter les \u00e9v\u00e9nements simplement avec philosophie&#8230;<\/p>\n<p>Par contre, maintenant, je vais commencer \u00e0 entrevoir que toutes ces d\u00e9ceptions qui s&rsquo;accumulent peuvent \u00eatre des signes de Dieu, qui nous guide par elles. La mani\u00e8re dont j&rsquo;ai r\u00e9agi \u00e0 l&rsquo;accusation fausse du compatriote \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9but&#8230;<\/p>\n<p>Mes entretiens avec Monsieur de B\u00e9rulle et d&rsquo;autres, et mes lectu\u00adres, vont peu \u00e0 peu m&rsquo;aider \u00e0 regarder les \u00e9v\u00e9nements dans la foi et l&rsquo;abandon \u00e0 Dieu. Oh ! il me faudra encore bien du temps avant de l&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 ma personnalit\u00e9, avant d&rsquo;en vivre vraiment&#8230; bien du temps, et bien des gr\u00e2ces de Dieu ! Mais un jour viendra o\u00f9 je t\u00e2cherai vrai\u00adment de voir les choses sous ce regard de Dieu, et o\u00f9 je l&rsquo;expliquerai aux autres&#8230; Tous r\u00e9cemment, j&rsquo;ai employ\u00e9 une image \u00e9clairante, avec les Filles de la Charit\u00e9, le 23 juillet 1656 : <i>\u00ab\u00a0Il en est de nous comme d&rsquo;une pierre de laquelle on veut faire une belle image de Notre-Dame, de Saint Jean, ou de quelque autre saint. Que doit faire le sculpteur, pour venir \u00e0 bout de son dessein ? Il faut qu&rsquo;il prenne le marteau et \u00f4te de cette pierre tout le superflu. Et pour cela, il frappe dessus \u00e0 grands coups de marteau, de sorte qu&rsquo;\u00e0 le voir vous diriez qu&rsquo;il la veut asso\u00admer&#8230; Voyez-vous, Dieu en use de la sorte \u00e0 notre \u00e9gard\u00a0\u00bb <\/i>(X, 182-183). Et il n&rsquo;avait pas fini d&rsquo;en user de la sorte avec moi !<\/p>\n<p>Je fr\u00e9quente aussi les pr\u00eatres que Monsieur de B\u00e9rulle r\u00e9unit chez lui. Il y a entre autres Adrien Bourdoise, qui n&rsquo;avait que 27 ans (et moi 30), Andr\u00e9 Duval, 47 ans, docteur en Sorbonne, et sup\u00e9rieur, avec Mon\u00adsieur de B\u00e9rulle, des Carm\u00e9lites de France, ainsi que Fran\u00e7ois Bour\u00adgoing, qui a quatre ans de moins que moi, mais est d\u00e9j\u00e0 cur\u00e9 de Clichy.<\/p>\n<p>Avec eux, non seulement j&rsquo;approfondis mon discernement spiri\u00adtuel, mais j&rsquo;\u00e9largis mes vues apostoliques : il fallait que je remplisse vraiment les t\u00e2ches d&rsquo;un pasteur&#8230;<\/p>\n<p>Or Monsieur de B\u00e9rulle \u00e9tait sur le point d&rsquo;instituer l&rsquo;association des Pr\u00eatres de l&rsquo;Oratoire, en s&rsquo;inspirant de celle de Philippe N\u00e9ri \u00e0 Rome, et justement Fran\u00e7ois Bourgoing faisait partie des cinq qui partagent ce projet : mais il lui fallait un rempla\u00e7ant \u00e0 Clichy ; et voil\u00e0 comment on a pens\u00e9 \u00e0 moi.<\/p>\n<h2><b>Cur\u00e9 !<\/b><\/h2>\n<p>Le 13 octobre 1611, Fran\u00e7ois Bourgoing signe la r\u00e9signation de sa paroisse en ma faveur : enfin CURE ! Mais au fond, je n&rsquo;\u00e9tais pas tel\u00adlement press\u00e9 d&rsquo;aller \u00e9vang\u00e9liser de cette fa\u00e7on-l\u00e0&#8230; J&rsquo;avais encore espoir de surmonter les difficult\u00e9s pour mon abbaye de St l\u00e9onard de Chau\u00admes&#8230; J&rsquo;avais aussi mes engagements chez les Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu, qui me tenaient \u00e0 coeur.<\/p>\n<p>Et juste une semaine apr\u00e8s, le 20 octobre 1611, je leur fais don de quinze mille livres, que je venais de recevoir la veille. Vous allez voir, dans l&rsquo;acte notari\u00e9, l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration de mes titres !<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Messire Vincent de Paul, abb\u00e9 commandataire de l&rsquo;abbaye Saint L\u00e9onard, pays d&rsquo;Aunis, dioc\u00e8se de Saintes, conseiller et aum\u00f4nier de la reine Marguerite, \u00e9tant de pr\u00e9sent en cette ville de Paris, log\u00e9&#8230; rue de Seine,&#8230; pour la d\u00e9votion et l&rsquo;affection qu&rsquo;il a port\u00e9es \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Saint Jean-Baptiste, de l&rsquo;Ordre du Bienheureux Jean de Dieu,&#8230; et pour don\u00adner plus de moyen aux prieur et religieux dudit h\u00f4pital de traiter et pan\u00adser les pauves malades qui vont et viennent journellement se r\u00e9fugier et faire panser audit lieu, m\u00eame aussi pour leur subvenir, tant \u00e0 l&rsquo;acquit du payement de ce qui est d\u00fb par ledit h\u00f4pital pour reste du b\u00e2timent qu&rsquo;ils y ont fait faire, que pour continuer icelui b\u00e2timent,&#8230; a donn\u00e9&#8230; la somme de quinze mille livres,&#8230;\u00a0\u00bb (XIII, <\/i>14). Elle provenait, par deux interm\u00e9diaires, du d\u00e9dommagement pour un navire coul\u00e9 par les Espa\u00adgnols en 1594 ! Je ne me sentais pas habilit\u00e9 \u00e0 en faire profiter ma famille&#8230;<\/p>\n<p>Le 11 novembre 1611, Monsieur de B\u00e9rulle, Monsieur Bourgoing et quatre autres pr\u00eatres s&rsquo;installaient dans une nouvelle maison, en y instituant l&rsquo;Oratoire de France.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai continu\u00e9 de les fr\u00e9quenter, j&rsquo;y ai m\u00eame s\u00e9journ\u00e9.<\/p>\n<p>1612 fut une ann\u00e9e de gros troubles dans le royaume. Les Princes s&rsquo;insurgent contre Marie de M\u00e9dicis, la R\u00e9gente, et ses favoris, surtout Concini.<\/p>\n<p>Pour ma part, ce n&rsquo;est que le 2 mai 1612 que je suis all\u00e9 prendre possession de ma cure de CLICHY.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis mes quinze ans que je me retrou\u00advais au milieu des braves gens simples des champs, et j&rsquo;avais 31 ans ! Je d\u00e9couvris la joie d&rsquo;\u00eatre pasteur, plong\u00e9 dans un peuple&#8230; <i>\u00ab\u00a0J&rsquo;avais un si bon peuple et si ob\u00e9issant \u00e0 faire ce que je lui demandais que, lorsque je leur dis qu&rsquo;il fallait venir \u00e0 confesse les premiers dimanches du mois, ils n&rsquo;y manquaient pas. Ils y venaient et se confessaient, et je voyais de jour en jour le progr\u00e8s que faisaient ces \u00e2mes. Cela me donnait tant de consolation, et j&rsquo;en \u00e9tais si content, que je me disais \u00e0 moi-m\u00eame : \u00ab\u00a0Mon Dieu, que tu es heureux d&rsquo;avoir un si bon peu\u00adple .r\u00a0\u00bb Et j&rsquo;ajoutais : \u00ab\u00a0Je pense que le Pape n&rsquo;est pas si heureux qu&rsquo;un cur\u00e9 au milieu d&rsquo;un peuple qui a bon coeur\u00a0\u00bb <\/i>(IX, 646).<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;homme est complexe ! On ne se convertit pas en un moment, ni dans toutes les parties de notre \u00eatre&#8230;<\/p>\n<p>Nous pouvons \u00eatre arriv\u00e9s \u00e0 des pens\u00e9es profondes et tr\u00e8s surnatu\u00adrelles, et ne pas les faire toutes passer dans nos actes ; nous pouvons accomplir des actes tr\u00e8s \u00e9vang\u00e9liques et surnaturels dans certains domai\u00adnes, et rester fort humains et terrrestres dans d&rsquo;autres secteurs&#8230; et c&rsquo;est mon cas&#8230;<\/p>\n<p>Cur\u00e9 de Clichy et aimant mon peuple, j&rsquo;ai tout de m\u00eame conserv\u00e9 mon logement rue de Seine.<\/p>\n<p>Je continue m\u00eame de contracter des dettes, voyez cet acte officiel par lequel, le 7 d\u00e9cembre 1612, je d\u00e9clare : <i>\u00ab\u00a0demeurant en cette ville de Paris, rue de Seine,\u2014 confesse devoir&#8230; \u00e0 Messire Jacques GAS\u00adTEAUD, docteur en th\u00e9ologie, demeurant \u00e0 La Rochelle,\u2014 la somme de trois cent vingt livres tournois\u00a0\u00bb (XIII, <\/i>19).<\/p>\n<p>Je suis rest\u00e9 16 mois \u00e0 Clichy, cat\u00e9chisant les enfants, secourant les pauvres et les malades, incitant \u00e0 la fr\u00e9quentation des sacrements, \u00e9tablissant la Confr\u00e9rie du Rosaire. Je fis commencer la reconstruction de l&rsquo;\u00e9glise, mais elle ne fut termin\u00e9e qu&rsquo;en 1630. J&rsquo;entrepris aussi d&rsquo;ouvrir une \u00e9cole cl\u00e9ricale pour douze jeunes gens ; l&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;appelait Antoine Portail ; n\u00e9 en 1590 \u00e0 Beaucaire, il \u00e9tait venu \u00e9tudier \u00e0 Paris ; nous som\u00admes rest\u00e9s en relation apr\u00e8s mon d\u00e9part de Clichy ; il fut ordonn\u00e9 pr\u00ea\u00adtre en 1622, puis il devint mon premier compagnon dans les missions&#8230;<\/p>\n<p>Je crois que la gr\u00e2ce de Dieu, m\u00eame si je gardais encore quelques vis\u00e9es humaines, avait bien commenc\u00e9 de me transformer : \u00e0 la patience face aux adversit\u00e9s, dans l&rsquo;abandon aux conduites de la Providence, s&rsquo;ajoutait l&rsquo;effort pour la vie int\u00e9rieure et l&rsquo;\u00e9tude de ses \u00e9l\u00e9ments et de ses principes ; et \u00e0 l&rsquo;attention aux pauvres malades venait de se greffer le z\u00e8le et la pratique du minist\u00e8re pastoral.<\/p>\n<p>Monsieur de B\u00e9rulle, qui \u00e9tait devenu pour moi un guide spirituel, jugea qu&rsquo;il convenait d&rsquo;\u00e9largir mon champ d&rsquo;action, en m\u00eame temps que se pr\u00e9sentait l&rsquo;occasion de me procurer enfin, non certes un b\u00e9n\u00e9\u00adfice eccl\u00e9siastique, mais bien mieux que cela : un poste honorable dans une des plus hautes familles de France.<\/p>\n<h2><b>Pr\u00e9cepteur<\/b><\/h2>\n<p>C&rsquo;est environ dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de 1613 que se couronne ainsi une recherche si longtemps men\u00e9e : je re\u00e7ois \u00ab\u00a0la charge de pr\u00e9\u00adcepteur des enfants de Messire Philippe-Emmanuel de Gondi, Comte de Joigny, G\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res de France\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;a\u00een\u00e9 des enfants, Pierre, avait 11 ans, le second, Henri, 2 ou 3 ans, le dernier, Jean-Fran\u00e7ois-Paul, venait tout juste de na\u00eetre. Venus de Flo\u00adrence une centaine d&rsquo;ann\u00e9e auparavant, les Gondi \u00e9taient maintenant seigneurs d&rsquo;une importante partie des terres du Royaume, et l&rsquo;Ev\u00each\u00e9 de Paris leur \u00e9tait pratiquement r\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;oncles en neveux. Cependant, Monsieur de Gondy \u00e9tait cribl\u00e9 de dettes, car, bien que fonci\u00e8rement croyant et droit, il menait grand train. Madame la G\u00e9n\u00e9rale qui avait apport\u00e9 \u00e0 la famille, entre autres terres, celle de Folleville, pr\u00e8s d&rsquo;Amiens, \u00e9tait franchement pieuse, soucieuse de progresser dans la vertu jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00eatre scrupuleuse.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, <i>\u00ab\u00a0j&rsquo;avais pour maxime de regarder Monsieur le G\u00e9n\u00e9\u00adral en Dieu, et Dieu en lui, et de lui ob\u00e9ir de m\u00eame, et \u00e0 feu Madame comme \u00e0 la Vierge, et de ne me pr\u00e9senter si ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;ils m&rsquo;appelas\u00adsent, ou pour quelque affaire pressant et d&rsquo;importance\u00a0\u00bb (I, <\/i>354). Je suis venu r\u00e9sider chez eux, les accompagnant dans leurs divers h\u00f4tels et ch\u00e2teaux, \u00e0 Paris, Joigny, Montmirail, Villepreux, Folleville, etc&#8230;<\/p>\n<p>Mais j&rsquo;avais conserv\u00e9 l&rsquo;abbaye de Saint-L\u00e9onard et la cure de Clichy, o\u00f9 je continuais de diriger le service, un vicaire assurant le travail ordi\u00adnaire ; j&rsquo;y allais autant que je le pouvais. J&rsquo;en suis rest\u00e9 cur\u00e9 jusqu&rsquo;en 1626.<\/p>\n<h2><strong>Tent\u00e9 contre la foi<\/strong><\/h2>\n<p>Tout au long de ces ann\u00e9es, j&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 en relation avec diverses personnes, dont ce bon \u00ab\u00a0th\u00e9ologal\u00a0\u00bb tent\u00e9 contre la foi. Je ne sais plus en quelle aim\u00e9e, son \u00e9tat s&rsquo;aggrava tellement que je craignais qu&rsquo;il mou\u00adr\u00fbt en cet \u00e9tat&#8230; <i>Je me mis en oraison pour prier la divine bont\u00e9 qu&rsquo;il lui pl\u00fbt d\u00e9livrer ce malade de ce danger, et m&rsquo;offris \u00e0 Dieu en esprit de p\u00e9nitence pour porter en moi-m\u00eame, sinon les m\u00eames peines, au moins de tels effets de sa justice qu&rsquo;il aurait agr\u00e9able de me faire souf\u00adfrir (Ab I, 117, 118).<\/i><\/p>\n<p><i>Dieu d\u00e9livra enti\u00e8rement le malade de sa tentation, il rendit le calme \u00e0 son esprit, il \u00e9claircit sa foi obscurcie et troubl\u00e9e,&#8230;<\/i><\/p>\n<p><i>Mais en m\u00eame temps Dieu permit que cette m\u00eame tentation pas\u00ads\u00e2t dans mon esprit, qui s&rsquo;en trouva d\u00e8s lors vivement assailli\u00a0\u00bb. <\/i>Pri\u00e8res et mortifications n&rsquo;eurent d&rsquo;autre effet que de m&rsquo;aider \u00e0 souffrir cela avec patience. Je ne pus faire que deux choses : <b><i>\u00ab\u00a0La premi\u00e8re, j&rsquo;\u00e9crivis ma profession de foi dans un papier que j&rsquo;appliquai sur mon coeur,\u2014 faisant un pacte avec Notre-Seigneur que toutes les fois que je porte\u00adrais la main sur mon coeur et sur ce papier, j&rsquo;entendais renoncer \u00e0 la tentation&#8230;<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Le second rem\u00e8de&#8230; fut de faire le contraire de ce que la tentation me sugg\u00e9rait, t\u00e2chant d&rsquo;agir par foi et de rendre honneur et service \u00e0 J\u00e9sus Christ,&#8230; particuli\u00e8rement en la visite et consolation des pauvres et malades\u00a0\u00bb.<\/i><\/b><\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0rude exercice\u00a0\u00bb dura trois ou quatre ans&#8230;<\/p>\n<p>Cela n&rsquo;arrangeait pas mon caract\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 auparavant facilement cassant ou d&rsquo;humeur noire, tout en \u00e9tant apte \u00e0 m&rsquo;enthousiasmer, comme les gens passionn\u00e9s, particuli\u00e8rement \u00e9motifs, sensibles&#8230;<\/p>\n<p>Cela mettait en peine Madame la G\u00e9n\u00e9rale, \u00ab\u00a0pensant que j&rsquo;e\u00fbs quel\u00adque m\u00e9contentement en sa maison\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><b><i>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;adressai \u00e0 Dieu et le priai instamment de me changer cette humeur s\u00e8che et rebutante et de me donner un esprit doux et b\u00e9nin. Et par la gr\u00e2ce de Notre-Seigneur, avec un peu d&rsquo;attention que j&rsquo;ai faite \u00e0 r\u00e9primer les bouillons de la nature, j&rsquo;ai un peu quitt\u00e9 de mon humeur noire\u00a0\u00bb <\/i><\/b>(Ab III, 177-178), mais apr\u00e8s combien d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;efforts ! Et j&rsquo;ai toujours \u00e0 lutter pour parvenir un peu \u00e0 la douceur.<\/p>\n<p>Dans ma chambre, chez les Gondi, je vivais \u00ab\u00a0comme dans une char\u00adtreuse\u00a0\u00bb. Mais chaque fois que nous \u00e9tions sur leurs terres, j&rsquo;allais aussi visiter les pauvres et les malades, cat\u00e9chiser, pr\u00eacher&#8230; Je confessais \u00e9ga\u00adlement, et les gens se confiaient plus librement \u00e0 un pr\u00eatre qui ne vivait pas toujours avec eux&#8230;<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, d\u00e8s les ann\u00e9es 1613, les pr\u00eatres de l&rsquo;Oratoire s&rsquo;adonnaient \u00e0 des Missions \u00e0 la campagne, c&rsquo;\u00e9tait un de leurs buts, comme l&rsquo;\u00e9crivait Monsieur de B\u00e9rulle ; ils avaient aussi \u00ab\u00a0un souci par\u00adticulier d&rsquo;instruire les pr\u00eatres des choses de leur minist\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour ma part, j&rsquo;aspirai encore aux b\u00e9n\u00e9fices, et, gr\u00e2ce \u00e0 Monsieur de Gondi, je re\u00e7us la cure de Gamaches, le 28 f\u00e9vrier 1614, par le Vicaire G\u00e9n\u00e9ral de Rouen. (C&rsquo;est entre Dieppe et Amiens).<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, Madame de Gondi me confia la conduite de son \u00e2me, avec ses inqui\u00e9tudes, ses scrupules. J&rsquo;essayais de l&rsquo;amener \u00e0 pouvoir se passer de mes r\u00e9ponses&#8230;<\/p>\n<p>Quant aux affaires du royaume, qui \u00e9taient toujours agit\u00e9es, Louis XIII se d\u00e9clara majeur pour ses 14 ans, le 2 octobre 1614. Il vou\u00adlait secouer la tutelle de sa m\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>En mai 1615, je fus pourvu d&rsquo;un nouveau b\u00e9n\u00e9fice eccl\u00e9siastique, dans un chapitre de Chanoines dont Monsieur le G\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res \u00e9tait co-patron avec un autre seigneur. Le chanoine tr\u00e9sorier \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9, je me suis retrouv\u00e9 chanoine d&rsquo;Ecouis, en Normandie, au nord des Andelys, et tr\u00e9sorier du Chapitre. Je me suis fait repr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;intro\u00adnisation par un procureur, et, hormis le 16 septembre, o\u00f9 je suis venu promettre de remplir mes charges en m\u00eame temps que demander qu&rsquo;on me donne un suppl\u00e9ant, je n&rsquo;y ai jamais mis les pieds&#8230;<\/p>\n<h2><b>Folleville<\/b><\/h2>\n<p>Cependant ma vie spirituelle s&rsquo;approfondissait ; je r\u00e9v\u00e9rais tout par\u00adticuli\u00e8rement la Sainte Eucharistie et je m\u00e9ditais beaucoup la vie de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9, et les interventions des trois divines Personnes pour notre salut, tout sp\u00e9cialement pour l&rsquo;Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie. Je pr\u00eachais m\u00eame ces v\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p>Mon z\u00e8le pastoral aussi augmentait. Je m&rsquo;occupais des villages appartenant aux Gondi. J&rsquo;adoptai la pratique d&rsquo;inviter les paroissiens \u00e0 faire une confession g\u00e9n\u00e9rale de tous leurs p\u00e9ch\u00e9s pass\u00e9s, d\u00e9j\u00e0 accu\u00ads\u00e9s, ou bien oubli\u00e9s dans les confessions pr\u00e9c\u00e9dentes ou qu&rsquo;ils n&rsquo;auraient pas os\u00e9 dire&#8230; Cette pratique \u00e9tait conseill\u00e9e par Monseigneur Fran\u00e7ois de Sales dans son \u00ab\u00a0Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme plusieurs de ces p\u00e9ch\u00e9s avaient leur absolution r\u00e9serv\u00e9e aux Ev\u00eaques, je pris l&rsquo;habitude, quand nous allions dans tel ou tel domaine des Gondi, de demander les pouvoirs sp\u00e9ciaux \u00e0 l&rsquo;Ev\u00each\u00e9 du lieu. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai encore ma demande du 20 juin 1616, au Vicaire G\u00e9n\u00e9ral de Sens, car il m&rsquo;a r\u00e9pondu dessus, \u00e0 la suite de mon texte !<\/p>\n<p>Madame de Gondi, tout en souffrant quand je n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0 pour soulager ses inqui\u00e9tudes de conscience, m&rsquo;encourageait dans ce minis\u00adt\u00e8re, car elle aimait ses gens.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du mois d&rsquo;ao\u00fbt 1616 est paru l&rsquo;autre grand livre de Mon\u00adseigneur Fran\u00e7ois de Sales, le \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de l&rsquo;Amour de Dieu\u00a0\u00bb, que j&rsquo;ai lu et m\u00e9dit\u00e9 dans ces ann\u00e9es 1616-1620.<\/p>\n<p>Mais j&rsquo;\u00e9tais aussi toujours occup\u00e9 par les proc\u00e8s qui continuaient <i>\u00ab\u00a0contre plusieurs d\u00e9tenteurs et usurpateurs\u00a0\u00bb <\/i>de mon abbaye de St-L\u00e9onard, dont je ne touchais pas les fruits et revenus&#8230; Il fallait choisir&#8230;<\/p>\n<p>Le 20 octobre 1616, j&rsquo;avais trouv\u00e9 un autre amateur, peut-\u00eatre plus puissant que moi, et je lui ai abandonn\u00e9 tous mes droits sur l&rsquo;abbaye de St L\u00e9onarde de Chaumes : Messire Fran\u00e7ois de Lanson, pr\u00eatre, con\u00adseiller et aum\u00f4nier du roi.<\/p>\n<p>Par contre, je gardais encore la cure de Clichy et celle de Gama\u00adches : Clichy (XIII, 85), jusqu&rsquo;en 1626, Gamaches, je ne sais plus.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;hiver 1616-1617, nous \u00e9tions sur les terres de Madame la G\u00e9n\u00e9rale, en Picardie, au ch\u00e2teau de FOLLEVILLE, au sud-est d&rsquo;Amiens.<\/p>\n<p>Vers le 20 janviers 1617, on vient me prier d&rsquo;aller \u00e0 GANNES, \u00e0 environ deux lieues de l\u00e0, <b><i>\u00ab\u00a0pour aller confesser un pauvre homme dan\u00adgereusement malade, qui \u00e9tait en r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. Il se trouva n\u00e9anmoins qu&rsquo;il \u00e9tait charg\u00e9 de p\u00e9ch\u00e9s qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais os\u00e9 d\u00e9clarer en confession, ainsi qu&rsquo;il le d\u00e9clara lui-m\u00eame tout-haut par apr\u00e8s en pr\u00e9sence de madame la g\u00e9n\u00e9rale des gal\u00e8res, lui disant : \u00ab\u00a0Madame, j&rsquo;\u00e9tais damn\u00e9 si je n&rsquo;eusse fait une confession g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 raison des gros p\u00e9ch\u00e9s que je n&rsquo;avais os\u00e9 confesser&rsquo;: Cet homme mourut ensuite, et madite dame, ayant reconnu par l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 des confessions g\u00e9n\u00e9ra\u00adles, d\u00e9sira que je fisse le lendemain une pr\u00e9dication sur ce sujet, (en l&rsquo;\u00e9glise de FOLLEVILLE). Je la fis, et Dieu y donna tant de b\u00e9n\u00e9dic\u00adtion que tous les habitants du lieu firent ensuite confession g\u00e9n\u00e9rale (XII, 7-8). Mais la presse fut si grande que, ne pouvant plus y suffire, avec un autre pr\u00eatre qui m&rsquo;aidait, Madame envoya prier les R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res j\u00e9suites elmiens de venir au secours ; elle en \u00e9crivit au R\u00e9v\u00e9\u00adrend P\u00e8re recteur, qui y vint lui-m\u00eame, et, n&rsquo;ayant pas eu le loisir d&rsquo;y arr\u00eater que fort peu de temps, il envoya&#8230; le R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re Fourch\u00e9,&#8230; lequel nous aida \u00e0 confesser, pr\u00eacher et cat\u00e9chiser&#8230; (XI 4-5).<\/i><\/b><\/p>\n<p><b>Nous f\u00fbmes ensuite aux autres villages qui appartenaient \u00e0 Madame en ces quartiers-l\u00e0 et nous f\u00eemes comme au premier. Il y eut grand con\u00adcours et Dieu donna partout sa b\u00e9n\u00e9diction&#8230;<\/b><\/p>\n<p><b>C&rsquo;\u00e9tait le jour de la conversion de Saint Paul, qui est le 25 jan\u00advier&#8230; Et voil\u00e0 le premier sermon de la Mission,&#8230; ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour\u00a0\u00bb.<\/b><\/p>\n<p>J&rsquo;ai plusieurs fois insist\u00e9 sur le r\u00f4le capital de ce paysan de Gan\u00adnes et surtout de Madame de Gondi, en cette affaire. C&rsquo;est tr\u00e8s r\u00e9elle\u00adment que son r\u00f4le fut d\u00e9terminant, m\u00eame si je pr\u00eachais d\u00e9j\u00e0 dans ses villages et y exhortais aux confessions g\u00e9n\u00e9rales. Comprenez bien : j&rsquo;en avais d\u00e9j\u00e0 entendu, des p\u00e9ch\u00e9s graves qu&rsquo;on n&rsquo;avait jamais os\u00e9 accuser, mais je ne pouvais pas le dire, puisque j&rsquo;\u00e9tais tenu par le secret sacra\u00admentel, le plus grave des secrets. Maintenant que ce paysan s&rsquo;\u00e9tait con\u00adfi\u00e9 \u00e0 Madame de Gondi et que celle-ci avait parl\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9li\u00e9, je pou\u00advais clamer la gravit\u00e9 de la situation spirituelle des campagnes, elle n&rsquo;\u00e9tait plus connue uniquement par les confessions ! Et cela provoqua un tel mouvement de masse que je ne pus continuer seul ; autre acquit de l&rsquo;intervention de Madame de Gondi : je n&rsquo;allais plus \u00ab\u00a0missionner\u00a0\u00bb seul, mais en groupe, avec d&rsquo;autres pr\u00eatres. Enfin, Madame de Gondi fut ellem\u00eame stimul\u00e9e au souci du salut de ses gens et m&rsquo;y encouragea ; mais cela augmentait ses scrupules.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 partir de f\u00e9vrier 1617, mon temps va se passer surtout \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser les villages des domaines de Madame la G\u00e9n\u00e9rale, tout en continuant de veiller \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de ses enfants.<\/p>\n<p>Les Oratoriens continuaient de s&rsquo;adonner \u00e0 de telles \u00ab\u00a0missions parmi les bourgs du dioc\u00e8se o\u00f9 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque les envoie pour y s\u00e9journer quinze jours ou trois semaines en chacun\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;\u00e9crivait Monsieur de B\u00e9rulle \u00e0 Hugues Quarr\u00e9, justement entre f\u00e9vrier et septembre 1617<span id='easy-footnote-2-106482' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/vincentians.com\/fr\/monsieur-vincent-relit-sa-vie\/#easy-footnote-bottom-2-106482' title='Monsieur Vincent n&amp;rsquo;avait \u00e9videmment pas connaissance des lettres de Monsieur de B\u00e9rulle ! Mais il le fr\u00e9quentait encore et connaissait l&amp;rsquo;Oratoire.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2><b>Ch\u00e2tillon<\/b><\/h2>\n<p>Je voudrais \u00e9chapper \u00e0 ce qui m&#8217;emp\u00eache de me donner pleine\u00adment \u00e0 l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation&#8230; Je ne peux plus mener de front la charge de pr\u00e9cepteur et celle de pasteur, ni d&rsquo;aum\u00f4nier personnel de Madame de Gondi&#8230; J&rsquo;aspire \u00e0 \u00eatre \u00e0 nouveau cur\u00e9 d&rsquo;un peuple, et loin, pour \u00e9chap\u00adper aux demande de la famille de Gondi, mais aussi aux agitations de Paris, o\u00f9 il faut faire des s\u00e9jours.<\/p>\n<p>A Paris, justement, les troubles s&rsquo;intensifient. L&rsquo;hostilit\u00e9 du jeune roi Louis XIII contre sa m\u00e8re Marie de M\u00e9dicis et contre son favori Concini aboutit \u00e0 la d\u00e9cision de faire arr\u00eater celui-ci ; et comme il se d\u00e9fend, il est abattu le 24 f\u00e9vrier 1617.<\/p>\n<p>Pour ma part, je m&rsquo;ouvre de mes d\u00e9sirs \u00e0 Monsieur de B\u00e9rulle. Or pr\u00e9cis\u00e9ment en avril ou mai, le P\u00e8re Bence, sup\u00e9rieur de l&rsquo;Oratoire de Lyon, lui a transmis la demande de trouver un bon pr\u00eatre pour la cure de Buenens et de CHATILLON-LES-DOMBES, au dioc\u00e8se de Lyon, dont le recteur venait de se d\u00e9sister le 19 avril (XIII 40, 46).<\/p>\n<p>Monsieur de B\u00e9rulle me la propose, j&rsquo;accepte, et il commence les d\u00e9marches aupr\u00e8s de Monseigneur de Marquemont, Archev\u00eaque et Comte de Lyon, pour ma nomination. Je ne parlerai de rien, bien s\u00fbr, ni \u00e0 Monsieur ni \u00e0 Madame de Gondi.<\/p>\n<p>Entre temps, le 3 mai, Louis XIII avait chass\u00e9 sa m\u00e8re de Paris et commen\u00e7ait une v\u00e9ritable \u00e9puration, d&rsquo;o\u00f9, \u00e0 long terme, viendraient bien des malheurs pour le pays, et pour la Lorraine, car son Duc pren\u00addra le parti des opposants&#8230; Le 8 juillet, Louis XIII fait ex\u00e9cuter la veuve de Concini, comme sorci\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>C&rsquo;est en juillet 1617 que je quitte Paris, all\u00e9guant un petit voyage. Le 29 juillet, \u00e0 Lyon, ma nomination est sign\u00e9e, et le premier ao\u00fbt je suis install\u00e9 solennellement dans l&rsquo;\u00e9glise de Buenens puis dans celle de Ch\u00e2tillon. Cela fait 5 ans et 3 mois apr\u00e8s Clichy (dont je suis toujours cur\u00e9 !).<\/p>\n<p>Le presbyt\u00e8re n&rsquo;\u00e9tant plus en \u00e9tat, c&rsquo;est un Huguenot, le sieur Jean Beynier, qui m&rsquo;h\u00e9berge. Il \u00e9tait loin d&rsquo;avoir une vie exemplaire, mais nous faisons tout de m\u00eame bon m\u00e9nage ; il deviendra m\u00eame, quatre mois apr\u00e8s, procureur de la nouvelle Confr\u00e9rie de la Charit\u00e9 ! Il finira par changer de vie et m\u00eame revenir \u00e0 l&rsquo;Eglise catholique.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris alors \u00e0 Monsieur de Gondi pour lui dire mon intention de ne plus retourner, lui expliquant que je n&rsquo;ai aucune des qualit\u00e9s requi\u00adses pour \u00eatre pr\u00e9cepteur dans une si noble famille (I, 21).<\/p>\n<p>Et je me mets au travail, assist\u00e9 d&rsquo;un bon pr\u00eatre b\u00e9n\u00e9vole : activi\u00adt\u00e9s du minist\u00e8re, visite des pauvres et des malades.<\/p>\n<p>Le 20 ao\u00fbt 1617, <i>\u00ab\u00a0un dimanche, comme je m&rsquo;habillais pour dire la sainte Messe, on me vint dire qu&rsquo;en une maison \u00e9cart\u00e9e des autres, \u00e0 un quart de lieue de l\u00e0, tout le inonde \u00e9tait malade, sans qu&rsquo;il rest\u00e2t une seule personne pour assister les autres&#8230; Cela me toucha sensible\u00adment le coeur. Je ne manquai pas de les recommander au pr\u00f4ne avec affection, et Dieu, touchant le coeur de ceux qui m&rsquo;\u00e9coutaient, fit qu&rsquo;ils se trouv\u00e8rent tous \u00e9mus de compassion pour ces pauvres afflig\u00e9s.<\/i><\/p>\n<p><i>L&rsquo;apr\u00e8s-d\u00een\u00e9e, il se fit assembl\u00e9e chez une bonne demoiselle de la ville pour voir quel secours on pourrait leur donner&#8230;<\/i><\/p>\n<p><i>Apr\u00e8s les v\u00eapres, je pris un honn\u00eate homme,&#8230; et nous m\u00eemes de compagnie en chemin d&rsquo;y aller. Nous rencontr\u00e2mes sur le chemin des femmes qui nous devan\u00e7aient et, un peu plus avant, d&rsquo;autres qui reve\u00adnaient&#8230; Il y en avait tant que vous eussiez dit des processions. Comme je fus arriv\u00e9, je visitai les malades, et allai qu\u00e9rir le Saint Sacrement pour ceux qui \u00e9taient les plus press\u00e9s, non pas \u00e0 la paroisse du lieu, car ce n&rsquo;\u00e9tait pas une paroisse, mais cela d\u00e9pendait d&rsquo;un chap\u00eetre dont j&rsquo;\u00e9tais le prieur.<\/i><\/p>\n<p><i>Apr\u00e8s donc les avoir confess\u00e9s et communi\u00e9s, il fut question de voir comme on pourrait secourir leur n\u00e9cessit\u00e9. Je proposai \u00e0 toutes ces bonnes personnes que la charit\u00e9 avait anim\u00e9 \u00e0 se transporter l\u00e0, de se cotiser, chacune une journ\u00e9e, pour faire le pot, non seulement pour ceux-l\u00e0, mais pour ceux qui viendraient apr\u00e8s ; et c&rsquo;est le premier lieu o\u00f9 la Charit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie\u00a0\u00bb (IX, 243-244).<\/i><\/p>\n<p>Huit dames s&rsquo;assembl\u00e8rent aussit\u00f4t. Puis je travaillai \u00e0 un petit r\u00e8glement, que je leur remis le 23 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9tais mis aussi \u00e0 apprendre le bressan, pour mieux communi\u00adquer avec les simples gens.<\/p>\n<p>Entre temps, Monsieur de Gondy avait fait part de ma d\u00e9cision \u00e0 Madame, qui re\u00e7ut sa lettre le 24 septembre, et qui m&rsquo;\u00e9crivit longue\u00adment pour me supplier de revenir&#8230; Il fallut donc lui r\u00e9pondre&#8230; Comme elle faisait intervenir Monsieur de B\u00e9rulle, je leur \u00e9crivis que j&rsquo;irais \u00e0 Paris pour r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Alors je reprends le r\u00e8glement de la Charit\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re plus approfondie, et le 24 novembre, je donne \u00e0 la Confr\u00e9rie un r\u00e8glement tr\u00e8s complet, r\u00e8glement de vie autant que d&rsquo;activit\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs la coutume dans toutes les confr\u00e9ries d&rsquo;associer la vie chr\u00e9tienne aux activit\u00e9s charitables ; ici, j&rsquo;accentue la vie spirituelle personnelle, \u00e0 base d&rsquo;humilit\u00e9, de simplicit\u00e9 et de charit\u00e9, en vue d&rsquo;un service des pauvres, non seulement corporel, mais aussi spirituel. Et leur ai marqu\u00e9 de lire chaque jour un chapitre de \u00ab\u00a0L&rsquo;Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote\u00a0\u00bb. <b><i>\u00ab\u00a0Ladite confr\u00e9rie s&rsquo;appellera LA CONFRERIE DE LA CHARITE, \u00e0 l&rsquo;imita\u00adtion de l&rsquo;h\u00f4pital de la Charit\u00e9 de Rome ; et les personnes dont elle sera principalement compos\u00e9e, SERVANTES DES PAUVRES, OU DE LA CHARITE\u00a0\u00bb (XIII, 423).<\/i><\/b><\/p>\n<p>La diff\u00e9rence avec les autres confr\u00e9ries, c&rsquo;est qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;affaire d&rsquo;une cat\u00e9gorie sociale, ou d&rsquo;un m\u00e9tier, ou d&rsquo;une d\u00e9votion par\u00adticuli\u00e8re, pour le bien de ses seuls membres : elle regroupait toutes les dames qui le d\u00e9siraient, nobles et non nobles, pour servir tous les pau\u00advres sans distinction.<\/p>\n<p>Une autre diff\u00e9rence, c&rsquo;est que la gestion en est clairement affect\u00e9e enti\u00e8rement aux dames ; le procureur n&rsquo;a voix qu&rsquo;au m\u00eame titre que l&rsquo;une des dites servantes, et ce n&rsquo;est m\u00eame pas forc\u00e9ment un pr\u00eatre, le premier fut m\u00eame un protestant, comme je vous l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, Jean Beynier.<\/p>\n<p>Comme je l&rsquo;avais promis \u00e0 Monsieur de Gondi, je quitte Ch\u00e2til\u00adlon en d\u00e9cembre, j&rsquo;arrive \u00e0 Paris le 23, et je vais aussit\u00f4t d\u00e9lib\u00e9rer avec Monsieur de B\u00e9rulle&#8230;<\/p>\n<p>Il s&rsquo;av\u00e8re plus sage que je rentre dans la famille de Gondi, puisque la Paroisse de Ch\u00e2tillon \u00e9tait en \u00e9tat de se maintenir dans la bonne voie, avec les bons pr\u00eatres qui avaient oeuvr\u00e9 avec moi, et avec la Confr\u00e9rie, qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9toff\u00e9e et affermie.<\/p>\n<p>Le lendemain, 24 d\u00e9cembre 1617, veille de No\u00ebl, je r\u00e9int\u00e8gre donc mon logement chez les Gondi.<\/p>\n<p>D\u00e8s mon retour, Monsieur et Madame comprennent mes aspira\u00adtions. Leurs possessions m&rsquo;offraient un si vaste champ d&rsquo;action ! Il me lib\u00e8rent de la charge de pr\u00e9cepteur, et nous mettons sur pied un plan d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation.<\/p>\n<p>Le 31 janvier 1618, je me d\u00e9mets de la cure de Ch\u00e2tillon pour m&rsquo;appliquer enti\u00e8rement aux missions.<\/p>\n<h2><b>\u00ab\u00a0Tout donn\u00e9 \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb<\/b><\/h2>\n<p>1618 : une grande page se tourne&#8230;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une bien longue pr\u00e9paration, j&rsquo;avais trouv\u00e9 ma voie : <i>\u00ab\u00a0DONNE A DIEU, A LA SUITE DE JESUS-CHRIST, POUR LE SERVICE DES PAUVRES\u00a0\u00bb (d&rsquo;apr\u00e8s IX, 26 ; 534 ; X, 124).<\/i><\/p>\n<p>Et ce mouvement de don avait co\u00efncid\u00e9 avec la disparition des ten\u00adtations contre la foi qui m&rsquo;avaient tourment\u00e9 durant trois ou quatre ans&#8230; Maintenant, je voyais \u00e0 peu pr\u00e8s clairement ce mouvement de ma vie chr\u00e9tienne :<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Le pauvre peuple se damne faute de savoir les choses n\u00e9cessaires \u00e0 salut et faute de se confesser\u00a0\u00bb (I, 115).<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Travailler au salut des pauvres gens des champs, c&rsquo;est l\u00e0 le capi\u00adtal de notre vocation, et tout le reste n&rsquo;est qu&rsquo;accessoire&#8230; C&rsquo;est expri\u00admer&#8230; la vocation de J\u00e9sus Christ&#8230; Le principal de Notre-Seigneur \u00e9tait de travailler pour les pauvres\u00a0\u00bb (XI 133, 135).<\/i><\/p>\n<p>De mes exp\u00e9riences de Folleville et de Ch\u00e2tillon, je retenais un objectif, \u00e0 double face : sauver les \u00e2mes, soulager les corps ; mais sur\u00adtout des moyens pr\u00e9cis : 1) l&rsquo;importance d&rsquo;un temps fort de r\u00e9veil, pour une paroisse, avec l&rsquo;appel \u00e0 la confession g\u00e9n\u00e9rale ; 2) l&rsquo;importance d&rsquo;agir \u00e0 plusieurs : avec d&rsquo;autres pr\u00eatres, et avec les la\u00efcs. Evang\u00e9liser, c&rsquo;est aussi proposer de faire ou refaire un tissu humain, et impr\u00e9gner de foi et de pri\u00e8re toute la vie, la vie du m\u00e9tier, et la vie charitable ; 3) l&rsquo;importance de vivre de Dieu, avec Dieu, car c&rsquo;est lui qui agit, en v\u00e9rit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas une conversion brusque ; ma longue pr\u00e9para\u00adtion m&rsquo;avait vraiment donn\u00e9 de quoi passer aux actes : une profonde ossature spirituelle et un vivant courant de la gr\u00e2ce divine, \u00e0 laquelle la pri\u00e8re, l&rsquo;oraison, nous ouvre, ainsi que l&rsquo;oubli de soi&#8230; Bref, pour \u00eatre missionnaire en v\u00e9rit\u00e9, il faut <i>\u00ab\u00a0nous vider de nous-m\u00eame pour nous rev\u00eatir de J\u00e9sus Christ\u00a0\u00bb <\/i>(d&rsquo;apr\u00e8s XI, 2 ; 312 ; 343 ; XIII, 107-108).<\/p>\n<p>Oui, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 les fondements doctrinaux de ma vie et de mon action, que j&rsquo;ai largement d\u00e9velopp\u00e9s ensuite :<\/p>\n<p>Unir la contemplation et la vie concr\u00e8te&#8230;<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image de la Trinit\u00e9, unit\u00e9 de trois Personnes qui se com\u00admuniquent tout, vivre entre nous cette communication.<\/p>\n<p>Et constitu\u00e9s corps mystique du Christ par le Bapt\u00eame, nous avons \u00e0 continuer son incarnation ; \u00e0 sa suite, nous somme <i>\u00ab\u00a0destin\u00e9s \u00e0 repr\u00e9\u00adsenter la bont\u00e9 de Dieu \u00e0 l&rsquo;endroit de ces pauvres malades\u00a0\u00bb\u201e, (X 332).<\/i><\/p>\n<p>Et m\u00eame, je commen\u00e7ais \u00e0 voir une signification providentielle \u00e0 ma course aux b\u00e9n\u00e9fices : je comprenais maintenant le sens de l&rsquo;argent&#8230; Sans lui, les pauvres ne peuvent rien, et on ne peut rien pour eux&#8230; L&rsquo;argent, c&rsquo;est leur vie&#8230; pour les servir, il faut pouvoir vivre sans rien leur demander, et bien plus, il faut pouvoir leur fournir ressources et rem\u00e8des&#8230; Maintenant, je vais donc continuer de chercher des revenus ! Mais ce ne sera plus pour subvenir \u00e0 ma famille : ce sera pour pouvoir subvenir aux pauvres, car l&rsquo;argent, <b><i>\u00ab\u00a0le bien de la maison, c&rsquo;est le bien des pauvres.\u00a0\u00bb (X, 316-317; XI, 30) Et donc, \u00ab\u00a0nous sommes oblig\u00e9s d&rsquo;avoir quelque bien, et de le faire valoir pour subvenir \u00e0 tout\u00a0\u00bb.<\/i><\/b><\/p>\n<h2><b>Missionnaire<\/b><\/h2>\n<p>Sept longues ann\u00e9es vont d&rsquo;abord s&rsquo;\u00e9couler, dans la m\u00eame ligne que les trois pr\u00e9c\u00e9dentes : missionner dans les villages des terres des Gondi. Et pourtant fort diff\u00e9rentes. Enti\u00e8rement remplies par ces mis\u00adsions aux pauvrs gens des champs, et d&rsquo;une mani\u00e8re maintenant bien organis\u00e9e, en mettant en oeuvre d&rsquo;autres pr\u00eatres et surtout les la\u00efcs.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;adresse d&rsquo;abord et essentiellement aux pauvres gens des champs, et d&rsquo;abord dans les villages d\u00e9pendant des Gondi. D\u00e8s f\u00e9vrier 1618, \u00e0 Villepreux, pr\u00e8s de Versailles ; sa Charit\u00e9 est institu\u00e9e le 23 ; et partout, dor\u00e9navant, toute mission se cl\u00f4turera par la fondation d&rsquo;une Charit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Villepreux, ce fut Joigny, au sud de Sens, ensuite, Montmi\u00adrail, en Champagne, puis Folleville, Paillart, S\u00e9r\u00e9villers, pr\u00e8s d&rsquo;Amiens. Et, progressivement, nous all\u00e2mes en bien d&rsquo;autres endroits. Madame de Gondi participait aux Missions, entra\u00eenant les dames au service des pauvres.<\/p>\n<p>Dans ces missions, j&rsquo;avais parfois affaire avec des Huguenots. A MONTMIRAIL, par exemple, en 1620, l&rsquo;un d&rsquo;eux m&rsquo;objectait que l&rsquo;Eglise catholique ne peut \u00eatre la vraie, car ses pr\u00eatres d\u00e9laissent les pauvres pour s&rsquo;entasser en ville&#8230; (XI, 34-37). L&rsquo;ann\u00e9e suivante, \u00e0 MAR\u00adCHAIS, village voisin, voyant les progr\u00e8s des pauvres paysans et des enfants, il revint \u00e0 l&rsquo;Eglise catholique. Cela m&rsquo;affermit encore dans mon choix d&rsquo;aller aux pauvres de la campagne.<\/p>\n<p>Mais Monsieur de Gondi \u00e9tait G\u00e9n\u00e9ral des gal\u00e8res, et vous pensez bien que je n&rsquo;avais pas attendu pour obtenir de pouvoir me rendre pr\u00e8s des for\u00e7ats, me rendre compte de la mani\u00e8re dont on les traitait, et cher\u00adcher \u00e0 y porter rem\u00e8de.<\/p>\n<p>Aussi, le 8 f\u00e9vrier 1619, j&rsquo;\u00e9tais nomm\u00e9 par le roi AUMONIER GENERAL DES GALERES (XIII, 55-56).<\/p>\n<p>Revenons un peu en arri\u00e8re. En novembre 1618, Monseigneur Fran\u00ad\u00e7ois de Sales \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Paris, alors que je missionnais \u00e0 Montmirail. Mais lorsque je revins \u00e0 Paris en fin d\u00e9cembre, je pus enfin faire sa con\u00adnaissance, et tr\u00e8s vite nous e\u00fbmes des entretiens confiants et tr\u00e8s pro\u00adfonds ; <i>\u00ab\u00a0j&rsquo;ai vraiment \u00e9t\u00e9 souvent honor\u00e9 de sa familiarit\u00e9 ;&#8230; mais il recevait volontiers toute sorte de gens,&#8230; s&rsquo;accomodant \u00e0 la capacit\u00e9 de chacun&#8230; Sa douceur et sa bont\u00e9 d\u00e9bordaient sur ceux qui \u00e9taient favo\u00adris\u00e9s de ses entretiens, et j&rsquo;en fus. Et plus tard, en me souvenant de lui, je me disais : \u00ab\u00a0Que tu es bon, Dieu, mon Dieu, que tu es bon, puisqu&rsquo;il y a tant de suavit\u00e9 dans Monseigneur Fran\u00e7ois de Sales, ta cr\u00e9ature !\u00a0\u00bb (d&rsquo;apr\u00e8s XIII, 67-79).<\/i><\/p>\n<p>Entre temps, j&rsquo;avais continu\u00e9 les missions dans les campagnes et je m&rsquo;\u00e9tais occup\u00e9 des gal\u00e9riens.<\/p>\n<p>En 1623, les gal\u00e8res \u00e9taient \u00e0 Bordeaux, en vue d&rsquo;une action con\u00adtre les Protestants de La Rochelle, et j&rsquo;y suis all\u00e9 faire une mission pour les for\u00e7ats. Puis je me suis laiss\u00e9 persuader d&rsquo;aller revoir mon pays et ma famille&#8230; et je vous ai dit tout \u00e0 l&rsquo;heure combien j&rsquo;ai pleur\u00e9 au retour.<\/p>\n<p>Trouver des pr\u00eatres pour travailler avec moi \u00e0 ces missions n&rsquo;\u00e9tait pas toujours facile, cela devenait m\u00eame un probl\u00e8me&#8230; Il fallait assurer la continuit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9al \u00e9tait de les confier \u00e0 une Congr\u00e9gation. J\u00e9suites, Oratoriens, et d&rsquo;autres, pressentis, se r\u00e9cus\u00e8rent.<\/p>\n<p>Finalement, une solution s&rsquo;imposait : instituer nous-m\u00eames une association de pr\u00eatres&#8230; Monsieur et Madame de Gondi y pensaient&#8230; l&rsquo;id\u00e9e m&#8217;emballait&#8230; Mais \u00e9tait-ce vraiment la volont\u00e9 de Dieu ? Je fis une retraite, \u00e0 Soissons, pour obtenir la gr\u00e2ce de ne plus avoir cet empres\u00adsement&#8230; et ce me fut accord\u00e9.. (II, 247).<\/p>\n<p>Alors il m&rsquo;a sembl\u00e9 que je pouvais accepter la proposition de mes ma\u00eetres, de nous faire attribuer une maison o\u00f9 pourrait vivre une petite communaut\u00e9 de pr\u00eatres.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment, le l<sup>er<\/sup> mars 1624, je suis nomm\u00e9 principal du vieux coll\u00e8ge des BONS-ENFANTS, vieille b\u00e2tisse en assez piteux \u00e9tat. Comme les Gondi tiennent \u00e0 ce que je reste avec eux, c&rsquo;est un des premiers com\u00adpagnons de mission \u00e0 accepter de vivre en communaut\u00e9 qui en prend possession, cet Antoine Portail, d\u00e9j\u00e0 connu \u00e0 Clichy.<\/p>\n<p>A la fin de cette ann\u00e9e 1624, ou peut-\u00eattre au d\u00e9but de 1625, une jeune veuve, Louise de Marillac, Mademoiselle Legras, du nom de son mari, commen\u00e7a \u00e0 me confier sa vie spirituelle et les probl\u00e8mes de l&rsquo;\u00e9du\u00adcation de son fils. (\u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb \u00e9tait alors r\u00e9serv\u00e9 aux femmes de sei\u00adgneurs.) Elle \u00e9tait fort pieuse, visitait depuis longtemps les pauvres, elle aussi avait rencontr\u00e9 Fran\u00e7ois de Sales, puis son ami, Monseigneur Camus.<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s l&rsquo;attribution du Coll\u00e8ge des Bons-Enfants, le 17 avril 1625, Monsieur et Madame de Gondi mat\u00e9rialisaient notre r\u00eave : assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des missions aux pauvres, en versant eux-m\u00eames une fondation en argent, non plus de 16 000 livres, comme Madame y avait d&rsquo;abord pens\u00e9, mais de 45 000 livres, au nom de notre <b><i>\u00ab\u00a0pieuse associa\u00adtion de quelques eccl\u00e9siastiques&rsquo;:..(XIII, 198). Il <\/i><\/b>fallait trouver des com\u00adpagnons&#8230; Pour l&rsquo;instant, il n&rsquo;y avait encore de stable qu&rsquo;Antoine Portail.<\/p>\n<p>Mais il \u00e9tait temps ! De sant\u00e9 fragile, us\u00e9e par son d\u00e9vouement au long des missions depuis 8 ans, Madame de Gondi mourait deux mois plus tard, le 23 juin 1625&#8230;<\/p>\n<p>Je n&rsquo;oublierai jamais la part qu&rsquo;elle a eue dans l&rsquo;origine de la Mis\u00adsion au service des pauvres, ainsi que son mari. Elle est vraiment <b><i>\u00ab\u00a0notre fondatrice&rsquo;:.. (III, 399).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Leur contrat de fondation stipulait que je reste dans leur Maison, mais Monsieur de Gondi comprit que je devais animer sur place le groupe de missionnaires qui allait se former, et je partis r\u00e9sider aux Bons-Enfants, vers novembre 1625. Monsieur de Gondi, de son c\u00f4t\u00e9, s&rsquo;\u00e9tait peu \u00e0 peu tellement donn\u00e9 \u00e0 Dieu, qu&rsquo;il entra \u00e0 l&rsquo;Oratoire le 6 avril sui\u00advant, 1626, pour devenir pr\u00eatre.<\/p>\n<p>Aux Bons Enfants, avec Antoine Portail, nous nous adjoign\u00eemes un bon pr\u00eatre, en lui octroyant 50 \u00e9cus par an, et <b><i>\u00ab\u00a0nous nous en allions ainsi tous trois pr\u00eacher et faire la mission de village en village. En par\u00adtant, nous donnions la clef \u00e0 quelqu&rsquo;un des voisins, ou nous m\u00eames nous les priions d&rsquo;aller coucher la nuit dans la maison. Cepen\u00addant, je n&rsquo;avais partout qu&rsquo;une seule pr\u00e9dication, que je tournais en mille fa\u00e7ons : c&rsquo;\u00e9tait de la crainte de Dieu&#8230; Et Dieu&#8230; donna quelques b\u00e9n\u00e9dictions \u00e0 nos travaux ; ce que voyant, de bons eccl\u00e9siastiques se joignirent \u00e0 nous et demand\u00e8rent \u00e0 \u00eatre avec nous\u00a0\u00bb (XII, 8).<\/i><\/b><\/p>\n<p>De ceux qui vinrent, trois seulement, un an apr\u00e8s, consentirent \u00e0 rester avec moi en communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Entre temps, les \u00e9v\u00e9nements politiques suivaient leur cours. Riche\u00adlieu, \u00e9v\u00eaque de Lu\u00e7on, introduit dans les sph\u00e8res de la politique d\u00e8s 1615 par la reine-m\u00e8re, fait cardinal le 5 septembre 1622, avait su se rendre indispensable au jeune Louis XIII. Entr\u00e9 au conseil du roi le 29 avril 1624, il en \u00e9tait le chef quatre mois \u00e0 peine plus tard, le 13 ao\u00fbt&#8230; C&rsquo;est lui qui allait mener la politique de la France, et je ne savais pas encore combien j&rsquo;aurais \u00e0 traiter avec lui.<\/p>\n<p>Fin 1625 ou d\u00e9but 1626, j&rsquo;ai enfin r\u00e9sign\u00e9 la cure de Clichy.<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s notre combat de fondation, notre communaut\u00e9 pre\u00adnait forme, le 4 septembre 1626, par l&rsquo;ACTE D&rsquo;ASSOCIATION des trois missionnaires qui restaient avec moi, <b><i>\u00ab\u00a0pour ensemble vivre en mani\u00e8r<\/i><\/b><strong><i>e<\/i><i> de Congr\u00e9gation, Compagnie ou Confr\u00e9rie, et nous employer au salut du pauvre peuple des champs\u00a0\u00bb (XIII, 204).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Et comme je n&rsquo;oubliais par la pauvret\u00e9 de mes fr\u00e8res et soeurs, ce m\u00eame 4 septembre, devant les m\u00eames notaires du Ch\u00e2telet de Paris, Saul\u00adnier et Charles, je leur faisais don de ma petite part de biens, <i>\u00ab\u00a0tant meubles que immeubles paternels\u00a0\u00bb (XIII, 62).<\/i><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est que l&rsquo;ann\u00e9e suivante, le 8 juin 1627, que notre appellation se pr\u00e9cisera : \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 ou Communaut\u00e9 des Pr\u00eatres de la Mission\u00a0\u00bb, puis simplement \u00ab\u00a0CONGREGATION OU SOCIETE DE LA MISSION\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2><b>Formateur<\/b><\/h2>\n<p>Un nouveau champ d&rsquo;activit\u00e9 allait s&rsquo;ouvrir aux missionnaires. Il devenait clair que le fruit des missions ne pouvait pas se conserver s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de bons pr\u00eatres dans les paroisses ; or beaucoup \u00e9taient n\u00e9gligents, et plusieurs carr\u00e9ment scandaleux&#8230; et il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;ins\u00adtitution pour les former. Certes, depuis une soixantaine d&rsquo;ann\u00e9es, sui\u00advant la demande du Concile de Trente, des dioc\u00e8ses avaient ouvert des s\u00e9minaires, mais sans succ\u00e8s. De plus, les Oratoriens, d\u00e8s 1612, un an apr\u00e8s leur institution, s&rsquo;\u00e9taient vu confier le s\u00e9minaire du dioc\u00e8se de Rouen, \u00e0 Paris, puis ceux de Langres, de M\u00e2con, de Lu\u00e7on ; en 1624, ils ouvrent \u00e0 Paris le s\u00e9minaire Saint-Magloire. En 1620, un bon pr\u00eatre de Paris, Monsieur Bourdoise, en avait ouvert un, en lien avec sa com\u00admunaut\u00e9 de la paroisse de Saint Nicolas du Chardonnet (notre paroisse)&#8230;<\/p>\n<p>Pour ma part, en parlant un jour avec l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Beauvais, la pen\u00ads\u00e9e me vint qu&rsquo;il serait moins rebutant pour la plupart des candidats, et plus efficace, de commencer par une pr\u00e9paration tr\u00e8s br\u00e8ve, mais intensive : une retraite de quinze jours avant chacun des trois Ordres sacr\u00e9s, sous-diaconat, diaconat et presbyt\u00e9rat, avec un enseignement pr\u00e9\u00adcis et des exercies pratiques.<\/p>\n<p>Ces EXERCICES DES ORDINANDS d\u00e9but\u00e8rent \u00e0 Beauvais en 1628, et se propag\u00e8rent rapidement. Ce ne sera qu&rsquo;en 1641 que nous ouvrirons un grand s\u00e9minaire, \u00e0 Annecy.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e 1628, je commence \u00e0 demander au Pape d&rsquo;approuver notre Compagnie (I, 42-51).<\/p>\n<h2><b>Animateur<\/b><\/h2>\n<p>Je ne vous ai plus parl\u00e9 des Confr\u00e9ries de la Charit\u00e9 ! Elles s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9pandues, au fur et \u00e0 mesure des missions, et je m&rsquo;imposais de les visiter de temps en temps&#8230; Mais vraiment, je n&rsquo;y suffisais plus&#8230; Aussi, en cette ann\u00e9e 1629, je proposai \u00e0 Mademoiselle Legras de s&rsquo;en char\u00adger, et, malgr\u00e9 sa d\u00e9fiance d&rsquo;elle-m\u00eame, elle y fit merveille.<\/p>\n<p>Mais sur Paris, il y avait des probl\u00e8mes. Les Charit\u00e9s y comptaient plus qu&rsquo;ailleurs des dames de haute condition, pas toutes dispos\u00e9es ou aptes \u00e0 visiter et servir elles-m\u00eames les pauvres&#8230; Plusieurs y envoyaient leurs servantes, et il en \u00e9tait parfois qui rudoyaient les pauvres&#8230;<\/p>\n<p>Or la Providence m&rsquo;avait envoy\u00e9 une bonne fille du village de Sures\u00adnes, <i>\u00ab\u00a0Marguerite Naseau&#8230; Ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une pauvre vach\u00e8re sans ins\u00adtruction&#8230; Elle eut la pens\u00e9e d&rsquo;instruire la jeunesse, acheta un alpha\u00adbet, et&#8230; elle allait prier Monsieur le cur\u00e9 ou le vicaire de lui dire les lettres&#8230; Et elle r\u00e9solut de s&rsquo;en aller de village en village, pour enseigner la jeunesse&#8230;\u00a0\u00bb (IX, 77-78).<\/i><\/p>\n<p>Finalement elle s&rsquo;adressa \u00e0 moi, et c&rsquo;est ainsi que, vers 1630, elle s&#8217;employa \u00e0 servir les pauvres \u00e0 la Charit\u00e9 de Saint-Sauveur, \u00e0 Paris, puis en plusieurs autres charit\u00e9s.<\/p>\n<h2><b>Saint Lazare<\/b><\/h2>\n<p>J&rsquo;approchais des 50 ans, l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 une grande partie des gens meu\u00adrent, et j&rsquo;avais l&rsquo;exemple r\u00e9cent du Cardinal de B\u00e9rulle&#8230; le 7 septembre 1630, je fis mon testament, testament spirituel, pour commencer, mais aussi en faveur de mes fr\u00e8res et soeurs et neveux ; il ne me restait plus que ce qui avait pu venir depuis ma donation de 1626 : essentiellement, une maison avec bois et terre que mon beau-fr\u00e8re avait vendue, et que j&rsquo;avais rachet\u00e9e le 21 janvier 1627 (Annales 101, 1956, p. 704-707).<\/p>\n<p>Il existait alors, au nord de Paris, hors les murs, une vieille l\u00e9pro\u00adserie, sise dans une immense propri\u00e9t\u00e9, et d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Saint Lazare le res\u00adsuscit\u00e9. Elle \u00e9tait tenue par onze chanoines de Saint Victor, mais il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;un ou deux l\u00e9preux, trois ou quatre ali\u00e9n\u00e9s, et quelques jeunes gens difficiles confi\u00e9s au prieur par leurs parents. Le prieur et les chanoines ne s&rsquo;entendaient gu\u00e8re, et le conflit s&rsquo;envenima en cette ann\u00e9e 1630. Puis le prieur eut connaissance de notre groupe de mis\u00adsionnaires, et un jour de 1630, je re\u00e7ois sa visite aux Bons-Enfants : il venait me proposer son prieur\u00e9 ! Bien trop immense pour notre petit nombre&#8230; mais il fit valoir que si nous venions \u00e0 nous accro\u00eetre, les Bons-Enfants seraient trop petits&#8230;<\/p>\n<p>Il mit un an \u00e0 me convaincre&#8230; et il fallait aussi veiller \u00e0 bien des probl\u00e8mes pratiques&#8230;<\/p>\n<p>Finalement, Monsieur Duval me conseilla d&rsquo;accepter, et le 7 jan\u00advier 1632, nous avons sign\u00e9 le CONTRAT D&rsquo;UNION DE SAINT\u00adLAZARE avec la Congr\u00e9gation de la Mission (XIII, 234).<\/p>\n<p>De l\u00e0 vient le nom de Pr\u00eatres de Saint-Lazare, ou Lazaristes, que nous donna le peuple.<\/p>\n<h2><b>Co-fondateur<\/b><\/h2>\n<p>Pendant ce temps, d&rsquo;autres filles s&rsquo;\u00e9taient mises au service des pau\u00advres dans les charit\u00e9s de Paris, suivant l&rsquo;exemple de Marguerite Naseau. Celle-ci <b><i>\u00ab\u00a0donnait tout ce qu&rsquo;elle pouvait avoir, quand l&rsquo;occasion s&rsquo;en pr\u00e9sentait ;&#8230; Tout le monde l&rsquo;aimait, pour ce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien qui ne f\u00fbt aimable en elle.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Sa charit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 si grande qu&rsquo;elle est morte pour avoir fait coucher avec elle une pauvre fille malade de la peste. Atteinte de ce mal, elle dit adieu \u00e0 la soeur qui \u00e9tait avec elle, comme si elle e\u00fbt pr\u00e9vu sa mort, et s&rsquo;en alla \u00e0 (l&rsquo;h\u00f4pital) Saint-Louis le coeur plein de joie et de confor\u00admit\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu\u00a0\u00bb (IX <\/i><\/b>79).C&rsquo;\u00e9tait en f\u00e9vrier 1633, et malgr\u00e9 les soins qu&rsquo;avec Mademoiselle Legras nous lui avons procur\u00e9s, elle mou\u00adrut peu apr\u00e8s&#8230;<\/p>\n<p>Ces filles b\u00e9n\u00e9voles ne formaient pas encore une communaut\u00e9&#8230; J&rsquo;avais pris l&rsquo;habitude de les pr\u00e9parer \u00e0 leur service des pauvres par qua\u00adtre jours de retraite&#8230; Pour un service difficile, il convenait de les pr\u00e9\u00adparer davantage ; et pour les aider \u00e0 tenir, il convenait de leur proposer de vivre ensemble plut\u00f4t que dispers\u00e9es dans les paroisses&#8230;<\/p>\n<p>Mademoiselle Legras, bien que fort occup\u00e9e par ses voyages pour visiter, soutenir, les Charit\u00e9s, accepta de s&rsquo;en charger.<\/p>\n<p>Le 29 novembre 1633, trois ou quatre s&rsquo;installaient en communaut\u00e9, avec Louise de Marillac, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise Saint Nicolas du Chardonnet. Elles ne seraient pas religieuses, pour ne pas \u00eatre enferm\u00e9es en cl\u00f4ture, comme le Concile de Trente l&rsquo;avait urg\u00e9. Pourtant, il existait depuis la fin du XIIIe si\u00e8cle, des Soeurs, tertiaires de Saint Fran\u00e7ois, qui faisaient les voeux solennels, avaient l&rsquo;office au choeur, et qui pourtant sortaient servir les pauvres et les malades \u00e0 domicile : Soeurs Grises, Soeurs de Sainte-Elisabeth, Tiercelines&#8230; leur statut de Tiers Ordre les dispensait de la loi faite pour le Second Ordre (Ordres de femmes). Mais je ne les connaissais pas, bien qu&rsquo;il y en e\u00fbt \u00e0 Beauvais, \u00e0 Nantes, et m\u00eame \u00e0 Paris&#8230; mais il y a tant d&rsquo;Ordres et de Congr\u00e9gations&#8230;<\/p>\n<p>Nos \u00ab\u00a0FILLES DE LA CHARITE\u00a0\u00bb seraient encore plus disponi\u00adbles : n&rsquo;ayant pas de voeux solennels, elles ne seront pas tenues aux longs offices au choeur ; elles auront pourtant une vie spirituelle intense : m\u00e9ditation deux fois par jour, lecture spirituelle, messe \u00e0 la paroisse ; mais le principal de leur temps sera vraiment pour les pauvres. Et leur habit sera uniforme, certes, mais celui des paysannes de l&rsquo;Ile-de-France. Bref, de simples filles, \u00ab\u00a0Filles de la Charit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2><b>Au service des Pr\u00eatres et des Croyants<\/b><\/h2>\n<p>En cette m\u00eame ann\u00e9e 1633, plusieurs des pr\u00eatres qui \u00e9taient pass\u00e9s par les Exercices des Ordinands avaient demand\u00e9 \u00e0 continuer de rece\u00advoir une impulsion pour leur z\u00e8le missionnaire et leur vie spirituelle, et propos\u00e9 de se retrouver r\u00e9guli\u00e8rement avec moi dans ce but&#8230; et cela a fini par voir le jour ; en juin 1633 eut lieu la premi\u00e8re rencontre, le 9 juillet la deuxi\u00e8me, et nous avons donn\u00e9 \u00e0 ces rencontres le nom de CONFERENCES DES MARDIS.<\/p>\n<p>Si la Congr\u00e9gation de la Mission n&rsquo;a pas son esprit sp\u00e9cialement orient\u00e9 vers le sacerdoce, puisqu&rsquo;elle comporte aussi des la\u00efcs ou Fr\u00e8\u00adres, par contre, cette nouvelle Compagnie <i>\u00ab\u00a0a pour fin d&rsquo;honorer la vie de N.S.J.C., son sacerdoce \u00e9ternel, sa sainte famille et son amour envers les pauvres&#8230; Et chacun fera une oblation, en mani\u00e8re de bon propos, tous les and le jour du jeudi saint\u00a0\u00bb (XIII, 128-129). <\/i>On pourrait dire que c&rsquo;est une sorte de Tiers-Ordre pour les pr\u00eatres. Et Dieu sait tout le bien qu&rsquo;ils ont fait, les Missions qu&rsquo;ils ont pr\u00each\u00e9es en beaucoup de villes, pendant que nous nous consacrions aux campagnes.<\/p>\n<p>Il est une grande mis\u00e8re spirituelle dont je ne vous ai pas encore parl\u00e9, car Dieu merci, cela s&rsquo;est un peu calm\u00e9, mais au d\u00e9but de ce si\u00e8\u00adcle la croyance aux sorciers et aux possessions diaboliques \u00e9chauffait les esprits, les pouvoirs civils s&rsquo;\u00e9taient empar\u00e9s de ces affaires et les menaient avec une cruaut\u00e9 incroyable, cependant que trop de pr\u00eatres se faisaient leurs complices ; d\u00e9j\u00e0 au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, les po\u00e8tes huma\u00adnistes pr\u00e9sentaient \u00e0 qui mieux mieux les pauvres vieilles paysannes d\u00e9charn\u00e9es comme \u00e9tant des sorci\u00e8res. On les torturait cruellement pour les faire avouer&#8230; Et en cette ann\u00e9e 1633, c&rsquo;est la triste affaire des Ursuli\u00adnes de Loudun, qui se sont ligu\u00e9es pour accuser un cur\u00e9 de la ville de les avoir ensorcel\u00e9es qui finit par \u00eatre br\u00fbl\u00e9 vif l&rsquo;ann\u00e9e suivante, en 1644&#8230;<\/p>\n<p>Pour ma part, toute ma vie, j&rsquo;ai essay\u00e9 de calmer les esprits, comme le faisaient les Ev\u00eaques et les esprits sens\u00e9s.<\/p>\n<p>Et cette m\u00e9thode, calme et sereine, \u00e9tait plus efficace que tous les exorcismes et tous les b\u00fbchers : c&rsquo;est ainsi que, dans ces m\u00eames ann\u00e9es 1635-1640, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Montauban pouvait m&rsquo;\u00e9crire : <i>\u00ab\u00a0Les pr\u00eatres de la Mission sont grandement n\u00e9cessaires dans ce dioc\u00e8se ; car dans les lieux o\u00f9 ils ont ci-devant travaill4 il ne s&rsquo;est trouv\u00e9 aucun sorcier, ni sorci\u00e8re. Voil\u00e0 le profit que les cat\u00e9chismes et les confessions g\u00e9n\u00e9rales font partout\u00a0\u00bb (II, 429). <\/i>Oui, la connaissance \u00ab\u00a0des choses n\u00e9cessaires \u00e0 salut\u00a0\u00bb lib\u00e8re vraiment les esprits de toutes ces peurs et de ces fum\u00e9es&#8230;<\/p>\n<h2><b>La Lorraine<\/b><\/h2>\n<p>Mais \u00e0 ces terreurs et \u00e0 ces cruaut\u00e9s vont s&rsquo;en ajouter bien d&rsquo;autres&#8230; La politique avait fait son chemin&#8230; Certains des nobles, opposants \u00e0 Richelieu, dont la Duchesse de Chevreuse et le propre fr\u00e8re du roi, Gas\u00adton d&rsquo;Orl\u00e9ans, s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s en Lorraine, dont le Duc, Charles IV, les aidait \u00e0 comploter&#8230; La Lorraine \u00e9tant un pays ind\u00e9pendant, ratta\u00adch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Empire germanique, hormis les villes-Ev\u00each\u00e9s de Metz, Toul et Verdun, occup\u00e9es par la France depuis 1552. En 1631, Richelieu poussa Louis XIII \u00e0 entrer en Lorraine. Apr\u00e8s une paix forc\u00e9e, le Duc crut pou\u00advoir le braver ; il ne put que s&rsquo;attirer une campagne punitive, en 1632, puis carr\u00e9ment l&rsquo;invasion, en 1633&#8230; Tous les malheurs de la guerre s&rsquo;abattaient sur ce pauvre pays. Nancy prise et occup\u00e9e d\u00e9finitivement, le Duc va mener une vie errante, en poursuivant tout de m\u00eame la guerre&#8230; et maintenant, en 1659, tout n&rsquo;est pas termin\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Et nous arrivons en 1635.<\/p>\n<p>La Lorraine n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9munie spirituellement ; Pierre Fourier, en particulier, l&rsquo;avait dot\u00e9e de ses Soeurs de Notre-Dame et de ses Cha\u00adnoines R\u00e9guliers de Notre-Sauveur.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;administrateur du dioc\u00e8se de Toul, qui bient\u00f4t en fut \u00e9v\u00eaque, nous appellait, et c&rsquo;est en 1635 que nous y avons \u00e9tabli une mai\u00adson de mission, dans un h\u00f4pital, avec deux confr\u00e8res.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1636 ou 1637, ils h\u00e9bergent, soignent et secourent tant les sol\u00addats bless\u00e9s que d&rsquo;innombrables pauvres r\u00e9fugi\u00e9s des campagnes envi\u00adronnantes&#8230; Ils m&rsquo;ont fait savoir ces mis\u00e8res, et toutes les atrocit\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin de 1638, et en 1639, les r\u00e9fugi\u00e9s lorrains commencent \u00e0 affluer \u00e0 Paris. Avec Mademoiselle, nous essayons d&rsquo;h\u00e9berger ceux que nous pouvons ; au d\u00e9but de mai 1639, \u00e0 la Chapelle, pr\u00e8s de St Lazare, nous en rassemblons trois cents, ceux qu&rsquo;on a pu trouver, pour leur faire une mission de huit jours, en leur distribuant du pain.<\/p>\n<p>Mais il faut aussi continuer de secourir ceux de Lorraine, dont j&rsquo;apprends tant d&rsquo;horribles malheurs.<\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;une somme de mis\u00e8res individuelles : c&rsquo;est UNE MISERE DE MASSE, tout un pays ravag\u00e9, par sept corps d&rsquo;arm\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;essaye de collecter partout, je demande \u00e0 mes confr\u00e8res de se pri\u00adver ; nous nous sommes mis au pain bis pendant des ann\u00e9es ; je leur disais : <i>\u00ab\u00a0n&rsquo;est-il pas juste que nous retranchions quelque chose pour compatir et participer aux mis\u00e8res publiques ?\u00a0\u00bb <\/i>Et encore : <i>\u00ab\u00a0ne devons-nous pas retrancher quelque chose de notre ordinaire pour leur soula\u00adgement ?\u00a0\u00bb (Abelly III, 298).<\/i><\/p>\n<p>A mis\u00e8re de masse, REMEDES DE MASSE&#8230; Il fallut improviser des moyens de masse : tout un circuit d&rsquo;information, de collectes et de transport.<\/p>\n<p>D\u00e8s avril, j&rsquo;envoie six missionnaires en renfort&#8230; O\u00f9 les trouver ? Je n&rsquo;ai que deux pr\u00eatres sous la main&#8230; J&rsquo;envoie avec eux quatre \u00e9tudiants s\u00e9minaristes ; en octobre j&rsquo;enverrai encore deux pr\u00eatres et un fr\u00e8re, et trois en 1640&#8230;<\/p>\n<p>Un autre fr\u00e8re, Mathieu Regnard, va d\u00e9ployer des tr\u00e9sors d&rsquo;ing\u00e9\u00adniosit\u00e9, en 54 voyages, entre 1639 et 1649, pour transporter des sommes incroyables, un million cinq cents ou six cents mille livres, a-t-on cal\u00adcul\u00e9&#8230; Il a racont\u00e9 toutes ses ruses pour \u00e9chapper aux bandits et aux soudards.<\/p>\n<p>J&rsquo;essaye aussi d&rsquo;agir au niveau politique, je vais trouver Richelieu, pour qu&rsquo;il fasse la paix&#8230; en vain&#8230; Je vais voir le Roi, la Reine ; ils con\u00adsentent \u00e0 plusieurs reprises des sommes consid\u00e9rables pour aider ces pauvres, surtout les religieuses&#8230; mais ils continuent la guerre !<\/p>\n<p>Sur place, pr\u00eatres et fr\u00e8res r\u00e9partissent les aides sur tout le pays, circulant d&rsquo;une ville \u00e0 l&rsquo;autre. Conform\u00e9ment au r\u00e8glement que je leur ai \u00e9crit d\u00e8s le 15 avril 1639, ils font agir les cur\u00e9s, ou, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y en a plus, les la\u00efcs les plus qualifi\u00e9s ; tout le peuple se met \u00e0 l&rsquo;oeuvre avec eux.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 Paris, les g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9s se lassent&#8230; Le 28 f\u00e9vrier j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 un confr\u00e8re de Rome :<\/p>\n<p><b><i>\u00ab\u00a0Nous continuons \u00e0 assister ces pauvres gens de cinq cents livres par mois en chacune desdites villes ; mais certes, Monsieur, j&rsquo;appr\u00e9\u00adhende bien que nous ne puissions pas continuer longtemps, tant il y a de difficult\u00e9 de trouver 2 500 livres tous les mois\u00a0\u00bb (II, 32).<\/i><\/b><\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu l&rsquo;id\u00e9e de demander aux missionnaires de m&rsquo;\u00e9crire souvent les mis\u00e8res qu&rsquo;ils voient et les secours qu&rsquo;ils rendent, et je fais circuler ces lettres, qui montrent l&#8217;emploi des dons et stimulent \u00e0 de nouvelles largesses. <b><i>\u00ab\u00a0Je fais voir cela \u00e0 ces bonnes dames, tous les mois&#8230; Et cela les console fort. Nous employ\u00e2mes, samedi pass\u00e9, deux ou trois heures \u00e0 voir les autres lettres, dont elles \u00e9taient ravies de consolation\u00a0\u00bb (II, 61). <\/i><\/b>C&rsquo;est en juillet 1640 que j&rsquo;\u00e9crivais cela \u00e0 un confr\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais tant de fois j&rsquo;ai cru les sources taries, me voyant accul\u00e9 \u00e0 ne plus pouvoir r\u00e9pondre aux appels&#8230; Et chaque fois la manne est venue&#8230;<\/p>\n<p>Je crois que c&rsquo;est alors que, peu \u00e0 peu, j&rsquo;ai appris ce que c&rsquo;est que faire confiance \u00e0 la Providence, c&rsquo;est-\u00e0-dire croire que l&rsquo;Esprit-Saint peut toucher des coeurs&#8230;<\/p>\n<p>Pourtant, les Dames de la Charit\u00e9 de Paris, \u00e0 qui j&rsquo;avais recours, y avaient d\u00e9j\u00e0 tant \u00e0 faire&#8230; Outre les pauvres qu&rsquo;elles secouraient depuis des ann\u00e9es, il y avait maintenant les r\u00e9fugi\u00e9s qui s&rsquo;y entassaient, et m\u00eame les nobles lorrains arrivaient \u00e0 Paris dans l&rsquo;extr\u00eame mis\u00e8re&#8230;<\/p>\n<h2><b>Les enfants abandonn\u00e9s<\/b><\/h2>\n<p>Or Paris souffrait encore d&rsquo;une autre plaie cruelle : LES ENFANTS ABANDONNES.. Un par jour, en moyenne, trois \u00e0 quatre cents par an&#8230; \u00ab\u00a0La Couche\u00a0\u00bb, l&rsquo;institution fond\u00e9e depuis longtemps par la ville, \u00e9tait inadapt\u00e9e, on me pressait de faire quelque chose. L&rsquo;ann\u00e9e 1637 se passa \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir, et le <sup>ter<\/sup> janvier 1638, je pouvais \u00e9crire \u00e0 Louise de Marillac : <b><i>\u00ab\u00a0L&rsquo;on fut d&rsquo;avis, \u00e0 la derni\u00e8re assembl\u00e9e, que vous seriez pri\u00e9e de faire un essai des enfants trouv\u00e9s\u00a0\u00bb (I, 417).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Mais d\u00e8s 1639 les Dames de la Charit\u00e9, qui en ont la charge finan\u00adci\u00e8re, font des objections, au plan moral comme au plan financier&#8230; Plu\u00adsieurs fois je dus calmer leur r\u00e9pugnance \u00e0 s&rsquo;occuper de ces petits, qu&rsquo;elles \u00e9taient port\u00e9es \u00e0 croire r\u00e9prouv\u00e9s par Dieu&#8230; D\u00e8s le 12 janvier 1640, je leur dis ceci : <b><i>\u00ab\u00a0C&rsquo;est parce que l&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 maudit de Dieu \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9 dAdam, que Notre-Seigneur s&rsquo;est incarn\u00e9 et est mort&#8230;\u00a0\u00bb (XIII, 775-776). <\/i><\/b>Bien plus, ils sont l&rsquo;image de J\u00e9sus abandonn\u00e9 lui aussi : <b><i>\u00ab\u00a0Suppos\u00e9 qu&rsquo;on entreprenne ce qu&rsquo;on pourra, il sera bon d&rsquo;honorer l&rsquo;abandonnement que fait le P\u00e8re \u00e9ternel de son Fils \u00e0 la merci du monde&#8230;\u00a0\u00bb (XIII, 777).<\/i><\/b><\/p>\n<p>A 1 &lsquo;objection d&rsquo;ordre financier, \u00ab\u00a0<b><i>je r\u00e9ponds deux choses : l&rsquo;une, qu&rsquo;il faut se confier au Bon Dieu et faire ce qu&rsquo;on pourra ; l&rsquo;autre, qu&rsquo;on n&rsquo;a entrepris qu&rsquo;\u00e0 faire un essai, et que, si le fardeau est insupportable, qu&rsquo;on s&rsquo;en d\u00e9chargera\u00a0\u00bb (XIII, 784).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Et les Dames continu\u00e8rent de subvenir \u00e0 leur entretien.<\/p>\n<h2><b>Hommes d&rsquo;oraison<\/b><\/h2>\n<p>Au milieu de tant d&rsquo;occupations, j&rsquo;ai tenu \u00e0 rester fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude, sp\u00e9cialement en th\u00e9ologie. Il y eut en particulier \u00e0 faire face aux th\u00e9o\u00adries de Ba\u00efus puis de Jans\u00e9nius et Arnaud ; d\u00e8s 1637 j&rsquo;avais eu \u00e0 pren\u00addre position, mais c&rsquo;est surtout \u00e0 partir de 1648 que le jans\u00e9nisme pro\u00advoqua un conflit doctrinal.<\/p>\n<p>J&rsquo;eus toujours \u00e0 coeur aussi la formation cat\u00e9ch\u00e9tique, le cat\u00e9chisme aux enfants et aux adultes \u00e9tant une partie essentielle des missions.<\/p>\n<p>Et bien s\u00fbr, je tenais \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de la vie spirituelle des la\u00efcs aussi bien que des Filles de la Charit\u00e9 et des missionnaires. Oui, <b><i>\u00ab\u00a0donnons-nous bien \u00e0 cette pratique de l&rsquo;oraison, puisque c&rsquo;est par elle que nous viennent tous les biens ;&#8230; si nous demeurons dans la charit\u00e9, si nous sommes sauv\u00e9s, tout cela gr\u00e2ce \u00e0 Dieu et \u00e0 l&rsquo;oraison\u00a0\u00bb (XI, 407), <\/i><\/b>ai-je dit r\u00e9cemment, le 10 ao\u00fbt 1657.<\/p>\n<p>Et vous connaissez la phrase devenue fameuse :<\/p>\n<p><b><i>\u00ab\u00a0Donnez-moi un homme d&rsquo;oraison, et il sera capable de tout ; il pourra dire avec le saint ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0je puis toutes choses en Celui qui me soutient et qui me conforte\u00a0\u00bb (XI, 83).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Pour ma part, je contemplais toujours plus notre Seigneur J\u00e9sus, ses sentiments, ses paroles, ses actes, ses vertus, en les actualisant sans cesse, essayant de regarder toujours la vie du monde comme lui-m\u00eame la regardait&#8230; Les \u00e9v\u00e9nements nourrissaient ainsi mon oraison&#8230;<\/p>\n<p>En 1641, l&rsquo;Ev\u00eaque d&rsquo;Annecy nous demande de joindre un S\u00e9mi\u00adnaire \u00e0 la maison des missionnaires, et le sup\u00e9rieur, Monsieur Bernard Codoing, en pr\u00e9cipite l&rsquo;ouverture, d\u00e8s la fin de l&rsquo;ann\u00e9e. Ce fut notre premier Grand S\u00e9minaire.<\/p>\n<p>Le 29 d\u00e9cembre, c&rsquo;est Monsieur Jean-Jacques Olier qui ouvre aussi un Grand S\u00e9minaire, pr\u00e8s de Paris, \u00e0 Vaugirard. En 1646, il le transpor\u00adtera pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise de Saint Sulpice, dont il \u00e9tait devenu cur\u00e9, et l&rsquo;on appela \u00ab\u00a0Sulpiciens\u00a0\u00bb les pr\u00eatres qu&rsquo;il avait rassembl\u00e9s pour les affecter \u00e0 la formation des pr\u00eatres.<\/p>\n<h2><b>Chez soi et au loin<\/b><\/h2>\n<p>Depuis au moins 1635, je pensais \u00e0 donner des r\u00e8gles \u00e0 la Compa\u00adgnie. Les fondements th\u00e9ologiques et quelques points principaux \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 dans notre Contrat de Fondation et dans la Bulle d&rsquo;Erection, mais il fallait pr\u00e9ciser bien des d\u00e9tails. La vie s&rsquo;en chargeait, et j&rsquo;avais pr\u00e9\u00adpar\u00e9 un texte.<\/p>\n<p>Il devenait urgent d&rsquo;en d\u00e9lib\u00e9rer : j&rsquo;ai convoqu\u00e9 nos sup\u00e9rieurs, ou un suppl\u00e9ant pour ceux qui devaient rester \u00e0 leur poste, pour notre pre\u00admi\u00e8re assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, en 1642.<\/p>\n<p>Le 13 octobre, <b><i>\u00ab\u00a0\u00e0 quatre heures apr\u00e8s d\u00eener, la Compagnie \u00e9tant assembl\u00e9e, je leur dis que la premi\u00e8re chose de laquelle il fallait traiter \u00e9tait des r\u00e8gles de la Compagnie&#8230; Je leur repr\u00e9sentai le projet des r\u00e8gles et en fis l&rsquo;exhibition&#8230; Et leur ai distribu\u00e9 tous lesdits projets, \u00e0 ce que chacun les l\u00fbt, remarqu\u00e2t, ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 corriger, ajouter, diminuer ou \u00f4ter tout \u00e0 fait\u00a0\u00bb (XIII, 291).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Nous en avons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du lendemain 14 jusqu&rsquo;au 17, o\u00f9 il fut con\u00advenu, vu la grande quantit\u00e9 des remarques, de confier \u00e0 une Commis\u00adsion le travail de r\u00e9vision. Et cela resta longtemps en chantier, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e de 1651.<\/p>\n<p>A la fin de l&rsquo;Assembl\u00e9e, j&rsquo;ai donn\u00e9 ma d\u00e9mission, suppliant que l&rsquo;on \u00e9lise un autre sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral ; mais cela fut refus\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Le 4 d\u00e9cembre 1642 mourait Richelieu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Louis XIII, en 1643, la r\u00e9gente Anne d&rsquo;Autriche me fait appeler au CONSEIL DE CONSCIENCE, qui \u00e9tait consult\u00e9 pour la nomination des Ev\u00eaques, que la r\u00e9gente proposait ensuite au Pape, et j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 Bernard Codoing :<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 plus digne de compassion que je suis, ni n&rsquo;ai eu plus de besoin de pri\u00e8res qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, dans le nouvel emploi que j&rsquo;ai. J&rsquo;esp\u00e8re que ce ne sera pas pour longtemps\u00a0\u00bb (II, 406-407).<\/i><\/p>\n<p>Cela dura dix ans, jusqu&rsquo;en 1652.<\/p>\n<p>1645 : l&rsquo;universalisation de la Compagnie, sa sortie hors de France ! Certes, depuis 1639 j&rsquo;avais envoy\u00e9 des confr\u00e8res \u00e0 Rome, mais c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;abord pour traiter de nos affaires avec le Vatican ; du minist\u00e8re s&rsquo;y \u00e9tait greff\u00e9 ensuite. C&rsquo;est en 1645 que le Cardinal Durazzo, archev\u00eaque de GENES, bien impressionn\u00e9 par le minist\u00e8re que Bernard Codoing avait assur\u00e9 dans son dioc\u00e8se, nous demanda des missionnaires pour G\u00eanes ; quatre pr\u00eatres et un fr\u00e8re y arriv\u00e8rent en \u00e9t\u00e9 1645.<\/p>\n<p>Les chr\u00e9tiens \u00e9taient sensibles aussi au malheureux sort des chr\u00e9\u00adtiens esclaves des musulmans en Afrique du Nord, et la maison de Mar\u00adseille avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1643 par la Duchesse d&rsquo;Aiguillon comme base de d\u00e9part de missionnaires au service de ces esclaves.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le 22 novembre 1645 qu&rsquo;un pr\u00eatre et un fr\u00e8re d\u00e9barqu\u00e8rent \u00e0 Tunis, \u00e0 titre d&rsquo;aum\u00f4nier du Consul de France, chez qui ils log\u00e8rent. Apr\u00e8s sa mort, en 1647, nos confr\u00e8res furent eux-m\u00eames les consuls.<\/p>\n<p>En 1646, c&rsquo;est \u00e0 ALGER que j&rsquo;envoie un pr\u00eatre et un fr\u00e8re ; au mois de mai, avant leur d\u00e9part, je leur ai donn\u00e9 des consignes ; en voici quelques-unes :<\/p>\n<p><strong><i>\u00ab\u00a0\u2014 Etant \u00e0 Alger, ils loueront une maison et <\/i>y <i>feront accomoder une chapelle.<\/i><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014\u00a0\u00a0\u00a0 <i>Ils t\u00e2cheront de vivre avec toutes les pr\u00e9cautions imaginables avec le vice-roi, le pacha et le divan et souffriront volontiers les injures qui leur seront faites par le peuple<\/i><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014\u00a0\u00a0\u00a0 <i>Que si sans danger ils peuvent aller visiter les pauvres esclaves qui sont \u00e0 la campagne, ils iront et t\u00e2cheront de les confirmer et conso\u00adler et leur feront quelques aum\u00f4nes \u00e0 cet effet.<\/i><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014\u00a0\u00a0\u00a0 <i>Ils s&rsquo;assujettiront aux lois du pays, hors la religion, de laquelle ils ne disputeront jamais, et ne diront rien pour la m\u00e9priser\u00a0\u00bb (XIII, 306-307).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;ayant observ\u00e9 les plus grandes pr\u00e9cautions, ils ne purent \u00e9viter bien des avanies.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e 1646, nous ouvrons la Mission en IRLANDE. La papaut\u00e9, \u00e9mue de la situation des catholiques au milieu des protes\u00adtants ma\u00eetres du pays, nous avait suppli\u00e9s, le 25 f\u00e9vrier 1645, d&rsquo;y envoyer des ouvriers. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en octobre 1646 qu&rsquo;une \u00e9quipe put se mettre en route.<\/p>\n<p>Huit missionnaires, irlandais et fran\u00e7ais, y arriv\u00e8rent vers la fin de l&rsquo;ann\u00e9e. Mais la pers\u00e9cution refoula les Fran\u00e7ais d\u00e8s 1648 ; il ne resta que quatre confr\u00e8res irlandais, dont un s\u00e9minariste, Thadd\u00e9e Lye, qui, en 1652, <i>\u00ab\u00a0est tomb\u00e9 aux mains des ennemis, qui lui ont \u00e9cras\u00e9 la t\u00eate et coup\u00e9 les pieds et les mains en la pr\u00e9sence de sa m\u00e8re\u00a0\u00bb (IV, 343). <\/i>Les autres purent s&rsquo;\u00e9chapper et revenir en France : cette mission n&rsquo;aura dur\u00e9 que six ans&#8230;<\/p>\n<p>En 1647, l&rsquo;ceuvre des Enfants Trouv\u00e9s devient trop lourde \u00e0 porter pour les Dames de la Charit\u00e9&#8230; Durant l&rsquo;entretien d\u00e9cisif, je leur lance un appel path\u00e9tique :<\/p>\n<p><strong><i>\u00ab\u00a0Cessez d&rsquo;\u00eatre leurs m\u00e8res pour devenir \u00e0 pr\u00e9sent leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains ; je m&rsquo;en vais prendre les voix et les suffrages\u00a0\u00bb (XIII, 801).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Et ce fut encore un arr\u00eat de mis\u00e9ricorde ! Une fois de plus je tou\u00adchais du doigt que l&rsquo;on peut faire confiance en la Providence&#8230; Je l&rsquo;ai encore exp\u00e9riment\u00e9 bien des fois depuis, et c&rsquo;est parce que je l&rsquo;ai v\u00e9cu, que j&rsquo;ai pu le dire encore cette ann\u00e9e 1659 \u00e0 mes confr\u00e8res, le 21 f\u00e9vrier : <strong><i>\u00ab\u00a0nous avons sujet d&rsquo;esp\u00e9rer que, pendant que vous serez fermes en cette confiance, non seulement vous serez pr\u00e9serv\u00e9s de f\u00e2cheux accidents, mais que toutes sortes de biens vous arriveront ; oui, vous avez sujet de l&rsquo;esp\u00e9rer, m\u00eame lorsque tout semblera perdu\u00a0\u00bb (XII, 144).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Et Dieu sait si bien des fois encore, et de plus en plus, tout nous a sembl\u00e9 perdu&#8230;<\/p>\n<p>Mais en m\u00eame temps, le sommet de la Mission et de son universa\u00adlisation se r\u00e9alisa en 1648 : MADAGASCAR !<\/p>\n<p>Les Portugais avaient commenc\u00e9 la p\u00e9n\u00e9tration dans cette \u00eele, avec des essais infructueux d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation. En 1642, Richelieu accordait le monopole du commerce avec Madagascar \u00e0 la Compagnie des Indes Orientales ; vers 1647, celle-ci demanda au nonce \u00e0 Paris d&rsquo;y envoyer une communaut\u00e9 religieuse ; ignorant que Rome y avait destin\u00e9 les Car\u00admes D\u00e9chauss\u00e9s, le nonce <i><strong>\u00ab\u00a0a choisi la Compagnie pour aller servir Dieu dans l&rsquo;\u00eele Saint-Laurent, autrement dite Madagascar\u00a0\u00bb (III, 278-279)<\/strong> <\/i>et j&rsquo;y ai envoy\u00e9 Messieurs Nacquart et Gondr\u00e9e, qui y d\u00e9barqu\u00e8rent le 4 d\u00e9cembre 1648.<\/p>\n<p>Cette mission nous donnera bien des joies, mais nous fera bien souf\u00adfrir&#8230; Monsieur Gond\u00e9e mourut bient\u00f4t, encore tr\u00e8s jeune ; puis Monsieur Nacquart meurt \u00e0 son tour&#8230; Messieurs Bourdaise et Mousnier les remplacent : ce dernier meurt aussi&#8230;<\/p>\n<p>Et que de nouveaux malheurs, en m\u00eame temps, et en France m\u00eame, cette fois ! 1649, c&rsquo;est la Fronde, la r\u00e9volte des Princes contre Mazarin et la r\u00e9gente Anne d&rsquo;Autriche&#8230; L&rsquo;Ile-de-France elle m\u00eame ravag\u00e9e&#8230; Il fallait de nouveau agir. Cette fois, je commence tout de suite au plan politique : il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un moyen d&rsquo;apaiser les Frondeurs et le peu\u00adple, c&rsquo;\u00e9tait que la Reine se s\u00e9pare de son ministre Mazarin, et je r\u00e9solus d&rsquo;aller le leur dire, au Ch\u00e2teau de St-Germain-en-Laye, o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s avec la Cour.<\/p>\n<p><b><i>\u00ab\u00a0Je partis de Paris le 14 (janvier 1649) (avec le fr\u00e8re Ducournau, \u00e0 cheval), pour aller \u00e0 Saint-Germain, \u00e0 dessein d&rsquo;y rendre quelque petit service \u00e0 Dieu ; mais mes p\u00e9ch\u00e9s m&rsquo;en ont rendu indigne ;\u00a0\u00bb <\/i><\/b>c&rsquo;est-\u00e0-dire que je fus \u00e9conduit par Mazarin&#8230; <b><i>\u00ab\u00a0et apr\u00e8s 3 ou 4 jours de s\u00e9jour, je me suis rendu (\u00e0 Villepreux)\u00a0\u00bb (III, 402).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Dans le m\u00eame moment, je l&rsquo;ai appris plus tard, six cents soldats, log\u00e9s \u00e0 Saint-Lazare, avaient pill\u00e9 et saccag\u00e9 la maison&#8230;<\/p>\n<p>Et au d\u00e9but de f\u00e9vrier, c&rsquo;est la ferme d&rsquo;Orsigny, pr\u00e8s de Saclay, qui fut pill\u00e9e : <b><i>\u00ab\u00a0cela m&rsquo;obligea de prendre le chemin de Fr\u00e9neville, o\u00f9, la rigueur de l&rsquo;hiver m&rsquo;ayant surpris, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contraint de passer un mois ; et (le 22 f\u00e9vrier 1649) j&rsquo;en suis parti, avec un troupeau de deux cent quarante moutons&#8230; C&rsquo;est le troupeau que nous avons sauv\u00e9 du pillage d&rsquo;Orsigny&rsquo;: \u00ab\u00a0Les gens de guerre sont venus \u00e0 un quart de lieue (de Fr\u00e9\u00adneville) enlever les chevaux d&rsquo;une ferme ; ce qui m&rsquo;a oblig\u00e9 d&rsquo;en partir, en un temps fort rude, et de faire mener les moutons en un village ferm\u00e9, au-de\u00e7\u00e0 d&rsquo;Etampes, \u00e0 4 ou 5 lieues. Pour les chevaux, je les ai men\u00e9s au Mans, o\u00f9 j&rsquo;arrivai le (2 mars)&#8230; Le lendemain au soir, j&rsquo;y ai fait l&rsquo;ouverture de la visite\u00a0\u00bb (III, 412, 416-417).<\/i><\/b><\/p>\n<p>En effet, ne pouvant rien faire d&rsquo;autre, j&rsquo;ai employ\u00e9 la suite de cette grande chevauch\u00e9e \u00e0 faire la visite canonique de nos maisons de l&rsquo;Ouest, ainsi que de celles des Filles de la Charit\u00e9 : Le Mans, Angers, Saint\u00adM\u00e9en, Nantes, Richelieu&#8230;<\/p>\n<p>Au sein m\u00eame de notre d\u00e9pouillement, les confr\u00e8res de Paris con\u00adtinuaient leur action : <b><i>\u00ab\u00a0De si peu qu&rsquo;il y a de bl\u00e9, l&rsquo;on en distribue tous les jours 3 ou 4 setiers \u00e0 deux ou trois mille pauvres ; ce qui nous est une tr\u00e8s sensible consolation et un grand bonheur dans l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 o\u00f9 nous sommes, et qui nous donne esp\u00e9rance que Dieu ne nous aban\u00addonnera pas&#8230;\u00a0\u00bb (III, 417).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Vous vous doutez que ces errances n&rsquo;\u00e9taient pas sans incidents : le plus s\u00e9rieux fut entre le Mans et Angers, \u00e0 Durtal :<\/p>\n<p><strong><i>\u00ab\u00a0ma sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e de quelque fi\u00e8vre pendant la nuit, en suite d&rsquo;une chute que je fis dans l&rsquo;eau, le cheval s&rsquo;y \u00e9tant couch\u00e9, et d&rsquo;o\u00f9 je n&rsquo;eusse pu me retirer, si je n&rsquo;eusse \u00e9t\u00e9 reconnu\u00a0\u00bb (III, 424 note 3).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est que vers fin mai que j&rsquo;entrepris le retour, et je ne suis ren\u00adtr\u00e9 \u00e0 Paris que le 13 juin, <strong><i>\u00ab\u00a0en bonne sant\u00e9, gr\u00e2ces \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb (III, 454).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>1650, la guerre s&rsquo;\u00e9tend, Picardie et Champagne sont envahies&#8230; De nouveau des secours de masse s&rsquo;imposent&#8230; Nous recommen\u00e7ons de sen\u00adsibiliser l&rsquo;opinion par la diffusion des lettres, que les Dames de la Cha\u00adrit\u00e9 perfectionnent, d\u00e8s septembre 1650, et jusqu&rsquo;en 1656 :<\/p>\n<p><strong><i>\u00ab\u00a0comme les pr\u00eatres et fr\u00e8res de la Compagnie \u00e9crivent les mis\u00e8res qu&rsquo;ils trouvent, spirituelles et temporelles, on en fait des relations qu&rsquo;on fait imprimer, et les dames les distribuent dans les bonnes maisons, et y vont demander l&rsquo;aum\u00f4ne, et, joignant \u00e0 ce qu&rsquo;elles amassent ce qu&rsquo;elles donnent, elles t\u00e2chent de rem\u00e9dier \u00e0 ces n\u00e9cessit\u00e9s-l\u00e0&#8230; La d\u00e9pense allait souvent \u00e0 seize mille livres par mois\u00a0\u00bb (VI, 52-53).<\/i><\/strong><\/p>\n<p>Et toutes ces oeuvres si diverses ont continu\u00e9, avec les missionnai\u00adres, les Filles de la Charit\u00e9, les Dames, et combien de la\u00efcs, hommes et femmes, de toutes conditions&#8230;<\/p>\n<p>En juillet 1651, nous avons encore revu nos R\u00e8gles, enfin r\u00e9vis\u00e9es, lors d&rsquo;une Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale, et nous les avons d\u00e9clar\u00e9es conformes \u00e0 notre genre de vie, et approuv\u00e9es, le 11 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>La fin de cette ann\u00e9e vit encore la Mission entrer dans deux pays  nouveaux : l&rsquo;ECOSSE, avec deux missionnaires, rejoints par un troi\u00ad si\u00e8me en 1652 ; ils \u00e9vang\u00e9lis\u00e8rent aussi les Iles H\u00e9brides. Et la POLO\u00adGNE, o\u00f9 nous envoy\u00e2mes deux pr\u00eatres, deux s\u00e9minaristes et un fr\u00e8re.<\/p>\n<h2><b>Homme de son temps<\/b><\/h2>\n<p>1652 me voit \u00e0 nouveau entreprendre des n\u00e9gociations avec Maza\u00adrin ; en d\u00e9but juillet je lui fais part de mon entremise entre lui et le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans, en vue d&rsquo;une r\u00e9conciliation, assortie d&rsquo;une d\u00e9mission de Mazarin ; cela n&rsquo;aboutit pas. Et le 11 septembre, les esprits s&rsquo;\u00e9tant enfin apais\u00e9s dans Paris, je lui \u00e9cris que tout Paris d\u00e9sire le retour du roi, mais qu&rsquo;il importe de ne pas ex\u00e9cuter de ch\u00e2timents. Et cela fut \u00e0 peu pr\u00e8s observ\u00e9.<\/p>\n<p>Mais en ce m\u00eame mois de septembre, je fus retir\u00e9 du Conseil de Conscience ! \u00ab\u00a0Je crois bien que ne perdis rien en mon particulier d&rsquo;\u00eatre d\u00e9livr\u00e9 de cet embarras\u00a0\u00bb, comme me l&rsquo;\u00e9crivit, le 2 octobre, l&rsquo;Ev\u00eaque de Cahors, Alain de Solminihac, qui me connaissait bien. Il ajoutait : \u00ab\u00a0mais l&rsquo;Eglise y perd beaucoup ; ainsi il serait bien \u00e0 d\u00e9sirer que vous fussiez toujours dans l&#8217;emploi\u00a0\u00bb (IV, 473, 478, 491).<\/p>\n<p>D&rsquo;autres combats m&rsquo;attendaient, la querelle jans\u00e9niste battait son plein depuis 1651, et que de lettres j&rsquo;ai \u00e9crites&#8230; Mais le 9 juin 1653 \u00e9tait publi\u00e9e la Bulle papale qui condamnait les Cinq Propositions de Jan\u00ads\u00e9nius, et le conflit s&rsquo;envenima&#8230;<\/p>\n<p>Je ne vous ai pas encore parl\u00e9 de l&rsquo;\u00e9norme probl\u00e8me des men\u00addiants&#8230; L&rsquo;Etat voulait les interner dans un vaste h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 pour les solutions de taille humaine, familiale ; et c&rsquo;est sur ce style que nous ouvrons, en cet \u00e9t\u00e9 1653, l&rsquo;hospice de Nom de J\u00e9sus ; je dis nous, car Louise de Marillac y a aussi fort r\u00e9fl\u00e9chi. On y logea quarante vieillards pauvres, 20 hommes et 20 femmes, en b\u00e2timents s\u00e9pa\u00adr\u00e9s ; la maison vivait des dons, mais \u00e0ussi du travail des valides, qui gardaient un quart de ce qu&rsquo;ils gagnaient.<\/p>\n<p>Madagascar continuait. Le 8 mars 1654, deux missionnaires y arri\u00adv\u00e8rent, embarqu\u00e9s un an auparavant. Monsieur Nacquart \u00e9tait mort.<\/p>\n<p>Le 29 octobre 1655, trois autres s&#8217;embarquent ; mais l&rsquo;un meurt en route&#8230; Ils arrivent le 13 juin 1656.<\/p>\n<p>A partir de cette ann\u00e9e 1655, je suis immobilis\u00e9 par mon mal de jambes par p\u00e9riodes de plus en plus longues&#8230;<\/p>\n<p>Et les \u00e9preuves continuent, partout&#8230; en 1656, c&rsquo;est la peste, qui se d\u00e9clare \u00e0 Rome d&rsquo;abord, et nos confr\u00e8res n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 se d\u00e9vouer. Puis ce fut G\u00eanes, o\u00f9 les confr\u00e8res, plus nombreux, se mirent aussi au service des malades, \u00e0 partir de juillet et durant des mois. Un premier succomba, puis un deuxi\u00e8me&#8230;<\/p>\n<p>En 1657, je perds un ancien disciple en mission et un ami : Jean-Jacques Olier meurt le 2 avril, \u00e0 la suite d&rsquo;une attaque d&rsquo;apoplexie, et je suis all\u00e9 adresser une allocution de consolation \u00e0 ses fils (XIII, 166).<\/p>\n<p>Mais la peste continuait \u00e0 G\u00eanes, et \u00e0 partir du mois d&rsquo;ao\u00fbt, je suis en continuelles transes, comme le trahissent mes lettres&#8230; Souci ter\u00adrible aussi pour Madagascar, dont nous sommes sans nouvelles&#8230;<\/p>\n<h2><b>Point d&rsquo;orgue<\/b><\/h2>\n<p>C&rsquo;est en ces jours que s&rsquo;op\u00e9ra en moi ce qui est peut-\u00eatre la plus profonde action de la gr\u00e2ce&#8230; le plus grand d\u00e9pouillement&#8230; Je r\u00e9alisais que la croix marque in\u00e9vitablement et la vie de quiconque se donne \u00e0 J\u00e9sus Christ, et l&rsquo;histoire de son Eglise, et qu&rsquo;en m\u00eame temps c&rsquo;est dans cette croix qu&rsquo;on d\u00e9couvre ce qu&rsquo;est la vraie esp\u00e9rance, et la force que seul Dieu peut donner quand tout est perdu, quand tout nous est retir\u00e9&#8230; Alors, on peut parler de r\u00e9surrection sans que ce soient uniquement des mots&#8230; Je l&rsquo;expliquai longuement \u00e0 mes confr\u00e8res, le 25 ao\u00fbt, en concluant :<\/p>\n<p><b><i>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rez, je vous prie, cette conduite de Dieu, qui \u00e9tablit et affermit son Eglise par la destruction, s&rsquo;il faut ainsi dire, et la ruine de ceux qui la soutenaient et en \u00e9taient les principaux appuis.<\/i><\/b><\/p>\n<p><b><i>Je vous dis ceci, mes fr\u00e8res, afin de vous disposer \u00e0 recevoir les nouvelles qui viendront, quelles qu&rsquo;elles soient, avec conformit\u00e9 au bon plaisir de Dieu&#8230; et que vous ne veniez pas \u00e0 penser qu&rsquo;il faudrait aban\u00addonner G\u00eanes, qu&rsquo;il faut abandonner Madagascar. O Dieu, que nenni .P\u00a0\u00bb (XI, 416).<\/i><\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques remaniements de d\u00e9tail, je pus enfin distribuer nos R\u00e8gles, aux confr\u00e8res, le 17 mai 1658.<\/p>\n<p>Je pouvais partir en paix, les missionnaires, comme les Filles de la Charit\u00e9, avaient le condens\u00e9 de mon esprit&#8230; ils pourront continuer l&rsquo;ceuvre&#8230;<\/p>\n<p>Maintenant, en ce soir du 19 d\u00e9cembre 1659, o\u00f9 m&rsquo;est revenu le souvenir de mon p\u00e8re, me voil\u00e0 clou\u00e9 \u00e0 la maison par les infirmit\u00e9s ; je ne peux plus animer les missionnaires et les Soeurs que par ces con\u00adf\u00e9rences, et par mes conseils&#8230;<\/p>\n<p>Monsieur Portail, Louise de Marillac et moi, \u00e2g\u00e9s, us\u00e9s, mais enra\u00adcin\u00e9s dans la foi et dans la charit\u00e9, nous attendons le retour dans la maison du P\u00e8re&#8230; <b><i>\u00ab\u00a0O mon Sauveur, ce sont ceux qui renoncent \u00e0 eux-m\u00eames, et eux seulement, que vous prenez et recevez \u00e0 votre suite en cette vie pour les glorifier l\u00e0-haut dans le Ciel&rsquo;:.. (XII, 427).<\/i><\/b><\/p>\n<h2><b>Epilogue<\/b><\/h2>\n<p>Monsieur Portail est mort le 14 f\u00e9vrier 1660, \u00e0 69 ans et demi ; Louise de Marillac, le 15 mars, \u00e0 68 ans et demi, et Monsieur Vincent le 27 septembre, \u00e0 79 ans et cinq mois. \u00ab\u00a0IL MOURUT DANS SA CHAISE, TOUT HABILLE, PROCHE LE FEU\u00a0\u00bb (XIII, 191).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9crits de Saint-Vincent, sa correspondance, ses entretiens, et les divers autres documents, contiennent assez d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments pour en tirer SA VIE RACONTEE PAR LUI-MEME. C&rsquo;est l&rsquo;intention de ces pages. 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