{"id":106419,"date":"2013-05-18T08:19:43","date_gmt":"2013-05-18T06:19:43","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=106419"},"modified":"2013-05-18T08:19:43","modified_gmt":"2013-05-18T06:19:43","slug":"la-vie-du-venerable-serviteur-de-dieu-vincent-de-paul-livre-second-chapitre-xi-section-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/la-vie-du-venerable-serviteur-de-dieu-vincent-de-paul-livre-second-chapitre-xi-section-i\/","title":{"rendered":"La vie du v\u00e9n\u00e9rable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre second, Chapitre XI Section I"},"content":{"rendered":"<h2><b>Chapitre onzi\u00e8me\u00a0: <\/b>Les assistances que M. Vincent a rendues \u00e0 diverses provinces ruin\u00e9es par les guerres.<\/h2>\n<h2>Section I\u00a0: Assistance \u00e0 la Lorraine<\/h2>\n<p>On peut dire sans exag\u00e9ration que nous allons voir en ce chapitre et aux deux autres suivants, o\u00f9 il est parl\u00e9 des assistances rendues \u00e0 un nombre presque innombrable de personnes r\u00e9duites \u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9 par le malheur des guerres, un chef-d&rsquo;\u0153uvre de charit\u00e9 qui n&rsquo;a point encore eu de semblable. Les histoires anciennes nous fournissent \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 divers exemples des extr\u00eames mis\u00e8res caus\u00e9es par le fl\u00e9au de la guerre, elles nous repr\u00e9sentent les ruines et d\u00e9solations des villes, des provinces et des monarchies enti\u00e8res; mais on ne lit point en aucune que parmi la terreur et les d\u00e9sordres des arm\u00e9es, et au. milieu des violences et brigandages des soldats on ait trouv\u00e9 le moyen d&rsquo;exercer toutes sortes d&rsquo;\u0153uvres de mis\u00e9ricorde spirituelles et corporelles avec adresse, courage, et m\u00eame avec s\u00fbret\u00e9, non seulement envers quelques personnes particuli\u00e8res, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des peuples entiers; non en quelque rencontre passag\u00e8re ou pour quelques jours, mais durant une longue suite d&rsquo;ann\u00e9es; et que pendant tout ce temps on ait fait triompher la charit\u00e9 dans les lieux m\u00eames o\u00f9 la justice n&rsquo;avait plus de force, ou l&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime n&rsquo;\u00e9tait plus reconnue et o\u00f9 les lois et les ordonnances des souverains \u00e9taient foul\u00e9es aux pieds.<\/p>\n<p>Certes, il faut avouer qu\u2019il ne s&rsquo;est jamais encore rien pratiqu\u00e9 de semblable dans tous les si\u00e8cles pass\u00e9s; ou que s&rsquo;il s&rsquo;est fait quelque chose d&rsquo;approchant, les historiens n&rsquo;en ont point parl\u00e9, ayant peut-\u00eatre peine de croire \u00e0 leurs propres yeux, ou craignant qu&rsquo;on ne pr\u00eet pour des hyperboles ce qu&rsquo;ils en mettraient par \u00e9crit. Mais ce que nous avons \u00e0 rapporter ici a \u00e9t\u00e9 si public et si manifeste, ayant \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es aux yeux et \u00e0 la connaissance d&rsquo;un tr\u00e8s grand nombre de personnes qui en rendent t\u00e9moignage, que nous n&rsquo;avons pas sujet de craindre qu&rsquo;on le puisse r\u00e9voquer en doute. Et s&rsquo;il restait quelque esprit incr\u00e9dule qui voul\u00fbt y contredire, les provinces enti\u00e8res s&rsquo;\u00e9l\u00e8veraient contre lui, et elles lui opposeraient des milliers de cr\u00e9atures qui se reconnaissent encore pr\u00e9sentement redevables de la conservation de leur vie et de tout ce qui leur peut \u00eatre de plus cher que la vie m\u00eame, aux charitables assistances qui leur ont \u00e9t\u00e9 rendues.<\/p>\n<p>Cependant celui qui a con\u00e7u le premier, par l&rsquo;inspiration de Dieu, ces grands desseins; qui a commenc\u00e9, continu\u00e9 et soutenu pendant une si longue suite d&rsquo;ann\u00e9es ces charitables entreprises, et qui a excit\u00e9, encourag\u00e9 et anim\u00e9 du m\u00eame esprit de charit\u00e9 dont il \u00e9tait rempli toutes les personnes qui ont r\u00e9pondu et coop\u00e9r\u00e9 \u00e0 ces \u0153uvres merveilleuses, a \u00e9t\u00e9 le grand Vincent de Paul, auquel il a plu \u00e0 Dieu communiquer une lumi\u00e8re, une force et une gr\u00e2ce si abondante, qu&rsquo;apr\u00e8s avoir si courageusement entrepris, il a heureusement conduit \u00e0 chef un ouvrage qui semblait exc\u00e9der toute l\u2019industrie et toute la puissance des hommes.<\/p>\n<p>Nous commencerons ce chapitre par la Lorraine, qui a ressenti les premi\u00e8res atteintes de la guerre et qui s&rsquo;est vue r\u00e9duite \u00e0 une \u00e9trange calamit\u00e9 par la violence de ce fl\u00e9au. Cette province \u00e9tait autrefois une des plus peupl\u00e9es, des plus fertiles et des plus accommod\u00e9es de toute l\u2019Europe: elle avait de bons princes, et ces princes des sujets fid\u00e8les qui avaient entre eux une affection r\u00e9ciproque, tout autre qu&rsquo;elle ne se trouve ordinairement parmi les autres nations. Elle jouissait depuis longtemps d&rsquo;une pleine paix au dedans et au dehors, et de tous les contentements qui accompagnent une longue prosp\u00e9rit\u00e9. Mais comme l&rsquo;abondance des biens et des plaisirs temporels sont plus propres pour attacher les c\u0153urs des hommes \u00e0 la terre que pour les \u00e9lever au ciel et qu&rsquo;il est bien difficile que parmi les aises et commodit\u00e9s de la vie il ne se trouve quantit\u00e9 de vices et de p\u00e9ch\u00e9s, la Providence divine, voulant purger cette terre par les eaux de la tribulation, commen\u00e7a \u00e0 lui faire ressentir d\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e 1635 tous les trois fl\u00e9aux, sinon en m\u00eame temps, au moins les uns apr\u00e8s les autres; c&rsquo;est \u00e0 savoir: la peste, la guerre et la famine, dont elle fut presque toute couverte comme d&rsquo;un d\u00e9luge qui semblait la devoir ab\u00eemer. En effet, un tr\u00e8s grand nombre de ses habitants furent enlev\u00e9s par ces torrents impitoyables, et presque tous les autres coururent le m\u00eame danger; et ceux d&rsquo;entre les eccl\u00e9siastiques, les nobles et les principaux du peuple qui purent s&rsquo;\u00e9chapper all\u00e8rent chercher ailleurs le soutien de leur vie, ne pouvant se la conserver dans leurs propres maisons: la d\u00e9solation vint jusqu&rsquo;\u00e0 une telle extr\u00e9mit\u00e9, qu&rsquo;apr\u00e8s que la plupart de ceux qui rest\u00e8rent dans le pays eurent \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00e0 se nourrir des charognes demi-pourries de b\u00eates, ils devinrent eux-m\u00eames la p\u00e2ture des b\u00eates carnassi\u00e8res, et l&rsquo;on vit courir de tous c\u00f4t\u00e9s des loups affam\u00e9s qui mettaient en pi\u00e8ces et d\u00e9voraient les femmes et les enfants qu&rsquo;ils trouvaient un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart m\u00eame en plein jour et \u00e0 la vue du monde; plusieurs de ces pauvres cr\u00e9atures furent tir\u00e9es de griffes fort bless\u00e9es et demi-mortes, et port\u00e9es dans les h\u00f4pitaux des villes, o\u00f9 les pr\u00eatres de la Mission les firent panser; et ces loups \u00e9taient si acharn\u00e9s apr\u00e8s les corps humains, qu&rsquo;ils allaient de jour dans les bourgs et villages, et entraient dans les maisons ouvertes, et la nuit dans quelques villes par les br\u00e8ches de murailles, et enlevaient des femmes, des enfants et tout ce qu&rsquo;ils pouvaient attraper.<\/p>\n<p>Or comme Dieu n&rsquo;oublie jamais sa mis\u00e9ricorde, m\u00eame au milieu des plus rigoureuses ex\u00e9cutions de sa justice en cette vie, voulant donner quelque consolation et soulagement \u00e0 ce peuple afflig\u00e9, il suscita l&rsquo;esprit de M. Vincent, lequel\u00a0 ayant appris la d\u00e9solation de cette pauvre province en fut vivement touch\u00e9, et recourut comme un autre Mo\u00efse \u00e0 la pri\u00e8re, disant \u00e0 Dieu: \u00ab Pourquoi, Seigneur, votre fureur s&#8217;embrase-t-elle contre ces peuples afflig\u00e9s?\u00a0 Faites, je vous prie, cesser votre vengeance, etc.\u00bb Et, pouss\u00e9 d&rsquo;un esprit de compassion et de charit\u00e9, il s&rsquo;offrit \u00e0 sa divine Majest\u00e9, pour contribuer tout ce qu&rsquo;il pourrait au soulagement et \u00e0 la consolation de ces pauvres gens qui \u00e9taient r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9. Peu de temps apr\u00e8s, la divine Providence lui adressa une personne qui lui apporta quelque argent pour employer \u00e0 cette bonne \u0153uvre, lequel il envoya incontinent ce secours aux pr\u00eatres de sa Congr\u00e9gation, qui demeurent en la ville de Toul en Lorraine; et ces charitables Missionnaires commenc\u00e8rent aussit\u00f4t \u00e0 l&#8217;employer, pour faire loger, nourrir et m\u00e9dicamenter les pauvres malades qui \u00e9taient couch\u00e9s dans les rues .Il fit ensuite partir d&rsquo;autres pr\u00eatres et fr\u00e8res de sa maison de Saint-Lazare pour aller rendre les m\u00eames assistances dans les autres villes de Lorraine, et particuli\u00e8rement \u00e0 Metz, Verdun, Nancy, Bar-le-Duc, Pont-\u00e0-Mousson, Saint-Mihiel, Lun\u00e9ville, etc.<\/p>\n<p>Voici un certificat du secours qu&rsquo;il fit premi\u00e8rement rendre aux pauvres de la ville de Toul, dat\u00e9 du mois de d\u00e9cembre 1639: \u00ab Jean Midot, docteur en th\u00e9ologie, grand archidiacre, chanoine et vicaire g\u00e9n\u00e9ral de Toul, le si\u00e8ge \u00e9piscopal vacant, certifions et faisons foi que les pr\u00eatres de la Mission r\u00e9sidant en cette ville continuent depuis environ deux ans, avec beaucoup d&rsquo;\u00e9dification et de charit\u00e9, d&rsquo;y soulager, v\u00eatir, nourrir et m\u00e9dicamenter les pauvres: premi\u00e8rement, les malades, desquels ils en ont retir\u00e9 soixante dans leur maison, et une centaine qui sont log\u00e9s dans les faubourgs; secondement, quantit\u00e9 d&rsquo;autres pauvres honteux r\u00e9duits \u00e0 une grande n\u00e9cessit\u00e9, et r\u00e9fugi\u00e9s en cette ville, auxquels ils font l&rsquo;aum\u00f4ne; et en troisi\u00e8me lieu, \u00e0 plusieurs pauvres soldats retournant des arm\u00e9es du roi, bless\u00e9s et malades, qui se retirent aussi en la maison desdits pr\u00eatres de la Mission et en l&rsquo;h\u00f4pital de la Charit\u00e9, o\u00f9 ils les font nourrir et traiter. Desquelles actions charitables et de leurs autres d\u00e9portements, les gens de bien demeurent grandement \u00e9difi\u00e9s. En t\u00e9moignage de quoi nous avons sign\u00e9, et fait contre-signer, et sceller, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Les pr\u00eatres de la Mission qui demeuraient \u00e0 Toul, ayant envoy\u00e9 ce certificat \u00e0 M. Vincent, lui demand\u00e8rent s&rsquo;ils en retireraient de semblables des autres villes o\u00f9 ils \u00e9taient all\u00e9s porter le m\u00eame secours. A quoi il fit r\u00e9ponse: \u00ab Qu&rsquo;ils feraient bien de n&rsquo;en pas demander; qu&rsquo;il suffisait que Dieu seul e\u00fbt connaissance de leurs \u0153uvres et que les pauvres en fussent soulag\u00e9s, sans en vouloir produire d\u2019autres t\u00e9moignage. \u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00eames assistances furent rendues \u00e0 la ville de Metz, o\u00f9 la pauvret\u00e9 \u00e9tait inconcevable et l&rsquo;abord des pauvres extraordinaire. Le nombre en \u00e9tait si grand au-dedans et au-dehors de la ville, qu&rsquo;il s&rsquo;en trouvait aux portes quelquefois jusqu&rsquo;\u00e0 quatre et cinq mille de tout \u00e2ge et de tout sexe, et le matin l&rsquo;on y en trouvait ordinairement dix ou douze de morts. Les grandes filles \u00e9taient en imminent danger de s&rsquo;abandonner plut\u00f4t que de languir davantage, et plusieurs communaut\u00e9s religieuses \u00e9taient sur le point de rompre leur cl\u00f4ture pour chercher de quoi vivre. M. Vincent \u00e9tant averti de ces besoins extr\u00eames envoya aussit\u00f4t les siens pour conserver la vie des uns et l&rsquo;honneur des autres, et pour t\u00e2cher de les sauver tous. Voici une lettre que MM. les ma\u00eetres \u00e9chevins et les Treize de la ville de Metz \u00e9crivirent sur ce sujet \u00e0 M. Vincent, au mois d&rsquo;octobre de l&rsquo;an 1640:<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, vous nous avez si \u00e9troitement oblig\u00e9s en subvenant, comme vous avez fait, \u00e0 l&rsquo;indigence et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 extr\u00eame de nos pauvres mendiants, honteux et malades, et particuli\u00e8rement des pauvres monast\u00e8res de religieuses de cette ville, que nous serions des ingrats si nous demeurions plus longtemps sans vous t\u00e9moigner le ressentiment que nous en avons; pouvant vous assurer que les aum\u00f4nes que vous avez envoy\u00e9es par-de\u00e7\u00e0 ne pouvaient \u00eatre mieux d\u00e9parties ni employ\u00e9es qu&rsquo;envers nos pauvres, qui sont ici en grand nombre, et notamment \u00e0 l&rsquo;endroit des religieuses qui sont destitu\u00e9es de tous secours humains; les unes ne jouissant pas de leurs petits revenus depuis la guerre, et les autres ne recevant plus rien des personnes accommod\u00e9es de cette ville qui leur faisaient l&rsquo;aum\u00f4ne, parce que les moyens leur en sont \u00f4t\u00e9s. Ce qui nous oblige de vous supplier, comme nous faisons tr\u00e8s humblement, Monsieur, de vouloir continuer, tant envers lesdits pauvres qu&rsquo;envers les monast\u00e8res de cette ville, les m\u00eames subventions que vous avez faites jusqu&rsquo;ici. C\u2019est un sujet de grand m\u00e9rite, et pour ceux qui font une si bonne \u0153uvre, et pour vous, Monsieur, qui en avez la conduite, que vous administrez avec tant de prudence et d&rsquo;adresse, en quoi vous acquerrez un grand loyer au ciel, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Les Missionnaires r\u00e9sidant \u00e0 Verdun \u00e9crivirent \u00e0 M.Vincent \u00ab qu&rsquo;ils avaient dans la ville, aux ann\u00e9es 1639, 1640 et 1641, quelquefois cinq ou six cents pauvres, et d&rsquo;autres fois pour le moins quatre cents \u00e0 nourrir, auxquels ils leur faisaient la distribution de pain chaque jour, et s\u00e9paraient les petits d&rsquo;avec les grands pour les pouvoir instruire avec plus de fruit;<\/p>\n<p>\u00ab Qu&rsquo;ils donnaient \u00e0 cinquante ou soixante malades du potage et de la viande tous les jours, et \u00e0 quelques-uns de l&rsquo;argent pour d&rsquo;autres n\u00e9cessit\u00e9s;<\/p>\n<p>\u00ab Qu&rsquo;ils assistaient environ trente pauvres honteux;<\/p>\n<p>\u00ab Que quantit\u00e9 de pauvres gens des champs et d&rsquo;autres passants venaient leur demander l&rsquo;aum\u00f4ne, et qu&rsquo;ils leur donnaient du pain \u00e0 toutes heures;<\/p>\n<p>\u00ab Qu&rsquo;ils habillaient les nus, et donnaient des chaussures \u00e0 ceux qui en avaient le plus de besoin. \u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;un de ces Missionnaires mandait un jour \u00e0 M. Vincent que ce qui les avait grandement \u00e9difi\u00e9s et consol\u00e9s \u00e9tait la patience admirable et la r\u00e9signation incroyable qu&rsquo;ils trouvaient chez les malades et en ceux qui mouraient. \u00ab O Monsieur, disait-il, que d&rsquo;\u00e2mes vont en paradis par la pauvret\u00e9 ! Depuis que je suis en Lorraine, j&rsquo;ai assist\u00e9 plus de mille pauvres \u00e0 la mort: tous paraissaient y \u00eatre parfaitement bien dispos\u00e9s. Voil\u00e0 bien des intercesseurs au ciel pour leurs bienfaiteurs\u00a0 ! \u00bb<\/p>\n<p>Voici l&rsquo;\u00e9tat de la distribution qui s&rsquo;est faite \u00e0 Nancy \u00e0 plusieurs sortes de pauvres, pendant les ann\u00e9es dont il a \u00e9t\u00e9 parl\u00e9 ci-dessus:<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, \u00e0 ceux qui \u00e9taient en sant\u00e9, au nombre de quatre ou cinq cents, on donnait tous les jours du pain et du potage. On leur faisait aussi, chaque jour, des instructions par lesquelles on les disposait \u00e0 se confesser et \u00e0 communier presque tous les mois; et les Missionnaires retenaient par charit\u00e9 une partie de ces pauvres en la maison o\u00f9 ils logeaient;<\/p>\n<p>2\u00b0 Ils retiraient encore chez eux quantit\u00e9 de malades qu&rsquo;ils nourrissaient et pansaient. Outre ces malades, ils en firent recevoir d&rsquo;autres dans l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Joseph, auquel ils donn\u00e8rent du linge et de l&rsquo;argent pour eux; et, avant que de les y envoyer, ils les faisaient confesser et communier. Il y avait de plus, pour l&rsquo;ordinaire, trente, quarante et cinquante autres malades log\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans la ville, auxquels ils envoyaient chaque jour du pain, du potage et de la viande;<\/p>\n<p>3\u00b0 Ils assistaient deux sortes de pauvres honteux: les uns \u00e9taient de m\u00e9diocre condition, au nombre de cinquante ou environ, auxquels ils fournissaient certaine quantit\u00e9 de pain par semaine. Les autres \u00e9taient personnes de qualit\u00e9, tant eccl\u00e9siastiques que la\u00efques, fort n\u00e9cessiteux et honteux, au nombre de trente ou environ, auxquels ils donnaient quelque argent par mois, selon la condition et les besoins d&rsquo;un chacun.<\/p>\n<p>4\u00b0 Ils prirent un soin particulier de quantit\u00e9 de pauvres m\u00e8res nourrices, auxquelles ils donnaient de l&rsquo;argent, de la farine, du pain et du potage;<\/p>\n<p>5\u00b0 Ils faisaient panser les malades et les bless\u00e9s, et payaient les chirurgiens et les rem\u00e8des, et eux-m\u00eames avaient, pour faire quantit\u00e9 de cures, quelques rem\u00e8des secrets qu&rsquo;on leur avait enseign\u00e9s, qui leur co\u00fbtaient peu, et qui ne laissaient pas d&rsquo;apporter un tr\u00e8s grand soulagement aux pauvres.<\/p>\n<p>6\u00b0 Ils distribuaient du linge et des habits \u00e0 tous les pauvres qui n&rsquo;en avaient pas.; \u00e0 mesure qu&rsquo;ils leur donnaient des chemises propres, ils leur prenaient les sales pour les faire blanchir et raccommoder, quelquefois jusqu&rsquo;\u00e0 six ou sept douzaines, qui servaient pour d&rsquo;autres.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons pas produire ici les lettres les plus touchantes que M. Vincent recevait alors de cette province d\u00e9sol\u00e9e, tant sur l&rsquo;extr\u00eame affliction des peuples que sur les incomparables assistances qu\u2019il leur donna. parce qu\u2019il ne gardait point ces lettres-l\u00e0, mais il les envoyait en divers lieux, pour exciter les riches \u00e0 compassion par le r\u00e9cit de tant de mis\u00e8res, et pour consoler aussi les bienfaiteurs par les heureux effets de leurs aum\u00f4nes; et ceux-l\u00e0 les communiquaient encore \u00e0 d&rsquo;autres. Voici ce qu&rsquo;un vertueux eccl\u00e9siastique \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent sur ce sujet:<\/p>\n<p>\u00ab Ayant vu, dit-il, les lettres qui viennent de la Lorraine, lesquelles vous avez envoy\u00e9es \u00e0 M. N. qui me les a montr\u00e9es, il faut que je vous avoue que je ne les ai pu lire sans larmes, et en telle abondance que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;en quitter par plusieurs fois la lecture. Je loue notre bon Dieu de la providence paternelle qu&rsquo;il a sur ses cr\u00e9atures, et je le prie de continuer ses gr\u00e2ces \u00e0 vos pr\u00eatres qui s\u2019emploient \u00e0 cet exercice divin. Il ne me reste que le regret de voir ces ouvriers charitables qui gagnent le ciel et le font gagner \u00e0 tant d&rsquo;autres, pendant que moi, par ma mis\u00e8re, ne fais que ramper sur la terre comme b\u00eate inutile, etc.\u00bb<\/p>\n<p>Les premiers pr\u00eatres de la Mission qui all\u00e8rent \u00e0 Pont-\u00e0-Mousson, au mois de mai de l&rsquo;ann\u00e9e 1640, mand\u00e8rent \u00e0 M. Vincent qu&rsquo;ils y avaient fait l&rsquo;aum\u00f4ne \u00e0 quatre ou cinq cents pauvres si d\u00e9figur\u00e9s, que jamais ils n&rsquo;en avaient vu de plus dignes de compassion; que la plupart \u00e9taient de la campagne, si ext\u00e9nu\u00e9s et\u00a0 languissants, qu&rsquo;ils mouraient m\u00eame en mangeant; que les quatre cur\u00e9s de la ville leur avaient donn\u00e9 une liste des malades et des pauvres honteux les plus mis\u00e9rables; qu&rsquo;ils avaient visit\u00e9 les malades et en avaient trouv\u00e9 plusieurs agonisants; qu&rsquo;il y avait des religieuses fort n\u00e9cessiteuses; qu&rsquo;en quelques bourgades aux environs de la ville les loups d\u00e9voraient les personnes, ce qui emp\u00eachait plusieurs d&rsquo;y venir chercher du pain, particuli\u00e8rement les enfants \u00e2g\u00e9s de dix \u00e0 douze ans, et qu&rsquo;un bon et charitable cur\u00e9 s&rsquo;\u00e9tant offert de leur porter quelques aum\u00f4nes, ils lui avait donn\u00e9 de l\u2019argent pour les nourrir.<\/p>\n<p>Il y avait toujours pour l&rsquo;ordinaire, en cette ville-l\u00e0, environ cent malades et cinquante ou soixante pauvres honteux, outre quelques personnes de qualit\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 la faim Les Missionnaires les assist\u00e8rent tous en la mani\u00e8re que nous avons dit qu&rsquo;ils faisaient aux autres lieux: ils donnaient des habits et du linge \u00e0 plusieurs, particuli\u00e8rement aux malades, et des souliers et des outils \u00e0 ceux qui pouvaient travailler, afin d&rsquo;aller au bois gagner leur vie.<\/p>\n<p>Enfin, ils firent des distributions ordinaires et journali\u00e8res \u00e0 plusieurs centaines d\u2019autres pauvres refugi\u00e9s; et tant aux uns qu\u2019aux autres ils firent une esp\u00e8ce de mission pour les disposer \u00e0 faire une bonne confession g\u00e9n\u00e9rale, de quoi ils s&rsquo;acquitt\u00e8rent fort chr\u00e9tiennement.<\/p>\n<p>Messieurs . les maires, \u00e9chevins et gens de justice et du conseil de la ville et cit\u00e9 de Pont-\u00e0-Mousson \u00e9crivirent \u00e0 M. Vincent, en d\u00e9cembre 1640, une lettre pleine de reconnaissance de ces aum\u00f4nes et de raisons pressantes pour en obtenir la continuation: \u00ab L&rsquo;appr\u00e9hension, disent-ils, de nous voir en peu de temps priv\u00e9s des charit\u00e9s qu&rsquo;il a plu \u00e0 votre bont\u00e9 faire d\u00e9partir \u00e0 nos pauvres fait que nous recourons \u00e0 vous, Monsieur, afin de leur procurer, s&rsquo;il vous pla\u00eet, avec autant de z\u00e8le que ci-devant, les m\u00eames secours, puisque la n\u00e9cessit\u00e9 y est au m\u00eame degr\u00e9 qu&rsquo;elle a jamais \u00e9t\u00e9. Il y a deux ans que la r\u00e9colte a manqu\u00e9 les troupes ont fait manger nos bl\u00e9s en herbe, les garnisons continuelles ne nous ont laisse que des objets de compassion; ceux qui \u00e9taient accommodes sont r\u00e9duits \u00e0 la mendicit\u00e9; ce sont des motifs autant puissants que v\u00e9ritables pour animer la tendresse de votre c\u0153ur, d\u00e9j\u00e0 plein d&rsquo;amour et de piti\u00e9, pour continuer ses b\u00e9nignes influences sur cinq cents pauvres qui mourraient en peu d&rsquo;heures si par malheur cette douceur venait \u00e0 leur d\u00e9faillir. Nous supplions votre bont\u00e9 de ne souffrir ces extr\u00e9mit\u00e9s, mais de nous donner des miettes de ce que les autres villes ont de superflu; vous ne ferez pas seulement la charit\u00e9 \u00e0 nos pauvres, mais vous les tirerez des griffes de la mort, et vous obligerez fort \u00e9troitement, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Environ ce temps-l\u00e0, un des m\u00eames pr\u00eatres de la Mission \u00e9tant all\u00e9 en la ville de Saint-Mihiel, voici en quels termes il \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent aussit\u00f4t qu&rsquo;il fut arriv\u00e9 en ce lieu-l\u00e0: \u00ab\u00a0 J&rsquo;ai commenc\u00e9 en arrivant \u00e0 faire l&rsquo;aum\u00f4ne: je trouve si grande quantit\u00e9 de pauvres, que je ne saurais donner \u00e0\u00a0 tous; il y en a plus de trois cents en une tr\u00e8s grande n\u00e9cessit\u00e9, et plus de trois cents autres dans l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9. Monsieur, je vous le dis, en v\u00e9rit\u00e9, il y en a plus de cent qui semblent des squelettes couverts de peau, et qui paraissent tellement affreux, que, si Notre-Seigneur ne me fortifiait, je ne les oserais regarder: ils ont la peau comme du marbre basan\u00e9, et tellement retir\u00e9e, que les dents leur paraissent toutes s\u00e8ches et d\u00e9couvertes, et les yeux et le visage tout refrogn\u00e9s. Enfin, c&rsquo;est la chose la plus \u00e9pouvantable qui se puissent jamais voir. Ils cherchent aux champs de certaines racines, qu&rsquo;ils font cuire et qu&rsquo;ils mangent. J&rsquo;ai bien voulu recommander ces grandes calamit\u00e9s aux pri\u00e8res de notre Compagnie. Il y a plusieurs demoiselles qui p\u00e9rissent de faim; entre elles, il y en a de jeunes, et j&rsquo;appr\u00e9hende que le d\u00e9sespoir ne les fasse tomber dans une plus grande mis\u00e8re que la temporelle. \u00bb<\/p>\n<p>Par une autre lettre du mois de mars, en la m\u00eame ann\u00e9e 1640, il manda \u00e0 M. Vincent ce qui suit: \u00ab Il s&rsquo;est trouv\u00e9, \u00e0 la derni\u00e8re distribution de pain que nous avons faite, onze cent trente-deux pauvres, sans les malades, qui sont en grand nombre, et que nous assistons de nourriture et de rem\u00e8des propres. Ils prient tous pour leurs bienfaiteurs avec tant de sentiments de reconnaissance, que plusieurs m\u00eame des riches qui sont touch\u00e9s de ces choses en pleurent de tendresse. Je ne crois pas que ces personnes, pour qui l&rsquo;on offre \u00e0 Dieu tant et de si fr\u00e9quentes pri\u00e8res, puissent p\u00e9rir. Messieurs de la ville louent grandement ces charit\u00e9s, disant hautement que plusieurs fussent morts sans ce secours, et publiant l&rsquo;obligation qu&rsquo;ils vous ont. Un pauvre Suisse abjura ces jours pass\u00e9s son h\u00e9r\u00e9sie de Luther, et, apr\u00e8s avoir re\u00e7u les sacrements, mourut fort chr\u00e9tiennement. \u00bb<\/p>\n<p>M. Vincent ayant envoy\u00e9, d\u00e8s la m\u00eame ann\u00e9e 1640, un des plus anciens et des principaux pr\u00eatres de sa Compagnie pour visiter tous les missionnaires employ\u00e9s \u00e0 faire les distributions en Lorraine, tant afin de reconna\u00eetre l\u2019ordre et l&#8217;emploi des aum\u00f4nes et des instructions que pour remarquer principalement les villes qui auraient plus de besoin d&rsquo;assistance, voici ce que ce visiteur lui manda de Saint-Mihiel:<\/p>\n<p>\u00ab Je vous dirai, Monsieur, des choses admirables de cette ville et qui semblerait incroyables, si nous ne les avions vues. Outre tous les pauvres mendiants dont j&rsquo;ai parl\u00e9, la plus grande partie des habitants de la ville, et surtout la noblesse, endurent tant de faim, que cela ne se peut exprimer ni imaginer; et ce qui est le plus d\u00e9plorable est qu&rsquo;ils n&rsquo;osent rien demander. Il y en a quelques-uns qui s&rsquo;enhardissent, mais d&rsquo;autres mourraient plut\u00f4t. Et j&rsquo;ai moi-m\u00eame parl\u00e9 \u00e0 des personnes de condition qui ne font incessamment que pleurer pour cette occasion.<\/p>\n<p>\u00ab Voici une autre chose bien plus \u00e9trange: Une femme veuve n&rsquo;ayant plus rien pour elle ni pour ses trois enfants, et se voyant r\u00e9duite \u00e0 mourir de faim, elle \u00e9corcha une couleuvre et la mit sur les charbons pour la r\u00f4tir et la manger, ne pouvant avoir autre chose. Notre confr\u00e8re qui r\u00e9side ici, en ayant \u00e9t\u00e9 averti, y accourut, et, ayant vu cela, il y mit rem\u00e8de.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne meurt dans la ville aucun cheval, de quelque maladie que ce soit, qu&rsquo;on ne se l&rsquo;arrache incontinent pour le manger; et il n&rsquo;y a que trois ou quatre jours qu&rsquo;il se trouva une femme \u00e0 l&rsquo;aum\u00f4ne publique qui avait de cette chair infecte plein son devantier, qu\u2019elle donnait aux autres pauvres pour de petits morceaux de pain.<\/p>\n<p>\u00ab Une jeune demoiselle a \u00e9t\u00e9 pendant plusieurs jours dans la d\u00e9lib\u00e9ration de vendre ce qu&rsquo;elle avait de plus cher au monde pour avoir un peu de pain, et elle en a m\u00eame cherch\u00e9 plusieurs fois les occasions: Dieu soit lou\u00e9 et remerci\u00e9 de ce qu&rsquo;elle ne les a pas trouv\u00e9es et qu&rsquo;elle est \u00e0 pr\u00e9sent hors de danger.<\/p>\n<p>\u00ab Un autre cas fort d\u00e9plorable est que les pr\u00eatres, qui sont tous, Dieu merci, de vie exemplaire, souffrent la m\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 et n&rsquo;ont pas de pain \u00e0 manger; jusque-l\u00e0, qu&rsquo;un cur\u00e9 qui est \u00e0 demi-lieue de la ville s&rsquo;est r\u00e9duit \u00e0 tirer la charrue, \u00e9tant attel\u00e9 avec ses paroissiens \u00e0 la place des chevaux. Cela n&rsquo;est-il pas d\u00e9plorable, Monsieur, de voir un pr\u00eatre et un cur\u00e9 r\u00e9duit en cet \u00e9tat ? Il ne faut plus aller en Turquie pour voir les pr\u00eatres condamn\u00e9s \u00e0 labourer la terre, puisqu&rsquo;ils s&rsquo;y r\u00e9duisent eux-m\u00eames \u00e0 nos portes, y \u00e9tant contraints par la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Au reste, Monsieur, Notre-Seigneur est si bon, qu&rsquo;il semble avoir privil\u00e9gi\u00e9 Saint-Mihiel de l&rsquo;esprit de d\u00e9votion et de patience; car, parmi l&rsquo;indigence extr\u00eame des biens temporels, les habitants sont si avides des spirituels, qu&rsquo;il se trouve au cat\u00e9chisme jusqu&rsquo;\u00e0 deux mille personnes pour l&rsquo;entendre; c&rsquo;est beaucoup pour une petite ville o\u00f9 la plupart des grandes maisons sont d\u00e9sertes; les pauvres m\u00eames sont fort soigneux d&rsquo;y assister et de se pr\u00e9senter aux sacrements.; tous g\u00e9n\u00e9ralement font une estime non pareille du Missionnaire qui est ici, qui les instruit et les soulage; et tel s&rsquo;estime heureux de lui avoir parl\u00e9 une fois: aussi s&#8217;emploie-t-il avec grande charit\u00e9 et beaucoup de travail \u00e0 ses fronti\u00e8res.; il s&rsquo;est m\u00eame laiss\u00e9 tellement accabler des confessions g\u00e9n\u00e9rales et par le d\u00e9faut de nourriture, qu&rsquo;il en a \u00e9t\u00e9 malade.<\/p>\n<p>\u00ab Je me suis \u00e9tonn\u00e9 comment, avec si peu d&rsquo;argent qu&rsquo;il re\u00e7oit de Paris, il pouvait faire tant d&rsquo;aum\u00f4nes, et en g\u00e9n\u00e9ral et en particulier: c&rsquo;est o\u00f9 je vois manifestement la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu, qui fait multiplier le bien; et il m&rsquo;est souvenu de ce que la sainte \u00c9criture dit de la manne, que chaque famille en prenait une m\u00eame mesure et qu&rsquo;elle suffisait pour tous, soit qu&rsquo;ils fussent plus ou moins de personnes pour la recueillir; je vois ici quelque chose de semblable, car nos pr\u00eatres, qui ont plus de pauvres, n&rsquo;en donnent pas moins et ne sont en reste de rien.\u00bb<\/p>\n<p>Nous rapporterons encore ici une lettre \u00e9crite \u00e0 M. Vincent par MM. les lieutenant, pr\u00e9v\u00f4t, conseil et gouverneur de la m\u00eame ville, en l&rsquo;ann\u00e9e 1643. Ils y parlent en ces termes: \u00ab Tout le corps de la ville de Saint-Mihiel et tous les membres d&rsquo;icelle en particulier vous rendent un million de gr\u00e2ces des peines et des soins que vous avez daign\u00e9 prendre pour leur soulagement, tant par la distribution des aum\u00f4nes et assistances des pauvres malades et n\u00e9cessiteux que par la d\u00e9charge d&rsquo;une partie du fardeau de notre garnison; vous suppliant tr\u00e8s humblement de nous continuer votre protection et vos aum\u00f4nes, desquelles cette pauvre et d\u00e9sol\u00e9e ville a autant de besoin que jamais; \u00e9tant tr\u00e8s v\u00e9ritable que, par ce moyen, une infinit\u00e9 de personnes sont en vie aujourd\u2019hui qui n&rsquo;y seraient pas rest\u00e9es sans cela; et, si l&rsquo;on vient \u00e0 les retrancher ou \u00f4ter tout \u00e0 fait, il faut de n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;une grande partie des habitants meurent de faim ou qu\u2019ils aillent chercher leur vie ailleurs. Sans parler des distributions que vous avez fait faire aux couvents, par le moyen desquelles ils ont en partie subsist\u00e9, et de l&rsquo;assistance que tant d&rsquo;autres personnes honteuses, m\u00eame de qualit\u00e9, ont re\u00e7ue de vos pr\u00eatres dans leurs maladies et n\u00e9cessit\u00e9s, nous ne pouvons assez louer les grands soins et le travail qu&rsquo;ils y ont pris, ni vous demander assez instamment la continuation des m\u00eames assistances pour tant de malades et de n\u00e9cessiteux, outre la gloire et le m\u00e9rite que vous en aurez devant Dieu, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Les pauvres de Bar-le-Duc, tant habitants que r\u00e9fugi\u00e9s, au nombre de huit cents ou environ, furent aussi toujours bien assist\u00e9s pour le corps et pour l&rsquo;\u00e2me: ce qui soulagea beaucoup tout le pays, et particuli\u00e8rement cette ville-l\u00e0, en laquelle on voyait auparavant couch\u00e9s sur le pav\u00e9, dans ]es carrefours, et devant les portes des \u00e9glises et des bourgeois, grand nombre de pauvres, qui mouraient de faim, de froid, de maladie et de mis\u00e8re. Un des pr\u00eatres de la Mission \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent, au mois de f\u00e9vrier I640, qu&rsquo;\u00e0 chaque distribution de pain il lui fallait donner des habits \u00e0 vingt-cinq ou trente pauvres. Et il ajoute: \u00ab Depuis peu, j&rsquo;en ai habill\u00e9 de compte fait deux cent soixante; mais ne vous dirai-je pas, Monsieur, combien j&rsquo;en ai habill\u00e9 tout seul spirituellement par la confession g\u00e9n\u00e9rale et par la sainte communion ? dans l&rsquo;espace d&rsquo;un mois seulement, j&rsquo;en ai compt\u00e9 plus de huit cents. J&rsquo;esp\u00e8re que ce car\u00eame nous en ferons encore davantage. Nous donnons \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital une pistole et demie tous les mois pour les malades que nous y envoyons; et parce qu&rsquo;entre eux il y en a environ quatre-vingts qui sont plus malades que les autres, nous leur donnons du potage, de la viande et du pain. \u00bb<\/p>\n<p>Le Visiteur envoy\u00e9 par M. Vincent, et qui passa \u00e0 Bar au mois de juillet 1640, lui manda de ce lieu-l\u00e0 en particulier ce qui suit : \u00ab Premi\u00e8rement, toutes les semaines nos Missionnaires donnent \u00e0 quantit\u00e9 de pauvres du linge, et particuli\u00e8rement des chemises; ils retirent les vieilles pour les faire blanchir, accommoder et servir \u00e0 d&rsquo;autres, ou bien ils les mettent en pi\u00e8ces pour panser les bless\u00e9s ou ulc\u00e9r\u00e9s .<\/p>\n<p>\u00ab Secondement, ils pansent eux-m\u00eames ici quantit\u00e9 de malades de la teigne; il y en avait ci-devant pour l&rsquo;ordinaire vingt-cinq, et il en reste encore douze: cette maladie est fort commune par toute la Lorraine; car en toutes les autres villes, il y en a \u00e0 proportion, et ils sont, Dieu merci, partout pans\u00e9s fort soigneusement et charitablement, en telle sorte que tous en gu\u00e9rissent par un rem\u00e8de tr\u00e8s souverain que nos Fr\u00e8res ont appris.<\/p>\n<p>\u00ab Et, en troisi\u00e8me lieu, nos pr\u00eatres d&rsquo;ici font une d\u00e9pense consid\u00e9rable, mais tr\u00e8s utile, pour recevoir les pauvres passants; car nos Missionnaires qui sont \u00e0 Nancy, \u00e0 Toul et en d&rsquo;autres lieux, leur adressent fort souvent des troupes de pauvres pour les envoyer en France, \u00e0 cause que cette ville est la porte de la Lorraine, et ils leur fournissent leur nourriture et quelque argent pour leur voyage. \u00bb<\/p>\n<p>Des deux pr\u00eatres de la Mission qui assistaient les pauvres de Bar-le-Duc, l&rsquo;un mourut dans le travail, et l&rsquo;autre fut gri\u00e8vement malade. Voici ce que le r\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re Roussel, recteur du coll\u00e8ge de la Compagnie de J\u00e9sus de cette ville-l\u00e0, o\u00f9 ils logeaient, en \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent, en la m\u00eame ann\u00e9e 1640, en ces termes: \u00ab Vous avez appris la mort de M. de Montevit\u00a0 que vous aviez envoy\u00e9 ici. Il a beaucoup souffert en sa maladie, qui a \u00e9t\u00e9 longue, et je puis dire, sans mensonge, que je n&rsquo;ai jamais vu une patience plus forte et plus r\u00e9sign\u00e9e que la sienne: nous ne lui avons jamais ou\u00ef dire aucune parole qui f\u00fbt une marque de la moindre impatience; tous ses discours ressentaient une pi\u00e9t\u00e9 qui n&rsquo;\u00e9tait pas commune. Le m\u00e9decin nous a dit fort souvent qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais trait\u00e9 malade plus ob\u00e9issant et plus simple. Il a communi\u00e9 fort souvent dans sa maladie, outre les deux fois qu&rsquo;il a communi\u00e9 par forme de viatique. Son d\u00e9lire de huit jours entiers ne l&#8217;emp\u00eacha pas de recevoir en bon sens l&rsquo;Extr\u00eame-Onction; il le quitta quand on lui donna ce sacrement, et le reprit incontinent apr\u00e8s qu\u2019on le lui eut donn\u00e9. Enfin, il est mort comme je d\u00e9sire, et comme je demande \u00e0 Dieu de mourir. Les deux chapitres de Bar honor\u00e8rent son convoi, comme aussi les P\u00e8res augustins: mais ce qui honora le plus son enterrement, ce furent six \u00e0 sept cents pauvres qui accompagn\u00e8rent son corps, chacun un cierge \u00e0 la main, et qui pleuraient aussi fort que s&rsquo;ils eussent \u00e9t\u00e9 au convoi de leur p\u00e8re. Les pauvres lui devaient bien cette reconnaissance: il avait pris cette maladie en gu\u00e9rissant leurs maux et en soulageant leur pauvret\u00e9; il \u00e9tait toujours parmi eux, et ne respirait point d&rsquo;autre air que leur puanteur. Il entendait leur confession avec tant d&rsquo;assiduit\u00e9, et le matin et l&rsquo;apr\u00e8s-d\u00eener, que je n&rsquo;ai jamais pu gagner sur lui qu&rsquo;il pr\u00eet une seule fois le rel\u00e2che d&rsquo;une promenade. Nous l&rsquo;avons fait enterrer aupr\u00e8s du confessionnal o\u00f9 il a pris sa maladie et ou il a fait le beau recueil des m\u00e9rites dont il jouit maintenant dans le ciel. Deux jours devant qu&rsquo;il mour\u00fbt, son compagnon tomba malade d&rsquo;une fi\u00e8vre continue qui l&rsquo;a tenu dans le danger de la mort l&rsquo;espace de huit jours; il se porte bien maintenant. Sa .maladie a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;effet d&rsquo;un trop grand travail et d&rsquo;une trop grande assiduit\u00e9 parmi les pauvres. La veille de No\u00ebl il fut vingt-quatre heures sans manger et sans dormir, il ne quitta point le confessionnal que pour dire la messe. Vos messieurs sont souples et tr\u00e8s dociles en tout, hormis dans les avis qu&rsquo;on leur donne de prendre un peu de repos. Ils croient que leurs corps ne sont pas de chair, ou que leur vie ne doit durer qu&rsquo;un an. \u00abPour le Fr\u00e8re, c&rsquo;est un jeune homme extr\u00eamement pieux; il a servi ces deux pr\u00eatres avec toute la patience et assiduit\u00e9 que les malades les plus difficiles eussent pu d\u00e9sirer. \u00bb<\/p>\n<p>Nous ne parlerons pas ici de toutes les autres villes, bourgs et villages de la m\u00eame Lorraine qui ont \u00e9t\u00e9 assist\u00e9s avec la m\u00eame charit\u00e9 par les Missionnaires de M. Vincent, qu&rsquo;on peut appeler apr\u00e8s Dieu, avec raison et justice, le p\u00e8re des pauvres, et le nourricier et pourvoyeur de cette province d\u00e9sol\u00e9e; cela serait trop long et ennuyeux. Nous rapporterons seulement une lettre qu&rsquo;en l&rsquo;ann\u00e9e 1642, messieurs les officiers et gens du conseil de Lun\u00e9ville lui \u00e9crivirent sur ce m\u00eame sujet, en ces termes:<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur, depuis plusieurs ann\u00e9es que cette pauvre ville a \u00e9t\u00e9 afflig\u00e9e de peste, de guerre et de famine, qui l&rsquo;ont r\u00e9duite au point de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 o\u00f9 elle est \u00e0 pr\u00e9sent, au lieu de consolation, nous n&rsquo;avons re\u00e7u que des rigueurs de la part de nos cr\u00e9anciers, et des cruaut\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des soldats qui nous ont enlev\u00e9 le peu de pain que nous avions; en sorte qu&rsquo;il semblait que le ciel n&rsquo;avait plus que de la rigueur pour nous, lorsqu&rsquo;un de vos enfants en Notre-Seigneur, \u00e9tant arriv\u00e9 ici charg\u00e9 d&rsquo;aum\u00f4nes, a grandement temp\u00e9r\u00e9 l&rsquo;exc\u00e8s de nos maux et relev\u00e9 notre esp\u00e9rance en la mis\u00e9ricorde du bon Dieu. Puisque nos p\u00e9ch\u00e9s ont provoqu\u00e9 sa col\u00e8re, nous baisons humblement la main qui les punit, et recevons aussi les effets de sa divine douceur avec des ressentiments de reconnaissance extraordinaires. Nous b\u00e9nissons les instruments de son infinie cl\u00e9mence, tant ceux qui nous soulagent de leurs charit\u00e9s si opportunes que ceux qui nous les procurent et distribuent, et vous particuli\u00e8rement, Monsieur, que nous croyons \u00eatre, apr\u00e8s Dieu, le principal auteur d&rsquo;un si grand bien. De vous dire qu&rsquo;il soit bien appliqu\u00e9 \u00e0 ce pauvre lieu, o\u00f9 les principaux sont r\u00e9duits au n\u00e9ant, c&rsquo;est ce que le Missionnaire que vous avez envoy\u00e9 vous d\u00e9duira avec moins d&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00a0 que nous: il a vu notre d\u00e9solation, et vous verrez devant Dieu l&rsquo;obligation \u00e9ternelle que nous vous avons de nous avoir secourus en cet \u00e9tat. \u00bb<\/p>\n<p>Le Missionnaire qui portait de l&rsquo;argent en Lorraine repr\u00e9sentait, lorsqu&rsquo;il en revenait, \u00e0 M. Vincent, et M. Vincent aux Dames de la Charit\u00e9, que grand nombre de filles de condition et d&rsquo;autres qui n&rsquo;avaient aucune industrie, ni biens, ni parents qui pussent les aider \u00e0 subsister, \u00e9taient grandement expos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;insolence des officiers des garnisons; ce qui fit r\u00e9soudre M. Vincent avec ces dames d&rsquo;ordonner \u00e0 ce Missionnaire d&rsquo;amener \u00e0 Paris toutes les filles qui voudraient \u00e9viter le grand danger o\u00f9 elles \u00e9taient. Ce qu&rsquo;ayant fait savoir dans les villes ou il allait, il s&rsquo;en pr\u00e9senta un tr\u00e8s grand nombre, et, ayant choisi celles qui \u00e9taient en plus grand p\u00e9ril, il en emmena \u00e0 diverses fois cent soixante qu&rsquo;il d\u00e9fraya pendant tout le chemin, sans compter un grand nombre de petits gar\u00e7ons qui, \u00e9tant arriv\u00e9s \u00e0 Paris, furent re\u00e7us \u00e0 Saint-Lazare et ensuite plac\u00e9s pour servir. et les filles men\u00e9es par ordre de M. Vincent chez Mademoiselle Le Gras, qui les logea en sa maison; et quantit\u00e9 de dames y \u00e9tant venues les voir, elles en donn\u00e8rent avis \u00e0 toutes les familles de Paris, afin que celles o\u00f9 l&rsquo;on aurait besoin de filles de chambre ou de servantes s&rsquo;adressassent \u00e0 cette vertueuse demoiselle. Et par ce moyen. ces filles furent mises en d&rsquo;honn\u00eates conditions, et garanties des malheurs o\u00f9 elles \u00e9taient expos\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons vu ailleurs qu&rsquo;outre les filles et les enfants dont nous venons de parler, les Missionnaires r\u00e9sidant en Lorraine donnaient moyen \u00e0 quantit\u00e9 d&rsquo;hommes et de femmes de sortir de leur pays pour venir en France gagner leur vie. Or, la plupart de ces pauvres gens s&rsquo;en venaient en troupes \u00e0 Paris, o\u00f9 ils \u00e9taient accueillis et assist\u00e9s par M. Vincent non seulement corporellement, mais encore spirituellement: car, pour les pr\u00e9parer \u00e0 une bonne confession g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 vivre chr\u00e9tiennement, il les fit assembler au village de la Chapelle, \u00e0 demi-lieue de Paris, o\u00f9 il leur fit faire une mission en l&rsquo;ann\u00e9e 1641; et en \u00e9tant venu d&rsquo;autres troupes\u00a0\u00a0 l&rsquo;ann\u00e9e suivante, on leur fit encore une semblable mission; et les uns et les autres furent tous pourvus pour servir ou pour travailler de leurs m\u00e9tiers<\/p>\n<p>Entre ces gens-l\u00e0 qui furent ainsi mis \u00e0 couvert, il s&rsquo;en trouva un qui \u00e9tait fr\u00e8re d&rsquo;un chanoine de Verdun, auquel ce chanoine lui manda qu&rsquo;il avait quitt\u00e9 la r\u00e9sidence de son \u00e9glise parce qu&rsquo;elle ne lui apportait plus que du pain de douleur; qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait depuis appliqu\u00e9 \u00e0 bon escient \u00e0 cultiver la terre pour avoir de quoi vivre; mais qu&rsquo;enfin le grand travail et le peu de nourriture l&rsquo;avaient rendu si infirme, qu&rsquo;il ne pouvait plus rien faire, ni \u00e9viter la mort, s&rsquo;il ne recevait bient\u00f4t quelque assistance.; et il conclut enfin sa lettre en ces termes: \u00ab En v\u00e9rit\u00e9, je ne sais o\u00f9 trouver ce secours qu&rsquo;aupr\u00e8s de vous, mon fr\u00e8re, qui avez eu le bonheur d\u2019\u00eatre re\u00e7u et favoris\u00e9 d&rsquo;un des plus saints et des plus charitables personnages de notre si\u00e8cle infortun\u00e9; c&rsquo;est donc par vous que j&rsquo;esp\u00e8re ce bonheur de M. Vincent, etc. \u00bb Son esp\u00e9rance ne fut pas vaine; car ce charitable p\u00e8re des pauvres lui fit donner l&rsquo;assistance qui lui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour le tirer de cette extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi tout ce peuple qui se r\u00e9fugia \u00e0 Paris, il se trouva un grand nombre de personnes nobles, et d&rsquo;autres de qualit\u00e9 consid\u00e9rable, m\u00eame des familles enti\u00e8rement ruin\u00e9es, qui, n&rsquo;\u00e9tant pas accoutum\u00e9es \u00e0 gagner leur vie et encore moins \u00e0 la demander, ne pouvaient aucunement subsister. M. Vincent entreprit de les secourir, non des aum\u00f4nes destin\u00e9es \u00e0 la Lorraine lesquelles il envoyait exactement pour tant de milliers de pauvres qui y \u00e9taient rest\u00e9s, mais par une autre invention que Dieu lui inspira, qui fut d&rsquo;associer pour ce dessein charitable quelques seigneurs et plusieurs autres personnes de condition qui demeuraient \u00e0 Paris: il les assemblait une fois le mois \u00e0 Saint-Lazare, o\u00f9 ils se cotisaient ainsi que lui, afin de faire ensemble une somme suffisante pour l&rsquo;entretien de cette pauvre noblesse, \u00e0 qui l\u2019on en faisait la distribution chaque mois, selon le nombre et le besoin des personnes et des familles; ce qui fut continu\u00e9 pendant sept ou huit ans. Nous n&rsquo;en touchons ici qu&rsquo;un mot en passant, parce que nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 plus amplement de cette bonne \u0153uvre au premier livre<\/p>\n<p>Plusieurs autres personnes de toute condition venaient de temps en temps de la Lorraine \u00e0 Paris, de leur propre mouvement, pour r\u00e9clamer l&rsquo;assistance de M. Vincent; ce qui fait voir qu&rsquo;il \u00e9tait tenu comme le refuge universel de ce pauvre pays. Voici en quels termes le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Pierre Fournier, recteur du coll\u00e8ge de la Compagnie de J\u00e9sus de Nancy, lui \u00e9crivit sur ce sujet en l&rsquo;ann\u00e9e 1643: \u00ab Votre charit\u00e9 est si grande, que tout le monde a recours \u00e0 elle chacun vous consid\u00e8re ici comme l&rsquo;asile des pauvres afflig\u00e9s; c&rsquo;est pourquoi plusieurs se pr\u00e9sentent \u00e0 moi afin que je vous les adresse, et que par ce moyen ils ressentent les effets de votre bont\u00e9: en voici deux dont la vertu et la qualit\u00e9 exciteront \u00e0 bon droit votre c\u0153ur charitable \u00e0 les assister.\u00bb<\/p>\n<p>Un Missionnaire ayant trouv\u00e9 \u00e0 Saint-Mihiel quatorze religieuses b\u00e9n\u00e9dictines qui y \u00e9taient venues de Rambervilliers pour s&rsquo;y \u00e9tablir, et n&rsquo;y pouvaient subsister \u00e0 cause de la disette extr\u00eame du pays, il les mena \u00e0 Paris par l&rsquo;avis de M. Vincent et des Dames de la Charit\u00e9 pour y \u00eatre assist\u00e9es. Et Dieu a permis qu&rsquo;avec le temps elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies dans le faubourg Saint-Germain, o\u00f9 elles ont toujours depuis ce temps-l\u00e0 r\u00e9pandu la bonne odeur de leur sainte vie, et donn\u00e9 grande \u00e9dification, non seulement \u00e0 ce faubourg, mais aussi \u00e0 toute la ville de Paris: elles ont pris le titre de Religieuses du Saint-Sacrement .<\/p>\n<p>Les distributions de pain, de potage et de viande ayant cess\u00e9 en Lorraine en l&rsquo;ann\u00e9e 1643, M. Vincent en rappela la plupart des Missionnaires qu&rsquo;il y avait envoy\u00e9s, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y restait plus que peu de malades, et que les pauvres gens, ayant un peu de relache du c\u00f4t\u00e9 des soldats. se mirent \u00e0 travailler pour gagner leur vie. Les aum\u00f4nes pourtant ne cess\u00e8rent pas pour cela; on les continua encore cinq ou six ans depuis, pour le soulagement des plus mis\u00e9rables: et M. Vincent fit en sorte qu&rsquo;on les \u00e9tend\u00eet presque dans toutes les autres villes de Lorraine, comme \u00e0 Ch\u00e2teau-Salins, Dieuze, Marsal, Moyen-Vic, \u00c9pinal, Remiremont, Mirecourt, Ch\u00e2tel-sur-Moselle, Stenay et Rambervilliers. Par ce moyen, non seulement on assista grand nombre de pauvres honteux, de bourgeois ruin\u00e9s et de familles nobles qui, ne pouvant faire valoir leur bien, \u00e9taient en un \u00e9tat d\u00e9plorable; mais l&rsquo;on fit encore subsister toutes les communaut\u00e9s religieuses tant d&rsquo;hommes que de filles, auxquelles on\u00a0 distribuait tous les ans des aum\u00f4nes consid\u00e9rables, qui \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9es selon la n\u00e9cessit\u00e9 des maisons; car l&rsquo;on donnait aux unes trois ou quatre cents livres par quartier, et aux autres cinq ou six cents, selon leur nombre et leurs besoins.: de quoi le Missionnaire employ\u00e9 \u00e0 cette distribution en retirait un re\u00e7u de chaque maison .<\/p>\n<p>Outre ces sommes, M. Vincent a fait porter, en diverses fois, \u00e0 ces villes ruin\u00e9es environ quatorze mille aunes de draperies de plusieurs sortes, dont il faisait acheter la plus grande partie \u00e0 Paris, pour rev\u00eatir tous les pauvres religieux et religieuses, la pauvre noblesse, quantit\u00e9 d&rsquo;autres personnes d&rsquo;honn\u00eate condition, et des familles enti\u00e8res qui n&rsquo;avaient que des habits d\u00e9chir\u00e9s. La reine m\u00eame fut si touch\u00e9e de compassion de leur nudit\u00e9, qu&rsquo;elle leur envoya toutes ses tapisseries et les lits de deuil apr\u00e8s la mort du feu roi, et Mme la duchesse d&rsquo;Aiguillon en fit de m\u00eame.<\/p>\n<p>On distribuait aux maisons religieuses des pi\u00e8ces enti\u00e8res d&rsquo;\u00e9toffes, afin qu&rsquo;elles en fissent elles-m\u00eames leurs habits \u00e0 leur fa\u00e7on; et l&rsquo;on fournissait \u00e0 quelques-unes jusqu&rsquo;\u00e0 des voiles et des souliers, tant elles \u00e9taient d\u00e9nu\u00e9es de toutes choses. On r\u00eatait de plus, \u00e0 chaque vovage, pour l&rsquo;ordinaire environ cent autres personnes, tant hommes et gar\u00e7ons que filles et femmes. Sur quoi il est \u00e0 remarquer que ces distributions de vivres, d&rsquo;argent et d&rsquo;habits se sont faites pendant neuf ou dix ans, non seulement dans la plupart des villes de Lorraine, comme nous avons dit; mais que, de plus, elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tendues durant deux ans, par l&rsquo;ordre de la reine et par la conduite de M. Vincent, en plusieurs autres villes fort ruin\u00e9es, qui avaient \u00e9t\u00e9 conquises par le roi, comme Arras, Bapaume, Hesdin, Landrecies et Gravelines: et partout le Missionnaire employ\u00e9 \u00e0 cette distribution s&rsquo;en allait d&rsquo;une paroisse \u00e0 une autre, et de maison en maison, accompagn\u00e9 des cur\u00e9s ou d&rsquo;autres eccl\u00e9siastiques nomm\u00e9s par eux pour l&rsquo;assister \u00e0 distribuer ces v\u00eatements et ces aum\u00f4nes selon les besoins d&rsquo;un chacun, afin que, cela se faisant en leur pr\u00e9sence et par leurs avis, afin qu&rsquo;il ne fut point tromp\u00e9 dans le discernement des plus pauvres.<\/p>\n<p>Or les sommes que M. Vincent a fait distribuer en ces deux pays de Lorraine et d&rsquo;Artois montent bien jusques \u00e0 quinze ou seize cent mille livres, par lesquelles il a subvenu aux extr\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s de vingt-cinq villes et des environs, et d&rsquo;un grand nombre de bourgs et villages. Ce fut sans doute un effet tout particulier de la charit\u00e9 infinie de Dieu, dont e c\u0153ur de M. Vincent en \u00e9tait tellement embras\u00e9, qu&rsquo;il en fit ressentir les ardeurs, en faveur de ces peuples afflig\u00e9s, au feu roi et \u00e0 la reine, et \u00e0 plusieurs autres personnes de condition et de vertu, particuli\u00e8rement aux Dames de la Charit\u00e9 de Paris qu&rsquo;il avait associ\u00e9es pour ces grandes \u0153uvres; et toutes ces charitables personnes, \u00e9tant \u00e9chauff\u00e9es par le feu divin qui animait le c\u0153ur et les paroles de ce saint pr\u00eatre, le charg\u00e8rent de ces aum\u00f4nes pour les faire distribuer par sa sage conduite. Ce qu\u2019il &lsquo;ex\u00e9cuta tr\u00e8s volontiers par l&rsquo;entremise de ses Missionnaires, quoiqu&rsquo;il ne voul\u00fbt jamais en ordonner que par l&rsquo;avis des m\u00eames Dames de la Charit\u00e9 qui s&rsquo;assemblaient devant lui; et souvent m\u00eame il prenait ou envoyait prendre les ordres de la reine, afin que rien ne se f\u00eet que selon les intentions des bienfaiteurs.<\/p>\n<p>Les fruits de ces aum\u00f4nes ont \u00e9t\u00e9, comme nous avons vu: 1\u00b0 de conserver la vie et de rendre la sant\u00e9 \u00e0 un nombre infini de personnes malades, languissantes et ext\u00e9nu\u00e9es par la faim, par le froid, par la nudit\u00e9 et par toutes sortes de mis\u00e8res; 2\u00b0 de les instruire et disposer \u00e0 recevoir dignement les sacrements et \u00e0 mener une bonne vie; 3\u00b0 d&rsquo;assister les moribonds pour les aider \u00e0 bien mourir; 4\u00b0 de garantir d&rsquo;un naufrage honteux un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;honn\u00eates filles que la n\u00e9cessit\u00e9 avait r\u00e9duites \u00e0 d&rsquo;\u00e9tranges extr\u00e9mit\u00e9s; 5\u00b0 enfin, de donner moyen \u00e0 plusieurs communaut\u00e9s religieuses de garder leur cl\u00f4ture, leurs v\u0153ux et leurs r\u00e8gles, et de maintenir le service divin en leurs maisons: car, sans ces assistances, la plupart auraient \u00e9t\u00e9 contraintes d&rsquo;errer par le monde pour chercher \u00e0 soutenir leur vie, non sans grand danger de leur conscience. Cela se pourrait ais\u00e9ment justitier par plusieurs de leurs lettres; mais ce serait trop ennuyer le lecteur que de rapporter toutes ces choses en d\u00e9tail: ce qui en a \u00e9t\u00e9 dit \u00e9tant plus que suffisant pour lui en donner la connaissance telle qu&rsquo;il peut d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>Nous ajouterons seulement une chose digne de consid\u00e9ration, entre plusieurs autres assez extraordinaires que Dieu a op\u00e9r\u00e9es pour favoriser le transport de toutes ces grandes sommes d&rsquo;argent, tant en Lorraine qu\u2019en Artois, et d&rsquo;une ville \u00e0 une autre; c\u2019est \u00e0 savoir, que le Missionnaire qui les a port\u00e9\u00a0\u00a0 en plus de cinquante voyagesen chacun desquels il \u00e9tait ordinairement charg\u00e9 de vingt-cinq ou trente mille livres en or, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 vol\u00e9, quoiqu&rsquo;il pass\u00e2t au travers des soldats qui couvraient tout le pays, et que souvent il rencontr\u00e2t des voleurs. Il est m\u00eame arriv\u00e9 quelquefois que, s&rsquo;\u00e9tant mis avec des convois qui ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s et pris, il a toujours trouv\u00e9 moyen de s&rsquo;\u00e9chapper. D&rsquo;autres fois, faisant voyage avec quelques personnes particuli\u00e8res et s&rsquo;\u00e9tant ensuite s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;elles par un ordre secret de la Providence, les autres \u00e9taient vol\u00e9s incontinent apr\u00e8s, et lui ne faisait aucune mauvaise rencontre. Quelquefois aussi il passait par des bois remplis de voleurs ou de soldats d\u00e9band\u00e9s; sit\u00f4t qu&rsquo;il les entendait ou apercevait, il jetait dans quelque buisson ou dans la boue sa bourse, qu&rsquo;il portait ordinairement dans une besace d\u00e9chir\u00e9e, \u00e0 la fa\u00e7on des gueux, et puis s&rsquo;en allait droit \u00e0 eux, comme un homme qui ne les craignait pas; ils le fouillaient quelquefois, et ne lui trouvant rien, le laissaient aller sans lui faire aucun mal; et lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient \u00e9cart\u00e9s il retournait sur ses pas pour reprendre sa bourse\u00a0 Un soir ayant rencontr\u00e9 des voleurs, ils le men\u00e8rent dans un bois pour lui faire peur, et n\u2019ayant rien trouv\u00e9 sur lui de ce qu\u2019ils cherchaient, ils lui demand\u00e8rent s&rsquo;il ne payerait pas bien cinquante pistoles de ran\u00e7on; \u00e0 quoi ayant r\u00e9pondu que s&rsquo;il avait cinquante vies, il ne pourrait pas les racheter d&rsquo;un gros de Lorraine, ils le laiss\u00e8rent aller. En une autre rencontre, \u00e9tant dans une grande campagne, il d\u00e9couvrit des Croates; il n&rsquo;eut que le temps de se d\u00e9charger de sa besace et de la couvrir de quelques herbes, laissant un petit b\u00e2ton \u00e0 trois ou quatre pas pour lui servir de marque; et par ce moyen il conserva son argent; quoiqu\u2019\u00e9tant retourn\u00e9 la nuit pour le chercher, il ne put trouver sa besace que le lendemain matin. Enfin Dieu lui donna toujours une adresse admirable, et le favorisa d&rsquo;une sp\u00e9ciale protection pour ne point tomber entre les mains des voleurs, ou pour s&rsquo;en retirer heureusement. Ce que la reine admirant, lui commanda plusieurs fois de lui raconter comment il faisait pour s&rsquo;\u00e9chapper, prenant plaisir d&rsquo;entendre les stratag\u00e8mes innocents dont il se servait: mais il a toujours reconnu et publi\u00e9 que cette protection de Dieu sur lui \u00e9tait un effet de la foi et des pri\u00e8res de M. 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III &#8211; L\u2019action (3)","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"27\/12\/2014","format":false,"excerpt":"LA POLITIQUE ET LA CHARIT\u00c9. \u2014 La charit\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat. \u2014 La guerre en Lorraine. \u2014 Vincent de Paul vient au secours de cette malheureuse province. \u2014 Les r\u00e9fugi\u00e9s lorrains \u00e0 Paris. \u2014 Vincent de Paul et Richelieu. \u2014 Les deux politiques. \u2014 Vincent au lit de mort de Louis\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Vincent de Paul&quot;","block_context":{"text":"Vincent de Paul","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/category\/the-vincentian-family\/founders\/vincent-de-paul\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/vincent-et-sa-action-sociale.jpg?fit=1160%2C630&ssl=1&resize=350%2C200","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/vincent-et-sa-action-sociale.jpg?fit=1160%2C630&ssl=1&resize=350%2C200 1x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/vincent-et-sa-action-sociale.jpg?fit=1160%2C630&ssl=1&resize=525%2C300 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/vincent-et-sa-action-sociale.jpg?fit=1160%2C630&ssl=1&resize=700%2C400 2x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/vincent-et-sa-action-sociale.jpg?fit=1160%2C630&ssl=1&resize=1050%2C600 3x"},"classes":[]},{"id":42759,"url":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-maitre-doraison-chapitre-premier\/","url_meta":{"origin":106419,"position":3},"title":"Saint Vincent De Paul, Ma\u00eetre d\u2019Oraison. 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