{"id":189767,"date":"2016-07-06T13:35:03","date_gmt":"2016-07-06T11:35:03","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/?p=189767"},"modified":"2016-07-22T06:09:30","modified_gmt":"2016-07-22T04:09:30","slug":"lacordaire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/","title":{"rendered":"Lacordaire"},"content":{"rendered":"<p>Quand nous avons \u00e9crit l&rsquo;histoire de l&rsquo;abb\u00e9 de Lamennais, histoire qui nous a suscit\u00e9 tant de haines et valu tant d&rsquo;injures, nous savions qu&rsquo;un autre pr\u00eatre, un v\u00e9ritable ministre du Christ, nous donnerait un jour raison contre les d\u00e9mocrates irascibles dont nous attaquions l&rsquo;idole.<\/p>\n<p>Nous connaissions d&rsquo;avance le rayon qu&rsquo;il faudrait opposer \u00e0 l&rsquo;ombre.<\/p>\n<p>De ces deux notices, consacr\u00e9es, la premi\u00e8re \u00e0 dire la vie de l&rsquo;ap\u00f4tre rebelle, la seconde \u00e0 raconter les actes du fils soumis de l&rsquo;\u00c9glise, devait jaillir une antith\u00e8se lumineuse propre \u00e0 \u00e9clairer tous les doutes et \u00e0 montrer que nos adversaires marchent seuls dans la mauvaise foi et respirent dans le mensonge.<\/p>\n<p>Chez nous, depuis tant\u00f4t un si\u00e8cle, et gr\u00e2ce \u00e0 M. de Voltaire, il suff\u00eet qu&rsquo;un \u00e9crivain touche sans trop d&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence la corde religieuse pour \u00eatre imm\u00e9diatement en suspicion.<\/p>\n<p>Les encyclop\u00e9distes modernes ont tout dit, quand ils vous ont jet\u00e9 \u00e0 la t\u00eate ces deux substantifs ridicules\u00a0:<\/p>\n<p>Capucin\u00a0! J\u00e9suite\u00a0!<\/p>\n<p>Et le bourgeois d&rsquo;applaudir\u00a0; et M. de Voltaire de se frotter les mains chez le diable, o\u00f9 il r\u00e9side, sans aucun doute, \u00e0 l&rsquo;heure pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Il doit y \u00eatre trait\u00e9 comme l&rsquo;ami de la maison.<\/p>\n<p>J\u00e9suite et capucin\u00a0! grand merci, nos ma\u00eetres.<\/p>\n<p>Nous ne sommes ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, et quand les j\u00e9suites iront trop loin, quand les capucins se rendront coupables d&rsquo;envahissement, vous verrez si nous y allons de main morte et si nous m\u00e9nageons les coups de verge \u00e0 leurs saintes \u00e9paules.<\/p>\n<p>Avant tout logique et loyaut\u00e9. La passion d\u00e9raisonne, l&rsquo;injure ne prouve rien.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons notre biographie.<\/p>\n<p>Jean-Baptiste-Henri Lacordaire est n\u00e9, le 12 mai 1802, \u00e0 Recey-sur-Ource, bourg assez consid\u00e9rable du d\u00e9partement de la C\u00f4te-d&rsquo;Or.<\/p>\n<p>L\u00e0 n&rsquo;avait point \u00e9t\u00e9 le premier berceau de sa famille.<\/p>\n<p>Ses anc\u00eatres r\u00e9sidaient un peu plus haut vers l&rsquo;est, du c\u00f4t\u00e9 de Langres.<\/p>\n<p>En 1743, lorsque Louis XV, revenant des Pays-Bas pour aller former le si\u00e8ge de Metz, traversa le petit village de Bussi\u00e8res-lez-Belmont et s&rsquo;y arr\u00eata quelques heures en compagnie de la belle duchesse de Ch\u00e2teauroux, le m\u00e9decin de l&rsquo;endroit fut admis \u00e0 pr\u00e9senter comme rafra\u00eechissement au prince et \u00e0 la favorite des ananas, qu&rsquo;il faisait m\u00fbrir en serre chaude.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;a\u00efeul de Lacordaire.<\/p>\n<p>Jadis \u00e0 Paris, il avait re\u00e7u des le\u00e7ons de botanique du savant Jussieu.<\/p>\n<p>On assure que Louis XV, arrivant \u00e0 Chaumont le soir m\u00eame, ressentit les premi\u00e8res atteintes de la maladie cruelle qui devait mettre, en p\u00e9ril ses jours.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre avait-il mang\u00e9 les ananas avec trop de gourmandise.<\/p>\n<p>M\u00e9decin lui-m\u00eame, le p\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre dominicain \u00e9pousa la fille d&rsquo;un avocat au parlement de Bourgogne.<\/p>\n<p>Il mourut tr\u00e8s jeune et la laissa veuve avec quatre fils en bas \u00e2ge.<\/p>\n<p>Madame Lacordaire quitta Recey-sur-Ource, rentra, dans sa famine \u00e0 Dijon, et se consacra sans r\u00e9serve \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de ses enfants, qui tous se sont distingu\u00e9s dans quatre carri\u00e8res diff\u00e9rentes.<span id='easy-footnote-1-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-1-189767' title='Apr\u00e8s avoir longtemps voyage dans l&amp;rsquo;Am\u00e9rique du Sud, l&amp;rsquo;a\u00een\u00e9 de la famille a obtenu, \u00e0 l&amp;rsquo;universit\u00e9 de Li\u00e8ge, une chaire de zoologie. Le second est le h\u00e9ros de ce petit livre. Quant au troisi\u00e8me, \u00e0 qui la ville de Dijon doit de magnifiques travaux d&amp;rsquo;architecture, on l&amp;rsquo;a nomm\u00e9, depuis quelque temps, directeur des Gobelins. Le quatri\u00e8me est un des officiers les plus remarquables de l&amp;rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><\/a><\/p>\n<p>Nous avons eu d\u00e9j\u00e0 plus d&rsquo;une fois \u00e0 signaler l&rsquo;heureuse influence exerc\u00e9e par une m\u00e8re chr\u00e9tienne sur l&rsquo;avenir de quelques-uns. des hommes dont nous \u00e9crivons l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Madame Lacordaire \u00e9leva ses fils dans les principes les plus s\u00e9rieux de l&rsquo;honneur, dans les croyances les plus saintes de la foi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il semble, dit un biographe bourguignon,<span id='easy-footnote-2-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-2-189767' title='M. Lorrain, doyen de la facult\u00e9 de droit de Dijon. Sa brochure nous a fourni beaucoup de d\u00e9tails pr\u00e9cieux sur le grand orateur de Notre-Dame.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><\/a> que, d\u00e8s ses plus tendres ann\u00e9es, Henri Lacordaire eut comme une sorte de pressentiment de sa destin\u00e9e d&rsquo;orateur chr\u00e9tien. On l&rsquo;a vu, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de huit ans, lire \u00e0 haute voix aux passants les sermons de Bourdaloue, imitant \u00e0 une fen\u00eatre, qui lui servait de tribune, les gestes et la d\u00e9clamation des pr\u00eatres qu&rsquo;il avait entendus pr\u00eacher.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;abb\u00e9 do Lamennais, il servait des messes \u00e0 la cath\u00e9drale et se faisait remarquer par sa pi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ange.<\/p>\n<p>Le mari de madame Lacordaire ne lui avait laiss\u00e9 qu&rsquo;une fortune tr\u00e8s m\u00e9diocre. Il fallut que la courageuse femme s&rsquo;impos\u00e2t des sacrifices inou\u00efs pour arriver \u00e0 payer la pension de ses fils au coll\u00e8ge.<\/p>\n<p>Henri commen\u00e7a ses \u00e9tudes classiques \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix ans.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un gar\u00e7on naturellement paisible et port\u00e9 \u00e0 la douceur.<\/p>\n<p>Pendant les promenades du jeudi hors des murs de la ville, au lieu de d\u00e9penser, comme ses camarades, en g\u00e2teaux ou en friandises les deux ou trois sous qu&rsquo;on lui octroyait pour ses menus plaisirs, il achetait aux p\u00e2tres des prairies de l&rsquo;Ouche<span id='easy-footnote-3-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-3-189767' title='Affluent de la Sa\u00f4ne, qui traverse le d\u00e9partement de la C\u00f4te-d&amp;rsquo;Or.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><\/a> du crin, que ceux-ci arrachaient \u00e0 la queue des chevaux. Henri s&rsquo;en servait pour confectionner, pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, du cordonnet, des bagues et mille petites fantaisies d&rsquo;\u00e9colier.<\/p>\n<p>Dans cette nature si calme en apparence, il y avait pourtant des ressorts \u00e9nergiques, une volont\u00e9 ferme, une haine profonde de l&rsquo;injustice et des \u00e9lans de courage vraiment extraordinaires chez un enfant si jeune.<\/p>\n<p>Au r\u00e9fectoire, un jour, comme il tournait la t\u00e8te, son voisin de droite lui escamote sa portion de potage.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve d\u00e9pouill\u00e9 r\u00e9clame.<\/p>\n<p>Une querelle s&rsquo;ensuit, l&rsquo;ordre est troubl\u00e9, le censeur intervient.<\/p>\n<p>\u2013Tous les deux au pain sec et \u00e0 l&rsquo;eau\u00a0! s&rsquo;\u00e9crie-t-il sans vouloir entendre les explications de Lacordaire, et confondant l&rsquo;innocent et le coupable dans le m\u00eame arr\u00eat. \u2013 Levez-vous, ajouta-t-il\u00a0; allez vous placer contre le mur\u00a0!<\/p>\n<p>Le voleur de potage ob\u00e9it\u00a0; mais Lacordaire de se croiser les bras sur la table, et de r\u00e9pondre\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Je n&rsquo;irai pas\u00a0!<\/p>\n<p>Nouvelle injonction du censeur. Il menace Henri de l&rsquo;envoyer au cachot.<\/p>\n<p>\u2013 Soit, r\u00e9pond l&rsquo;intr\u00e9pide \u00e9l\u00e8ve. De deux punitions injustes je choisis la plus forte.<\/p>\n<p>Et il se dirigea vers la prison.<\/p>\n<p>Dans tous les coll\u00e8ges il y a des taquineries traditionnelles et une s\u00e9rie de m\u00e9chants tours, que les anciens tiennent en r\u00e9serve pour les nouveaux. Ces derniers parfois n&rsquo;ont pas toute la patience d\u00e9sirable\u00a0; ils se rebiffent, et de grandes col\u00e8res s&rsquo;allument.<\/p>\n<p>En 1814, au commencement de l&rsquo;ann\u00e9e scolaire, le coll\u00e8ge de Dijon put voir deux camps ennemis pr\u00eats \u00e0 en venir aux mains.<\/p>\n<p>La surveillance des ma\u00eetres d&rsquo;\u00e9tude emp\u00eacha fort heureusement une m\u00eal\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Deux champions, dit M. de Lom\u00e9nie, furent charg\u00e9s de vider la querelle\u00a0: l&rsquo;un aujourd&rsquo;hui officier distingu\u00e9 du g\u00e9nie, et l&rsquo;autre le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire. Ils se battirent avec acharnement, et sans l&rsquo;intervention des deux arm\u00e9es, la France compterait un brave militaire ou un c\u00e9l\u00e8bre pr\u00e9dicateur de moins.<span id='easy-footnote-4-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-4-189767' title='&lt;em&gt;Galerie des Contemporains illustres, &lt;\/em&gt;tome V\u00a0; Notice sur Lacordaire, page 3 de la Notice.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><\/a> \u00bb Du reste, en ces jours de guerre continentale, une humeur belliqueuse envahissait tous les lyc\u00e9es, comme, trois ou quatre ans plus tard, une fantaisie de lutte voltairienne y prit naissance, lorsque les rois l\u00e9gitimes voulurent cat\u00e9chiser la jeunesse et donner la religion pour base \u00e0 leur tr\u00f4ne chancelant.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les saints principes dans lesquels il avait \u00e9t\u00e9 berc\u00e9, Henri c\u00e9da comme tous les autres \u00e0 la r\u00e9action antireligieuse.<\/p>\n<p>Dans la biblioth\u00e8que de l&rsquo;ex-conseiller au parlement, son grand-p\u00e8re, o\u00f9 il se glissait parfois en \u00e9chappant \u00e0 l&rsquo;\u0153il maternel, il trouva les \u0153uvres du patriarche de Ferney, celles de Jean-Jacques, de Diderot, du baron d&rsquo;Holbach, de Grimm, d&rsquo;Helv\u00e9tius, et lut avec toute l&rsquo;imprudente curiosit\u00e9 de son \u00e2ge ces livres funestes qui savent jeter si habilement sur leurs maximes d\u00e9solantes les fleurs de l&rsquo;imagination et du style.<\/p>\n<p>Lorsque madame Lacordaire put deviner quelles \u00e9taient les lectures de son fils, elle ferma la biblioth\u00e8que.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait trop tard.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 le poison s&rsquo;\u00e9tait infiltr\u00e9 clans ce jeune c\u0153ur. Monique eut \u00e0 pleurer sur le sort d&rsquo;Augustin, que les doctrines do Man\u00e8s et de Pelage pouvaient conduire \u00e0 sa porte.<\/p>\n<p>Mais Dieu donne aux intelligences d&rsquo;\u00e9lite ce besoin irr\u00e9sistible du vrai qui les pousse malgr\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;examen et \u00e0 la recherche. Bient\u00f4t la v\u00e9rit\u00e9 se manifeste\u00a0; elle \u00e9crase le mensonge.<\/p>\n<p>Le reptile se d\u00e9bat en vain sous la serre puissante de l&rsquo;aigle.<\/p>\n<p>Henri Lacordaire, apr\u00e8s d&rsquo;\u00e9clatants succ\u00e8s obtenus en rh\u00e9torique et en philosophie,<span id='easy-footnote-5-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-5-189767' title='L&amp;rsquo;auteur de la &lt;em&gt;Galerie des Contemporains illustres &lt;\/em&gt;affirme \u00e0 tort que la grande sup\u00e9riorit\u00e9 du jeune rh\u00e9toricien sur ses condisciples lui valut une r\u00e9compense exceptionnelle. La collection de m\u00e9dailles des rois de France, dont parle M. de Lom\u00e9nie, fut \u00e9galement accord\u00e9e \u00e0 tous les \u00e9l\u00e8ves des coll\u00e8ges royaux qui avaient, comme Henri Lacordaire, remport\u00e9 le prix d&amp;rsquo;honneur.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><\/a> sortit du coll\u00e8ge pour entrer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de droit.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le comte de Maistre, M. de Bonald et l&rsquo;abb\u00e9 de Lamennais, qui n&rsquo;avait pas encore bris\u00e9 sa lance orthodoxe appelaient en champ clos l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 pour la combattre. L&rsquo;\u00e9tudiant de la facult\u00e9 de Dijon regarda la bataille, jugea les coups et salua les vainqueurs.<\/p>\n<p>Tout le vieux levain encyclop\u00e9diste qui fermentait dans son cerveau disparut sans retour.<\/p>\n<p>Ici le philosophe chr\u00e9tien commence, en attendant l&rsquo;heure o\u00f9 doit se r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;ap\u00f4tre.<\/p>\n<p>Henri entrait dans sa dix-neuvi\u00e8me ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous le trouvons au nombre des fondateurs d&rsquo;une sorte de club semi-politique et semi-litt\u00e9raire, exclusivement compos\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles, et qui prenait le nom de <em>Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudes.<\/em><\/p>\n<p>On s&rsquo;y exer\u00e7ait \u00e0 y discourir sur tous les sujets, sur toutes les th\u00e8ses.<\/p>\n<p>Dans cette assembl\u00e9e bouillante de verve et de jeunesse, notre h\u00e9ros se distingua par la solidit\u00e9 de ses conceptions, le nerf de sa logique et par lu forme oratoire et remplie d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance qu&rsquo;il savait d\u00e9j\u00e0 donner \u00e0 sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Quand il prenait la parole, un silence profond r\u00e9gnait tout \u00e0 coup dans ce cercle tumultueux.<\/p>\n<p>On l&rsquo;\u00e9coutait avec religion, presque avec extase\u00a0; on admirait sa diction si pleine de charme, son organe si pur, son geste si gracieux. Quand il avait termin\u00e9 sa harangue, ses amis lui pressaient les mains avec enthousiasme et s&rsquo;\u00e9criaient\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 A Paris\u00a0! mon cher, il faut aller \u00e0 Paris\u00a0! Tu y deviendras le roi du barreau\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;avis unanime de toutes les personnes qui avaient pu juger l&rsquo;\u00e9tudiant et reconna\u00eetre ses qualit\u00e9s brillantes.<\/p>\n<p>Re\u00e7u avocat en 1822, il alla passer quelques mois en Suisse, visita le lac de Gen\u00e8ve, le Saint-Bernard, Chamouni les Bossons, la mer de glace, exaltant son \u00e2me au milieu des merveilles de cette magnifique nature\u00a0; puis, au commencement de l&rsquo;hiver, il prit le chemin de la capitale, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 suivre le conseil de ses compatriotes et \u00e0 y faire son stage, en attendant qu&rsquo;on l&rsquo;inscriv\u00eet au tableau des avocats parisiens.<\/p>\n<p>Le jeune homme avait en portefeuille une lettre chaleureuse d&rsquo;un vieil ami de sa famille pour le pr\u00e9sident Riambourg,<span id='easy-footnote-6-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-6-189767' title='Il en re\u00e7ut bon accueil et put entrer, gr\u00e2ce \u00e0 son appui, chez M. Guillemin, avocat \u00e0 la cour de cassation, puis un peu plus tard chez M. Mourre, procureur g\u00e9n\u00e9ral.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><\/a> et son professeur de droit romain l&rsquo;avait recommand\u00e9 en outre \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 Gerbet, correspondant de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudes de Dijon.<\/p>\n<p>Press\u00e9 de se faire entendre. Henri Lacordaire accepta les premi\u00e8res causes qui vinrent s&rsquo;offrir.<\/p>\n<p>Il plaida cinq ou six fois \u00e0 la cour d&rsquo;assises, au risque d&rsquo;\u00eatre cit\u00e9 devant le conseil de discipline, car il n&rsquo;avait pas l&rsquo;\u00e2ge requis par les r\u00e8glements.<\/p>\n<p>Berryer l&rsquo;entendit un jour, et s&rsquo;approcha pour le complimenter \u00e0 la fin de l&rsquo;audience.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Fort bien\u00a0! lui dit-il\u00a0: vous arriverez au premier rang\u00a0; mais prenez garde \u00e0 la trop grande facilit\u00e9 que vous avez pour la parole\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chose \u00e9trange, apr\u00e8s avoir obtenu tout d&rsquo;abord des succ\u00e8s capables de le rendre orgueilleux, notre h\u00e9ros n&rsquo;avait point l&rsquo;\u00e2me satisfaite et tombait dans un d\u00e9couragement inexprimable.<\/p>\n<p>L&rsquo;air de la salle des pas perdus lui oppressait la poitrine\u00a0; il demandait au Palais des horizons qui \u00e9chappaient \u00e0 ses regards.<\/p>\n<p>Th\u00e9mis lui apparaissait sous la forme d&rsquo;une grosse marchande joufflue, tr\u00e8s forte en arithm\u00e9tique, tenant les comptes en partie double et r\u00e9pondant par des chiffres \u00e0 la veuve et \u00e0 l&rsquo;orphelin.<\/p>\n<p>Chez ses confr\u00e8res, dans le monde, partout, le jeune homme se trouvait isol\u00e9.<\/p>\n<p>Son \u00e2me d\u00e9licate cherchait le d\u00e9vouement, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la grandeur\u00a0; il ne rencontrait que l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, le calcul, la petitesse.<\/p>\n<p>Paris, la cit\u00e9 reine, dont il s&rsquo;\u00e9tait fait dans ses r\u00eaves une si magnifique image, ne lui parut \u00eatre qu&rsquo;une ruche colossale, dont toutes les abeilles travaillent dans la boue, au lieu de prendre leur vol du c\u00f4t\u00e9 des plaines verdoyantes et de butiner, sous l&rsquo;azur, parmi les fleurs.<\/p>\n<p>Rien ne le charmait, tous les plaisirs lui semblaient fades.<\/p>\n<p>Aucune des s\u00e9ductions mat\u00e9rielles de la vie ne pouvait atteindre ce c\u0153ur plac\u00e9 trop haut dans les r\u00e9gions de la po\u00e9sie et de l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Quand la terre nous repousse, le ciel nous attire.<\/p>\n<p>Le 11 mai 1824, apr\u00e8s dix-huit mois de lutte et d&rsquo;incertitude, Henri Lacordaire \u00e9crivit la lettre qui va suivre \u00e0 l&rsquo;un de ses plus anciens amis de coll\u00e8ge\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut bien peu de paroles pour dire ce que j&rsquo;ai \u00e0 dire, et cependant mon c\u0153ur a besoin d&rsquo;\u00eatre long. J&rsquo;abandonne le barreau\u00a0; nous ne nous y rencontrerons jamais. Nos r\u00eaves de cinq ans ne s&rsquo;accompliront pas. J&rsquo;entre demain matin au s\u00e9minaire de Saint-Sulpice. Hier, les chim\u00e8res du monde remplissaient encore mon \u00e2me, quoique la religion y f\u00fbt d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente\u00a0: la renomm\u00e9e \u00e9tait encore mon avenir. Aujourd&rsquo;hui je place mes esp\u00e9rances plus haut, et je ne demande ici-bas que l&rsquo;obscurit\u00e9 et la paix. Je suis bien chang\u00e9, et je t&rsquo;assure que je ne sais pas comment cela s&rsquo;est fait. Quand j&rsquo;examine le travail de ma pens\u00e9e depuis cinq ans, le point d&rsquo;o\u00f9 je suis parti, les degr\u00e9s que mon intelligence a parcourus, le r\u00e9sultat d\u00e9finitif de cette marche lente et h\u00e9riss\u00e9e d&rsquo;obstacles, je suis \u00e9tonn\u00e9 moi-m\u00eame et j&rsquo;\u00e9prouve un mouvement d&rsquo;adoration vers Dieu. Un moment sublime, c&rsquo;est celui o\u00f9 le dernier trait do lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;\u00e2me, et rattache \u00e0 un centre commun les v\u00e9rit\u00e9s qui y sont \u00e9parses. Il y a toujours une telle distance entre le moment qui suit et le moment qui pr\u00e9c\u00e8de celui-l\u00e0, entre ce qu&rsquo;on \u00e9tait auparavant et ce qu&rsquo;on est apr\u00e8s, qu&rsquo;on a invent\u00e9 le mot <em>gr\u00e2ce <\/em>pour expliquer ce coup magique, cette lumi\u00e8re d&rsquo;en haut. Il me semble voir un homme qui s&rsquo;avance au hasard, le bandeau sur les yeux\u00a0; on le desserre peu \u00e0 peu, il entrevoit le jour, et, \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 le mouchoir tombe, il se trouve en face du soleil.<span id='easy-footnote-7-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-7-189767' title='Notice Lorrain, pages 18 et 19.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span> \u00bb<\/p>\n<p>Les compatriotes du jeune homme ses amis, madame Lacordaire elle-m\u00eame n&rsquo;eurent qu&rsquo;une voix pour d\u00e9sapprouver une r\u00e9solution si prompte.<\/p>\n<p>On envoya lettre sur lettre au s\u00e9minariste.<\/p>\n<p>Il fut in\u00e9branlable.<\/p>\n<p>A la douce et constante placidit\u00e9 de ses r\u00e9ponses, on reconnut bient\u00f4t qu&rsquo;il ne se laissait entra\u00eener ni par la fougue d&rsquo;un enthousiasme irr\u00e9fl\u00e9chi ni par les aveugles \u00e9lans d&rsquo;un coup de t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pardonne-moi, cher enfant, lui dit sa m\u00e8re, pardonne \u00e0 mon c\u0153ur, \u00e0 ma faiblesse\u00a0: j&rsquo;ai eu tort de prendre contre toi le parti du monde, et je te c\u00e8de \u00e0 Dieu\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Henri Lacordaire commen\u00e7a donc sa, th\u00e9ologie au s\u00e9minaire de Saint-Sulpice.<\/p>\n<p>Il avait \u00e9crit \u00e0 monseigneur de Boisville, \u00e9v\u00eaque de Dijon, pour le prier de lui accorder son <em>exeat,<\/em><span id='easy-footnote-8-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-8-189767' title='On nomme ainsi la pi\u00e8ce r\u00e9guli\u00e8re par laquelle un \u00e9v\u00eaque autorise les jeunes gens plac\u00e9s sous sa d\u00e9pendance spirituelle \u00e0 prendre les ordres dans un autre dioc\u00e8se.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><\/a> une lettre si laconique et si simple, que celui-ci eut h\u00e2te de faire droit \u00e0 la requ\u00eate, se disant \u00e0 part lui\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Ma foi, la perte n&rsquo;est pas grande pour mon clerg\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Trois ans plus tard, apprenant le succ\u00e8s du premier discours de Lacordaire au coll\u00e8ge Stanislas, il dit \u00e0 M. de Tournefort, son grand vicaire\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Comprenez-vous cela\u00a0? J&rsquo;ai pris un diamant pour un caillou. Quelle sottise\u00a0! Ah\u00a0! si je rattrapais <em>l&rsquo;exeat\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Monseigneur de Paris ne se montra que fort peu touch\u00e9 des lamentations du pr\u00e9lat dijonnais. Il garda le diamant pour son \u00e9crin archi\u00e9piscopal.<\/p>\n<p>L&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire \u00e9tait ch\u00e9ri de ses condisciples et de ses sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Tous les ans il allait passer ses vacances tant\u00f4t \u00e0 Conflans chez M. de Qu\u00e9len, tant\u00f4t \u00e0 la Roche-Guyon chez le duc de Rohan-Chabot, cet ancien officier de mousquetaires sous Louis XVIII, qui venait de jeter l&rsquo;\u00e9paulette pour prendre la soutane. Il se consolait au pied des autels de la mort d&rsquo;une femme ador\u00e9e.<span id='easy-footnote-9-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-9-189767' title='Il fut depuis archev\u00eaque de Besan\u00e7on et cardinal. Henri Lacordaire \u00e9tait aussi tr\u00e8s estim\u00e9 de M. de Frayssinous, \u00e9v\u00eaque d&amp;rsquo;Hermopolis.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><\/a><\/p>\n<p>Certes, avec de pareils protecteurs, si le germe de l&rsquo;ambition e\u00fbt exist\u00e9 dans son \u00e2me, Lacordaire aurait gravi rapidement la pente qui m\u00e8ne aux dignit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9glise\u00a0; mais au nombre des vertus qu&rsquo;il puisait \u00e0 la source de la foi, il comptait l&rsquo;humilit\u00e9, la plus divine de toutes, et celle dont la pratique semblera toujours impossible aux gens du inonde.<\/p>\n<p>Le 25 d\u00e9cembre 1827. il est ordonn\u00e9 pr\u00eatre.<\/p>\n<p>Ses \u00e9tudes th\u00e9ologiques ont \u00e9t\u00e9 si brillantes que les premiers vicariats lui sont imm\u00e9diatement offerts dans les paroisses de la capitale. M. de Qu\u00e9len veut l&rsquo;attacher \u00e0 Saint-Sulpice ou \u00e0 la Madeleine\u00a0; le jeune pr\u00eatre refuse tout pour n&rsquo;accepter qu&rsquo;une place d&rsquo;aum\u00f4nier dans un couvent de visitandines.<span id='easy-footnote-10-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-10-189767' title='L&amp;rsquo;ann\u00e9e suivante (1828), l&amp;rsquo;archev\u00eaque pria M. d. Vatism\u00e9nil de nommer l&amp;rsquo;abb\u00e9 Lacordaire aum\u00f4nier adjoint du coll\u00e8ge Henri IV.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><\/a><\/p>\n<p>Madame Lacordaire quitte Dijon et vient partager \u00e0 Paris le modeste logement de son fils.<\/p>\n<p>On esp\u00e8re dans le clerg\u00e9 que l&rsquo;ancien avocat va se livrer \u00e0 la pr\u00e9dication.<\/p>\n<p>Les feuilles religieuses l&rsquo;encouragent. Elles reproduisent avec de pompeux \u00e9loges quelques fragments du sermon prononc\u00e9 par Lacordaire au coll\u00e8ge Stanislas et qui devait donner de si vifs regrets \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de son dioc\u00e8se.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;humble abb\u00e9 se trouve trop faible encore\u00a0; il h\u00e9site \u00e0 monter dans la chaire chr\u00e9tienne et \u00e0 lutter contre l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 sans \u00eatre s\u00fbr de la vaincre.<\/p>\n<p>Trois ann\u00e9es durant, il pr\u00e9pare ses armes et visite l&rsquo;arsenal gigantesque des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<p>Il \u00e9tudie en m\u00eame temps, du fond de sa retraite, la marche du si\u00e8cle. Le voyant de plus en plus chaque jour descendre vers les ab\u00eemes du mat\u00e9rialisme et du doute, il se demande s\u00e9rieusement si la gangr\u00e8ne sociale peut se gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dieu, pense-t-il, enl\u00e8ve parfois sa lumi\u00e8re aux nations impies, et la transporte chez d&rsquo;autres peuples qui ne ferment pas obstin\u00e9ment les yeux \u00e0 l&rsquo;\u00e9clat du flambeau. Si la France est condamn\u00e9e, je ne la sauverai pas. Allons pr\u00eacher l&rsquo;\u00c9vangile ailleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces id\u00e9es de d\u00e9couragement lui sont sugg\u00e9r\u00e9es surtout par la lecture du premier volume de <em>l&rsquo;Essai sur l&rsquo;indiff\u00e9rence.<\/em><\/p>\n<p>Au mois de mai 1830, M. de Lamennais invite l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire \u00e0 venir passer quelques jours au petit domaine de la Ch\u00eanaie en Bretagne.<\/p>\n<p>Lacordaire se rend \u00e0 cette invitation.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 plus d&rsquo;une fois il s&rsquo;est trouv\u00e9 en compagnie du pr\u00eatre tribun. Les doctrines \u00e9vang\u00e9lico-lib\u00e9rales profess\u00e9es par celui-ci ne lui sont point antipathiques\u00a0; mais il tremble en voyant la hardiesse d&rsquo;allure dont M. de Lamennais fait preuve dans ses d\u00e9bats avec l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Vous avez tort, lui dit l&rsquo;obstin\u00e9 Breton. Le pape est dans l&rsquo;orni\u00e8re, il faut l&rsquo;en tirer malgr\u00e9 lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 nous sommes, M. de Lamennais est \u00e2g\u00e9 de cinquante ans et celui dont il cherche \u00e0 faire son disciple en a vingt-huit \u00e0 peine\u00a0: il le domine, comme un vieux lutteur domine un jeune athl\u00e8te, par la science des coups et par la ruse plut\u00f4t que par la force r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Battu dans les discussions, Lacordaire ne se rend pas encore. On dirait qu&rsquo;il pressent la v\u00e9ritable cause de sa d\u00e9faite. Un pr\u00e9lat catholique de New-York se trouve au nombre des h\u00f4tes de la Ch\u00eanaie.<\/p>\n<p>\u2013 Si vous voulez me suivre aux \u00c9tats-Unis, dit-il au jeune pr\u00eatre, je vous nomme mon vicaire g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>\u2013 J&rsquo;accepte, monseigneur, r\u00e9pond Lacordaire, presque heureux d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 une influence dont il entrevoit le p\u00e9ril. C&rsquo;est du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, ou je me trompe fort, que doivent \u00e9migrer la civilisation et la foi.<\/p>\n<p>Mais il \u00e9tait \u00e9crit que le futur dominicain ne partirait pas.<\/p>\n<p>La r\u00e9volution de juillet \u00e9clate comme un coup de foudre, et Lamennais triomphant s&rsquo;\u00e9crie\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Regardez\u00a0! mes pr\u00e9dictions se r\u00e9alisent. Le signal de la libert\u00e9 des peuples est en m\u00eame temps celui de la renaissance du christianisme\u00a0! Quitter la France en ce moment serait un crime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout semble, en effet, lui donner raison.<\/p>\n<p>Lacordaire c\u00e8de, moiti\u00e9 convaincu, moiti\u00e9 s\u00e9duit.<\/p>\n<p>Deux hommes, pour lesquels il a beaucoup d&rsquo;estime, marchent d\u00e9j\u00e0 dans la route trac\u00e9e par l&rsquo;auteur de <em>l&rsquo;Essai sur l&rsquo;indiff\u00e9rence. <\/em>Ces deux hommes sont l&rsquo;abb\u00e9 Gerbet et le jeune comte de Montalembert, tout frais \u00e9moulu du coll\u00e8ge Henri IV.<\/p>\n<p>A leur exemple, Lacordaire se range sous le drapeau de M. de Lamennais.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;Avenir <\/em>se fonde le 18 octobre, trois mois apr\u00e8s les barricades.<\/p>\n<p><em>Dieu et libert\u00e9\u00a0! <\/em>cette devise r\u00e9sume l&rsquo;esprit du nouveau journal.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une alliance entre la d\u00e9mocratie et l&rsquo;\u00c9vangile. Nos intr\u00e9pides champions entrent dans la lice avec une \u00e9p\u00e9e ultramontaine\u00a0; ils proclament tr\u00e8s haut qu&rsquo;ils veulent abattre toutes les souverainet\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;exception de celle du peuple.<\/p>\n<p>Seulement, le peuple doit administrer et r\u00e9gner sous la tutelle religieuse de la cour de Rome.<\/p>\n<p>Convaincu d\u00e9cid\u00e9ment par les assertions r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de M. de Lamennais que le pape sanctionnera des doctrines dont l&rsquo;unique but est de porter au comble sa puissance, en assurant le triomphe universel du catholicisme, Lacordaire, aussi fort de la plume<span id='easy-footnote-11-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-11-189767' title='Ses \u0153uvres imprim\u00e9es jusqu&amp;rsquo;\u00e0 ce jour, outre les &lt;em&gt;Conf\u00e9rences&lt;\/em&gt;, ont pour titres\u00a0: &lt;em&gt;Consid\u00e9rations sur le syst\u00e8me politique de l&amp;rsquo;abb\u00e9 de Lamennais&lt;\/em&gt; (1834)\u00a0; &lt;em&gt;Lettre sur le Saint-Si\u00e8ge&lt;\/em&gt; (1838)\u00a0; &lt;em&gt;M\u00e9moire pour le r\u00e9tablissement en France de l&amp;rsquo;ordre des Fr\u00e8res pr\u00eacheurs&lt;\/em&gt; (1810), et la &lt;em&gt;Vie de saint Dominique&lt;\/em&gt; (1841). Il pr\u00e9pare depuis dix ans un livre sur l&amp;rsquo;\u00c9glise catholique, il propos duquel on lui pr\u00eate ce langage\u00a0: \u00ab\u00a0J&amp;rsquo;ignore ce qui se pr\u00e9sentera \u00e0 faire sur le chemin. Peut-\u00eatre serai-je interrompu. Mais je reviendrai toujours l\u00e0 comme au point central, comme au foyer de ma vie.\u00a0\u00bb'><sup>11<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><\/a> que de la parole, se pose dans <em>l&rsquo;Avenir <\/em>comme un pol\u00e9miste ardent et infatigable.<\/p>\n<p>Il signe la fameuse protestation du 7 d\u00e9cembre, o\u00f9 tous les r\u00e9dacteurs du journal osaient dire au pouvoir\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous ne souffrirons pas qu&rsquo;on nous abuse plus longtemps par de vaines promesses, et nous sommes pr\u00eats \u00e0 combattre et \u00e0 mourir pour vous arracher la libert\u00e9 enti\u00e8re pour tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bient\u00f4t <em>l&rsquo;Avenir <\/em>agite ces questions br\u00fblantes, que les vieux \u00e9v\u00eaques \u00e9pouvant\u00e9s combattent et foudroient de tous les points du royaume. Les articles sur la <em>suppression du budget du clerg\u00e9, <\/em>sur la <em>libert\u00e9 de l&rsquo;enseignement, <\/em>sur la <em>libert\u00e9 de la presse <\/em>sont l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire.<\/p>\n<p>Aux mandements dioc\u00e9sains s&rsquo;unissent les r\u00e9quisitoires du parquet.<\/p>\n<p>La lutte devient terrible\u00a0; il s&rsquo;agit de se d\u00e9fendre, et de se d\u00e9fendre \u00e9loquemment.<\/p>\n<ol>\n<li>de Lamennais et ses coll\u00e8gues ne se d\u00e9concertent en aucune fa\u00e7on. Mauguin, b\u00e2tonnier de l&rsquo;ordre des avocats, re\u00e7oit un jour la lettre suivante\u00a0:<\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00ab\u00a0Paris, 24 d\u00e9cembre 1830.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Monsieur le B\u00e2tonnier.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a huit ans, je commen\u00e7ai mon stage au barreau de Paris\u00a0; je l&rsquo;interrompis au bout de dix-huit mois, pour me consacrer \u00e0 des \u00e9tudes religieuses qui me permirent plus tard d&rsquo;entrer dans la hi\u00e9rarchie catholique, et je suis pr\u00eatre aujourd&rsquo;hui. Les devoirs que ce nom m&rsquo;impose m&rsquo;ont d&rsquo;abord \u00e9loign\u00e9 du barreau. Mais des \u00e9v\u00e9nements immenses ont chang\u00e9 la position de l&rsquo;\u00c9glise dans le monde\u00a0; elle a besoin de rompre tous les liens qui l&rsquo;encha\u00eenent \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, et d&rsquo;en contracter avec les peuples. C&rsquo;est pourquoi, d\u00e9vou\u00e9 plus que jamais \u00e0 son service, \u00e0 ses lois, \u00e0 son culte, je crois utile de me rapprocher de mes concitoyens <em>en poursuivant ma carri\u00e8re dans le barreau. <\/em>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous en pr\u00e9venir, monsieur le B\u00e2tonnier, quoique je ne puisse pr\u00e9voir aucun obstacle de la part des r\u00e8glements de l&rsquo;ordre. S&rsquo;il en existait, j&rsquo;userais de toutes les voies l\u00e9gitimes pour les aplanir. \u00ab\u00a0Je suis, avec respect, etc.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0H. Lacordaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tous les journaux de l&rsquo;\u00e9poque reproduisirent cette lettre, publi\u00e9e d&rsquo;abord par le <em>Globe, <\/em>et la rumeur fut grande, lorsque M. Mauguin en fit \u00e0 ses coll\u00e8gues la communication officielle.<\/p>\n<p>\u2013Allons donc\u00a0! cri\u00e8rent ces messieurs, la place d&rsquo;un pr\u00eatre est \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, et non au Palais-de-Justice.<\/p>\n<p>\u2013 Quelle folie\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 Deux robes et deux rabats\u00a0! On ne cumule pas de la sorte.<\/p>\n<p>\u2013 Permettez-moi de vous faire observer, dit M. Mauguin, que le cas n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par les r\u00e8gles de l&rsquo;ordre. M. Lacordaire a le droit&#8230;..<\/p>\n<p>\u2013 De pr\u00eacher\u00a0! interrompirent, les opposants (c&rsquo;\u00e9tait le plus grand nombre)\u00a0; mais de plaider, grand merci\u00a0! Nous ferons une r\u00e8gle tout expr\u00e8s pour, lui interdire ce droit. Un avocat devenu pr\u00eatre cesse d&rsquo;\u00eatre avocat.<\/p>\n<p>Ils vot\u00e8rent d&rsquo;un commun accord dans ce sens.<\/p>\n<p>Comme les d\u00e9cisions du conseil ont force de loi, l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire ne fut pas inscrit au tableau.<\/p>\n<p>Restait un moyen de tourner l&rsquo;obstacle. Ce moyen consistait, pour l&rsquo;avocat d\u00e9pouill\u00e9 de son titre, \u00e0 assumer sur lui la responsabilit\u00e9 des articles, afin d&rsquo;user de la permission que, de tout temps, les accus\u00e9s ont eue de plaider leur propre cause.<\/p>\n<p>A la fin de janvier 1831, Lacordaire et M. de Lamennais viennent s&rsquo;asseoir l&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre sur les bancs de la cour d&rsquo;assises.<\/p>\n<p>Ils ont \u00e0 rendre compte d&rsquo;une philippique acerbe adress\u00e9e par eux aux \u00e9v\u00eaques de France.<\/p>\n<p>L&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire, en pr\u00e9sence d&rsquo;une foule inou\u00efe de curieux accourus pour l&rsquo;entendre, d\u00e9veloppe les doctrines de <em>l&rsquo;Avenir <\/em>avec un enthousiasme et une \u00e9loquence qui lui gagnent non seulement l&rsquo;auditoire, mais encore les juges.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre et le disciple sont renvoy\u00e9s absous.<\/p>\n<p>Ce premier triomphe double l&rsquo;\u00e9nergie de nos pr\u00eatres-journalistes. Ils se d\u00e9cident audacieusement \u00e0 mettre en application le principe qu&rsquo;ils pr\u00eachent.<\/p>\n<p>Le nombre de leurs pros\u00e9lytes augmente.<\/p>\n<p>De toutes parts arrivent des souscriptions encourageantes\u00a0; la caisse de <em>l&rsquo;Avenir <\/em>est pleine, et le journal, un beau matin, d\u00e9clare que, la charte de 1830 ayant promis la libert\u00e9 d&rsquo;enseignement, il ne reconna\u00eet \u00e0 qui que ce soit le pouvoir de fermer l&rsquo;\u00e9cole que ses r\u00e9dacteurs vont ouvrir.<\/p>\n<p>Effectivement, une salle est lou\u00e9e rue des Beaux-Arts.<\/p>\n<p>Trente \u00e9coliers arrivent pour entendre les cours de MM. Lacordaire, de Montalembert et de Coux, professeurs de par leur volont\u00e9 propre, sans brevet de l&rsquo;Universit\u00e9.<\/p>\n<p>Celle-ci r\u00e9clame\u00a0; elle invoque ses privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t un commissaire de police entre, l&rsquo;\u00e9charpe au flanc, dans l&rsquo;\u00e9cole de la rue des Beaux-Arts. Il enjoint aux ma\u00eetres de se taire et aux \u00e9l\u00e8ves de se disperser.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur des <em>Contemporains illustres, <\/em>t\u00e9moin de cette sc\u00e8ne, qui se passait dans son voisinage, nous permettra d&#8217;emprunter une partie de sa narration\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Au nom de la loi, cria le commissaire, je somme les enfants ici pr\u00e9sents de se retirer\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il (Lacordaire) se tourna vers les enfants et dit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Au nom de vos parents, dont j&rsquo;ai l&rsquo;autorit\u00e9, je vous ordonne de rester\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les deux sommations contradictoires se renouvel\u00e8rent trois fois\u00a0; les enfants ne bougeaient pas. Enfin le commissaire fut oblig\u00e9 d&rsquo;aller chercher des sergents de ville, qui firent \u00e9vacuer la salle par la force<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On mit les scell\u00e9s sur la porte, et les trois ma\u00eetres d&rsquo;\u00e9cole furent traduits devant les tribunaux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans l&rsquo;intervalle, M. de Montalembert. appel\u00e9 \u00e0 la pairie par la mort de son p\u00e8re, r\u00e9clama la juridiction de la chambre o\u00f9 il venait d&rsquo;entrer, et y conduisit avec lui ses coaccus\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils furent condamn\u00e9s, \u2013 ajoute M. de Lom\u00e9nie\u00a0; \u2013 mais ils eurent la satisfaction de prononcer chacun, devant la plus haute cour du royaume, un tr\u00e8s beau discours contre Bossuet, les maximes gallicanes, les concordats et la tyrannie du gouvernement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce biographe que nous nous plaisons parfois \u00e0 citer, parce que, d&rsquo;ordinaire, il est consciencieux et juste, a \u00e9crit l&rsquo;histoire du grand pr\u00e9dicateur avec une acrimonie bizarre, et qui a d\u00fb blesser le sentiment public, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 son \u0153uvre fut publi\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire en 1840.<\/p>\n<p>Si Lacordaire a suivi quelques instants le chemin de l&rsquo;erreur, on ne peut disconvenir que la bonne foi lui servait de guide.<\/p>\n<p>M. de Lom\u00e9nie est coupable de ne point lui en tenir compte.<\/p>\n<p>Il met assez perfidement en opposition les articles de <em>l&rsquo;Avenir <\/em>avec certains passages des discours prononc\u00e9s plus tard sous les vo\u00fbtes solennelles de Notre-Dame, et il ne s&rsquo;aper\u00e7oit pas que la critique de l&rsquo;homme devient la plus \u00e9clatante apologie du pr\u00eatre.<\/p>\n<p>Chez M. de Lom\u00e9nie se trouve un l\u00e9ger grain de voltairianisme qui fait tort \u00e0 son jugement.<\/p>\n<p>Le moyen le plus s\u00fbr de justifier Lacordaire est de continuer sa biographie.<\/p>\n<p>Tous les jours la situation de <em>l&rsquo;Avenir <\/em>devenait plus grave. Un cri g\u00e9n\u00e9ral du clerg\u00e9 de France avait \u00e9mu la cour de Rome. On suppliait le pape de trancher ces questions dangereuses qui divisaient les pasteurs au plus grand p\u00e9ril du troupeau. Les publicistes incrimin\u00e9s appelaient eux-m\u00eames l&rsquo;intervention du saint-si\u00e9ge, et, le 15 novembre, apr\u00e8s une profession de foi tr\u00e8s cat\u00e9gorique, ils suspendirent le journal, cause de toutes les querelles, et s&rsquo;achemin\u00e8rent du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Italie, afin de soumettre leurs doctrines \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame.<\/p>\n<p>Nos lecteurs connaissent le r\u00e9sultat do ce voyage.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;Avenir <\/em>fut condamn\u00e9 par une lettre encyclique du pape.<\/p>\n<p>Des deux pr\u00eatres que nous mettons en parall\u00e8le, il y en eut un qui se prosterna sur le tombeau des ap\u00f4tres, immolant son orgueil et se courbant sous le joug de la foi.<\/p>\n<p>Or, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment de cette humble soumission que vous le bl\u00e2mez, nos ma\u00eetres\u00a0!<\/p>\n<p>Il e\u00fbt fallu, n&rsquo;est-il pas vrai, que Lacordaire maint\u00eent son programme, accus\u00e2t le saint-si\u00e9ge d&rsquo;obscurantisme, et f\u00eet avec vous cause commune, en foulant aux pieds ses devoirs de pr\u00eatre et de chr\u00e9tien\u00a0?<\/p>\n<p>Nous l&rsquo;avouons, il a eu tort aux yeux des d\u00e9mocrates ainsi qu&rsquo;au point de vue de M. de Voltaire.<\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre a-t-il eu raison, si l&rsquo;on daigne tenir compte et du catholicisme et de la sainte ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>Pour vous c&rsquo;est peu de chose, nous le savons.<\/p>\n<p>Que vous importent le pape, l&rsquo;orthodoxie, les serments, la religion et ses lois, le Christ et l&rsquo;autel\u00a0? Niaiseries que tout cela, balivernes pures\u00a0!<\/p>\n<p>Vous avez des convictions infiniment plus \u00e9clair\u00e9es, plus loyales et plus sages.<\/p>\n<p>Si le pays, que vous essayez d&rsquo;endoctriner depuis soixante ans, avait eu le bon esprit de vous croire, il aurait d\u00e9pouill\u00e9 cette d\u00e9froque catholique, apostolique et romaine que dix-neuf si\u00e8cles obstin\u00e9s clouent \u00e0 ses \u00e9paules.<\/p>\n<p>Vous vous efforcez en vain de la remplacer par un costume de sans-culotte.<\/p>\n<p>Ah\u00a0! c&rsquo;est un malheur, un grand malheur que cette obstination de la France \u00e0 s&rsquo;agenouiller devant la vieille croix de nos p\u00e8res\u00a0!<\/p>\n<p>Certes, elle a tort, car vos maximes sont rassurantes au dernier point.<\/p>\n<p>Les disciples du Christ avaient la sottise de se faire trancher la t\u00eate pour soutenir les leurs. Beaucoup plus logiques et plus prudents, vous coupez le cou net \u00e0 ceux qui n&rsquo;acceptent pas les v\u00f4tres.<\/p>\n<p>Il est incroyable qu&rsquo;un si doux syst\u00e8me de propagande n&rsquo;ait pas eu de meilleurs r\u00e9sultats<\/p>\n<p>Vraiment l&rsquo;\u00e9glise de Rome est insens\u00e9e de ne pas permettre \u00e0 ses ministres de rester dans vos rangs et de combattre pour vous.<\/p>\n<p>Est-il possible qu&rsquo;elle vous craigne\u00a0? comprend-on qu&rsquo;elle se d\u00e9fende\u00a0? N&rsquo;est-ce pas vous montrer une d\u00e9fiance incompr\u00e9hensible que d&rsquo;attendre, pour vous donner la main, le jour o\u00f9 vous aurez dans votre histoire d&rsquo;autres \u00e9pisodes que le renversement des autels et le massacre des pr\u00eatres\u00a0?<\/p>\n<p>Le christianisme est le p\u00e8re de la libert\u00e9, mais il ne veut pas que sa fille soit parricide.<\/p>\n<p>Appelez-nous encore j\u00e9suite, riez, haussez les \u00e9paules\u00a0: vous ne serez libres que le jour o\u00f9 vous serez franchement chr\u00e9tiens. La v\u00e9rit\u00e9 est l\u00e0. C&rsquo;est un rayon de soleil dont les aveugles seuls n&rsquo;aper\u00e7oivent pas la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;ici vous n&rsquo;avez eu pour vous que les ambitions effr\u00e9n\u00e9es, les instincts mat\u00e9riels, les passions avides.<\/p>\n<p>Religion, vertu, morale, tout cela vous renie\u00a0; et vous esp\u00e9rez vaincre\u00a0? Allons donc\u00a0!<\/p>\n<p>Ne chevauchez plus sur le dada de Voltaire. C&rsquo;est une rosse poussive et fourbue qui tr\u00e9buche au bord des ab\u00eemes, et qui vous y a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9cipit\u00e9s plus d&rsquo;une fois.<\/p>\n<p>Dans un cercle o\u00f9 cinquante hommes du monde se trouvaient r\u00e9unis, M. de Chateaubriand disait un jour\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2013 Veuillez me r\u00e9pondre, la main sur le c\u0153ur, avec conscience, avec loyaut\u00e9. Seriez-vous religieux, si vous aviez le courage d&rsquo;\u00eatre chastes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tous r\u00e9pondirent affirmativement.<\/p>\n<p>Eh bien\u00a0! nos ma\u00eetres, qu&rsquo;en pensez-vous\u00a0? n&rsquo;est-ce pas toujours le rayon de soleil\u00a0?<\/p>\n<p>Ayons, de gr\u00e2ce, un peu de franchise. Parce que nous sommes faibles, sommes-nous en droit de nier la force\u00a0? M. de Voltaire et tous les incr\u00e9dules n&rsquo;ont jamais ou d&rsquo;autre motif que leur incontinence pour attaquer le christianisme.<\/p>\n<p>Or, ceci n&rsquo;est point une digression\u00a0; car, aux yeux de la jeunesse fran\u00e7aise, assembl\u00e9e dans la vaste enceinte de<\/p>\n<p>Notre-Dame, Lacordaire a fait plus d&rsquo;une fois \u00e9clater cette v\u00e9rit\u00e9 triomphante.<\/p>\n<p>Le disciple de M. de Lamennais avait adh\u00e9r\u00e9 sans restriction et sans r\u00e9serve \u00e0 la lettre encyclique de Gr\u00e9goire XVI.<\/p>\n<p>\u00c9pouvant\u00e9 de l&rsquo;esprit de r\u00e9volte du vieil \u00e9crivain, dont l&rsquo;orgueil s&rsquo;exhalait en menaces et en anath\u00e8mes, il se jeta suppliant \u00e0 ses genoux et le conjura, de se soumettre.<\/p>\n<p>Mais Lamennais le repoussa violemment et l&rsquo;appela tra\u00eetre.<\/p>\n<p>Ils se s\u00e9par\u00e8rent pour ne plus se revoir.<span id='easy-footnote-12-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-12-189767' title='L&amp;rsquo;abb\u00e9. Lacordaire voulut alors partir pour les missions. M. de Qu\u00e9len le d\u00e9cida \u00e0 rester en France.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><\/a><\/p>\n<p>Entre l&rsquo;auteur des <em>Paroles d&rsquo;un croyant <\/em>et l&rsquo;auteur de la <em>Lettre sur le Saint-Si\u00e8ge <\/em>il y eut d\u00e9sormais tout un monde.<span id='easy-footnote-13-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-13-189767' title='\u00ab\u00a0M. de Lamennais, disait Lacordaire, retourne notre devise. Nous avions \u00e9crit\u00a0: &lt;em&gt;Dieu et libert\u00e9\u00a0; &lt;\/em&gt;maintenant il \u00e9crit\u00a0: &lt;em&gt;Libert\u00e9 et Dieu.&lt;\/em&gt;\u00a0\u00bb'><sup>13<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><\/a><\/p>\n<p>Le premier, de chute en chute, d&rsquo;apostasie en apostasie, en est venu \u00e0 la fin d\u00e9plorable que vous savez\u00a0; le second est debout, sous la robe blanche du dominicain, pr\u00eachant l&rsquo;\u00c9vangile aux peuples et donnant l&rsquo;exemple des plus \u00e9minentes vertus.<\/p>\n<p>Sa soumission faite, Lacordaire fut invit\u00e9 par M. de Qu\u00e9len \u00e0 reprendre son ancien et paisible emploi d&rsquo;aum\u00f4nier chez les visitandines.<\/p>\n<p>Il se remit \u00e0 ses ch\u00e8res \u00e9tudes et se disposa s\u00e9rieusement \u00e0 suivre le conseil de ses sup\u00e9rieurs eccl\u00e9siastiques, qui tous le poussaient \u00e0 la pr\u00e9dication.<\/p>\n<p>Le coll\u00e8ge Stanislas, t\u00e9moin de son premier succ\u00e8s oratoire, lui ouvrit de nouveau sa chapelle.<\/p>\n<p>Ceux qui assist\u00e8rent aux conf\u00e9rences de l&rsquo;ancien r\u00e9dacteur de <em>l&rsquo;Avenir <\/em>furent transport\u00e9s d&rsquo;admiration. Son \u00e9loge retentit d&rsquo;un bout de Paris \u00e0 l&rsquo;autre. Bient\u00f4t la chapelle du coll\u00e8ge ne fut plus assez grande\u00a0; elle ne pouvait contenir la foule immense qui accourait aux serinons de Lacordaire.<\/p>\n<p>Le pouvoir soup\u00e7onneux manifesta des craintes.<\/p>\n<p>Il envoya des hommes \u00e0 lui pour entendre les discours du pr\u00e9dicateur, et les chargea d&rsquo;en faire l&rsquo;analyse. Nous ne savons quel esprit de malveillance dicta les rapports\u00a0; mais le ministre d\u00e9fendit tout \u00e0 coup les conf\u00e9rences, sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elles \u00e9taient entach\u00e9es de lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>En vain M. de Qu\u00e9len essaya de justifier Lacordaire. On lui r\u00e9pondit assez brutalement\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Faites-le pr\u00eacher, si bon vous semble, \u00e0 Notre-Dame\u00a0; il ne faut pas qu&rsquo;on nous g\u00e2te la jeunesse des coll\u00e8ges.<\/p>\n<p>Prenant le ministre au mot, l&rsquo;archev\u00eaque engagea l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire \u00e0 pr\u00eacher le car\u00eame de 1833 dans l&rsquo;\u00e9glise m\u00e9tropolitaine.<\/p>\n<p>C\u00e9dant tout \u00e0 la fois au charme de la parole de l&rsquo;orateur et \u00e0 l&rsquo;esprit d&rsquo;opposition toujours si vivace en France, la multitude se porta beaucoup plus encore \u00e0 la cath\u00e9drale qu&rsquo;elle ne s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9e au coll\u00e8ge Stanislas.<\/p>\n<p>Les \u00e9coles descendaient en masse de la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>Tout ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 Paris d&rsquo;hommes distingu\u00e9s, d&rsquo;artistes \u00e9minents, se joignit \u00e0 cette jeunesse enthousiaste.<\/p>\n<p>Lacordaire eut la gloire de faire na\u00eetre la r\u00e9action religieuse, qui succ\u00e8de aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence, gagne peu \u00e0 peu toutes les classes et p\u00e9n\u00e8tre jusqu&rsquo;au c\u0153ur de la bourgeoisie pour y tuer le chauvinisme voltairien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un orateur providentiel.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;inspire du si\u00e8cle m\u00eame\u00a0; il en \u00e9tudie tous les go\u00fbts, toutes les impressions, tous les sentiments, et, disons-le, tous les d\u00e9fauts, pour mieux le subjuguer ensuite par l&rsquo;id\u00e9e chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Lacordaire tient son auditoire entre ses mains et le p\u00e9trit comme une cire molle.<\/p>\n<p>Jamais improvisateur plus puissant n&rsquo;a su rendre l&rsquo;attention captive. Sa phrase \u00e9clate \u00e0 l&rsquo;improviste, ut le trait p\u00e9till\u00e9, vif, hardi, sans cesser d&rsquo;\u00eatre grave et solennel. Il semble que de l&rsquo;\u00e2me de ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent \u00e0 son \u00e2me monte une aspiration sympathique, une sorte de fluide lumineux dont les rayons l&rsquo;\u00e9clairent, et lui montrent les fibres \u00e0 \u00e9mouvoir, les \u00e9lans \u00e0 exciter, les doutes a d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Sa voix onctueuse et tendre passe tout \u00e0 coup aux accents \u00e9nergiques.<\/p>\n<p>Il sait au besoin faire vibrer les cordes de l&rsquo;ironie.<\/p>\n<p>Parole, geste, regard ont chez Lacordaire cette affinit\u00e9 merveilleuse qui triple l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9loquence et lui donne son plus triomphant prestige.<\/p>\n<p>On a dit qu&rsquo;il \u00e9tait un pr\u00e9dicateur romantique. Effectivement, comme Victor Hugo notre grand po\u00e8te, il poss\u00e8de au plus haut point le g\u00e9nie de l&rsquo;antith\u00e8se. Il a le tour original, la phrase pittoresque, le mot impr\u00e9vu. Son. imagination est brillante et pompeuse\u00a0; il sait colorer la p\u00e9riode et lui donner de l&rsquo;\u00e9clat sans rien lui enlever de sa force.<\/p>\n<p>En un mot, c&rsquo;est l&rsquo;orateur qu&rsquo;il fallait pour s\u00e9duire d&rsquo;abord et convaincre, ensuite une jeunesse excit\u00e9e par nos luttes litt\u00e9raires, et que la forme m\u00e9thodique et froide de l&rsquo;ancienne \u00e9loquence religieuse e\u00fbt laiss\u00e9e probablement inattentive.<\/p>\n<p>Le gouvernement n&rsquo;osa plus pers\u00e9cuter les conf\u00e9rences.<\/p>\n<p>Elles se renouvel\u00e8rent avec un succ\u00e8s plus grand encore au car\u00eame de 1836.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On sait, dit le biographe compatriote du pr\u00e9dicateur, qu&rsquo;\u00e0 la fin de ces conf\u00e9rences qui allaient s&rsquo;interrompre, la paternelle \u00e9motion de M. de Qu\u00e9len r\u00e9pandit ses adieux et ses b\u00e9n\u00e9dictions sur le d\u00e9part de l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire, en le nommant un <em>proph\u00e8te nouveau.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire allait une seconde fois \u00e0 Rome, non plus comme suppliant et accus\u00e9, mais comme un enfant de gr\u00e2ce et de b\u00e9n\u00e9diction.<span id='easy-footnote-14-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-14-189767' title='Notice, M. P. Lorrain, page 16.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span> \u00bb<\/p>\n<p>Nos lecteurs doivent se rappeler que nous avons donn\u00e9 l&rsquo;ambition pour cause \u00e0 la r\u00e9volte de M. de Lamennais contre le saint-si\u00e9ge. Il voulait le chapeau de cardinal, ce n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui un myst\u00e8re. Ne pouvant obtenir la pourpre romaine, il se coiffa du bonnet rouge.<\/p>\n<p>Des sentiments plus nobles et plus d\u00e9licats guidaient l&rsquo;abb\u00e9 Lacordaire.<\/p>\n<p>La porte qui m\u00e8ne aux dignit\u00e9s eccl\u00e9siastiques s&rsquo;ouvrait devant lui toute grande. M. de Qu\u00e9len le comblait d&rsquo;\u00e9loges\u00a0; l&rsquo;estime et l&rsquo;affection de la cour papale lui \u00e9taient acquises. On lui proposa de se fixer \u00e0 Rome et d&rsquo;accepter \u00e0 <em>Saint-Louis-des-Fran\u00e7ais <\/em>des fonctions qui pouvaient ensuite le mener \u00e0 tout.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;humble pr\u00eatre, au lieu de monter, voulut descendre.<\/p>\n<p>Les cardinaux lui offraient un logement dans leur palais, il d\u00e9clina cet honneur et choisit pour retraite le couvent dominicain de la Minerve.<\/p>\n<p>Son voyage \u00e0 Rome n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;autre but que celui d&rsquo;approfondir la r\u00e8gle de cet ordre, destin\u00e9, comme chacun le sait, \u00e0 l&rsquo;exercice de la pr\u00e9dication.<\/p>\n<p>Il repassa les Alpes, invit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Metz \u00e0 venir pr\u00eacher dans sa cath\u00e9drale.<\/p>\n<p>Cinq mois durant, il \u00e9lectrisa la jeunesse ardente des \u00e9coles militaires. Ce lut un triomphe impossible \u00e0 peindre.<\/p>\n<p>En Lorraine, le nom de Lacordaire est synonyme de saint et d&rsquo;ap\u00f4tre.<\/p>\n<p>M. de Qu\u00e9len obtint du grand pr\u00e9dicateur qu&rsquo;il se montrerait encore une fois \u00e0 Notre-Dame, avant de retourner en Italie s&rsquo;enfermer dans le couvent de la Minerve, o\u00f9 il devait prendre l&rsquo;habit de novice.<\/p>\n<p>Un jeune saint-simonien, nomm\u00e9 Requ\u00e9dat, touch\u00e9 par les conf\u00e9rences, pria Lacordaire de lui permettre de le suivre \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>Ils prononc\u00e8rent ensemble leurs v\u0153ux, le 6 avril 1840, apr\u00e8s trois ann\u00e9es de noviciat.<\/p>\n<p>Ce premier disciple de l&rsquo;ap\u00f4tre, ce cher noyau de son ordre, qui devait l&rsquo;aider \u00e0 vaincre les obstacles suscit\u00e9s de nos jours contre les fondations monastiques, mourut \u00e0 dix lieues de Rome, au moment o\u00f9 il le ramenait en France avec lui.<\/p>\n<p>Lacordaire pleura longtemps ce fr\u00e8re bien-aim\u00e9.<\/p>\n<p>Six mois apr\u00e8s, lorsqu&rsquo;il disait la messe pour le repos de l&rsquo;\u00e2me du d\u00e9funt, des larmes ruisselaient encore le long de ses joues et tombaient dans le calice<\/p>\n<p>Chacun peut se rappeler quel effet de saisissement et d&rsquo;admiration remua l&rsquo;auditoire de la m\u00e9tropole, quand on vit le dominicain para\u00eetre en chaire avec sa large tonsure et sa robe de laine blanche.<\/p>\n<p>L&rsquo;avez-vous entendu, nos ma\u00eetres\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c9tiez-vous l\u00e0, quand ce moine sublime nous parlait du christianisme et de la patrie\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, disait Lacordaire, on attaqua la religion par le rire. Le rire passa des philosophes aux gens de cour, des acad\u00e9mies dans les salons. Il atteignit les marches du tr\u00f4ne. On le vit sur les l\u00e8vres du pr\u00eatre\u00a0; il prit place au sanctuaire du foyer domestique, entre la m\u00e8re et les enfants. Et de quoi donc, grand Dieu\u00a0! de quoi riaient-ils tous\u00a0? lls riaient de J\u00e9sus-Christ et de l&rsquo;\u00c9vangile\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Maintenant, \u00e9coutez\u00a0; voici comme il parle de la patrie et de la France\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La France avait trahi son histoire et sa mission\u00a0; Dieu pouvait la laisser p\u00e9rir comme tant d&rsquo;autres peuples d\u00e9chus de leur pr\u00e9destination, il ne le voulut point. Il r\u00e9solut de la sauver par une expiation aussi magnifique que son crime avait \u00e9t\u00e9 grand. La royaut\u00e9 \u00e9tait avilie\u00a0: Dieu lui rendit sa majest\u00e9, il la releva sur l&rsquo;\u00e9chafaud. La noblesse \u00e9tait avilie\u00a0: Dieu lui rendit sa dignit\u00e9, il la releva dans l&rsquo;exil. Le clerg\u00e9 \u00e9tait avili\u00a0: Dieu lui rendit le respect et l&rsquo;admiration des peuples, il le releva dans la spoliation, la mis\u00e8re et la mort. La fortune de la France \u00e9tait avilie\u00a0: Dieu lui rendit la gloire, il la releva sur les champs de bataille. La papaut\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 abaiss\u00e9e aux yeux des peuples\u00a0: Dieu lui rendit sa divine aur\u00e9ole, il la releva par la France. Un jour, les portes de cette basilique s&rsquo;ouvrirent\u00a0; un soldat parut sur le seuil, entour\u00e9 de g\u00e9n\u00e9raux et suivi de vingt victoires. O\u00f9 va-t-il\u00a0? Il entre, il traverse lentement cette nef, il monte vers le sanctuaire, le voil\u00e0 devant l&rsquo;autel. Qu&rsquo;y vient-il faire, lui, l&rsquo;enfant d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration qui a ri du Christ\u00a0? Il vient se prosterner devant le vicaire du Christ, et lui demander de b\u00e9nir ses mains, afin que le sceptre n&rsquo;y soit pas trop pesant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e\u00a0; il vient courber sa t\u00eate militaire devant le vieillard du Vatican, et confesser \u00e0 tous que la gloire ne suffit pas, sans la religion, pour sacrer un empereur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A partir de cette \u00e9poque, le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire se montre infatigable.<\/p>\n<p>Son z\u00e8le et son ardeur enfantent des prodiges.<\/p>\n<p>Douze pros\u00e9lytes sont envoy\u00e9s \u00e0 Rome \u00e0 la maison de noviciat\u00a0; l&rsquo;ap\u00f4tre franchit une quatri\u00e8me fois les Alpes pour leur porter des consolations et du courage. Puis, sans reculer devant une route de quatre cents lieues, il accourt \u00e0 Bordeaux afin d&rsquo;y pr\u00eacher pendant la p\u00e9riode quadrag\u00e9simale.<\/p>\n<p>De Bordeaux il vole \u00e0 Nancy, o\u00f9 il prononce une magnifique oraison fun\u00e8bre du g\u00e9n\u00e9ral Drouot.<\/p>\n<p>Notre-Dame le revoit en 1843\u00a0; il y retrouve la m\u00eame foule, le m\u00eame enthousiasme.<\/p>\n<p>Appel\u00e9 \u00e0 Grenoble, \u00e0 Lyon, \u00e0 Strasbourg, \u00e0 Li\u00e8ge, il laisse partout la semence divine. Jamais il ne se fatigue, jamais l&rsquo;improvisation ne lui fait d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Dieu l&rsquo;\u00e9clair\u00e9 et l&rsquo;inspire.<\/p>\n<p>Un jour, M. Villiaum\u00e9, auteur d&rsquo;une <em>Histoire de la R\u00e9volution, <\/em>passablement rouge, mais remarquable comme exactitude, arrive de Lorraine et fait lire \u00e0 M. de Lamennais quelques chapitres de cette histoire.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un des auditeurs les plus assidus de Lacordaire \u00e0 la cath\u00e9drale de Nancy.<\/p>\n<p>Encore sous l&rsquo;impression de cette parole \u00e9loquente, il dit \u00e0 Lamennais\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Que pensez-vous de votre ancien collaborateur\u00a0?<\/p>\n<p>\u2013Je pense, r\u00e9pond Lamennais, que c&rsquo;est un ambitieux.<\/p>\n<p>\u2013 Par exemple\u00a0! y songez-vous\u00a0? mur-.nure le jeune \u00e9crivain scandalis\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 C&rsquo;est un ambitieux, vous dis-je\u00a0! Quand on se fait moine, on s&rsquo;enterre sous les vo\u00fbtes d&rsquo;un clo\u00eetre, et tout est dit.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 o\u00f9 M. de Lamennais en \u00e9tait venu dans ses jugements sur l&rsquo;apostolat et sur le z\u00e8le chr\u00e9tien. <em>Armscharpands et Darvands <\/em>n&rsquo;avaient pas le succ\u00e8s des <em>Conf\u00e9rences\u00a0; <\/em>le public se montrait, en v\u00e9rit\u00e9, bien injuste.<\/p>\n<p>A Nancy, le c\u00e9l\u00e8bre dominicain jeta les fondements de sa pauvre communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Un noble de la ville, M. de Saint-Beaussand, prit l&rsquo;habit de novice. Il fit donation de son h\u00f4tel au r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire. Cet h\u00f4tel fut \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame divis\u00e9 en cellules et devint le premier monast\u00e8re de l&rsquo;ordre en France.<\/p>\n<ol>\n<li>de Saint-Beaussand est mort, il y a quelques ann\u00e9es, sous l&rsquo;habit de Saint-Dominique.<\/li>\n<\/ol>\n<p>A Nancy, Lacordaire eut des admirateurs passionn\u00e9s et d&rsquo;impitoyables d\u00e9<sup>1 <\/sup>tracteurs. Un journal radical, le <em>Patriote, <\/em>prenait \u00e0 t\u00e2che de l&rsquo;insulter chaque jour et de le calomnier dans sa feuille.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res dominicains se plaignirent aux tribunaux, en l&rsquo;absence de leur sup\u00e9rieur\u00a0; mais Lacordaire, pr\u00e9venu du fait, leur commanda de retirer la plainte, appuyant son injonction de ces paroles remarquables\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0N&rsquo;attaquons personne, d\u00e9fendons-nous par nos \u0153uvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le <em>Patriote<\/em><span id='easy-footnote-15-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-15-189767' title='Ce journal fut r\u00e9dig\u00e9 plus tard par le mari de madame Cl\u00e9mence Lalire, bas-bleu connu. L&amp;rsquo;ancien r\u00e9dacteur, ennemi de Lacordaire, est tomb\u00e9 dans l&amp;rsquo;indigence la plus profonde. Il gagne \u00e0 peine deux francs par jour comme ouvrier typographe.'><sup>15<\/sup><\/a><\/span> \u00e9chappa, gr\u00e2ce \u00e0 lui, \u00e0 une condamnation judiciaire certaine.<\/p>\n<p>En 1830, les habitants de Nancy avaient chass\u00e9 honteusement leur \u00e9v\u00eaque. Depuis, il fut impossible d&rsquo;obtenir d&rsquo;eux que le pr\u00e9lat f\u00fbt r\u00e9install\u00e9 sur son tr\u00f4ne \u00e9piscopal.<\/p>\n<p>M. de Forbin-Janson mourut loin de son dioc\u00e8se.<\/p>\n<p>Or, au milieu des passions et des rancunes mal \u00e9teintes, \u00e0 Nancy m\u00eame, dans cette cath\u00e9drale d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque avait \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9. Lacordaire pronon\u00e7a le pan\u00e9gyrique de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<p>Il osa dire aux ouailles rebelles quelles \u00e9taient les vertus du pasteur.<\/p>\n<p>On n&rsquo;entendit aucun murmure, aucune plainte. Nancy courba la t\u00eate et pleura ses torts.<\/p>\n<p>Le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire avait conquis en Lorraine toute la jeunesse intelligente.<\/p>\n<p>Nous avons connu un po\u00e8te nanc\u00e9ien qui, chaque jour, servait la messe de l&rsquo;ap\u00f4tre, bravant avec une intr\u00e9pidit\u00e9 rare les \u00e9pigrammes du <em>Patriote, <\/em>et mettant le respect humain sous ses pieds.<\/p>\n<p>Ce po\u00e8te, ce chr\u00e9tien courageux se nommait D\u00e9sir\u00e9 Carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Lamartine et Alfred de Musset l&rsquo;ont connu comme nous. Ils peuvent dire si le talent ne grandit pas au pied de la croix.<span id='easy-footnote-16-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-16-189767' title='M. D\u00e9sir\u00e9 Carri\u00e8re est mort, voici bient\u00f4t un an. Nous sommes heureux de rendre hommage a sa m\u00e9moire. Mari\u00e9 dans notre ville natale m\u00eame, \u00e0 Mirecourt, il y donna l&amp;rsquo;exemple des plus h\u00e9ro\u00efques vertus chr\u00e9tiennes. Huit mille personnes, accourues de toutes les communes environnantes, assist\u00e8rent \u00e0 son convoi. Les \u0153uvres du po\u00e8te vont \u00eatre publi\u00e9es par sa veuve\u00a0; celles du chr\u00e9tien restent dans tous les souvenirs et dans tous les c\u0153urs.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span>\n<p>A Nancy, le couvent des dominicains est situ\u00e9 rue Sainte-Anne, derri\u00e8re la cath\u00e9drale. On raconte que le p\u00e8re Lacordaire habitait la cellule la plus noire et la plus humide. Il aimait cette pauvre retraite\u00a0; il la soignait avec une attention extr\u00eame.<\/p>\n<p>Chez lui jamais de poussi\u00e8re, jamais de papier br\u00fbl\u00e9.<\/p>\n<p>Ses livres sont class\u00e9s avec une sym\u00e9trie parfaite. Le canif, l&rsquo;\u00e9critoire, la r\u00e8gle se trouvent toujours dispos\u00e9s sur la table de la m\u00eame fa\u00e7on. Quelquefois il s&rsquo;interrompt dans l&rsquo;entretien le plus s\u00e9rieux pour aller ranger un objet quelconque.<\/p>\n<p>Tout ce qui n&rsquo;est pas \u00e0 sa place le chagrine.<\/p>\n<p>Dans la cour du couvent de Nancy, o\u00f9 il se promenait, un quart d&rsquo;heure avant de parler \u00e0 la distribution de prix du coll\u00e8ge, m\u00e9ditant et pr\u00e9parant sa harangue, on l&rsquo;a vu ramasser de petits morceaux de bois et les mettre dans le pan relev\u00e9 de son scapulaire, pour aller ensuite les d\u00e9poser au b\u00fbcher.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;ami de l&rsquo;ordre par excellence.<\/p>\n<p>L&rsquo;esprit de m\u00e9thode est un des traits les plus saillants de sa nature\u00a0; il le porte partout, dans les choses physiques et dans les choses morales.<\/p>\n<p>Il est loin d&rsquo;\u00eatre s\u00e9v\u00e8re, et pourtant il n&rsquo;y a pas d&rsquo;exemple qu&rsquo;un de ses moines lui ait refus\u00e9 ob\u00e9issance<\/p>\n<p>Constamment il leur donne des exemples de modestie, d&rsquo;humilit\u00e9, d&rsquo;abn\u00e9gation. Qu&rsquo;un \u00e9tranger vienne loger au monast\u00e8re, il s&rsquo;occupera lui-m\u00eame de balayer la chambre de son h\u00f4te et de lui dresser un lit.<\/p>\n<p>Sa conversation a beaucoup de gr\u00e2ce. Il s&rsquo;exprime en termes de choix, avec une incomparable douceur. Tout ce qu&rsquo;il y avait de p\u00e9tulance et de vivacit\u00e9 dans son caract\u00e8re a \u00e9t\u00e9 vaincu par la volont\u00e9 chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Ce calme, n\u00e9anmoins, et cette douceur ne nuisent en rien \u00e0 son esprit.<\/p>\n<p>Ses r\u00e9pliques ont parfois une originalit\u00e9 charmante.<\/p>\n<p>\u2013 Eh\u00a0! s&rsquo;\u00e9criait-il, en r\u00e9ponse \u00e0 un tableau tr\u00e8s sombre qu&rsquo;on lui faisait de notre soci\u00e9t\u00e9 moderne, pourquoi se r\u00e9crier ainsi contre le monde\u00a0? Il a du bon, je vous assure\u00a0: c&rsquo;est une caverne d&rsquo;honn\u00eates gens.<\/p>\n<p>Une autre fois, apr\u00e8s une longue dissertation sur l&rsquo;\u00e9loquence, il se r\u00e9suma par ces mots\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Ne donnez pas de la pioche ici et l\u00e0\u00a0; creusez toujours \u00e0 la m\u00eame place, approfondissez, et vous serez orateur. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un orateur\u00a0? C&rsquo;est un homme qui fait un trou.<\/p>\n<p>Le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire a \u00e9crit quelques articles dans l&rsquo;\u00c8re <em>nouvelle\u00a0; <\/em>mais, depuis dix ans, il s&rsquo;occupe surtout de pr\u00e9dication, et voyage d&rsquo;une extr\u00e9mit\u00e9 de la France \u00e0 l&rsquo;autre pour y \u00e9tablir des maisons de son ordre.<\/p>\n<p>Outre le couvent de Lorraine, il en a fond\u00e9 un dans la Charente et un troisi\u00e8me \u00e0 Paris, sans parler de la maison de noviciat, transport\u00e9e \u00e0 Flavigny, petite ville du d\u00e9partement de la C\u00f4te-d&rsquo;Or.<\/p>\n<p>En 18S0, il fut nomm\u00e9 par le saint-p\u00e8re provincial des dominicains en France.<\/p>\n<p>Au bout de trois ans d&rsquo;exercice de cette charge, on voulut l&rsquo;\u00e9lever \u00e0 la dignit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ordre, et le fixer \u00e0 tout jamais en Italie\u00a0; mais Lacordaire supplia le pape de le laisser fonder un tiers-ordre, destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enseignement, et le p\u00e8re Jandel, un des moines de Nancy, fut promu au g\u00e9n\u00e9ralat.<\/p>\n<p>Deux maisons du. tiers-ordre sont aujourd&rsquo;hui cr\u00e9\u00e9es par le c\u00e9l\u00e8bre dominicain, l&rsquo;une \u00e0 Oullins, pr\u00e8s de Lyon, l&rsquo;autre \u00e0 Sor\u00e8ze, dans la Garonne.<\/p>\n<p>Il faut ici revenir sur nos pas et raconter quelques d\u00e9tails de l&rsquo;histoire du r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire en 1848.<\/p>\n<p>Comme tous les esprits sages, comme tous les c\u0153urs droits, il pensa qu&rsquo;on devait accepter le nouvel \u00e9tat de choses franchement, loyalement, sans d\u00e9tour \u00e9tudier les allures des gouvernants et les voir \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p>Or, ces messieurs de la r\u00e9publique fr\u00e9mirent en voyant porter le dominicain aux \u00e9lections de la Seine.<\/p>\n<p>Ils craignaient qu&rsquo;un autre abb\u00e9 Maury ne r\u00e9gn\u00e2t sur la nouvelle Constituante.<\/p>\n<p>Sans plus de retard, une notice biographique, tr\u00e8s \u00e9conome de louanges, mais tr\u00e8s riche en insinuations perfides, est distribu\u00e9e aux \u00e9lecteurs.<span id='easy-footnote-17-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-17-189767' title='Cette biographie \u00e9tait anonyme. L&amp;rsquo;auteur signait hardiment\u00a0: &lt;em&gt;Un vieux montagnard.&lt;\/em&gt;'><sup>17<\/sup><\/a><\/span> On invite Lacordaire \u00e0 se rendre au club\u00a0; on l&rsquo;interpelle, on veut l&rsquo;intimider, on lui crie\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 Vous \u00eates monarchique\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 Expliquez un peu votre <em>Lettre au Saint-Si\u00e8ge\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>\u2013 Tirez-vous de l\u00e0, r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 C&rsquo;est facile, messieurs, r\u00e9pond le candidat. Je ne suis point un r\u00e9publicain de la veille, je suis un r\u00e9publicain d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Tous les rieurs se mirent du c\u00f4t\u00e9 du moine. On ne put r\u00e9ussir \u00e0 lui enlever un seul vote.<\/p>\n<p>Paris le nomma trois jours apr\u00e8s.<span id='easy-footnote-18-189767' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/#easy-footnote-bottom-18-189767' title='Lacordaire ne parut qu&amp;rsquo;une seule fois a la Chambre. Forc\u00e9 par la r\u00e8gle de son ordre de conserver toujours son costume, il craignit de l&amp;rsquo;exposer dans les luttes parlementaires et donna sa d\u00e9mission.'><sup>18<\/sup><\/a><\/span><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\"><\/a><\/p>\n<p>Le dernier discours de Lacordaire est le discours sur la <em>Grandeur de l&rsquo;homme\u00a0; <\/em>il le pronon\u00e7a dans la chaire de Saint-Roch, en 1852, et toucha la question des \u00e9coles libres, ce qui occasionna quelques plaintes du minist\u00e8re, adress\u00e9es \u00e0 monseigneur Sibour.<\/p>\n<p>Beaucoup de journalistes avaient arrang\u00e9 la conf\u00e9rence du dominicain, de mani\u00e8re \u00e0 la rendre m\u00e9connaissable et \u00e0 la m\u00e9tamorphoser en pamphlet.<\/p>\n<p>L&rsquo;archev\u00eaque n&rsquo;eut aucune peine \u00e0 justifier l&rsquo;orateur.<\/p>\n<p>Il envoya tout simplement au ministre le discours st\u00e9nographi\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9glise m\u00eame, au moment o\u00f9 Lacordaire le pronon\u00e7ait.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins le bruit courut que l&rsquo;illustre moine \u00e9tait en prison.<\/p>\n<p>Deux cents lettres lui arriv\u00e8rent de tous les coins de la France\u00a0: il fut oblig\u00e9 de prendre la presse pour secr\u00e9taire intime et de la charger de r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces correspondances inqui\u00e8tes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma t\u00e8te est sur mes \u00e9paules, \u00e9crivit-il en plaisantant\u00a0; je suis libre, et je pr\u00eache quand bon me semble.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lacordaire, depuis ses anciennes luttes de journaliste, \u00e9prouve une r\u00e9pugnance visible, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit do soutenir une pol\u00e9mique et d&rsquo;occuper de lui l&rsquo;opinion.<\/p>\n<p>Tout r\u00e9cemment, M. Louis Veuillot, cet intr\u00e9pide pourfendeur de <em>l&rsquo;Univers, <\/em>qui a des id\u00e9es diam\u00e9tralement oppos\u00e9es \u00e0 celles du dominicain, le for\u00e7a de descendre dans la lice au sujet de l&rsquo;inquisition.<\/p>\n<p>Il lui jeta M. Jules Morel entre les jambes.<\/p>\n<p>Aux yeux du grand inquisiteur Veuillot, Lacordaire n&rsquo;a pas <em>l&rsquo;auto-da-f\u00e9 <\/em>en suffisante estime, et professe pour le <em>san-b\u00e9nito <\/em>une admiration beaucoup trop restreinte.<\/p>\n<p>Cette question du saint-office, renouvel\u00e9e si judicieusement de nos jours, prouve qu&rsquo;il y a chez M. Louis Veuillot un esprit d&rsquo;\u00e0-propos tout \u00e0 fait recommandable, un tact exquis, une finesse J&rsquo;aper\u00e7us vraiment digne d&rsquo;\u00e9loges.<\/p>\n<p>Nous retrouverons bient\u00f4t M. Veuillot sur le champ de bataille biographique.<\/p>\n<p>Au moment de clore cette courte et trop imparfaite histoire de l&rsquo;\u00e9loquent pr\u00e9dicateur, nous demandons pour notre plume profane indulgence e pardon.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre n&rsquo;appartenait-il pas \u00e0 un homme du monde, \u00e0 un \u00e9crivain que bien des gens accusent d&rsquo;\u00eatre superficiel et l\u00e9ger, de peindre cette vie si pure. Nous sommes rest\u00e9 n\u00e9cessairement au-dessous de notre sujet. Mais si l&rsquo;admiration la plus profonde et le respect le plus absolu peuvent racheter l&rsquo;impuissance, nous d\u00e9posons aux pieds du fils de saint Dominique notre respect et notre admiration.<\/p>\n<p>Lorsque vous traverserez la rue de Vaugirard, frappez \u00e0 la porte de l&rsquo;ancien couvent des carmes\u00a0; entrez et faites-vous conduire \u00e0 la cellule du r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire.<\/p>\n<p>Vous trouverez ce courageux champion de l&rsquo;\u00c9glise militante entre quatre murailles nues et froides.<\/p>\n<p>Il porte, comme le dernier de ses moines, la chemise et la tunique de laine.<\/p>\n<p>Une chaise, une table en bois blanc, voil\u00e0 tout son mobilier.<\/p>\n<p>Cherchez son lit, vous apercevrez une planche.<\/p>\n<p>A trois heures du matin, chaque jour, il se l\u00e8ve au son de la cloche, pour aller \u00e0 la chapelle psalmodier matines.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle ne l&rsquo;a jamais trouv\u00e9 en d\u00e9faut dans l&rsquo;observance de ses points les plus aust\u00e8res. D&rsquo;un bout de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre il fait maigre\u00a0; il je\u00fbne depuis le 14 septembre, jour de l&rsquo;exaltation de la sainte Croix, jusqu&rsquo;\u00e0 P\u00e2ques.<\/p>\n<p>Sur son beau visage r\u00e8gne une paix inalt\u00e9rable. Il y a dans son sourire quelque chose de c\u00e9leste et dans ses yeux un rayonnement de bonheur. C&rsquo;est la nature ang\u00e9lique et chaste dans toute son essence radieuse. Ses discours, son geste, sa d\u00e9marche respirent la simplicit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique la plus na\u00efve et la plus sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>Comparez ce noble front d&rsquo;ap\u00f4tre \u00e0 la figure sinistre de M. de Lamennais, et dites o\u00f9 est le calme, o\u00f9 est la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, o\u00f9 est la conscience<\/p>\n<p>FIN.<\/p>\n<p>NOTE SUR L\u2019AUTOGRAPHE.<\/p>\n<p>Un jeune confr\u00e8re en litt\u00e9rature, M. Delaage, a bien voulu permettre \u00e0 nos \u00e9diteurs de reproduire en fac-simil\u00e9 la lettre ci-contre, qui lui a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e, au sujet de l&rsquo;envoi d&rsquo;un de ses livres. M. Delaage est un \u00e9crivain religieux tr\u00e8s estim\u00e9 du r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Lacordaire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"189796\" data-permalink=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/lacordaire-autographe\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?fit=1954%2C1478\" data-orig-size=\"1954,1478\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"lacordaire autographe\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?fit=300%2C227\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?fit=846%2C640\" class=\"alignnone size-full wp-image-189796\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=846%2C640\" alt=\"lacordaire autographe\" width=\"846\" height=\"640\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?w=1954 1954w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=300%2C227 300w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=768%2C581 768w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=1024%2C775 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=100%2C76 100w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=846%2C640 846w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?resize=1004%2C759 1004w, https:\/\/i0.wp.com\/vincentians.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/10\/2016\/07\/lacordaire-autographe.png?w=1692 1692w\" sizes=\"auto, (max-width: 846px) 100vw, 846px\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand nous avons \u00e9crit l&rsquo;histoire de l&rsquo;abb\u00e9 de Lamennais, histoire qui nous a suscit\u00e9 tant de haines et valu tant d&rsquo;injures, nous savions qu&rsquo;un autre pr\u00eatre, un v\u00e9ritable ministre du Christ, nous donnerait un jour &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":149623,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[145],"tags":[],"class_list":["post-189767","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-au-temps-de-frederic-ozanam"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Lacordaire - Nous Sommes Vincentiens<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Lacordaire - Nous Sommes Vincentiens\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Quand nous avons \u00e9crit l&rsquo;histoire de l&rsquo;abb\u00e9 de Lamennais, histoire qui nous a suscit\u00e9 tant de haines et valu tant d&rsquo;injures, nous savions qu&rsquo;un autre pr\u00eatre, un v\u00e9ritable ministre du Christ, nous donnerait un jour ... 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Trabaja en las Tecnolog\u00edas de la Informaci\u00f3n, ofreciendo servicios de alojamiento, dise\u00f1o y mantenimiento Web, as\u00ed como asesoramiento, formaci\u00f3n y soluciones inform\u00e1ticas, gesti\u00f3n documental y digitalizaci\u00f3n de textos, edici\u00f3n y maquetaci\u00f3n de libros, revistas, flyers, etc.\",\"sameAs\":[\"http:\/\/chento.org\",\"https:\/\/www.facebook.com\/JavierChento\",\"https:\/\/x.com\/https:\/\/twitter.com\/javierchento\"],\"url\":\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/author\/chento\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Lacordaire - Nous Sommes Vincentiens","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/lacordaire\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Lacordaire - Nous Sommes Vincentiens","og_description":"Quand nous avons \u00e9crit l&rsquo;histoire de l&rsquo;abb\u00e9 de Lamennais, histoire qui nous a suscit\u00e9 tant de haines et valu tant d&rsquo;injures, nous savions qu&rsquo;un autre pr\u00eatre, un v\u00e9ritable ministre du Christ, nous donnerait un jour ... 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