{"id":105639,"date":"2013-03-05T08:19:43","date_gmt":"2013-03-05T07:19:43","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=105639"},"modified":"2013-03-05T08:19:43","modified_gmt":"2013-03-05T07:19:43","slug":"la-vie-du-venerable-serviteur-de-dieu-vincent-de-paul-livre-second-chapitre-i-section-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vincentians.com\/fr\/la-vie-du-venerable-serviteur-de-dieu-vincent-de-paul-livre-second-chapitre-i-section-ii\/","title":{"rendered":"La vie du v\u00e9n\u00e9rable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre second, Chapitre I, Section II"},"content":{"rendered":"<h2>SECTION II: Relation des fruits plus consid\u00e9rables de quelques missions particuli\u00e8res faites en divers lieux de la France<\/h2>\n<h3>\u00a7. I \u2014 Au dioc\u00e8se de Paris.<\/h3>\n<p>C&rsquo;est de M. Vincent que nous avons appris un fruit fort consid\u00e9rable d&rsquo;une mission faite dans un village du dioc\u00e8se de Paris, dont il fit lui-m\u00eame le r\u00e9cit \u00e0 la communaut\u00e9 pour l&rsquo;exciter \u00e0 en rendre gr\u00e2ces \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>\u00abJe prie la Compagnie, lui dit-il, de remercier Dieu des b\u00e9n\u00e9dictions qu&rsquo;il a donn\u00e9es aux missions qu&rsquo;on vient de faire, et particuli\u00e8rement \u00e0 celle de N., qui sont notables. Il y avait une \u00e9trange division en cette paroisse, les habitants avaient une grande aversion contre leur cur\u00e9; et le cur\u00e9, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, avait sujet de se ressentir du mauvais traitement qu&rsquo;il avait re\u00e7u de ses paroissiens: \u00e0 raison de quoi il \u00e9tait en proc\u00e8s contre eux, et m\u00eame en avait fait mettre en prison trois ou quatre des principaux, parce qu&rsquo;ils en \u00e9taient venus si avant que d&rsquo;user de dans l&rsquo;\u00e9glise sur lui ou sur quelqu&rsquo;un des siens. La plupart d&rsquo;entre eux ne voulaient pas seulement ou\u00efr la messe et sortaient de l&rsquo;\u00e9glise quand ils le voyaient aller \u00e0 l&rsquo;autel; Enfin le mal \u00e9tait grand, et je n&rsquo;en ai pas encore vu un pareil. Ils protestaient qu&rsquo;ils n&rsquo;iraient jamais \u00e0 confesse \u00e0 lui, et qu&rsquo;ils passeraient plut\u00f4t la f\u00eate de P\u00e2ques sans communier.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abSe voyant r\u00e9duits en cet \u00e9tat, quelques-uns d&rsquo;entre eux vinrent c\u00e9ans, il y a quelque temps, pour nous prier de leur aller faire la mission. Nous l&rsquo;avons faite, et par la mis\u00e9ricorde de Dieu, tous se sont mis en leur devoir. Mais ce qui nous doit davantage exciter \u00e0 b\u00e9nir et remercier Dieu, c&rsquo;est qu&rsquo;ils se sont parfaitement r\u00e9concili\u00e9s avec leur pasteur, et qu&rsquo;ils se trouvent maintenant dans une grande paix et union dont ils ont un grand contentement de part et d&rsquo;autre, et une \u00e9gale reconnaissance; car dix ou douze sont c\u00e9ans pour nous en remercier de la part de toute la paroisse, lesquels m&rsquo;ont dit tant de bien de cette mission, que j&rsquo;avais peine de les entendre.<\/p>\n<p>\u00abQui est-ce qui a fait cela, Messieurs, sinon Dieu seul ? Etait-il au pouvoir des hommes de faire cette r\u00e9union? Certes, quand bien m\u00eame tout un Parlement se serait m\u00eal\u00e9 d&rsquo;un accommodement si difficile entre des esprits si fort ali\u00e9n\u00e9s, \u00e0 peine en serait-il venu a bout pour ce qui regarde seulement la police ext\u00e9rieure. C&rsquo;est donc Dieu qui est l&rsquo;auteur de cette bonne \u0153uvre et a qui nous en devons rendre gr\u00e2ces. Je vous prie, Messieurs, de le faire avec toute l&rsquo;affection que vous pourrez; et outre cela de demander a sa divine bont\u00e9 qu&rsquo;elle donne \u00e0 la Compagnie l&rsquo;esprit d&rsquo;union et l&rsquo;esprit unissant qui n&rsquo;est autre que le Saint-Esprit m\u00eame, afin qu&rsquo;\u00e9tant toujours bien unie en elle-m\u00eame, elle puisse unir ceux du dehors: car nous sommes \u00e9tablis pour r\u00e9concilier les \u00e2mes avec Dieu, et les hommes avec les hommes.\u00bb<\/p>\n<p>Voici le r\u00e9sultat d&rsquo;une autre petite mission faite en la paroisse de N., proche de Paris, qui n&rsquo;est que de trois cents communiants, o\u00f9 il s&rsquo;est fait neuf choses diff\u00e9rentes, qui sont dignes de remarque, et qui serviront pour faire voir l&rsquo;utilit\u00e9 des missions, lesquelles ordinairement font les m\u00eames choses dans tous les lieux ou les m\u00eames besoins se rencontrent.<\/p>\n<p>\u00ab 1\u00b0 Les marguilliers qui s&rsquo;\u00e9lisent deux par an, et qui depuis dix ou douze ans n&rsquo;avaient rendu aucuns comptes et retenaient entre leurs mains plusieurs sommes appartenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et \u00e0 la Fabrique, ayant \u00e9t\u00e9 avertis de l&rsquo;injustice qu&rsquo;ils commettaient, ont rendu leurs susdits comptes et enti\u00e8rement pay\u00e9 tout ce dont ils \u00e9taient redevables.<\/p>\n<p>\u00ab 2\u00b0 Divers particuliers qui retenaient depuis longtemps plusieurs titres et papiers de l&rsquo;\u00e9glise les ont rapport\u00e9s et rendus, et on les a mis dans un coffre fermant \u00e0 trois clefs.<\/p>\n<p>\u00ab 3\u00b0 Divers concubinages ont cess\u00e9, et les concubinaires se sont s\u00e9par\u00e9s ou bien sont sortis hors de la paroisse.<\/p>\n<p>\u00ab 4\u00b0 Tous les habitants, hommes, femmes et enfants, ont si bien re\u00e7u la semence de la parole de Dieu et se sont rendus avec une telle assiduit\u00e9 aux exercices de la mission, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont perdu aucune pr\u00e9dication du soir, ni du matin, non pas m\u00eame le cat\u00e9chisme qui se fait apr\u00e8s midi, o\u00f9 ils assistaient avec une attention merveilleuse.<\/p>\n<p>\u00ab 5\u00b0 Quoiqu&rsquo;ils fussent pauvres, ils ont fait faire un tabernacle et donn\u00e9 un ciboire et un calice d&rsquo;argent, celui duquel on se servait auparavant n&rsquo;\u00e9tant que d&rsquo;\u00e9tain.<\/p>\n<p>\u00ab 6\u00b0 Ils ont en partie r\u00e9tabli leur \u00e9glise qui \u00e9tait menac\u00e9e d&rsquo;une ruine totale et prochaine, et m\u00eame ont pris la r\u00e9solution de la r\u00e9\u00e9difier tout \u00e0 fait, quoique tout cela leur d\u00fbt co\u00fbter au moins douze mille livres.<\/p>\n<p>\u00ab 7\u00b0 Tous les proc\u00e8s et diff\u00e9rends ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s, en sorte qu&rsquo;il n&rsquo;en est pas rest\u00e9 un seul dont on ait eu connaissance; et ces accords se sont faits si chr\u00e9tiennement, que les personnes s&rsquo;allaient demander pardon \u00e0 genoux les uns chez les autres.<\/p>\n<p>\u00ab 8\u00b0 Tous les pauvres malades ont \u00e9t\u00e9 visit\u00e9s, secourus et assist\u00e9s corporellement et spirituellement.<\/p>\n<p>\u00ab 9\u00b0 Enfin, chaque habitant, ayant fait bonnement et louablement sa confession g\u00e9n\u00e9rale et s&rsquo;\u00e9tant acquitt\u00e9 de ses autres devoirs pendant le temps de la mission, est demeur\u00e9 non seulement bien instruit et bien consol\u00e9 en son int\u00e9rieur, mais aussi dans une vraie disposition et r\u00e9solution de vivre chr\u00e9tiennement \u00e0 l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Nous ne rapporterons pas ci-apr\u00e8s ainsi en d\u00e9tail les succ\u00e8s des autres missions, car cela serait trop long et sujet a beaucoup de redites. Nous nous contenterons seulement de remarquer quelques circonstances principales, dont on a eu connaissance par le t\u00e9moignage des missionnaires et autres personnes dignes de foi.<\/p>\n<h3>\u00a7. II.\u2014Missions au dioc\u00e8se de Saintes.<\/h3>\n<p>Monsieur Vincent ayant envoy\u00e9 des pr\u00eatres de sa Congr\u00e9gation pour travailler aux missions dans le dioc\u00e8se de Saintes, environ l&rsquo;ann\u00e9e 1634, voici ce qu&rsquo;une personne de grande pi\u00e9t\u00e9 en \u00e9crivit: \u00abNotre-Seigneur b\u00e9nit plus qu&rsquo;il n&rsquo;est croyable la mission de Saintonge; il s&rsquo;y est fait quantit\u00e9 de conversions de m\u0153urs et de religion. Mais ce qui fait admirer le travail des missionnaires, c&rsquo;est qu&rsquo;ils font voir au peuple la beaut\u00e9 de la religion catholique selon leur m\u00e9thode ordinaire, sans disputer; ce qui fait que plusieurs h\u00e9r\u00e9tiques se convertissent. Mme de N. m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle ne pense point \u00e0 ces bons missionnaires que comme aux ouvriers de la primitive Eglise, sur la relation que lui en font ceux qui viennent de ces c\u00f4tes-l\u00e0, tant catholiques qu&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques.\u00bb<\/p>\n<p>Il y eut encore d&rsquo;autres pr\u00eatres missionnaires envoy\u00e9s dans le m\u00eame dioc\u00e8se de Saintes, par M. Vincent, en l&rsquo;ann\u00e9e 1640, \u00e0 l&rsquo;instance de feu M. de Raoul, alors \u00e9v\u00eaque, et qui avec son clerg\u00e9 les a \u00e9tablis dans ladite ville; et il plut \u00e0 Dieu donner b\u00e9n\u00e9diction aux missions qu&rsquo;ils firent en ce dioc\u00e8se, dont il r\u00e9ussit beaucoup de bien selon le t\u00e9moignage des ouvriers confirm\u00e9 par plusieurs lettres de ce bon pr\u00e9lat.<\/p>\n<p>Nous sommes, dit un missionnaire dans une de ses lettres, \u00e0 la fin de notre mission de N., qui a dur\u00e9 sept semaines. Je n&rsquo;oserais vous mander les b\u00e9n\u00e9dictions que nous y avons re\u00e7ues, de peur de me trop satisfaire. C&rsquo;est tout dire, que cette paroisse qui \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e la plus perdue de toute la Saintonge pour les inimiti\u00e9s, les discordes, les meurtres et les autres abominations qui s&rsquo;y commettaient, est maintenant, par la mis\u00e9ricorde de Dieu, toute chang\u00e9e et fait une publique r\u00e9paration de tous les scandales qu&rsquo;elle a donn\u00e9s. Il se trouve un grand concours de personnes a toutes les actions de la mission, m\u00eame au petit cat\u00e9chisme; les querelles s&rsquo;apaisent, les rancunes se dissipent, et les r\u00e9conciliations se font m\u00eame sans que nous nous en m\u00ealions. Nous attribuons toutes ces grandes gr\u00e2ces \u00e0 la seule bont\u00e9 de Dieu et aux m\u00e9rites de la tr\u00e8s sainte famille de Notre-Seigneur, \u00e0 laquelle nous avons d\u00e9di\u00e9 cette mission. Les habitants d&rsquo;une paroisse \u00e9loign\u00e9e d&rsquo;une lieue s&rsquo;\u00e9tant assembl\u00e9s se sont adress\u00e9s \u00e0 leur cur\u00e9; ils lui ont dit que puisqu&rsquo;ils ne pouvaient avoir la mission chez eux, ils d\u00e9siraient et lui demandaient que tous les matins il leur appr\u00eet \u00e0 prier Dieu et \u00e0 le bien servir, ce que ce bon cur\u00e9 a commenc\u00e9 de faire avec beaucoup de fruit.<\/p>\n<p>Un autre, \u00e9crivant d&rsquo;une mission faite en quelque autre paroisse du m\u00eame dioc\u00e8se: Cette Mission, dit-il, a re\u00e7u beaucoup de b\u00e9n\u00e9dictions, et par la gr\u00e2ce de Dieu fort extraordinaires, il s&rsquo;est fait des accords fort importants et tr\u00e8s difficiles, desquels plusieurs personnes de grande consid\u00e9ration, et m\u00eame Monseigneur l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, n&rsquo;avaient pu venir \u00e0 bout par le pass\u00e9, les c\u0153urs se trouvant fort aigris depuis longtemps et ayant des pr\u00e9tentions de grands int\u00e9r\u00eats et de grands dommages, qui avaient produit de tr\u00e8s f\u00e2cheux proc\u00e8s; mais par la mis\u00e9ricorde de Dieu ils sont enfin termin\u00e9s, et les personnes parfaitement r\u00e9concili\u00e9es. De sorte qu&rsquo;ayant trouv\u00e9 \u00e0 notre abord cette paroisse toute divis\u00e9e, nous l&rsquo;avons laiss\u00e9e bien unie et en grande paix par la mis\u00e9ricorde de Dieu, qui lui a fait encore d&rsquo;autres gr\u00e2ces singuli\u00e8res, pour des grands p\u00e9cheurs et p\u00e9cheresses publics qui se sont convertis, pour de grandes et notables restitutions qui s&rsquo;y sont faites secr\u00e8tement et publiquement, et aussi pour quelques h\u00e9r\u00e9tiques auxquels Dieu a touch\u00e9 le c\u0153ur, et qui se sont convertis.\u00bb<\/p>\n<p>Un autre Missionnaire rendant compte \u00e0 M. Vincent de ce qui s&rsquo;\u00e9tait fait \u00e0 la Mission de G\u00e9mousat, du m\u00eame dioc\u00e8se, en l&rsquo;ann\u00e9e 1647, lui manda qu&rsquo;outre les fruits ordinaires et communs a toutes les missions, il y avait sept ou huit h\u00e9r\u00e9tiques qui avaient abjur\u00e9 leurs erreurs, et ajouta que plusieurs autres avaient grandes dispositions \u00e0 se convertir, mais qu&rsquo;ils en \u00e9taient emp\u00each\u00e9s par l&rsquo;appr\u00e9hension \u00eatre surcharg\u00e9s de tailles, \u00e0 cause que les principaux qui les imposent sont h\u00e9r\u00e9tiques. Et m\u00eame que la plupart seraient tr\u00e8s aises que le roi les oblige\u00e2t d&rsquo;aller \u00e0 la messe, pour lever le respect humain qui les retient. \u00abL&rsquo;un de ces convertis est un vieillard, lequel nous avions exhorte plusieurs fois, mais inutilement; et apr\u00e8s avoir fait notre dernier effort, un peu avant notre d\u00e9part, voyant que nous ne pouvions rien gagner sur lui, nous e\u00fbmes la pens\u00e9e de recourir \u00e0 la sainte Vierge et la supplier d&#8217;employer ses intercessions pour obtenir la conversion de ce pauvre d\u00e9voy\u00e9. Nous all\u00e2mes \u00e0 cette intention nous prosterner \u00e0 genoux et r\u00e9citer les litanies, et voil\u00e0 que les ayant achev\u00e9es, nous voyons notre vieillard revenir \u00e0 nous et nous avouer qu&rsquo;il reconnaissait la v\u00e9rit\u00e9 et qu&rsquo;il \u00e9tait en volont\u00e9 d&rsquo;abjurer son h\u00e9r\u00e9sie; ce que nous lui f\u00eemes faire, et ensuite sa confession g\u00e9n\u00e9rale, et puis nous le re\u00e7\u00fbmes \u00e0 la sainte communion. Et en nous disant adieu, il nous pria instamment de le recommander aux pri\u00e8res de tous les catholiques.\u00bb<\/p>\n<p>Le sup\u00e9rieur de la maison de la mission de Saintes manda dans l&rsquo;une de ses lettres, qu&rsquo;ayant demeur\u00e9 un mois entier a travailler dans le bourg de Deniat, il se trouva tellement accabl\u00e9, aussi bien que les autres Missionnaires qui \u00e9taient avec lui, de la grande foule du peuple qui venait de tous les lieux circonvoisins, qu&rsquo;ils furent contraints, se voyant tout \u00e0 fait \u00e9puises jusqu&rsquo;\u00e0 tomber de faiblesse dans le confessionnal, de cesser les exercices de la mission: et laisser avec beaucoup de regret un tr\u00e8s grand nombre de personnes qui accouraient de toutes parts, sans leur pouvoir rendre le service qu&rsquo;ils d\u00e9siraient. Il ajoute que pendant cette mission il y avait eu plus de quatre cents r\u00e9conciliations faites et plus de cent proc\u00e8s termin\u00e9s; \u00abet ces bonnes gens, dit-il, avaient un tel d\u00e9sir de faire leurs confessions, que sachant que nous ne recevions personne au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;absolution qui ne se f\u00fbt auparavant r\u00e9concili\u00e9 et qui n&rsquo;e\u00fbt fait raisonnablement ce qui \u00e9tait en lui pour terminer ses proc\u00e8s, ils allaient de maison en maison se chercher les uns les autres \u00e0 cet effet. La veille de notre d\u00e9part, un grand nombre de peuple se trouvait en l&rsquo;\u00e9glise aux pri\u00e8res du soir, comme Monsieur le cur\u00e9 eut dit tout haut que les missionnaires lui demandaient sa b\u00e9n\u00e9diction pour se retirer le lendemain, et qu&rsquo;il voulut de la prendre occasion de les exhorter de faire un bon usage des instructions qui leur avaient \u00e9t\u00e9 faites pendant la mission; Toutes ces bonnes gens en furent extr\u00eamement touch\u00e9es, et se mirent \u00e0 crier et pleurer en telle sorte, qu&rsquo;il ne put jamais leur dire un seul mot qu&rsquo;ils voulussent entendre; et ]es missionnaires eurent bien de la peine de se s\u00e9parer d&rsquo;eux, ne les voulant pas laisser partir.<\/p>\n<p>Il arriva presque le m\u00eame fait dans un autre bourg appel\u00e9 Usseau, proche de la ville de Niort, o\u00f9 apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 un mois entier, les Missionnaires \u00e9tant tomb\u00e9s dans un semblable \u00e9puisement, ne pouvant plus se soutenir de faiblesse, ils furent contraints \u00e0 leur grand regret de finir leur mission, laissant un nombre presque innombrable de personnes \u00e0 confesser; ce qu&rsquo;ils demandaient avec tant d&rsquo;instance, fondant en larmes et jetant de hauts cris, qu&rsquo;il n&rsquo;y avait point de c\u0153ur qui n&rsquo;en f\u00fbt touch\u00e9. Il s&rsquo;y fit un grand nombre de r\u00e9conciliations; mais les Missionnaires trouv\u00e8rent au commencement beaucoup de r\u00e9sistance, ayant voulu abolir des danses publiques qui se faisaient en ce lieu-l\u00e0 aux f\u00eates de la Pentec\u00f4te, o\u00f9 il se commettait beaucoup de d\u00e9sordres, et m\u00eame des enl\u00e8vements de filles et des assassinats. Et comme on eut pr\u00each\u00e9 contre cet abus le jour de la Pentec\u00f4te, il y en eut quelques-uns, lesquels en d\u00e9pit du pr\u00e9dicateur all\u00e8rent faire leurs danses le soir de ce m\u00eame jour: de quoi le directeur de la Mission ayant \u00e9t\u00e9 averti, et s&rsquo;\u00e9tant transport\u00e9 sur le lieu avec d&rsquo;autres eccl\u00e9siastiques, tous les danseurs s&rsquo;enfuirent; et le lendemain ayant fortement parl\u00e9 en chaire sur ce sujet, et rompu en pr\u00e9sence de tout le peuple, qui \u00e9tait en tr\u00e8s grand nombre, le violon dont on s&rsquo;\u00e9tait servi, cela fit un tel effet par la gr\u00e2ce de Dieu sur les esprits, qu&rsquo;apr\u00e8s le sermon tous ceux et celles qui avaient dans\u00e9 vinrent d&rsquo;eux-m\u00eames se jeter \u00e0 ses pieds et demander pardon de leur faute; et tous les habitants de ce lieu con\u00e7urent une telle horreur des danses et des maux qui en arrivaient, qu&rsquo;ils les ont enti\u00e8rement bannies de leur paroisse.<\/p>\n<p>Il se fit encore un autre bien en cette mission, qui fut une assembl\u00e9e de plusieurs eccl\u00e9siastiques des environs, o\u00f9 il se trouva jusqu&rsquo;\u00e0 dix-sept cur\u00e9s, auxquels on fit quelques conf\u00e9rences dont ils furent grandement touch\u00e9s; ils prirent tous une r\u00e9solution de mener une vie vraiment eccl\u00e9siastique, et d&rsquo;en porter les marques ext\u00e9rieures avec l&rsquo;esprit int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Enfin, les missions qui ont \u00e9t\u00e9 faites dans ce dioc\u00e8se ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es d&rsquo;une telle b\u00e9n\u00e9diction et ont produit de si bons effets, que feu Monsieur l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Saintes, par une lettre qu&rsquo;il \u00e9crivit a M. Vincent en l&rsquo;ann\u00e9e 1642, lui mande que les peuples \u00e9taient all\u00e9s pour l&rsquo;en remercier. Et dans une autre lettre de la m\u00eame ann\u00e9e: \u00abJ&rsquo;ai fait venir, lui dit-il, vos Missionnaires en cette ville pour s&rsquo;y reposer quelques jours; car certes il y a six mois qu&rsquo;ils travaillent avec une telle assiduit\u00e9, que je m&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;ils y aient pu fournir, et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 moi-m\u00eame sur les lieux pour les qu\u00e9rir.\u00bb Et en une autre lettre de 1643: \u00abJ&rsquo;ai pass\u00e9, dit-il, la f\u00eate de la Pentec\u00f4te avec MM. vos Missionnaires qui travaillent avec un merveilleux z\u00e8le, mais avec une grande consolation, vu la b\u00e9n\u00e9diction que Dieu donne \u00e0 leurs travaux; je ne puis vous en rendre gr\u00e2ces proportionn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;obligation, etc.\u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7 III.\u2014Missions dans les dioc\u00e8ses de Mande et de Saint-Flour.<\/h3>\n<p>Le dioc\u00e8se de Mande, dans les C\u00e9vennes, se trouvant fort rempli d&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques, M. Vincent y a envoy\u00e9 en diverses occasions plusieurs de ses Missionnaires, soit pour t\u00e2cher de ramener les h\u00e9r\u00e9tiques \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, ou bien pour fortifier les catholiques et les emp\u00eacher de tomber dans l&rsquo;erreur. Et ce digne sup\u00e9rieur des Missionnaires prit r\u00e9solution d&rsquo;y aller lui-m\u00eame en l&rsquo;ann\u00e9e 1635. Il y avait pour lors un de ses pr\u00eatres \u00e0 Rome, fort vers\u00e9 en la connaissance de la langue h\u00e9bra\u00efque et syriaque, auquel on voulait persuader de travailler \u00e0 la version de la bible syriaque en latin; mais M. Vincent jugea qu&rsquo;il ferait beaucoup mieux de le venir aider \u00e0 la mission qu&rsquo;il voulait faire dans les C\u00e9vennes. Voici en quels termes il lui \u00e9crivit: \u00abJe vous prie, lui dit il, de ne vous pas arr\u00eater \u00e0 la proposition qu&rsquo;on vous a faite, de travailler \u00e0 cette version. Je sais bien qu&rsquo;elle servirait pour satisfaire \u00e0 la curiosit\u00e9 de quelques-uns, mais non pas certes comme je crois au salut des \u00e2mes du pauvre peuple, auquel la providence de Dieu a eu dessein de toute \u00e9ternit\u00e9 de vous employer. Il vous doit suffire, Monsieur, que par la gr\u00e2ce de Dieu, vous avez employ\u00e9 trois ou quatre ans pour apprendre l&rsquo;h\u00e9breu, et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire et pour confondre ses ennemis en ce Royaume. Repr\u00e9sentez-vous qu&rsquo;il y a des milliers d&rsquo;\u00e2mes qui vous tendent les mains et qui vous disent: H\u00e9las ! Monsieur, vous avez \u00e9t\u00e9 choisi de Dieu pour contribuer \u00e0 nous sauver; ayez donc piti\u00e9 de nous, et nous venez donner la main pour nous tirer du mauvais \u00e9tat o\u00f9 nous sommes: voyez que nous croupissons dans l&rsquo;ignorance des choses n\u00e9cessaires \u00e0 notre salut, et dans les p\u00e9ch\u00e9s que nous n&rsquo;avons jamais confess\u00e9s par honte, et que faute de votre secours nous sommes en grand danger d&rsquo;\u00eatre damn\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abMais outre les cris de ces pauvres \u00e2mes que la charit\u00e9 vous fait entendre int\u00e9rieurement, \u00e9coutez encore s&rsquo;il vous pla\u00eet, M. ce que mon c\u0153ur dit au v\u00f4tre, qu&rsquo;il se sent extr\u00eamement press\u00e9 du d\u00e9sir d&rsquo;aller travailler et de mourir dans les C\u00e9vennes, et qu&rsquo;il s&rsquo;en ira si vous ne venez bient\u00f4t, dans ces montagnes, d&rsquo;o\u00f9 Monseigneur l&rsquo;\u00e9v\u00eaque crie au secours, et dit que ce pays qui a \u00e9t\u00e9 autrefois des plus florissants en pi\u00e9t\u00e9 de tout le royaume est maintenant tout en p\u00e9ch\u00e9, et que le peuple y p\u00e9rit de faim de la parole de Dieu.\u00bb<\/p>\n<p>M. Vincent envoya quelques ann\u00e9es apr\u00e8s d&rsquo;autres Missionnaires pour travailler en ce m\u00eame dioc\u00e8se, au sujet de quoi feu M. de Marcillac, qui en \u00e9tait \u00e9v\u00eaque lui \u00e9crivit en ces termes:<\/p>\n<p>\u00abJe vous assure, lui dit-il, que j&rsquo;estime plus le travail que les v\u00f4tres font \u00e0 pr\u00e9sent dans mon dioc\u00e8se, que si on me donnait cent royaumes; je suis dans une satisfaction parfaite de voir que tous mes dioc\u00e9sains se portent au bien, et que mes cur\u00e9s font de grands profits des conf\u00e9rences que vos pr\u00eatres \u00e9tablissent avec succ\u00e8s et b\u00e9n\u00e9diction.\u00bb<\/p>\n<p>Et par une autre lettre \u00e9crite l&rsquo;ann\u00e9e suivante, qui \u00e9tait en 1643, le m\u00eame pr\u00e9lat lui parle en ces termes: \u00abVoil\u00e0, lui dit-il, Messieurs vos Missionnaires qui s&rsquo;en vont vous rendre compte de ce que nous avons fait dans les C\u00e9vennes de mon dioc\u00e8se, o\u00f9 j&rsquo;ai fait ma visite g\u00e9n\u00e9rale. J&rsquo;ai re\u00e7u trente ou quarante huguenots \u00e0 l&rsquo;abjuration de leurs erreurs, et laiss\u00e9 autant d&rsquo;autres en l&rsquo;\u00e9tat de faire le m\u00eame dans peu de jours. Nous y avons fait solennellement la mission avec un profit incroyable. Et comme ces biens viennent de Dieu, et de vos bonnes assistances, je ne puis employer personne pour vous en faire un plus fid\u00e8le rapport ni qui s&rsquo;en acquitte mieux que ces bons pr\u00eatres.\u00bb<\/p>\n<p>En l&rsquo;ann\u00e9e 1636, feu Monsieur l&rsquo;abb\u00e9 Olier, qui depuis a \u00e9t\u00e9 fondateur et premier sup\u00e9rieur du s\u00e9minaire de Saint-Sulpice, grand serviteur de Dieu, de tr\u00e8s haute vertu, et dont la m\u00e9moire est en b\u00e9n\u00e9diction, ayant demand\u00e9 \u00e0 M. Vincent quelques pr\u00eatres de sa Congr\u00e9gation, pour aller faire des missions dans les terres de son abbaye de P\u00e9brac, au dioc\u00e8se de Saint-Flour, il s&rsquo;y achemina avec eux, et quelques autres vertueux et z\u00e9l\u00e9s eccl\u00e9siastiques. Ils firent leur premi\u00e8re mission \u00e0 Saint-Ilpise, laquelle \u00e9tant achev\u00e9e, cet Abb\u00e9 admirant les effets de la gr\u00e2ce qui avaient paru en cet emploi \u00e9crivit la lettre suivante au mois de juin de la m\u00eame ann\u00e9e a M. Vincent et \u00e0 Messieurs les eccl\u00e9siastiques de la Conf\u00e9rence de Saint-Lazare, de laquelle il \u00e9tait:<\/p>\n<p>\u00ab Je ne puis, leur dit-il, \u00eatre plus longtemps absent de votre Compagnie, sans vous rendre compte de ce qui s&rsquo;est passe en ces lieux. On commen\u00e7a la mission le dimanche d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;Ascension, laquelle dura jusqu&rsquo;au quinzi\u00e8me de ce mois. Le peuple venait au commencement selon que nous le pouvions justement souhaiter, c&rsquo;est \u00e0 savoir autant que nous en pouvions confesser; et cela se faisait avec de tels mouvements de la gr\u00e2ce qu&rsquo;il \u00e9tait ais\u00e9 de savoir en quels lieux les pr\u00eatres confessaient, les p\u00e9nitents se faisant entendre de toutes parts par leurs soupirs et par leurs sanglots. Mais sur la fin le peuple y venait en si grande foule, et nous pressait avec tant d&rsquo;ardeur, qu&rsquo;il nous \u00e9tait presque impossible d&rsquo;y satisfaire. On les voyait depuis la pointe du jour jusqu&rsquo;au soir demeurer dans l&rsquo;\u00e9glise, sans boire ni manger, attendant la commodit\u00e9 de se confesser. Et quelquefois en faveur des \u00e9trangers, nous \u00e9tions oblig\u00e9s de continuer les cat\u00e9chismes plus de deux heures, d&rsquo;o\u00f9 n\u00e9anmoins ils sortaient aussi affam\u00e9s de la parole de Dieu qu&rsquo;en y entrant; et il fallait nous servir de la chaire du pr\u00e9dicateur pour faire ce cat\u00e9chisme, n&rsquo;y ayant point de place dans l&rsquo;\u00e9glise \u00e0 cause de la grande foule du peuple qui la remplissait toute jusqu&rsquo;aux portes et aux fen\u00eatres, qui \u00e9taient toutes remplies et charg\u00e9es d&rsquo;auditeurs. Le m\u00eame se voyait au sermon du matin et \u00e0 l&rsquo;instruction du soir. Sur quoi je n&rsquo;ai rien \u00e0 dire, sinon que Dieu soit b\u00e9ni, lequel se communique avec tant de mis\u00e9ricorde et de lib\u00e9ralit\u00e9 \u00e0 ses cr\u00e9atures, et surtout \u00e0 ses pauvres. Car nous avons remarqu\u00e9 que c&rsquo;est particuli\u00e8rement en eux qu&rsquo;il r\u00e9side, et pour l&rsquo;assistance desquels il demande la coop\u00e9ration de ses serviteurs. Ne refusez pas, Messieurs, ce secours \u00e0 J\u00e9sus-Christ; l&rsquo;honneur est trop grand de travailler sous lui, et de contribuer au salut de ces \u00e2mes, et a la gloire qu&rsquo;il en doit tirer pendant toute l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Vous avez heureusement commenc\u00e9, et vos premiers exemples m&rsquo;ont fait quitter Paris pour venir travailler en ces lieux. Continuez donc en ces divins emplois, \u00e9tant vrai que sur la terre il n&rsquo;y a rien de semblable. O Paris ! tu amuses des hommes, lesquels avec la gr\u00e2ce de Dieu pourraient convertir un nombre innombrable d&rsquo;\u00e2mes. H\u00e9las ! combien dans cette grande ville se fait-il de bonnes \u0153uvres sans fruit; combien de conversions en apparence; combien de saints discours perdus, faute de dispositions en ceux qui les \u00e9coutent ! Ici un mot est une pr\u00e9dication, et tous les pauvres, avec fort peu d&rsquo;instruction, se trouvent remplis de b\u00e9n\u00e9dictions et de gr\u00e2ces, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Et par une autre lettre du dixi\u00e8me f\u00e9vrier de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, il parle en ces termes:<\/p>\n<p>\u00ab La quatri\u00e8me de nos missions se fit il y a quinze jours, dans laquelle il s&rsquo;est fait plus de deux mille confessions g\u00e9n\u00e9rales, quoique nous ne fussions que six ouvriers, et sur la fin huit; nous \u00e9tions accabl\u00e9s du peuple, qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, nonobstant la rigueur du froid et l&rsquo;incommodit\u00e9 du lieu, qui est un vrai d\u00e9sert. Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois ou quatre jours, et se retiraient dans les granges; et la on les entendait conf\u00e9rer ensemble de ce qu&rsquo;ils avaient ou\u00ef \u00e0 la pr\u00e9dication et au cat\u00e9chisme. Et \u00e0 pr\u00e9sent l&rsquo;on voit ici les paysans et leurs femmes faire la mission eux-m\u00eames dans leurs familles; les bergers et les laboureurs chanter les commandements de Dieu dans les champs, et s&rsquo;interroger les uns les autres de ce qu&rsquo;ils ont appris pendant la mission. Enfin, la noblesse pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous servant d&rsquo;un langage si grossier comme nous faisons, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre acquitt\u00e9e chr\u00e9tiennement et exemplairement de son devoir, ne nous a pu laisser partir qu&rsquo;en fondant tout en larmes. Cinq huguenots ont abjur\u00e9 leur h\u00e9r\u00e9sie en cette derni\u00e8re mission, quatre desquels qui nous fuyaient auparavant sont venus eux-m\u00eames nous y chercher; et cela, Messieurs, pour nous apprendre, comme vous me l&rsquo;avez souvent enseign\u00e9, que la conversion des \u00e2mes et l&rsquo;ouvrage de la gr\u00e2ce, auquel nous mettons souvent emp\u00eachement par notre propre esprit; et que Dieu veut toujours op\u00e9rer, ou dans le n\u00e9ant, ou par le n\u00e9ant; c&rsquo;est-\u00e0-dire en ceux et par ceux qui reconnaissent et confessent leur impuissance et leur inutilit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7 IV.\u2014 Dans les dioc\u00e8ses de Gen\u00e8ve et de Marseille.<\/h3>\n<p>Nous ne pouvons apprendre les fruits <b>\u00a0<\/b>Missionnaires \u00e9tablis \u00e0 Annecy ont produits avec la gr\u00e2ce de Dieu par un t\u00e9moignage plus authentique et plus assur\u00e9 que celui de M. Juste Gu\u00e9rin, \u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve, qui en \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent au mois de juin 1640 en ces termes &#8211;<\/p>\n<p>\u00ab Pl\u00fbt au bon Dieu, lui dit-il, que vous puissiez voir le centre de mon c\u0153ur; car v\u00e9ritablement je vous aime et honore de toute l&rsquo;\u00e9tendue de mon affection, et je me confesse le plus oblige de tous les hommes du monde \u00e0 votre charit\u00e9, par les grands bienfaits et par les fruits que MM. les Missionnaires, vos chers enfants en Dieu, font en notre dioc\u00e8se, qui sont tels que je ne puis les exprimer, et ils ne sont pas croyables sinon a celui qui les voit. J&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin oculaire, \u00e0 l&rsquo;occasion de la visite que j&rsquo;ai commenc\u00e9e apr\u00e8s P\u00e2ques. Tout le peuple les aime, les ch\u00e9rit, et les loue unanimement. Certes, Monsieur, leur doctrine est sainte, et leur conversation aussi; ils donnent \u00e0 tous une tr\u00e8s grande \u00e9dification par leur vie irr\u00e9prochable. Quand ils ont achev\u00e9 leur mission en un village, ils en partent pour aller en un autre? et le peuple les accompagne avec larmes et pleurs, en disant: O bon Dieu ! que ferons-nous, nos bons P\u00e8res s&rsquo;en vont; et par plusieurs jours les vont encore trouver aux autres villages. L&rsquo;on voit des personnes des autres dioc\u00e8ses venir pour se confesser \u00e0 eux, et des conversions admirables qui se font par leur moyen. Leur sup\u00e9rieur a de grands dons de Dieu, et un merveilleux z\u00e8le pour sa gloire et pour le salut des \u00e2mes. Il pr\u00eache avec grande ferveur et avec grand fruit. Certes, nous sommes extr\u00eamement oblig\u00e9s \u00e0 M. le Commandeur de Sillery d&rsquo;avoir pourvu \u00e0 leur entretien. Oh ! combien admirable est la divine Providence, d&rsquo;avoir inspir\u00e9 suavement dans le c\u0153ur de ce bon seigneur de nous procurer ces ouvriers \u00e9vang\u00e9liques ! C&rsquo;est le bon Dieu qui a fait tout cela, sans qu&rsquo;il y soit intervenu aucune persuasion humaine, ayant \u00e9gard \u00e0 notre besoin et au mauvais voisinage ou nous sommes de la mis\u00e9rable ville de Gen\u00e8ve. \u00bb<\/p>\n<p>Et dans une autre lettre du mois d&rsquo;octobre 1641: \u00abJe me confesse, lui dit-il, \u00e0 jamais votre oblige, et a vos tr\u00e8s chers enfants nos bons Messieurs de la mission, lesquels vont toujours faisant de mieux en mieux, et gagnant de plus en plus des \u00e2mes pour le ciel. Certes, Monsieur, je ne cesserai d&rsquo;admirer la conduite de la divine Providence, sur ce pauvre dioc\u00e8se, nous ayant envoy\u00e9 ces bons ouvriers par votre entremise. Aussi ne cesserai-je de l&rsquo;en remercier, et vous semblablement; car je serais trop ingrat si je ne le faisais. H\u00e9las ! nous avons perdu \u00e0 notre grand regret M. le Commandeur de Sillery, notre grand bienfaiteur, etc.\u00bb<\/p>\n<p>Le m\u00eame pr\u00e9lat \u00e9crivit encore une autre lettre \u00e0 M. Vincent au mois d&rsquo;ao\u00fbt . 1644, en ces termes:<\/p>\n<p>\u00abVos Missionnaires, lui dit-il, continuent de plus en plus d&rsquo;enrichir le paradis des \u00e2mes qu&rsquo;ils mettent en \u00e9tat de salut; leur en enseignant le chemin, et leur fournissant les moyens d&rsquo;y arriver par leurs instructions, cat\u00e9chismes, exhortations, pr\u00e9dications, et administrations des sacrements; avec la bonne vie qu&rsquo;ils m\u00e8nent, et les bons exemples qu&rsquo;ils donnent en tous les lieux o\u00f9 ils font leurs missions. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule chose que je regrette, c&rsquo;est qu&rsquo;ils se trouvent en si petit nombre, eu \u00e9gard \u00e0 la grande \u00e9tendue de notre dioc\u00e8se qui contient cinq cents et quatre-vingt-cinq paroisses. H\u00e9las! si Notre-Seigneur me faisait la gr\u00e2ce devant que de mourir, de voir qu&rsquo;ils eussent parcouru tous les lieux de ce dioc\u00e8se, je dirais v\u00e9ritablement de tout mon c\u0153ur, et avec une consolation toute particuli\u00e8re de mon \u00e2me: <i>Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace, <\/i>etc. \u00bb<\/p>\n<p>Pour ce qui est des missions faites \u00e0 Marseille et dans la Provence, il y en a eu de deux sortes, les unes sur mer et les autres sur terre; les premi\u00e8res aux for\u00e7ats des gal\u00e8res, et les secondes aux paysans de la campagne, et toutes ont re\u00e7u de grandes b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu.<\/p>\n<p>Les missions des gal\u00e8res commenc\u00e8rent en l&rsquo;an 1643, au grand contentement de M. Jean-Baptiste Gault, tr\u00e8s digne \u00e9v\u00eaque de Marseille, qui mourut bient\u00f4t apr\u00e8s en odeur de saintet\u00e9. Voici ce qu&rsquo;il en \u00e9crivit le sixi\u00e8me de mars \u00e0 Madame la duchesse d&rsquo;Aiguillon qui s&rsquo;y \u00e9tait int\u00e9ress\u00e9e, \u00e0 cause que M. le duc de Richelieu, son neveu, \u00e9tait pour lors g\u00e9n\u00e9ral des gal\u00e8res et pour ce sujet elle avait pri\u00e9 M. Vincent d&rsquo;y envoyer de ses pr\u00eatres.<\/p>\n<p>\u00abEncore qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas longtemps, lui dit ce bon pr\u00e9lat, que je vous aie \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de MM. de la Mission, qu&rsquo;il vous a plu de nous faire envoyer ici, pour travailler dans les gal\u00e8res, je ne puis n\u00e9anmoins tarder davantage \u00e0 vous rendre compte de ce qui s&rsquo;y passe, de la consolation que re\u00e7oivent tous ceux qui sont employ\u00e9s en ce p\u00e9nible travail, et moi avec eux; je ne doute point qu&rsquo;il n&rsquo;en soit ainsi de votre part. Nous avons commenc\u00e9 en m\u00eame temps \u00e0 faire la mission dans sept gal\u00e8res, ayant fait venir huit Missionnaires de ceux qui sont en Provence, pour travailler dans quatre, et nous avons distribu\u00e9 dans les trois autres ceux qui nous ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s de Paris; et je donne des aides aux uns et aux autres quand ils en ont besoin, notamment pour les Italiens qui sont en grand nombre dans les gal\u00e8res. Le fruit a surpass\u00e9 absolument l&rsquo;attente que l&rsquo;on avait con\u00e7ue. Il est vrai qu&rsquo;on a trouv\u00e9 d&rsquo;abord des esprits non seulement ignorants, mais aussi endurcis dans leurs p\u00e9ch\u00e9s, et qui ne voulaient point ou\u00efr parler des choses de Dieu, \u00e9tant aigris au dernier point contre leur mis\u00e9rable condition. Mais peu \u00e0 peu la gr\u00e2ce de Dieu, par l&rsquo;entremise de ces eccl\u00e9siastiques, a tellement amolli leurs c\u0153urs, qu&rsquo;ils t\u00e9moignent \u00e0 pr\u00e9sent autant de contrition, qu&rsquo;ils avaient auparavant fait para\u00eetre d&rsquo;opini\u00e2tret\u00e9. Vous seriez \u00e9tonn\u00e9e, Madame, si vous saviez le nombre de ceux qui ont pass\u00e9 des trois, quatre, cinq et dix ann\u00e9es sans se confesser; et il s&rsquo;en est trouv\u00e9 qui \u00e9taient demeures en cet \u00e9tat l&rsquo;espace de vingt-cinq ann\u00e9es, et qui protestaient de n&rsquo;en vouloir rien faire, tandis qu&rsquo;ils demeureraient dans leur captivit\u00e9. Mais enfin Notre-Seigneur s&rsquo;est rendu le ma\u00eetre, et a chass\u00e9 Satan de ces \u00e2mes sur lesquelles il avait usurp\u00e9 un si puissant empire. Je loue Dieu de ce qu&rsquo;il vous a donn\u00e9 cette volont\u00e9: la venue de ces Missionnaires m&rsquo;a fait enti\u00e8rement r\u00e9soudre \u00e0 cette mission, laquelle peut-\u00eatre j&rsquo;eusse diff\u00e9r\u00e9e en un autre temps. Et il est \u00e0 craindre que cependant plusieurs d&rsquo;entre eux ne fussent morts dans le mauvais \u00e9tat dans lequel ils \u00e9taient. J&rsquo;esp\u00e8re que l&rsquo;on recueillera les m\u00eames fruits dans les autres gal\u00e8res. Je ne vous puis dire, Madame, combien de b\u00e9n\u00e9dictions ces pauvres for\u00e7ats donnent a ceux qui ont procur\u00e9 un secours si salutaire pour leurs \u00e2mes. Je cherche les moyens pour faire en sorte que les bonnes dispositions o\u00f9 ils sont entr\u00e9s puissent continuer. Je m&rsquo;en vais de ce pas donner l&rsquo;absolution \u00e0 quatre h\u00e9r\u00e9tiques qui sont convertis dans les gal\u00e8res; il y en a encore d&rsquo;autres qui ont le m\u00eame dessein, car ces choses extraordinaires les touchent grandement.<\/p>\n<p>Deux ou trois mois apr\u00e8s, M. Vincent re\u00e7ut une lettre du sup\u00e9rieur de ses Missionnaires de Marseille, par laquelle, apr\u00e8s lui avoir mand\u00e9 la triste nouvelle de la mort de ce S. \u00e9v\u00eaque., il lui parle de la continuation de cette mission en ces termes:<\/p>\n<p>\u00abIl nous reste encore une mission \u00e0 faire sur une gal\u00e8re, et non plus pour cette ann\u00e9e. Ce travail est grand; mais ce qui nous aide beaucoup \u00e0 le supporter est le changement notable qu&rsquo;on remarque en ces pauvres for\u00e7ats, qui nous donne toute la satisfaction possible. Hier je cat\u00e9chisai sept Turcs de diverses gal\u00e8res que j&rsquo;avais fait venir c\u00e9ans; Dieu par sa mis\u00e9ricorde veuille b\u00e9nir cette entreprise, laquelle je recommande \u00e0 vos saints sacrifices! Un autre Turc a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 sur la gal\u00e8re, \u00e9tant malade. Et outre ces Turcs, il s&rsquo;y est converti environ trente h\u00e9r\u00e9tiques, qui ont tous fait abjuration.\u00bb<\/p>\n<p>Et par une autre lettre du premier juin de la m\u00eame ann\u00e9e 1643, \u00e9crite par le m\u00eame \u00e0 M. Vincent:<\/p>\n<p>\u00abHier, lui dit-il, qui \u00e9tait le jour de la tr\u00e8s Sainte-Trinit\u00e9, on baptisa dans l&rsquo;\u00e9glise cath\u00e9drale, neuf Turcs, \u00e0 la vue de toute la ville de Marseille, les rues se trouvant toutes couvertes de monde qui en b\u00e9nissait Dieu; aussi n&rsquo;avions-nous pas intention de cacher cette action, afin d&rsquo;\u00e9mouvoir quelques autres Turcs qui semblent h\u00e9siter. Aujourd&rsquo;hui deux nouveaux sont venus me trouver pour me dire qu&rsquo;ils veulent \u00eatre chr\u00e9tiens; ils \u00e9taient accompagn\u00e9s d&rsquo;un autre qui fut baptis\u00e9 il y a environ dix jours. Nous continuons a leur faire le cat\u00e9chisme en italien, deux fois le jour, pour les consolider et affermir tant que faire se pourra; autrement ils seraient au hasard de retourner au mahom\u00e9tisme.<\/p>\n<p>Depuis ce temps-l\u00e0, M. Vincent a toujours entretenu \u00e0 Marseille des Missionnaires, qui ont continu\u00e9 et continuent encore \u00e0 faire des missions de temps en temps dans les gal\u00e8res, m\u00eame depuis qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 Toulon; et elles produisent toujours de tr\u00e8s grands biens pour le salut des \u00e2mes de ces pauvres for\u00e7ats.<\/p>\n<p>Outre les missions des gal\u00e8res, les m\u00eames pr\u00eatres en font aussi en divers lieux de la campagne avec non moins de fruit. Voici ce qu&rsquo;un d&rsquo;entre eux a mand\u00e9 de ce qui s&rsquo;est fait en une de ces missions, en l&rsquo;ann\u00e9e 1647:<\/p>\n<p>\u00abNous sortons, dit-il, d&rsquo;une mission qui nous a tenus l&rsquo;espace de cinq semaines attach\u00e9s aux confessionnaux, \u00e0 la chaire, et aux accommodements des proc\u00e8s, avec tant de succ\u00e8s et de fruit que je puis dire sans exag\u00e9ration qu&rsquo;on n&rsquo;en peut pas souhaiter davantage. On y a r\u00e9habilit\u00e9 neuf \u00e0 dix mariages clandestins; fait environ vingt-cinq ou trente accommodements de proc\u00e8s, o\u00f9 il y allait en quelques-uns de sommes fort notables, en d&rsquo;autres de l&rsquo;honneur, et en d&rsquo;autres de la vie: Ils se sont quasi tous faits de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, sans l&rsquo;entremise de personne; quelques-uns m\u00eame dans l&rsquo;\u00e9glise, publiquement, et pendant la pr\u00e9dication, avec tant de sentiments et de larmes que celui qui pr\u00eachait en \u00e9tait interrompu. Il arriva aussi qu&rsquo;un homme de condition m\u00e9diocre, avec moins de discr\u00e9tion, et ajouta \u00e0 sa r\u00e9ponse un blasph\u00e8me publiquement devant la porte de l&rsquo;\u00e9glise; il en con\u00e7ut un tel regret, quinze jours apr\u00e8s, que de son propre mouvement, pour satisfaction de ce p\u00e9ch\u00e9, il s&rsquo;imposa lui-m\u00eame de payer cent \u00e9cus pour la r\u00e9paration de l&rsquo;\u00e9glise devant laquelle il avait prof\u00e9r\u00e9 ce blasph\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7.V. \u2014 Dans les dioc\u00e8ses de Reims, de Toul et le Rouen.<\/h3>\n<p>Entre les missions du dioc\u00e8se de Reims une des plus importantes est celle qui fut faite par l&rsquo;ordre du roi en la ville de Sedan, en l&rsquo;ann\u00e9e 1643. Voici ce que le sup\u00e9rieur de la mission en \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent:<\/p>\n<p>\u00abJe vous dirai, Monsieur, que depuis qu&rsquo;il a plu \u00e0 Dieu de former la petite Compagnie de la Mission, elle n&rsquo;a point travaill\u00e9 ni si utilement ni si n\u00e9cessairement qu&rsquo;elle fait ici. Les h\u00e9r\u00e9tiques continuent de s&rsquo;\u00e9difier et d&rsquo;assister aux pr\u00e9dications, desquelles ils se louent fort. Et pour les catholiques, il faut travailler avec eux comme l&rsquo;on ferait avec des gens tout nouveaux: car, depuis quatre ou cinq ans que la pr\u00e9dication est libre en cette ville, on n&rsquo;y a presque parl\u00e9 que de controverses et tr\u00e8s peu des pratiques et des exercices de religion et de pi\u00e9t\u00e9; il s&rsquo;en est trouv\u00e9 plusieurs qui avouaient franchement qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas cru qu&rsquo;il f\u00fbt n\u00e9cessaire de confesser tous ses p\u00e9ch\u00e9s. Les m\u00eames abus se commettaient dans l&rsquo;usage de la sainte communion, etc. En sorte qu&rsquo;il nous fallut commencer de les instruire des premiers principes de la religion: il est vrai que ce n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans beaucoup de consolation, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils \u00e9coutaient avec plaisir ce qu&rsquo;on leur disait, et le pratiquaient avec fid\u00e9lit\u00e9. Ils ne sauraient assez admirer la gr\u00e2ce que Dieu leur a faite, ni comment faire pour s&rsquo;en rendre reconnaissants au point qu&rsquo;ils le d\u00e9sirent.\u00bb<\/p>\n<p>De ces grands besoins on peut juger quels ont \u00e9t\u00e9 les fruits de cette mission, qui furent en effet tr\u00e8s consid\u00e9rables; de quoi feu M. d&rsquo;\u00c9tampes pour lors archev\u00eaque de Reims, t\u00e9moigna ses reconnaissances et rendit des remerciements fort particuliers par les lettres qu&rsquo;il \u00e9crivit sur ce sujet \u00e0 M. Vincent.<\/p>\n<p>L&rsquo;on a fait depuis plusieurs missions en divers lieux du m\u00eame dioc\u00e8se. Entre les autres le directeur de la mission qui se fit au bourg de Sillery \u00e0 l&rsquo;issue des guerres, manda \u00e0 M. Vincent qu&rsquo;il n&rsquo;y avait trouv\u00e9 que quatre-vingts habitants, tous les autres \u00e9tant morts de n\u00e9cessit\u00e9 et de mis\u00e8re; mais que ce petit nombre avait fait para\u00eetre tant de bonnes dispositions qu&rsquo;il ne se pouvait rien d\u00e9sirer davantage, Et en particulier parlant de celles qu&rsquo;ils avaient apport\u00e9es en s&rsquo;approchant de la sainte table: \u00abIls ont communi\u00e9, dit-il, avec de si grands ressentiments, que leurs larmes t\u00e9moignaient, d&rsquo;une mani\u00e8re qui ne se peut expliquer, la pr\u00e9sence tr\u00e8s adorable de leur divin Sauveur prenant possession de leurs c\u0153urs sensiblement touch\u00e9s; mais si bien convertis qu&rsquo;ils protestent hautement qu&rsquo;ils veulent non seulement renoncer \u00e0 tout p\u00e9ch\u00e9, mais souffrir avec patience et soumission tout ce qu&rsquo;il plaira \u00e0 Dieu, et le servir de la bonne sorte pour l&rsquo;amour de lui seul: c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils parlent eux-m\u00eames, r\u00e9p\u00e9tant souvent <i>: Tout pour l&rsquo;amour de Dieu.\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Le m\u00eame, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent du bourg de Ludes o\u00f9 il faisait la mission quelque temps apr\u00e8s: \u00abTout se passe ici, lui dit-il, selon votre d\u00e9sir. C&rsquo;est tout dire: un de nos fruits est qu&rsquo;on a mis la derni\u00e8re main pour achever ce qui manquait \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice de l&rsquo;\u00e9glise, ce qu&rsquo;on n&rsquo;aurait jamais fait sans la mission. Les cabarets sont interdits aussi bien que les assembl\u00e9es de nuit; on ne jure plus, et l&rsquo;on ne prof\u00e8re qu&rsquo;avec un tr\u00e8s grand respect le tr\u00e8s saint nom de Dieu; on va se mettre \u00e0 genoux dans les maisons pour demander pardon \u00e0 ceux que l&rsquo;on a offens\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Et d&rsquo;un autre lieu du m\u00eame dioc\u00e8se nomm\u00e9 Fontaine, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent, il lui dit ces paroles:<\/p>\n<p>\u00ab Dieu qui a b\u00e9ni les missions pr\u00e9c\u00e9dentes semble augmenter ses gr\u00e2ces en celle-ci: car les concubinages qui avaient dure des vingt-cinq ans sont abolis; tous les proc\u00e8s termin\u00e9s; un tr\u00e8s grand nombre de personnes, tant de ce lieu que des autres circonvoisins, qui abusaient des sacrements depuis vingt, trente et trente-cinq ans, ont reconnu et d\u00e9test\u00e9 leurs crimes; les habitants de ce lieu appellent et convient leurs parents des lieux les plus \u00e9loign\u00e9s, pour venir participer aux fruits de la mission; et les gentilshommes y viennent de sept, dix et quatorze lieues du c\u00f4t\u00e9 de Rethel. \u00bb<\/p>\n<p>Enfin ce bon Missionnaire travaillant dans le bourg d&rsquo;A\u00ef, du m\u00eame dioc\u00e8se, dit dans une de ses lettres au m\u00eame M. Vincent: \u00abEn arrivant ici, quelques-uns des principaux nous voulaient fermer les portes, ayant indispos\u00e9 les peuples \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de nos fonctions; mais apr\u00e8s quelques jours de patience, Dieu qui nous avait envoy\u00e9s en ce lieu par l&rsquo;ordre de nos sup\u00e9rieurs a tellement chang\u00e9 les c\u0153urs que jamais mission n&rsquo;a mieux commenc\u00e9. Ils se confessent tr\u00e8s exactement avec toutes les marques d&rsquo;une vraie contrition; ils restituent actuellement; ils vont se demander pardon \u00e0 genoux les uns aux autres; ils prient Dieu soir et matin, et t\u00e9moignent \u00eatre r\u00e9solus de changer tout \u00e0 fait de vie et d&rsquo;en mener une vraiment chr\u00e9tienne; ils ne se peuvent rassasier d&rsquo;entendre la parole de Dieu. Le ministre qui demeurait ici s&rsquo;en est fui; et le peu d&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques de ce lieu, qui sont de pauvres vignerons extr\u00eamement ignorants, ne perdent aucune de nos pr\u00e9dications.\u00bb<\/p>\n<p>Pour ce qui est du dioc\u00e8se de Rouen, M. Vincent y a envoy\u00e9 en diverses occasions des pr\u00eatres de sa Congr\u00e9gation, lesquels ont fait dans leurs missions, par le secours de la gr\u00e2ce de Dieu, les m\u00eames fruits que dans les autres dioc\u00e8ses. Pour n&rsquo;user de redites, nous nous contenterons de rapporter ici une lettre de Mgr l&rsquo;archev\u00eaque de Rouen, \u00e9crite \u00e0 M. Vincent en l&rsquo;ann\u00e9e 1656, qui fait voir la satisfaction qu&rsquo;il avait des Missionnaires et de leurs travaux.<\/p>\n<p>\u00abJe ne me lasse point, lui dit-il, de vous donner de mes lettres, parce que vous ne vous ennuyez point de nous faire du bien. Celui que mon dioc\u00e8se a re\u00e7u par l&rsquo;entremise de vos saints ouvriers en est un t\u00e9moignage tr\u00e8s certain. Et comme je remercie Notre-Seigneur, de voir que son esprit est si abondamment r\u00e9pandu dans les pr\u00eatres que vous formez par sa gr\u00e2ce, je n&rsquo;aurais aussi a souhaiter pour son \u00c9glise et pour la gloire de son sacr\u00e9 nom, sinon que tous les eccl\u00e9siastiques eussent la m\u00eame capacit\u00e9 et la m\u00eame ferveur. Je vous envoie donc le brave M. N. et sa g\u00e9n\u00e9reuse troupe; Ils ont combattu vaillamment contre le p\u00e9ch\u00e9. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;en d&rsquo;autres rencontres ils ne se lasseront pas de continuer sous l&rsquo;\u00e9tendard du primat de Normandie, qui estime leurs vertus, qui loue leur z\u00e8le, et qui est sans r\u00e9serve, de leur illustre chef, le tr\u00e8s humble, etc.\u00bb<\/p>\n<p>Pour le dioc\u00e8se de Toul, quoiqu&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 grandement d\u00e9sol\u00e9 par le malheur des guerres, n\u00e9anmoins les Missionnaires \u00e9tablis en la ville de Toul n&rsquo;ont pas laiss\u00e9 de ressentir les b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu sur les missions auxquelles ils ont travaill\u00e9. Voici en quels termes le sup\u00e9rieur \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent en l&rsquo;ann\u00e9e 1656, d&rsquo;une mission qu&rsquo;il venait de faire, lui troisi\u00e8me: u Je ne puis, lui dit-il, vous exprimer les bont\u00e9s ;le Notre-Seigneur en notre endroit. Nous avons entendu environ cinq cents confessions g\u00e9n\u00e9rales, sans trouver un seul jour de rel\u00e2che pendant un mois. Le temps f\u00e2cheux de l&rsquo;hiver qui avait couvert les chemins de neige de deux pieds de hauteur n&rsquo;a pu emp\u00eacher que les pauvres gens, riches en foi et avides de la parole de Dieu, nonobstant les vexations extraordinaires qu&rsquo;ils re\u00e7oivent des gens de guerre, n&rsquo;aient fait voir que le royaume des cieux est pour eux. Tout ce qui se peut d\u00e9sirer de bien, s&rsquo;y est fait, et nous avons sujet de dire que J\u00e9sus-Christ a pris plaisir de r\u00e9pandre extraordinairement en ces lieux la bonne odeur de son \u00c9vangile.\u00bb<\/p>\n<p>Et dans une autre lettre \u00e9crite quelque temps apr\u00e8s par le m\u00eame: \u00ab Nous venons, dit-il, de faire mission dans une grosse bourgade nomm\u00e9e Charmes, o\u00f9 apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 pendant cinq semaines, nous en sommes revenus un peu fatigu\u00e9s, mais les c\u0153urs remplis de joie et de consolation, pour les b\u00e9n\u00e9dictions que Notre-Seigneur nous y a donn\u00e9es, et \u00e0 toutes les personnes de ce lieu-l\u00e0, comme aussi a plusieurs paroisses circonvoisines. M. le cur\u00e9 est fort z\u00e8le, et depuis lui jusques au moindre de la paroisse, tous ont fait leurs confessions g\u00e9n\u00e9rales, sans qu&rsquo;il en soit rest\u00e9 un seul qui y ait manqu\u00e9: mais ces confessions ont \u00e9t\u00e9 si bien faites, et dans les sentiments d&rsquo;une si v\u00e9ritable conversion, que je ne me souviens pas si, de vingt-cinq missions o\u00f9 j&rsquo;ai assist\u00e9, j&rsquo;en ai vu une o\u00f9 le peuple m&rsquo;ait paru si fort touche, comme en celle-ci; o\u00f9 apr\u00e8s avoir rendu \u00e0 Dieu et au prochain offens\u00e9 toute la satisfaction que nous avons pu souhaiter, chacun s&rsquo;efforce maintenant de suivre nos avis, pour se maintenir en la gr\u00e2ce de Dieu. Il y a en ce m\u00eame lieu un couvent de bons religieux, et ces R\u00e9v\u00e9rends P\u00e8res \u00e9taient tout \u00e9tonn\u00e9s voyant tant de merveilles, et entre les autres leur sup\u00e9rieur, qui est un vrai saint.<\/p>\n<p>\u00abTous ces glorieux troph\u00e9es que Notre-Seigneur a remport\u00e9s par sa gr\u00e2ce sur les c\u0153urs de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 rebelles \u00e0 ses lois, et qui lui ont donn\u00e9 gloire par une v\u00e9ritable p\u00e9nitence, nous obligent de lui en rendre de tr\u00e8s humbles remerciements, et moi particuli\u00e8rement de travailler plus que je n&rsquo;ai fait; reconnaissant par exp\u00e9rience que c&rsquo;est le grand moyen de profiter aux \u00e2mes. Je suis retourn\u00e9 de cette mission avec cette pens\u00e9e et ce d\u00e9sir.\u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7 VI. \u2014 En divers lieux de la Bretagne.<\/h3>\n<p>Les missions de la Bretagne n&rsquo;ont pas eu de moindres succ\u00e8s que celles des autres provinces. Le sup\u00e9rieur des Missionnaires \u00e9tablis \u00e0 Saint-M\u00e9en, au dioc\u00e8se de Saint-Malo, \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent en l&rsquo;ann\u00e9e 1657, qu&rsquo;ayant fait une mission \u00e0 Pleurtuit, on y avait entendu en confession trois mille personnes; et que si on y retournait, on aurait besoin de plus de vingt confesseurs pour pouvoir satisfaire au grand nombre de peuple qui se pr\u00e9sente. Il dit, entre autres choses, qu&rsquo;en cette mission une personne de condition, \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9glise, se mit \u00e0 genoux dans le cimeti\u00e8re devant tout le monde, pour demander pardon \u00e0 ceux qu&rsquo;il avait offens\u00e9s, qui furent fort surpris de cette action. Et qu&rsquo;une autre, avant que de se pr\u00e9senter au tribunal de la confession, alla de son propre mouvement jusqu&rsquo;\u00e0 huit lieues loin, pour demander pardon \u00e0 une personne qu&rsquo;elle n&rsquo;avait que tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement offens\u00e9e.<\/p>\n<p>Et par une autre lettre de l&rsquo;an 1658, il rapporte plusieurs choses fort remarquables qui se firent en la mission de Mauron. \u00abIl y avait, dit-il, tous les jours, et m\u00eame les ouvrables, plus de douze cents personnes qui assistaient au cat\u00e9chisme: les principaux du lieu n&rsquo;y manquaient non plus qu&rsquo;\u00e0 la pr\u00e9dication. Il s&rsquo;est trouv\u00e9 plusieurs serviteurs et servantes qui ont quitt\u00e9 leurs ma\u00eetres et leurs ma\u00eetresses parce qu&rsquo;ils ne leur voulaient pas donner le temps d&rsquo;y venir, aimant mieux perdre leurs gages, qu&rsquo;une si belle occasion de se faire instruire. On y a vu des m\u00e8res, qui apr\u00e8s avoir fait leur devoir en cette mission se sont mises en service \u00e0 la place de leurs filles pour leur donner moyen d&rsquo;en faire autant; et d&rsquo;autres serviteurs et servantes qui ont pri\u00e9 leurs ma\u00eetres et leurs ma\u00eetresses de leur permettre de venir aux instructions, et de rabattre sur leurs gages le temps qu&rsquo;ils y emploieraient et qu&rsquo;ils ne pourraient travailler.<\/p>\n<p>\u00abLe dimanche de la Quinquag\u00e9sime et les deux jours suivants, il y eut une si grande et si extraordinaire foule de peuple qui se pr\u00e9senta pour recevoir la sainte Eucharistie, que l&rsquo;on fut oblig\u00e9 de continuer \u00e0 donner la communion jusqu&rsquo;\u00e0 sept heures du soir. Et depuis que la mission est finie, j&rsquo;ai appris que, d&rsquo;un grand nombre de cabarets qu&rsquo;il y avait en ce lieu-l\u00e0, il n&rsquo;en est pas rest\u00e9 un seul, parce qu&rsquo;ils nous avaient ou\u00ef dire en quelques unes de nos pr\u00e9dications qu&rsquo;il \u00e9tait fort difficile que les taverniers se sauvassent en donnant \u00e0 boire par exc\u00e8s, comme c&rsquo;est la coutume en ce pays; Et de plus, qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, dans les marches qu&rsquo;ils font les uns avec les autres, au lieu de mettre quelque argent pour boire, suivant l&rsquo;usage du pays, ils le donnent \u00e0 la Confr\u00e9rie de la Charit\u00e9 que nous y avons \u00e9tablie pour les pauvres malades du lieu.\u00bb<\/p>\n<p>En l&rsquo;ann\u00e9e suivante le m\u00eame \u00e9crivant ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 en une autre mission: \u00abVoila, dit-il, notre mission de Plaissala achev\u00e9e par la gr\u00e2ce de Dieu, sur laquelle il lui a plu de verser si abondamment sa b\u00e9n\u00e9diction, que tous ceux qui y ont travaill\u00e9 tombent d&rsquo;accord qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont point encore vue o\u00f9 il ait paru tant de bien.<\/p>\n<p>\u00abOn a remarqu\u00e9 un abord de peuple de dix-sept paroisses circonvoisines. Plusieurs hommes m&rsquo;ont dit en se pr\u00e9sentant \u00e0 la confession, que c&rsquo;\u00e9tait le dixi\u00e8me jour qu&rsquo;ils attendaient dans l&rsquo;\u00e9glise; et je crois que la m\u00eame chose est arrive a plus de cinq cents. Il s&rsquo;est fait de tr\u00e8s grands biens touchant les accords et particuli\u00e8rement de la noblesse; en quoi M. le baron du Rechau nous a grandement aid\u00e9s. Il a une maison en cette paroisse o\u00f9 il \u00e9tait venu de Saint-Briant, qui est le lieu ordinaire de sa r\u00e9sidence; et avant entendu notre premi\u00e8re pr\u00e9dication, il nous vint voir avec Madame sa femme au lieu o\u00f9 nous \u00e9tions log\u00e9s, et nous dit qu&rsquo;il ne s&rsquo;en retournerait point que la mission ne f\u00fbt achev\u00e9e. Je le priai en m\u00eame temps de nous aider \u00e0 terminer les diff\u00e9rends qui sont ici forts fr\u00e9quents et \u00e0 faire les accords principalement entre les gentilshommes; en quoi il a r\u00e9ussi avec une b\u00e9n\u00e9diction tout extraordinaire.<\/p>\n<p>\u00abLes jours du carnaval se pass\u00e8rent en exercices de pi\u00e9t\u00e9; il se fit procession solennelle le lundi, en laquelle M. l&rsquo;Ev\u00eaque de S. Brieuc porta le S. Sacrement; et tout le peuple y assista avec tant de d\u00e9votion et de modestie, avec un si bel ordre, marchant quatre \u00e0 quatre, que quoique pendant cette procession qui dura pr\u00e8s de deux heures il pl\u00fbt presque toujours, il n&rsquo;y eut pourtant personne qui abandonn\u00e2t son rang. Le m\u00eame pr\u00e9lat donna la confirmation le mardi suivant dans le cimeti\u00e8re, au vent et \u00e0 la pluie, n&rsquo;y ayant point de place dans l&rsquo;\u00e9glise qui \u00e9tait toute remplie de communiants.\u00bb<\/p>\n<p>M. l&rsquo;Ev\u00eaque de Tr\u00e9guier fit faire une mission \u00e0 Guingamp apr\u00e8s celle de Morlaix, en l&rsquo;ann\u00e9e 1648, au sujet de laquelle \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent: \u00abVotre lettre, lui dit-il, nous a trouv\u00e9s tous occup\u00e9s dans notre mission, de laquelle j&rsquo;esp\u00e8re beaucoup. L&rsquo;un de vos pr\u00eatres y pr\u00eache le soir admirablement et d\u00e9votement; un autre fait le principal cat\u00e9chisme a une heure apr\u00e8s-midi, ou il se fait admirer et aimer des petits et des grands; un autre fait le petit cat\u00e9chisme, et mon th\u00e9ologal pr\u00eache le matin en bas breton; Enfin tout le monde travaille, et on n&rsquo;a pas m\u00eame voulu me laisser oisif, car je pr\u00eache deux jours la semaine. Nous commencerons tous \u00e0 confesser demain, Dieu aidant. Les gens de ce pays sont fort \u00e9tonn\u00e9s n&rsquo;\u00e9tant pas accoutum\u00e9s aux missions: chacun en dit son avis diversement, mais avec respect. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;avec la gr\u00e2ce de Dieu tout ira bien.\u00bb<\/p>\n<p>Et par une autre lettre de l&rsquo;ann\u00e9e 1650, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent d&rsquo;une autre mission, il lui parle en ces termes: \u00abJe vous remercie lui dit-il, du minist\u00e8re fid\u00e8le de Messieurs vos quatre pr\u00eatres en ma mission de ce lieu. Leur capacit\u00e9, leur z\u00e8le et leur assiduit\u00e9 \u00e0 pr\u00eacher et confesser ont \u00e9te si grands qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 suivis d&rsquo;un fort bon succ\u00e8s; je puis dire que tous les habitants de ce lieu, de tout \u00e2ge, sexe et condition, se sont convertis, et j&rsquo;ai grand sujet de louer Dieu de m&rsquo;avoir donn\u00e9 par votre moyen de si bons ouvriers. M. N. a une vigueur en chaire \u00e0 laquelle rien ne r\u00e9siste, je le retiens d\u00e9j\u00e0 pour la mission de N. pour l&rsquo;ann\u00e9e qui vient, etc. \u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7. VII.\u2014 En divers lieux de la Bourgogne et de la Champagne.<\/h3>\n<p>M. Vincent ayant envoy\u00e9 quelques pr\u00eatres de sa Congr\u00e9gation en l&rsquo;ann\u00e9e 1642, pour faire la mission en la paroisse de saint Cyr au dioc\u00e8se de Sens, voici ce que le seigneur du lieu lui en \u00e9crivit lorsqu&rsquo;elle fut achev\u00e9e:<\/p>\n<p>\u00abLes soins, dit-il, de Messieurs vos pr\u00eatres, joints \u00e0 l&rsquo;exemple de leur pi\u00e9t\u00e9, ont fait un tel changement de vie dans mes paysans qu&rsquo;a peine sont-ils reconnaissables de leurs voisins. Pour moi, j&rsquo;avoue que je ne les connais plus, et je ne puis que me persuader que Dieu m&rsquo;a envoy\u00e9 une nouvelle colonie pour peupler mon village. Ces Messieurs n&rsquo;ont trouv\u00e9 que des esprits rudes, desquels le changement ne se pouvait faire que par la gr\u00e2ce qui accompagne vos ouvriers, et particuli\u00e8rement ceux-ci \u00e0 qui vous avez donn\u00e9 la peine de venir pour la conversion de ce peuple et la mienne. C&rsquo;est un effet de la mis\u00e9ricorde de Dieu et une conduite de votre prudence de nous avoir envoy\u00e9 des hommes conformes \u00e0 nos besoins. Et apr\u00e8s les remerciements que je vous en fais, il ne nous reste qu&rsquo;\u00e0 offrir d&rsquo;ardentes pri\u00e8res \u00e0 Dieu, \u00e0 ce qu&rsquo;il comble de ses b\u00e9n\u00e9dictions votre Compagnie, que j&rsquo;estime \u00eatre une des plus utiles \u00e0 sa gloire qui soit au jourd&rsquo;hui dans son \u00c9glise. Je demeure pourtant dans la crainte que ces pauvres gens manquant d&rsquo;un bon pasteur, pour les entretenir dans les bonnes r\u00e9solutions qu&rsquo;ils ont prises en cette mission qui leur a \u00e9t\u00e9 si utile, ne tombent facilement dans le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;omission, en oubliant ou n\u00e9gligeant de mettre en pratique ce qui leur a \u00e9t\u00e9 si judicieusement enseign\u00e9. Puisque vous ne leur avez point voulu donner un cur\u00e9, je crois que les ayant de nouveau engendr\u00e9s \u00e0 Notre-Seigneur, vous \u00eates du moins oblig\u00e9 de leur en procurer un par vos pri\u00e8res, comme je vous en supplie de tout mon c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Madame de saint Cyr ne fut pas moins reconnaissante que M. son mari, voici comme elle parle dans une lettre qu&rsquo;elle \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent sur ce m\u00eame sujet:<\/p>\n<p>\u00abBien que je me reconnaisse incapable de vous pouvoir dignement remercier de tant d&rsquo;honneur et de biens que nous avons re\u00e7us par votre moyen en notre paroisse, si est-ce que je ne puis retenir cette v\u00e9rit\u00e9 prisonni\u00e8re, qu&rsquo;apr\u00e8s Dieu vous \u00eates en quelque fa\u00e7on notre sauveur, par le moyen de ces bons Messieurs que vous nous avez envoy\u00e9s, qui ont fait des merveilles en ce lieu. Ils ont tellement gagn\u00e9 les affections de M. de saint Cyr que je crains qu&rsquo;il ne soit malade de s&rsquo;en voir \u00e9loign\u00e9. Pour moi je ne vous dis pas le ressentiment que j&rsquo;en ai, \u00e9tant trop triste pour vous pouvoir dire autre chose, etc. \u00bb<\/p>\n<p>Monsieur Le Boucher, grand-vicaire de l&rsquo;abbaye de Moutier-Saint-Jean, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent au sujet des missions qui se faisaient en Bourgogne en l&rsquo;ann\u00e9e 1644: \u00abVous faites du bien partout, lui dit-il, et vous rendez de grands services \u00e0 Dieu, \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise et \u00e0 la sainte religion. Je viens de Tonnerre o\u00f9 j&rsquo;ai vu vos chers enfants, les pr\u00eatres de la Mission, conduits par un homme de Dieu; il faut que j&rsquo;avoue, Monsieur, que tous ces bons eccl\u00e9siastiques font des merveilles, par leur doctrine et par leurs bons exemples; ils r\u00e9concilient beaucoup d&rsquo;\u00e2mes avec Dieu et avec leur prochain, etc. \u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;un des Missionnaires qui travaillaient en ladite province en l&rsquo;ann\u00e9e 1650, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent: \u00abJe dois vous rendre compte, lui dit-il, du fruit que vos pri\u00e8res et saints sacrifices ont op\u00e9r\u00e9, tant \u00e0 Joigny qu&rsquo;\u00e0 Longron, ou nous faisons maintenant la mission. Je n&rsquo;ai rien \u00e0 dire de Joigny, si ce n&rsquo;est que j&rsquo;admire l&rsquo;assiduit\u00e9 des habitants \u00e0 entendre les pr\u00e9dications et cat\u00e9chismes, et leur diligence \u00e0 se lever matin; car on a commenc\u00e9 quelquefois \u00e0 sonner la pr\u00e9dication \u00e0 deux heures apr\u00e8s minuit, et n\u00e9anmoins l&rsquo;\u00e9glise se trouvait toute pleine, etc.<\/p>\n<p>\u00abIl faut pourtant que j&rsquo;avoue franchement que je trouve encore plus de b\u00e9n\u00e9dictions dans les champs que dans les villes, et que j&rsquo;y reconnais plus de marques d&rsquo;une v\u00e9ritable et sinc\u00e8re p\u00e9nitence et de la premi\u00e8re droiture et simplicit\u00e9 du christianisme naissant. Ces bonnes gens ne se pr\u00e9sentent ordinairement \u00e0 la confession que fondant en larmes; ils s&rsquo;estiment les plus grands p\u00e9cheurs du monde, et demandent de plus grandes p\u00e9nitences que celles qu&rsquo;on impose. Hier, une personne qui s&rsquo;\u00e9tait confess\u00e9e \u00e0 un autre missionnaire me vint prier de lui imposer une plus grande p\u00e9nitence que celle qui lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e et de lui ordonner de je\u00fbner trois jours la semaine pendant toute cette ann\u00e9e; un autre, que je lui donnasse pour p\u00e9nitence de marcher nu-pieds sur la terre pendant le temps de la gel\u00e9e; Et en la m\u00eame journ\u00e9e d&rsquo;hier un homme me vint trouver qui me dit ces paroles: Monsieur, j&rsquo;ai entendu \u00e0 la pr\u00e9dication qu&rsquo;il n&rsquo;y avait point de meilleur moyen pour ne plus jurer que de se jeter \u00e0 genoux en pr\u00e9sence de ceux devant qui on avait jur\u00e9; c&rsquo;est ce que je viens de faire, car aussit\u00f4t que je me suis avis\u00e9 que j&rsquo;avais jur\u00e9 ma foi, je me suis mis \u00e0 genoux et j&rsquo;ai demand\u00e9 mis\u00e9ricorde \u00e0 Dieu.\u00bb<\/p>\n<p>Environ deux mois apr\u00e8s, le m\u00eame pr\u00eatre continuant de rendre compte \u00e0 M. Vincent de ce qui se passait dans les missions de Bourgogne: \u00ab S&rsquo;il est juste, lui dit-il, que celui qui a plant\u00e9 l&rsquo;arbre ait le plaisir de lui voir porter le fruit, il est juste aussi que vous soyez participant des b\u00e9n\u00e9dictions que Dieu a donn\u00e9es en abondance \u00e0 nos petits travaux. Je puis vous assurer qu&rsquo;aux missions que nous avons faites depuis celle de Joigny, je ne crois pas qu&rsquo;aucun ait manqu\u00e9 de faire sa confession g\u00e9n\u00e9rale: Et c&rsquo;est merveille de voir combien ce peuple est touch\u00e9. Ce qui va jusqu&rsquo;\u00e0 un tel point que je me suis vu en disposition de ne les entretenir que durant les premiers jours seulement, des sujets qui excitent a la p\u00e9nitence, \u00e0 cause de la grande tendresse de leurs coeurs; car j&rsquo;avais peur que cela ne f\u00eet tort \u00e0 leur imagination. \u00bb Sur quoi il faut remarquer que ce pr\u00eatre missionnaire qui avait cette gr\u00e2ce de porter ainsi le peuple \u00e0 la p\u00e9nitence, \u00e9tait lui-m\u00eame fort p\u00e9nitent et faisait ce qu&rsquo;il pr\u00eachait.<\/p>\n<p>Entre plusieurs missions qui se sont faites en Champagne, une des plus consid\u00e9rables a \u00e9t\u00e9 celle de Nogent au dioc\u00e8se de Troyes, qui se fit en l&rsquo;ann\u00e9e 1657; M. l&rsquo;\u00e9v\u00eaque y envoya ses deux grands-vicaires, et lui-m\u00eame y vint aussi et y travailla pendant quelques jours. Elle dura six semaines. Et, avec la gr\u00e2ce de Dieu, elle fut accompagn\u00e9e de grandes b\u00e9n\u00e9dictions, dont le peuple t\u00e9moigna de grandes reconnaissances \u00e0 son pr\u00e9lat; car toutes les sortes de biens qui se peuvent faire dans les missions se firent en celle-ci. Monsieurs les grands-vicaires en \u00e9tant \u00e9merveill\u00e9s, disaient que c&rsquo;\u00e9tait un temps perdu aux eccl\u00e9siastiques qui ne s&#8217;employaient pas de la bonne sorte \u00e0 travailler au salut des \u00e2mes; et que le plus assur\u00e9 moyen de faire du fruit \u00e9tait de pr\u00eacher et cat\u00e9chiser selon la m\u00e9thode de la mission. Le peuple \u00e9tait si assidu aux pr\u00e9dications et aux cat\u00e9chismes, que le cur\u00e9 du lieu disait n&rsquo;avoir jamais tant vu de monde dans son \u00e9glise le jour de P\u00e2ques comme il en voyait les jours ouvrables, pendant le temps de la mission.<\/p>\n<p>M. l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Ch\u00e2lons-sur-Marne ayant demand\u00e9 \u00e0 M. Vincent quelques-uns de ses pr\u00eatres en l&rsquo;ann\u00e9e 1658, pour faire la mission en divers lieux de son dioc\u00e8se, obligea plusieurs de ses cur\u00e9s d&rsquo;y assister pour apprendre la mani\u00e8re de bien instruire leurs paroissiens. Voici ce qu&rsquo;un de ces pr\u00eatres missionnaires en \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent:<\/p>\n<p>\u00abNotre mission de Vassy, lui dit-il, a re\u00e7u toutes les b\u00e9n\u00e9dictions que l&rsquo;on pouvait attendre. Nous \u00e9tions aid\u00e9s par quatre cur\u00e9s et par un autre bon eccl\u00e9siastique, tous capables et vertueux: deux d&rsquo;entre eux ont si bien pris la m\u00e9thode de la Compagnie dans leurs pr\u00e9dications que, quoiqu&rsquo;ils eussent peu de dispositions de parler en public, il le font \u00e0 pr\u00e9sent aussi utilement et avec autant de facilit\u00e9 que je connaisse parmi les personnes de leur profession. Les catholiques que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie avait noircis et infect\u00e9s de plusieurs mauvaises maximes les ont quitt\u00e9es, et ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s dans les bons sentiments et mis dans un train de vie vraiment chr\u00e9tienne; et non seulement les habitants dudit lieu, mais ceux de quatre et cinq lieues \u00e0 la ronde en ont tir\u00e9 un merveilleux profit, etc.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abNous sommes maintenant occup\u00e9s \u00e0 la mission de Holmoru, o\u00f9 il y a ici encore plus de bien \u00e0 esp\u00e9rer, attendu le concours du peuple et l&rsquo;affection de MM. les cur\u00e9s qui est si grande, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui douze cur\u00e9s sont venus expr\u00e8s de trois ou quatre lieues pour assister aux actions et apprendre la m\u00e9thode d&rsquo;instruire les peuples.\u00bb<\/p>\n<h3>\u00a7. VIII.\u2014En divers autres lieux de la France.<\/h3>\n<p>D\u00e8s le commencement que M. Vincent envoya de ses pr\u00eatres pour travailler hors le dioc\u00e8se de Paris et dans les lieux les plus \u00e9loign\u00e9s du royaume, un abb\u00e9 fort c\u00e9l\u00e8bre lui en \u00e9crivit une lettre de congratulation au mois de d\u00e9cembre 1627, o\u00f9 lui parlant sur ce sujet: \u00abJe suis de retour, dit-il, d&rsquo;un grand voyage que j&rsquo;ai fait en quatre provinces; je vous ai d\u00e9j\u00e0 mand\u00e9 la bonne odeur que r\u00e9pand, dans les provinces o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9, l&rsquo;institution de votre sainte Compagnie, qui travaille pour l&rsquo;instruction et pour l&rsquo;\u00e9dification des pauvres de la campagne. En v\u00e9rit\u00e9, je ne crois pas qu&rsquo;il y ait rien en l&rsquo;\u00c9glise de Dieu de plus \u00e9difiant, ni de plus digne de ceux qui portent le caract\u00e8re et l&rsquo;ordre de J\u00e9sus-Christ; il faut prier Dieu qu&rsquo;il donne l&rsquo;infusion de son esprit de pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 un dessein si avantageux pour le bien des \u00e2mes, \u00e0 quoi bien peu de ceux qui sont d\u00e9di\u00e9s au service de Dieu s&rsquo;appliquent comme il faut\u00bb.<\/p>\n<p>M Vincent envoya deux de ses pr\u00eatres au dioc\u00e8se de Montauban, environ l&rsquo;ann\u00e9e 1630, pour fortifier les catholiques en la puret\u00e9 de la foi, \u00e0 cause que vivant parmi les h\u00e9r\u00e9tiques ils \u00e9taient dans un continuel p\u00e9ril de se souiller de leurs erreurs, et au bout de deux ans d&rsquo;un travail continuel, il les rappela; mais quoiqu&rsquo;ils eussent \u00e9t\u00e9 principalement envoy\u00e9s-l\u00e0 pour le secours des catholiques, Dieu leur fit n\u00e9anmoins la gr\u00e2ce, pendant le s\u00e9jour qu&rsquo;ils y firent, de convertir vingt-quatre h\u00e9r\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Et, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, feu M. de Murviel, \u00e9v\u00eaque de Montauban, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent sur le sujet de plusieurs sorciers qui se rencontraient dans son dioc\u00e8se, et de la peine qu&rsquo;il avait de le purger de cette vermine, il conclut sa lettre par ces paroles:<\/p>\n<p>\u00abLes pr\u00eatres de la Mission sont grandement n\u00e9cessaires dans ce dioc\u00e8se; car dans les lieux o\u00f9 ils ont ci-devant travaill\u00e9, il ne s&rsquo;est trouve aucun sorcier ni sorci\u00e8re. Voil\u00e0 le profit que les cat\u00e9chismes et les confessions g\u00e9n\u00e9rales font partout, qui est de mettre les peuples en si bon \u00e9tat, que les diables ne puissent les abuser par des sortil\u00e8ges, comme ils font \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux qui croupissent dans l&rsquo;ignorance et dans le p\u00e9ch\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>En l&rsquo;ann\u00e9e 1634, M. Vincent envoya d&rsquo;autres Missionnaires travailler dans le dioc\u00e8se de Bordeaux, et ils lui mand\u00e8rent que le peuple accourait \u00e0 leur mission des lieux les plus \u00e9loign\u00e9s, avec tant d&rsquo;ardeur, qu&rsquo;il y en avait la plupart qui demeuraient des semaines enti\u00e8res dans le lieu o\u00f9 se faisait la mission, attendant qu&rsquo;ils pussent trouver place pour faire leurs confessions; quelques-uns se mettaient \u00e0 genoux et d\u00e9claraient tout haut leurs p\u00e9ch\u00e9s pour en avoir l&rsquo;absolution; Les autres disaient qu&rsquo;ils aimeraient mieux mourir que de s&rsquo;en retourner sans faire leurs confessions g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>En l&rsquo;ann\u00e9e 1638, quelques pr\u00eatres de la Mission ayant \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s pour travailler au dioc\u00e8se de Lu\u00e7on par M. Vincent, voici ce que l&rsquo;un d&rsquo;eux lui \u00e9crivit trois ans apr\u00e8s qu&rsquo;ils s&rsquo;y furent employ\u00e9s \u00e0 faire des missions. \u00abIl n&rsquo;est pas imaginable, lui dit-il, combien maintenant nos travaux pass\u00e9s sont d\u00e9tremp\u00e9s de consolations, que notre bon Dieu nous envoie pour nous donner courage. Ces \u00e2mes de Poitou qui semblaient dures comme des pierres ont pris le feu sacr\u00e9 de la d\u00e9votion si fortement et avec tant d&rsquo;ardeur, qu&rsquo;il ne semble pas se pouvoir \u00e9teindre de longtemps.\u00bb<\/p>\n<p>Un autre lui \u00e9crivant en l&rsquo;ann\u00e9e 1642, de la mission des Essarts, lui mande qu&rsquo;on y avait converti sept h\u00e9r\u00e9tiques, et qu&rsquo;il s&rsquo;y \u00e9tait fait des changements admirables parmi la noblesse et les officiers de la justice.<\/p>\n<p>Un autre, lui \u00e9crivant de la mission faite \u00e0 S. Gille sur le bord de la mer, dit qu&rsquo;en ce lieu-l\u00e0 les dissensions et querelles avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9teintes, les c\u0153urs divis\u00e9s r\u00e9unis, les proc\u00e8s les plus difficiles termin\u00e9s, les biens d&rsquo;autrui restitu\u00e9s, les pauvres soulag\u00e9s, et les malades consol\u00e9s et assist\u00e9s par la Confr\u00e9rie de la Charit\u00e9; Et enfin les catholiques fortifi\u00e9s dans la vraie religion.<\/p>\n<p>Feu M. de Nivel, \u00e9v\u00eaque de Lu\u00e7on, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent en l&rsquo;ann\u00e9e 1642, touchant les missions que les pr\u00eatres de sa Compagnie faisaient dans son dioc\u00e8se, lui dit: \u00abS&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 Dieu que l&rsquo;Institut de Messieurs de votre Congr\u00e9gation continue longtemps en son Eglise, elle en doit esp\u00e9rer de tr\u00e8s grands fruits. Le dioc\u00e8se de Lu\u00e7on, dans l&rsquo;\u00e9tendue duquel ils travaillent depuis trois ou quatre ans sous vos ordres en a d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u de si notables, et particuli\u00e8rement le lieu m\u00eame de Lu\u00e7on, o\u00f9 leur mission a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fructueuse, que je me sens infiniment oblige \u00e0 M. le Cardinal de Richelieu de nous les avoir procur\u00e9s, et \u00e0 vous, Monsieur, de nous les avoir envoy\u00e9s. Leur sup\u00e9rieur surtout y travaille continuellement avec des soins admirables; il a des talents tr\u00e8s propres pour l&rsquo;effet de son emploi, et son z\u00e8le le fait estimer d&rsquo;un chacun. Il est en tout louable, sinon qu&rsquo;il est excessif en ses travaux, si pourtant il peut y avoir de l&rsquo;exc\u00e8s aux travaux qu&rsquo;on entreprend pour gagner des \u00e2mes \u00e0 Dieu.\u00bb<\/p>\n<p>D&rsquo;autres pr\u00eatres missionnaires \u00e9tant all\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Angoul\u00eame en l&rsquo;ann\u00e9e 1640, et une dame de grande condition ayant d\u00e9sir\u00e9 qu&rsquo;ils fissent la mission au bourg de qui lui appartenait, un de ses principaux officiers lui en \u00e9crivit en ces termes:<\/p>\n<p>\u00abJe crois, lui dit-il, que je ne puis commencer ma lettre par un sujet qui vous soit plus agr\u00e9able que par l&rsquo;heureux succ\u00e8s de la mission qui a \u00e9t\u00e9 faite en votre terre de saint Amand; elle a r\u00e9ussi avec tant de b\u00e9n\u00e9dictions, que non seulement les peuples qui en sont d\u00e9pendants, mais encore les trente et quarante paroisses voisines y ont paru et \u00e9clat\u00e9 avec des d\u00e9votions inimitables. Les Minimes et les Capucins n&rsquo;y \u00e9taient pas moins z\u00e8l\u00e9s, l&rsquo;exemple desquels y a attir\u00e9 une grande partie des principaux de la ville d&rsquo;Angoul\u00eame. Je vous puis assurer, Madame, que selon le bruit commun, les Missionnaires n&rsquo;ont jamais travaill\u00e9 plus utilement pour la gloire de Dieu; ils ont converti cinq ou six des plus consid\u00e9rables huguenots de Montignac. M. le duc de la Rochefoucauld en est si satisfait qu&rsquo;il est r\u00e9solu de les demander \u00e0 M. Vincent pour faire la mission au printemps prochain \u00e0 Verteuil et \u00e0 Marsillac; les sieurs N. et N. ayant assist\u00e9 \u00e0 cette mission ont \u00e9t\u00e9 si fortement touch\u00e9s, que l&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 et a r\u00e9solu de ne voir jamais sa concubine, et l&rsquo;autre a \u00e9pous\u00e9 l\u00e9gitimement celle qui \u00e9tait avec lui.\u00bb<\/p>\n<p>M. Vincent envoya encore d&rsquo;autres missionnaires dans le m\u00eame dioc\u00e8se en l&rsquo;ann\u00e9e 1643; on ne sait pas le d\u00e9tail de leurs travaux, mais ils parurent tellement utiles \u00e0 M. du Perron, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Angoul\u00eame, qu&rsquo;il en \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent au mois de janvier de l&rsquo;ann\u00e9e suivante en ces termes:<\/p>\n<p>\u00abQuoique je vous aie d\u00e9j\u00e0 remerci\u00e9 de l&rsquo;envoi de Messieurs vos Missionnaires en ce dioc\u00e8se, j&rsquo;ai cru que je ne devais pas laisser aller la lettre de notre petite conf\u00e9rence, sans l&rsquo;accompagner de ces marques, quoique tr\u00e8s faibles, du vif ressentiment que j&rsquo;ai du grand fruit que re\u00e7oit ce dioc\u00e8se, de la charit\u00e9 que vous nous avez faite de nous donner de vos ouvriers. Ma consolation pourtant sera toujours imparfaite, Monsieur, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que vous ayez comble ce bonheur qui n&rsquo;est que passager, d&rsquo;une mission stable et permanente en ce dioc\u00e8se, qui en a beaucoup plus de besoin que les autres. Quand je saurai que vous serez en \u00e9tat de nous accorder cette faveur, je travaillerai par de\u00e7\u00e0 \u00e0 trouver les moyens de faire cet \u00e9tablissement, dont j&rsquo;esp\u00e8re que Dieu recevra beaucoup de gloire, et l&rsquo;\u00c9glise de grands avantages pour le salut des \u00e2mes, qui est la seule chose que je sais que vous vous \u00eates propos\u00e9e pour le but de toutes vos actions.\u00bb<\/p>\n<p>Cette lettre fut suivie quinze jours apr\u00e8s d&rsquo;une autre qu&rsquo;un vertueux eccl\u00e9siastique d&rsquo;Angoul\u00eame \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent en ces termes: \u00abJe m&rsquo;en vais pr\u00e9sentement monter \u00e0 cheval pour porter \u00e0 vos Missionnaires qui travaillent \u00e0 Blansac, les deniers que vous m&rsquo;avez adress\u00e9s pour leurs besoins. Permettez-moi, s&rsquo;il vous pla\u00eet, de vous \u00eatre derechef importun, et de vous r\u00e9it\u00e9rer mes tr\u00e8s humbles pri\u00e8res en faveur de ce pauvre et d\u00e9sol\u00e9 dioc\u00e8se; il vous demande des ouvriers stables pour le secourir dans ses n\u00e9cessit\u00e9s spirituelles qui sont quasi extr\u00eames, et qui ne seraient pas n\u00e9anmoins sans rem\u00e8des, s&rsquo;il s&rsquo;y trouvait des personnes qui eussent un z\u00e8le et une charit\u00e9 d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, tels que ceux de la maison de S. Lazare, pour en prendre le soin. Je sais bien, Monsieur, que la Providence pourra se servir de mille autres moyens pour cela, quand il lui plaira; mais il para\u00eet clairement qu&rsquo;elle a jet\u00e9 les yeux sur vous, et qu&rsquo;elle vous a choisi entre plusieurs milliers, pour secourir non seulement tous les pauvres dioc\u00e8ses de ce royaume, mais principalement ceux qui semblent \u00eatre comme abandonnes de tout le monde, etc.\u00bb<\/p>\n<p>Feu M. de Montchal, archev\u00eaque de Toulouse, \u00e9crivant \u00e0 M. Vincent en l&rsquo;an 1640: \u00abJe ne puis, lui dit-il, laisser partir ces deux Missionnaires que vous avez envoy\u00e9s en ce pays, pour vous aller revoir, sans vous remercier, comme je fais de tout mon c\u0153ur, des grands services qu&rsquo;ils ont rendus \u00e0 Dieu dans mon dioc\u00e8se. Je ne vous saurais repr\u00e9senter les peines qu&rsquo;ils y ont prises, ni les fruits qu&rsquo;ils y ont faits, dont je vous ai une particuli\u00e8re obligation, puisque c&rsquo;est \u00e0 ma d\u00e9charge qu&rsquo;ils se sont ainsi employ\u00e9s. L&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;est rendu ma\u00eetre de la langue de ce pays jusqu&rsquo;\u00e0 se faire admirer de ceux qui la parlent, et s&rsquo;est montr\u00e9 infatigable dans le travail. Quand ils se seront un peu rafra\u00eechis je vous supplierai de nous les renvoyer, car je me dispose \u00e0 faire faire les exercices des ordinands, et j&rsquo;ai besoin de leurs secours encore pour ce sujet. Tout r\u00e9ussira \u00e0 la gloire de Dieu si vous nous aidez, etc.\u00bb<\/p>\n<p>En l&rsquo;ann\u00e9e 1648, le sup\u00e9rieur de la mission de Richelieu \u00e9crivit \u00e0 M. Vincent que trois Missionnaires venaient de faire deux missions dans le bas Poitou; et qu&rsquo;entre les gr\u00e2ces que Dieu avait faites par leur minist\u00e8re, la conversion de douze h\u00e9r\u00e9tiques n&rsquo;\u00e9tait pas des moindres.<\/p>\n<p>Sur quoi il est bon de remarquer une circonstance assez consid\u00e9rable, qui est que ces conversions d&rsquo;h\u00e9r\u00e9tiques dont nous venons de parler, et grand nombre d&rsquo;autres qui se sont faites depuis les premi\u00e8res missions de M. Vincent jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es, non pas en disputant contre eux, ni en leur promettant secours, emplois ou autres avantages temporels, mais par une gr\u00e2ce particuli\u00e8re de Dieu, laquelle accompagnait les instructions et les bons exemples des missionnaires: ceux-ci leur faisant seulement voir les v\u00e9rit\u00e9s chr\u00e9tiennes dans leur puret\u00e9, les ont attir\u00e9s \u00e0 la religion catholique, d&rsquo;une mani\u00e8re d&rsquo;autant plus assur\u00e9e, qu&rsquo;elle est plus \u00e9loign\u00e9e de tout int\u00e9r\u00eat humain.<\/p>\n<p>Environ ce temps-l\u00e0, les m\u00eames Missionnaires ayant fait mission en la paroisse de Sach\u00e9, au dioc\u00e8se de Tours, mand\u00e8rent \u00e0 M. Vincent que bien qu&rsquo;il n&rsquo;y e\u00fbt que six cents communiants en cette paroisse, il s&rsquo;en \u00e9tait n\u00e9anmoins trouv\u00e9 douze cents a la communion g\u00e9n\u00e9rale; Que cette mission avait \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e de tr\u00e8s grandes b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu, qui avaient produit grand nombre de r\u00e9conciliations, de restitutions, de v\u00e9ritables conversions et autres fruits semblables; que M. le cur\u00e9, son vicaire et cinq autres eccl\u00e9siastiques y avaient fait leurs confessions g\u00e9n\u00e9rales; et qu&rsquo;un des plus riches de ce bourg, fort attach\u00e9 \u00e0 ses biens et qui ne faisait que fort rarement et fort petitement l&rsquo;aum\u00f4ne, avait \u00e9t\u00e9 tellement touch\u00e9, qu&rsquo;il avait fait dire au pr\u00f4ne qu&rsquo;il donnerait du pain trois fois la semaine \u00e0 tous les pauvres qui se pr\u00e9senteraient \u00e0 sa porte pour en demander.<\/p>\n<p>Ensuite de cette mission, il s&rsquo;en fit une autre au bourg de Villaine, du m\u00eame dioc\u00e8se, et la m\u00eame b\u00e9n\u00e9diction y parut dans le concours et l&rsquo;assiduit\u00e9 des peuples, dans les conversions des p\u00e9cheurs et dans les r\u00e9conciliations des ennemis, entre lesquelles il s&rsquo;en fit treize ou quatorze pour des diff\u00e9rends de cons\u00e9quence. La communion g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;y fit avec grande effusion de larmes, et a la procession ou il y avait pr\u00e8s de deux mille personnes, M. le cur\u00e9, \u00e2g\u00e9 de quatre-vingt-huit ans, dit en pleurant de joie qu&rsquo;il \u00e9tait bien oblig\u00e9 de remercier Dieu de tant de gr\u00e2ces qu&rsquo;il faisait aux \u00e2mes qui \u00e9taient sous sa conduite, n&rsquo;ayant jamais vu un tel concours, ni une si grande d\u00e9votion dans son \u00e9glise qu&rsquo;il en voyait alors.<\/p>\n<p>Il se fit encore une mission en l&rsquo;ann\u00e9e 1650, au m\u00eame dioc\u00e8se de Tours, en la paroisse de Cheilly, en laquelle, outre les b\u00e9n\u00e9dictions ordinaires que Dieu verse par sa bont\u00e9 en telles occasions, il se fit quatre ou cinq accommodements et r\u00e9conciliations tr\u00e8s consid\u00e9rables. L&rsquo;un entre M. le cure et un habitant qui l&rsquo;avait outrag\u00e9. L&rsquo;autre entre les marguilliers qui avaient eu le maniement des biens de l&rsquo;\u00e9glise les cinq ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes et celui qui \u00e9tait pour lors en charge: Et cet accord fut au grand profit de l&rsquo;\u00e9glise qui \u00e9tait tr\u00e8s mal fournie d&rsquo;ornements; Le troisi\u00e8me entre quelques officiers de justice, lesquels depuis six ou sept ans vivaient dans une grande inimiti\u00e9; le quatri\u00e8me entre deux gentilshommes qui \u00e9taient en querelle; et le cinqui\u00e8me entre un des principaux bourgeois et un sien fermier, pour des comptes dont ils \u00e9taient en contestation, qui allaient a la ruine de ce laboureur. Nous omettons ici une infinit\u00e9 de semblables fruits des missions qui ont \u00e9t\u00e9 faites en un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;autres lieux de ce royaume, lesquels s&rsquo;il fallait rapporter en d\u00e9tail, outre les redites continuelles et ennuyeuses, il faudrait y employer plusieurs volumes. Le peu qui a \u00e9t\u00e9 ici rapport\u00e9 suffira pour en servir comme d&rsquo;\u00e9chantillon et faire voir les grandes gr\u00e2ces et b\u00e9n\u00e9dictions qu&rsquo;il a plu \u00e0 Dieu de r\u00e9pandre sur tout ce royaume par le minist\u00e8re de M. Vincent et des siens; je dis grandes gr\u00e2ces, si on les veut peser au poids du sanctuaire et juger de leur valeur par le prix qu&rsquo;elles ont co\u00fbt\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus-Christ, lequel, pour nous faire conna\u00eetre combien nous devions estimer la conversion des p\u00e9cheurs et par cons\u00e9quent tous les moyens qui peuvent y contribuer, a d\u00e9clare dans l&rsquo;\u00c9vangile \u00abqu&rsquo;il y avait une r\u00e9jouissance toute particuli\u00e8re parmi les anges dans le ciel lors m\u00eame qu&rsquo;un seul p\u00e9cheur se convertissait et faisait p\u00e9nitence sur la terre\u00bb; et l&rsquo;on doit croire que ces esprits c\u00e9lestes, si sages et si \u00e9clair\u00e9s, ne con\u00e7oivent pas de la joie que pour un sujet qui le m\u00e9rite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SECTION II: Relation des fruits plus consid\u00e9rables de quelques missions particuli\u00e8res faites en divers lieux de la France \u00a7. I \u2014 Au dioc\u00e8se de Paris. 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Javier es laico vicenciano, afiliado a la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n y miembro del Equipo de Misiones Populares de la provincia can\u00f3nica de Zaragoza (Espa\u00f1a) de la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n. Graduado en la Universidad Oberta de Catalunya con cuatro grados (Asistente de direcci\u00f3n, Gesti\u00f3n Administrativa, Recursos Humanos y Contabilidad Avanzada). Bil\u00edng\u00fce Espa\u00f1ol\/Ingl\u00e9s. gestiona y mantiene varias p\u00e1ginas web cristianas y vicencianas, incluida including La Red de Formaci\u00f3n Vicenciana, de la que es cofundador. Actualmente es responsable del \u00e1rea de Espa\u00f1ol de .famvin, la Red de Noticias de la Familia Vicenciana. Tambi\u00e9n es m\u00fasico cat\u00f3lico y ha editado varios discos. Es Director General y cofundador de Trovador, una reconocida compa\u00f1\u00eda discogr\u00e1fica critiana de Espa\u00f1a. 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