{"id":108169,"date":"2014-01-28T17:27:01","date_gmt":"2014-01-28T16:27:01","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=108169"},"modified":"2014-01-28T17:27:01","modified_gmt":"2014-01-28T16:27:01","slug":"vincent-de-paul-du-pretre-a-levangelisateur-1581-1617","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/vincent-de-paul-du-pretre-a-levangelisateur-1581-1617\/","title":{"rendered":"Vincent de Paul, du pr\u00eatre a l\u2019\u00e9vang\u00e9lisateur (1581-1617)"},"content":{"rendered":"<h2><b>Introduction<\/b><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/vdp052.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-108171\" alt=\"vdp052\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/vdp052-218x300.jpg?resize=218%2C300\" width=\"218\" height=\"300\" \/><\/a>L\u2019expos\u00e9 complet de ce qui est actuellement connu de ces ann\u00e9es 1581-1617 demanderait un livre d\u2019au moins 300 pages, avec les notes justificatives. On peut d\u00e9j\u00e0 en trouver une partie dans les articles que je publie dans chaque num\u00e9ro du Bulletin des Lazaristes de France.<\/p>\n<p>Pour aborder de Saint Vincent, il faudrait bien conna\u00eetre deux choses :<\/p>\n<p>\u2022 les documents qui le concernent, venant de lui ou nous renseignant sur lui,<\/p>\n<p>\u2022 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il a v\u00e9cu, les \u00e9v\u00e9nements et la constitution de la soci\u00e9t\u00e9, civile et eccl\u00e9siastique. 400 ans : une tout autre \u00e9poque. Il importe de bien nous mettre en t\u00eate, tout de suite, que les institutions, civiles et eccl\u00e9siastiques, la structure sociale, les lois et les usages \u00e9taient absolument diff\u00e9rents de ce que nous connaissons maintenant; en particulier, la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat n\u2019existait pas, et les rois de France, depuis Charles VII et Fran\u00e7ois I<sup>er<\/sup>, s\u2019\u00e9taient arrog\u00e9 la nomination aux \u00e9v\u00each\u00e9s et aux abbayes, pour les donner souvent \u00e0 titre de revenus \u00e0 leurs fid\u00e8les, parfois simplement tonsur\u00e9s. Avec cela, mais \u00e9galement ind\u00e9pendamment de cela, les seigneurs avaient le devoir de veiller aussi \u00e0 la vie chr\u00e9tienne de leurs sujets, m\u00eame s\u2019ils ne le faisaient pas tous, et des droits de gestion et de nomination \u00e0 quelques postes eccl\u00e9siastiques. Cependant, le fond des hommes et leurs tendances \u00e9taient les m\u00eames qu\u2019aujourd\u2019hui, la m\u00eame humanit\u00e9, avec d\u00e9fauts et vices, qualit\u00e9s et vertus \u2014 guerres, violences, et bont\u00e9, humanit\u00e9, le tout dans une ambiance de foi, plus ou moins bien comprise et v\u00e9cue, souvent fort m\u00eal\u00e9e de vues terrestres.<\/p>\n<p>Nous avons beaucoup de clich\u00e9s sur cette \u00e9poque, tant sur l\u2019\u00e9tat du clerg\u00e9 que sur Vincent. En gros, sur deux points concernant notre sujet, deux th\u00e8ses s\u2019affrontent, qui choisissent parmi les sources et en tirent des images fort simplistes.<\/p>\n<p><b>a <\/b>&#8211; <b>L\u2019\u00e9tat du clerg\u00e9<\/b> autour de 1600, l\u2019\u00c9glise et la soci\u00e9t\u00e9, guerres de religion. La version courante, fond\u00e9e sur les anciens biographes, les missives des Nonces, et les d\u00e9clarations de certains r\u00e9formateurs du d\u00e9but du XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle : tout \u00e9tait en d\u00e9cadence dans le clerg\u00e9, ignorant et vicieux. \u00c9videmment, les guerres de religion n\u2019avaient rien arrang\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 fut assez diff\u00e9rente, peu connue, mais r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par l\u2019\u00e9tude d\u2019autres d\u00e9clarations de certains de ces m\u00eames personnages et sur les documents qui restent dans les Archives : beaucoup de pr\u00eatres avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mourir martyris\u00e9s plut\u00f4t que de passer \u00e0 la R\u00e9forme protestante, c\u2019\u00e9taient donc de bons pr\u00eatres, et parmi ceux qui restaient, il faut savoir que les \u00e9crits publics \u2013 de tous temps, et encore de nos jours \u2013 parlent surtout de ce qui ne va pas ou qui fait scandale, tandis que nombre d\u2019\u00e9crits non publi\u00e9s (Visites Pastorales d\u00e9crivant chaque paroisse, Cahiers des bapt\u00eames, Registres communaux) montrent qu\u2019il y avait une proportion consid\u00e9rable de pr\u00eatres valables et instruits (sinon d\u2019ailleurs, comment une r\u00e9forme catholique aurait-elle pu na\u00eetre et se d\u00e9velopper si vite ?). Enfin, il faut dire que la plupart des textes de M. Vincent cit\u00e9s par Coste sont en fait d\u2019apr\u00e8s 1640 ! Un aspect moins soulign\u00e9 est le souci d\u2019ind\u00e9pendance ou la soif du pouvoir, m\u00eame chez les plus valables; encore en 1651, \u00e0 Cahors, Alain de Solminihac sera face \u00e0 une vraie \u00e9meute, avec l\u2019un des meilleurs pr\u00eatres.<\/p>\n<p><b>b <\/b>&#8211; <b>La connaissance de la jeunesse de Vincent<\/b>, jusqu\u2019en 1617.<\/p>\n<p>La version ancienne, venant d\u2019Abelly, en fait un jeune pr\u00e9cocement pieux, charitable et z\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>La version actuellement courante, venant de quelques textes tardifs de lui-m\u00eame, en oubliant d\u2019autres textes, est dans l\u2019autre sens, et tout aussi simpliste : pr\u00e9occup\u00e9 d\u2019obtenir une bonne situation, arriviste et aventurier, ne d\u00e9couvrant les pauvres et la Mission qu\u2019\u00e0 Gannes et Folleville en janvier 1617. Or nous verrons qu\u2019il fut pasteur, \u00e9vang\u00e9lisateur, nettement avant, et qu\u2019il n\u2019a mis l\u2019\u00e9v\u00e9nement de Folleville en relief que tardivement &#8211; il n\u2019en dit d\u2019ailleurs jamais le nom en public, et il n\u2019en parle jamais dans sa correspondance\u2026<\/p>\n<p>Nous resterons au plus pr\u00e8s des textes, de Vincent, des biographes, et des archives.<\/p>\n<p>Quatre \u00e9tapes se r\u00e9v\u00e8lent, les trois premi\u00e8res d\u00e9finies tout simplement par les diff\u00e9rences de lieux. Notons qu\u2019il n\u2019y a pas de coupure de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre en ce qui touche l\u2019\u00e9volution de Vincent, elles s\u2019imbriquent progressivement, comme dans toute vie.<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019enfance, les \u00e9tudes, avec l\u2019Ordination en 1600 et l\u2019ann\u00e9e d\u2019enseignement, 1581-1605.<\/li>\n<li>Ann\u00e9es d\u2019aventures, 2 ans de captivit\u00e9, un an \u00e0 Rome, d\u00e9cision de passer par Paris, 1605-1608.<\/li>\n<li>Changement de lieu : il se fixe \u00e0 Paris, et m\u00fbrissement, fin 1608-fin 1611.<\/li>\n<li>Approfondissement doctrinal et pastoral, choix des pauvres, puis l\u2019orientation confirm\u00e9e, fin 1611-fin 1617.<\/li>\n<\/ol>\n<p>L\u2019abr\u00e9viation \u201cS. V.\u201d = Saint Vincent, <i>Correspondance, entretiens documents<\/i>; 14 volumes, Paris 1920-1925.<\/p>\n<p>Sur l\u2019introduction comme sur chaque partie, <i>on peut lire des compl\u00e9ments et des textes en Annexe<\/i>.<\/p>\n<h2><b>1. L\u2019enfance, les \u00e9tudes, avec l\u2019ordination en 1600, et l\u2019ann\u00e9e d\u2019enseignement : 1581-1605<\/b><\/h2>\n<p>Sans \u00eatre nombreux, les documents sont fiables, et corrobor\u00e9s par des d\u00e9clarations et des documents plus tardifs mais significatifs.<\/p>\n<p>Vincent est n\u00e9 en avril, nous dit-il, sans qu\u2019on puisse pr\u00e9ciser davantage, \u00e0 Pouy, actuellement Saint-Vincent-de-Paul, \u00e0 6 km au nord-est de Dax. Sa famille est au carrefour des diverses cat\u00e9gories sociales : son p\u00e8re est laboureur, mais propri\u00e9taire, un notable rural; le chanoine \u00c9tienne De Paul, prieur d\u2019un hospice sur le chemin de Compostelle, pourrait \u00eatre son fr\u00e8re, donc oncle de Vincent. Sa m\u00e8re est fille du \u201ccavier\u201d de Peyrous, contraction de \u201cchevalier\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire propri\u00e9taire d\u2019une terre noble, garant de l\u2019ordre et de la s\u00e9curit\u00e9, en relation avec ses suzerains, de grands nobles, comme les de Gramont, souverains de Bidache, o\u00f9 Vincent sera tonsur\u00e9; les oncles maternels sont Jacques, cavier apr\u00e8s son p\u00e8re, et Jean, avocat \u00e0 Dax. Vincent a donc grandi en contact avec les paysans, les eccl\u00e9siastiques, les juristes et les nobles : beaucoup d\u2019atouts, qui expliquent sa prodigieuse facilit\u00e9 \u00e0 se lier avec toute sorte de gens et \u00e0 manier toute sorte d\u2019affaires, de la gestion d\u2019une ferme au travail d\u2019\u00c9glise en passant par l\u2019art des proc\u00e9dures juridiques.<\/p>\n<p>Son enfance nous est connue par quelques \u00e9vocations qu\u2019en fait Vincent et par les souvenirs recueillis au village par des confr\u00e8res vers la fin de la vie de Vincent (\u00e0 son insu).<\/p>\n<p>Il semble avoir \u00e9t\u00e9 un bon gar\u00e7on, travailleur, intellectuellement dou\u00e9, moyennement pieux.<\/p>\n<p>Il n\u2019avait pas la vocation sacerdotale, mais son p\u00e8re le mit aux \u00e9tudes pour pouvoir arriver \u00e0 la tonsure, moyen d\u2019obtenir des revenus d\u2019\u00c9glise pour la famille, solution courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00c0 Dax, il loge chez les franciscains et \u00e9tudie au coll\u00e8ge communal, voisin. Ses \u00e9crits attestent une solide formation. Le juge de Pouy, avocat \u00e0 Dax, M. De Comet, remarque ses qualit\u00e9s et finit par lui proposer d\u2019aller jusqu\u2019au sacerdoce; Vincent accepte, sans bien savoir \u00e0 quoi il s\u2019engage, comme il le dira plus tard, S. V. V, 568<\/p>\n<p>Pour moi, si j\u2019avais su ce que c\u2019\u00e9tait, quand j&rsquo;eus la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;y entrer, comme je l&rsquo;ai su depuis, j\u2019aurais mieux aim\u00e9 labourer la terre que de m\u2019engager \u00e0 un \u00e9tat si redoutable.<\/p>\n<p>Tonsur\u00e9 \u00e0 Bidache en 1596, il va se former en philosophie, droit et th\u00e9ologie, dans la perspective qui lui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, mais s\u00e9rieusement, en Universit\u00e9, \u00e0 Saragosse puis \u00e0 Toulouse. Ces universit\u00e9s se partagent entre augustiniens, qui accentuent la d\u00e9gradation de la nature humaine par le p\u00e9ch\u00e9 originel, et thomistes, pour qui la nature humaine a gard\u00e9 un fond d\u2019aptitude \u00e0 la bont\u00e9.<\/p>\n<p>Vincent sera nettement thomiste, mais aussi moliniste, ayant connu chez les j\u00e9suites de Saragosse la doctrine du j\u00e9suite Molina, qui essaye de mieux concilier la libert\u00e9 humaine avec la toute-puissance divine et la pr\u00e9destination. On en voit une trace dans la premi\u00e8re lettre qui nous reste de lui, et cela para\u00eetra nettement dans son opposition \u00e0 la doctrine jans\u00e9niste, \u00e0 partir d\u2019environ 1640. Pour subvenir \u00e0 ses besoins, son p\u00e8re \u00e9tant mort en 1598, il devient directeur d\u2019un petit pensionnat.<\/p>\n<p>Comme bien d\u2019autres en ce temps-l\u00e0, il br\u00fble les \u00e9tapes pour ses ordinations. D\u00e8s 1598 il est ordonn\u00e9 sous-diacre, le 19 septembre, et diacre le 19 d\u00e9cembre, non pas \u00e0 Dax, dont l\u2019\u00e9v\u00eaque nomm\u00e9 par le roi n\u2019a pas obtenu les Bulles de Rome, en raison de ses sympathies pour le protestantisme, et a fini par d\u00e9missionner en 1597, mais \u00e0 Tarbes, avec la permission du Vicaire G\u00e9n\u00e9ral qui administre le dioc\u00e8se de Dax. Gilles de Noaillles avait d\u00e9missionn\u00e9 en faveur de Jean-Jacques Dusault, doyen r\u00e9formateur de Saint-Seurin, \u00e0 Bordeaux, et ami d\u2019Henri IV; il re\u00e7oit ses Bulles de Rome en mai 1598, mais obtient de pouvoir rester presque deux ans \u00e0 Saint-Seurin pour parachever sa r\u00e9forme, c\u2019est pourquoi le Vicaire G\u00e9n\u00e9ral continue d\u2019administrer le dioc\u00e8se.<\/p>\n<p>Le <b>13 septembre 1599<\/b> Vincent obtient de ce Vicaire G\u00e9n\u00e9ral la permission d\u2019\u00eatre ordonn\u00e9 pr\u00eatre par un \u00e9v\u00eaque de son choix. Curieusement, ces documents portent qu\u2019il a l\u2019\u00e2ge l\u00e9gitime (24 ans), alors qu\u2019il n\u2019a pas encore 19 ans : a-t-il tromp\u00e9 le Vicaire G\u00e9n\u00e9ral, ou, comme cela se pratiquait, est-ce une simple formule qui ne trompait pas forc\u00e9ment le monde ?<\/p>\n<p>Jean-Jacques Dusault prend enfin possession de son si\u00e8ge en janvier 1600, et Vincent pourrait \u00eatre ordonn\u00e9 par lui. Mais l\u2019\u00e9v\u00eaque commence par convoquer un synode de r\u00e9forme, promulguant le 18 avril 1600 des d\u00e9crets assez s\u00e9v\u00e8res, en particulier la r\u00e9sidence de chaque cur\u00e9 \u00e0 son poste. Or les chanoines, qui avaient gouvern\u00e9 le dioc\u00e8se durant des ann\u00e9es, \u00e9taient loin d\u2019approuver ces mesures, alors c\u2019est la r\u00e9volte ouverte et le refus d\u2019assister l\u2019\u00e9v\u00eaque en quoi que ce soit, lui rendant impossible tout minist\u00e8re. L\u2019\u00e9v\u00eaque se d\u00e9fend, une s\u00e9rie de proc\u00e8s commence. Aucune ordination n\u2019est \u00e9videmment possible.<\/p>\n<p>Vincent attend, puis voyant que cela va durer, et peut-\u00eatre brouill\u00e9 avec l\u2019\u00e9v\u00eaque de Tarbes, qui n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9formateur, cherche un autre \u00e9v\u00eaque. Les proc\u00e8s allaient durer trois ans !<\/p>\n<p>En attendant, durant l\u2019<b>\u00e9t\u00e9 1600<\/b>, il va faire son Jubil\u00e9 \u00e0 Rome, o\u00f9 le Pape Cl\u00e9ment VIII l\u2019a fortement marqu\u00e9.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre gr\u00e2ce aux parents d\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves, il a enfin trouv\u00e9 un \u00e9v\u00eaque, celui de P\u00e9rigueux, Fran\u00e7ois de Bourdeille, cousin de l\u2019\u00e9crivain Brant\u00f4me. Un de ses fr\u00e8res, la\u00efc, est l\u2019\u00e9v\u00eaque en titre, commendataire; quant \u00e0 lui, il exerce le minist\u00e8re \u00e9piscopal moyennant une modeste portion des revenus. P\u00e9rigueux avait \u00e9t\u00e9 prise par les protestants, qui ont d\u00e9truit l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 et \u00e0 moiti\u00e9 la cath\u00e9drale Saint-\u00c9tienne (Saint-Front deviendra cath\u00e9drale plus tard). L\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 est donc la r\u00e9sidence de campagne, Ch\u00e2teau-l\u2019\u00c9v\u00eaque, dont la petite \u00e9glise voisine est devenue cath\u00e9drale. C\u2019est l\u00e0, lors de l\u2019ordination g\u00e9n\u00e9rale du samedi des Quatre-Temps, <b>le 23 septembre 1600<\/b>, qu\u2019il est <b>ordonn\u00e9 Pr\u00eatre<\/b>, \u00e0 19 ans au lieu de 24. Fran\u00e7ois de Bourdeille mourut un mois apr\u00e8s, le 24 octobre, \u00e2g\u00e9 d\u2019environ 75 ans, mais rien ne prouve qu\u2019il \u00e9tait aveugle et moribond un mois avant, comme Antoine R\u00e9dier l\u2019a soutenu, dans <i>La vraie vie de Saint Vincent de Paul<\/i>, Grasset, 1927; fatigu\u00e9 ou malade, peut-\u00eatre, mais encore capable de faire une ordination g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons rien de Vincent sur ses sentiments lors de son ordination, ni sur sa premi\u00e8re Messe, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e en stricte intimit\u00e9, dans une chapelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la Sainte Vierge, dans les bois, pr\u00e8s de Buzet, selon une tradition recueillie par Collet (<i>Vie de Saint Vincent<\/i>, 1748, I, p. 14). C\u2019est peu\u2026<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t Vincent continue ses \u00e9tudes encore quatre ans. Plus tard, il dira plusieurs fois qu\u2019il est \u201cun \u00e9colier de 4<sup>e<\/sup>\u201d, et c\u2019est trois fois vrai : le coll\u00e8ge de Dax fonctionnait apparemment sur quatre ans; de plus, \u201c\u00e9colier\u201d \u00e0 cette \u00e9poque d\u00e9signait encore les \u00e9tudiants des Universit\u00e9s, et Vincent y a fait deux fois 4 ans : 1598 \u00e0 1600, puis 1600-1604.<\/p>\n<p>En <b>octobre 1604<\/b>, il obtient le baccalaur\u00e9at en th\u00e9ologie et la licence d\u2019enseigner le 2<sup>\u00e8me<\/sup> Livre des Sentences, de Pierre Lombard, qui traite de la Cr\u00e9ation, du p\u00e9ch\u00e9, de la libert\u00e9 et de la gr\u00e2ce. Il se lance dans cet enseignement, bien arm\u00e9 en tous domaines, relationnel, juridique, th\u00e9ologique et spirituel : un bon chr\u00e9tien, pr\u00eatre probablement pieux, enseignant qualifi\u00e9, avec un bon bagage de livres spirituels et missionnaires, comme on peut le d\u00e9duire du catalogue de la Biblioth\u00e8que de Saint Lazare, o\u00f9 quelques livres en espagnol et italien de ces ann\u00e9es (de 1583, \u00e9dition princeps en espagnol de la vie et des \u0153uvres de Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, jusqu\u2019en 1608, son s\u00e9jour \u00e0 Rome), ne peuvent venir que de lui ; il n\u2019y aucun livre en ces langues avant, ni apr\u00e8s 1615.<\/p>\n<p>Mais il visait aussi plus haut, toujours dans le but d\u2019aider sa famille, mais nous ignorons quoi; certains ont suppos\u00e9 d\u00e9j\u00e0 un \u00e9v\u00each\u00e9 !<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons pas de document direct de lui qui nous renseigne sur sa vie de chr\u00e9tien et de pr\u00eatre en cette ann\u00e9e 1605. Les seules traces sont dans les lettres de 1607 et 1608, que nous verrons \u00e0 ce moment. Pieux, sans doute, mais apparemment pas ap\u00f4tre.<\/p>\n<h2><b>2. Ann\u00e9es d\u2019aventures, deux ans de captivit\u00e9, un an a Rome, d\u00e9cision de passer par Paris : 1605-1608<\/b><\/h2>\n<p>Nous avons deux lettres autographes et paraph\u00e9es, ce qui est propre aux actes officiels, quelques souvenirs et allusions de Vincent, et une supposition dans Abelly sur les circonstances de sa venue \u00e0 Paris, peut-\u00eatre corrobor\u00e9e par deux documents connexes d\u2019archives.<\/p>\n<p>Tout va basculer en <b>fin juillet 1605<\/b> : captur\u00e9 en mer par des pirates de <b>Tunisie<\/b>, il vit deux ans de captivit\u00e9 sous quatre ma\u00eetres successifs, le dernier \u00e9tant un ren\u00e9gat, tenant une m\u00e9tairie isol\u00e9e, qui pr\u00e9para leur \u00e9vasion par mer (probablement avec d\u2019autres), ce qui n\u2019\u00e9tait pas rare, de r\u00e9centes \u00e9tudes d\u2019archives le montrent, m\u00eame si beaucoup se faisaient reprendre.<\/p>\n<p>On en per\u00e7oit des traces de souvenirs dans ses conf\u00e9rences, tant sur la navigation que sur Carthage, \u201co\u00f9 il ne reste que des masures\u201d (S. V. X, 534) (il rapporte cela \u00e0 \u201cnos gens qui passent par l\u00e0\u201d, mais la seule fois o\u00f9 il en parle, il vient de recevoir de Dax copie de ses lettres de captivit\u00e9). Notons surtout son obsession d\u2019envoyer des missionnaires soutenir les esclaves en Tunisie et Alger.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 en Avignon en <b>juillet 1607<\/b>, il rencontre le Nonce, qui l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 Rome, o\u00f9 il esp\u00e8re, pr\u00e8s de la source, obtenir un bon \u201cb\u00e9n\u00e9fice\u201d eccl\u00e9siastique, c\u2019est-\u00e0-dire un titre bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. \u00c0 Rome, il \u00e9tudie et il fr\u00e9quente bien des gens, m\u00eame l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 et les Fr\u00e8res de Camille de Lellis. Ses espoirs seront d\u00e9\u00e7us, et <b>fin 1608<\/b>, il revient en France, en passant par Paris, peut-\u00eatre charg\u00e9 d\u2019y porter les deux Bulles de cette date nommant \u00e9v\u00eaques de Metz Henri de Bourbon-Verneuil, b\u00e2tard de Henri IV, \u00e2g\u00e9 de 7 ans, et Anne d\u2019Escars, cardinal de Givry, comme \u00e9v\u00eaque consacr\u00e9, en attendant que Henri ait un \u00e2ge plus conforme !<\/p>\n<p>Le seul document de Vincent est alors ses deux lettres autographes de 1607 et 1608 \u00e0 M. De Comet, o\u00f9 \u00e0 la fois il avoue des dettes, en expliquant le motif de son retard \u00e0 payer : sa captivit\u00e9, et o\u00f9 il demande copie de ses lettres d\u2019ordination, pour pouvoir obtenir \u00e0 Rome une charge eccl\u00e9siastique lucrative.<\/p>\n<p>Ces deux lettres montrent simplement <b>un bon chr\u00e9tien<\/b>. Curieusement, il ne parle pas de J\u00e9sus-Christ, ni du Saint-Esprit, Dieu est surtout vu comme Providence (et une fois sous le nom de \u201cla Fortune\u201d, qui rel\u00e8ve plut\u00f4t de ses \u00e9tudes litt\u00e9raires), en qui il a une grande confiance, malgr\u00e9 ses d\u00e9boires. Il aime la Sainte Vierge et lui gardera grande d\u00e9votion toute sa vie. Un curieux passage sur la mort du fr\u00e8re de M. De Comet montre qu\u2019il est moliniste : il est mort par le jeu des causes naturelles, pr\u00e9vu certes par Dieu, mais pas par d\u00e9cret divin. Il est surtout pr\u00e9occup\u00e9 d\u2019une bonne situation, et on n\u2019y voit pas trace de son \u00e9tat de pr\u00eatre, sinon dans la demande des lettres d\u2019ordination. Il faut d\u2019ailleurs savoir qu\u2019un esclave en Barbarie avait tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas dire qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eatre et qu\u2019il ne pouvait pas c\u00e9l\u00e9brer la Messe, sauf peut-\u00eatre situations exceptionnelles.<\/p>\n<p>C\u2019est peu, mais ce n\u2019\u00e9tait pas le but de la lettre, qui est une lettre juridique. Le fait d\u2019y voir appara\u00eetre un \u00e9cho de sa foi montre qu\u2019il en vivait habituellement, quoique pas comme pr\u00eatre \u00e0 proprement parler.<\/p>\n<p>Cette captivit\u00e9 est tout de m\u00eame <b>un tournant dans sa vie<\/b> : il conna\u00eet l\u2019\u00e9chec, la mis\u00e8re des esclaves des musulmans, qu\u2019il partage, bien qu\u2019ayant la chance d\u2019amadouer ses ma\u00eetres, et il y en avait d\u2019assez humains, m\u00eame si d\u2019autres \u00e9taient cruels, faisant p\u00e9rir dans les pires supplices pour des riens. Il a connu tout cela, il parlera plus d\u2019une fois des Turcs, citant surtout leurs bons c\u00f4t\u00e9s : pi\u00e9t\u00e9, pardon entre eux, entraide, et il sera obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019envoi de pr\u00eatres pour soutenir ces esclaves.<\/p>\n<h2><b>3. Changement de lieu : il se fixe a Paris, et murissement : fin 1608 &#8211; automne 1611<\/b><\/h2>\n<p>Les documents, sans \u00eatre encore tr\u00e8s nombreux, deviennent plus abondants.<\/p>\n<p>Au lieu de retourner \u00e0 Toulouse, il se fixe \u00e0 Paris. On peut toutefois supposer qu\u2019il est all\u00e9 \u00e0 Toulouse et \u00e0 Pouy, pour r\u00e9cup\u00e9rer ses livres et surtout r\u00e9gler ses dettes (sinon, il n\u2019aurait pas pu y aller en 1624, comme lui-m\u00eame l\u2019a racont\u00e9 plus tard, sous peine de poursuites\u2026) La suite de sa vie montrera qu\u2019il ne recule pas devant les longs voyages, c\u2019est un cavalier \u00e9m\u00e9rite.<\/p>\n<p>Ses deux demandes de lettres d\u2019ordinations l\u2019ont remis en relation avec son \u00e9v\u00eaque de Dax, Jean-Jacques Dusault, li\u00e9 \u00e0 Henri IV et premier aum\u00f4nier de la Reine Margot (c\u2019est-\u00e0-dire responsable de l\u2019organisation de la distribution de ses aum\u00f4nes par un certain nombre d\u2019aum\u00f4niers), et c\u2019est peut-\u00eatre par lui que Vincent se retrouve parmi les aum\u00f4niers de cette reine r\u00e9pudi\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la Cour de cette reine qui alliait la pi\u00e9t\u00e9 avec une libert\u00e9 de m\u0153urs, il rencontre des gens pieux, il fr\u00e9quente aussi des financiers tout autant que les Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu, qui viennent d\u2019ouvrir l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9, pour les pauvres.<\/p>\n<p>En outre, il va assez vite entrer dans le cercle de th\u00e9ologiens, de spirituels et m\u00eame de mystiques autour de Madame Acarie et de son neveu Pierre de B\u00e9rulle, qui va devenir son P\u00e8re spirituel. B\u00e9rulle vient de faire venir d\u2019Espagne en France, en 1604, les Carm\u00e9lites r\u00e9form\u00e9es par Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila; c\u2019est un grand spirituel mais aussi une \u00e2me d\u2019ap\u00f4tre. Avec lui, Vincent va raviver ses lectures pr\u00e9c\u00e9dentes, s\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres auteurs spirituels, et surtout \u00e9changer en profondeur avec des gens bien avanc\u00e9s en spiritualit\u00e9 et en souci apostolique.<\/p>\n<p>Ses multiples facettes apparaissent davantage : toujours sa recherche d\u2019une bonne situation, en m\u00eame temps que l\u2019ouverture aux pauvres, le ressourcement spirituel et l\u2019ouverture pastorale.<\/p>\n<p>Il loge en compagnie d\u2019un landais, juge de Sore, au nord de Pouy, qu\u2019il a peut-\u00eatre connu chez son oncle avocat ou chez M. De Comet. Ce Bertrand Du Lou est alli\u00e9 \u00e0 la noble famille de Plaisir, village proche de Villepreux, \u00e0 l\u2019ouest de Versailles, famille qui poss\u00e8de peut-\u00eatre un h\u00f4tel \u00e0 Paris, comme plusieurs nobles, et c\u2019est peut-\u00eatre dans l\u2019h\u00f4tel de cette famille qu\u2019ils habitent (mais jusqu\u2019alors, on n\u2019a pas trouv\u00e9 de pi\u00e8ces de cette \u00e9poque sur les seigneurs de Plaisir).<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que, <b>vers 1609<\/b>, il vit <b>une premi\u00e8re r\u00e9action de vrai spirituel<\/b> : malade, il fait venir un gar\u00e7on d\u2019apothicaire, qui profite de l\u2019absence de Bertrand pour voler la bourse de celui-ci, qui \u00e0 son retour accuse Vincent de ce vol et le fait d\u00e9noncer publiquement dans l\u2019\u00e9glise paroissiale. Vincent renonce \u00e0 se d\u00e9fendre et supporte l\u2019infamie en silence. Il l\u2019a racont\u00e9 lui-m\u00eame, l\u2019attribuant \u00e0 une autre personne, mais confiant \u00e0 de rares intimes qu\u2019il s\u2019agissait de lui.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, il se fait chasser et trouve un logement rue de Seine.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me lettre qui nous reste est adress\u00e9e <b>\u00e0 sa m\u00e8re<\/b>, le <b>17 f\u00e9vrier 1610<\/b>. Il lui annonce pour bient\u00f4t la r\u00e9ussite de ses projets \u201c de faire une honn\u00eate retraite pour employer le reste de mes jours aupr\u00e8s de vous \u201d. Nous savons qu\u2019il s\u2019agit de ses d\u00e9marches pour obtenir la commende de l\u2019abbaye cistercienne de Saint-L\u00e9onard de Chaumes, pr\u00e8s de La Rochelle. Bien que simple lettre d\u2019affaire et familiale, on y retrouve la confiance en la Providence, avec la pri\u00e8re pour la sant\u00e9 de sa m\u00e8re \u201cet la prosp\u00e9rit\u00e9 de la maison\u201d, mais il n\u2019y montre pas de vis\u00e9e propre \u00e0 un pr\u00eatre.<\/p>\n<p>En <b>mai 1610<\/b>, il croit \u00eatre arriv\u00e9 au but : l\u2019archev\u00eaque d\u2019Aix-en-Provence, r\u00e9sidant \u00e0 Paris, lui transmet sa charge d\u2019Abb\u00e9 commendataire de cette abbaye en ruine et qui n\u2019a plus de moines, qu\u2019il devra reb\u00e2tir et repeupler un peu. Le 4 octobre, un r\u00e8glement est \u00e9tabli pour l\u2019usage des revenus, et il va en prendre possession le 16 octobre, d\u00e9couvrant l\u2019ampleur des ruines.<\/p>\n<p>H\u00e9las, ses m\u00e9saventures s\u2019accumulent: d\u00e8s le 3 f\u00e9vrier <b>1611<\/b>, il subit une premi\u00e8re sentence du tribunal de La Rochelle (protestant), \u00e0 l\u2019instigation d\u2019un comp\u00e9titeur, Andr\u00e9 de la Serre, qui se pr\u00e9tend prieur et veut partager les revenus &#8211; mais pas les charges. Ce proc\u00e8s va continuer en plusieurs s\u00e9ances, o\u00f9 Vincent sera toujours condamn\u00e9. En m\u00eame temps, d\u00e8s mai 1611, Hurault de l\u2019H\u00f4pital lui intente aussi un proc\u00e8s \u00e0 Paris, pr\u00e9tendant n\u2019avoir pas re\u00e7u la rente due en compensation de la transmission de l\u2019abbaye\u2026<\/p>\n<p>Du coup, il n\u2019a pas pu rejoindre sa m\u00e8re, et il reste \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Cela va lui causer des soucis et des d\u00e9penses durant cinq ans, mais aussi lui faire roder par la pratique ses connaissances du droit et des proc\u00e9dures l\u00e9gales, et en m\u00eame temps lui faire conna\u00eetre la vie pastorale d\u2019un pr\u00eatre rochelais, Jacques Gasteaud (devenu oratorien fin 1611), qui \u00e0 la fois lui pr\u00eatera de l\u2019argent et l\u2019initiera \u00e0 sa pratique du cat\u00e9chisme, dans une ville o\u00f9 les catholiques n\u2019ont aucun droit public, les protestants n\u2019appliquant pas l\u2019\u00c9dit de Nantes. Nous savons cela par son sermon sur le cat\u00e9chisme, par une reconnaissance de dette et par un souvenir bien plus tard, le 23 mai 1659 (S. V. XII, 256). Cet \u00e9chec et cette relation nouvelle vont l\u2019amener \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le sens de sa vie. Nous n\u2019avons pas de documents sur sa vie spirituelle entre mai 1610 et fin 1611, mais la suite montrera qu\u2019il a chang\u00e9 et progress\u00e9 au plan spirituel et apostolique. Il r\u00e9signera Saint-L\u00e9onard le samedi 29 octobre 1616. Il sait m\u00ealer les affaires financi\u00e8res et le souci des pauvres, transmettant \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 15.000 livres dont les destinataires semblent \u00eatre disparus.<\/p>\n<p>Nous constatons ainsi qu\u2019il peut mener de front des affaires temporelles et des progr\u00e8s dans la vie spirituelle, avec les pr\u00eatres spirituels et apostoliques qu\u2019il fr\u00e9quente, autour de B\u00e9rulle.<\/p>\n<h2><b>4. Approfondissement doctrinal et pastoral, choix des pauvres, puis l\u2019orientation confirm\u00e9e : fin 1611 &#8211; fin 1617<\/b><\/h2>\n<p>Il ne nous reste que trois sermons autographes de M. Vincent; ils sont de 1614 \u00e0 mars ou avril 1616. Nous avons aussi une demande autographe du 20 juin 1616 pour recevoir le pouvoir d\u2019absoudre les cas r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00eaque lors des confessions g\u00e9n\u00e9rales. En outre nous disposons de divers souvenirs de Vincent, des souvenirs rapport\u00e9s par les biographes et d\u2019un bon nombre de documents d\u2019Archives.<\/p>\n<p>Il continue ses lectures et ses entretiens avec B\u00e9rulle, et il s\u2019associe, \u00e0 titre d\u2019h\u00f4te, aux d\u00e9buts de <b>l\u2019Oratoire de J\u00e9sus<\/b>, fond\u00e9 par B\u00e9rulle le 11 novembre 1611. Ce ne sont pas des religieux; B\u00e9rulle a voulu fonder une association de pr\u00eatres s\u00e9culiers, reli\u00e9s aux \u00c9v\u00eaques, dans le but d\u2019\u00eatre un ferment de r\u00e9forme du clerg\u00e9 et de faire des missions paroissiales. Vincent va s\u2019impr\u00e9gner de cet esprit et participer aux Conf\u00e9rences hebdomadaires, pratique qu\u2019il adoptera plus tard dans sa Congr\u00e9gation et dont il gardera toute sa vie le programme, la m\u00e9thode et souvent des expressions. Nous avons le t\u00e9moignage de Jean Jacques Olier : \u201c il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019Oratoire \u201d (<i>M\u00e9moires<\/i>, manuscrits, volume 2, 1642, folio 255 [425]). D\u2019ailleurs, telle phrase des Conf\u00e9rences de B\u00e9rulle (en latin, \u201cCollationes\u201d) sur les pauvres, le 6 mars, le 8 mai et le 8 septembre 1612, pourraient bien \u00eatre l\u2019\u00e9cho de Vincent, puisque, comme Vincent plus tard, B\u00e9rulle faisait aussi parler ses confr\u00e8res\u2026 (B\u00e9rulle, <i>\u0152uvres Compl\u00e8tes<\/i>, Cerf 1995, tome I, fran\u00e7ais, pp. 17, 30, 67, &#8211; tome 2, original latin, pp. 21, 31, 63).<\/p>\n<p>Mais entre temps il avait tellement progress\u00e9 en 1611 que, pour remplacer Bourgoing <b>\u00e0 la cure de Clichy,<\/b> village au nord de Paris, parce que celui-ci s\u2019agr\u00e8ge \u00e0 l\u2019Oratoire, c\u2019est Vincent que B\u00e9rulle choisit. Il est donc devenu <b>un pr\u00eatre et un pasteur z\u00e9l\u00e9<\/b>. M\u00eame si ses souvenirs tardifs, du 27 juillet 1653, sont un peu enjoliv\u00e9s (S. V. IX, 646), d\u2019autres documents de ces ann\u00e9es montrent \u00e0 la fois son sens pastoral et son exactitude \u00e0 g\u00e9rer le temporel de la paroisse, dont il fera restaurer l\u2019\u00e9glise. Le seigneur est parent de Melles de Marillac et Du Fey, qui aideront Vincent plus tard.<\/p>\n<p>Durant ces ann\u00e9es, environ 1611-1614, il a v\u00e9cu <b>une autre exp\u00e9rience spirituelle<\/b>, capitale : n\u2019arrivant pas \u00e0 soulager un th\u00e9ologien de ses amis d\u2019une terrible tentation contre la foi, il s\u2019offre \u00e0 Dieu, s\u2019il le veut, pour la subir \u00e0 sa place. Et il fut exauc\u00e9: le th\u00e9ologien fut d\u00e9livr\u00e9, mais Vincent connut la m\u00eame <b>terrible tentation contre la foi<\/b>. Cela aussi, il l\u2019a racont\u00e9 aux confr\u00e8res sans dire qu\u2019il s\u2019agissait de lui, mais il l\u2019avoua \u00e0 des confidents. Il n\u2019arrivait m\u00eame plus \u00e0 r\u00e9citer le Credo, alors il l\u2019avait \u00e9crit et mis sur sa poitrine, et il y portait la main. Cela dura trois ans, durant lesquels il accomplissait son minist\u00e8re, visitait les pauvres et les malades et continuait d\u2019\u00e9tudier.<\/p>\n<p>Il s\u2019en sortit qu\u2019en prenant <i>\u201c<b>une r\u00e9solution ferme et inviolable,<\/b> pour honorer davantage J\u00e9sus-Christ et pour l&rsquo;imiter plus parfaitement qu&rsquo;il n&rsquo;avait encore fait, qui fut <b>de s&rsquo;adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres<\/b>\u201d<\/i> (Abelly III, 118-119). Cette promesse peut se situer autour de 1614 ou 1615 &#8211; bien avant la confession du paysan de Gannes. Et c\u2019est un tournant capital, d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>Mais les revenus ne devaient pas lui suffire : tout en restant cur\u00e9 de Clichy (et jusqu\u2019en 1626), B\u00e9rulle lui avait obtenu d\u2019entrer, <b>en fin d\u2019\u00e9t\u00e9 1613<\/b>, <b>dans la grande famille de Monsieur de Gondi<\/b>, G\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res, \u00e0 titre de pr\u00e9cepteur des tout jeunes enfants. D\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1614, il y re\u00e7oit le pr\u00eat d\u2019un capital de 1800 livres, pour 100 livres de rente, \u201cpour ses urgentes affaires\u201d; nous ne saurons jamais s\u2019il s\u2019agit des frais des proc\u00e8s de Saint L\u00e9onard, ou de dons aux pauvres; le pr\u00eateur est un financier dont une des deux filles entrera \u00e0 la Visitation, dont Vincent sera alors le sup\u00e9rieur eccl\u00e9siastique, et l\u2019autre fondera avec lui les Filles de la Croix. Le 22 f\u00e9vrier, il fait un don, ou un remboursement, \u00e0 Georges Lenfant, sous-diacre d\u2019Angers. Le 28 f\u00e9vrier il est nomm\u00e9 cur\u00e9 de Gamaches, pr\u00e8s de Rouen, pr\u00e9sent\u00e9 par M. De Gondi, baron du Plessis-\u00c9couis, dont d\u00e9pend cette paroisse; mais il ne semble pas y avoir donn\u00e9 suite. En 1615 il est nomm\u00e9 chanoine d\u2019\u00c9couis, mais il n\u2019y a pas mis les pieds et n\u2019a pas d\u00fb en toucher longtemps les revenus. Etc.<\/p>\n<p>Ces grands nobles ont des possessions tout autour de l\u2019\u00cele-de-France, et Vincent suit la famille soit \u00e0 Paris, soit dans les divers ch\u00e2teaux. L\u00e0, <b>\u00e0 la campagne, il m\u00e8ne une vie de solitaire \u00e0 la maison, et d\u00e9j\u00e0 d\u2019ap\u00f4tre au dehors<\/b>. Nous avons le t\u00e9moignage des \u201cM\u00e9moires\u201d publi\u00e9s par Abelly, I, chapitre 7 p. 28 (cf. Annexe), mais aussi <i>trois sermons<\/i>, autographes, les seuls qui nous restent de lui, deux sur la Communion et un sur le cat\u00e9chisme, probablement en mars 1616.<\/p>\n<p>Entre-temps, vers 1615 ou 1616, profitant d\u2019un s\u00e9jour de la famille \u00e0 Joigny, il fait une retraite \u00e0 la chartreuse voisine de Valprofonde (cf. S. V. II, 107).<\/p>\n<p>Son minist\u00e8re dans les villages, aidant les cur\u00e9s, consistait en cat\u00e9chismes, pr\u00e9dications, visites des pauvres et des malades. Comme d\u00e9j\u00e0 les j\u00e9suites depuis le XVI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il exhortait les gens \u00e0 faire une confession g\u00e9n\u00e9rale des p\u00e9ch\u00e9s de toute leur vie pass\u00e9e, ce qui leur permettait d\u2019avouer des p\u00e9ch\u00e9s graves qu\u2019ils n\u2019avaient pas os\u00e9 dire \u00e0 leur cur\u00e9. Nous avons encore sa demande autographe du 20 juin 1616 au Vicaire G\u00e9n\u00e9ral de Sens, dioc\u00e8se dont d\u00e9pendait Joigny, pour recevoir le pouvoir d\u2019absoudre, lors des confessions g\u00e9n\u00e9rales, les cas r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00eaque, et l\u2019accord de ces pouvoirs, c\u2019est-\u00e0-dire 7 mois avant le sermon de Folleville (cf. S. V. I, 20-21).<\/p>\n<p><b>Ses sermons<\/b> nous r\u00e9v\u00e8lent un homme au discours encore un peu savant et compliqu\u00e9, mais solidement instruit et profond, ce qui n\u2019a pas pu se faire en quelques mois. Dans ses deux sermons sur la Communion, il ne cite pas ses sources, mais on y trouve des citations implicites de Saint Gr\u00e9goire le Grand, Pierre Lombard et Saint Thomas d\u2019Aquin. Son sermon sur le cat\u00e9chisme fut prononc\u00e9 \u00e0 Joigny vers mars 1616, apr\u00e8s la prise de possession solennelle du Comt\u00e9 par Philippe-Emmanuel, (phrase barr\u00e9e par Vincent, sur son manuscrit, et pas not\u00e9e par l\u2019\u00e9dition Coste). Il y cite l\u2019\u00c9criture Sainte et les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, Orig\u00e8ne, Saint Basile, Saint Ambroise, Saint Augustin, Saint Cyrille d\u2019Alexandrie, et il donne en exemple les huguenots de La Rochelle, o\u00f9 il va encore, pour ses proc\u00e8s sur Saint-L\u00e9onard et pour rencontrer l\u2019oratorien Jacques Gasteaud, qui y cat\u00e9chise depuis 1600, malgr\u00e9 l\u2019absence de droits des catholiques dans cette ville protestante, et les pratiques de la cat\u00e9ch\u00e8se en Italie, en Espagne, et dans les Missions au Canada, au P\u00e9rou et au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Par la suite, il continuera de citer nomm\u00e9ment ou implicitement P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise et auteurs spirituels, toujours sans indiquer les r\u00e9f\u00e9rences ni l\u2019\u00e9dition qu\u2019il a consult\u00e9e, (m\u00eame lorsqu\u2019il m\u00e9dite sur une lecture de Saint Gr\u00e9goire prise au Br\u00e9viaire, cf. S. V. XIII, 146).<\/p>\n<p>C\u2019est clair, voil\u00e0 un pr\u00eatre qui trouve le temps de lire non seulement de la th\u00e9ologie et de la spiritualit\u00e9, mais aussi des rapports sur les Missions et l\u2019esprit missionnaire, d\u00e8s avant 1616.<\/p>\n<p><i>Le sermon sur le cat\u00e9chisme<\/i> contient d\u00e9j\u00e0 ce qui sera <b>la pratique constante de ses Missions<\/b> : d\u2019une part enseigner (ce sera le r\u00f4le du Grand Cat\u00e9chisme, le soir), d\u2019autre part, exhorter (ce sera le r\u00f4le du Sermon, le matin) et enfin enseigner et exhorter (ce sera le Petit Cat\u00e9chisme, en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, pour les enfants, devant les parents).<\/p>\n<p>Dans <i>les sermons sur la Communion<\/i> se trouvent d\u00e9j\u00e0 <b>les points essentiels de sa doctrine<\/b> : la Sainte Trinit\u00e9, avec les r\u00f4les du P\u00e8re, du Saint-Esprit et du Fils, le r\u00f4le de la Vierge Marie dans l\u2019Incarnation, et bien s\u00fbr l\u2019Eucharistie, \u201cvraie base et centre de la religion\u201d.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 les seuls textes qui nous restent d\u2019avant 1617, c\u2019est bien peu, mais ils condensent toute une richesse, qui ne peut lui \u00eatre venue d\u2019un coup, ils contiennent d\u00e9j\u00e0 tout ce qu\u2019il pr\u00eachera plus tard et inscrira comme base th\u00e9ologique et spirituelle des R\u00e8gles Communes de sa Congr\u00e9gation, aux chapitres II et X. C\u2019est clair, avant 1617 et Folleville, il est d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 aux pauvres et \u00e0 Dieu, dans l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation.<\/p>\n<p>Sa course aux revenus, qui a connu bien des traverses et des \u00e9checs, change peu \u00e0 peu d\u2019orientation, elle s\u2019int\u00e8gre dans le service pastoral et d\u00e9j\u00e0 un peu missionnaire : il faut assurer la gestion financi\u00e8re de la paroisse de Clichy, et divers dons, comme il en avait d\u00e9j\u00e0 fait, soit aux h\u00f4pitaux, soit aux pauvres de Clichy et des villages des Gondi; quelques quittances dans diverses Archives semblent l\u2019attester.<\/p>\n<p>Bref, <b>en d\u00e9but 1617<\/b>, il est d\u00e9j\u00e0 missionnaire, et pr\u00eat pour l\u2019\u00e9panouissement : il va vivre l\u2019\u00e9v\u00e9nement de <b>Gannes<\/b> et le sermon de <b>Folleville<\/b>, en <b>janvier 1617<\/b>.<\/p>\n<p>En janvier 1617, la famille r\u00e9sidait \u00e0 Folleville, dont Madame De Gondi \u00e9tait le \u201cseigneur\u201d, au sud-est d\u2019Amiens. Vincent est appel\u00e9 \u00e0 Gannes, comme souvent, aupr\u00e8s d\u2019un vieillard malade, il lui propose \u00e0 lui aussi la confession g\u00e9n\u00e9rale, et cet homme de bonne r\u00e9putation, qui avait en fait commis de grosses fautes, en est si lib\u00e9r\u00e9 qu\u2019il le raconte \u00e0 Madame De Gondi, venue le visiter, lui disant que sans cela, il allait en enfer. Il mourut quelques jours apr\u00e8s, en paix. Vincent connaissait cette mis\u00e8re spirituelle depuis plusieurs ann\u00e9es, il y rem\u00e9diait, mais discr\u00e8tement, car il ne pouvait rien dire, tenu par le secret sacramentel. Madame, elle, d\u00e9couvre cette mis\u00e8re et en est boulevers\u00e9e<\/p>\n<p>Comme elle n\u2019est pas tenue par le secret, elle en parle et c\u2019est elle qui donne \u201cmission\u201d \u00e0 Vincent &#8211; comme Monsieur \u00e0 Joigny pour le sermon sur le cat\u00e9chisme &#8211; de pr\u00eacher sur la confession g\u00e9n\u00e9rale, ce qui se fait \u00e0 Folleville le mercredi 25 janvier 1617, jour de la confession de Saint Paul. Il vient tellement de monde pour se confesser qu\u2019il faut appeler \u00e0 l\u2019aide une paire des j\u00e9suites d\u2019Amiens. Cela durera quelques jours et se poursuivra dans les villages voisins. Vincent est tr\u00e8s net dans ses deux r\u00e9cits de 1655 et 1658 : il ne parle pas de d\u00e9couverte par lui de la mis\u00e8re spirituelle du peuple des champs, mais il relie explicitement ce travail apostolique en \u00e9quipe \u00e0 tout ce qui a suivi, avec les j\u00e9suites puis avec quelques bons pr\u00eatres, et finalement une Congr\u00e9gation : <b>c\u2019est bien l\u2019association missionnaire qui a d\u00e9but\u00e9 \u00e0 Folleville<\/b>. Ce que Vincent a d\u00e9couvert \u00e0 Folleville, ce n\u2019est pas la mis\u00e8re spirituelle ni la Mission, c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019utilit\u00e9 de faire la Mission en \u00e9quipe avec d\u2019autres pr\u00eatres : jamais plus, maintenant, il n\u2019ira seul dans les villages, mais toujours avec d\u2019autres pr\u00eatres.<\/p>\n<p>En fait, cet \u00e9v\u00e9nement de Folleville n\u2019a pris de l\u2019importance pour lui que bien plus tard, comme l\u2019a montr\u00e9 un article du Bulletin des Lazaristes de France de f\u00e9vrier-mars 1997. Il n\u2019en a gu\u00e8re parl\u00e9 aux confr\u00e8res avant 1640. Nous n\u2019en avons que trois r\u00e9cits en manuscrits, directs, et un quatri\u00e8me dans Abelly, qui combine le troisi\u00e8me avec un autre, disparu. <b>La premi\u00e8re mention<\/b> en est faite par M. Portail, aux S\u0153urs, le 9 mars 1642. Le 25 janvier 1643, Vincent fait conf\u00e9rence aux S\u0153urs, il parle des vertus des filles des champs, pas un mot du sermon de Folleville ! <b>Le deuxi\u00e8me r\u00e9cit<\/b>, par Vincent, le 25 janvier 1655, ne parle pas du paysan de Gannes, mais du \u201cp\u00e9ril de la plupart des gens des villages \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur salut\u201d &#8211; le 4<sup>e<\/sup> r\u00e9cit confirme qu\u2019il y en eut plusieurs, et le 6 d\u00e9cembre 1658, M. Vincent raconte la m\u00eame chose d\u2019un autre vieillard, qui, lui, revint \u00e0 la sant\u00e9. <b>Le troisi\u00e8me r\u00e9cit<\/b>, du 17 mai 1658, copi\u00e9 par le 4<sup>e<\/sup>, est le seul qui parle du paysan qui mourut. Aucun des trois r\u00e9cits directs ne nomme les lieux, sauf Amiens, dans le 2<sup>e<\/sup> ; c\u2019est <b>Abelly<\/b> seul qui nomme Gannes et Folleville, reproduit par M. Coste en S. V. XI, 2-5. Enfin, Vincent ne parle jamais de cet \u00e9v\u00e9nement ni aux S\u0153urs ni dans ses lettres, m\u00eame pas autour des 25 janvier. Nous n\u2019avons plus trace de ce sermon du 25 janvier 1617\u2026 Et une seule mention de Gannes\u2026<\/p>\n<p>Cela ne veut pas dire que le fait n\u2019a pas eu lieu, mais que c\u2019est plus tard que Vincent l\u2019a mis en relief, d\u2019une part parce que c\u2019\u00e9tait vraiment une amorce de la Congr\u00e9gation de la Mission, la d\u00e9couverte de l\u2019importance de faire la mission en \u00e9quipe et d\u2019autre part en raison du symbolisme de la f\u00eate de la Conversion de Saint Paul. Nous avons vu qu\u2019il nous reste d\u2019autres textes, ant\u00e9rieurs \u00e0 1617, qui montrent qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un pasteur instruit et z\u00e9l\u00e9, qui avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert la mis\u00e8re spirituelle \u201cdes pauvres gens des champs\u201d et pratiqu\u00e9 la confession g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Bref, <b>Folleville<\/b> fut vraiment vu par Vincent, apparemment plus tard, comme <b>un \u00e9v\u00e9nement fondateur<\/b>, mais pas fondateur de sa conversion, ni de sa d\u00e9couverte de la mis\u00e8re spirituelle des campagnes, c\u2019\u00e9tait fait depuis au moins deux ans et demi, ni fondateur de la Mission : il faisait d\u00e9j\u00e0 des sortes de missions. Folleville, il le dit explicitement, est <b>fondateur d\u2019une Association pour la Mission, de la Congr\u00e9gation de la Mission<\/b>, le couronnement des orientations d\u00e9j\u00e0 prises.<\/p>\n<p>Reste un autre \u00e9v\u00e9nement fondateur, en ao\u00fbt-d\u00e9cembre 1617 : <b>Ch\u00e2tillon-les-Dombes<\/b>, pr\u00e8s de Lyon, o\u00f9 il y a une Soci\u00e9t\u00e9 de pr\u00eatres, pas du tout d\u00e9voy\u00e9s comme on l\u2019a racont\u00e9 \u00e0 Charles D\u00e9mia 47 ans plus tard. Il est envoy\u00e9 l\u00e0 en \u00e9t\u00e9 1617 par B\u00e9rulle, \u00e0 qui l\u2019Archev\u00eaque de Lyon avait demand\u00e9 \u201cBourgoing ou quelqu\u2019un de sa port\u00e9e\u201d, pour rayonner sur la r\u00e9gion. Un des premiers dimanches, on lui demande de faire secourir une famille malade et pauvre; c\u2019est la d\u00e9couverte, non pas de la mis\u00e8re mat\u00e9rielle et spirituelle des malades pauvres, ni de l\u2019utilit\u00e9 d\u2019associations de charit\u00e9, ce qui existait depuis le Moyen-\u00c2ge, mais la d\u00e9couverte \u2022 <i>d\u2019une part<\/i>, de la <b>n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une structure, une organisation, du service des pauvres de toute cat\u00e9gorie &#8211; et un contr\u00f4le exact<\/b>, \u2022 <i>d\u2019autre part<\/i>, de la <b>n\u00e9cessit\u00e9<\/b> <b>d\u2019agir avec les la\u00efcs<\/b>, <b>les femmes<\/b> en l\u2019occurrence, et m\u00eame <b>de leur laisser l\u2019autonomie<\/b>, et de leur faire <b>allier service corporel et spirituel<\/b>.<\/p>\n<p>Maintenant, ou peut le dire pleinement missionnaire, il ne cessera plus de faire et de faire faire des Missions paroissiales, avec les confessions g\u00e9n\u00e9rales et toujours la fondation d\u2019une Confr\u00e9rie de Charit\u00e9. Le R\u00e8glement des Dames de la Charit\u00e9 de Ch\u00e2tillon contient d\u00e9j\u00e0 les formules essentielles de son esprit, : n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019allier vie int\u00e9rieure et service des pauvres, d\u2019allier pour eux service spirituel et corporel, avec les vertus de charit\u00e9, humilit\u00e9, simplicit\u00e9.<\/p>\n<p><i>21 octobre 2000<\/i><\/p>\n<h2>Annexes<\/h2>\n<h3><b>Annexe compl\u00e9tant l\u2019introduction<\/b><\/h3>\n<h4><i>La SOCI\u00c9T\u00c9 aux XVI<\/i><i><sup>e <\/sup><\/i><i>&#8211; XVII<\/i><i><sup>e<\/sup><\/i><i> si\u00e8cles<\/i><\/h4>\n<p><b>Les \u00e9v\u00e9nements marquants<\/b> sont les guerres de religion et leurs cons\u00e9quences, et la politique des rois de France : agrandir leur domaine par la guerre contre les vassaux trop ind\u00e9pendants et contre les pays voisins : Espagne, Savoie (qui allait de Bourg-en-Bresse et Annecy jusqu\u2019\u00e0 Nice). En 1600, ann\u00e9e de l\u2019ordination de Vincent, sa r\u00e9gion se remet lentement des ruines et des massacres caus\u00e9s jusque vers 1570\/1580 par les arm\u00e9es protestantes, et le B\u00e9arn voisin, protestant, n\u2019applique pas l\u2019\u00c9dit de Nantes, par plus que Montauban, La Rochelle, et toutes les r\u00e9gions o\u00f9 ils ont le pouvoir : les catholiques qui ont \u00e9chapp\u00e9 aux massacres n\u2019y ont aucun droit. Et Henri IV vient de conqu\u00e9rir par les armes toute une partie de la Savoie : Bresse, Bugey, Pays de Gex.<\/p>\n<p><b>La soci\u00e9t\u00e9 civile<\/b> est tr\u00e8s hi\u00e9rarchis\u00e9e, avec les diff\u00e9rents degr\u00e9s de la noblesse, de la magistrature, et du peuple des domestiques, des artisans, paysans et man\u0153uvres. Cependant, ces diverses classes se c\u00f4toient beaucoup plus facilement que maintenant, tant parce que leurs habitations sont tr\u00e8s imbriqu\u00e9es que par le fait qu\u2019avec de l\u2019argent, on peut passer d\u2019une classe \u00e0 l\u2019autre : on peut acheter des charges publiques et m\u00eame des terres et titres de noblesse. De m\u00eame, les mariages sont fr\u00e9quents entre filles de nobles et notables.<\/p>\n<p><b>La soci\u00e9t\u00e9 eccl\u00e9siastique<\/b> est elle aussi plus hi\u00e9rarchis\u00e9e que maintenant, et surtout tr\u00e8s imbriqu\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 civile. Depuis Charles VII et Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup>, les rois, puis les autorit\u00e9s subalternes, ont pratiquement en mains la nomination aux \u00e9v\u00each\u00e9s et abbayes et ont pris l\u2019habitude de la commende (avec un \u201ce\u201d), c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00e9compenser leurs bons serviteurs en leur attribuant les revenus et donc le titre de ces offices eccl\u00e9siastiques, il suffit que le b\u00e9n\u00e9ficiaire re\u00e7oive la tonsure. On a ainsi un certain nombre d\u2019\u00e9v\u00eaques et d\u2019abb\u00e9s qui ne sont pas pr\u00eatres, et font exercer le minist\u00e8re par un autre, un prieur pour les abbayes, et pour les dioc\u00e8ses, soit par le vicaire g\u00e9n\u00e9ral et un \u00e9v\u00eaque voisin, pour les ordinations et confirmations, soit par un \u00e9v\u00eaque r\u00e9ellement consacr\u00e9, ayant aussi le titre, mais ne touchant qu\u2019une part du revenu; je distinguerai alors l\u2019\u00e9v\u00eaque, simplement, et l\u2019\u00e9v\u00eaque commendataire. Ajoutons que beaucoup d\u2019abbayes, ravag\u00e9es par les protestants avec leurs moines massacr\u00e9s, n\u2019ont plus que les terres cultivables, dont les paysans tenanciers versent les parts dues au commendataire. De m\u00eame plusieurs \u00e9v\u00each\u00e9s n\u2019ont plus de cath\u00e9drale ni de demeure \u00e9piscopale.<\/p>\n<p>Enfin, pour les couches pauvres, l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique, par la pr\u00eatrise ou simplement la tonsure, est aussi un moyen de s\u2019\u00e9lever socialement et d\u2019obtenir quelques revenus. Par suite, il ne faut pas nous \u00e9tonner que, plus ou moins souvent, les candidats n\u2019aient pas forc\u00e9ment la vocation, et m\u00eame entrent dans les ordres avant l\u2019\u00e2ge requis par le droit eccl\u00e9siastique ou droit canonique : 22 ans pour le sous-diaconat, 24 ans pour le presbyt\u00e9rat. Par exemple, Richelieu, le futur cardinal et ministre, fut sacr\u00e9 \u00e9v\u00eaque \u00e0 22 ans, ayant demand\u00e9 \u00e0 Rome une dispense dans laquelle il faisait croire qu\u2019il avait 23 ans.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons que l\u2019on a beaucoup exag\u00e9r\u00e9 l\u2019ignorance et les d\u00e9fauts des pr\u00eatres de ces ann\u00e9es. Certes, il y avait des mauvais pr\u00eatres; mais il y en aura encore \u00e0 la fin de la vie de Vincent, et encore aujourd\u2019hui. Mais lorsque nous voyons, \u00e0 la fin du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des centaines de pr\u00eatres et de religieux se laisser martyriser par les protestants plut\u00f4t que d\u2019adopter leur r\u00e9forme, on ne peut les qualifier de mauvais pr\u00eatres. \u00c9videmment, cela a notablement diminu\u00e9 le nombre des pr\u00eatres, mais ceux qui avaient \u00e9chapp\u00e9 aux massacres et ceux des r\u00e9gions \u00e9pargn\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas en majorit\u00e9 indignes ou incapables. Les chanoines de Dax qui refusent de collaborer avec leur nouvel \u00e9v\u00eaque r\u00e9formateur n\u2019\u00e9taient pas de mauvais pr\u00eatres, mais des pr\u00eatres qui avaient g\u00e9r\u00e9 le dioc\u00e8se durant des ann\u00e9es et qui ne voulaient pas \u00eatre \u00e9vinc\u00e9s : revendication de pouvoir, mais pas mauvaise vie.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le peuple, sauf dans certaines r\u00e9gions comme la Creuse, avait une foi sinc\u00e8re et profonde, m\u00eame si les gens ne savaient pas exprimer les dogmes fondamentaux. Ils croyaient en Dieu, \u00e0 la Providence, en J\u00e9sus sauveur, m\u00eame si ils ne savaient pas exprimer la Trinit\u00e9, l\u2019Incarnation, la R\u00e9demption\u2026 Vincent, qui a missionn\u00e9 pour instruire les pauvres des campagnes, a proclam\u00e9 aussi plusieurs fois que c\u2019est chez eux que se trouvait \u201cla vraie religion\u201d, \u201cune foi vive\u201d.<\/p>\n<h4><i>La connaissance que nous pouvons avoir de monsieur Vincent<\/i><i><\/i><\/h4>\n<p>Apr\u00e8s ce qui pr\u00e9c\u00e8de, nous comprendrons mieux certaines choses de la vie de M. Vincent, ayant vu qu\u2019il n\u2019est pas un cas exceptionnel, mais qu\u2019il s\u2019inscrit dans des pratiques courantes, m\u00eame si ce n\u2019est pas toujours selon les r\u00e8gles.<\/p>\n<p><b>Les sources<\/b><\/p>\n<p>Nous connaissons fort peu de choses sur la jeunesse de Vincent : quelques pages du premier biographe, Abelly, qui a donn\u00e9 forme aux m\u00e9moires d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9s par les archivistes, puis quelques d\u00e9clarations de Vincent lui-m\u00eame, vers la fin de sa vie, enfin quelques \u00e9crits de Vincent et documents officiels de ces ann\u00e9es de jeunesse ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans ses \u0152uvres par M. Pierre Coste, lazariste, entre 1920 et 1925 : <i>Correspondance, Entretiens, Documents<\/i> (XIV volumes, plus un tome XV en 1970, regroupant des lettres parues dans les Annales de la Congr\u00e9gation depuis 1925. Nous avons la chance d\u2019avoir deux copies authentiques des documents officiels de ses ordinations, l\u2019une des textes originels, l\u2019autre de 1608, o\u00f9 Vincent est appel\u00e9 \u201cma\u00eetre\u201d, ce qui confirme qu\u2019il fut enseignant (l\u2019\u00e9dition Coste a malheureusement m\u00e9lang\u00e9 les deux textes, sans distinguer ce qui est de 1600 et de 1608), et la description par les premiers biographes des documents touchant ses \u00e9tudes th\u00e9ologiques et sa licence d\u2019enseigner, qu\u2019ils avaient sous les yeux, et qui ont disparu, avec beaucoup d\u2019autres documents et lettres, lors du saccage de Saint-Lazare, le 13 juillet 1789..<\/p>\n<p>Les Annales de la Congr\u00e9gation puis la revue Mission et Charit\u00e9 ont publi\u00e9 quelques autres documents ant\u00e9rieurs au grand d\u00e9part des Missions, et il existe encore, dans les Archives de la Congr\u00e9gation, les Archives Nationales et plusieurs Archives D\u00e9partementales, des documents non publi\u00e9s, touchant ces ann\u00e9es &#8211; mais depuis un an et demi les interventions chirurgicales m\u2019ont emp\u00each\u00e9 de continuer les investigations.<\/p>\n<p>Notons simplement que dans les Landes, comme dans les r\u00e9gions ravag\u00e9es par les protestants, il n\u2019y a plus de documents ant\u00e9rieurs \u00e0 1600 environ, sauf ceux qui se trouvaient dans la ville de Dax, la seule \u00e0 ne pas avoir \u00e9t\u00e9 prise par eux. C\u2019est ainsi qu\u2019une s\u00e9rie discontinue de Cahiers de d\u00eemes du Chapitre de la Cath\u00e9drale nous renseigne sur les habitants du village natal de Vincent depuis 1486. Un registre des h\u00f4pitaux nous r\u00e9v\u00e8le un chanoine Depaul, prieur. Par contre, les registres de bapt\u00eames, des villages n\u2019existent plus. Nous n\u2019aurons jamais l\u2019acte de bapt\u00eame de Vincent\u2026<\/p>\n<p><b>Les pr\u00e9sentations existantes<\/b><\/p>\n<p>Nous autres, humains, nous sommes p\u00e9tris de contradictions : nous sommes des \u00eatres bien complexes, avec bien des facettes, et en m\u00eame temps, nous consid\u00e9rons souvent les autres comme s\u2019ils \u00e9taient tout d\u2019une pi\u00e8ce, nous les d\u00e9finissons par un aspect de leur personnalit\u00e9 ou de leur activit\u00e9 et n\u2019admettons pas facilement qu\u2019on en dise d\u2019autres aspects : c\u2019est ou tout blanc, ou tout noir, sans m\u00e9langes, sans nuances.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui est arriv\u00e9 et arrive encore \u00e0 Saint Vincent, nous sommes face \u00e0 au moins deux \u201cversions\u201d, tant sur sa personne que sur les d\u00e9buts de son existence.<\/p>\n<p><b>La plus ancienne<\/b> remonte aux premiers biographes \u201cAbelly\u201d et Collet. Ils le pr\u00e9sentent pr\u00e9coce en saintet\u00e9 : Vincent marqu\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance par la pi\u00e9t\u00e9, l\u2019amour des pauvres et le z\u00e8le pastoral.<\/p>\n<p><b>Depuis 1927<\/b> avec le livre d\u2019Antoine R\u00e9dier, <i>La vraie vie de Saint Vincent de Paul<\/i>, est apparue une figure en contre-pied complet, fond\u00e9e \u00e0 la fois sur quelques d\u00e9clarations de Vincent lui-m\u00eame, sur quelques autres documents et sur l\u2019esprit de critique syst\u00e9matiquement n\u00e9gative qui r\u00e9gnait depuis le milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aussi bien en histoire de la litt\u00e9rature qu\u2019en ex\u00e9g\u00e8se ou en hagiographie : Vincent n\u2019avait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 qu\u2019un arriviste et un menteur sans scrupule, cherchant uniquement de bons revenus en biens d\u2019\u00c9glise, comme beaucoup de gens \u00e0 l\u2019\u00e9poque, depuis le menu peuple jusqu\u2019aux grands et aux princes. Ordonn\u00e9 pr\u00eatre \u00e0 19 ans, en 1600, avant la fin de ses \u00e9tudes de th\u00e9ologie, ce n\u2019est que tr\u00e8s tard, vers la trentaine, qu\u2019il aurait commenc\u00e9 \u00e0 visiter les malades, \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de la Charit\u00e9 \u00e0 Paris, et encore plus tard qu\u2019il se serait converti \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des pauvres, \u00e0 36 ans, en janvier 1617, \u00e0 l\u2019occasion de la confession d\u2019un mourant, \u00e0 Gannes, pr\u00e8s de Folleville, aux environs d\u2019Amiens : sorte de chemin de Damas, plaque tournante, \u201cexp\u00e9rience fondatrice\u201d, comme on a \u00e9crit, en admettant tout au plus qu\u2019elle ne surgit pas brutalement, mais fut pr\u00e9par\u00e9e par sa rencontre avec B\u00e9rulle et diverses exp\u00e9riences int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Un seul point est commun aux deux th\u00e8ses : avant Vincent tout \u00e9tait noir, le clerg\u00e9 \u00e9tait dans l\u2019ignorance et une vie peu digne, les pauvres abandonn\u00e9s, les h\u00f4pitaux dans un \u00e9tat lamentable. Vincent est venu, quel qu\u2019il soit, et tout a chang\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 lui.<\/p>\n<p><b>L\u2019\u00e9tude actuelle<\/b> :<\/p>\n<p>Je me suis attel\u00e9 \u00e0 une analyse approfondie des textes d\u00e9j\u00e0 connus et plus ou moins r\u00e9cemment d\u00e9couverts, aid\u00e9e par la d\u00e9couvertes d\u2019anciens livres sur le Droit et les pratiques de ce temps, ainsi qu\u2019\u00e0 une \u00e9tude de la psychologie de Vincent. Cela am\u00e8ne \u00e0 nuancer fortement la deuxi\u00e8me th\u00e8se. Certes, Vincent ne fut pas un saint d\u00e8s le d\u00e9but et la recherche des ressources mat\u00e9rielles l\u2019occupait beaucoup, mais il n\u2019eut pas de conversion brusque : d\u00e8s le d\u00e9but, nous voyons des \u00e9l\u00e9ments de foi et de vie chr\u00e9tienne, et tr\u00e8s t\u00f4t des preuves d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour la vie spirituelle et missionnaire. Les deux aspirations cohabit\u00e8rent d\u2019ailleurs relativement longtemps &#8211; et il ne n\u00e9gligea jamais d\u2019intervenir aupr\u00e8s de bienfaiteurs en faveur de ses fr\u00e8res et s\u0153urs et neveux, tout en consacrant uniquement au service corporel et spirituel des pauvres tous les revenus qu\u2019il pouvait trouver en leur faveur. Au fond, sa recherche des ressources pour sa famille l\u2019avait pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 \u00eatre apte \u00e0 trouver et g\u00e9rer des ressources \u00e9normes pour secourir, remettre debout et \u00e9vang\u00e9liser les pauvres.<\/p>\n<h3>Compl\u00e9ments au \u00a7. 1. \u201cEnfance, \u00e9tudes, ordination en 1600, ann\u00e9e d\u2019enseignement : 1581-1605\u201d<\/h3>\n<p><b>Sa famille<\/b><\/p>\n<p>Vincent eut la chance de na\u00eetre dans une famille au carrefour des diverses classes de la soci\u00e9t\u00e9, ce qui lui donnera toute sa vie une incroyable facilit\u00e9 de contact avec les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s comme avec les plus puissants.<\/p>\n<p>Notons qu\u2019il \u00e9crit toujours Depaul en un seul mot. Il \u00e9tait courant d\u2019unir le \u201cde\u201d au nom, en ce temps-l\u00e0, aussi bien chez les roturiers que chez les plus grands nobles; de m\u00eame, l\u2019usage des majuscules \u00e9tait des plus fantaisistes. En cons\u00e9quence, on ne peut rien inf\u00e9rer de ces pratiques touchant la situation dans l\u2019\u00e9chelle sociale.<\/p>\n<p><b>Du c\u00f4t\u00e9 paternel<\/b>, les Depaul \u00e9taient une famille de notables, attest\u00e9e \u00e0 Pouy, son village natal, dans les cahiers de d\u00eemes de 1486 et 1509; celui de 1542 environ, en mentionne \u00e0 Gos, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Adour, presque en face de Pouy. On n\u2019en trouve pas dans les autres villages. Le cahier de 1590-1591 n\u2019en mentionne plus : or il y en avait, puisque Vincent avait alors 9-10 ans. Seraient-ils devenus exempts de d\u00eemes ?<\/p>\n<p>Une confidence de Vincent \u00e0 un ami et collaborateur, Charles Maignart de Berni\u00e8res, a donn\u00e9 occasion \u00e0 un chercheur, Oscar de Poli (<i>Recherches sur la famille de Saint Vincent de Paul<\/i>, Paris &#8211; Bruxelles 1879), de d\u00e9couvrir un Jean Depaul, \u00e9cuyer en Languedoc, qui fut dot\u00e9 d\u2019une terre en Gascogne en 1364, et aurait pu y \u00e9migrer apr\u00e8s les d\u00e9sastres subis par le Languedoc autour de 1374.<\/p>\n<p>D\u2019autres actes montrent que c\u2019\u00e9tait en tout cas une famille de notables cultivateurs, ayant des droits particuliers, et le prieur \u00c9tienne Depaul pourrait \u00eatre un oncle ou un cousin, vu l\u2019extr\u00eame raret\u00e9 de ce nom. Voil\u00e0 donc Vincent au carrefour du monde paysan, tant des notables que des man\u0153uvres, et du monde eccl\u00e9siastique. Le prieur\u00e9, Poymartet, \u00e0 6 km de la maison natale de Vincent, ruin\u00e9 par les protestants en 1569 et rest\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon, venait d\u2019\u00eatre remis en \u00e9tat par \u00c9tienne. C\u2019\u00e9tait en fait un des nombreux hospices au long du chemin de Compostelle, pour l\u2019accueil des p\u00e8lerins, surtout des plus pauvres. Est-il interdit de penser que Vincent y soit all\u00e9 plus d\u2019une fois ?<\/p>\n<p><b>Du c\u00f4t\u00e9 maternel,<\/b> nous arrivons dans la petite noblesse et la magistrature. Le grand-p\u00e8re De Moras \u00e9tait propri\u00e9taire d\u2019une terre noble, donnant la charge et le titre de cavier (abr\u00e9viation de \u201cchevalier\u201d, \u201ccabiero\u201d), dernier degr\u00e9 de noblesse, li\u00e9 \u00e0 la terre, pas \u00e0 la famille; seul le fils a\u00een\u00e9 est cavier \u00e0 son tour, et noble (l\u2019oncle Jacques), la fille, Bertrande, m\u00e8re de Vincent, n\u2019est pas noble, ni son fr\u00e8re Jean, qui est avocat \u00e0 Dax. Les caviers, ayant charge de l\u2019ordre public, sont \u00e0 la fois cultivateurs et cavaliers, en relation avec les degr\u00e9s sup\u00e9rieurs de la noblesse, et forc\u00e9ment aussi rod\u00e9s \u00e0 une bonne pratique du Droit. \u00c9tonnons-nous que Vincent ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois un cavalier \u00e9m\u00e9rite et un expert en droit \u00e0 un degr\u00e9 peu commun. Cette caverie de Peyrous, sur la paroisse d\u2019Orthevielle, \u00e9tait proche du comt\u00e9 souverain de Bidache, tenu par la grande famille des De Gramont, amis de Henri IV, et Vincent fut tonsur\u00e9 \u00e0 Bidache.<\/p>\n<p><b>Sa vie chr\u00e9tienne avant son ordination<\/b><\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons que des t\u00e9moignages recueillis vers la fin de sa vie par ceux qui pensaient \u00e0 sa future biographie, et ce que l\u2019on peut induire du premier texte qui nous reste, la lettre du 24 juillet 1607 (ou se trouve aussi le r\u00e9cit de sa captivit\u00e9 en Tunisie), et de d\u00e9clarations plus tardives.<\/p>\n<p>Les souvenirs recueillis \u00e0 Pouy, que rapporte Abelly, tome I, sont fort discrets \u00e0 la diff\u00e9rence des biographies d\u2019autres saints, bien enjoliv\u00e9es. Ils ne s\u2019\u00e9tendent pas sur sa pi\u00e9t\u00e9, signalant seulement son amour de la Vierge Marie, et donnent deux exemples de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pour les pauvres : I, p. 9<\/p>\n<p>D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge on a remarqu\u00e9 qu&rsquo;il donnait tout ce qu&rsquo;il pouvait aux pauvres; et lorsque son p\u00e8re l&rsquo;envoyait au moulin qu\u00e9rir la farine, s&rsquo;il rencontrait des pauvres en son chemin, il ouvrait le sac et leur donnait des poign\u00e9es, quand il n&rsquo;avait autre moyen de leur bien faire: de quoi son p\u00e8re, qui \u00e9tait homme de bien, t\u00e9moignait n&rsquo;\u00eatre pas f\u00e2ch\u00e9. Et une autre fois, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de douze ou treize ans, ayant peu \u00e0 peu amass\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 trente sols de ce qu&rsquo;il avait pu gagner, qu&rsquo;il estimait beaucoup en cet \u00e2ge et en ce pays-l\u00e0, o\u00f9 l&rsquo;argent \u00e9tait fort rare, et qu&rsquo;il gardait bien ch\u00e8rement, ayant n\u00e9anmoins un jour rencontr\u00e9 un pauvre qui paraissait dans une grande mis\u00e8re et indigence, \u00e9tant touch\u00e9 d&rsquo;un sentiment de compassion, il lui donna tout son petit tr\u00e9sor, sans s&rsquo;en r\u00e9server aucune chose.<\/p>\n<p>Est-ce enjoliv\u00e9 ? avouons notre ignorance, sans nous prononcer\u2026<\/p>\n<p><b>Ses \u00e9tudes<\/b><\/p>\n<p>Nous arrivons \u00e0 <b>son orientation vers la pr\u00eatrise<\/b>. Ici, malgr\u00e9 le souci hagiographique, sa premi\u00e8re biographie ne cache pas qu\u2019<b>il n\u2019a pas eu de lui-m\u00eame cette vocation<\/b>, mais qu\u2019elle lui a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e, et par \u00e9tapes. Abelly \u00e9crit ceci, au tome I, p. 7-8 et 10 :<\/p>\n<p>La vivacit\u00e9 d&rsquo;esprit dont Dieu avait dou\u00e9 notre jeune Vincent commen\u00e7ant \u00e0 para\u00eetre parmi ces bas emplois o\u00f9 il \u00e9tait occup\u00e9, elle en fut d&rsquo;autant plus remarqu\u00e9e; et son p\u00e8re reconnut bien que cet enfant pouvait faire quelque chose de meilleur [8] que de mener pa\u00eetre les bestiaux. Ce fut pourquoi il prit r\u00e9solution de le mettre aux \u00e9tudes; \u00e0 quoi il se porta encore plus volontiers par la connaissance qu&rsquo;il eut d&rsquo;un certain prieur de son voisinage, lequel, \u00e9tant d&rsquo;une famille qui n&rsquo;\u00e9tait pas plus accommod\u00e9e que la sienne &lt;<i>et qui \u00e9tait \u00c9tienne Depaul, son fr\u00e8re ou cousin<\/i>&gt;, avait n\u00e9anmoins beaucoup contribu\u00e9 du revenu de son b\u00e9n\u00e9fice pour avancer ses fr\u00e8res. Ainsi ce bon homme dans sa simplicit\u00e9, pensait que son fils Vincent, s&rsquo;\u00e9tant rendu capable par l&rsquo;\u00e9tude, pourrait un jour obtenir quelque b\u00e9n\u00e9fice, et, en servant l&rsquo;\u00c9glise, soulager sa famille et faire du bien \u00e0 ses autres enfants. [\u2026]\n<p>Son p\u00e8re, petit propri\u00e9taire, put subvenir aux frais de son inscription au coll\u00e8ge de la ville de Dax et de sa pension chez les Cordeliers, voisins du coll\u00e8ge. Ce coll\u00e8ge commen\u00e7ait \u00e0 se remettre des ann\u00e9es difficiles o\u00f9 la guerre religieuse emp\u00eachait les campagnes de lui confier des enfants; de 1580 \u00e0 1590, il avait parfois \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9, parfois avait fonctionn\u00e9 cahin-caha. Vincent dut y entrer vers 1590 ou 1591. Il n\u2019y a plus de documents de cette \u00e9poque, mais on peut d\u00e9duire de documents de 1612 et de 1623 qu\u2019il y avait au moins quatre r\u00e9gents ou professeurs, pour un cursus de probablement quatre ans, portant \u00e0 la fois sur la formation chr\u00e9tienne et les humanit\u00e9s. Lorsqu\u2019on lit Saint Vincent, la qualit\u00e9 de son style et de sa culture, sa connaissance du latin, ne peuvent remonter qu\u2019\u00e0 ce coll\u00e8ge (\u00e0 l\u2019Universit\u00e9, on enseignait en latin), et font penser que les \u00e9tudes y \u00e9taient fort s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p>Et il en profitait si bien qu\u2019un avocat de Dax, M. De Comet, dont une parente \u00e9tait mari\u00e9e \u00e0 une tante de Vincent, prit Vincent en pension chez lui, comme r\u00e9p\u00e9titeur de ses enfants, en m\u00eame temps qu\u2019il continuait ses \u00e9tudes. C\u2019est ce protecteur qui l\u2019engagea vers la pr\u00eatrise.<\/p>\n[10] [\u2026] Monsieur de Commet, qui \u00e9tait une personne de m\u00e9rite et de pi\u00e9t\u00e9, \u00e9tant tr\u00e8s satisfait du service que le jeune Vincent lui avait rendu en la personne de ses enfants, et de l&rsquo;\u00e9dification que toute sa famille avait re\u00e7ue de sa vertu et sage conduite qui surpassait de beaucoup son \u00e2ge, jugea qu&rsquo;il ne fallait pas laisser cette lampe sous le boisseau, et qu&rsquo;il serait avantageux \u00e0 l\u2019\u00c9glise de l&rsquo;\u00e9lever sur le chandelier: et pour cette raison il porta Vincent de Paul, qui avait grand respect pour lui et qui le regardait comme un second p\u00e8re, \u00e0 s&rsquo;offrir \u00e0 Dieu pour le servir dans l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique<\/p>\n<p>Il re\u00e7oit la tonsure et les Ordres mineurs (portier, lecteur, exorciste et acolyte) le 20 d\u00e9cembre 1596, des mains de l\u2019\u00c9v\u00eaque de Tarbes, Salvat de Diharse, \u00e0 Bidache, capitale du Comte de Gramont, dont le fr\u00e8re est \u00e9v\u00eaque commendataire de Tarbes, en touchant les revenus, Salvat \u00e9tant seulement \u00e9v\u00eaque \u201csacramentel\u201d, mais ayant les revenus des terres de l\u2019abbaye voisine d\u2019Arthous, d\u00e9truite par les protestants et sans moines, dont il \u00e9tait abb\u00e9 commendataire. Dax n\u2019avait alors, depuis plusieurs ann\u00e9es, qu\u2019un \u00e9v\u00eaque nomm\u00e9, mais pas consacr\u00e9, Gilles de Noailles, Rome lui refusant les Bulles, car trop proche de Henri IV et des protestants.<\/p>\n<p>Il nous reste \u00e0 citer <b>ses propres d\u00e9clarations<\/b>, bien plus tardives. Il avouera lui-m\u00eame qu\u2019il ne se rendait pas bien compte de ce qu\u2019\u00e9tait la grandeur de la pr\u00eatrise et la responsabilit\u00e9 du minist\u00e8re.<\/p>\n<p>Vers 1656, il d\u00e9clare ceci \u00e0 un bienfaiteur d&rsquo;un de ses neveux : V, 568<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais d\u00e9sir\u00e9 qu&rsquo;il f\u00fbt eccl\u00e9siastique, et encore moins ai-je eu la pens\u00e9e de le faire \u00e9lever pour ce dessein, cette condition \u00e9tant la plus sublime qui soit sur la terre, et celle-l\u00e0 m\u00eame que Notre-Seigneur y a voulu prendre et exercer. <b>Pour moi, si j\u2019avais sur ce que c\u2019\u00e9tait, quand j&rsquo;eus la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;y entrer<\/b>, comme je l&rsquo;ai su depuis, <b>j\u2019aurais mieux aim\u00e9 labourer la terre que de m\u2019engager \u00e0 un \u00e9tat si redoutable<\/b>.<\/p>\n<p>Le 5 mars 1659, il rench\u00e9rit : S. V. VII, 463<\/p>\n<p>Il faut donc \u00eatre appel\u00e9 de Dieu \u00e0 cette sainte profession. &#8230; J&rsquo;avertis ceux qui me demandent mon avis pour le recevoir, de ne s&rsquo;y engager pas, s&rsquo;ils n&rsquo;ont une vraie vocation de Dieu, une intention pure d&rsquo;y honorer Notre-Seigneur par la pratique de ses vertus et les autres marques assur\u00e9es que sa divine bont\u00e9 les y appelle. Et je suis si fort dans ce sentiment que, si je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eatre, je ne le serais jamais.<\/p>\n<p><b>Sa pr\u00e9paration au sacerdoce<\/b><\/p>\n<p>Que fut <b>sa pr\u00e9paration au sacerdoce <\/b>? Abelly nous dit qu\u2019il \u00e9tudia en universit\u00e9, nous ne savons pas s\u2019il eut en outre une formation pastorale, une exp\u00e9rience en paroisse, et c\u2019est peu probable.<\/p>\n<p>On peut croire Abelly lorsqu\u2019il dit qu\u2019il \u00e9tudia <b>\u00e0 Saragosse<\/b> (I, 10), car outre une tradition du coll\u00e8ge des J\u00e9suites, o\u00f9 il aurait log\u00e9, on en trouve des \u00e9chos plus tard, m\u00eame s\u2019il ne nomme pas la ville. Peut-\u00eatre y avait-il de la parent\u00e9, car en 1505 on trouve un dominicain Jean de Paul, devenu Inquisiteur d\u2019Aragon en 1513. En tout cas, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a appris la doctrine du j\u00e9suite Molina sur la conciliation de la pr\u00e9destination avec la libert\u00e9 humaine, dont on trouve des traces d\u00e8s sa premi\u00e8re lettre et jusqu\u2019\u00e0 la fin, dans ses \u00e9crits contre le jans\u00e9nisme. L\u2019universit\u00e9 de Saragosse, pas plus que celle de Toulouse, ne comptait pas encore de J\u00e9suites, elles enseignaient le thomisme; c\u2019est chez les j\u00e9suites de Saragosse qu\u2019il aura connu le molinisme.<\/p>\n<p>Mais au bout de quelques mois ou d\u2019un an, c\u2019est <b>\u00e0 Toulouse<\/b> qu\u2019il va \u00e9tudier. On ne saura jamais pourquoi, peut-\u00eatre pour avoir un acc\u00e8s dans sa famille plus facile que la travers\u00e9e des cols pyr\u00e9n\u00e9ens, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, en 1598.<\/p>\n<p>Sa famille \u00e9tant priv\u00e9e du travail du p\u00e8re ne peut plus subvenir \u00e0 ses \u00e9tudes, il trouve alors le poste de directeur d\u2019un petit pensionnat je jeunes nobles, \u00e0 Buzet, \u00e0 30 km de Toulouse, puis \u00e0 Toulouse m\u00eame, manifestant encore ses qualit\u00e9s de p\u00e9dagogue, et sa capacit\u00e9 de travail, car il poursuit ses \u00e9tudes.<\/p>\n<p>On peut discerner par ses \u00e9crits ce qu\u2019il a re\u00e7u de ces \u00e9tudes, et qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son activit\u00e9 de directeur de pensionnat, il \u00e9tudiait s\u00e9rieusement. Il a donc travaill\u00e9 philosophie, math\u00e9matique, droit et th\u00e9ologie dogmatique et morale. En ces derni\u00e8res mati\u00e8res, les Universit\u00e9s de Saragosse comme de Toulouse, partag\u00e9es entre s\u00e9culiers, franciscains et dominicains, enseignaient l\u2019augustinisme, qui accentue les d\u00e9g\u00e2ts du p\u00e9ch\u00e9 originel sur la nature humaine (intelligence et libert\u00e9), consid\u00e9r\u00e9e n\u00e9gativement, impuissante au bien sans la gr\u00e2ce, et le thomisme, moins n\u00e9gatif, pour qui les hommes ont conserv\u00e9 un fond de nature encore un peu capable d\u2019humanit\u00e9, tandis que les J\u00e9suites du coll\u00e8ge de Saragosse, o\u00f9 il logeait, \u00e9taient Molinistes, accentuant encore le respect par Dieu de la libert\u00e9 de l\u2019homme. Et Vincent, thomiste de par ailleurs, se montrera toujours moliniste sur ce point.<\/p>\n<p><b>Ses ordinations<\/b><\/p>\n<p>Il doit m\u00eame \u00eatre fort press\u00e9, car il demande et recevra <b>le sous-diaconat d\u00e8s le 19 septembre 1598<\/b>, bien avant l\u2019\u00e2ge canonique, et dans la foul\u00e9e <b>le diaconat, le 11 d\u00e9cembre<\/b>, \u00e0 Tarbes, toujours des mains de Salvat Diharse.<\/p>\n<p>Le Concile de Trente ayant urg\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 pour entrer dans les Ordres Sacr\u00e9s d\u2019avoir des revenus, soit de famille, soit d\u2019\u00c9glise, Vincent a obtenu un titre eccl\u00e9siastique : la cure de Tilh, \u00e0 une vingtaine de km. de Dax. Cela aussi \u00e9tait fr\u00e9quent d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 cur\u00e9 en n\u2019\u00e9tant que sous -diacre; un vicaire exer\u00e7ait, en attendant l\u2019ordination presbyt\u00e9rale.<\/p>\n<p><b>L\u2019ordination sacerdotale<\/b><\/p>\n<p>Un an plus tard, <b>le 13 septembre 1599<\/b>, il obtient de son vicaire g\u00e9n\u00e9ral la <b>permission d\u2019\u00eatre ordonn\u00e9 pr\u00eatre<\/b>; il y a maintenant un nouvel \u00e9v\u00eaque nomm\u00e9 et consacr\u00e9 en 1599, r\u00e9formateur, Jean-Jacques Dusault, qui reste encore \u00e0 Bordeaux pour parachever la r\u00e9forme de Saint-Seurin.<\/p>\n<p>Jean-Jacques Dusault arrive \u00e0 Dax vers janvier 1600, et d\u00e8s mars convoque un Synode de r\u00e9forme, dont il publie les d\u00e9crets le 18 avril 1600, dont le titre dit : \u201cassist\u00e9 du v\u00e9n\u00e9rable Chapitre de son \u00c9glise\u201d. Il impose des mesures assez s\u00e9v\u00e8res, en particulier la r\u00e9sidence de chacun \u00e0 son poste. Or les chanoines, qui avaient gouvern\u00e9 le dioc\u00e8se durant des ann\u00e9es, \u00e9taient loin d\u2019approuver ces mesures, et c\u2019est la r\u00e9volte ouverte, rendant impossible \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque tout minist\u00e8re (ils ont confisqu\u00e9 les Archives, refusent de participer aux c\u00e9r\u00e9monies, intentent des proc\u00e8s, et l\u2019\u00e9v\u00eaque se d\u00e9fend\u2026 Aucune ordination n\u2019est \u00e9videmment possible.<\/p>\n<p>Vincent attend, puis voyant que cela va durer, et peut-\u00eatre brouill\u00e9 avec Salvat de Diharse (qui n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9formateur) cherche un autre \u00e9v\u00eaque. Il trouve, peut-\u00eatre gr\u00e2ce aux parents d\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves, Fran\u00e7ois de Bourdeille, cousin de l\u2019\u00e9crivain Brant\u00f4me, qui est avec un de ses fr\u00e8res \u00e9v\u00eaque commendataire de P\u00e9rigueux et qui ont fait consacrer Fran\u00e7ois pour le minist\u00e8re \u00e9piscopal, en lui laissant une modeste portion des revenus. P\u00e9rigueux a \u00e9t\u00e9 prise par les protestants, qui ont d\u00e9truit l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 et \u00e0 moiti\u00e9 la cath\u00e9drale Saint-\u00c9tienne (Saint-Front deviendra cath\u00e9drale plus tard). Fran\u00e7ois de Bourdeille n\u2019a plus comme \u00e9v\u00each\u00e9 que la r\u00e9sidence de campagne de Ch\u00e2teau-L\u2019\u00c9v\u00eaque, et comme cath\u00e9drale la petite \u00e9glise voisine. C\u2019est l\u00e0, lors de l\u2019ordination g\u00e9n\u00e9rale du samedi des Quatre-Temps, <b>le 23 septembre 1600<\/b>, qu\u2019il est ordonn\u00e9 <b>Pr\u00eatre<\/b>, \u00e0 19 ans au lieu de 24. Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que ce n\u2019\u00e9tait pas rare.<\/p>\n<p>Antoine R\u00e9dier, dans <i>La vraie vie de Saint Vincent de Paul<\/i>, Grasset, 1927, affirme sans preuve que Vincent \u00e9tait tellement press\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 la pr\u00eatrise qu\u2019il s\u2019est fait ordonner en cachette, par un \u00e9v\u00eaque g\u00e2teux, de 80 ans, aveugle et d\u00e9bile, dans la chapelle priv\u00e9e de son ch\u00e2teau. Nous pouvons voir que c\u2019est en tout contraire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 : il a attendu un an, c\u2019est beaucoup, pour un homme soi-disant press\u00e9\u2026 Fran\u00e7ois de Bourdeille n\u2019avait pas 80 ans, mais 75 au plus, car n\u00e9 apr\u00e8s le mariage de ses parents, en 1523; il n\u2019\u00e9tait pas aveugle, comme nous l\u2019apprend son polisson de cousin, Brant\u00f4me, Pierre de Bourdeille, qui ne l\u2019aimait pas. C\u2019est le P\u00e8re Joseph Guichard, lazariste, qui nous l\u2019apprend, dans ses Notes et Documents, in\u00e9dits, tome VII, article n\u00b0 10 :<\/p>\n<p>Si Fran\u00e7ois de Bourdeille avait \u00e9t\u00e9 atteint de c\u00e9cit\u00e9, sans aucun doute Brant\u00f4me l\u2019aurait fait savoir en quelque savoureuse \u00e9pith\u00e8te. Quand on ose \u00e9crire d\u2019un cousin \u00e9v\u00eaque qu\u2019il \u00e9tait \u201cun vrai \u00e2ne mitr\u00e9 et capara\u00e7onn\u00e9 quand il avait sa chape, qui e\u00fbt plut\u00f4t endur\u00e9 la g\u00eane que de dire un seul mot de latin, \u00f4t\u00e9 celui de son br\u00e9viaire\u201d [Brantosme, <i>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/i>, publi\u00e9es par M. Lalanne, Paris 1864-82, 11 vol., t. I, p. 220], cela semble bien affirmer qu\u2019il lisait le latin de son br\u00e9viaire. Certes, Fran\u00e7ois de Bourdeille mourut en octobre suivant et fut enterr\u00e9 le 24 octobre 1600, cela ne prouve pas forc\u00e9ment qu\u2019il \u00e9tait moribond et sans contr\u00f4le un mois avant. Enfin, l\u2019acte officiel d\u2019ordination porte bien qu\u2019il n\u2019agissait non pas d\u2019une ordination priv\u00e9e, mais d\u2019une ordination g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la date r\u00e9guli\u00e8re, officielle, d\u2019un samedi de Quatre-Temps, et pas dans une chapelle du ch\u00e2teau, mais dans la petite \u00e9glise voisine, seule cath\u00e9drale possible dans ces ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, notons que Vincent a bien fait de ne pas attendre plus d\u2019un an, car \u00e0 Dax, les proc\u00e8s dur\u00e8rent encore deux ans, ce n\u2019est qu\u2019en 1604 que l\u2019\u00e9v\u00eaque pourra enfin exercer !<\/p>\n<p>Concluons : Vincent est ordonn\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment, certes, mais sans faire preuve d\u2019une h\u00e2te impatiente\u2026<\/p>\n<p>Faisons le bilan : Vincent n\u2019a pas termin\u00e9 ses \u00e9tudes de th\u00e9ologie, il n\u2019a m\u00eame probablement parcouru que ce cycle des Arts, c\u2019est-\u00e0-dire philosophie, droit et sciences, avec peut-\u00eatre un peu de th\u00e9ologie. Il n\u2019a probablement pas mis les pieds \u00e0 Tilh, puisqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eatre &#8211; et cette paroisse lui est maintenant contest\u00e9e par un autre pr\u00e9tendant, qui l\u2019obtient, et il ne re\u00e7oit apparemment pas d\u2019autre b\u00e9n\u00e9fice eccl\u00e9siastique.<\/p>\n<p>Nous ne savons pas grand chose sur <b>sa premi\u00e8re Messe<\/b>, Abelly, I, p. 11, l\u2019avoue :<\/p>\n<p><i>On n&rsquo;a pu savoir en quel lieu ni m\u00eame en quel temps il c\u00e9l\u00e9bra sa premi\u00e8re messe, mais on lui a seulement ou\u00ef dire qu&rsquo;il avait une telle appr\u00e9hension de la majest\u00e9 de cette action toute divine, qu&rsquo;il en tremblait, et que, n&rsquo;ayant pas le courage de la c\u00e9l\u00e9brer publiquement, il choisit plut\u00f4t de la dire dans une chapelle retir\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, assist\u00e9 seulement d&rsquo;un pr\u00eatre et d&rsquo;un servant.<\/i><\/p>\n<p>Collet a obtenu plus de renseignements, mais apparemment tardifs, I, 14<\/p>\n<p><i>On n&rsquo;a pu jusqu&rsquo;ici savoir bien s\u00fbrement ni le jour, ni le lieu o\u00f9 il offrit pour la premi\u00e8re fois cet auguste Sacrifice. Une ancienne Tradition de la Ville de Buset porte qu&rsquo;il dit sa premi\u00e8re messe dans une Chapelle de la Sainte Vierge, qui est de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Tarn, sur le haut d&rsquo;une montagne et dans les bois. Ce lieu isol\u00e9 et solitaire devoit au moins \u00eatre fort du go\u00fbt de notre jeune Pr\u00eatre, car on lui a quelquefois entendu dire qu&rsquo;il fut si effray\u00e9 de la grandeur et de la majest\u00e9 de cette action toute divine, que n&rsquo;ayant pas le courage de c\u00e9l\u00e9brer en public, il choisit, pour le faire avec moins de trouble, une chapelle \u00e9cart\u00e9e, o\u00f9 il se trouva seul, avec un Pr\u00eatre pour l&rsquo;assister selon la coutume, et un clerc pour le servir. <\/i><\/p>\n<p>Ses deux premiers biographes disent rapporter des confidences de Vincent lui-m\u00eame, ce qui laisse supposer qu\u2019aussit\u00f4t l\u2019ordination il commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9couvrir la grandeur du sacrement qu\u2019il venait de recevoir\u2026 ce qui ne contredit pas tout \u00e0 fait les autres confidences cit\u00e9es plus haut.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un p\u00e8lerinage \u00e0 Rome, fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1600, pour l\u2019Ann\u00e9e Sainte, o\u00f9 le Pape Cl\u00e9ment VIII le marqua au point qu\u2019il l\u2019\u00e9voquera au moins quatre fois bien plus tard, il reprend encore ses \u00e9tudes, quatre ans de th\u00e9ologie, continuant son office de directeur de pensionnat, son revenu officiel. Mais la suite laisse \u00e0 penser qu\u2019il cherche aussi ailleurs, et re\u00e7oit peut-\u00eatre des dons ou des legs.<\/p>\n<p><b>Concluons cette premi\u00e8re \u00e9tape<\/b>, o\u00f9 maintenant il est pr\u00eatre pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 : il cherche fonci\u00e8rement \u00e0 faire carri\u00e8re, il reste bon chr\u00e9tien, certainement pr\u00eatre pieux, sinc\u00e8re, et bon \u00e9ducateur, mais il n\u2019a pas apparemment l\u2019\u00e2me d\u2019un pasteur z\u00e9l\u00e9, assoiff\u00e9 du salut des \u00e2mes\u2026<\/p>\n<p><b>L\u2019ann\u00e9e d\u2019enseignement<\/b><\/p>\n<p>En octobre 1604, il re\u00e7oit son attestation de fin d\u2019\u00e9tudes avec le baccalaur\u00e9at en th\u00e9ologie (qui \u00e9quivaut \u00e0 la licence d\u2019aujourd\u2019hui), et la licence d\u2019enseigner le Deuxi\u00e8me livre des Sentences de Pierre Lombard, comme \u201cbachelier sententiaire\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire comme adjoint d\u2019un ma\u00eetre, en attendant de devenir ma\u00eetre lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Et on peut croire ses biographes lorsqu\u2019ils \u00e9crivent qu\u2019il a enseign\u00e9. Le deuxi\u00e8me Livre des Sentences porte sur la cr\u00e9ation, le p\u00e9ch\u00e9, la gr\u00e2ce : or plus tard, il se r\u00e9v\u00e9lera imbattable sur ces mati\u00e8res face aux jans\u00e9nistes, et son trait\u00e9 De la Gr\u00e2ce, d\u2019environ 1648, est construit exactement comme un cours de professeur, comme un article de Somme Th\u00e9ologique. \u00c9crivant une m\u00e9thode d\u2019enseignement \u00e0 un lazariste nouveau professeur, il ajoute: \u201ccomme je l\u2019ai exp\u00e9riment\u00e9\u201d. De plus, nous avons deux copies de ses lettres d\u2019ordination, une reproduisant l\u2019exemplaire de 1604, o\u00f9 il est appel\u00e9 \u201cnotre cher Vincent\u201d, l\u2019autre reproduisant l\u2019exemplaire de 1608, et l\u00e0, il est appel\u00e9 \u201cma\u00eetre Vincent\u201d, ce qui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux professeurs et aux notaires. Il est dommage que M. Coste, au tome XII, ait m\u00e9lang\u00e9 les deux versions, sans rien expliquer; voir leur chronologie confirme que dans l\u2019intervalle, il a effectivement enseign\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc Vincent parti dans la carri\u00e8re universitaire, pr\u00eatre, oui, mais professeur, et envisageant peut-\u00eatre plus haut, un \u00e9v\u00each\u00e9, qui sait ? C\u2019est le but que supposeront ses biographes \u00e0 un voyage \u00e0 Bordeaux, au printemps 1605 (Abelly, I, p. 14).<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il emprunte, il sait aussi se procurer des bienfaiteurs, mais la poursuite de l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une brave vieille femme accapar\u00e9 par un intrus va l\u2019amener, en juillet 1605, \u00e0 courir jusqu\u2019\u00e0 Marseille pour r\u00e9cup\u00e9rer la modeste somme, ayant entre temps vendu le cheval qu\u2019il avait emprunt\u00e9.<\/p>\n<p><b>Sa personnalit\u00e9 humaine et chr\u00e9tienne ?<\/b><\/p>\n<p>Outre les d\u00e9clarations recueillies par ses biographes, nous somme renseign\u00e9s par les allusions ou les citations explicites qu\u2019il fait dans le peu qui nous reste de ses premiers \u00e9crits.<\/p>\n<p>Il est clair que Vincent \u00e9tait thomiste, tout en faisant, dans sa pastorale, des concessions pratiques aux augustiniens (sur \u201cles v\u00e9rit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 salut\u201d). En outre, \u00e0 Saragosse, il y avait un coll\u00e8ge de J\u00e9suites, pas encore \u00e0 Toulouse, et on y professait le Molinisme, Molina accentuant encore le respect par Dieu de la libre r\u00e9ponse de l\u2019homme \u00e0 ses avances, et interpr\u00e9tant la pr\u00e9destination comme une \u201cpr\u00e9vision\u201d davantage que comme une pr\u00e9d\u00e9termination.<\/p>\n<p>Outre les cours magistraux, il y avait les travaux personnels, les lectures, et les \u201cdisputationes\u201d ou s\u00e9ances publiques o\u00f9 l\u2019on devait attaquer et d\u00e9fendre telle ou telle th\u00e8se. Quels qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 ses projets d\u2019obtenir un bon b\u00e9n\u00e9fice eccl\u00e9siastique et une \u201chonn\u00eate retirade\u201d pour subvenir \u00e0 sa famille (son p\u00e8re \u00e9tait mort en 1698), il est rest\u00e9 muni de tous ces bagages th\u00e9ologiques et spirituels, d\u2019autant plus que l\u2019on peut tenir pour certain qu\u2019il a enseign\u00e9 un an, comme \u201cbachelier sententiaire\u201d, d\u2019octobre 1604 \u00e0 juin 1605, en commentant le Deuxi\u00e8me Livres des Sentences, de Pierre Lombard, traitant justement de la Cr\u00e9ation, du p\u00e9ch\u00e9, de la libert\u00e9, de la pr\u00e9destination et de la Gr\u00e2ce : on en a trouv\u00e9 le dipl\u00f4me \u00e0 sa mort, et il y fait une paire d\u2019allusions\u2026<\/p>\n<p>Quelles traces en trouve-t-on dans ses premiers \u00e9crits ?<\/p>\n<p>Le premier que nous ayons est la <b>lettre \u00e0 M. de Comet<\/b>, autographe, dite \u201cLettre de la Captivit\u00e9\u201d, et qui est en fait une d\u00e9marche notariale, avec son paraphe ajout\u00e9 \u00e0 la signature, envoy\u00e9s \u00e0 son protecteur, qui \u00e9tait avocat, et aussi \u00e0 un notaire. C\u2019est une demande de d\u00e9lai pour r\u00e9gler ses dettes, qui remontent \u00e0 deux ans : 1\u00b0 il les avoue, toutes, 2\u00b0, selon la r\u00e8gle en la mati\u00e8re, il explique pourquoi il n\u2019a pas pu payer (d\u2019o\u00f9 le r\u00e9cit de sa captivit\u00e9), enfin, il promet de payer. Pour ce faire, il a besoin de ressources, que le nonce en Avignon lui promet \u00e0 Rome, s\u2019il peut fournir ses lettres d\u2019ordination; il les demande donc. La deuxi\u00e8me lettre, elle aussi paraph\u00e9e, et adress\u00e9e en outre au lieutenant civil, les r\u00e9clame encore, car celles qu\u2019il a re\u00e7ues n\u2019avaient pas l\u2019attestation de l\u2019\u00e9v\u00eaque. Il ne faut donc pas s\u2019attendre \u00e0 des d\u00e9clarations de th\u00e9ologie, et nulle part, sauf dans les demandes de lettres d\u2019ordination, il n\u2019y a d\u2019allusion \u00e0 la pr\u00eatrise.<\/p>\n<p>On y saisit cependant la foi d\u2019un bon chr\u00e9tien, avec une grande confiance en la Vierge Marie, et quelques questions sur le Providence (qu\u2019il appelle \u201cla Fortune\u201d, souvenir de ses humanit\u00e9s).<\/p>\n<p>Mais on y trouve un tr\u00e8s curieux passage, qui fait sourire, sur la mort du fr\u00e8re de M. de Comet, qu\u2019il aurait pu \u00e9viter, ayant appris un bon rem\u00e8de en Tunisie, qu\u2019il envoie maintenant \u00e0 son correspondant, ajoutant : S. V. I, 8<\/p>\n<p>\u201cMa croyance est ferme que, si j&rsquo;eusse su ce que je vous envoie, que la mort n&rsquo;en aurait d\u00e9j\u00e0 triomph\u00e9 (au moins par ce moyen), ores que l&rsquo;on die que les jours de l&rsquo;homme sont compt\u00e9s devant Dieu. Il est vrai; mais ce n&rsquo;est point parce que Dieu avait compt\u00e9 ses jours \u00eatre en tel nombre, mais le nombre a \u00e9t\u00e9 compt\u00e9 devant Dieu, parce qu&rsquo;il est advenu ainsi; ou, pour plus clairement dire, il n&rsquo;est point mort lorsqu&rsquo;il est mort pource que Dieu l&rsquo;avait ainsi pr\u00e9vu ou compt\u00e9 le nombre de ses jours \u00eatre tel, mais il l&rsquo;avait pr\u00e9vu ainsi et le nombre de ses jours a \u00e9t\u00e9 connu \u00eatre tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9, parce qu&rsquo;il est mort lorsqu&rsquo;il est mort.\u201d<\/p>\n<p>L\u2019expression est certes maladroite et alambiqu\u00e9e, mais elle est au fond tr\u00e8s claire : il n\u2019est pas mort parce que Dieu de toute \u00e9ternit\u00e9 aurait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019il mourrait \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais parce que Dieu a laiss\u00e9 agir les causes naturelles et les limitations humaines : c\u2019est du pur molinisme. Nous avons ici la premi\u00e8re attestation que, thomiste sur les autres points, Vincent \u00e9tait moliniste sur celui de la pr\u00e9destination et de la gr\u00e2ce, et il le sera tout sa vie, et il nommera Molina. Il l\u2019avait donc soit un peu lu, soit appris chez les j\u00e9suites de Saragosse.<\/p>\n<h3>Compl\u00e9ments au \u00a7. 2. Ann\u00e9es d\u2019aventures, captivit\u00e9, un an a Rome, Paris : 1605-1608<\/h3>\n<p>\u00c0 Marseille, il accepte la proposition d\u2019un camarade de revenir avec lui par mer \u00e0 Narbonne, et \u00e0 se faire prendre en mer par les pirates barbaresques. Le voil\u00e0 absent deux ans de la sc\u00e8ne, sans pouvoir payer ses dettes ni rembourser le propri\u00e9taire du cheval\u2026 Lorsqu\u2019il repara\u00eet, fin juin 1607, c\u2019est hors de France, en terre pontificale, en Avignon. Et nous voyons ici combien il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 expert en droit et en proc\u00e9dure : il savait ce qu\u2019il risquait avec ses dettes et la vente du cheval d\u2019un autre; il \u00e9crit donc \u00e0 la fois \u00e0 son protecteur avocat et au notaire de Pouy, selon les r\u00e8gles pr\u00e9vues, pour expliquer le motif du retard et demander un d\u00e9lai. Le motif, c\u2019est qu\u2019il a pass\u00e9 deux ans en esclavage \u00e0 Tunis puis dans une ferme, esclave d\u2019un ren\u00e9gat qui r\u00e9solut de s\u2019\u00e9vader par mer avec lui, apr\u00e8s 10 mois de pr\u00e9paration de l\u2019exp\u00e9dition. On a contest\u00e9 depuis 1920 la v\u00e9racit\u00e9 de ce r\u00e9cit, sans remarquer que la lettre est envoy\u00e9e \u00e0 un avocat et \u00e0 un notaire, et munie de son paraphe, c\u2019est donc un document officiel ; et la France ayant des trait\u00e9s avec les autorit\u00e9s musulmanes, il \u00e9tait tr\u00e8s facile \u00e0 ces juristes de faire une enqu\u00eate pour v\u00e9rifier ses dires.<\/p>\n<p>Cette captivit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 un tournant : il a \u00e9prouv\u00e9 l\u2019\u00e9chec impr\u00e9vue, sa carri\u00e8re bris\u00e9e ; il a \u00e9prouv\u00e9 la captivit\u00e9; ayant la chance d\u2019avoir des ma\u00eetres relativement humains, il a vu d\u2019autres esclaves chr\u00e9tiens malmen\u00e9s et tortur\u00e9s, mis \u00e0 mort dans les pires supplices. Toute sa vie, il sera obs\u00e9d\u00e9 par le sort de ces captifs des musulmans; seul parmi les bons pr\u00eatres de l\u2019\u00c9cole Fran\u00e7aise de spiritualit\u00e9, il enverra des missionnaires pour les consoler, les soulager et les racheter -alors que d\u2019autres Ordres, Trinitaires, Merc\u00e9daires, le faisaient- et les conseils qu\u2019il leur donnera montrent qu\u2019il connaissait bien la situation. Il conna\u00eet aussi des Turcs qui ont des qualit\u00e9s, ils ne sont pas tous m\u00e9chants, ils savent se pardonner entre eux, ils ont un chapelet, et il les donnera en exemple !<\/p>\n<p><b>Que saisissons-nous de sa personnalit\u00e9 humaine et chr\u00e9tienne en 1605-1607 ?<\/b><\/p>\n<p>Quelles traces en trouve-t-on dans ses premiers \u00e9crits ?<\/p>\n<p>Le premier que nous ayons est la <b>lettre \u00e0 M. De Comet<\/b>, autographe, dite \u201cLettre de la Captivit\u00e9\u201d, et qui est en fait une d\u00e9marche notariale, avec son paraphe ajout\u00e9 \u00e0 la signature, envoy\u00e9s \u00e0 son protecteur, qui \u00e9tait avocat, et aussi \u00e0 un notaire. C\u2019est une demande de d\u00e9lai pour r\u00e9gler ses dettes, qui remontent \u00e0 deux ans : 1\u00b0 il les avoue, toutes, 2\u00b0, selon la r\u00e8gle en la mati\u00e8re, il explique pourquoi il n\u2019a pas pu payer (d\u2019o\u00f9 le r\u00e9cit de sa captivit\u00e9), enfin, il promet de payer. Pour ce faire, il a besoin de ressources, que le nonce en Avignon lui promet \u00e0 Rome, s\u2019il peut fournir ses lettres d\u2019ordination ; il les demande donc. La deuxi\u00e8me lettre, elle aussi paraph\u00e9e, et adress\u00e9e en outre au lieutenant civil, les r\u00e9clame encore, car celles qu\u2019il a re\u00e7ues n\u2019avaient pas l\u2019attestation de l\u2019\u00e9v\u00eaque. Il ne faut donc pas s\u2019attendre \u00e0 des d\u00e9clarations de th\u00e9ologie, et nulle part, sauf dans les demandes de lettres d\u2019ordination, il n\u2019y a d\u2019allusion \u00e0 la pr\u00eatrise.<\/p>\n<p>On y saisit cependant la foi d\u2019un bon chr\u00e9tien, avec une grande confiance en la Vierge Marie, et quelques questions sur le Providence (qu\u2019il appelle \u201cla Fortune\u201d, souvenir de ses humanit\u00e9s).<\/p>\n<p>Mais on y trouve un tr\u00e8s curieux passage, qui fait sourire, sur la mort du fr\u00e8re de M. de Comet, qu\u2019il aurait pu \u00e9viter, ayant appris un bon rem\u00e8de en Tunisie, qu\u2019il envoie maintenant \u00e0 son correspondant, ajoutant : S. V. I, 8<\/p>\n<p><i>\u201cMa croyance est ferme que, si j&rsquo;eusse su ce que je vous envoie, que la mort n&rsquo;en aurait d\u00e9j\u00e0 triomph\u00e9 (au moins par ce moyen), ores que l&rsquo;on die que les jours de l&rsquo;homme sont compt\u00e9s devant Dieu. Il est vrai ; mais ce n&rsquo;est point parce que Dieu avait compt\u00e9 ses jours \u00eatre en tel nombre, mais le nombre a \u00e9t\u00e9 compt\u00e9 devant Dieu, parce qu&rsquo;il est advenu ainsi ; ou, pour plus clairement dire, il n&rsquo;est point mort lorsqu&rsquo;il est mort pource que Dieu l&rsquo;avait ainsi pr\u00e9vu ou compt\u00e9 le nombre de ses jours \u00eatre tel, mais il l&rsquo;avait pr\u00e9vu ainsi et le nombre de ses jours a \u00e9t\u00e9 connu \u00eatre tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9, parce qu&rsquo;il est mort lorsqu&rsquo;il est mort.\u201d<\/i><\/p>\n<p>L\u2019expression est certes maladroite et alambiqu\u00e9e, mais elle est au fond tr\u00e8s claire : il n\u2019est pas mort parce que Dieu de toute \u00e9ternit\u00e9 aurait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019il mourrait \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais parce que Dieu a laiss\u00e9 agir les causes naturelles et les limitations humaines : c\u2019est du pur molinisme. Nous avons ici la premi\u00e8re attestation que, thomiste sur les autres points, Vincent \u00e9tait moliniste sur celui de la pr\u00e9destination et de la gr\u00e2ce, et il le sera tout sa vie, et il nommera Molina. Il l\u2019avait donc soit un peu lu, soit appris chez les j\u00e9suites de Saragosse.<\/p>\n<h3>Compl\u00e9ments au \u00a7. 3. Se fixe a Paris, et murissement : fin 1608-automne 1611<\/h3>\n<p><strong>L\u2019accusation de vol<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons deux r\u00e9cits du renoncement de Vincent \u00e0 se d\u00e9fendre de l\u2019accusation de vol.<\/p>\n<p>L\u2019une est celle d\u2019Abelly, qui amalgame et compl\u00e8te deux r\u00e9cits de Vincent \u00e0 partir d\u2019autres confidences : Abelly, I, 21-23<\/p>\n<p><i>\u201cPendant ce premier s\u00e9jour, que M. Vincent fit \u00e0 Paris, il lui arriva un \u00e9trange accident, que Dieu permit pour \u00e9prouver sa vertu, et qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 su que depuis sa mort, par le moyen de M. de Saint-Martin, chanoine d&rsquo;Acqs, qui en a rendu un fid\u00e8le et assur\u00e9 t\u00e9moignage. Ce fut en l&rsquo;ann\u00e9e 1609, qu&rsquo;\u00e9tant encore log\u00e9 au faubourg Saint-Germain, dans une m\u00eame chambre, avec le juge de Sore, qui est un village situ\u00e9 aux Landes et du ressort de Bordeaux, il fut accus\u00e9 \u00e0 faux de lui avoir d\u00e9rob\u00e9 quatre cents \u00e9cus. Voici comment la chose arriva:\u201d<\/i><\/p>\n<p><i>\u201cCe juge s&rsquo;\u00e9tant un jour lev\u00e9 de grand matin s&rsquo;en alla en ville pour quelques affaires, et oublia de fermer une armoire ou il avait mis son argent. Il laissa M. Vincent au lit, [22] un peu indispos\u00e9, attendant une m\u00e9decine qu&rsquo;on lui devait apporter. Le gar\u00e7on de l&rsquo;apothicaire, \u00e9tant venu avec sa m\u00e9decine, trouva cet argent, en cherchant un verre dans cette armoire qu&rsquo;il vit ouverte; et, sans dire mot, il le mit dans sa poche et l&#8217;emporta, v\u00e9rifiant le proverbe qui dit que l&rsquo;occasion fait le larron.\u201d<\/i><\/p>\n<p><i>Ce juge \u00e9tant de retour fut bien \u00e9tonn\u00e9 de ne trouver plus sa bourse. Il la demanda \u00e0 M. Vincent, qui ne savait que lui en dire, sinon qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait ni prise ni vu prendre. L&rsquo;autre crie, temp\u00eate, et veut qu&rsquo;il lui r\u00e9ponde de sa perte; il l&rsquo;oblige de se s\u00e9parer de sa compagnie, le diffame partout, comme un m\u00e9chant et un voleur, et porte ses plaintes \u00e0 toutes les personnes qui le connaissaient, et avec lesquelles il put d\u00e9couvrir qu&rsquo;il avait quelques habitudes; et comme il sut qu&rsquo;en ce temps M. Vincent voyait quelquefois Je R. P. de B\u00e9rulle, alors sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral de la Congr\u00e9gation des pr\u00eatres de l&rsquo;Oratoire, et depuis Cardinal de la Sainte \u00c9glise romaine, il alla le trouver un jour qu&rsquo;il \u00e9tait avec lui en la compagnie de quelques autres personnes d&rsquo;honneur et de pi\u00e9t\u00e9, et, en leur pr\u00e9sence, il l&rsquo;accusa de ce larcin, et m\u00eame lui en fit signifier un \u00ab\u00a0monitoire\u00a0\u00bb (ordonnance d&rsquo;un juge eccl\u00e9siastique prescrivant, sous peine d&rsquo;excommunication, de d\u00e9noncer l&rsquo;auteur d&rsquo;un d\u00e9lit ou de r\u00e9parer un dommage). Mais cet homme de Dieu, sans se troubler ni t\u00e9moigner aucun ressentiment d&rsquo;un affront si sensible, et sans se mettre beaucoup en peine de se justifier, se contenta de lui dire doucement, <\/i>que Dieu savait la v\u00e9rit\u00e9; et <i>conservant son \u00e9galit\u00e9 d&rsquo;esprit, parmi l&rsquo;opprobre d&rsquo;une si honteuse calomnie, il \u00e9difia grandement la compagnie par sa retenue et par son humilit\u00e9.\u201d<\/i><\/p>\n<p><i>\u201cMais qu&rsquo;arriva-t-il enfin d&rsquo;une si f\u00e2cheuse rencontre? Dieu permit que le gar\u00e7on qui avait fait le vol f\u00fbt, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, arr\u00eat\u00e9 prisonnier \u00e0 Bordeaux pour quelque autre sujet. Il \u00e9tait de ces quartiers-l\u00e0, et de la connaissance m\u00eame de ce juge de Sore; et, press\u00e9 du remords de sa conscience, il le fit prier de le venir trouver en prison, o\u00f9 \u00e9tant, il lui avoua que c&rsquo;\u00e9tait lui qui avait d\u00e9rob\u00e9 son argent, et lui promit de lui en faire restitution, appr\u00e9hendant que Dieu ne le voul\u00fbt punir pour ce mis\u00e9rable larcin. Mais si, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ce juge fut joyeux de voir sa perte recouvr\u00e9e lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;y attendait plus, il fut aussi, d&rsquo;un autre, saisi d&rsquo;un si grand regret d&rsquo;avoir calomni\u00e9 un eccl\u00e9siastique si vertueux, tel qu&rsquo;\u00e9tait M. Vincent, qu&rsquo;il lui \u00e9crivit expr\u00e8s une lettre pour lui en demander pardon; mais il le suppliait de lui donner ce pardon par \u00e9crit, lui disant que, s&rsquo;il le lui refusait, [23] il viendrait en personne \u00e0 Paris, se jeter \u00e0 ses pieds, et lui demander pardon la corde au col.\u201d<\/i><\/p>\n<p><i>\u201cOn a trouv\u00e9 la confirmation de ce fait dans le Recueil d&rsquo;une conf\u00e9rence faite \u00e0 Saint-Lazare, dont le sujet \u00e9tait de bien faire les corrections et de les bien recevoir, o\u00f9 M. Vincent, entre les bons avis qu&rsquo;il donna \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e, toucha cet exemple, non comme d&rsquo;une chose qui lui f\u00fbt arriv\u00e9e, mais comme parlant d&rsquo;une tierce personne. Voici les paroles qu&rsquo;il dit sur ce sujet et qui sont tr\u00e8s dignes de remarque : \u201d<\/i><\/p>\n<p>J&rsquo;ai connu une personne qui, accus\u00e9e par son compagnon de lui avoir pris quelque argent, lui dit doucement qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas pris; mais voyant que l&rsquo;autre pers\u00e9v\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;accuser, il se tourne de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 Dieu, et lui dit: Que ferai-je ? mon Dieu, vous savez la v\u00e9rit\u00e9 ! Et alors se confiant en lui, il se r\u00e9solut de ne plus r\u00e9pondre \u00e0 ces accusations, qui all\u00e8rent fort avant, jusqu&rsquo;\u00e0 tirer monitoire du larcin et le lui faire signifier. Or, il arriva, et Dieu le permit, qu&rsquo;au bout de six mois, celui qui avait perdu l&rsquo;argent, \u00e9tant \u00e0 plus de six-vingts lieues d&rsquo;ici, trouva le larron qui l&rsquo;avait pris. Voyez le soin de la Providence pour ceux qui s&rsquo;abandonnent \u00e0 elle ! alors cet homme, reconnaissant le tort qu&rsquo;il avait eu de s&rsquo;en prendre avec tant de chaleur et de calomnie contre son ami innocent, lui \u00e9crivit une lettre pour lui en demander pardon, lui disant qu&rsquo;il en avait un si grand d\u00e9plaisir, qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat, pour expier sa faute, de venir au lieu o\u00f9 il \u00e9tait pour en recevoir l&rsquo;absolution \u00e0 genoux. Estimons donc, Messieurs et mes Fr\u00e8res, que nous sommes capables de tout le mal qui se fait, et laissons \u00e0 Dieu le soin de manifester le secret des consciences, etc.<\/p>\n<p>L\u2019autre est l\u2019un de ces deux r\u00e9cits, lors de la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019oraison du 9 juin 1656, sur les avertissements, dans le cahier des R\u00e9p\u00e9titions d\u2019oraison. Pas plus que dans le texte d\u2019Abelly, Vincent n\u2019avoue en public qu\u2019il s\u2019agit de lui.. Ces deux r\u00e9cits diff\u00e9rent au point qu\u2019on peut se demander si cela vient de ceux qui ont pris des notes, ou si ce fut dit \u00e0 deux reprises diff\u00e9rentes &#8211; car il a souvent repris les m\u00eame sujets \u00e0 quelques ann\u00e9es d\u2019intervalle. Celui-ci est en S. V. XI, 337<\/p>\n<p>Il y a une personne dans la Compagnie qui, \u00e9tant accus\u00e9e d\u2019avoir vol\u00e9 son compagnon et ; ayant \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e pour telle dans la maison, quoique la. chose ne f\u00fbt pas vraie, ne voulut pourtant jamais s\u2019en justifier, et pensa en elle-m\u00eame, se voyant ainsi faussement accus\u00e9e : \u201cTe justifieras-tu ? Voil\u00e0 une chose dont tu es accus\u00e9e, qui n\u2019est pas v\u00e9ritable. Oh ! non, dit-elle, en s\u2019\u00e9levant \u00e0 Dieu, il faut que je souffre cela patiemment\u201d Et elle le fit ainsi. Qu\u2019arriva-t-il ensuite ? Messieurs, voici ce qui arriva. Six mois apr\u00e8s, celui qui avait vol\u00e9 \u00e9tant \u00e0 cent lieues d\u2019ici, reconnut sa faute et en \u00e9crivit et demanda pardon. Voyez-vous, Dieu veut quelquefois \u00e9prouver des personnes, et pour cela il permet que semblables rencontres arrivent.<\/p>\n<p>On remarquera l\u2019\u00e9norme diff\u00e9rence sur le laps de temps pour la d\u00e9couverte du vrai coupable; six mois semblent plus probables\u2026<\/p>\n<h3>Compl\u00e9ments au \u00a7. 4. Approfondissement doctrinal et pastoral, choix des pauvres, fin 1611 &#8211; fin 1617<\/h3>\n<h4><strong>La tentation contre la foi<\/strong><\/h4>\n<p>Voici le texte d\u2019Abelly, III, 116-119<\/p>\n<p><i>\u00c0 l\u2019imitation de grand ap\u00f4tre saint Paul, il a bien voulu en quelque fa\u00e7on se rendre anath\u00e8me pour ses fr\u00e8res. En voici un exemple tr\u00e8s remarquable, arriv\u00e9 du temps que M. Vincent \u00e9tait aum\u00f4nier de la reine Marguerite. Nous en tirerons le r\u00e9cit en partie d&rsquo;un discours qu&rsquo;il fit un jour \u00e0 sa Communaut\u00e9, et en partie de ce que l&rsquo;on en a appris apr\u00e8s sa mort par le t\u00e9moignage de personnes tr\u00e8s dignes de foi.<\/i><\/p>\n<p>J&rsquo;ai connu (dit M. Vincent) un c\u00e9l\u00e8bre docteur, lequel avait longtemps d\u00e9fendu la foi catholique contre les h\u00e9r\u00e9tiques, en la qualit\u00e9 de th\u00e9ologal qu&rsquo;il avait tenue dans un dioc\u00e8se. La d\u00e9funte reine Marguerite l&rsquo;ayant appel\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;elle pour sa science et pour sa pi\u00e9t\u00e9, il fut oblig\u00e9 de quitter ses emplois; et comme il ne pr\u00eachait, ni ne cat\u00e9chisait plus, il se trouva assailli, dans le repos o\u00f9 il \u00e9tait, d&rsquo;une rude tentation contre la foi: ce qui nous apprend, en passant, combien il est dangereux de se tenir dans l&rsquo;oisivet\u00e9, soit du corps, soit de l&rsquo;esprit: car comme une terre, quelque bonne qu&rsquo;elle puisse \u00eatre, si n\u00e9anmoins elle est laiss\u00e9e quelque temps en friche, produit incontinent des chardons et des \u00e9pines, aussi notre \u00e2me ne peut pas se tenir longtemps en repos et en oisivet\u00e9, qu&rsquo;elle ne ressente quelques passions ou tentations qui la portent au mal. Ce docteur donc, se voyant en ce f\u00e2cheux \u00e9tat, s&rsquo;adressa \u00e0 moi pour me d\u00e9clarer qu&rsquo;il \u00e9tait agit\u00e9 de tentations bien violentes contre la foi, et qu&rsquo;il avait des pens\u00e9es horribles de blasph\u00e8me contre J\u00e9sus-Christ, et m\u00eame de d\u00e9sespoir, jusque-l\u00e0 qu&rsquo;il se sentait pouss\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9cipiter par une fen\u00eatre. Il en fut r\u00e9duit \u00e0 une telle extr\u00e9mit\u00e9, qu&rsquo;il fallut enfin l&rsquo;exempter de r\u00e9citer son br\u00e9viaire et de c\u00e9l\u00e9brer la sainte Messe, et m\u00eame de faire aucune pri\u00e8re; d&rsquo;autant que, lorsqu&rsquo;il commen\u00e7ait seulement \u00e0 r\u00e9citer le <i>Pater, <\/i>il lui semblait voir mille spectres qui le troublaient grandement; et son imagination \u00e9tait si dess\u00e9ch\u00e9e, et son esprit si \u00e9puis\u00e9 \u00e0 force de faire des actes de d\u00e9saveu de ses tentations, qu&rsquo;il ne pouvait plus en produire aucun. \u00c9tant donc dans ce pitoyable \u00e9tat, on lui conseilla cette pratique, qui \u00e9tait que toutes et quantes fois qu&rsquo;il tournerait la main ou l&rsquo;un de ses doigts vers la ville de Rome, ou bien vers quelque \u00e9glise, il voudrait dire par ce mouvement et par cette action qu&rsquo;il croyait tout ce que l\u2019\u00c9glise romaine croyait. Qu&rsquo;arriva-t-il apr\u00e8s tout cela? Dieu eut enfin piti\u00e9 de ce pauvre docteur, qui, \u00e9tant tomb\u00e9 malade, fut en un instant d\u00e9livr\u00e9 de toutes ses tentations; le bandeau d&rsquo;obscurit\u00e9 lui fut \u00f4t\u00e9 tout [117] d&rsquo;un coup de dessus les yeux de son esprit; il commen\u00e7a \u00e0 voir toutes les v\u00e9rit\u00e9s de la foi, mais avec tant de clart\u00e9, qu&rsquo;il lui semblait les sentir et les toucher du doigt; et enfin il mourut, rendant \u00e0 Dieu des remerciements amoureux de ce qu&rsquo;il avait permis qu&rsquo;il tomb\u00e2t en ces tentations pour l&rsquo;en relever avec tant d&rsquo;avantage, et lui donner des sentiments si grands et si admirables des myst\u00e8res de notre religion.<\/p>\n<p><i>Voil\u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 recueilli d&rsquo;un discours que M. Vincent fit un jour aux siens sur le sujet de la foi, dans lequel il ne dit rien du moyen dont il se servit pour d\u00e9livrer ce docteur de la violence de ses tentations; mais on a su apr\u00e8s sa mort que cela s&rsquo;\u00e9tait fait par ses pri\u00e8res, et par l&rsquo;oblation qu&rsquo;il fit \u00e0 Dieu de lui-m\u00eame pour la d\u00e9livrance de ce pauvre afflig\u00e9. Voici de quelle fa\u00e7on le tout s&rsquo;est pass\u00e9, selon le t\u00e9moignage qu&rsquo;en a donn\u00e9 par \u00e9crit une personne tr\u00e8s digne de foi, laquelle n&rsquo;avait aucune connaissance du discours de M. Vincent ci-dessus rapport\u00e9 <\/i><\/p>\n<p><i>\u201c M. Vincent, s&rsquo;\u00e9tant mis en devoir de consoler cet homme qui lui avait d\u00e9couvert ses peines d&rsquo;esprit, lui conseilla de les d\u00e9savouer, et de faire quelques bonnes \u0153uvres pour obtenir la gr\u00e2ce d&rsquo;en \u00eatre d\u00e9livr\u00e9; ensuite de cela, il arriva que cet homme tomba malade, et qu&rsquo;en sa maladie l&rsquo;esprit malin redoubla ses efforts pour le perdre. M. Vincent donc, le voyant r\u00e9duit en ce pitoyable \u00e9tat, craignit avec sujet qu&rsquo;il ne succomb\u00e2t enfin \u00e0 la violence de ces tentations d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 et de blasph\u00e8me, et qu&rsquo;il ne mour\u00fbt empoisonn\u00e9 de cette haine implacable que le diable porte au Fils de Dieu; il se mit en oraison pour prier sa divine bont\u00e9 qu&rsquo;il lui pl\u00fbt d\u00e9livrer ce malade de ce danger, et s&rsquo;offrit \u00e0 Dieu en esprit de p\u00e9nitence pour porter en lui-m\u00eame, sinon les m\u00eames peines, au moins tels effets de sa justice qu&rsquo;il aurait agr\u00e9able de lui faire souffrir, imitant en ce point la charit\u00e9 de J\u00e9sus Christ, qui s&rsquo;est charg\u00e9 de nos infirmit\u00e9s pour nous en gu\u00e9rir, et qui a satisfait aux peines que nous avions m\u00e9rit\u00e9es. Dieu voulut par un secret de sa Providence prendre au mot le charitable M. Vincent; et exau\u00e7ant sa pri\u00e8re il d\u00e9livra enti\u00e8rement le malade de sa tentation, rendit le calme \u00e0 son esprit, \u00e9claira sa foi obscurcie et troubl\u00e9e, et lui donna des sentiments de religion et de reconnaissance envers Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ, autant remplis de tendresse et de d\u00e9votion qu&rsquo;il en e\u00fbt jamais eu: mais en m\u00eame temps, \u00f4 conduite admirable de la divine Sagesse! Dieu permit que cette m\u00eame tentation [118] :pass\u00e2t dans l&rsquo;esprit de M. Vincent, qui s&rsquo;en trouva d\u00e8s lors vivement assailli. Il employa les pri\u00e8res et les mortifications pour s&rsquo;en faire quitte; elles n&rsquo;eurent d&rsquo;autre effet que de lui faire souffrir ces fum\u00e9es d&rsquo;enfer avec patience et r\u00e9signation, sans perdre pourtant l&rsquo;esp\u00e9rance qu&rsquo;enfin Dieu aurait piti\u00e9 de lui. Cependant, comme il reconnut que Dieu le voulait \u00e9prouver en permettant au diable de l&rsquo;attaquer avec tant de violence, il fit deux choses: la premi\u00e8re fut qu&rsquo;il \u00e9crivit sa profession de foi sur un papier, qu&rsquo;il appliqua sur son c\u0153ur, comme un rem\u00e8de sp\u00e9cifique au mal qu&rsquo;il sentait; et faisant un d\u00e9saveu g\u00e9n\u00e9ral de toutes les pens\u00e9es contraires \u00e0 la foi, il fit un pacte avec Notre-Seigneur que toutes les fois qu&rsquo;il porterait la main sur son c\u0153ur et sur le papier, comme il faisait souvent, il entendait, par cette action et par ce mouvement de la main, renoncer \u00e0 la tentation, quoiqu&rsquo;il ne pronon\u00e7\u00e2t de bouche aucune parole, et il \u00e9levait en m\u00eame temps son c\u0153ur \u00e0 Dieu, et divertissait doucement son esprit de sa peine, confondant ainsi le diable sans lui parler ni le regarder.\u201d<\/i><\/p>\n<p><i>\u201cLe second rem\u00e8de qu&rsquo;il employa fut de faire le contraire de ce que la tentation lui sugg\u00e9rait, t\u00e2chant d&rsquo;agir par foi, et de rendre honneur et service \u00e0 J\u00e9sus-Christ; ce qu&rsquo;il fit particuli\u00e8rement en la visite et consolation des pauvres malades de l&rsquo;h\u00f4pital de la Charit\u00e9 du faubourg Saint-Germain, o\u00f9 il demeurait pour lors. Cet exercice charitable \u00e9tant des plus m\u00e9ritoires du Christianisme, \u00e9tait aussi le plus propre pour t\u00e9moigner \u00e0 Notre-Seigneur avec quelle foi il croyait \u00e0 ses paroles et \u00e0 ses exemples, et avec quel amour il le voulait servir, puisque J\u00e9sus-Christ a dit qu&rsquo;il tenait fait \u00e0 sa propre personne le service qu&rsquo;on rendrait au moindre des siens. Dieu fit par ce moyen la gr\u00e2ce \u00e0 M. Vincent de tirer un tel profit de cette tentation, que non seulement il n&rsquo;eut jamais l&rsquo;occasion de se confesser d&rsquo;aucune faute qu&rsquo;il e\u00fbt commise en cette mati\u00e8re-l\u00e0, mais m\u00eame ces rem\u00e8des dont il usa lui furent comme des sources d&rsquo;innombrables biens qui ont ensuite d\u00e9coul\u00e9 dans son \u00e2me.\u201d<\/i><\/p>\n<p>Il s\u2019en sortit par la r\u00e9solution in\u00e9branlable de se donner toute sa vie au service des pauvres. Cela se situe \u201cau bout des trois ans\u201d, donc autour de 1614 ou 1615 &#8211; bien avant la confession du paysans de Gannes !<\/p>\n<p><i>\u201cEnfin trois ou quatre ans s&rsquo;\u00e9taient pass\u00e9s dans ce rude exercice; M. Vincent g\u00e9missait toujours devant Dieu sous le poids tr\u00e8s f\u00e2cheux de ces tentations, et n\u00e9anmoins t\u00e2chait de se fortifier de plus en plus contre le diable et de le confondre. Il s&rsquo;avisa un jour de prendre une r\u00e9solution ferme et inviolable pour honorer davantage J\u00e9sus-Christ, et pour l&rsquo;imiter plus parfaitement qu&rsquo;il [119] n&rsquo;avait encore fait, qui fut de s&rsquo;adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. Il n&rsquo;eut pas plus t\u00f4t form\u00e9 cette r\u00e9solution dans son esprit que, par un effet merveilleux de la gr\u00e2ce, toutes ces suggestions du malin esprit se dissip\u00e8rent et s&rsquo;\u00e9vanouirent; son c\u0153ur, qui avait \u00e9t\u00e9 depuis si longtemps dans l&rsquo;oppression, se trouva remis dans une douce libert\u00e9; et son \u00e2me fut remplie d&rsquo;une si abondante lumi\u00e8re, qu&rsquo;il a avou\u00e9 en diverses occasions qu&rsquo;il lui semblait voir les v\u00e9rit\u00e9s de la foi avec une lumi\u00e8re toute particuli\u00e8re.\u201d<\/i><\/p>\n<h4><b>L\u2019activit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 missionnaire dans les territoires des Gondi, de 1614 \u00e0 1617<\/b><\/h4>\n<p>Voici le t\u00e9moignage des M\u00e9moires publi\u00e9s par Abelly, I, chapitre 7 p. 28<\/p>\n<p><i>Il ne s&rsquo;ing\u00e9rait de lui-m\u00eame en quoi que ce f\u00fbt, sinon en ce qui regardait la charge qu&rsquo;on lui avait confi\u00e9e; et hors le temps destin\u00e9 au service de ces trois petits seigneurs, il demeurait dans cette grande maison, o\u00f9 il y avait un abord continuel de toutes sortes de personnes, comme dans une Chartreuse, et retir\u00e9 en sa chambre comme dans une petite cellule, d&rsquo;o\u00f9 il ne sortait point que lorsqu&rsquo;on l&rsquo;appelait, ou que la charit\u00e9 l&rsquo;obligeait d&rsquo;en sortir; tenant cette maxime que, pour se produire au dehors avec assurance parmi tant de p\u00e9rilleuses occasions qui ne sont que trop fr\u00e9quentes en cette grande ville, il faut se tenir volontiers dans la retraite et dans le silence, quand il n&rsquo;y a aucune n\u00e9cessit\u00e9 de sortir ni de parler.<\/i><\/p>\n<p><i>Il est bien vrai que, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait question de rendre quelque bon office au prochain pour le bien de son \u00e2me, il quittait aussi volontiers sa retraite qu&rsquo;il s&rsquo;y tenait quand il n&rsquo;y avait aucune cause qui l&rsquo;oblige\u00e2t d&rsquo;en sortir, et on le voyait alors parler et s&rsquo;entremettre avec grande charit\u00e9, et faire tout le bien qu&rsquo;il pouvait aux uns et aux autres. Il apaisait les querelles et dissensions, et procurait l&rsquo;union et la concorde entre les domestiques; il les allait visiter dans leurs chambres quand ils \u00e9taient malades, et apr\u00e8s les avoir consol\u00e9s, leur rendre jusqu&rsquo;aux moindres services; aux approches des f\u00eates solennelles, il les assemblait tous pour les instruire et les disposer \u00e0 la r\u00e9ception des sacrements; il faisait couler de bons propos \u00e0 table pour en bannir les paroles inutiles.<\/i><\/p>\n<p><i>Et lorsque Monsieur ou Madame le menaient aux champs avec Messieurs leurs enfants, comme \u00e0 Joigny, Montmirail, Villepreux, et autres de leurs terres, tout son plaisir \u00e9tait d&#8217;employer les heures qui lui \u00e9taient libres \u00e0 instruire et cat\u00e9chiser les pauvres, et \u00e0 faire des exhortations et des pr\u00e9dications au peuple, ou administrer les sacrements et particuli\u00e8rement celui de p\u00e9nitence, avec l&rsquo;approbation des \u00e9v\u00eaques des lieux et l&rsquo;agr\u00e9ment des cur\u00e9s.<\/i><\/p>\n<h4><b>Extraits des sermons<\/b><\/h4>\n<p><strong>Sur la communion : S. V. XIII, 31-32<\/strong><\/p>\n<p>Le P\u00e8re \u00e9ternel a t\u00e9moign\u00e9 avec quel soin nous nous devons disposer pour recevoir notre cr\u00e9ateur en nos \u00e2mes, quand lui m\u00eame, l&rsquo;envoyant en ce monde, lui a voulu disposer un palais rempli de toutes perfections, .qui est le ventre virginal de sa bienheureuse M\u00e8re. Le St Esprit a voulu aussi d\u00e9montrer ce m\u00eame respect qu&rsquo;on doit au corps de Notre Seigneur, puisqu&rsquo;ayant rejet\u00e9 les moyens de la nature pour la formation de ce corps, il a voulu lui-m\u00eame en \u00eatre l&rsquo;ouvrier en prenant le plus pur du sang de la Vierge <sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>Notre Seigneur a institu\u00e9 \u00e0 cet effet cet auguste Sacrement, vraie base et centre de la religion, la nuit avant sa passion, par un testament solennel qu&rsquo;il fit en la pr\u00e9sence des Ap\u00f4tres, o\u00f9 il estima ne pouvoir assez exprimer l&rsquo;amour qu&rsquo;il a pour l&rsquo;homme qu&rsquo;en lui laissant son corps; ce qu&rsquo;il a fait afin que, comme nous sommes r\u00e9concili\u00e9s \u00e0 Dieu par sa mort et passion, nous en ressentions les effets tous les jours par la r\u00e9ception de son corps.<\/p>\n<p>1. Cette id\u00e9e est classique chez les auteurs chr\u00e9tiens, par exemple: Saint Gr\u00e9goire le Grand (540-604), <i>Hom\u00e9lie 38 sur \u00c9z\u00e9chiel<\/i>, St Jean Damasc\u00e8ne (vers 640\/650 &#8211; \u2020 avant 754), <i>De Fide orthodoxa<\/i>, III, 2, milieu; peut-\u00eatre 3, autour de n\u00b0 3-13; IV, 15; <i>Hom. in Dormitionem Beat\u00e6 Mari\u00e6 Virginis<\/i>, I, 3; Jan Ruusbroec (1293-1381), <i>Les Noces spirituelles<\/i>, Introduction-Pr\u00e9face, \u0152uvres Spirituelles choisies, Aubier, p 182, et \u00e9dition Abbaye de Bellefontaine, p. 30; Pierre Lombard (vers 1100-1160), <i>IV Libri Sententiarum<\/i>, III, distinct. III, qu\u00e6st. 5, art. 1; Saint Thomas d&rsquo;Aquin (1225-1274), <i>Summa Theologi\u00e6<\/i>, IIIa, q. 31, art. 5, o\u00f9 il explique bien les conceptions physiologiques de l&rsquo;\u00e9poque. Pierre de B\u00e9rulle, dans ses contemplations sur <i>La Vie de J\u00e9sus<\/i>, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve surtout \u00e0 la consid\u00e9ration du caract\u00e8re divin de ce qui se passe, mais il \u00e9voque aussi le niveau physiologique, vers le milieu du chapitre XXI \u00ab\u00a0Que cet \u0153uvre si grand est insensible et inconnu au monde\u00a0\u00bb (ou XXIV. Grandeurs op\u00e9r\u00e9es\u2026): \u201cJ\u00e9sus donc \u00e9tant form\u00e9 du plus pur sang de la tr\u00e8s sainte Vierge, par l&rsquo;op\u00e9ration du Saint-Esprit et par la vertu du Tr\u00e8s-Haut\u201d (\u00e9dition Migne p. , Foi Vivante, n\u00b0 236, p. 173, \u0152uvres Compl\u00e8tes, tome 8, p. 277.<\/p>\n<p><strong>Sur le cat\u00e9chisme : S. V. XIII, 25<\/strong><\/p>\n<p>Je ne monte point en chaire pour vous faire une pr\u00e9dication, comme l&rsquo;on a accoutum\u00e9, mais pour vous dire quelque chose du cat\u00e9chisme, parce que monsieur le comte l&rsquo;a d\u00e9sir\u00e9, avec la permission de monsieur le cur\u00e9, et c&rsquo;est parce qu&rsquo;ayant remarqu\u00e9 ces jours pass\u00e9s votre jeunesse propre aux lettres et aux armes en l&rsquo;entr\u00e9e que vous lui avez fait, il a d\u00e9sir\u00e9 voir quel avancement ils ont \u00e0 la foi, afin <sup>1<\/sup> afin de disputer un peu avec eux des choses de la foi, pendant qu&rsquo;il sera ici, sachant que Dieu n&rsquo;a pas seulement \u00e9tabli les seigneurs pour retirer les cens et les rentes de ses sujets, mais pour leur administrer la justice, maintenir la religion et les faire aimer, servir et honorer Dieu et apprendre sa sainte volont\u00e9.<\/p>\n<p>1. <b>Passage<\/b> barr\u00e9 par M. Vincent et pas mis en note par Coste, mais <b>qui r\u00e9v\u00e8le la date<\/b> : c\u2019est apr\u00e8s la mort du Cardinal Pierre de Gondi, comte de Joigny, en f\u00e9vrier 1616, qui lui avait donn\u00e9 le comt\u00e9, que Philippe-Emmanuel put en prendre possession par une entr\u00e9e solennelle, donc en mars ou avril 1616.<\/p>\n<h4>Extraits de la biblioth\u00e8que de saint Vincent jusqu\u2019en 1616<\/h4>\n<p><b>Quant aux lectures, peut-on savoir<\/b> quels livres Vincent a lus ou poss\u00e9d\u00e9s en 1598-1616 ?<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me piste pour discerner quels livres il avait en sa possession avant la fameuse ann\u00e9e 1617 est constitu\u00e9e par <b>le premier catalogue de la Biblioth\u00e8que de Saint Lazare<\/b>, qui \u00e9tait tr\u00e8s bien tenu.<\/p>\n<p>Il notait puis faisait noter tous les comptes de sa Congr\u00e9gation , et probablement les siens, depuis longtemps, \u00e0 en juger par la pr\u00e9cision de ses premi\u00e8res lettres. On peut donc croire qu\u2019il tenait un carnet d\u2019achat de ses livres, mais il ne nous en est rien parvenu sous ce titre. Nous verrons qu\u2019il avait apport\u00e9 des livres \u00e0 Ch\u00e2tillon en 1617. Ses livres ont donc \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s plus tard \u00e0 la Biblioth\u00e8que de la Communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Par chance, ses divers registres nous sont parvenus, d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la Biblioth\u00e8que Mazarine et d\u00e9pouill\u00e9s par M. Joseph Guichard, qui a fait dactylographier les titres des livres de spiritualit\u00e9. Il ne s\u2019agira que du premier catalogue, qui semble r\u00e9dig\u00e9 entre 1655 et 1670.<\/p>\n<p>Il est clair que les livres de Saint-Lazare ne venaient pas tous de M. Vincent : il y avait d\u2019abord la biblioth\u00e8que des Chanoines de Saint Victor, il y eut ensuite ceux que la Congr\u00e9gation achetait, et sans doute des livres venant des confr\u00e8res qui entraient, surtout lorsqu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00eatres, il y eut enfin des dons d\u2019autres personnes, tel celui-ci, consign\u00e9 dans un des Registres d\u2019Insinuations du Ch\u00e2telet de Paris, et copi\u00e9 par M. Joseph Guichard :<\/p>\n<p>Don de livres aux Pr\u00eatres de la Mission \u00e0 Saint-Lazare, le 6 f\u00e9vrier 1644.<\/p>\n<p>Arch. Nat., Ch\u00e2telet de Paris, Registres des Insinuations, Y 183, f\u00b0 257 v\u00b0, au tome VIII, 1637-1644, f\u00b0 543, n\u00b0 4258<\/p>\n<p>Copi\u00e9 par M. Joseph Guichard et dactylographi\u00e9, <i>Notes et Documents<\/i>, tome I, 1938, p. 199, p. 10 de l\u2019article XIV<\/p>\n<p>Robert Louytre, demeurant autrefois \u00e0 Mantes, et actuellement \u00e0 Saint-Lazare-les-Paris, faubourg Saint-Denis: donation nouvelle aux pr\u00eatres de la Mission \u00e9tablie audit Saint Lazare les Paris, repr\u00e9sent\u00e9s par Vincent de Paul, pr\u00eatre, sup\u00e9rieur de la dite Mission, \u201c<i>de tous les livres et biblioth\u00e8que <\/i>\u201d d&rsquo;\u00c9tienne Louytre, pr\u00eatre, docteur en th\u00e9ologie et doyen de Mantes, son fr\u00e8re. 6 f\u00e9vrier 1644.<\/p>\n<p>Les nombreux ouvrages anciens de la biblioth\u00e8que de Saint-Lazare ne venaient donc pas tous de Vincent, c\u2019est clair, mais un certain nombre avaient s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s par lui, c\u2019est hautement probable. Pouvons-nous disposer de crit\u00e8res pour penser avec une certaine probabilit\u00e9 que tel livre vient de lui ?<\/p>\n<p><b>Comment savoir<\/b> ce qu\u2019il avait entre 1600 et 1616 ?<\/p>\n<p><b>Un premier crit\u00e8re<\/b> est apport\u00e9 par <b>la date et la langue<\/b>.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un volume a eu plusieurs \u00e9ditions &#8211; et ce fut souvent le cas &#8211; on peut estimer qu\u2019une fois une nouvelle \u00e9dition lanc\u00e9e sur le march\u00e9 on n\u2019allait pas acheter l\u2019\u00e9dition pr\u00e9c\u00e9dente, aussi bien parce qu\u2019on l\u2019estimait moins bonne que la suivante que parce qu\u2019elle \u00e9tait probablement \u00e9puis\u00e9e. A fortiori lorsque ce sont des livres en langue \u00e9trang\u00e8re, on peut croire qu\u2019on aurait attendu la traduction fran\u00e7aise, comme nous le verrons plusieurs fois.<\/p>\n<p>Certes, beaucoup de livres anciens de th\u00e9ologie, de morale ou de spiritualit\u00e9, en fran\u00e7ais ou en latin, provenaient de la Biblioth\u00e8que des Chanoines de Saint Victor du Prieur\u00e9 Saint-Lazare qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Vincent jusqu\u2019en 1632. De m\u00eame, \u00c9rasme, Rabelais, Machiavel ou la Sagesse de Charron, qui \u00e9taient \u00e0 la Biblioth\u00e8que de Saint-Lazare, venaient des chanoines.<\/p>\n<p>On peut penser que certains chanoines savaient l\u2019italien ou l\u2019espagnol ou l\u2019allemand. Les tr\u00e8s nombreux livres d\u2019Allemagne et des Pays-Bas (en traduction latine ou fran\u00e7aise, un seul en allemand, du j\u00e9suite saint Pierre Canisius) ne peuvent venir que d\u2019eux, ou de dons, et il y avait bien des italiens \u00e0 Paris, depuis le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>On voit moins bien ces chanoines acheter des livres en espagnol, m\u00eame si la Ligue avait des rapports avec l\u2019Espagne\u2026 Les traductions fran\u00e7aises peuvent \u00eatre d\u2019eux, mais les originaux, surtout leurs \u00e9ditions princeps, dans telle et telle ville d\u2019Espagne ? Or pour l\u2019espagnol et de m\u00eame pour l\u2019italien, la fourchette des dates est curieusement resserr\u00e9e dans les ann\u00e9es de jeunesse de Vincent\u2026 et il est inimaginable que les Lazaristes aient achet\u00e9 \u00e0 partir de 1626 telle \u00e9dition de 1583 en espagnol ou en italien, ou que tel donateur parisien l\u2019ait poss\u00e9d\u00e9e : il faudrait prouver que cet homme savait cette langue et avait pu avoir des relations avec ce pays, dans ces ann\u00e9es pr\u00e9cises. Par contre, il n\u2019y a plus de livres en espagnol apr\u00e8s 1612 ni en italien apr\u00e8s 1615 : c\u2019\u00e9tait la jeunesse de Vincent\u2026 et on peut croire Abelly disant que Vincent a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Saragosse, peut-\u00eatre une ann\u00e9e, avant Toulouse, puis il est all\u00e9 \u00e0 Rome en 1600 (il dit quatre fois ses souvenirs de Cl\u00e9ment VIII), et de l\u2019\u00e9t\u00e9 1607 \u00e0 l\u2019automne 1608. Rien ne prouve qu\u2019ensuite il ait gard\u00e9 quelque temps des relations dans ces pays, mais rien ne s\u2019y oppose.<\/p>\n<p><b>Un deuxi\u00e8me crit\u00e8re<\/b> est <b>l\u2019\u00e9cole spirituelle<\/b> dont rel\u00e8ve le livre. Les \u00e9crits des j\u00e9suites n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re pris\u00e9s dans les autres Ordres, mais appr\u00e9ci\u00e9s de B\u00e9rulle comme de Vincent; les \u00e9crits diffus\u00e9s dans les cercles b\u00e9rulliens : sainte Th\u00e9r\u00e8se, saint Fran\u00e7ois de Sales, la vie de Saint Philippe N\u00e9ri, le Combat Spirituel, la R\u00e8gle de Perfection du capucin anglais Beno\u00eet de Canfield, et a fortiori B\u00e9rulle, ont de grandes chances de venir de Vincent, m\u00eame avant son arriv\u00e9e \u00e0 Paris, durant ses s\u00e9jours en Espagne, \u00e0 Toulouse et en Italie, ou \u00e0 partir de ses d\u00e9buts \u00e0 Paris, o\u00f9 il rencontre les Fr\u00e8res de Saint Jean de Dieu (cf. sa transmission de fonds \u00e0 leur h\u00f4pital, le 20 octobre 1611, S. V. XIII, 14-16) et le cercle b\u00e9rullien.<\/p>\n<p>Bref, <b>la date des \u00e9ditions, leur auteur et son \u00e9cole, et la langue<\/b> semblent pouvoir nous renseigner avec une grande probabilit\u00e9 sur le fait de l\u2019acquisition de ces livres par M. Vincent, qui les aura plus tard d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la Biblioth\u00e8que de la Communaut\u00e9, apr\u00e8s en avoir laiss\u00e9 \u00e0 Ch\u00e2tillon, comme nous allons le voir.<\/p>\n<p>\u2022 Par contre, la page du catalogue n\u2019est pas un indice, il a \u00e9t\u00e9 fait non pas selon la date d\u2019arriv\u00e9e des livres, mais selon un ordre logique : l\u2019Histoire Sainte est aux pages 298-373 et la spiritualit\u00e9 aux pages 622-717.<\/p>\n<p>\u2022 La date d\u2019impression n\u2019est pas un crit\u00e8re suffisant : certains livres tr\u00e8s anciens ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s apr\u00e8s la r\u00e9daction du catalogue : il ne venaient donc pas de Vincent, mais de dons ult\u00e9rieurs. On les garde ici, signal\u00e9s par le nom d\u2019auteur en italique et la mention \u201cAdd.\u201d (addition\u201d). On en donne aussi plusieurs qui proviennent presque certainement des chanoines. Cela montrera la difficult\u00e9 de se prononcer, mais permettra d\u2019affiner les crit\u00e8res, selon ce que cela fera appara\u00eetre; par exemple, il n\u2019y a aucune addition en espagnol, et une seule en italien !<\/p>\n<p>De plus, ceux qui auraient chance d\u2019\u00eatre de Vincent sont tellement nombreux qu\u2019on peut se demander si vraiment tous peuvent venir de lui\u2026 Toutefois, la note de M. Jauffred, de Ch\u00e2tillon, reproduite ici avec Diego de la Vega, nous apprend qu\u2019il en avait apport\u00e9 et laiss\u00e9 un bon nombre \u00e0 Ch\u00e2tillon, puisque, malgr\u00e9 la dilapidation de la R\u00e9volution, Jauffred en a encore vu plusieurs\u2026 Or il n\u2019avait pas d\u00fbt tout apporter ! Il \u00e9tait donc fourni en livres\u2026<\/p>\n<p><b>Conclusion de l\u2019inventaire de la biblioth\u00e8que de saint Vincent<\/b><\/p>\n<p><b>Avant 1616<\/b>, il y en a <b>9 livres<\/b> en espagnol en tout, 6 de 1555 \u00e0 1600, 1 de 1601\/1610, 1 de 1609 et 1 de 1612. Faut-il ajouter un 10\u00b0 \u00e9ventuel, juste \u00e0 la limite, en 1616 ?<\/p>\n<p>Nous constatons qu\u2019on n\u2019en trouve <b>plus qu\u2019un apr\u00e8s 1612, celui de 1616<\/b>,.<\/p>\n<p>Ensuite, une r\u00e9\u00e9dition de Thomas de J\u00e9sus et 1620, puis plus aucun livre en espagnol, pas m\u00eame en \u201caddition\u201d. C\u2019est significatif\u2026<\/p>\n<p><b>Avant 1616<\/b>, il y a <b>7 livres<\/b> en italien et un douteusement de Vincent, en 1495. Il y en a 6 de 1573 \u00e0 1607, et seulement 1 en 1615.<\/p>\n<p><b>Ensuite<\/b>, il y en seulement 1 en 1622 (Franciotti) et 1 en 1625 (Bertoli), et rien apr\u00e8s, m\u00eame pas en addition.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement significatif\u2026<\/p>\n<p>Cela pose tout de m\u00eame question, en raison de la co\u00efncidence avec les s\u00e9jours de Vincent \u00e0 Saragosse et Toulouse, ainsi qu\u2019\u00e0 Rome\u2026 M\u00eame les livres parus apr\u00e8s ses retours en France peuvent \u00eatre de lui : il aura pu retourner en Espagne entre 1599 et 1604, et conserver quelque temps des relations en Espagne puis en Italie\u2026 sans compter, ensuite, celles qu\u2019y avait B\u00e9rulle et d\u2019autres de ses amis\u2026<\/p>\n<p>On a pu remarquer que plusieurs livres <b>en espagnol <\/b>et en latin sont de 1583 \u00e0 1603, imprim\u00e9s en Espagne ou dans les Pays-Bas espagnols, \u00e0 Douai et Anvers : on voit mal qu\u2019ils viennent des chanoines ou de quelque don; Vincent ne les a s\u00fbrement pas achet\u00e9s \u00e0 Paris \u00e0 partir de 1611, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il les avait depuis Saragosse et Toulouse. Mais alors, il est revenu les chercher \u00e0 Pouy, et probablement bien avant 1624. Il faut bien admettre que, tout en \u00e9tant all\u00e9 \u00e0 Paris au retour de Rome, il est all\u00e9 aussi, par apr\u00e8s, revoir son pays, ne serait-ce que pour payer les dettes qu\u2019il a reconnues et promis de payer dans les fameuses lettres du 24 juillet 1607 et 28 f\u00e9vrier 1608. Il pouvait le faire depuis La Rochelle, o\u00f9 il fut en proc\u00e8s \u00e0 partir de 1610 pour son abbaye voisine, Saint-L\u00e9onard-de-Chaumes.<\/p>\n<p>De m\u00eame, nous trouvons des livres <b>en italien<\/b> ou latin imprim\u00e9s en Italie en 1605 et avant : c\u2019est fort probablement durant son s\u00e9jour \u00e0 Rome en 1607-1608 qu\u2019il se les sera procur\u00e9s, et il sera parti \u00e0 Paris avec eux, et pas les mains vides. Il aura pu s\u2019en faire envoyer d\u2019autres durant encore quatre ou cinq ans\u2026<\/p>\n<p>Il n\u2019a jamais parl\u00e9 de grand chose de sa vie, de cela non plus, de l\u2019histoire de ses livres\u2026 nous n\u2019en avons que des traces, comme en pal\u00e9ontologie ! Nous ne pourrons certes pas avoir une certitude sur ce sujet, simplement une lueur de probabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais ses premiers autographes ( part les lettres \u00e0 M. De Comet, de 1607 et 1608, qui ne r\u00e9v\u00e8lent gu\u00e8re sa vie spirituelle, \u00e9tant des lettres officielles, de proc\u00e9dure) sont des sermons de 1614 \u00e0 1616, qui montrent une grande culture patristique, spirituelle et missionnaire (il est d\u00e9j\u00e0 au courant des d\u00e9buts des missions au Canada\u2026) : il fallait bien qu\u2019il ait eu des livres.<\/p>\n<p>Ces titres jettent un jour nouveau sur cette p\u00e9riode de la vie de M. Vincent, qu\u2019on a tellement pr\u00e9sent\u00e9e comme uniquement centr\u00e9e sur la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle : on voit un homme qui veut faire carri\u00e8re, certes, d\u2019abord pour aider sa famille, mais aussi un homme qui \u00e9tudie, qui approfondit sa vie spirituelle &#8211; et un \u00e9rudit, connaissant l\u2019espagnol et l\u2019italien en plus du latin\u2026 avec une ouverture d\u2019horizon incroyable, vers diverses \u00e9coles de spiritualit\u00e9 et plusieurs Missions ad Gentes, et peu \u00e0 peu, en m\u00eame temps que tout cela, un vrai pr\u00eatre, un ap\u00f4tre\u2026 Pas encore un saint, certes, mais pas le godelureau aventurier qu\u2019on a trop voulu voir\u2026 C\u2019est un homme complexe, \u00e0 multiples facettes simultan\u00e9es, dont certaines se d\u00e9veloppent progressivement.<\/p>\n<p>1617 n\u2019est pas une \u00e9closion, mais une moisson\u2026<\/p>\n<p><i>21 octobre 2000<\/i><\/p>\n<h2><b>Bibliographie<\/b><b><\/b><\/h2>\n<ul>\n<li>Abb\u00e9 A. Degert, <i>Histoire des \u00c9v\u00eaques de Dax<\/i> Dax 1899.<\/li>\n<li>Abb\u00e9 A. Degert <i>L\u2019Ancien Coll\u00e8ge de Dax, notes et documents<\/i><\/li>\n<li>Bulletin Soci\u00e9t\u00e9 de Borda pp. 165-171 et 260-263 Dax, 1903<\/li>\n<li>Chan. Paul Lahargou <i>Le Coll\u00e8ge de Dax<\/i><\/li>\n<li>(m\u00e9lange les dates des sources) Paris 1909<\/li>\n<li>Jacques Marsan, <i>Histoire du Coll\u00e8ge de Dax<\/i><\/li>\n<li>Bulletin du Coll\u00e8ge de Cendrillon Dax 1983<\/li>\n<li>Jacques Marsan, <i>Saint Vincent de Paul au Coll\u00e8ge de Dax<\/i>;<\/li>\n<li>Bull.\u2026 de Cendrillon Dax, 1987<\/li>\n<li>Bernard Pujo <i>Vincent de Paul le pr\u00e9curseur<\/i> Albin Michel Paris 1998<\/li>\n<li>Antoine R\u00e9dier <i>La vraie vie de Saint Vincent de Paul<\/i> Grasset Paris 1927<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019expos\u00e9 complet de ce qui est actuellement connu de ces ann\u00e9es 1581-1617 demanderait un livre d\u2019au moins 300 pages, avec les notes justificatives. 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