{"id":190675,"date":"2017-12-17T04:00:58","date_gmt":"2017-12-17T03:00:58","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/?p=190675"},"modified":"2016-08-12T08:15:15","modified_gmt":"2016-08-12T06:15:15","slug":"jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/","title":{"rendered":"Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 076. A son Oncle, \u00e0 Montauban"},"content":{"rendered":"<p>Du Honan, le 10 ao\u00fbt 1836.<\/p>\n<p>Mon tr\u00e8s cher Oncle,<\/p>\n<p>Je ne vous ai pas \u00e9crit pour vous annoncer soit mon d\u00e9part de Macao, soit mon entr\u00e9e en Chine. Je ne doute pas cependant que vous n\u2019ayez d\u00e9j\u00e0 appris l\u2019un et l\u2019autre par mon fr\u00e8re de Paris, qui ne doit pas manquer de vous communiquer les nouvelles qu\u2019il re\u00e7oit de moi, sachant quel prix vous voulez bien y attacher. Depuis vous aurez compt\u00e9 avec anxi\u00e9t\u00e9 tous les pas que j\u2019ai faits sur une terre ennemie et peut-\u00eatre attendez-vous encore ce nouveau signe de vie pour dissiper enti\u00e8rement vos inqui\u00e9tudes. Je dois donc \u00e0 l\u2019attachement que j\u2019ai pour le meilleur des oncles et \u00e0 celui qu\u2019il me porte lui-m\u00eame, de r\u00e9pondre au plus t\u00f4t \u00e0 une telle sollicitude, en racontant comment s\u2019est ex\u00e9cut\u00e9 et heureusement termin\u00e9 un voyage \u00e9galement long et p\u00e9rilleux.<\/p>\n<p>C\u2019est le 21 d\u00e9cembre 1836 (=1835) que je partis de Macao, avec un autre missionnaire fran\u00e7ais, M.\u00a0Delamarre, qui allait au Sutchuen et avec lequel j\u2019ai toujours voyag\u00e9 jusqu\u2019au Houp\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une paisible travers\u00e9e, nous d\u00e9barqu\u00e2mes au Fokien, le 22 f\u00e9vrier. M.\u00a0Delamare faillit \u00e9chouer au port\u00a0; car au moment que nous mettions pied \u00e0 terre, il tomba dans l\u2019eau au milieu des t\u00e9n\u00e8bres de la nuit. Par la gr\u00e2ce de Dieu, il en sortit sans avoir eu aucun mal.<\/p>\n<p>Nous demeur\u00e2mes quinze jours aupr\u00e8s du Vicaire aposto\u00adlique du Fokien, qui avait pour nous toutes sortes de bont\u00e9s. Quelques traits de ressemblance que je remarquais entre lui et vous, n\u2019ajoutaient pas peu pour moi \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019inspiraient le charme de ses conversations et le spectacle de ses vertus apostoliques.<\/p>\n<p>Ensuite commen\u00e7ant \u00e0 nous acheminer vers notre but, nous all\u00e2mes passer quelques jours \u00e0 son s\u00e9minaire<span id='easy-footnote-1-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-1-190675' title='Le s\u00e9minaire se trouvait \u00e0 Ke-sen.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>, o\u00f9 nous v\u00eemes, assez bien r\u00e9tabli, un P. Dominicain qui, il y a deux ou trois ans, avait \u00e9t\u00e9 pris et cruellement maltrait\u00e9. Il fut rachet\u00e9 \u00e0 force d\u2019argent<span id='easy-footnote-2-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-2-190675' title='Le P\u00e8re Bernardin Izaga, O.P., qui fut pris par les satellites et incarc\u00e9r\u00e9\u00a0; en prison il eut beaucoup \u00e0 souffrir et soumis au supplice des maillets\u00a0; il fut rachet\u00e9 au prix de 500 piastres, qui furent remises au mandarin. En 1840 le P. Izaga rentra aux Iles Philippines, et quoique infirme, il y travailla pendant un certain temps au salut des \u00e2mes. \u2014 M.\u00a0Torrette consacre quelques lignes \u00e0 ce Missionnaire\u00a0: \u00ab\u00a0Il est enfin sorti de prison mieux portant m\u00eame qu\u2019il n\u2019y \u00e9tait entr\u00e9, et avec le m\u00e9rite d\u2019avoir souffert pour le nom de J. C. Mais ce n\u2019est pas sans peine qu\u2019on a obtenu son \u00e9largissement, qui a eu lieu la veille de la Nativit\u00e9 de la sainte Vierge 1833, apr\u00e8s huit mois de d\u00e9tention. Il a fallu payer pour sa ran\u00e7on 2.500 fr., et a peu pr\u00e8s autant aux entremetteurs qui agissent aupr\u00e8s du mandarin,\u00a0\u00bb (Annales, 1835, p. 118).'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><\/a>. Un pr\u00eatre Chinois, qui avait \u00e9t\u00e9 pris aussi depuis peu, en fut quitte \u00e0 meilleur march\u00e9.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019on n\u2019y soit pas absolument \u00e0 l\u2019abri de pareils accidents, la Religion est cens\u00e9e tol\u00e9r\u00e9e dans cette partie de la province, o\u00f9 il y a beaucoup de chr\u00e9tiens. Les mandarins ne peuvent pas ignorer qu\u2019il y a plusieurs missionnaires europ\u00e9ens. On a entendu dire \u00e0 un mandarin qui passait devant la maison de chr\u00e9tiens chantant la pri\u00e8re\u00a0: ces gens-l\u00e0 prient pour nous.<\/p>\n<p>Voici un trait qui vous prouvera jusqu\u2019\u00e0 quel point les chr\u00e9tiens sont libres dans cette contr\u00e9e. Dans des villages pa\u00efens du voisinage, on avait prof\u00e9r\u00e9 des blasph\u00e8mes contre la religion et particuli\u00e8rement contre la Sainte Vierge. Aussit\u00f4t une grande multitude de chr\u00e9tiens, seulement des hommes, se mettent en devoir de faire amende honorable et entreprennent d\u2019eux-m\u00eames une longue procession, \u00e0 la t\u00eate de laquelle est un lettr\u00e9 bachelier portant les insignes de la Sainte Vierge. Ils vont faire le tour de ces montagnes et de ces villages pa\u00efens, chantant les litanies et les louanges de la M\u00e8re de Dieu.<\/p>\n<p>Du s\u00e9minaire, nous nous avan\u00e7\u00e2mes jusqu\u2019\u00e0 un gros bourg<span id='easy-footnote-3-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-3-190675' title='Ce gros bourg est Mou-yang.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span> tout compos\u00e9 de chr\u00e9tiens et o\u00f9 nous f\u00eemes encore une station. Etant en cet endroit nous visit\u00e2mes une petite montagne qui est tout pr\u00e8s de l\u00e0, appel\u00e9e la <em>Sainte-Montagne<\/em><span id='easy-footnote-4-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-4-190675' title='Le cimeti\u00e8re se trouve \u00e0 K\u2019ang-kia-pan\u00a0; d\u2019o\u00f9 son nom de sainte montagne de &lt;em&gt;K\u2019ang-kia-pan cheng-chan&lt;\/em&gt;.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><\/a>. Elle est remplie de tombes de chr\u00e9tiens. Il y a aussi celles d\u2019un certain nombre de pr\u00eatres et de trois Ev\u00eaques, dont un, fran\u00e7ais, fut un des fondateurs du s\u00e9minaire des Missions \u00c9trang\u00e8res et l\u2019un des premiers vicaires apostoliques de la Chine<span id='easy-footnote-5-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-5-190675' title='Les trois \u00e9v\u00eaques, dont les s\u00e9pultures se trouvent dans ce cimeti\u00e8re sont\u00a0: &lt;em&gt;Fran\u00e7ois Pallu&lt;\/em&gt;, M.E., \u00e9v\u00eaque d\u2019H\u00e9liopolis, vicaire apostolique du Fou-kien, avec l\u2019administration de neuf provinces\u00a0: Fou-kien, Tch\u00e9-kiang, Kiang-si, Hou-koang, Se-tch\u2019oan, K\u0153i-tcheou, Yun-nan, Koang-tong, Koang-si, et administrateur g\u00e9n\u00e9ral des missions de Chine. Il fut un des fondateurs de la Soci\u00e9t\u00e9 des Missions Etrang\u00e8res de Paris. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Mou-yang le 29 octobre 1684. En 1912, ses ossements furent transport\u00e9s \u00e0 Hong-kong. (Cf. J. de Moidrey, S. J., &lt;em&gt;Hi\u00e9rarchie&lt;\/em&gt;, 1. 71). \u2014 &lt;em&gt;Fran\u00e7ois Varo&lt;\/em&gt;, O.P., \u00e9v\u00eaque de Ludda, vicaire apostolique des provinces du Yun-nan, Koang-si et Koang-tong. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Fou-ngan en janvier 1687, sans avoir re\u00e7u ses bulles. (J. de Moidrey, &lt;em&gt;op. cit.&lt;\/em&gt;, p. 153). \u2014 &lt;em&gt;Pierre-Eus\u00e8be-Fernand Oscot&lt;\/em&gt;, O.P., \u00e9v\u00eaque d\u2019Evarie et coadjuteur du Bx Pierre-Martyr Sanz, vic. ap. du Fou-kien. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 28 novembre 1743. (J. de Moidrey, &lt;em&gt;op. cit.&lt;\/em&gt; pp.\u00a074 et 279).'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Aupr\u00e8s de restes si v\u00e9n\u00e9rables, on se sent tout \u00e0 coup p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de sentiments religieux et comme saisi de l\u2019esprit dont ils furent anim\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans cette province les tombeaux ont une forme remar\u00adquable et vraiment monumentale. C\u2019est un fer \u00e0 cheval, plus ou moins grand, long de quinze \u00e0 vingt-cinq pieds et large de la moiti\u00e9. L\u2019int\u00e9rieur qui est tout d\u00e9couvert se divise en plusieurs plateaux s\u2019\u00e9levant en amphith\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Les petits murs qui les s\u00e9parent sont hauts d\u2019un \u00e0 deux pieds et quelquefois enjoliv\u00e9s de sculptures. Les collat\u00e9raux ont la m\u00eame hauteur en dedans et au dehors ils sont au niveau du terrain. Suivant le penchant de la montagne, ils vont se joindre en formant un rond, au milieu duquel est la pierre s\u00e9pulcrale avec une longue inscription et parfois une croix grav\u00e9e. C\u2019est derri\u00e8re cette pierre que repose le corps du mort.<\/p>\n<p>Ces monuments sont tout faits de terre bien unie et fortement durcie, de sorte qu\u2019on les croirait compos\u00e9s d\u2019une seule pierre. Ils sont simples et majestueux, comme il convient pour des tombeaux.<\/p>\n<p>Enfin le 15 mars, nous nous m\u00eemes tout de bon en route pour le Kiang-Si, accompagn\u00e9s de quatre chr\u00e9tiens qui devaient nous servir de courriers et de porteurs d\u2019effets. Parcourant un pays dont nous ne pouvions ni parler la langue ni bien imiter les habitudes, et dont l\u2019entr\u00e9e est interdite sous peine de mort \u00e0 tout europ\u00e9en nous allions d\u2019abord avec l\u2019incertitude et la r\u00e9serve de gens qui marchent sur un terrain mouvant. Mais \u00e0 mesure que notre petite exp\u00e9rience augmentait et que nous prenions impun\u00e9ment le large, notre assurance augmentait aussi\u00a0; d\u2019ailleurs nous mettions toujours d\u2019autant plus notre confiance en la Providence de Dieu que nous comptions moins sur la n\u00f4tre et celle de nos guides. Ceux-ci qui \u00e9taient bien pay\u00e9s pour nous conduire, mais non pour mentir, se tiraient d\u2019affaire comme ils pouvaient. Pour r\u00e9pondre aux questions qu\u2019on renouvelait sans cesse en demandant ce que nous \u00e9tions, d\u2019o\u00f9 nous venions, o\u00f9 nous allions, ils nous faisaient passer pour des marchands de th\u00e9 de Nimpo ou de Nankin\u00a0; au besoin ils ne manquaient pas d\u2019ajouter que nous n\u2019entendions pas la langue de cette province, en quoi ils disaient vrai.<\/p>\n<p>Dans les auberges o\u00f9 nous nous arr\u00eations pour d\u00eener ou pour coucher, ils avaient soin de ne pas nous mettre trop en \u00e9vidence. Ils nous faisaient traverser les rues des villes au pas de course afin qu\u2019on p\u00fbt moins facilement nous remarquer. Cependant nous avions toujours du monde en face, non seulement dans les villes et les auberges, mais encore sur la route toute pleine d\u2019allants et de venants et dans les reposoirs qu\u2019on y rencontre de distance en distance. Aussi parfois ne nous toisait-on pas mal, nous consid\u00e9rant attentivement comme des \u00eatres fort curieux.<\/p>\n<p>Les Chinois en effet diff\u00e8rent en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup des Europ\u00e9ens, par leurs cheveux plus noirs et plus roides, par leur barbe moins forte, par leur nez plus aplati, par leurs yeux habituellement moins ouverts, par leur teint qui n\u2019est ni blanc ni rouge mais oliv\u00e2tre\u00a0; et puis nous avons un tout autre air de vie qu\u2019eux. Toutefois s\u2019il est arriv\u00e9 qu\u2019on ait eu des doutes sur notre qualit\u00e9 d\u2019\u00e9trangers \u00e0 la Chine, ce qui est tr\u00e8s probable, nous ne passions pas moins sains et saufs notre chemin. De notre c\u00f4t\u00e9 nous devions remarquer aussi bien des choses propres \u00e0 frapper notre attention par leur nouveaut\u00e9 et leur contraste avec nos usages.<\/p>\n<p>Il faut que je vous rapporte entr\u2019autres ceci\u00a0:<\/p>\n<p>Un jour nous aper\u00e7\u00fbmes dans une boutique un homme qui semblait prendre plaisir \u00e0 recevoir les coups qu\u2019un autre, apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 ses propres mains comme dans un jeu de mains usit\u00e9 en France, lui d\u00e9chargeait successivement sur les bras, les \u00e9paules etc. Alors je me mis \u00e0 dire \u00e0 M.\u00a0Delamarre\u00a0: voil\u00e0 un homme qui \u00e9prouve sans doute une attaque de nerfs, ou m\u00eame ce qui pourrait bien \u00eatre la mani\u00e8re de magn\u00e9tiser en Chine. Pas du tout\u00a0; ce n\u2019\u00e9tait que l\u2019office que, dans ces pays-ci, les perruquiers rendent ordinairement \u00e0 ceux qu\u2019ils viennent de tondre. Du reste, il faut \u00eatre juste, les barbiers chinois ont g\u00e9n\u00e9ralement la main fort l\u00e9g\u00e8re et rasent avec une adresse singuli\u00e8re non seulement la barbe et la t\u00eate, mais encore le front, le dedans et le dehors des oreilles, le dessus du nez et des paupi\u00e8res.<\/p>\n<p>Avant d\u2019entrer dans le Kiang-Si, nous avions \u00e0 passer une douane \u00e9tablie pour examiner les marchandises qu\u2019on transporte d\u2019une province \u00e0 l\u2019autre. Toute notre contrebande \u00e9tait dans nos personnes. Aussi pendant que nos courriers pr\u00e9sentaient nos effets aux douaniers, nous gliss\u00e2mes bien vite en avant pour n\u2019\u00eatre pas pass\u00e9s en revue par des hommes que leur emploi rend plus soup\u00e7onneux et leur exp\u00e9rience plus habiles que les autres. De m\u00eame une fois, en passant devant un poste de satellites, nous nous h\u00e2t\u00e2mes de filer, tout en faisant bonne contenance et nous gardant bien d\u2019aller causer avec eux comme d\u2019autres voyageurs. Quoique, dans ce premier trajet, nous ayons march\u00e9 \u00e0 pied pendant 15 jours de suite par de fortes chaleurs et presque toujours parmi des montagnes, faisant \u00e0 peu pr\u00e8s sept \u00e0 huit lieues par jour, je ne me trouvais pas plus fatigu\u00e9 \u00e0 la fin qu\u2019au commencement. Plus tard vous verrez cette bravoure se d\u00e9mentir un peu.<\/p>\n<p>Le 29 mars au matin, nous savions que nous \u00e9tions tout pr\u00e8s d\u2019une chr\u00e9tient\u00e9 du Kiang-Si, o\u00f9 nos courriers fokinois devaient nous confier \u00e0 la conduite d\u2019autres. Mais comme ils ne pouvaient plus se faire bien comprendre en demandant des renseignements, nous f\u00eemes inutilement bien des tours, d\u00e9tours et retours. Enfin \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un village, on leur r\u00e9pondit qu\u2019il y avait une famille de chr\u00e9tiens\u00a0; n\u2019osant s\u2019y faire conduire, ils all\u00e8rent \u00e0 la recherche.<\/p>\n<p>Il leur fut facile de la reconna\u00eetre, parce que les portes des maisons chinoises sont couvertes d\u2019\u00e9criteaux religieux et que ces portes \u00e9tant ouvertes, on aper\u00e7oit du premier coup d\u2019\u0153il dans l\u2019int\u00e9rieur les divers objets du culte superstitieux ou chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tant arr\u00eat\u00e9s l\u00e0, il nous sembla respirer un air plus pur et sentir notre c\u0153ur soulag\u00e9 du poids de cette atmosph\u00e8re toute pa\u00efenne de laquelle nous n\u2019\u00e9tions pas sortis depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps. Apr\u00e8s quelques moments de repos, nous nous rend\u00eemes \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 que nous cherchions et qui n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019\u00e0 un quart d\u2019heure de chemin.<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0 m\u00eame, nous e\u00fbmes \u00e0 admirer un nouveau trait de Providence sur nous. Pour \u00e9viter les dangers qu\u2019on craignait sur la route qu\u2019avaient tenue les missionnaires avant nous, nous en avions suivi une diff\u00e9rente. Elle nous fit aboutir tout juste, \u00e0 notre grande et agr\u00e9able surprise, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 M.\u00a0Laribe faisait mission.<\/p>\n<p>J\u2019avais beaucoup d\u00e9sir\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 temps pour c\u00e9l\u00e9brer P\u00e2ques avec lui. Mais je ne comptais plus pouvoir l\u2019atteindre que deux ou trois semaines plus tard. Et voil\u00e0 que cette heureuse rencontre me procura le plaisir de passer avec lui presque toute la quinzaine pascale.<\/p>\n<p>Cet excellent confr\u00e8re, qui est sup\u00e9rieur de la mission du Kiang-Si o\u00f9 il fait la joie des chr\u00e9tiens et le bonheur des pr\u00eatres qui travaillent avec lui, est notre compatriote, car il est du dioc\u00e8se de Cahors. Vous auriez pu avoir l\u2019occasion de le voir lorsqu\u2019il \u00e9tait directeur du S\u00e9minaire de Carcassonne. Je le connaissais parfaitement, ayant \u00e9t\u00e9 son ange, quand, du s\u00e9minaire de Saint-Sulpice de Paris, il entra dans notre Congr\u00e9gation.<\/p>\n<p>Nous f\u00eemes ensemble toutes les c\u00e9r\u00e9monies de la Semaine Sainte. Il continua sa mission, o\u00f9 je le vis exercer toutes les fonctions du saint minist\u00e8re, et la termina en recevant pendant la messe le serment que deux nouveaux cat\u00e9chistes firent sur les saints Evangiles d\u2019enseigner dans toute leur puret\u00e9 les v\u00e9rit\u00e9s du Christianisme et de bien remplir les autres fonctions de leur charge.<\/p>\n<p>Cette chr\u00e9tient\u00e9 qu\u2019il administre est toute naissante. Le p\u00e8re de famille qui l\u2019a fond\u00e9e est mort depuis peu. Dans ses derniers moments, il appela ses enfants aupr\u00e8s de son lit et leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0Quand nous sommes venus nous \u00e9tablir ici, il n\u2019y avait pas d\u2019autres chr\u00e9tiens que nous et nous ne pouvions pas voir le pr\u00eatre\u00a0; \u00e0 pr\u00e9sent que la chr\u00e9tient\u00e9 est assez nombreuse pour avoir le bonheur de recevoir la visite du missionnaire, je meurs content.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son fils a\u00een\u00e9, \u00e0 qui il a l\u00e9gu\u00e9 son z\u00e8le avec une cinquantaine de fervents chr\u00e9tiens, ne l\u2019exerce pas avec moins de succ\u00e8s. Pendant que j\u2019\u00e9tais l\u00e0, un jeune homme d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es se pr\u00e9senta pour demander \u00e0 \u00eatre baptis\u00e9. Comme on avait \u00e0 craindre de l\u2019opposition de la part de son p\u00e8re pa\u00efen, on l\u2019engagea \u00e0 lui parler pour t\u00e2cher d\u2019obtenir son consentement. Celui-ci r\u00e9pondit que non seulement il lui permettait d\u2019embrasser la religion, mais encore que, s\u2019il en observait bien les r\u00e8gles, il voulait suivre lui-m\u00eame son exemple.<\/p>\n<p>On remarque dans le Kiang-Si des dispositions favorables au Christianisme et on a grand espoir de les voir s\u2019\u00e9tendre. Tous les ans on y baptise bon nombre d\u2019adultes. Quoique dans cette province, comme dans les autres, les chr\u00e9tiens appartiennent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la classe pauvre, on compte cependant parmi eux quelques riches n\u00e9gociants, quelques particuliers d\u2019une fortune consid\u00e9rable. Un d\u2019eux \u00e9tait parti tout r\u00e9cemment pour aller chercher \u00e0 P\u00e9kin une charge de mandarin.<\/p>\n<p>Si les chr\u00e9tiens d\u2019une condition distingu\u00e9e sont rarement les plus fervents, du moins ils sont ordinairement pleins d\u2019honn\u00eatet\u00e9 envers le missionnaire et dispos\u00e9s \u00e0 l\u2019obliger.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir fini sa mission, M.\u00a0Laribe eut la complaisance de m\u2019accompagner \u00e0 Kien-tchang-fou, ville de premier ordre, d\u2019o\u00f9 nous \u00e9tions \u00e9loign\u00e9s d\u2019une quinzaine de lieues et o\u00f9 M.\u00a0Delamarre m\u2019avait devanc\u00e9 de trois jours. Nous avions d\u2019abord pens\u00e9 devoir nous s\u00e9parer pour le reste de la route\u00a0; mais il fut r\u00e9solu ensuite que nous la continuerions ensemble, tout le monde convenant que nous ne courrions pas pour cela plus de danger. D\u00e8s lors nous avions m\u00eame doublement \u00e0 gagner en partageant \u00e0 deux les d\u00e9penses des m\u00eames courriers et d\u2019une m\u00eame barque et en r\u00e9unissant sur chacun de nous la protection de deux anges gardiens.<\/p>\n<p>Tout en faisant nos nouveaux pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, nous e\u00fbmes le temps de recevoir la visite et le kotheau des chr\u00e9tiens de cette ville. Le kotheau est une prostration par laquelle les Chinois saluent les personnes \u00e9lev\u00e9es en dignit\u00e9 et que les chr\u00e9tiens font devant le pr\u00eatre, quand il arrive ou qu\u2019il part, quand ils vont le voir, quand ils lui demandent ou qu\u2019ils en ont re\u00e7u quelque chose, quand ils ont fait la communion, etc.<\/p>\n<p>Nous v\u00eemes l\u00e0 une fille qui avait \u00e9t\u00e9 poss\u00e9d\u00e9e du d\u00e9mon et plusieurs autres qu\u2019elle avait s\u00e9duites et dont elle s\u2019\u00e9tait fait adorer, se disant J\u00e9sus et op\u00e9rant des prodiges diaboliques. Un jour qu\u2019en prof\u00e9rant cet horrible blasph\u00e8me elle op\u00e9rait un de ces prodiges, un cat\u00e9chiste se mit \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0Nous allons voir si tu es J\u00e9sus\u00a0\u00bb et l\u2019aspergea en m\u00eame temps d\u2019eau b\u00e9nite. Elle tomba \u00e9vanouie et se trouva d\u00e9livr\u00e9e pour toujours de la possession.<\/p>\n<p>Pour aller de Kientchang-fou au Houp\u00e9, la voie du fleuve est la plus s\u00fbre et la plus commode. C\u2019est aussi celle que nous pr\u00eemes en recommen\u00e7ant le 8 avril notre p\u00e8lerinage avec deux courriers du Kiang-Si. Quoique nous eussions lou\u00e9 une barque pa\u00efenne, nous y charge\u00e2mes en toute confiance plusieurs caisses d\u2019objets de religion, qui n\u2019\u00e9taient venues du Fokien qu\u2019apr\u00e8s nous et par une route diff\u00e9rente. Cette fois on nous donne la note de marchands fokinois, qui entendaient peu le langage de cette province. Les pa\u00efens qui nous conduisaient durent donc trouver fort naturel que nous parlassions continuellement notre propre langue, c\u2019est-\u00e0-dire la fran\u00e7aise, qu\u2019ils prenaient pour celle du Fokien. Nous \u00e9tions annonc\u00e9s comme chr\u00e9tiens\u00a0; nous f\u00fbmes en cons\u00e9quence bien \u00e0 l\u2019aise pour observer l\u2019abstinence, faire le signe de la croix, prier \u00e0 genoux, r\u00e9citer le rosaire \u00e0 la place du br\u00e9viaire, lire des livres chinois de religion. Le cours du fleuve et un bon vent nous men\u00e8rent en deux ou trois jours jusqu\u2019en face de Nan-tchang-fou, capitale du Kiang-Si. Nous travers\u00e2mes aussi assez rapidement le grand lac. Mais au-del\u00e0 se trouve une douane o\u00f9 tous les navires et barques qui passent doivent se faire mesurer par les gens du gouvernement et se munir d\u2019un <em>Piao<\/em>, esp\u00e8ce de transit<span id='easy-footnote-6-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-6-190675' title='La rivi\u00e8re de Kien-tch\u2019ang se jette dans le Kan-kiang, au sud de Nan-tch\u2019ang, qui lui-m\u00eame se d\u00e9verse dans le lac Po-yang. Au bout du goulet qui met le lac en communication avec le Yang-tzekiang, se trouve la douane de Hou-keou.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><\/a>.<\/p>\n<p>Cette op\u00e9ration occasionna un jour de retard et le mauvais temps qui survint en n\u00e9cessita encore un d\u2019une huitaine. Au milieu d\u2019un millier de navires en station comme nous, et d\u2019une infinit\u00e9 de gens qui parcouraient les rues de cette ville flottante, nous n\u2019osions mettre le nez ni \u00e0 la porte ni \u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Un jour notre capitaine, qui \u00e9tait assez bonhomme, croyant sans doute honorer et r\u00e9cr\u00e9er ses passagers, nous fit donner une soir\u00e9e par une esp\u00e8ce de troubadour chinois, qui d\u00e9bita tr\u00e8s bien et avec musique une pi\u00e8ce de chant \u00e0 la louange de l\u2019empereur.<\/p>\n<p>Une fois d\u00e9marr\u00e9s de l\u00e0, nous parv\u00eenmes bient\u00f4t au confluent du grand fleuve o\u00f9 nous f\u00eemes un demi-tour \u00e0 gauche pour le remonter jusqu\u2019\u00e0 Ou-tchang-fou.<\/p>\n<p>Ce fleuve est tr\u00e8s profond et a presque partout une demi-lieue de large<span id='easy-footnote-7-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-7-190675' title='Le Yang-tse-kiang.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><\/a>. Quand apr\u00e8s les grandes pluies il se d\u00e9borde, c\u2019est comme une mer. J\u2019ai vu se jouer dans ses eaux un poisson gros comme une petite baleine\u00a0; sa chair n\u2019est pas bonne \u00e0 manger.<\/p>\n<p>En un certain endroit nous rencontr\u00e2mes une centaine de grands et beaux navires de l\u2019empereur qui y \u00e9taient venus charger du bois pour sa majest\u00e9. Sur un d\u2019eux, on repr\u00e9sentait la com\u00e9die et le rivage \u00e9tait couvert d\u2019une multitude innombrable de spectateurs. Mais en m\u00eame temps que nous arrivions, arriva aussi une forte pluie qui rompit brusquement la sc\u00e8ne et eut dissip\u00e9 tout ce monde en un instant. Ce fut aussi sous une pluie battante, au milieu des t\u00e9n\u00e8bres et de la boue, qu\u2019apr\u00e8s dix-huit jours de navigation nous f\u00eemes notre entr\u00e9e \u00e0 Han-Keou.<\/p>\n<p>Han-Keou est une des villes les plus commer\u00e7antes et les plus grandes de la Chine\u00a0; elle a en face Outchang-fou capitale du Hou-P\u00e9, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 Hanyang-fou ville de premier ordre. Ce sont trois villes bien distinctes, quoiqu\u2019elles ne soient s\u00e9par\u00e9es que par deux fleuves, de la m\u00eame mani\u00e8re que Montauban se trouve divis\u00e9 par le Tarn et le Tescou. Ces trois villes ensemble contiennent plus de deux millions d\u2019habitants et ne renferment pas deux cents chr\u00e9tiens. Nous n\u2019all\u00e2mes pas voir ceux de Ou-tchang-fou, administr\u00e9s par les pr\u00eatres de la Propagande, parce qu\u2019aucun de ces Messieurs ne s\u2019y trouvait alors, et que nous nous proposions de remettre promptement le pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier. En effet, le lendemain de notre arriv\u00e9e M.\u00a0Delamarre se rembarqua pour le Su-tchuen avec les deux courriers du Kiang-Si. Pour moi je passai un jour de plus dans cette chr\u00e9tient\u00e9 de Han-Keou qui d\u00e9pend de notre mission.<\/p>\n<p>Le premier office que j\u2019y r\u00e9citai fut celui de saint Clet<span id='easy-footnote-8-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-8-190675' title='Ce serait le 25 avril 1836 que le saint serait arriv\u00e9 \u00e0 Han-keou, pour les premi\u00e8res v\u00eapres de saint Clet.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><\/a>, pape et martyr. Il ne me fallait pas un rapprochement si frappant pour me rappeler que j\u2019\u00e9tais sur les lieux m\u00eames o\u00f9 notre cher martyr M.\u00a0Clet avait donn\u00e9 sa vie pour J. C.<\/p>\n<p>Oh\u00a0! que je souhaitais ardemment d\u2019aller faire mon p\u00e8lerinage \u00e0 son tombeau, qui n\u2019est qu\u2019\u00e0 deux petites lieues de la maison o\u00f9 je logeais\u00a0; mais il fut jug\u00e9 plus opportun de le remettre \u00e0 une \u00e9poque plus \u00e9loign\u00e9e. J\u2019administrai deux malades \u00e0 Han-Keou. M.\u00a0Baldus, notre confr\u00e8re, y avait fait la mission depuis peu ainsi que dans les autres chr\u00e9tient\u00e9s par lesquelles je devais passer et dans lesquelles il m\u2019avait annonc\u00e9. Je trouvai dans cette ville un chr\u00e9tien qu\u2019il y avait envoy\u00e9 pour rechercher les enfants de pa\u00efens en danger de mort et qui dans l\u2019espace de dix jours y en avait baptis\u00e9 huit. J\u2019y trouvai aussi un des courriers de M.\u00a0Rameaux que j\u2019avais vu \u00e0 Macao.<\/p>\n<p>C\u2019est avec eux que dans une barque de chr\u00e9tiens et sur un fleuve<span id='easy-footnote-9-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-9-190675' title='C\u2019est le Han-kiang, dont Han-yang et Han-keou tirent leurs noms.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span> moins grand que le pr\u00e9c\u00e9dent, mais plus grand qu\u2019aucun de ceux de France, je me dirigeai vers les parties septentrionales du Houp\u00e9, ayant encore \u00e0 monter une centaine de lieues au milieu de plaines immenses.<\/p>\n<p>A l\u2019embouchure de ce fleuve est le port de Han-Keou habituellement rempli d\u2019innombrables navires de commerce\u00a0; celui de Outchang-fou en renferme aussi plusieurs milliers seulement pour le sel. Apr\u00e8s avoir vu la quantit\u00e9 infinie de navires et de barques que la Chine a dans ses ports, dans tous ses fleuves et dans les mers qui l\u2019environnent, on peut assurer hardiment qu\u2019elle en a beaucoup plus que l\u2019Europe enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Au quatri\u00e8me jour de notre nouvelle navigation, on s\u2019empressa de me montrer sur le rivage quelques mauvaises baraques r\u00e9unies. C\u2019\u00e9taient les habitations de plusieurs familles de chr\u00e9tiens, dont les maisons avaient \u00e9t\u00e9 emport\u00e9es, l\u2019ann\u00e9e d\u2019auparavant, par un d\u00e9bordement du fleuve. J\u2019allai les voir et passai une partie du dimanche avec eux. Le lendemain j\u2019arrivai \u00e0 une autre chr\u00e9tient\u00e9 plus nombreuse et une des meilleures de la province. L\u00e0 je me vis inopin\u00e9ment salu\u00e9 et interrog\u00e9 en fran\u00e7ais par un petit bonhomme qui commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 b\u00e9gayer sa propre langue.<\/p>\n<p>Tout derni\u00e8rement un enfant de six ans s\u2019\u00e9tait noy\u00e9 en tombant dans le fleuve\u00a0; ses parents s\u2019empress\u00e8rent de me demander ce qu\u2019il fallait penser sur son sort\u00a0; il m\u2019\u00e9tait facile de les consoler. J\u2019administrai encore l\u00e0 un malade et je n\u2019y passai qu\u2019un jour, quoiqu\u2019on voul\u00fbt me retenir jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on aurait des nouvelles de M.\u00a0Rameaux. Il me tardait trop de l\u2019atteindre pour ne pas courir moi-m\u00eame \u00e0 sa rencontre. Comme la barque ne pouvait monter le fleuve qui se trouvait trop gros, il nous fallut le longer \u00e0 pied.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape fut une \u00e9tape de douze lieues au bout de laquelle nous re\u00e7\u00fbmes l\u2019hospitalit\u00e9 sur deux barques chr\u00e9tiennes qui \u00e9taient pour leur commerce dans le port d\u2019un endroit assez consid\u00e9rable, dont je ne me rappelle pas le nom.<\/p>\n<p>Je trouvai l\u00e0 ce qu\u2019on trouverait avec bien de la peine, h\u00e9las\u00a0! sur les barques d\u2019Europe, un b\u00e9nitier et un aspersoir. Les chr\u00e9tiens me pri\u00e8rent de leur donner la b\u00e9n\u00e9diction, premi\u00e8re et derni\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie du missionnaire, lorsqu\u2019il arrive dans une chr\u00e9tient\u00e9 et qu\u2019il la quitte.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le voisinage de barques pa\u00efennes dont plusieurs n\u2019ignor\u00e8rent pas ce que j\u2019\u00e9tais, ils chant\u00e8rent sans crainte la pri\u00e8re usit\u00e9e chez les Chinois en pareille circonstance. Dans cette pri\u00e8re, ils chantent \u00ab\u00a0les bienfaits et les mis\u00e9ricordes de Dieu qui leur a envoy\u00e9 le pr\u00eatre pour leur pr\u00eacher la religion, leur faire conna\u00eetre leur Souverain Seigneur, les b\u00e9nir, remettre leurs p\u00e9ch\u00e9s, les fortifier dans leur faiblesse, les retirer de leur ti\u00e9deur et les fixer dans la pratique du bien\u00a0; ils le supplient de combler de ses b\u00e9n\u00e9dictions le p\u00e8re spirituel, de lui accorder sant\u00e9, paix et sagesse, de lui notifier ses volont\u00e9s, de le rendre dispensateur de toutes ses gr\u00e2ces, afin que, marchant constamment sous sa conduite dans la voie des divins commandements, ils puissent par sa m\u00e9diation et la vertu de ses m\u00e9rites parvenir heureusement avec lui \u00e0 la possession de l\u2019\u00e9ternelle f\u00e9licit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un jour et demi apr\u00e8s, j\u2019\u00e9tais \u00e0 Cha-yang au milieu d\u2019une jeune et fervente chr\u00e9tient\u00e9. Elle doit son origine \u00e0 ce hasard de Providence qui, sans l\u2019industrie des hommes, transporte au loin sur une terre inculte une nouvelle semence pour la f\u00e9conder.<\/p>\n<p>Un chr\u00e9tien du Sutchuen \u00e9tait venu exercer son commerce dans cette ville, ne s\u2019attendant \u00e0 rien moins qu\u2019\u00e0 en devenir l\u2019ap\u00f4tre. Peu \u00e0 peu il a gagn\u00e9 la confiance, l\u2019affection et l\u2019estime des pa\u00efens et maintenant il se voit entour\u00e9 de nombreux enfants spirituels. Il me racontait avec attendrissement et une simplicit\u00e9 toute patriarcale comment Dieu se servait de lui pour son \u0153uvre, comment il jouissait de la bienveillance de tout le monde, comment le mandarin, qui est son compatriote, l\u2019honorait de son amiti\u00e9 et de ses visites, combien mes confr\u00e8res qui venaient de baptiser l\u00e0 seize adultes \u00e9taient contents de lui, combien il avait espoir de faire encore de nombreuses conqu\u00eates \u00e0 la foi. Un de ces n\u00e9ophytes n\u2019avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re heure du jour et il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 recevoir le denier du p\u00e8re de famille. Pendant plusieurs jours, on chanta des pri\u00e8res aupr\u00e8s du d\u00e9funt\u00a0; ce qui attirait un grand concours de pa\u00efens qui venaient voir et admirer une pareille nouveaut\u00e9. Crainte que des chr\u00e9tiens encore inexp\u00e9riment\u00e9s ne se permissent quelque chose de superstitieux en rendant les derniers devoirs au mort, M.\u00a0Baldus avait envoy\u00e9 deux jeunes gens d\u2019une chr\u00e9tient\u00e9 o\u00f9 il faisait mission \u00e0 une dizaine de lieues de l\u00e0, pour diriger les pri\u00e8res et les c\u00e9r\u00e9monies. En retournant chez eux ils me servirent de guides. On m\u2019avait procur\u00e9 un cheval, je refusais de m\u2019en servir, allant joindre des confr\u00e8res qui \u00e9taient dans l\u2019usage d\u2019aller toujours \u00e0 pied.<\/p>\n<p>Le 7 mai, j\u2019eus le plaisir d\u2019embrasser M.\u00a0Baldus et le 9 M.\u00a0Rameaux qui faisait mission dans le m\u00eame district de Kin-men-tcheou.<\/p>\n<p>Ils ne faisaient que de commencer l\u2019administration des sept ou huit chr\u00e9tient\u00e9s qui composent ce district. Pendant qu\u2019ils la continu\u00e8rent, je demeurai avec eux, tant\u00f4t avec l\u2019un, tant\u00f4t avec l\u2019autre, comme t\u00e9moin de leur z\u00e8le et de leurs travaux\u00a0; ce qui pouvait me servir de noviciat dans un art dans lequel ils excellaient d\u00e9j\u00e0. Instruire, exhorter, confesser et administrer les autres sacrements, travailler \u00e0 d\u00e9truire les abus, aviser aux moyens de rendre le bien stable, telle \u00e9tait leur occupation de tous les jours et de tout le jour.<\/p>\n<p>J\u2019aimais d\u2019autant plus \u00e0 les entendre pr\u00eacher qu\u2019ils ne parlaient que sous l\u2019impression de la gr\u00e2ce, avec l\u2019autorit\u00e9 d\u2019hommes qui ont une mission divine et la simplicit\u00e9 de gens qui ne cherchent que le salut de leurs fr\u00e8res.<\/p>\n<p>L\u2019administration de ce district termin\u00e9e, nous nous rend\u00eemes dans celui de Gan-lo-fou, o\u00f9 M.\u00a0Rameaux avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 auparavant la mission. Mais il avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de prendre la fuite, et voici \u00e0 quel propos.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bordement du fleuve ayant rompu la digue faite pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019envahir les campagnes, des satellites, pour ne pas perdre cette occasion d\u2019extorquer de l\u2019argent aux propri\u00e9taires voisins, leur imput\u00e8rent ce crime et leur impos\u00e8rent une amende. Parmi ceux-ci \u00e9tait un chr\u00e9tien, excellent pr\u00e9texte pour en exiger double contribution, sous peine, en cas de refus, d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 et poursuivi comme tel. M.\u00a0Rameaux craignant que cette affaire ne pr\u00eet une tournure s\u00e9rieuse, avait cru prudent de s\u2019\u00e9loigner. Cependant le cat\u00e9chiste de l\u2019endroit alla trouver le chef des satellites et lui d\u00e9clara que puisqu\u2019on mettait la religion en avant, le chr\u00e9tien ne donnerait pas m\u00eame ce que les pa\u00efens avaient donn\u00e9. Celui-ci s\u2019excusa aux d\u00e9pens de ses inf\u00e9rieurs et se h\u00e2ta de composer pour obtenir le moins en abandonnant le plus.<\/p>\n<p>Pendant que M.\u00a0Baldus administrait les diverses chr\u00e9tient\u00e9s de ce district, M.\u00a0Rameaux pour me frayer la voie, s\u2019en alla seul aux montagnes de Cou-tchen, rendez-vous commun pour les vacances. Je demeurai encore une quinzaine \u00e0 Gan-lo-fou, o\u00f9 je vis baptiser un Turc et quelques autres adultes.<\/p>\n<p>Un bon vieux m\u00e9decin s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9 mon procureur\u00a0; il m\u2019allait acheter les vivres au march\u00e9 et se donnait la peine de les porter lui-m\u00eame. En Chine assez g\u00e9n\u00e9ralement, m\u00eame les hommes les plus qualifi\u00e9s, se font un honneur de servir le missionnaire, et n\u2019oseraient pas prendre de repas avec lui. Il mange en effet ordinairement seul, except\u00e9 dans les voyages ou \u00e0 cause des pa\u00efens, il admet les cat\u00e9chistes \u00e0 sa table. Que, dans un cas quelconque, il y adm\u00eet des femmes, ce serait une chose inou\u00efe, et, selon les m\u0153urs chinoises, \u00e9galement ridicule et scandaleuse. Nous [ne] leur permettons pas m\u00eame de nous servir et d\u2019approcher de nous pendant les repas. Du reste, dans le Houp\u00e9, les femmes sont moins condamn\u00e9es \u00e0 la solitude que dans d\u2019autres provinces. Non seulement elles font leur m\u00e9nage plus \u00e0 d\u00e9couvert, mais encore rien n\u2019est plus commun que de les voir par troupes, sans m\u00e9lange d\u2019hommes, ou m\u00eame avec les hommes de la famille, occup\u00e9es tout le jour aux travaux des champs, \u00e0 moissonner et \u00e0 battre le bl\u00e9, \u00e0 sarcler les l\u00e9gumes, et les pieds et les mains continuellement dans l\u2019eau, \u00e0 planter le riz. Elles ont aussi leur bonne part \u00e0 la man\u0153uvre et aux fatigues sur les barques, o\u00f9 vous les verriez tout \u00e0 la fois tenir le gouvernail, allaiter leur enfant et faire la cuisine ou tourner la voile.<\/p>\n<p>Pour continuer mon voyage, j\u2019avais attendu une barque chr\u00e9tienne. Je partis en effet sur une qui venait de servir un mandarin que le vice-roi de Ou-tchang-fou envoyait \u00e0 Gan-lo-fou. Pendant cette navigation, qui fut de huit jours, je m\u2019occupais, comme dans les autres \u00e0 l\u2019\u00e9tude du chinois. La m\u00e8re de famille profitait de la pr\u00e9sence des cat\u00e9chistes qui m\u2019accompagnaient pour faire expliquer le cat\u00e9chisme \u00e0 son fils. On trouve g\u00e9n\u00e9ralement ce livre avec un livre de pri\u00e8res sur les barques et dans les maisons des chr\u00e9tiens, qui assez ordinairement les savent lire, lors m\u00eame qu\u2019ils n\u2019en peuvent d\u00e9chiffrer d\u2019autres.<\/p>\n<p>Nous pass\u00e2mes de nuit deux grandes villes, entre Fantchen et Siang-yang-fou, pour \u00e9viter la rencontre des gens du tribunal, qui pour aller et venir se font porter gratis par les barques qu\u2019ils trouvent \u00e0 leur commodit\u00e9 et convenance. Une telle corv\u00e9e e\u00fbt \u00e9t\u00e9 doublement f\u00e2cheuse pour nous. Le jour de la Saint-Jean, on leva l\u2019ancre de bon matin du bord du rivage pour aller la jeter au milieu du fleuve afin de pouvoir chanter, \u00e0 l\u2019aise loin des profanes, les longues pri\u00e8res des jours de f\u00eates.<\/p>\n<p>Le 26 juin, je quittai le fleuve pour la derni\u00e8re fois et entrepris avec le seul ma\u00eetre de la barque une nouvelle campagne \u00e0 pied. Comme il n\u2019\u00e9tait pas charg\u00e9, nous filions d\u2019abord rondement notre chemin\u00a0; quand nous rencontrions des ruisseaux, il avait la complaisance de me faire un pont de ses \u00e9paules. Nous f\u00eemes une petite halte chez une famille de chr\u00e9tiens qui se trouvait sur notre passage. Arriv\u00e9s de bonne heure \u00e0 Cou-tchen, nous ne nous arr\u00eat\u00e2mes pas pour en saluer une autre, afin de nous \u00e9loigner plus vite d\u2019un endroit dangereux. Car, quoique notre r\u00e9sidence des montagnes soit sous la juridiction des mandarins de cette ville de troisi\u00e8me ordre, ni nous ni nos chr\u00e9tiens n\u2019avons grande confiance en leur protection\u00a0; c\u2019est \u00e0 eux que nous devons nos martyrs et nos confesseurs, des apostats et des ruines de r\u00e9sidences et d\u2019\u00e9glises.<\/p>\n<p>Comme le d\u00e9faut d\u2019exercice dans la barque avait affaibli mes jambes, je me trouvai fort fatigu\u00e9 le soir. Le lendemain nous avions une dizaine de lieues \u00e0 faire \u00e0 travers de bien rudes montagnes. Apr\u00e8s beaucoup d\u2019efforts et de peines j\u2019\u00e9tais parvenu au pied de la derni\u00e8re\u00a0; mais ici je n\u2019en pouvais d\u00e9j\u00e0 plus.<\/p>\n<p>En la voyant s\u2019\u00e9lever devant nous, je vins \u00e0 me rappeler que je portais sur moi une petite croix \u00e0 laquelle \u00e9tait attach\u00e9e l\u2019indulgence du chemin de la croix\u00a0; c\u2019\u00e9tait bien le cas de t\u00e2cher de la gagner. Depuis, quelques heures, je ne me tra\u00eenais qu\u2019\u00e0 l\u2019aide du parapluie dont je ne pouvais me servir contre une pluie qui tombait \u00e0 verse. Je m\u2019asseyais sur toutes les pierres que je rencontrais\u00a0; puis je me remettais \u00e0 grimper, quelquefois avec les mains. Si vous me permettez de parler ainsi, j\u2019aurais au besoin grimp\u00e9 avec les dents, poursuivant la voie que la Providence m\u2019avait trac\u00e9e.<\/p>\n<p>Mon pauvre conducteur \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 me rendre le service qu\u2019on rend \u00e0 une mauvaise rosse, qu\u2019on soul\u00e8ve et qu\u2019on pousse en avant. Mais il fut relev\u00e9 par un jeune homme qui descendit de la montagne. Plusieurs chr\u00e9tiens gardaient les bestiaux sur les hauteurs. En voyant mon train, ils devin\u00e8rent bien ce que c\u2019\u00e9tait, car j\u2019\u00e9tais attendu\u00a0; ils furent bient\u00f4t aupr\u00e8s de nous. Comme je n\u2019avais pu rien manger de tout le jour, ils s\u2019imagin\u00e8rent de me faire prendre quelque chose\u00a0; un d\u2019eux, qui n\u2019\u00e9tait pas loin de sa maison, y courut et apporta des \u0153ufs et du th\u00e9. Le peu que je m\u2019\u00e9tais efforc\u00e9 d\u2019en avaler, je le rejetai presque aussit\u00f4t. Je me sentais un peu plus fortifi\u00e9 par ce qu\u2019ils me disaient, que, dans l\u2019enceinte de montagnes o\u00f9 nous \u00e9tions, il n\u2019y avait que des chr\u00e9tiens et qu\u2019il en \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s de m\u00eame dans les environs. Enfin je doublai le sommet de la terrible montagne et sur le revers je trouvai, cach\u00e9e dans un bosquet de bambous, notre r\u00e9sidence, o\u00f9 M.\u00a0Rameaux et un confr\u00e8re chinois me re\u00e7urent \u00e0 bras ouverts. Avec eux j\u2019eus bient\u00f4t oubli\u00e9 toutes mes fatigues et je ne tardai pas \u00e0 me retrouver au courant.<\/p>\n<p>Une fois arriv\u00e9 dans cette r\u00e9sidence, vous vous voyez enseveli dans une profonde solitude<span id='easy-footnote-10-190675' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-076-oncle-montauban\/#easy-footnote-bottom-10-190675' title='Cette profonde solitude est Tcha-yuen-keou, endroit retir\u00e9 de la montagne, d\u2019une \u00e9tendue de 15 lys de long sur 10 lys de large, situ\u00e9e non loin du march\u00e9 de Koan-ying-t\u2019ang, dans le Koutch\u2019eng-hsien.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><\/a>, vous n\u2019apercevez tout autour de vous que de hautes montagnes qui vous enferment dans une assez \u00e9troite enceinte o\u00f9 la nature semble vivre toute seule, vous n\u2019entendez que le cri des insectes ou le chant des oiseaux\u00a0; pendant la nuit encore plus silencieuse que le jour, le bruit d\u2019un torrent, qui se pr\u00e9cipite \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vous, vous porte \u00e0 faire de s\u00e9rieuses r\u00e9flexions sur le cours continu et l\u2019incalculable rapidit\u00e9 de ce torrent qu\u2019on appelle la vie humaine.<\/p>\n<p>Comme vous n\u2019avez point d\u00e9couvert de maisons, vous \u00eates agr\u00e9ablement surpris vers les neuf heures du soir d\u2019entendre de divers c\u00f4t\u00e9s le chant de la pri\u00e8re, et vous \u00eates encore plus \u00e9tonn\u00e9, le dimanche matin, de vous voir entour\u00e9 et salu\u00e9 de quatre \u00e0 cinq cents personnes qui sont venues entendre la messe et la parole de Dieu, r\u00e9citer le rosaire et faire le chemin de la croix. D\u2019o\u00f9 sortent-elles donc\u00a0? De petites cabanes cach\u00e9es sous les arbres, dans les sinuosit\u00e9s de la montagne\u00a0; plusieurs m\u00eame venant de loin ont franchi avant le jour les hautes barri\u00e8res qui les s\u00e9paraient du lieu du sacrifice.<\/p>\n<p>Un tel concours dans un pays infid\u00e8le est sans doute un \u00e9clatant hommage en faveur de la vraie foi\u00a0; mais on est doublement frapp\u00e9 quand on voit de ses propres yeux par qui il lui est rendu. Ce sont de ces gens que N. S. se plaisait \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser pour prouver sa divine mission\u00a0; ce sont des pauvres tels que je n\u2019en avais jamais vus. Beaucoup ne sont pas habill\u00e9s, seulement autour de leur corps pendent des haillons moins propres \u00e0 le couvrir qu\u2019\u00e0 faire ressortir la plus extr\u00eame mis\u00e8re \u00e0 laquelle un homme puisse \u00eatre r\u00e9duit.<\/p>\n<p>D\u2019autres ne vont pas \u00e0 la messe parce qu\u2019ils n\u2019ont pas m\u00eame un pareil v\u00eatement. Donnez-leur des habits, ils se h\u00e2teront de les vendre pour s\u2019emp\u00eacher de mourir de faim.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, beaucoup ont p\u00e9ri de mis\u00e8re\u00a0; M.\u00a0Rameaux, qui est vraiment le p\u00e8re des chr\u00e9tiens du Houp\u00e9, avec le peu de ressources qu\u2019il avait, n\u2019a pu racheter la vie que d\u2019un certain nombre. Ceux qui ne meurent pas vivent \u00e0 peu pr\u00e8s de rien. Ce qu\u2019ils ont de mieux, c\u2019est du ma\u00efs et du bl\u00e9 noir qu\u2019ils s\u00e8ment jusque sur le sommet des montagnes. La mission poss\u00e8de quelques mauvaises pi\u00e8ces de terre\u00a0; on en a donn\u00e9 \u00e0 plusieurs une petite part \u00e0 cultiver\u00a0; mais ils en retirent bien peu de chose et nous encore moins.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9glise et la r\u00e9sidence, qui passent pour des palais dans l\u2019endroit, sont b\u00e2ties en terre, couvertes en paille et n\u2019ont d\u2019autre pav\u00e9 que le sol battu, ni d\u2019autre plafond que les branches de bambous qui soutiennent le toit. On y est du moins \u00e0 l\u2019abri de la pluie, avantage que n\u2019ont pas toujours les maisons de Chine, o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 quelquefois fort heureux de me trouver nanti d\u2019un parapluie.<\/p>\n<p>M. Baldus vint \u00e0 son tour respirer l\u2019air de communaut\u00e9 dans notre chartreuse o\u00f9 nous \u00e9tions r\u00e9unis une vingtaine de personnes, missionnaires, cat\u00e9chistes, \u00e9tudiants, etc. Nous avons l\u00e0 cinq jeunes gens qui commencent \u00e0 apprendre le latin tout en \u00e9tudiant le chinois avec d\u2019autre enfants externes.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9coles chinoises il y a une singuli\u00e8re m\u00e9thode d\u2019\u00e9tudier. Les \u00e9coliers, assis autour d\u2019une table, r\u00e9citent en criant de toutes leurs forces du matin au soir la le\u00e7on qui leur a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le ma\u00eetre, et ils ne cessent de la chanter et rechanter que lorsqu\u2019ils la savent de mani\u00e8re \u00e0 ne pouvoir plus l\u2019oublier. Ils sont si accoutum\u00e9s \u00e0 ce genre que, quoiqu\u2019ils aient une le\u00e7on diff\u00e9rente, chacun poursuit sa chanson sans \u00eatre troubl\u00e9 par celle de son voisin.<\/p>\n<p>Mon s\u00e9jour au milieu de confr\u00e8res dont la compagnie m\u2019\u00e9tait aussi agr\u00e9able qu\u2019utile ne fut pas de tr\u00e8s longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Je m\u2019en s\u00e9parai vers la mi-juillet pour me rendre dans le Ho-nan o\u00f9 je devais continuer mes \u00e9tudes aupr\u00e8s de deux confr\u00e8res chinois qui se trouvaient dans cette province.<\/p>\n<p>A cause des chaleurs, M.\u00a0Rameaux m\u2019obligea \u00e0 prendre le mulet de la maison. Le premier jour, apr\u00e8s avoir franchi bien des montagnes et tout avec bien des rochers et des ravins, nous nous avan\u00e7\u00e2mes encore dans la plaine. Quoique tout mon d\u00eener e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un morceau de pain mang\u00e9 avec app\u00e9tit aupr\u00e8s d\u2019une source, arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019auberge o\u00f9 nous devions coucher, je fis peu d\u2019honneur au souper. Cela f\u00e2cha s\u00e9rieusement le vieux grand-p\u00e8re de la maison qui se mit \u00e0 me dire que j\u2019\u00e9tais un avare, qu\u2019un grand Monsieur qui allait \u00e0 cheval ne devait pas plaindre ses sapecs pour manger deux \u00e9cuelles de <em>mien<\/em>, esp\u00e8ce de rubans en p\u00e2te de farine de froment, servis avec du potage.<\/p>\n<p>Le lendemain, nous arriv\u00e2mes pour midi \u00e0 Lao-ho-keou, place de commerce, l\u2019une des plus importantes du Houp\u00e9 apr\u00e8s Han-k\u00e9ou. Malgr\u00e9 la vaste \u00e9tendue de ces deux villes dont la premi\u00e8re a plus de deux lieues et la seconde de six \u00e0 sept lieues de long, les Chinois ne leur donnent que le nom de march\u00e9. Elles renferment bien des richesses, de grands magasins, de belles boutiques, des rues orn\u00e9es comme celles de nos premi\u00e8res villes de France dans des jours de triomphe. Car tout le long de ces rues on voit, au-dessus et aux deux c\u00f4t\u00e9s, une superbe file de pi\u00e8ces de menuiserie bien peintes et couvertes de lettres d\u2019or qui servent d\u2019enseignes. Paris a des rues plus tumultueuses mais non plus vivantes et dans ses boutiques on n\u2019est pas accueilli avec plus de politesse et de pr\u00e9venance, ni servi avec plus de gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Il y a quelques chr\u00e9tiens \u00e0 Lao-ho-keou\u00a0; mais nous ne pouvons les voir que dans les barques pour ne pas tomber entre les mains de deux anciens apostats qui sont nos mortels ennemis. M.\u00a0Rameaux a failli une fois \u00eatre pris par eux.<\/p>\n<p>Le soir nous \u00e9tions assez loin de l\u00e0. Nous loge\u00e2mes dans une auberge o\u00f9 nous f\u00fbmes oblig\u00e9s de passer la nuit sous les armes\u00a0; car nous avions compris qu\u2019on avait bonne envie de nous voler. Nous pr\u00eemes nos mesures en cons\u00e9quence et on ne nous vola que le sommeil.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me jour, mes courriers \u00e9taient dans les transes parce qu\u2019ils avaient remarqu\u00e9 quelques personnes s\u2019intriguer \u00e0 mon sujet, et ils jug\u00e8rent \u00e0 propos de me cacher dans un char. Le m\u00eame jour, vers minuit, je parvins \u00e0 notre r\u00e9sidence de Nanyang-fou, o\u00f9 je demeure encore. Quoique ce soit dans cette maison que M.\u00a0Clet a \u00e9t\u00e9 pris, j\u2019y suis en s\u00fbret\u00e9 et en parfaite s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, mon tr\u00e8s cher oncle, depuis mon d\u00e9part de France jusqu\u2019\u00e0 mon arriv\u00e9e ici, il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 seize mois, pendant lesquels, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 presque continuellement en courses pour faire environ huit mille lieues. J\u2019ai assez couru pour d\u00e9sirer de n\u2019avoir plus d\u2019autre grand voyage \u00e0 faire que celui qui ne se fait ni par eau ni par terre. Mais en attendant je ne pourrai \u00e9viter les longues promenades dans l\u2019int\u00e9rieur de cette vaste Chine. Il le faut bien\u00a0; si je suis venu de si loin c\u2019est sans doute pour courir encore dans cette ar\u00e8ne. Dieu veuille que j\u2019y coure de mani\u00e8re \u00e0 obtenir l\u2019incorruptible couronne. <em>Sic currite ut comprehendatis<\/em>.<\/p>\n<p>Il est bien temps de donner fin \u00e0 cette longue lettre. Aussi n\u2019ajouterai-je plus rien, si ce n\u2019est que, en recommandant ma personne et mon minist\u00e8re \u00e0 vos pri\u00e8res et saints sacrifices, je vous supplie de me recommander encore aux personnes charitables et d\u2019interpr\u00e9ter les sentiments de mon c\u0153ur aupr\u00e8s de mes parents de Montauban, de M.\u00a0Gratacap et de tous ceux qui veulent bien m\u2019honorer de leur souvenir et de leur amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis pour la vie,<\/p>\n<p>Mon tr\u00e8s cher Oncle,<\/p>\n<p>Votre tr\u00e8s attach\u00e9 et respectueux neveu,<\/p>\n<p>J.G. Perboyre Ind. ptre\u00a0d. l. c. d. l. m.<\/p>\n<p><em>P. S. de M.\u00a0Rameaux<\/em>. \u2014 Je ne laisserai pas partir la lettre de M. Perboyre sans me rappeler au souvenir pr\u00e9cieux d\u2019un respectable confr\u00e8re dont j\u2019ai eu l\u2019avantage de faire la connaissance il y a plusieurs ann\u00e9es. Tout en admirant le d\u00e9vouement et le z\u00e8le de votre cher neveu, vous \u00eates sans doute afflig\u00e9 de sa d\u00e9termination et moi, je m\u2019en r\u00e9jouis, puisqu\u2019elle a mis le comble \u00e0 ma consolation. Il vous parle longuement de notre mission. Vous voyez qu\u2019il nous faut de la force et du courage. Veuillez bien les demander au bon Dieu pour nous. Vos pri\u00e8res seront agr\u00e9ables au Seigneur, n\u2019en doutez pas. Elles attireront sur nous les b\u00e9n\u00e9dictions du Ciel. Nous ne vous oublierons pas, veuillez bien le croire ainsi qu\u2019aux sentiments du plus profond respect de votre tout d\u00e9vou\u00e9 confr\u00e8re,<\/p>\n<p>RAMEAUX, i. p. d. l. m.<\/p>\n<p><em>Suscription<\/em>\u00a0: Monsieur Monsieur Perboyre, Pr\u00eatre de la Congr\u00e9gation de la Mission. A Montauban. Tarn et Garonne.<\/p>\n<p><em><strong>Lettre 76.<\/strong> \u2014 Maison-M\u00e8re, original 61.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du Honan, le 10 ao\u00fbt 1836. Mon tr\u00e8s cher Oncle, Je ne vous ai pas \u00e9crit pour vous annoncer soit mon d\u00e9part de Macao, soit mon entr\u00e9e en Chine. 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A son Oncle, \u00e0 Montauban","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"19\/03\/2017","format":false,"excerpt":"[18 juin 1833 ?] Mon tr\u00e8s cher oncle, Voil\u00e0 une dizaine de jours que ma s\u0153ur est arriv\u00e9e \u00e0 Paris. Elle avait fait heureusement le voyage avec sa compagne sous la conduite de M.\u00a0l\u2019abb\u00e9 Montagne. Elle se porte bien et est parfaitement accoutum\u00e9e. 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A son Oncle, \u00e0 Montauban","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"04\/06\/2017","format":false,"excerpt":"Paris, le 20 mai 1834. Mon tr\u00e8s cher oncle, Votre derni\u00e8re lettre pour mon cousin Gabriel doit \u00eatre arriv\u00e9e ce matin \u00e0 sa destination. M.\u00a0Gratacap a bien voulu se donner la peine de venir me voir aussit\u00f4t apr\u00e8s son arriv\u00e9e et m\u2019honorer plusieurs fois de ses visites. Comme c\u2019est aujourd\u2019hui\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre&quot;","block_context":{"text":"\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/category\/ecrits-de-jean-gabriel-perboyre\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200 1x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=525%2C300 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=700%2C400 2x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=1050%2C600 3x"},"classes":[]},{"id":107249,"url":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-057-a-son-oncle-a-montauban\/","url_meta":{"origin":190675,"position":4},"title":"Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 057. A son Oncle, \u00e0 Montauban","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"06\/08\/2017","format":false,"excerpt":"Le Havre, 18 mars 1835. Mon tr\u00e8s cher oncle, Me voici au Havre depuis avant-hier au soir. Nous avions besoin d\u2019\u00eatre ici quelque temps avant l\u2019embarquement pour faire nos petits pr\u00e9paratifs. Notre navire, l\u2019Edmond, est d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9 et on n\u2019attend plus pour se mettre en mer que le moment o\u00f9\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre&quot;","block_context":{"text":"\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/category\/ecrits-de-jean-gabriel-perboyre\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200 1x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=525%2C300 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=700%2C400 2x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=1050%2C600 3x"},"classes":[]},{"id":105044,"url":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/jean-gabriel-perboyre-lettre-039-a-son-oncle-a-montauban\/","url_meta":{"origin":190675,"position":5},"title":"Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 039. A son Oncle, \u00e0 Montauban","author":"Francisco Javier Fern\u00e1ndez Chento","date":"02\/04\/2017","format":false,"excerpt":"Mon tr\u00e8s cher oncle, J\u2019ai un peu diff\u00e9r\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 votre derni\u00e8re lettre, parce que je ne voulais pas seulement vous annoncer l\u2019arriv\u00e9e de M.\u00a0Deljougla, mais encore la d\u00e9termination qu\u2019il aurait prise apr\u00e8s avoir pass\u00e9 par la retraite. Sa vocation n\u2019\u00e9tait fond\u00e9e sur rien de solide et de surnaturel\u00a0:\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre&quot;","block_context":{"text":"\u00c9crits de Jean-Gabriel Perboyre","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/category\/ecrits-de-jean-gabriel-perboyre\/"},"img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200","width":350,"height":200,"srcset":"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=350%2C200 1x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=525%2C300 1.5x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=700%2C400 2x, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/cartas-perboyre.jpg?fit=1200%2C630&resize=1050%2C600 3x"},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=190675"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190675\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/189778"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=190675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=190675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}