{"id":58839,"date":"2015-05-14T08:55:36","date_gmt":"2015-05-14T06:55:36","guid":{"rendered":"http:\/\/somos.vicencianos.org\/?p=58839"},"modified":"2015-05-14T08:55:36","modified_gmt":"2015-05-14T06:55:36","slug":"leglise-en-france-au-temps-de-saint-vincent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/leglise-en-france-au-temps-de-saint-vincent\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Eglise en France au temps de Saint Vincent"},"content":{"rendered":"<h2><strong><strong>La Situation De L&rsquo;eglise De France En 1598<\/strong><\/strong><\/h2>\n<p>La France est le royaume d&rsquo;Europe le plus important pour la population entre 1550 et 1700, avec environ 20 millions d&rsquo;habitants, mais \u00e1 la fin du XVIe si\u00e8cle, elle sort affaible d&rsquo;un des plus longs conflits internes de l&rsquo;histoire. Le besoin de \u00ab\u00a0R\u00e9forme\u00a0\u00bb ressenti \u00e1 tous les plans avait donn\u00e9 naissance \u00e1 trois propositions pour une solution:<\/p>\n<p>a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 une solution typiquement <em>religieuse et conservatrice, <\/em>en vue de restaurer un climat moyen\u00e2geux fait de p\u00e9nitence, de rigoureuse pauvret\u00e9 dans une poursuite de \u00ab\u00a0fuga mundi\u00a0\u00bb. Jean STANDONCK (1443-1504) avec sa Congr\u00e9gation de Montaigu (dans ce coll\u00e8ge \u00e9tudi\u00e8rent Erasme, Calvin et Ignace de Loyola) identifiait la r\u00e9forme plus comme une \u00ab\u00a0restauration\u00a0\u00bb que comme un \u00ab\u00a0renouveau\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En fait, la tentative de r\u00e9forme de la vie des Ordres religieux traditionnels s&rsquo;inscrit dans cette ligne, mais cela avait peu d&rsquo;influence sur l&rsquo;Eglise.<\/p>\n<p>b) une solution <em>humaniste: l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisme. <\/em>Patronn\u00e9 par Jacques LEFEVRE d&rsquo;ETAPLES (1450-1536) et ses disciples Guillaume BRI\u00adCONNET, \u00e9v\u00eaque de Meaux, J. CLICHTOVE, Guillaume FAREL, et autres, ce mouvement voulait la restauration d&rsquo;une Eglise non-hi\u00e9rarchique, spiritualiste, int\u00e9rieure, fortement ancr\u00e9e dans l&rsquo;Evangile. C&rsquo;\u00e9tait un projet tras semblable \u00e1 celui d&rsquo;Erasme. II fut d\u00e9pass\u00e9 quand se d\u00e9chaina la lutte pour la R\u00e9forme.<\/p>\n<p>c) une solution <em>militaire. <\/em>Michel de L&rsquo;HOPITAL en janvier 1561 d\u00e9clara publiquement \u00ab\u00a0il nous faut dor\u00e9navant garnir de vertus et bonnes moeurs et puis les (Protestants) assaillir avec les armes de la charit\u00e9, pri\u00e8res, persuasions, paroles de Dieu qui sont propres \u00e1 tel combat&#8230; Le couteau vaut peu contre l&rsquo;esprit&#8230; Otons ces mots dia\u00adboliques: Luth\u00e9riens, Huguenots, Papistes, ne changeons pas le nom de Chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb (cit. in Jean DELUMEAU, \u00ab\u00a0Naissance et affirma\u00adtion de la R\u00e9forme\u00a0\u00bb Paris 1968, p. 177). Il ne fut pas \u00e9cout\u00e9 et alors se d\u00e9chain\u00e8rent huit guerres de religion:<\/p>\n<ul>\n<li>en 1562-63<\/li>\n<li>en 1567-68<\/li>\n<li>en 1568-70<\/li>\n<li>en 1572-73<\/li>\n<li>en 1574-76<\/li>\n<li>en 1577<\/li>\n<li>en 1579-80<\/li>\n<li>en 1585-98<\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/LEglise_au_XIIIe_siecle.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-104102\" title=\"LEglise_au_XIIIe_siecle\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/LEglise_au_XIIIe_siecle-199x300.jpg?resize=199%2C300\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"300\" \/><\/a>Dans la derni\u00e8re phase quand s&rsquo;affront\u00e8rent la Ligue Catholi\u00adque et Henri de NAVARRE (huguenot) deux id\u00e9ologies diverses vont s&rsquo;affronter. Si Henri \u00e9tait vainqueur, les catholiques n&rsquo;auraient pu le reconnaitre comme souverain l\u00e9gitime, puisque huguenot et donc excommuni\u00e9; si la Ligue \u00e9tait victorieuse, la nation aurait \u00e9t\u00e9 sou\u00admise \u00e1 l&rsquo;Espagne et \u00e1 Rome. Les \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb pens\u00e8rent \u00e1 une solu\u00adtion politique interm\u00e9diaire: la conversion du Roi en contrepartie de la loyaut\u00e9 de ses sujets. Henri IV abjura et accorda l&rsquo;Edit de Nan\u00adtes en 1598. Dans ce texte \u00e9tait conc\u00e9d\u00e9e \u00e1 \u00ab\u00a0la religion pr\u00e9tendue r\u00e9form\u00e9e\u00a0\u00bb (sauf \u00e1 Paris et dans un rayon de cinq lieues autour de la capitale) la libert\u00e9 de culte avec certaines limitations. Furent cr\u00e9\u00e9s des tribunaux pour assurer l&rsquo;impartialit\u00e9 de la justice et conc\u00e9d\u00e9s aux protestants deux cents places fortes avec une garnison qui pouvait atteindre jusqu&rsquo;\u00e1 25.000 hommes (en temps de paix, \u00e1 la m\u00eame \u00e9po\u00adque, l&rsquo;arm\u00e9e royale comptait environ 10.000 soldats) (voir Carte <strong>I).<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Edit de Nantes ne fut jamais accept\u00e9 sans r\u00e9serve, soit des catholiques soit des protestants, qui le jugeaient un compromis trop lourd pour les conscientes des hommes pour qui, de m\u00eame qu&rsquo;il y a un seul Dieu au ciel et un seul souverain sur terre, ne pouvaient exercer qu&rsquo;une seule foi.<\/p>\n<p>Et pourtant, gr\u00e2ce \u00e1 l&rsquo;Edit de Nantes, furent pos\u00e9es les bases pour la reprise du catholicisme. L&rsquo;Eglise put se r\u00e9organiser. Le Pape Cl\u00e9ment <strong>VIII, <\/strong>parmi les clauses pour l&rsquo;absolution du Roi, avait inclus l&rsquo;acceptation du Concile de Trente. Henri IV \u00e9tait favorable, mais le Parlement qui, jusqu&rsquo;alors avait d\u00e9fendu une politique ultraca\u00adtholique, s&rsquo;y montra contraire. Aux Etats G\u00e9n\u00e9raux de 1615, les d\u00e9crets conciliaires furent reconnus \u00ab\u00a0loi du Royaume\u00a0\u00bb mais d&rsquo;une fa\u00e7on unilat\u00e9rale. L&rsquo;Assembl\u00e9e du Clerg\u00e9 les \u00ab\u00a0re\u00e7ut\u00a0\u00bb et ainsi ils devinrent obligatoires en conscience pour les catholiques.<\/p>\n<h2><strong>Premiere Partie: <\/strong><em>Les Structures<\/em><\/h2>\n<h3><em>\u00a0<\/em><strong>I \u2014 Une Eglise dans I \u2018Etat et un Etat dans l&rsquo;Eglise<\/strong><\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me politique avec lequel doit compter l&rsquo;Eglise gallicane est celui de l&rsquo;Absolutisme. Le souverain est ind\u00e9pendant (absolutus) de toute autorit\u00e9:<\/p>\n<ul>\n<li>celle de l&rsquo;Empereur,<\/li>\n<li>celle du Pape,<\/li>\n<li>celle des Nobles,<\/li>\n<li>celle du Peuple.,<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi, le Roi n&rsquo;a aucune autorit\u00e9 au-dessus de lui (sauf celle de Dieu) et son pouvoir n&rsquo;est pas limit\u00e9 par les chaines des f\u00e9odaux (d&rsquo;o\u00f9 la lutte contre la f\u00e9odalit\u00e9). L&rsquo;autorit\u00e9 du Roi vient directement de Dieu, non par la m\u00e9diation du Pape ou du Peuple. Le prince n&rsquo;est pas sujet de la loi, car il est l\u00e9gislateur et il peut proc\u00e9der contre qui-&lsquo; conque sans rendre aucun compte \u00e1 personne (\u00ab\u00a0lettre de cachet\u00a0\u00bb qui est une lettre avec le sceau royal ordonnant un emprisonnement avec cette seule justification \u00ab\u00a0tel est mon plaisir\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Entre l&rsquo;Eglise et l&rsquo;Etat il y a collaboration et immixtion: l&rsquo;Eglise est dans l&rsquo;Etat et l&rsquo;Etat dans l&rsquo;Eglise. On ne peut plus \u00eatre un souve\u00adrain \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9tique\u00a0\u00bb et la souverain peut intervenir dans l&rsquo;Eglise. La soci\u00e9t\u00e9 civile cherche d&rsquo;assimiler les structures de la soci\u00e9t\u00e9 eccl\u00e9sias\u00adtique. Les rois jouissent d&rsquo;un <em>droit divin, <\/em>reconnu avec la cons\u00e9cra\u00adtion \u00e1 Reims qui donne le plein pouvoir et rend leur personne sacr\u00e9e. C&rsquo;est \u00e1 cause de cela qu&rsquo;on ne peut se rebeller contre l&rsquo;autorit\u00e9 du souverain, m\u00eame pour un motif l\u00e9gitime. Le r\u00e9gicide, dont on avait discut\u00e9 et \u00e9crit sur la l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e1 la fin du XVI\u00e9 si\u00e8cle, est rejet\u00e9. D&rsquo;autre part, comme l&rsquo;avait d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;affaire d&rsquo;Henri IV, l&rsquo;au\u00adtorit\u00e9 politique se fonde sur l&rsquo;unit\u00e9 religieuse. On comprend alors que le Parlement ait \u00e9t\u00e9 le plus fier opposant \u00e1 l&rsquo;acceptation du Con\u00adcile de Trente comme aussi du roi \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si la religion catholique est la religion de l&rsquo;Etat, le souverain cr\u00e9e et maintient les structures qui rendent plus facile aux sujets l&rsquo;ob\u00adservance de leurs devoirs religieux, d\u00e9fendent la religion contre toute attaque, emp\u00eachent le pros\u00e9lytisme: les d\u00e9lits contre la religion sont consid\u00e9r\u00e9s comme contre l&rsquo;Etat (voil\u00e0 pourquoi Richelieu \u00e9tait si int\u00e9ress\u00e9 au t\u00e9moignage de S. Vincent dans le proc\u00e8s contre Saint-Cyran). Les lois civiles sont en harmonie avec celles de la religion. Le mariage est r\u00e9gl\u00e9 par le Droit-Canon, les voeux religieux sont reconnus publi\u00adquement (le \u00ab\u00a0fugitif\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre poursuivi m\u00eame au plan p\u00e9nal). Tout cela toujours dans les limites de l&rsquo;Edit de Nantes. On comprend ainsi pour quel motif la politique du Roi-Soleil \u00e9tait contre cet Edit qu&rsquo;\u00e1 la fin il r\u00e9voqua (1685), et cela au moment le plus crucial du conflit avec Rome au sujet de la \u00ab\u00a0r\u00e9gale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e1 cette comp\u00e9n\u00e9tration, le roi participe \u00e1 la nomination des Ev\u00eaques et des \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb importants. En compensation, il reconnait \u00e1 l&rsquo;Eglise le monopole de l&rsquo;assistance et de l&rsquo;instruction et maintient en vie les immunit\u00e9s qui peuvent \u00eatre r\u00e9elles (exemp\u00adtion des taxes pour les biens d&rsquo;Eglise) locales (droit d&rsquo;asile) person\u00adnelles\u2022 (exemption des tribunaux civils pour les eccl\u00e9siastiques).<\/p>\n<h3>2 \u2014 Le gallicanisme<\/h3>\n<p>Le <em>gallicanisme <\/em>d\u00e9fit ce courant d&rsquo;opposition doctrinale et pra\u00adtique \u00e1 l&rsquo;autorit\u00e9 du Pape (Martimort). C&rsquo;est un probl\u00e8me th\u00e9ologi\u00adque et politique. Au point de vue politique il marque l&rsquo;ind\u00e9pendance du Roi de France dans le domaine temporel, par le fait que le Pape ne peut jamais d\u00e9mettre le souverain. Le noeud du gallicanisme th\u00e9o\u00adlogique r\u00e9side dans la sup\u00e9riorit\u00e9 du Concile sur le Pape. Dans un secteur interm\u00e9diaire (de caract\u00e8re tous ensemble politique et reli\u00adgieux) on trouve les \u00ab\u00a0libert\u00e9s gallicanes\u00a0\u00bb, ces traditions et coutu\u00admes avec valeur de lois qui, en France, entendaient limiter les pou\u00advoirs du Pape. Par l\u00e0, les auteurs gallicans entendaient revenir aux anciennes coutumes de l&rsquo;Eglise primitive (\u00ab\u00a0ramener l&rsquo;Eglise galli\u00adcane \u00e1 l&rsquo;antique libert\u00e9\u00a0\u00bb) et ceci avec l&rsquo;appui du roi et du Parlement, surtout dans les nominations aux \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb importants et pour \u00e9viter les exactions financi\u00e8res de la Curie romaine.<\/p>\n<p>Le gallicanisme est:<\/p>\n<p>episcopal<\/p>\n<p>eccl\u00e9siastique<\/p>\n<p>th\u00e9ologique<\/p>\n<p>royal<\/p>\n<p>politique<\/p>\n<p>parlementaire<\/p>\n<p>Les principaux auteurs du gallicanisme furent Pierre PITHOU <em>\u00ab\u00a0Les libert\u00e9s de l&rsquo;Eglise gallicane\u00a0\u00bb <\/em>(1594) qui rassembla en 83 articles les droits de l&rsquo;Eglise gallicane; Edmond RICHER <em>\u00ab\u00a0De ecclesiastica <\/em><em>et politica potestate\u00a0\u00bb <\/em>(1611); Pierre de MARCA <em>\u00ab\u00a0De concordia sacerdotii <\/em><em>et imperii\u00a0\u00bb <\/em>(1641).<\/p>\n<p>Au plan th\u00e9ologique, Richer soutient que le \u00ab\u00a0pouvoir des cl\u00e9s\u00a0\u00bb est donn\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e1 l&rsquo;Eglise\u00a0\u00bb: <em>non uni sed unitati. <\/em>Le Pape est le chef \u00ab\u00a0minis\u00adt\u00e9riel\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0accidente) non essentiel\u00a0\u00bb. Pour les th\u00e9ologiens gallicans, le Pape ne serait pas le \u00ab\u00a0episcopus universalis\u00a0\u00bb car cela nierait l&rsquo;ins\u00adtitution divine de l&rsquo;\u00e9piscopat. Et de plus le Pape ne serait pas le seul juge de la foi. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque est le l\u00e9gitime et ordinaire inquisiteur dans son dioc\u00e8se. Les \u00e9v\u00eaques unis en Concile constituent l&rsquo;ultime ins\u00adtance de l&rsquo;Eglise d&rsquo;o\u00f9 la Th\u00e8se de la <em>sup\u00e9riorit\u00e9 du Concile sur le Pape.<\/em><\/p>\n<p>Le Concile, serait d&rsquo;institution divine et par l\u00e0 infaillible, alors que l&rsquo;infaillibilit\u00e9 du Pape faisait probl\u00e8me et m\u00e9m\u00e9 \u00e9tait ni\u00e9e (le Con\u00adcile de Florence n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0re\u00e7u\u00a0\u00bb en France). Comparant l&rsquo;Eglise \u00e1 la R\u00e9publique de Venise, il affirmait que le pouvoir l\u00e9gis\u00adlatif (propre au S\u00e9nat) appartient au Concile, tandis que le pouvoir ex\u00e9cutif appartient au Pape.<\/p>\n<p>N&rsquo;allons pas penser que ces th\u00e8ses constituaient un ensemble homog\u00e8ne. Jusqu&rsquo;en 1615 l&rsquo;\u00e9piscopat s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 en difficult\u00e9 avec la monarchie, difficult\u00e9s plus ou moins voil\u00e9es, et pour cela les th\u00e9o\u00adries gallicanes n&rsquo;avaient pas eu sa faveur. G\u00e9n\u00e9ralement, les \u00e9v\u00eaques suivaient l&rsquo;enseignement de la Sorbonne qui, au d\u00e9but du si\u00e8cle, \u00e9tait <em>ultramontain <\/em>(c&rsquo;est-\u00e1-dire partisan des th\u00e8ses romaines). Le relie de DUVAL \u00e9tait fort important. Il r\u00e9futa la doctrine de la sup\u00e9rio\u00adrit\u00e9 du Concile: Pape et Concile forment une seule <em>cath\u00e8dre. <\/em>Les Con\u00adciles ne sont pas infaillibles sans le Pape, ils n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;une approbation formelle. Le Pape en dehors du Concile peut dispenser des canons conciliaires, il est infaillible <em>\u00ab\u00a0ut pontifex, ex cathedra\u00a0\u00bb. <\/em>II d\u00e9finit l&rsquo;Eglise \u00ab\u00a0fidelium in yero Dei cultu inter se communicantium sub uno pastore Christi vicario societas\u00a0\u00bb. La vie de l&rsquo;Eglise cepen\u00addant ne d\u00e9coule pas du Pape seul, et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il est l\u00e9gitime qu&rsquo;un d\u00e9cret doive are \u00ab\u00a0re\u00e7u\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en fait une infaillibilit\u00e9 pas\u00adsive pour laquelle, si un Pape enseignait l&rsquo;erreur, l&rsquo;Eglise ne se lais\u00adserait pas emporter, mais si l&rsquo;Eglise venait \u00e1 tomber dans l&rsquo;erreur, le Pape la corrigerait.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1625, l&rsquo;\u00e9piscopat \u00e9tait d\u00e9sormais conquis \u00e1 l&rsquo;absolutisme (et donc n&rsquo;aurait pas admis la d\u00e9position du souverain par le Pape) et commen\u00e7ait \u00e1 accentuer son ind\u00e9pendance par rapport \u00e1 Rome, ne voyant pas d&rsquo;un bon ciel l&rsquo;intervention du Pape dans la collation des b\u00e9n\u00e9fices, dans les dispenses et dans les privil\u00e8ges des religieux.<\/p>\n<p>En 1631, est censur\u00e9e <em>\u00ab\u00a0Apologie\u00a0\u00bb <\/em>du J\u00e9suite J. FLOYD qui niait la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00eaque pour le gouvernement d&rsquo;un dioc\u00e8se. Contre FLOYD s&rsquo;\u00e9leva SAINT-CYRAN sous le pseudonyme de Petrus Aurelius dans un ouvrage subventionn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9piscopat galli\u00adcan .<\/p>\n<p><em>Bibliographie:<\/em><\/p>\n<ul>\n<li>A.G. MARTIMORT \u00ab\u00a0Le gallicanisme de Bossuet\u00a0\u00bb Paris 1953<\/li>\n<li>idem \u00ab\u00a0Le gallicanisme\u00a0\u00bb Paris 1973<\/li>\n<li>Y. CONGAR \u00ab\u00a0L&rsquo;Eglise de Saint Augustin \u00e1 l&rsquo;\u00e9poque moderne\u00a0\u00bb Paris 1970<\/li>\n<\/ul>\n<h3><strong>3 &#8211; Les Ev\u00eaques<\/strong><\/h3>\n<p>a) <em>Les dioc\u00e8ses<\/em><\/p>\n<p>La carte religieuse de la France (cf. carte 2) comprenait au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle 14 archidioc\u00e8ses et 105 dioc\u00e8ses mais ce nombre avait grandi \u00e1 la fin du si\u00e8cle avec 18 archidioc\u00e8ses (dont celui de Paris depuis 1626) et 113 dioc\u00e8ses. Ils \u00e9taient in\u00e9gaux tant pour leur gran\u00addeur que pour leurs biens. Ainsi, le dioc\u00e8se de Grasse avait 23 parois\u00adses, celui de Rouen 1380; les revenus de Grasse \u00e9taient de 17.000 livres par an tandis que Strasbourg avait 300.000 livres.<\/p>\n<p>En principe, les Ev\u00eaques d\u00e9pendaient de la couronne. Pour les dioc\u00e8ses et les abbayes importantes (environ 500) le roi devait pr\u00e9\u00adsenter, dans les six mois, un candidat \u00e1 qui le Pape pouvait conc\u00e9\u00adder la Bulle de nomination. Si le Pape refusait, le Roi devait alors, dans les trois mois, pr\u00e9senter un autre candidat. Si celui-ci \u00e9tait aussi jug\u00e9 indigne la nomination revenait alors au Saint-Si\u00e9ge. Cette pro\u00adc\u00e9dure avait signifi\u00e9 d\u2019une sc\u00e8ne une augmentation du pouvoir absolu mais d&rsquo;un autre c6t\u00e9 avait mis le Saint-Si\u00e9ge \u00e1 l&rsquo;abri du syst\u00e8me de la Pragmatique sanction (\u00e9lection par les Chapitres).<\/p>\n<p>Pour le choix des candidats, le Roi utilisait son \u00ab\u00a0Conseil de cons\u00adcience\u00a0\u00bb (qui souvent se r\u00e9duisait au seul confesseur). La plus grande partie des Ev\u00eaques \u00e9taient des nobles et m\u00e9m\u00e9 vont se constituer de v\u00e9ritables g\u00e9n\u00e9alogies \u00e9piscopales: les de Gondi \u00e1 Paris, les La Roche\u00adfoucauld, les B\u00e9thune, les Potier, les d&rsquo;Estr\u00e9es. II y a peu d&rsquo;\u00e9v\u00eaques qui ne sont pas nobles: Godeau, Pavillon, Bossuet. La pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e aux nobles reposait sur un mode particulier de voir la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;homme: \u00ab\u00a0la noblesse qui a de la vertu a souvent un particulier d\u00e9sir d&rsquo;honneur et de gloire qui produit les m\u00e9m\u00e9s effets que le z\u00e9l\u00e9 caus\u00e9 par le pur amour de Dieu, qu&rsquo;elle vit d&rsquo;ordinaire avec lustre et lib\u00e9ralit\u00e9 conforme \u00e1 telle charge et sait mieux la fa\u00e7on d&rsquo;agir et de converser avec le monde\u00a0\u00bb (Richelieu <em>\u00ab\u00a0Testament potingue\u00a0\u00bb <\/em>Ams\u00adterdam 1688, p. 54, cit\u00e9 in TAVENAUXI I, 36).<\/p>\n<p>Certains \u00e9v\u00each\u00e9s \u00e9taient conf\u00e9r\u00e9s \u00e1 des parents de ministres et de magistrats (entre autres Henri Arnauld). De nombreuses abbayes \u00e9taient donn\u00e9es en commandite \u00e1 des gens qui ne s&rsquo;occupaient que de recueillir les rentes de la \u00ab\u00a0table\u00a0\u00bb. De cette fa\u00e7on, le souverain pouvait r\u00e9compenser les services de ses fid\u00e8les et \u00e9pargnait les deniers de la caisse royale. Richelieu et Mazarin avaient chacun une ving\u00adtaine d&rsquo;abbayes!<\/p>\n<p>Ces faits devraient corriger, en partie au moins, l&rsquo;image que l&rsquo;on a de la richesse du clerg\u00e9 au XVIP<sub>.<\/sub>si\u00e9cle. En 1650, Fran\u00e7ois PAUMIER disait, mais sans faits pr\u00e9cis, que le clerg\u00e9 poss\u00e9dait la moiti\u00e9 des terres cultivables; au si\u00e8cle suivant deux estimations lui attribuent un tiers ou un cinqui\u00e8me. De toutes fa\u00e7ons, \u00ab\u00a0les rois ont tir\u00e9 du clerg\u00e9 beaucoup plus que ne l&rsquo;affirment pas mal d&rsquo;historiens. Le total r\u00e9el (rentes sur les villes, offrandes, \u00ab\u00a0don gratuit\u00a0\u00bb&#8230;) devait tourner autour de cinq millions, dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb (P. Goubert <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Ancien R\u00e9gime\u00a0\u00bb, <\/em>edit. ital. II, 568).<\/p>\n<p>Beaucoup plus important que ces faits, la d\u00e9couverte de la figure de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque. Les \u00e9v\u00eaques du XVIIe si\u00e8cle furent quasi tous de belles figures. On connait d&rsquo;authentiques mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9v\u00eaques r\u00e9formateurs, tels Jean-Baptiste GAULT (+ 1643), Alain de SOLMINIHAC (+ 1659), Nicolas PAVILLON (+ 1677), Etienne CAULET (+ 1680) et Henri ARNAULD (+ 1692). Ils \u00e9taient cependant plus administrateurs qu\u2019animateurs d&rsquo;une pastorale. La principale acti\u00advit\u00e9 \u00e9tait <em>la visite pastorale. <\/em>La moyenne au XVIIe si\u00e8cle \u00e9tait une visite tous les douze ans alors qu&rsquo;au si\u00e8cle suivant elle \u00e9tait d&rsquo;une visite chaque huit an. Dans la visite trois points sont \u00e1 contr\u00f4ler: la vie et le comportement du cur\u00e9 et du clerg\u00e9, les conditions de l&rsquo;\u00e9glise, les conditions de la paroisse. Un document rapporte une visite de Jean-Fran\u00e7ois de Gondi aux paroisses de son dioc\u00e8se entre le 8 et le 20 octobre 1624. En voici le d\u00e9tail:<\/p>\n<ul>\n<li>8 octobre: Rueil, Nanterre, Villiers-la-Garenne, <em>Clichy-la-Garenne<\/em><\/li>\n<li>9 octobre: Rueil, Nanterre, Villiers-la-Garenne, <em>Clichy-la-Garenne<\/em><\/li>\n<li>10 octobre: S\u00e8vres, Meudon, Clamart, Ursines<\/li>\n<li>11 octobre: Chaville, Viroflay, Montreuil, Ville d&rsquo;Avray<\/li>\n<li>17 octobre: Vanves, Issy<\/li>\n<li>18 octobre: Vaugirard, Montrouge<\/li>\n<li>19 octobre: Ch\u00e1tillon-sous-Bagneux, Fontenay-aux-Roses<\/li>\n<li>20 octobre: Sceaux, Verri\u00e9res, Chatenay<\/li>\n<\/ul>\n<p>(cf. J. FERTE \u00ab\u00a0La vie religieuse dans les campagnes parisiennes\u00a0\u00bb Paris 1962, p. 20). Pour les visites cf. RHEF 55 (1969) pp. 49-67; 279-288).<\/p>\n<p>Le second pilier de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9piscopale \u00e9tait le <em>synode. <\/em>Le Car\u00addinal archev\u00eaque de Bordeaux, Franlois de Sourdis, en c\u00e9l\u00e9bra 22 entre 1600 et 1627, avec aussi un concile provincial en 1624.<\/p>\n<p>b) <em>Les Assembl\u00e9es du clerg\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Une des plus importantes structures de l&rsquo;Ancien-R\u00e9gime \u00e9taient ces assembl\u00e9es compos\u00e9es de 60 d\u00e9put\u00e9s, quatre par Province eccl\u00e9\u00adsiastique, dont deux du premier ordre et deux du second. Ils \u00e9taient \u00e9lus, non par tout le clerg\u00e9, mais, pour le second ordre, par les \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9\u00adficiaires\u00a0\u00bb. Les Assembl\u00e9es avaient lieu tous les dix ans (sauf motif particulier comme en 1581-82) pour discuter le \u00ab\u00a0contrat de d\u00e9cime\u00a0\u00bb c&rsquo;est-it-dire la clausule de concession au roi de la contribution qui depuis 1561 \u00e9tait de 1.300.000 livres, et aussi le \u00ab\u00a0don gratuit\u00a0\u00bb, c&rsquo;est\u00adis-dire la somme que depuis 1621 le clerg\u00e9 devait donner au souve\u00adrain, cela \u00e9tait devenu un d\u00fb. Sous le r\u00e9gn\u00e9 de Louis XIII, entre d\u00e9cime ordinaire et don gratuit, le clerg\u00e9 donna \u00e1 la monarchie 56.482.268 livres, et entre 1643 et 1666 le clerg\u00e9 donna \u00e1 Louis XIV 50.487.198 livres.<\/p>\n<p>Dans les 13 assembl\u00e9es du clerg\u00e9 qui se sont tenues entre 1615 et 1665, on ne traita pas que de questions \u00e9conomiques. Pour pr\u00e9\u00adparer ces assembl\u00e9es on recueillait des \u00ab\u00a0cahiers\u00a0\u00bb avec les remontran\u00adces les plus diverses. En diff\u00e9rentes occasions les assembl\u00e9es cherch\u00e8rent de profiter de leur existent pour traiter des questions comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un concile national. Pour cette raison, Rome les regar\u00addait avec suspicion. On y discutait du droit divin du Roi, de l&rsquo;auto\u00adrit\u00e9 du Pape et des Ev\u00eaques, des questions de foi, surtout en lien avec le jans\u00e9nisme, des rapports entre \u00e9v\u00eaques et religieux et de la question protestante. Dans ce dernier domaine le clerg\u00e9 fut toujours pour une politique de rigueur et pour favoriser la r\u00e9vocation de l&rsquo;Edit de Nantes dans les rapports avec la religion \u00ab\u00a0pr\u00e9tendue r\u00e9form\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>4 &#8211; Les paroisses et le clerg\u00e9 dioc\u00e9sain<\/strong><\/h3>\n<p>La paroisse \u00e9tait l&rsquo;unit\u00e9-base de l&rsquo;Eglise comme de l&rsquo;Etat. Dans la paroisse vivait le cur\u00e9. La nomination ne relevait qu&rsquo;en petite partie de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque. Un des cas limites est celui de Limoges o\u00f9 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque pou\u00advait seulement nommer 363 cur\u00e9s sur 868. La plus grande partie des nominations relevait des \u00ab\u00a0patrons\u00a0\u00bb qui \u00e9taient des la\u00efcs aussi bien que des clercs. Une fois nomm\u00e9, le cur\u00e9 \u00e9tait inamovible. De tout cela naissait la grande ind\u00e9pendance des pr\u00eatres. Le cur\u00e9 pouvait appeler, pour se faire aider, un \u00ab\u00a0vicaire\u00a0\u00bb. Dans les paroisses il y avait d&rsquo;autres pr\u00eatres en grand nombre, sans aucun service pastoral et sou\u00advent m\u00e9m\u00e9 sans le pouvoir de confesser. On les appelait \u00ab\u00a0pr\u00eatres habitu\u00e9s\u00a0\u00bb. Certains d&rsquo;entre eux vivaient ensemble et avaient part \u00e1 des biens, on les appelait \u00ab\u00a0m\u00e9parts\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0familiarit\u00e9s\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0con\u00adsorts\u00a0\u00bb . Les cur\u00e9s pouvaient outre \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9ficiers\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0congrus\u00a0\u00bb. Ils pou\u00advaient renoncer \u00e1 leur cure et m\u00eame parfois choisir leur successeur en \u00e9change d&rsquo;une pension. C&rsquo;est ainsi que fit S. Vincent \u00e1 Clichy en 1626.<\/p>\n<p>La fonction des cur\u00e9s \u00e9tait tr\u00e8s importante. La moyenne \u00e9tait d&rsquo;un pr\u00eatre pour \u00e1 peu pr\u00e8s deux cents habitants (on comptait envi\u00adron 100.000 pr\u00eatres et autant de religieux). Dans cette masse de pr\u00eatres les cur\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral, jouissaient d&rsquo;un certain prestige et d&rsquo;une certaine aisance (sauf les \u00ab\u00a0congrus\u00a0\u00bb). La charge de cur\u00e9 \u00e9tait recher\u00adch\u00e9e. Pour Beauvais, sur 64 s\u00e9minaristes, 4 \u00e9taient nobles, 20 fils de marchands, de chirurgiens, de procureurs. Parmi ceux de nais\u00ad s\u00e9ance paysanne, il n&rsquo;y avait aucun fils de \u00ab\u00a0manouvrier\u00a0\u00bb. (P. GOU\u00adBERT <em>\u00ab\u00a0Beauvais&#8230;\u00a0\u00bb, <\/em>Paris 1960). Cela explique comment parmi les cur\u00e9s il y eut des personnages connus: Bourgoing et Vincent de Paul furent cur\u00e9s \u00e1 Clichy-la-Garenne, Jacques Gallemant, premier sup\u00e9\u00adrieur des Carm\u00e9lites en France et docteur en Sorbonne fut cur\u00e9 d&rsquo;Au\u00adbervilliers, Andr\u00e9 de Saussay, \u00e9v\u00eaque de Toul fut d&rsquo;abord cur\u00e9 de Briis-sous-Forges et Jean JacquesOlier cur\u00e9 de Saint-Sulpice.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 de ces personnages ne doit pas nous induire en erreur. Jusqu&rsquo;au succ\u00e8s de la formation dans les s\u00e9minaires, beaucoup de cur\u00e9s avaient une culture superficielle (et celle des autres pr\u00eatres \u00e9tait pire). Les visites pastorales r\u00e9v\u00e8lent des conditions pitoyables de pr\u00eatres ignorants qui ne savent pas un mot de latin. Ils s&rsquo;\u00e9taient form\u00e9s dans une Corte d&rsquo;apprentissage aupr\u00e8s d&rsquo;un autre cur\u00e9. En 1643, l&rsquo;ar\u00adchidiacre de Bourges avouait \u00ab\u00a0il y en a qui ne peuvent dire ce qu&rsquo;ils font quand ils disent la messe qui, par cons\u00e9quent, n&rsquo;ont aucun res\u00adpect pour ce saint myst\u00e8re et qui mettent dans le tabernacle des bouts de cierge, de la bougie, de l&rsquo;argent et des papiers avec les saintes hosties&#8230; On en a trouv\u00e9 un&#8230; cur\u00e9 depuis vingt ans qui ne savait pas la forme de l&rsquo;absolution ni quelle partie du corps il fallait oindre dans l&rsquo;Extr\u00e9me-Onction\u00a0\u00bb (J. ORCIBAL <em>\u00ab\u00a0Jean Duvergier de Hau\u00ad<\/em><em>rane&#8230;\u00a0\u00bb <\/em>Louvain-Paris 1947, p. 6). Les d\u00e9fauts imput\u00e9s aux pr\u00eatres \u00e9taient l&rsquo;ivrognerie, la brutalit\u00e9, la licence du langage et des habitu\u00addes, la chasse.<\/p>\n<h3><strong>5 &#8211; Les Religieux<\/strong><\/h3>\n<p>Dans ses <em>\u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb <\/em>Louis XIV \u00e9crit \u00ab\u00a0Je crus aussi qu&rsquo;il \u00e9tait de la police g\u00e9n\u00e9rale de mon royaume de diminuer ce grand nombre de religieux, dont la plupart, \u00e9tant inutiles \u00e1 l&rsquo;Eglise, \u00e9taient on\u00e9\u00adreux \u00e1 l&rsquo;Etat. Dans cette pens\u00e9e, je me persuadai que, comme rien ne contribuait tant \u00e1 remplir les couvents que la facilit\u00e9 que l&rsquo;on apportait \u00e1 y recevoir les enfants de trop bonne heure, il serait bon de diff\u00e9rer \u00e1 l&rsquo;avenir le temps des voeux; qu&rsquo;ainsi les esprits irr\u00e9so\u00adlus, ne trouvant pas sit\u00f4t la porte des cloitres ouverte, s&rsquo;engageraient, en attendant, en quelque autre profession o\u00f9 ils serviraient le public; que m\u00e9m\u00e9 la plus grande partie se trouvant dans un \u00e9tablissement, y demeurerait pour toujours, et formerait de nouvelles familles, dont l&rsquo;Etat serait fortifi\u00e9; mais que l&rsquo;Eglise m\u00e9m\u00e9 y trouverait son avan\u00adtage, en ce que les particuliers, ne s&rsquo;engageant plus dans les cou\u00advents sans avoir eu le loisir d&rsquo;y bien penser, y vivraient apr\u00e8s avec plus d&rsquo; exemple<\/p>\n<p>Mon conseil, auquel j&rsquo;avais communiqu\u00e9 ce dessein, m&rsquo;y avait plusieurs fois confirm\u00e9 par ses suffrages; mais, sur le point de l&rsquo;ex\u00e9cution, je fus arr\u00eat\u00e9 par ces sentiments de respect que nous devons toujours avoir pour l&rsquo;Eglise, en ce qui est de sa v\u00e9ritable juridiction, et je r\u00e9solus de ne d\u00e9terminer ce point que de concert avec le Pape. Et n\u00e9anmoins, en attendant que j&rsquo;en l&rsquo;eusse inform\u00e9, je voulus emp\u00eacher le mal de croitre par tous les moyens qui d\u00e9pendaient purement de moi. Ainsi, je d\u00e9fendis tous les nouveaux \u00e9tablissements de monast\u00e8res, je pourvus \u00e1 la suppression de ceux qui s&rsquo;\u00e9taient fait contre les formes et je fis agir mon procureur g\u00e9n\u00e9ral pour r\u00e9gler le nombre de religieux que chaque couvent pouvait porter\u00a0\u00bb <em>(\u00ab\u00a0M\u00e9moires pour l&rsquo;an\u00adn\u00e9e 1667\u00a0\u00bb <\/em>Edit. J. Longnon Paris 1978, p. 225 sq).<\/p>\n<p>Les paroles du Roi-Soleil refl\u00e8tent en grande partie le jugement des contemporains envers les religieux.<\/p>\n<p>Mais, malgr\u00e9 tout, les religieux connurent au XVIIe si\u00e8cle une nouvelle impulsion. R\u00e1penlos les reformes les plus importantes.<\/p>\n<p><em>1)\u00a0\u00a0 <\/em><em>Les B\u00e9n\u00e9dictins<\/em><\/p>\n<p><em>Saint-Vanne et Saint-Hydulphe <\/em>commenc\u00e9e \u00e1 Verdun en 1604 gr\u00e2ce \u00e1 Didier de la Cour ( + 1623). A la fin du si\u00e8cle la Congr\u00e9gation compte une cinquantaine de monast\u00e8res o\u00f9 se trouvaient de 500 \u00e1 600 moines.<\/p>\n<p><em>Congr\u00e9gation de Saint-Maur <\/em>entre 1618 et 1621, la r\u00e9forme est l&rsquo;ceu\u00advre de Laurent B\u00e9nard ( + 1629). A la fin du XVIIe si\u00e8cle elle aura plus de 200 monast\u00e8res.<\/p>\n<p><em>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>Les Cisterciens<\/em><\/p>\n<p><em>Les Feuillants <\/em>dont la r\u00e9forme est du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p><em>Les Trappistes <\/em>dont la r\u00e9forme est commenc\u00e9e par de Ranc\u00e9 en 1662.<\/p>\n<p><em>Port-Royal <\/em>la r\u00e9forme date de 1608 avec Ang\u00e9lique Arnauld. <em>Les Filles du Calvaire <\/em>avec Antoinette d&rsquo;Orl\u00e9ans et le P. Joseph.<\/p>\n<p><em>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>Les Augustins<\/em><\/p>\n<p><em>Congr\u00e9gation des Chanoines de Sainte-Genevi\u00e9ve <\/em>r\u00e9forme op\u00e9r\u00e9e en 1635 par le Cardinal La Rochefoucauld.<\/p>\n<p><em>Chanoines de Notre-Sauveur, <\/em>avec Saint Pierre Fourier ( + 1640). <em>Chanoines de Chancelande, <\/em>li\u00e9e \u00e1 Alain de Solminihac.<\/p>\n<p><em>Chanoines Pr\u00e9montr\u00e9s <\/em>de Lorraine, 1630. A la fin du si\u00e8cle on comptait 38 maisons.<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Les Ordres Mendiants<\/em><\/p>\n<p><em>Les Carmes <\/em>ont obtenu en 1611 la permission de s&rsquo;installer \u00e1 Paris apr\u00e8s qu&rsquo;en 1604 les Carm\u00e9lites s&rsquo;y \u00e9taient install\u00e9es. Mais elles furent soustraites aux Carmes.<\/p>\n<p><em>Les Dominicains ou Jacobins <\/em>avec la r\u00e9forme de S. Micah\u00e9lis ( + 1618) et A. Le Quieu ( + 1676).<\/p>\n<p>5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Les Ordres nouveaux<\/em><\/p>\n<p><em>Les Capucins <\/em>introduits en France en 1575. Lorsque Matthieu Bellintani ( + 1611) fut nomm\u00e9 commissaire g\u00e9n\u00e9ral pour la France, ils augment\u00e9rent d&rsquo;une fa\u00e7on prodigieuse en nombre et en impor\u00adtance. 12 provinces furent cr\u00e9\u00e9es, 317 couvents et plus de 6.000 Fr\u00e8res.<\/p>\n<p><em>Les J\u00e9suites, <\/em>venus en France o\u00f9, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, ils \u00e9taient n\u00e9s (\u00e1 Montmartre en 1634 avec les premiers v\u0153ux) ils s&rsquo;y implant\u00e8rent fortement (ils avaient une quarantaine de coll\u00e8ges avant 1615) malgr\u00e9 de nombreux obstacles. Ils furent attaqu\u00e9s par \u00ab\u00a0les politique\u00a0\u00bb et par les cur\u00e9s de Paris. Apr\u00e8s la tentative de r\u00e9gicide, per\u00adp\u00e9tr\u00e9 par un de leurs anciens \u00e9l\u00e8ves, Jean Chastel, ils furent expul\u00ads\u00e9s (1595) et ne revinrent qu&rsquo;en 1603.<\/p>\n<p><em>6)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>Les Communaut\u00e9s sacerdotales<\/em><\/p>\n<p>La vraie nouveaut\u00e9 de la r\u00e9forme en France fut la constitution de nouvelles communaut\u00e9s sacerdotales. Les \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9risti\u00adques de leur exp\u00e9rience sont:<\/p>\n<p>la valorisation du sacerdoce au d\u00e9triment des voeux,<\/p>\n<p>La valorisation de la s\u00e9cularit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e1-dire le service de l&rsquo;Eglise sous la d\u00e9pendance de l&rsquo;Ev\u00eaque,<\/p>\n<p>le minist\u00e8re centr\u00e9 sur l&rsquo;Evang\u00e9lisation et sur la Formation du clerg\u00e9.<\/p>\n<p>Parmi les nouvelles communaut\u00e9s, mentionnons:<\/p>\n<p><em>Les Doctrinaires, <\/em>fond\u00e9s par C\u00e9sar de Bus et reconnus en 1598 <em>L&rsquo;Oratoire de J\u00e9sus , <\/em>de B\u00e9rulle (1611)<\/p>\n<p><em>La Congr\u00e9gation de la Missi on <\/em>(1625)<\/p>\n<p><em>Les Sulpiciens <\/em>(1642)<\/p>\n<p><em>Les Eudistes (1643)<\/em><\/p>\n<p>Pour sentir la force de la r\u00e9forme, les deux cartes pr\u00e9c\u00e9dentes sont \u00e9loquentes. L&rsquo;une pr\u00e9sente les fondations du XVIe si\u00e8cle, la seconde les fondations au XVIIe.<\/p>\n<p><em>7)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>Les Communaut\u00e9s f\u00e9minines nouvelles<\/em><\/p>\n<p>Une des caract\u00e9ristiques saillantes de la R\u00e9forme catholique a consist\u00e9 dans la lutte pour faire exister dans l&rsquo;Eglise l&rsquo;apostolat de femmes consacr\u00e9es.<\/p>\n<p>Alors que la vie religieuse traditionnelle ne permettait \u00e1 la femme que la fuite du monde, en 1535 on assiste \u00e1 un renversement de tendance. En cette ann\u00e9e, \u00e1 Brescia, dans l&rsquo;Italie septentrionale, est fond\u00e9e la <em>Compagnie de Sainte Ursule <\/em>par Ste. Ang\u00e8le MERICI (+ 1540). Prenant mod\u00e8le sur l&rsquo;Eglise primitive, les Ursulines sont des Vier\u00adges qui vivent dans leur maison avec l&rsquo;observance perp\u00e9tuelle de la pauvret\u00e9, de l&rsquo;ob\u00e9issance et de la chastet\u00e9. A l&rsquo;origine de la Compa\u00adgnie de Sainte Ursule se trouve une institution d&rsquo;assistance avec une orientation vers l&rsquo;\u00e9ducation. L&rsquo;exp\u00e9rience avait mis Ang\u00e8le Merici en contact avec de jeunes femmes abandonn\u00e9es et sans aide. Pour ce motif, en principe, l&rsquo;objet de l&rsquo;apostolat est orient\u00e9 vers les seules vierges. La Compagnie est organis\u00e9e, on nomme des \u00ab\u00a0colonelles\u00a0\u00bb, responsables pour chaque quartier de la ville de la conduite morale des jeunes filles qui leur sont confi\u00e9es et qui vivent chez elles. Quel\u00adques ann\u00e9es apr\u00e8s la mort d&rsquo;Ang\u00e8le Merici, les jeunes filles elles- m\u00eames suivant l&rsquo;exemple de leur M\u00e9r\u00e9 devenaient ap\u00f4tres: on les trouve en service dans les h6pitaux et dans les Ecoles de la doctrine chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Bien vite, sous l&rsquo;impulsion du Concile de Trente, on sentit le besoin de maisons \u00e1 vie commune. Beaucoup de jeunes filles restaient orphelines et alors une forme de cohabitation s&rsquo;imposait de soi. Lors\u00adque les exigences tridentines imposant la cl\u00f4ture se firent plus pres\u00adsantes, ces maisons devinrent des \u00ab\u00a0conservatoires\u00a0\u00bb, sans v\u0153ux publics, avec le v\u0153u priv\u00e9 de chastet\u00e9, m\u00eame si par la suite furent adopt\u00e9s plusieurs \u00e9l\u00e9ments typiques des monast\u00e8res, comme le tour et la porte d&rsquo;entr\u00e9e ferm\u00e9e \u00e1 trois cl\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Ursulines \u00ab\u00a0n\u00e9es dans la diversit\u00e9\u00a0\u00bb essaim\u00e8rent assez vite de Brescia prenant un caract\u00e8re particulier selon les lieux o\u00f9 elles s&rsquo;\u00e9tablissaient, sans vraiment constituer, en soi, un ordre vrai et sp\u00e9\u00adcifique.<\/p>\n<p>En France, apr\u00e8s la premi\u00e8re fondation en Avignon des <em>\u00ab\u00a0Filles <\/em><em>de la Doctrine de Ste. Ursule\u00a0\u00bb <\/em>sous la direction des Doctrinaires, la tendance <em>\u00e1 la vie communautaire <\/em>s&rsquo;accentua (m\u00eame si encore il y avait des Ursulines r\u00e9sidant dans leur famille). Ici l&rsquo; application du Concile de Trente fut plus rigoureuse et ainsi les Ursulines vivant en commu\u00adnaut\u00e9 furent tenues \u00e1 la cl\u00f4ture. Il y eut une exception avec les Ursu\u00adlines de D\u00f3le, fond\u00e9es par Anne de Xaintonge en 1606, et qui se con\u00adsacraient au service des fillettes pauvres. Elles purent \u00e9viter la cl\u00f4ture parce que D\u00f3le \u00e9tait alors sous la domination espagnole. La premi\u00e8re communaut\u00e9 ursuline \u00e1 prendre la cl\u00f4ture fut celle de Paris en 1612.<\/p>\n<p><em>Congr\u00e9gation de Notre-Dame <\/em>fond\u00e9e par Pierre Fourier et Alix Le Clerc en 1597. Ce furent les religieuses elles-m\u00eames qui demand\u00e8rent au Saint-Si\u00e8ge la cl\u00f4ture et cela parce que les familles ne con\u00adfiaient pas volontiers leurs filles \u00e1 un ordre sans statut juridique s\u00fbr. Le recrutement se faisait parmi les jeunes filles de la petite noblesse et dans la bourgeoisie.<\/p>\n<p><em>Les Filles de Notre-Dame <\/em>de Jeanne de Lestonnac, ni\u00e8ce de Mon\u00adtaigne, et du J\u00e9suite Jean de Bordes (1605). Elles demand\u00e8rent aus\u00adsit6t la cl\u00f4ture.<\/p>\n<p><em>La Visitation <\/em>fond\u00e9e \u00e1 Annecy en 1610 par Fran\u00e7ois de Sales et Jeanne de Chantal.<\/p>\n<p><em>Les Filles de Sainte-Genevi\u00e9ve <\/em>de Madame de Miramion (+ 1676).<\/p>\n<p><em>Les Filles de la Providence <\/em>de Madame de Pollalion (+ 1657) fon\u00add\u00e9es en 1641. Saint Vincent eut une part importante dans l&rsquo;\u00e9labora\u00adtion de leur R\u00e9gle.<\/p>\n<p><em>Les Seurs de Sainte-Agn\u00e9s <\/em>fond\u00e9es par Mademoiselle Biscot en 1636. S. Vincent devint leur protecteur et recommanda les Scieurs \u00e1 Anne d&rsquo;Autriche pour l&rsquo;obtention de l&rsquo;approbation royale.<\/p>\n<p><em>Les Filles de la Croix de Paris <\/em>fond\u00e9es par Madame Lhuillier de Villeneuve en 1640. La fondatrice \u00e9tait une Dame de la Charit\u00e9, elle se servit des conseil de S. Vincent.<\/p>\n<p><em>Les Augustines de la Charla de Notre-Dame <\/em>fond\u00e9es par Simone Gau\u00adguin, en religion Fran\u00e7oise de la Croix, (+ 1657) en 1628. Les Cons\u00adtitutions furent r\u00e9dig\u00e9es avec le conseil de S. Vincent.<\/p>\n<p><em>Les Religieuses de la Croix de Saint-Quintin <\/em>fond\u00e9es \u00e1 Roye en 1625 par Pierre Gu\u00e9rin et Francoise Wallet.<\/p>\n<p><em>Les Madelonnettes <\/em>fond\u00e9es en 1618 par un marchand de vin, Robert de Montry, qui, entrepris par deux prostitu\u00e9es, leur avait pro- pos\u00e9 de les aider \u00e1 changer de vie. En 1620 elles prirent l&rsquo;habit reli\u00adgieux. En 1630 elles furent plac\u00e9es sous la direction des Soeurs de la Visitation avec le consentement de S. Vincent. En 1677, les Visi\u00adtandines laiss\u00e8rent la place aux Ursulines qui furent bient\u00f4t rempla\u00adc\u00e9es par les Hospitali\u00e9res de la Mis\u00e9ricorde de J\u00e9sus et \u00e1 partir de 1720 par les religieuses de Notre-Dame de la Charit\u00e9. Dans les Made\u00adlonnettes, il y avait quatre cat\u00e9gories de personnes: les d\u00e9tenues; les Filles de Sainte Marthe, prostitu\u00e9es converties, v\u00eatues d&rsquo;un habit gris et qui pouvaient faire les voeux simples et temporaires, ceux-ci ter\u00admin\u00e9s elles pouvaient se marier; les Filles de Sainte Madeleine, reli\u00adgieuses \u00e1 voeux perp\u00e9tuels; la Congr\u00e9gation de Saint-Lazare, pen\u00adsionnaires forc\u00e9es (des femmes du grand monde y furent admises comme par exemple Ninon de Lenclos et Madame de Lescalopier).<\/p>\n<p><em>Les Religieuses de Sainte-Elisabeth; <\/em>le r\u00e8glement \u00e9tabli par Charles Faure ( + 1644) avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 sur les conseils de S. Vincent et de Condren.<\/p>\n<p><em>Les Filles de la Vie Int\u00e9rieure de la Vierge, <\/em>l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une telle commu\u00adnaut\u00e9 \u00e9tait due \u00e1 Monsieur Olier. Les deux premi\u00e8res Soeurs furent Madame de Tronson et Madame de Saujon. Cette derni\u00e8re prit con\u00adseil de S. Vincent (SV. VIII, 393 sq.). Devenue par la suite Sup\u00e9rieure sans en avoir les qualit\u00e9s, Mme Saujon provoqua la fin de la Communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Note: Un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant est le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9r\u00e9\u00admitisme. Beaucoup parmi les spirituels les plus connus \u00e9prouv\u00e8rent une attraction extraordinaire pour la Chartreuse (B\u00e9rulle). L&rsquo;\u00e9r\u00e9mi\u00adtisme fleurit sous des modes divers, la plus connue est celle des \u00a0\u00bb soli\u00adtaires\u00a0\u00bb de Port-Royal.<\/p>\n<h2><strong>Deuxi\u00e8me Partie: La Vitalite<\/strong><\/h2>\n<h3><strong>Introduction<\/strong><\/h3>\n<p>Pour comprendre le sens de la r\u00e9forme de l&rsquo;Eglise de France dans laquelle S. Vincent eut une si grande part, il faut recourir aux \u00ab\u00a0temps longs\u00a0\u00bb. Evaluer le XVII<sup>,<\/sup> si\u00e8cle san points de r\u00e9f\u00e9rence s\u00fbrs n&rsquo;a aucun sens. On peut confronter le \u00ab\u00a0grand si\u00e8cle\u00a0\u00bb au temps de la chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale ou encore \u00e1 notre \u00e9poque. Par le biais de cette confrontation il nous sera possible de mieux saisir le sens de l&rsquo;action religieuse entreprise \u00e1 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Eglise de France.<\/p>\n<p>1) Dans la comparaison avec le Moyen-Age, il faut nous souve\u00adnir que aujourd&rsquo;hui le mythe du <em>\u00ab\u00a0moyen-\u00e2ge chr\u00e9tien\u00a0\u00bb <\/em>est abandonn\u00e9. Le GOFF a \u00e9crit que pendant le Moyen-Age la France \u00e9tait pays de mission comme aujourd&rsquo;hui. Certes il existait une religiosit\u00e9 una\u00adnime, mais c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t un fait social, civil. On \u00e9tait alors chr\u00e9tiens parce qu&rsquo;on naissait en pays chr\u00e9tien. Il y avait indubitablement une \u00e9lite religieuse devant qui on est tent\u00e9 de penser que tous \u00e9taient ainsi. Il existait bel et bien une religion populaire pleine de superstitions et de r\u00e9sidus s\u00fbrement pa\u00efens, et elle \u00e9tait tol\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0d\u00e9cadence\u00a0\u00bb des XIVe et XVe si\u00e8cles est un sch\u00e9ma com\u00admode, valable pour certains aspects (crise et d\u00e9cadence du r\u00f4le politico-religieux de la papaut\u00e9, corruption r\u00e9pandue en pas mal de communaut\u00e9s par suite des concessions de la Curie romaine) mais il ne peut \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Il s&rsquo;agit davantage de voir que les deux si\u00e8cles en question manifestent un progr\u00e8s \u00e9conomique et culturel en Europe. Les b\u00e9n\u00e9ficiaires en sont les la\u00efcs. Une nouvelle \u00e9lite cul\u00adturelle se met en place et elle commence \u00e1 critiquer et l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie cl\u00e9ricale dans l&rsquo;Eglise et la tol\u00e9rance de certaines pratiques de la reli\u00adgion populaire. Il suffit de lire Erasme ou Thomas More pour s&rsquo;en convaincre.<\/p>\n<p>Ce ne sont ni les abus ni le besoin de r\u00e9former les moeurs qui feront exploser la R\u00e9forme protestante. LUTHER \u00e9crivait en 1520 \u00ab\u00a0Je ne prends pas les armes contre les mauvaises moeurs mais con\u00adtre les doctrines impies\u00a0\u00bb ( <em>Weimarer Ausgabe <\/em>7, 43). Le drame de l&rsquo;Europe \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019automne du Moyen-Age\u00a0\u00bb (Huizinga) fut le d\u00e9saccord \u00e0 propos de la gr\u00e2ce et du libre-arbitre. Si l\u2019\u00e9pid\u00e9mie la plus grave du moyen-\u00e2ge a \u00e9t\u00e9 a \u00ab\u00a0peste noire\u00a0\u00bb de la moiti\u00e9 du XIVe si\u00e8cle, celle de la seconde moiti\u00e9 du XVI et du d\u00e9but du XVIe fut \u00ab\u00a0l&rsquo;angoisse du salut\u00a0\u00bb, comme le dit P. Chaunu. Pour r\u00e9pondre \u00e1 ce besoin, les communaut\u00e9s luth\u00e9riennes et calvinistes (pour la France CALVIN fut le point de r\u00e9f\u00e9rence, au moins apr\u00e8s les ann\u00e9es quarante) se model\u00e8rent sur la Communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem; selon les Sommaires des Actes or est laiss\u00e9 de cert\u00e9 l&rsquo;aspect hi\u00e9rarchique et institutionnel pour mettre en valeur le Bapt\u00e9me, l&rsquo;\u00e9coute de la Parole et la \u00ab\u00a0fraction du pain\u00a0\u00bb dont on soustrait la signification sacramentelle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;incubation et avec un notable retard (en France plus que partout ailleurs) s&rsquo;affirma finalement la <em>r\u00e9forme catho\u00ad<\/em><em>lique. <\/em>Si on ne tient pas compte des diff\u00e9rences doctrinales, on s\u2019aper\u00e7oit qu&rsquo;au fond la r\u00e9forme catholique fut fort semblable \u00e1 la r\u00e9forme protestante. C&rsquo;est pourquoi, aujourd&rsquo;hui, certains historiens parlent des \u00ab\u00a0deux r\u00e9formes\u00a0\u00bb comme de deux mouvements parall\u00e8les et con\u00adcurrents. Les deux th\u00e9ologies en fait auraient eu le m\u00eame but: r\u00e9pon\u00addre \u00e1 la peur de l&rsquo;enfer (J. Delumeau).<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me du salut les communaut\u00e9s de la R\u00e9forme comme celles catholiques (ces derni\u00e8res furent plus lentes \u00e1 se mettre en marche en vertu du principe de la \u00ab\u00a0possession\u00a0\u00bb, elles se croyaient dans la v\u00e9rit\u00e9, et de l&rsquo;insuffisante organisation pasto\u00adrale) se donn\u00e8rent une organisation coh\u00e9rente. Dan les dux camps on choisit trois moyens d&rsquo;action:<\/p>\n<p><em>a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><em>la peur <\/em>(de la mort, de l&rsquo;enfer, de la femme \u2014 le puritanisme du p\u00e9ch\u00e9, des \u00ab\u00a0turcs\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0d\u00e9viants\u00a0\u00bb \u2014 la pers\u00e9\u00adcution des protestants en pays catholiques et celle des catholiques en pays protestants)<\/p>\n<p><em>b) Le Pouvoir: <\/em>protestants et catholiques eurent recours \u00e1 l&rsquo;Etat. Une fois assur\u00e9s les centres du pouvoir, s&rsquo;ouvrait la route aux minis\u00adtres de la confession respective. LUTHER fit appel aux Princes qui, convertis \u00e1 la nouvelle foi, oblig\u00e8rent les populations \u00e1 en faire autant. CALVIN organisa Gen\u00e8ve selon un contr\u00f4le tr\u00e8s strict pour emp\u00eacher les infiltrations catholiques. Les catholiques plac\u00e8rent des con\u00adfesseurs aupr\u00e8s des Princes et des familles influentes (S. Vincent chez les de Gondi) et les Princes agirent sur le Concile et sur les Papes.<\/p>\n<p>c) <em>un effort pastoral. <\/em>Apr\u00e8s le premier enthousiasme, LUTHER pour ne pas outre d\u00e9pass\u00e9 \u00e1 gauche, dut organiser le culte et mettre au moins un cadre organique (d&rsquo;o\u00efl les \u00ab\u00a0confessions\u00a0\u00bb). Le Concile de Trente d&rsquo;une fa\u00e7on analogue mit en couvre un renouveau pasto\u00adral vraiment g\u00e9nial parce qu&rsquo;il fut capable de r\u00e9pondre aux exigences de l&rsquo;Eglise catholique pour plusieurs si\u00e8cles, jusqu&rsquo;\u00e0 Vatican II.<\/p>\n<p>2) Le second terme de comparaison est avec notre temps inter\u00adpell\u00e9 par la d\u00e9christianisation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est-il cons\u00e9quence de la faillite de la volont\u00e9 de puissance et de la pastorale de la peur (J. Delumeau)? Le m\u00eame auteur r\u00e9pond affirmativement en mettant en relief d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments:<\/p>\n<p><em>a) la christianisation fut partielle: <\/em>tous les secteurs de la population n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s et les r\u00e9sistances v\u00e9cues, pas toujours concep\u00adtualis\u00e9es, furent plus fortes que ce que l&rsquo;on pense.<\/p>\n<p>b) \u00e1 partir du XVIIIe si\u00e8cle (donc apr\u00e8s le temps de S. Vin\u00adcent) la <em>distante <\/em>entre le culture moderne faite de science et de techni\u00adque, et la culture eccl\u00e9siastique ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, va augmentant.<\/p>\n<p>c) la th\u00e9ologie n&rsquo;a pas assez estim\u00e9 les <em>valeurs de la vie terrestre. <\/em>A mesure que les conditions de la vie s&rsquo;am\u00e9liorent (\u00e1 partir de la moiti\u00e9 du XVIIe si\u00e8cle la \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb prend le pas sur la mort par le fait de meilleures conditions d&rsquo;existence) l&rsquo;Eglise ne sut pas se ne &lsquo;aire vuix de ceux qui ne sont pas entendus (question sociale, question d\u00e9mo\u00adcratico-nationale).<\/p>\n<p>d) l&rsquo;incapacit\u00e9 de comprendre les <em>conditions d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 de la femme <\/em>et d&rsquo;agir en cons\u00e9quence Delumeau <em>\u00ab\u00a0Un chemin d&rsquo;histoire. Chr\u00e9<\/em><em>tient\u00e9 et christianisation\u00a0\u00bb <\/em>Paris 1981, p. 7 sq).<\/p>\n<h3><strong>1 &#8211; Les facteurs d&rsquo;une pastorale de conqu\u00eate <\/strong><\/h3>\n<p><strong>1) Le \u00ab\u00a0nouveau pr\u00eatre\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le Concile de Trente avait mis en premi\u00e8re place la pastorale de l&rsquo;Eglise. Il en sortit un mod\u00e8le de nouveau pr\u00eatre. Pour le com\u00adprendre il faut observer comment dans l&rsquo;histoire se sont crois\u00e9s, et comme altern\u00e9s, deux fa\u00e7ons de concevoir le pr\u00eatre:<\/p>\n<ul>\n<li><em>la tradition du Pseudo-Denys: <\/em>le pr\u00eatre est essentiellement et prin\u00adcipalement (m\u00eame si ce n&rsquo;est pas uniquement) <em>l&rsquo;homme du culte. <\/em>Il est pris parmi les hommes et constitu\u00e9 en une dignit\u00e9 plus grande que toutes les dignit\u00e9s humaines, il est sup\u00e9rieur aux Rois et aux Prin\u00adces, pour faire monter la louange vers Dieu et sanctifier les hommes.<\/li>\n<li><em>la tradition augustinienne <\/em>du pr\u00eatre comme <em>homme de la mission. <\/em>S. Augustin aimait \u00e1 dire \u00ab\u00a0praesumus si prosumus\u00a0\u00bb, nous sommes chefs si nous servons. La cons\u00e9cration n&rsquo;est pas une dignit\u00e9 ou un motif pour revendiquer les honneurs, mais le signe d&rsquo;une disponibi\u00adlit\u00e9 \u00e1 servir.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le \u00ab\u00a0nouveau pr\u00eatre\u00a0\u00bb nait de la synth\u00e8se de ces deux \u00e9l\u00e9ments. Il n&rsquo;est plus le chasseur de b\u00e9n\u00e9fices qui vit tranquille dans les \u00ab\u00a0otia litteraria\u00a0\u00bb comme Erasme. Mais assur\u00e9 d&rsquo;un statut \u00e9conomique par\u00adticulier (un des ph\u00e9nom\u00e8nes des XVIe et XVIIe si\u00e8cles est l&rsquo;aug\u00admentation des biens du clerg\u00e9) il devient de plus en plus un homme du culte utilis\u00e9 en pastorale.<\/p>\n<p>B\u00e9rulle, Condren, Olier se situent dans la ligne du Pseudo\u00adDenys. Le pr\u00eatre est \u00ab\u00a0alter Christus\u00a0\u00bb: c&rsquo;est le Christ qui parle par la bouche du pr\u00eatre, qui consacre et b\u00e9nit par lui. B\u00e9rulle aimait \u00e1 dire \u00ab\u00a0En l&rsquo;ordre \u00e9tabli de Dieu il y a deux cortes de personnes: les unes qui re\u00e7oivent et les autres qui communiquent l&rsquo;esprit, la lumi\u00e8re et la gr\u00e2ce de J\u00e9sus. Les premiers sont tous les fid\u00e8les et les seconds les pr\u00eatres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S. Vincent, plus intuitivement que consciemment, se situe sur la seconde ligne. Dans la formation des missionnaires, il les veut tr\u00e8s attentifs isla liturgie (aspect cultuel) mais aussi \u00e1 la \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb (ser\u00advice) \u00ab\u00a0il ne me suffit pas d&rsquo;aimer Dieu si mon prochain ne l&rsquo;aime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de l&rsquo;action de la r\u00e9forme fut la cr\u00e9ation d&rsquo;un mod\u00e8le qui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e1 nos jours:<\/p>\n<p>le pr\u00eatre est <em>un homme s\u00e9par\u00e9.. \u00e1 <\/em>cause de l&rsquo;habit (habit de cou\u00adleur modeste, noir ou gris, la soutane ne s&rsquo;utilisa hors de l&rsquo;\u00e9glise qu&rsquo;\u00e1 partir du XIXe si\u00e8cle), \u00e1 cause de son c\u00e9libat, \u00e1 cause aussi du lieu o\u00f9 il habite et qui est \u00ab\u00a0s\u00e9par\u00e9\u00a0\u00bb des hommes, et \u00e1 cause des m\u00e9tiers qu&rsquo;il ne peut exercer (commer\u00e7ant, boucher, chasseur, chirurgien) comme des lieux qui lui sont interdits (auberges, th\u00e9\u00e2tres).<\/p>\n<ul>\n<li>le pr\u00eatre (tout au moins le cur\u00e9) vit dans le presbyt\u00e8re <em>il attend <\/em>les gens alors que ceux-ci ne sont pas forc\u00e9s d&rsquo;y venir. L&rsquo;usage de la messe quotidienne pour les pr\u00eatres devient toujours plus r\u00e9pandu. Ses autres minist\u00e8res sont l&rsquo;administration des sacrements et la pr\u00e9dication (on ne comprend pas la messe dominicale, au moins elle, sans pr\u00eache, et de plus il y a le cat\u00e9chisme le dimanche apr\u00e8s-midi). Diverses formes de contr\u00f4le (les \u00ab\u00a0certificats\u00a0\u00bb des P\u00e1ques) per\u00admettent aux cur\u00e9s d&rsquo;avoir autour de lui la plus grande partie des fid\u00e8les sinon la totalit\u00e9).<\/li>\n<li>\u00e9poque de la naissance de toute une <em>litt\u00e9rature cl\u00e9ricale <\/em>sur les devoirs des pr\u00eatres, ainsi R. DOGNON <em>\u00ab\u00a0Le bon cur\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>Paris, 1630, plus tard P. COLLET <em>\u00ab\u00a0Trait\u00e9 des devoirs d&rsquo;un pasteur&#8230;\u00a0\u00bb <\/em>Avignon, 1757. Cf. J. GRANDET <em>\u00ab\u00a0Les saints pr\u00eatres fran\u00e7ais du Xi7P si\u00e8cle\u00a0\u00bb <\/em>\u00e9d. G. Letourneau, 3 vol. Angers 1897.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>2) Les S\u00e9minaires<\/strong><\/p>\n<p>Le Concile de Trente dans le d\u00e9cret \u00ab\u00a0Cum adolescentium actas\u00a0\u00bb (CT. IX, 628-630) avait donn\u00e9 seulement des directives et encore pas mal vagues:<\/p>\n<p>Le S\u00e9minaire est un internat ouvert aux enfants de douze ans et plus, riches (ils paient) et pauvres (entretenus gratuitement) sous la d\u00e9pendance de l&rsquo;Ev\u00eaque donnant un enseignement de caract\u00e8re pratique et pastoral.<\/p>\n<p>En Italie, sur ce canevas, furent cr\u00e9\u00e9s au XVIIe si\u00e8cle 128 s\u00e9mi\u00adnaires et dans le si\u00e8cle suivant 70 de plus. La plus grande partie de ces S\u00e9minaires \u00e9tait un ensemble d\u00e9sordonn\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves de tous \u00e2ges qui suivaient les cours hors du s\u00e9minaire. A cause des maigres res\u00adsources financi\u00e8res un pourcentage infime des candidats aux Ordres suivait le cycle propre du s\u00e9minaire (ainsi \u00e1 Plaisance, au si\u00e8cle, les ordonn\u00e9s qui avaient fr\u00e9quent\u00e9 le s\u00e9minaire \u00e9taient \u00e1 peine 10%).<\/p>\n<p>La r\u00e9alisation la mieux r\u00e9ussie en Italie fut celle du s\u00e9minaire milanais cr\u00e9\u00e9 par Saint Charles BORROMEE en 1564 et confi\u00e9 en 1579 aux Oblats de St. Ambroise, une congr\u00e9gation de pr\u00eatres dio\u00adc\u00e9sains cr\u00e9\u00e9e dans ce but.<\/p>\n<p>En France la r\u00e9alisation du Concile de Trente avait permis la cr\u00e9ation de 14 s\u00e9minaires entre 1567 (s\u00e9minaire de Reims) et 1600. A la fin des guerres de religion, entre 1600 et 1620, quatre furent cr\u00e9\u00e9s. Toutes ces tentatives se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent une faillite: la plus grande partie de ces fondations dur\u00e8rent quelques ann\u00e9es. En 1644, seuls \u00e9taient encore ouverts les s\u00e9minaires de Reims, Bordeaux et Rouen.<\/p>\n<p>Un v\u00e9ritable tournant se fit dans les ann\u00e9es quarante, et cela s&rsquo;inspire de deux \u00e9l\u00e9ments:<\/p>\n<ul>\n<li>la tradition du <em>\u00ab\u00a0modus parisiensis\u00a0\u00bb, <\/em>c&rsquo;est-\u00e1-dire l&rsquo;exp\u00e9rience p\u00e9dagogique particuli\u00e8re de la Sorbonne qui pr\u00e9voyait:<\/li>\n<\/ul>\n<p>la division des \u00e9tudiants selon l&rsquo;\u00e2ge et le progr\u00e8s (\u00ab\u00a0majores\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0provectiones\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rudiores\u00a0\u00bb),<\/p>\n<p>l&rsquo;obligation de l&rsquo;assistance aux cours,<\/p>\n<p>les discussion publiques, et les r\u00e9p\u00e9titions p\u00e9riodiques,<\/p>\n<p>le fait que les professeurs s&rsquo;occupent aussi de la conduite morale des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<ul>\n<li><em>l&rsquo;exp\u00e9rience, <\/em>\u00ab\u00a0l&rsquo;ordonnace du concile de Trente est \u00e1 respec\u00adter comme venant du Saint-Esprit. L&rsquo;exp\u00e9rience fait voir n\u00e9anmoins que de la fa\u00e7on qu&rsquo;on l&rsquo;ex\u00e9cute \u00e1 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;\u00e2ge des s\u00e9minaristes, la chose ne r\u00e9ussit pas, ni en Italie, ni en France\u00a0\u00bb (SV. II, 458-461).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi se sont form\u00e9s divers mod\u00e8les:<\/p>\n<ul>\n<li><em>Le s\u00e9minaire-paroisse <\/em>d&rsquo;Adrien BOURDOISE ( + 1655) \u00ab\u00a0ce qui fait un bon capucin, c&rsquo;est un bon noviciat. Ce qui fait qu&rsquo;il y a si peu de bons pr\u00eatres, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de noviciat pour les pr\u00eatres\u00a0\u00bb. Il eut alor l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une paroisse oiz seraient pr\u00e9sents, ensem\u00adble autour du cur\u00e9, des pr\u00eatres qui vannaient \u00e1 Paris pour compl\u00e9ter leurs \u00e9tudes et des clercs qui se formaient aux Ordres.<\/li>\n<li><em>Le s\u00e9minaire-coll\u00e8ge, <\/em>coll\u00e8ge parce que l&rsquo;enseignement y est donn\u00e9 (ce n&rsquo;est donne pas un simple \u00ab\u00a0internat\u00a0\u00bb comme dans les s\u00e9mi\u00adnaires italiens), s\u00e9minaire parce que, outre la formation intellectuelle, s&rsquo;y donne la formation pastorale. Cette seconde formule pr\u00e9valut. Ce fut la formule, avec des diff\u00e9rences parfois notables, de S. Vincent, de M. OLIER, de S. Jean Eudes. On peut garder comme \u00e9l\u00e9\u00adments sp\u00e9cifiques de ce s\u00e9minaire:<\/li>\n<\/ul>\n<p>la distinction entre petit et grand s\u00e9minaire (avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour les grands s\u00e9minaires),<\/p>\n<p>la participation des s\u00e9minaristes au minist\u00e8re.<\/p>\n<p>Si on veut, de plus, comparer les s\u00e9minaires lazaristes aux s\u00e9mi\u00adnaires sulpiciens, on peut noter:<\/p>\n<p>dans les s\u00e9minaires lazaristes on donne une plus grande pr\u00e9pa\u00adration pastorale, tandis que chez les sulpiciens pr\u00e9vaut la formation culturelle (les lazaristes \u00e9taient plus adapt\u00e9s pour la formation des cur\u00e9s, les sulpiciens pour la formation des \u00e9v\u00eaques),<\/p>\n<p>les s\u00e9minaires lazaristes ont plus d&rsquo;autonomie par rapport aux \u00e9v\u00eaques,<\/p>\n<p>la plus grande partie des s\u00e9minaires lazaristes appartenait, m\u00eame pour les murs, \u00e1 la Congr\u00e9gation.<\/p>\n<p>Les faits ne doivent pas sugg\u00e9rer des conclusions forc\u00e9es. Les premiers s\u00e9minaires devaient r\u00e9pondre \u00e1 une situation d&rsquo;urgence. Les s\u00e9minaristes n&rsquo;y passaient pas plus de deux ans et ils recevaient une formation morale, liturgique et pastorale. Vers la fin du si\u00e8cle et au si\u00e8cle suivant, surtout gr\u00e2ce \u00e1 la lutte contre le jans\u00e9nisme et le r\u00e9formisme illumin\u00e9, le mode de formation dans les s\u00e9minaires, changea. Au XVIIIe si\u00e8cle les programmes furent am\u00e9lior\u00e9s, ren\u00addus plus complets et cela am\u00e9liora indubitablement la qualit\u00e9 du clerg\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3 &#8211; Les Missions<\/strong><\/p>\n<p>Les missions populaires ont pris naissance dans le climat de la contre-r\u00e9forme comme un \u00e9l\u00e9ment de reprise et de r\u00e9novation selon les lignes du Concile de Trente. Il est difficile de parler d&rsquo;un com\u00admencement absolu. En premier lieu nous trouvons les J\u00e9suites, (comme Antoine POSSEVINO (+ 1611) en Italie, Pierre SKARGA (+ 1612) en Pologne, Edmond AUGIER (+ 1591) et Pierre COTON (+ 1626) en France. Le g\u00e9n\u00e9ral de la Compagnie de J\u00e9sus, Claude ACQUAVIVA, eut le m\u00e9rite de tracer un dessein pr\u00e9cis des mis\u00adsions. S. Charles BORROMEE en 1578 fonda les Oblats de S. Ambroise dans le but de donner l&rsquo;instruction cat\u00e9chistique en allant de paroisse en paroisse. C\u00e9sar de BUS (+ 1607) suivant l&rsquo;exemple de Borrom\u00e9e et de S. Philippe NERI, entre 1584 et 1590, transforma sa pr\u00e9dication en un enseignement syst\u00e9matique du cat\u00e9chisme. En Allemagne, les missions furent le correspondant catholique des visi\u00adtes protestantes.<\/p>\n<p>Au XVIIe si\u00e8cle, la mission s&rsquo;organise et a comme protagonis\u00adtes les Capucins et les J\u00e9suites, comme aussi un grand nombre de communaut\u00e9s nouvelles n\u00e9es pour ce minist\u00e8re.<\/p>\n<p>Les types des missions furent vari\u00e9s:<\/p>\n<ul>\n<li><em>la mission p\u00e9nitentielle <\/em>en vogue surtout dans les pays latins. On y donne une large part aux manifestations \u00e9motionnelles: pro\u00adcessions, flagellations&#8230;<\/li>\n<li><em>la mission centrale <\/em>surtout j\u00e9suite. On choisit une paroisse cen\u00adtrale o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;arrate quelques jours: la pr\u00e9dication est adress\u00e9e \u00e1 tou\u00adtes les paroisses de la zone qui venaient au centre.<\/li>\n<li><em>la mission urbaine <\/em>pratiqu\u00e9e \u00e1 Rome \u00e1 l&rsquo;Oratoire de Caravita. La mission se d\u00e9place de mois en mois en diverses \u00e9glises. Un aspect typique est les dialogue entre le sage et l&rsquo;ignorant (ou p\u00e9cheur)<\/li>\n<li><em>la mission cat\u00e9chistique <\/em>pratiqu\u00e9e surtout en France. Michel LE NOBLETZ (+ 1652) se servait de tableaux peints \u00e1 propos des diver\u00adses vertus. Pour favoriser la m\u00e9morisation de la v\u00e9rit\u00e9, ce mission\u00adnaire composait des cantiques populaires. Il se servait aussi d&rsquo;auxi\u00adliaires la\u00efques qui expliquaient le cat\u00e9chisme et dispers\u00e9es au milieu du peuple participaient au dialogue entre le pr\u00e9dicateur et la popu\u00adlation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les communaut\u00e9s sacerdotales fran\u00e7aises se consacr\u00e8rent tou\u00adtes aux missions:<\/p>\n<ul>\n<li><em>l&rsquo;Oratoire de J\u00e9sus, <\/em>parmi les missionnaires oratoriens rappe\u00adlons Jean-Baptiste GAULT ( + 1643) qui devint \u00e9v\u00eaque de Marseille et Jean-Baptiste LEJEUNE ( + 1672),<\/li>\n<\/ul>\n<p><em>Congr\u00e9gation de la Mission,<\/em><\/p>\n<ul>\n<li><em>Congr\u00e9gation du Tr\u00e8s Saint Sacrement <\/em>de C. d&rsquo;AUTHIER DE SISGAUD (+ 1667),<\/li>\n<li><em>Saint Sulpice, <\/em>M. OLIER fut un missionnaire qui se d\u00e9voue, corps et \u00e2me \u00e1 ce travail.<\/li>\n<li><em>Eudistes, <\/em>S. Jean Eudes pr\u00eacha entre 1632 et 1674 plus de 110 missions m\u00eame dans les grandes villes. La dur\u00e9e des missions variait de deux semaines \u00e1 cinq mois (cf. CARTES 7 et 8)<\/li>\n<li><em>Montfortains <\/em>fond\u00e9s par S. Louis-Marie GRIGNON de MONTFORT qui donna une large part \u00e1 la fantaisie et \u00e1 la cr\u00e9ati\u00advit\u00e9 pastorale (il composa des cantiques spirituels). La m\u00e9thode mont\u00adfortaine se distingue de celle de S. Vincent surtout par le fait que Vincent \u00e9tait peu port\u00e9 \u00e1 favoriser la religion populaire et aussi parce que la mission lazariste \u00e9tait \u00ab\u00a0fond\u00e9e\u00a0\u00bb alors que Grignon de Mont\u00adfort voulait que ses missionnaires vivent de ce que leur donnait la Providence.\n<ul>\n<li><em>Missionnaires de Saint-Joseph <\/em>de Jacques CRETENET ( + 1666).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parmi le clerg\u00e9 s\u00e9culier, souvenons-nous qu\u2019Alain de SOLMI\u00adNIHAC pr\u00eacha plusieurs missions, que les membres des Conf\u00e9ren\u00adces du Mardi furent souvent invit\u00e9s \u00e1 participer aux missions. Parmi les Capucins le missionnaire le plus connu est le P. Honor\u00e9 de CAN\u00adNES (+ 1694) qui introduisit la coutume de la retraite pendant les missions. Au d\u00e9but de certaines pr\u00e9dications il portait sur l&rsquo;estrade une t\u00ea<sup>t<\/sup>e de mort qu&rsquo;il couvrait parfois d&rsquo;une toque de magistrat, d&rsquo;un chapeau de femme, d&rsquo;une couronne royale, et il instaurait un dialo\u00adgue qui \u00e9pouvantait fort l&rsquo;auditoire.<\/p>\n<p>Les missions furent une des initiatives les plus importantes pour revitaliser les paroisses. Les missionnaires \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral estim\u00e9s; dans le XVIIe et le XVIIIe si\u00e8cles ils ne sont gu\u00e8re critiqu\u00e9s, ils sont m\u00e9m\u00e9 jug\u00e9s \u00ab\u00a0utiles\u00a0\u00bb; les critiques ne commencent qu&rsquo;\u00e1 l&rsquo;\u00e9poque de la Restauration quand ils vont associer le Tr\u00f4ne et l&rsquo;Autel, J\u00e9sus et les Bourbons. Ils essay\u00e8rent de lutter contre l&rsquo;ignorance. La confes\u00adsion g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait le point culminant d&rsquo;un chemin de r\u00e9novation adapt\u00e9 \u00e1 une \u00e9poque de chr\u00e9tient\u00e9 (les Eudistes se d\u00e9finissent \u00ab\u00a0lions\u00a0\u00bb en chaire et \u00ab\u00a0agneaux\u00a0\u00bb au confessionnal, alors que les Lazaristes, au-moins en Italie au XVIIIe si\u00e8cle, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme rigo\u00adristes). Ils essayaient \u00e1 la fin quelque chose de concret: confr\u00e9rie de pri\u00e8re, confr\u00e9rie de la charit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>4 &#8211; Liturgie, F\u00eate, D\u00e9votions <\/strong><\/p>\n<p>a) <em>La pratique religieuse<\/em><\/p>\n<p>Tous les faits en notre possession montrent que dans le cours du XVIIe si\u00e8cle la pratique religieuse atteint un niveau de presque l&rsquo;unanimit\u00e9. <em>La confession et la communion pascales <\/em>qui devaient se faire \u00e1 la paroisse (cela aide \u00e1 comprendre le sens de la confession g\u00e9n\u00e9\u00adrale faite aux missionnaires et non au propre cur\u00e9) rassemblaient pres\u00adque tous les fid\u00e8les. Le nombre des <em>confirmations <\/em>croit en proportion de la fid\u00e9lit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques \u00e1 la visite pastorale. Pour les <em>derniers <\/em><em>sacrements <\/em>entrent en jeu deux \u00e9l\u00e9ments: la peur de la mort et l&rsquo;action des m\u00e9decins auxquels on prescrivait en de nombreux lieux de ne pas assister les malades en Brand danger si ceux-ci ne s&rsquo;\u00e9taient pas confess\u00e9s. <em>Le bapt\u00eame <\/em>est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en grande pompe: il est demand\u00e9 qu&rsquo;il soit donn\u00e9 le plus vite possible afin de pr\u00e9venir la mort de l&rsquo; en\u00adfant: dans un si\u00e8cle augustinien on craignait qu&rsquo;il n&rsquo;aille finir dans les limbes. On prescrivait pour la sage-femme du pays un serment selon lequel elle-m\u00eame aurait baptis\u00e9 le nouveau-n\u00e9 en cas de dan\u00adger de mort.<\/p>\n<p>b) <em>Les libertins<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;affirmation qu&rsquo;en France le catholicisme faisait l&rsquo;unanimit\u00e9 ne peut pas cacher la pr\u00e9sence d&rsquo;un facteur d&rsquo;opposition: les liber\u00adtins. Ils se sont form\u00e9s dans l&rsquo;ambiance de la Renaissance italienne et en particulier \u00e1 Padoue o\u00f9 POMPONAZZI avait ni\u00e9 l&rsquo;immorta\u00adlit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me et le miracle. La venue en France de Catherine de MEDICIS amena quelques autres m\u00e9cr\u00e9ants, ainsi 1&prime; astrologue Cosimo RUGGIERI et l&rsquo;ex-carme Lucilio VANINI condamn\u00e9 au b\u00fbcher \u00e1 Toulouse en 1619.<\/p>\n<p>Le mot libertin d\u00e9signe avant tout une secte pr\u00e9sente \u00e1 Lille dans les d\u00e9buts du XVII si\u00e8cle, elle est li\u00e9e aux FrIres du libre esprit. Elle va se renfor\u00e7ant pour diverses raisons:<\/p>\n<ul>\n<li>la s\u00e9paration religieuse fait apparaitre un doute: quelle est la vraie religion?,<\/li>\n<li>la haine des guerres de religion montre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas vrai que la religion rend l&rsquo;homme meilleur,<\/li>\n<li>la religion apparait comme un instrument pour diriger les masses, elle ne sert pas \u00e1 ceux qui \u00ab\u00a0raisonnent\u00a0\u00bb,<\/li>\n<li>l&rsquo;individualisme de la Renaissance et le principe du libre exa\u00admen sont port\u00e9s au maximum de leurs cons\u00e9quences,<\/li>\n<li>refus de consid\u00e9rer comme valide l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la cul\u00adture antique n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une pr\u00e9paration du christianisme.<\/li>\n<\/ul>\n<p>On peut distinguer divers secteurs \u00e1 l&rsquo;int\u00e9rieur du libertinisme:<\/p>\n<p>1 &#8211; <em>Le libertinisme philosophique <\/em>qui substitue un nouvel id\u00e9al \u00e1 celui du salut individuel (id\u00e9al \u00e9go\u00efste): se consacrer \u00e1 la soci\u00e9t\u00e9, la per\u00adsonnalit\u00e9 de l&rsquo;homme ne doit pas \u00eatre opprim\u00e9e (humilit\u00e9) mais d\u00e9ve\u00adlopp\u00e9e. C &lsquo;est la position de MONTAIGNE et de CHARRON.<\/p>\n<p>2 &#8211; <em>Le libertinisme ath\u00e9e, <\/em>alors que la position pr\u00e9c\u00e9dente peut coexister avec un certain th\u00e9isme, certains arrivent \u00e1 une conclusion totalement n\u00e9gative \u00e1 propos de l&rsquo;existence de Dieu; ainsi le <em>\u00ab\u00a0Testa\u00adment\u00a0\u00bb <\/em>de l&rsquo;abb\u00e9 MESLIER (+ 1729) connu de Voltaire et d&rsquo;Hol\u00adbach. Dans le proc\u00e8s d&rsquo;un officier de Cond\u00e9 on dit qu&rsquo;un certain Barin \u00e1 l&rsquo;annonce de la paix des Pyr\u00e9n\u00e9es (pour ces nobles la guerre \u00e9tait une ressource importante) aurait dit \u00ab\u00a0que s&rsquo;ils tenaient le Christ, qu&rsquo;ils le poignarderaient, puisqu&rsquo;il souffrait qu&rsquo;on fit la paix pen\u00addant laquelle ils ne pouvaient pas vivre\u00a0\u00bb (cit TAVENEAUX, I, 250).<\/p>\n<p>3 &#8211; <em>Le libertinisme mondain <\/em>r\u00e9pandu en certains salons du Marais autour de certains personnages comme CONCINI, mais aussi \u00e1 la Cour d&rsquo;Anne d&rsquo;Autriche et de Louis XIV. Ninon de Lenclos \u00e9tait libertine et pour cette raison fut enferm\u00e9e chez les Madelonnettes. Cyrano de Bergerac critiquait la religion et la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>4 &#8211; <em>Le libertinisme politique, <\/em>la m\u00e9fiance dans la nature humaine, qui s&rsquo;est montr\u00e9e aussi f\u00e9roce et corrompue, exclut que l&rsquo;on puisse parler de v\u00e9rit\u00e9 universelle et absolue (comme le demande le con\u00adcept de loi naturelle). Le sage doit avant tout vivre personnellement selon la nature, mais pour la soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;absolutisme le plus fort est une chose n\u00e9cessaire (ainsi La Mothe le Vayer, Gassendi-qui fut en rela\u00adtion avec S. Vincent). On trouve une position voisine dans <em>\u00ab\u00a0Levia\u00ad<\/em><em>than\u00a0\u00bb <\/em>de Hobbes.<\/p>\n<p>c) <em>La f\u00eate<\/em><\/p>\n<p>Au XVIIe si\u00e8cle, chaque village, chaque paroisse avait son syst\u00e8me festif qui comprenait des f\u00eates liturgiques (No\u00ebl, P\u00e2ques), des f\u00eates saisonni\u00e8res (carnaval, f\u00eate de la vendange), des f\u00eates com\u00adm\u00e9moratives (saint patron) et des f\u00eates extraordinaires (passage du Roi). Les \u00e9l\u00e9ments constitutifs des f\u00eates \u00e9taient religieux (messe, v\u00eapres, procession) et profanes (foires, jeux, danse, van). Selon cer\u00adtains sp\u00e9cialistes, en certains cas, les f\u00eates repr\u00e9sentaient un moyen de d\u00e9charger l&rsquo;agressivit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e en fonction d&rsquo;un ordre \u00e9tabli. Ainsi l&rsquo;\u00e9lection du \u00ab\u00a0road des fous\u00a0\u00bb, le fait de mettre sur le tr\u00f4ne \u00e9pis\u00adcopal le jour des Saints Innocents, un enfant de ch\u0153ur, tandis que tout le chapitre des chanoines bourrus chantaient, en ce jour, les motets Is la place du ch\u0153ur, cela pouvait signifier que tout peut finir ou que tout peut \u00eatre repris. En ce cas, cela devenait signe du retour \u00e1 la condition originelle, annonce et esp\u00e9rance d&rsquo;une paling\u00e9n\u00e9sie. On trouve parfois dans certaines f\u00eates des survivances des antiques saturnales et des rites pr\u00e9-chr\u00e9tiens qui peuvent aller jusqu&rsquo;\u00e1 \u00eatre compar\u00e9es \u00e1 des formes d&rsquo;initiation.<\/p>\n<p>L&rsquo;Etat absolu, l&rsquo;Eglise catholique et l&rsquo;Eglise de la R\u00e9forme vont se liguer, au XVIIe si\u00e8cle, contre la f\u00eate.<\/p>\n<p>Sans cependant se livrer \u00e1 une action syst\u00e9matique, l&rsquo;Etat absolu consid\u00e9ra les f\u00eates comme un p\u00e9ril en puissance. Colbert, ennemi d\u00e9clar\u00e9 de l&rsquo;oisivet\u00e9, convainquit l&rsquo;archev\u00eaque de Paris de supprimer 17 f\u00eates. On trouve souvent r\u00e9unies f\u00eate et r\u00e9volte (cf. Y.M. BERCE <em>\u00ab\u00a0F\u00eate et R\u00e9volte\u00a0\u00bb <\/em>Paris 1976).<\/p>\n<p>Les deux \u00ab\u00a0R\u00e9formes\u00a0\u00bb, protestante et catholique, avec des diff\u00e9rences, vont lutter contre la f\u00eate, pour la morale et l&rsquo;instruction du peuple \u00ab\u00a0Dans une soci\u00e9t\u00e9 rurale, o\u00efl le bonheur et m\u00e9m\u00e9 la sur\u00advie d\u00e9pendent d&rsquo;abord du succ\u00e8s de la r\u00e9colte, Dieu est d&rsquo;abord le Dieu de la terre, celui qui a cr\u00e9\u00e9 toutes choses, qui fait reverdir la nature au printemps et m\u00fbrir les fruits \u00e1 l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Les f\u00eates qui tendaient Is obtenir sa protection sur les champs, puis Is reconnaitre ses bien\u00adfaits m\u00ealaient ing\u00e9nument les pri\u00e8res, les rites propitiatoires et les joyeuset\u00e9s traditionnelles \u00e1 basent de danse et de vin&#8230; En fait, la messe et la beuverie \u00e9taient deux moments de la m\u00e9m\u00e9 journ\u00e9e exception\u00adnelle, deux sommets de l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 et de l&rsquo;activit\u00e9 paysannes, dont le voisinage na\u00eff ne semblait pas coupable\u00a0\u00bb (BERCE, 163). Tout cela ne pouvait plaire aux \u00ab\u00a0deux R\u00e9formes\u00a0\u00bb. Et ainsi, malgr\u00e9 la diversit\u00e9 doctrinale, les deux mouvements vont agir en concurrence pour instruire les masses qui ignoraient la \u00ab\u00a0droite doctrine\u00a0\u00bb. En Angleterre, on est arriv\u00e9 \u00e1 regard\u00e9 la f\u00eate comme un reste papiste. Michel Le Nobletz rencontra dans ses missions pas mal de gens qui se mettaient \u00e1 genoux devant la nouvelle lune et r\u00e9citaient le Notre Pire. S. Vincent en 1645 protesta contre les autorit\u00e9s de la ville d&rsquo;Aix par\u00e9e que la procession de la F\u00e9te-Dieu \u00e9tait accompagn\u00e9e de repr\u00e9\u00adsentations all\u00e9goriques des p\u00e9ch\u00e9s capitaux et des vertus. Pour lui, c&rsquo;\u00e9tait lis \u00ab\u00a0actions scandaleuses et offensant Dieu et les gens de bien\u00a0\u00bb (II, 525, sq).<\/p>\n<p>d) <em>Famille, enfance, \u00e9ducation<\/em><\/p>\n<p><em>1 &#8211; La famille. <\/em>Au Moyen-Age, la famille \u00e9tait peu consid\u00e9r\u00e9e et ceci pour deux raisons:<\/p>\n<ul>\n<li>la th\u00e9orie des \u00ab\u00a0tria genera\u00a0\u00bb dans lesquels sont divis\u00e9s les hom\u00admes: moines, pr\u00eatres, la\u00efcs mari\u00e9s, qui place le mariage au dernier rang.<\/li>\n<li>au point de vue social, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment rassembleur est le m\u00e9tier: on participe \u00e1 la vie associative en exer\u00e7ant le m\u00e9m\u00e9 m\u00e9tier (dans l&rsquo;\u00e9choppe de l&rsquo;artisan ou dans les champs).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Aux XVe et XVIe si\u00e8cles, on assiste \u00e1 la naissance d&rsquo;un nou\u00adveau sens de la famille (cela ressort des repr\u00e9sentations artistiques des sc\u00e8nes famili\u00e8res) et il sera renforc\u00e9 encore au XVIIe. Dux instituciones sont r\u00e9v\u00e9latrices de cette tendance:<\/p>\n<ul>\n<li>le droit d&rsquo;ainesse qui laisse intact le patrimoine familial,<\/li>\n<li>le mariage n\u00e9goci\u00e9 par les parents (un \u00e9dit de 1639 d\u00e9cide que le fils rebelle perd tout droit \u00e1 l&rsquo;h\u00e9ritage s&rsquo;il n&rsquo;accepte pas la d\u00e9ci\u00adsion des parents). La litt\u00e9rature \u00ab\u00a0pr\u00e9cieuse\u00a0\u00bb, qui raconte des histoi\u00adres d&rsquo;amour hors du mariage, apparait comme une r\u00e9action.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les classes populaires, le rite des fian\u00e7ailles, apr\u00e8s quoi \u00e9tait consomm\u00e9 le mariage, disparait presque enti\u00e8rement. La coutume morale est plus respectueuse des pr\u00e9ceptes de l&rsquo;Eglise, au point que les naissances hors mariage diminuent (exemple contraire, Louise de Marillac).<\/p>\n<p>L&rsquo;Eglise catholique contribue \u00e1 am\u00e9liorer le sort de la famille. <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Introduction \u00e1 la vie d\u00e9vote\u00a0\u00bb <\/em>de Fran\u00e7ois de Sales et la d\u00e9votion \u00e1 Saint Joseph marquent l&rsquo;effort de spiritualisation de ce milieu.<\/p>\n<p>2 &#8211; <em>L\u2019enfance. <\/em>Pour tout le Moyen-Age il n&rsquo;y a pas une attention particuli\u00e8re \u00e1 l&rsquo;enfant. Si l&rsquo;on regarde l&rsquo;iconographie, aussi bien sacr\u00e9e que profane, les enfants (et cela vaut aussi pour l&rsquo;Enfant-J\u00e9sus) sont de petits hommes et toujours m\u00eal\u00e9s aux adultes. Le monde de l&rsquo;enfant n&rsquo;existe pas. L&rsquo;angoisse du Salut, la r\u00e9flexion sur le p\u00e9ch\u00e9 originel et la condition d&rsquo;innocence, portent \u00e1 d\u00e9couvrir le monde de l&rsquo;enfant. Cependant le petit est regard\u00e9 tris vite comme un adulte en r\u00e9duction. Ste Chantal et Marie de L&rsquo;Incarnation abandonnent leurs enfants encore en bas \u00e2ge pour entrer au couvent (le fils de Ste Chantal se couche sur le seuil de la maison, sa mire passe par-dessus, car c\u00e9der serait all\u00e9 contre la volont\u00e9 de Dieu&#8230;). Louise de Maril\u00adlac est r\u00e9primand\u00e9e pour sa trop grande sollicitude envers son fils. La pr\u00e9sence du p\u00e9ch\u00e9 originel am\u00e8ne \u00e1 manqu\u00e9 d&rsquo;indulgence envers les enfants.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00e9ducation des classes sup\u00e9rieures, on met au point une institution importante, <em>le collige. <\/em>C\u2019est un lieu o\u00f9 l&rsquo;enfant est sous\u00adtrait \u00e1 sa famille, soumis \u00e1 une discipline de fer sous des maitres auto\u00adritaires (ceux-ci sont souvent des religieux et en premi\u00e8re place, les J\u00e9suites), dans un monde artificiel, loin des influences du monde ext\u00e9\u00adrieur. Les \u00e9l\u00e8ves sont surveill\u00e9s (dans les Coll\u00e8ges j\u00e9suites la d\u00e9la\u00adtion devient une institution), divis\u00e9s en groupes antagonistes (Romains et Carthaginois) pour susciter l&rsquo;\u00e9mulation (distribution de prix). Il est significatif de voir que dans ces coll\u00e8ges on donne plus d&rsquo;importance au latin et \u00e1 la rh\u00e9torique qu&rsquo;\u00e1 l&rsquo;\u00e9ducation religieuse. L&rsquo;\u00e9tude du latin (c&rsquo;est alors la premi\u00e8re langue, le fran\u00e7ais vient ensuite) servait \u00e1 pr\u00e9senter des mod\u00e8les parfaits de vertu (les per\u00adsonnages de l&rsquo;Antiquit\u00e9) \u00e1 qui ressembler, et cela demandait d&#8217;em\u00admagasiner beaucoup de r\u00e8gles. Dans la pratique, tout cela servait \u00e1 cr\u00e9er un monde en-soi, totalement diff\u00e9rent du monde \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la vie, et donc capable d&rsquo;orienter vers \u00ab\u00a0l&rsquo;autre monde\u00a0\u00bb, le monde \u00e9ternel. l&rsquo;exaltation des \u00e9l\u00e8ves des coll\u00e8ges aux honneurs de l&rsquo;autel, tel S. Louis de GONZAGUE.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00e9ducation des classes inf\u00e9rieures, est mise au point l&rsquo;ins\u00adtitution des \u00ab\u00a0petites Ecoles\u00a0\u00bb. Elles sont n\u00e9es de la conviction qu&rsquo;il fallait combattre l&rsquo;ignorance; celle-ci \u00e9loignait du Salut. De m\u00eame les missionnaires qui parcouraient diverses r\u00e9gions voulaient s&rsquo;assu\u00adrer que l&rsquo;instruction qu&rsquo;ils avaient donn\u00e9e ne reste pas un palliatif. Les \u00e9coles naissent donc de l&rsquo;effort de christianisation et du progr\u00e8s \u00a0des \u00ab\u00a0deux r\u00e9formes\u00a0\u00bb. Elle n&rsquo;est pas per\u00e7ue comme quelque chose de dangereux. \u00ab\u00a0La vraie religion postule un minimum de culture\u00a0\u00bb telle est la conviction de S. Jean-Baptiste de La Salle. Le mod\u00e8le \u00e9du\u00adcatif se pr\u00e9sente ainsi:<\/p>\n<p>un sentiment de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9: le rire et le jeu sont interdits,<\/p>\n<p>les enfants doivent Ittre constamment surveill\u00e9s, m\u00eame si c&rsquo;est paternellement,<\/p>\n<p>les ch\u00e2timents corporels doivent \u00eatre administr\u00e9s avec mod\u00e9ration,<\/p>\n<p>tour les gestes doivent \u00eatre valoris\u00e9s, m\u00eame les plus petits (ainsi la charit\u00e9 envers les pauvres),<\/p>\n<p>les \u00e9l\u00e8ves doivent \u00eatre pr\u00e9par\u00e9s \u00e1 s&rsquo;ins\u00e9rer dans la soci\u00e9t\u00e9 par le moyen de l&rsquo;enseignement des bonnes mani\u00e8res.<\/p>\n<p>Pour ce qui touche \u00e1 l&rsquo;\u00e9ducation de la femme, c&rsquo;est le lot de divers monast\u00e8res f\u00e9minins et de certaines congr\u00e9gations nouvelles, ainsi les Ursulines, les Religieuses de Notre-Dame, les Filles de la Charit\u00e9. Le programme pour les filles \u00e9tait plus r\u00e9duit: instruction religieuse, lecture, \u00e9criture, calcul, pr\u00e9paration aux travaux domes\u00adtiques.<\/p>\n<p>3 &#8211; <em>La mort<\/em><\/p>\n<p><em>11 <\/em>y a eu, selon Philippe ARIES <em>\u00ab\u00a0Essai sur l&rsquo;histoire de la mort <\/em><em>en Occident, du Moyen-Age \u00e1 nos jours\u00a0\u00bb, <\/em>Paris 1975, une \u00e9volution dans la fa\u00e7on de voir la mort:<\/p>\n<p>dans <em>le Haut Moyen-Age <\/em>elle est regard\u00e9e comme un destin com\u00admun \u00e1 toute l&rsquo;humanit\u00e9;<\/p>\n<p>dans <em>le bas Moyen-Age <\/em>et \u00e1 la <em>Renaissance <\/em>on souligne le caract\u00e8re individuel, ce qui d\u00e9veloppa un intense et f\u00e9brile d\u00e9sir de la jouis\u00adsance imm\u00e9diate;<\/p>\n<p>\u00e1 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, la mort n&rsquo;est plus in\u00e9vitable, elle en est plus tragique. Elle est alors sublim\u00e9e par le culte du souvenir;<\/p>\n<p>aujourd&rsquo;hui la mort est comme expuls\u00e9e de la vie, on n&rsquo;en parle plus.<\/p>\n<p>Au XVII( si\u00e8cle, la mort conserve les \u00e9l\u00e9ments des si\u00e8cles pr\u00e9\u00adc\u00e9dents: elle est famili\u00e8re d&rsquo;autant plus que la moyenne de vie est fort basse (50% de mortalit\u00e9 infantile et \u00e2ge moyen autour de 25 ans), elle est objet de rappel et motif de conversion (c&rsquo;est pourquoi elle est un th\u00e8me ordinaire de la pr\u00e9dication), mais aussi occasion pour distribuer ses biens propres par testament. La spiritualit\u00e9 tend \u00e1 sug\u00adg\u00e9rer une pens\u00e9e constante de la mort capable de renouveler la vie et d&rsquo;\u00e9viter le p\u00e9ch\u00e9, ainsi \u00ab\u00a0momento mori\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0considera novissima tua et in aeternum non peccabis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>4 &#8211; <em>Pastorale de la charit\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Il y a eu une \u00e9volution aussi par rapport aux pauvres. Au <em>Moyen-<\/em><em>\u00e2ge, <\/em>on voyait le Christ dans le pauvre. Et dans certains cas le fait d&rsquo;\u00eatre pauvre \u00e9tait regard\u00e9 comme un id\u00e9al (mouvement franciscain). Aux <em>XVI<sup>,<\/sup> et XVII<sup>,<\/sup> si\u00e8cles, <\/em>m\u00eame si cette conviction demeure, du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 se met en place une image pessimiste: le pauvre est un \u00eatre \u00e1 fuir, c&rsquo;est un \u00eatre immoral et il sent mauvais (cf. A. CORDIE auteur d&rsquo;une histoire sociale des odeurs). Au <em>XVIII si\u00e8cle, <\/em>le pauvre est plut\u00f4t jug\u00e9 sur son inutilit\u00e9: c&rsquo;est un \u00eatre Mutile car il ne produit pas. Cependant, si au XVII&rsquo; si\u00e8cle on ne s&rsquo;interroge pas sur les causes de la pauvret\u00e9&rsquo;, au si\u00e8cle suivant s&rsquo;ouvre un d\u00e9bat int\u00e9ressant et l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une certaine responsabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 prend force. Au \u00ab\u00a0grand si\u00e8cle\u00a0\u00bb l&rsquo;unique rem\u00e8de admis par la soci\u00e9t\u00e9 est \u00ab\u00a0la r\u00e9clusion\u00a0\u00bb; pour l&rsquo;Eglise, c&rsquo;est la Charit\u00e9.<\/p>\n<p>On cr\u00e9e alors des h\u00f4pitaux, la charit\u00e9 est organis\u00e9e (propagande, ramassage, envoi), on s&rsquo;occupe des malades \u00e1 domicile, des enfants trouv\u00e9s. On discute aujourd&rsquo;hui sur le \u00ab\u00a0grand renfermement\u00a0\u00bb qui fut admis m\u00eame par les spirituels: leurs raisons ne furent pas la peur que cette masse put provoquer une r\u00e9volution sociale, mais pour eux l&rsquo;unique moyen capable de r\u00e9soudre cette situation semblait \u00eatre la cr\u00e9ation de centres capables de recueillir et de soigner les pauvres. Ils ne se sont pas demand\u00e9s si l&rsquo;on pouvait intervenir sur les causes.<\/p>\n<h3><strong>2 &#8211; Le Jans\u00e9nisme<\/strong><\/h3>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0jans\u00e9nisme\u00a0\u00bb vient du nom du Hollandais (alors sujet espagnol) Cornelis JANSEN (latinis\u00e9 en JANSENIUS) professeur \u00e1 l&rsquo;Universit\u00e9 de Louvain et ensuite \u00e9v\u00eaque de YPRES.<\/p>\n<p>Pour bien comprendre sa figure et le mouvement auquel il a donn\u00e9 son nom, il faut remonter au XVI&rsquo; si\u00e8cle lorsque s&rsquo;affirma la tradition humaniste qui fut de suite re\u00e7ue avec faveur par l&rsquo;Eglise catholique. Cette position \u00e9tait:<\/p>\n<p>progressiste,<\/p>\n<p>optimiste (sur le probl\u00e8me de la libert\u00e9 humaine en face de la gr\u00e2ce de Dieu),<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0bienveillante\u00a0\u00bb (dans les secteurs o\u00efl la loi divine ne commande avec certitude),<\/p>\n<p>favorable \u00e1 l&rsquo;extension du centralisme romain et \u00e1 l&rsquo;autonomie des religieux par rapport aux Ev\u00eaques.<\/p>\n<p>Cette position \u00e9tait d\u00e9fendue par la Compagnie de J\u00e9sus qui \u00e9tait \u00e1 l&rsquo;avant-garde du mouvement humaniste (Ratio studiorum); elle trouva dans la doctrine moliniste (du nom du J\u00e9suite espagnol MOLINA qui avait \u00e9tudi\u00e9 un syst\u00e8me d&rsquo;accord qui devait sauve-, garder la primaut\u00e9 de Dieu, cause premi\u00e8re, et l&rsquo;autod\u00e9termination de l&rsquo;homme) un instrument souple et persuasif. De plus, dans le domaine de la morale, on \u00e9tait plus favorable \u00e1 imposer une th\u00e9olo\u00adgie morale plus sensible aux besoins de l&rsquo;homme l&rsquo;accusation de laxisme), tandis que dans le domaine de l&rsquo;eccl\u00e9siologie la Com\u00adpagnie d\u00e9fendait la Primaut\u00e9 et l&rsquo;Infaillibilit\u00e9 pontificales.<\/p>\n<p>A cette tendance s&rsquo;opposa une autre tendance qui s&rsquo;inspirait de S. Augustin et par a se rattachait \u00e1 une plus solide tradition, qui \u00e9tait: conservatrice,<\/p>\n<p>pessimiste,<\/p>\n<p>rigoriste,<\/p>\n<p>pour un renforcement de l&rsquo;autorit\u00e9 des Ev\u00eaques et une diminu\u00adtion du centralisme romain.<\/p>\n<p>L&rsquo;inspiration augustienne qui avait guid\u00e9 la marche de l&rsquo;Eglise pendant tout le Moyen-Age, avait \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e \u00e1 l&rsquo;apparition de la Reforme protestante, lorsque les n\u00e9cessit\u00e9s de la pol\u00e9mique avaient dirig\u00e9 l&rsquo;aiguille de la bascule vers l&rsquo;optimisme \u00e1 propos de l&rsquo;homme et de ses \u0153uvres. Le Concile de Trente avait donn\u00e9 une solution d&rsquo;un \u00e9quilibre parfait (si bien que le protestant HARNACK d\u00e9clarait que si la d\u00e9cision tridentine \u00e9tait arriv\u00e9e cinquante ans plus t\u00f4t il n&rsquo;y aurait pas eu de Luther) mais cela n&rsquo;avait pas rep\u00each\u00e9 l&rsquo;accentuation de la tendance \u00ab\u00a0humaniste\u00a0\u00bb au sein de l&rsquo;Eglise catholique.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9agir contre cette tendance, Jans\u00e9nius entreprit des \u00e9tu\u00addes approfondies sur l&rsquo;couvre de S. Augustin et composa une \u0153uvre importante \u00ab\u00a0L&rsquo;Augustinus\u00a0\u00bb, \u00e9dit\u00e9e apr\u00e8s sa mort. La publication donna lieu \u00e1 une violente pol\u00e9mique. Un professeur de la Sorbonne, Nicolas CORNET d\u00e9nono sept propositions (r\u00e9duites ensuite \u00e1 cinq) qui \u00e1 son avis, r\u00e9sumaient la doctrine de l&rsquo;ouvrage. Selon cette synth\u00e8se, l&rsquo;homme, dans la prospective jans\u00e9niste, ne serait pas libre: quand il suit Dieu il n&rsquo;a pas de m\u00e9rite car il est attir\u00e9 par la gr\u00e2ce. La damnation s&rsquo;expliquerait alors comme un choix de Dieu et donc serait ni\u00e9e la volont\u00e9 salvifique universelle de Dieu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un long examen, les cinq propositions furent condamn\u00e9es par le Pape en 1653. Aussit\u00f4t les amis de l&rsquo;auteur de l&rsquo;Augustinus firent objection: il n&rsquo;est pas vrai que ces propositions refl\u00e8tent exac\u00adtement la pens\u00e9e de Jans\u00e9nius. Ainsi la question se d\u00e9place: il n&rsquo;est plus seulement question du probl\u00e8me de la gr\u00e2ce mais de l&rsquo;autorit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;Eglise dans l&rsquo;\u00e9tablissement exact de la pens\u00e9e d&rsquo;un homme mort dans la foi.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps s&rsquo;allume en France une pol\u00e9mique serr\u00e9e sur les nouveaut\u00e9s introduites au monast\u00e8re de Port-Royal par Ang\u00e9\u00adlique ARNAULD, l&rsquo;abb\u00e9 Jean DUVERGIER de HAURANNE, plus connu sous le nom de SAINT-CYRAN et quelques cur\u00e9s de Paris. Un mouvement intellectuel de premier ordre s&rsquo;\u00e9tait constitu\u00e9 autour de Port-Royal. Rappelons PASCAL, RACINE, NICOLE, SACY, les ARNAULD. Certains de ceux-ci, les \u00ab\u00a0solitaires de Port-Royal\u00a0\u00bb voulaient vivre une Corte d&rsquo;intense exp\u00e9rience de solitude selon le mod\u00e8le d&rsquo;Augustin avant son ordination sacerdotale (recherche de 1&Prime; `otium\u00a0\u00bb intellectuel contre le \u00ab\u00a0negotium\u00a0\u00bb). Ils cr\u00e9\u00e8rent des \u00e9coles (\u00ab\u00a0les petites \u00e9coles\u00a0\u00bb) avec des ouvrages de p\u00e9dagogie de tr\u00e8s grande valeur. Une des \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9s\u00a0\u00bb de la r\u00e9forme de Port-Royal fut l&rsquo;\u00e9loi\u00adgnement de l&rsquo;absolution et une discipline de l&rsquo;eucharistie selon la tra\u00addition ancienne. Des \u00e9tudes \u00e9rudites qu&rsquo;ils firent (pensons \u00e1 l&rsquo;histo\u00adrien LE NAIN de TILLEMONT) on commen\u00e7a \u00e1 r\u00eaver \u00e1 un retour aux anciennes formes liturgiques qui d\u00e9boucha sur une s\u00e9rie de pro\u00adpositions de r\u00e9forme: liturgie en langue vivante, canon \u00e1 haute voix, traduction de la Bible, autel unique, r\u00e9forme de la religiosit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;opposition (\u00ab\u00a0l&rsquo;antijans\u00e9nisme\u00a0\u00bb) vint de la part:<\/p>\n<ul>\n<li><em>des politiques. <\/em>Richelieu et Mazarin furent hostiles. Le pre\u00admier mit Saint-Cyran en prison, il instruisit une parodie de proc\u00e8s et appela S. Vincent comme principal t\u00e9moin de l&rsquo;accusation sur la base d&rsquo;une lettre de Vincent d\u00e9couverte dans les papiers de Saint\u00adCyran. Tr\u00e8s habilement, Vincent r\u00e9ussit \u00e1 \u00e9luder la mangeure dans une d\u00e9position que BREMOND a d\u00e9fini \u00ab\u00a0un chef-d&rsquo;oeuvre de cha\u00adrit\u00e9\u00a0\u00bb. Mazarin continua la politique anti-jans\u00e9niste de Richelieu, crai\u00adgnant que les jans\u00e9nistes ne soient alli\u00e9s \u00e1 la Fronde (la Fronde par\u00adlementaire). Louis XIV continua \u00e1 pers\u00e9cuter le jans\u00e9nisme d&rsquo;abord au moment de la controverse sur la R\u00e9gale (les 4 articles gallicans, 1682), quand paradoxalement des \u00e9v\u00eaques pro jans\u00e9nistes s&rsquo;alli\u00e8rent avec Innocent XI, ensuite quand s\u2019amor\u00e7a la reprise des hostilit\u00e9s, demandant \u00e1 Cl\u00e9ment XI la Bulle <em>\u00ab\u00a0Unigenitus\u00a0\u00bb.<\/em><\/li>\n<li><em>des th\u00e9ologiens. <\/em>Le plus grand d\u00e9fenseur de la doctrine jans\u00e9\u00adniste fut Antoine ARNAULD, fr\u00e8re cadet de la M\u00e9r\u00e9 Ang\u00e9lique. fut suivi de Pascal QUESNEL. Contre eux combattirent les meil\u00adleurs th\u00e9ologiens de l&rsquo;\u00e9poque. La pol\u00e9mique jans\u00e9niste amena une grande production de la part des th\u00e9ologiens antijans\u00e9nistes qui inter\u00advinrent sur trois secteurs:\n<ul>\n<li><em>dogmatique, <\/em>attaquant les cinq Propositions et la conception jans\u00e9niste de la gr\u00e2ce,<\/li>\n<li><em>moral, <\/em>contre la morale \u00ab\u00a0rigoriste\u00a0\u00bb des jans\u00e9nistes,<\/li>\n<li><em>eccl\u00e9siologique, <\/em>d\u00e9fend\u00e1nt l&rsquo;infaillibilit\u00e9 pontificale.<\/li>\n<li><em>des spirituels, <\/em>S. Vincent de Paul, Jean-Jacques OLIER, Char\u00adles de CONDREN, S. Jean EUDES et autres r\u00e9agirent en partant d&rsquo;une autre perspective. Ils vivaient au milieu des pauvres et des mis\u00e9reux de Paris et ils savaient que le retour \u00e1 l&rsquo;antiquit\u00e9 ne serait pas compris. Dans une soci\u00e9t\u00e9 stable, toute nouveaut\u00e9 \u00e9tait une offense: le pessimisme des jans\u00e9nistes aurait inocul\u00e9 seulement d\u00e9ses\u00adpoir et angoisse. De plus on pouvait craindre qu&rsquo;une r\u00e9forme dans le sens jans\u00e9niste aurait pu mettre \u00e1 mal l&rsquo;\u0153uvre du Concile de Trente, enterrant un renouveau dont, malgr\u00e9 tout, en France on voyait alors un printemps plein de promesses.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Situation De L&rsquo;eglise De France En 1598 La France est le royaume d&rsquo;Europe le plus important pour la population entre 1550 et 1700, avec environ 20 millions d&rsquo;habitants, mais \u00e1 la fin du XVIe &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/leglise-en-france-au-temps-de-saint-vincent\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":104102,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[128,5],"tags":[],"class_list":["post-58839","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-au-temps-de-vincent-de-paul","category-vincent-de-paul"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>L&#039;Eglise en France au temps de Saint Vincent - Nous Sommes Vincentiens<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/leglise-en-france-au-temps-de-saint-vincent\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L&#039;Eglise en France au temps de Saint Vincent - Nous Sommes Vincentiens\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La Situation De L&rsquo;eglise De France En 1598 La France est le royaume d&rsquo;Europe le plus important pour la population entre 1550 et 1700, avec environ 20 millions d&rsquo;habitants, mais \u00e1 la fin du XVIe ... 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Javier es laico vicenciano, afiliado a la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n y miembro del Equipo de Misiones Populares de la provincia can\u00f3nica de Zaragoza (Espa\u00f1a) de la Congregaci\u00f3n de la Misi\u00f3n. Graduado en la Universidad Oberta de Catalunya con cuatro grados (Asistente de direcci\u00f3n, Gesti\u00f3n Administrativa, Recursos Humanos y Contabilidad Avanzada). Bil\u00edng\u00fce Espa\u00f1ol\/Ingl\u00e9s. gestiona y mantiene varias p\u00e1ginas web cristianas y vicencianas, incluida including La Red de Formaci\u00f3n Vicenciana, de la que es cofundador. Actualmente es responsable del \u00e1rea de Espa\u00f1ol de .famvin, la Red de Noticias de la Familia Vicenciana. Tambi\u00e9n es m\u00fasico cat\u00f3lico y ha editado varios discos. Es Director General y cofundador de Trovador, una reconocida compa\u00f1\u00eda discogr\u00e1fica critiana de Espa\u00f1a. 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