{"id":107443,"date":"2013-12-24T10:30:53","date_gmt":"2013-12-24T09:30:53","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=107443"},"modified":"2013-12-24T10:30:53","modified_gmt":"2013-12-24T09:30:53","slug":"les-pauvres-au-temps-de-m-vincent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/","title":{"rendered":"Les pauvres au temps de M. Vincent"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/sasso.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-107449\" alt=\"sasso\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/sasso-253x300.jpg?resize=253%2C300\" width=\"253\" height=\"300\" \/><\/a><\/strong>La p\u00e9riode qui nous occupe court de la fin du r\u00e8gne d&rsquo;Henri III au d\u00e9but du r\u00e8gne personnel de Louis XIV, le lendemain m\u00eame de la mort du cardinal de Mazarin, la derni\u00e8re \u00ab Eminence \u00bb \u00e0 faire fonction de Premier ministre.<\/p>\n<p>M. Vincent conna\u00eet quatre rois (Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV), deux r\u00e9gentes \u00e9m\u00e9rites (Marie de M\u00e9dicis et Anne d&rsquo;Autriche) et deux premiers ministres \u00e0 forte personnalit\u00e9 (Richelieu et Mazarin).<\/p>\n<p><i>P\u00e9riode f\u00e9conde <\/i>en \u00e9v\u00e9nements comme en c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s ! <i>P\u00e9riode longue : <\/i>fin du XVIe si\u00e8cle et premi\u00e8re partie du XVII <sup>e<\/sup>&#8230; <i>P\u00e9riode noire <\/i>pour les pau\u00advres du Royaume. L&rsquo;histoire politique nous d\u00e9voile un fond de crise perma\u00adnent : guerre contre les Espagnols, agitation des Grands, affrontement entre le roi Louis XIII et sa m\u00e8re, brouille avec les Anglais, guerre de religion, Fronde&#8230;, autant de conflits aux effets les plus n\u00e9fastes.<\/p>\n<p>Toute l&rsquo;histoire du paup\u00e9risme de cette \u00e9poque se situe dans ce con\u00adtexte chaotique et mouvant. Li\u00e9s \u00e0 ces fluctuations politiques, \u00e9conomiques, sociales, les pauvres \u00e9chappent \u00e0 toute cat\u00e9gorie m\u00eame si une pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale de leur univers nous contraint \u00e0 les classer. La fronti\u00e8re qui s\u00e9pare les groupes est floue, ind\u00e9termin\u00e9e au gr\u00e9 des remous et de l&rsquo;agitation perma\u00adnente du royaume.<\/p>\n<p>La situation peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e en quelques tableaux rapides et r\u00e9alis\u00adtes. En interrogeant les t\u00e9moins d&rsquo;hier et les sp\u00e9cialistes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, nous pouvons saisir successivement :<\/p>\n<ul>\n<li>le contexte social de l&rsquo;\u00e9poque ;<\/li>\n<li>la pr\u00e9sence obs\u00e9dante et inqui\u00e9tante des pauvres ;<\/li>\n<li>la r\u00e9action des responsables d&rsquo;alors.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>1. Un contexte paradoxal<\/h2>\n<p>Vers la fin du XVIe si\u00e8cle, le royaume d&rsquo;Henri IV ne comprend que les quatre cinqui\u00e8mes de la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Des enclaves brisent l&rsquo;unit\u00e9 du pays, comme celles du Comtat Venaissin, du Nivernais, de la Flandre.<\/p>\n<p>Quand Louis XIV prend le pouvoir, le 10 mars 1661, six mois apr\u00e8s la mort de M. Vincent, la construction de l&rsquo;hexagone actuel est presque termi\u00adn\u00e9e : achev\u00e9e aux Pyr\u00e9n\u00e9es, arr\u00eat\u00e9e pour deux si\u00e8cles aux Alpes, pourvue enfin de l&rsquo;Artois et de la plus grande partie de l&rsquo;Alsace.<\/p>\n<p>Dans ces limites \u2014 premier paradoxe \u2014 vit <i>le royaume le plus peupl\u00e9 d&rsquo;Europe : 17 \u00e0 <\/i>18 millions de sujets ! Une population stationnaire depuis longtemps malgr\u00e9 le chiffre plut\u00f4t \u00e9lev\u00e9 des enfants. Pourquoi ?<\/p>\n<h3><i>Les pourvoyeuses de la mort<\/i><\/h3>\n<p>50 pour 100 des enfants sont impitoyablement d\u00e9cim\u00e9s. Pierre Goubert affirme dans un contraste appuy\u00e9 : \u00ab Comme le cimeti\u00e8re \u00e9tait au centre du village, la mort \u00e9tait au centre de la vie<span id='easy-footnote-1-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-1-107443' title='P. Goubert, &lt;i&gt;Louis XIV et vingt millions de Fran\u00e7ais, &lt;\/i&gt;collection \u00ab Pluriel \u00bb, \u00e9di\u00adtion Fayard, 1966, p. 42.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Sur 100 enfants qui naissent, 25 meurent avant l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;un an ; 25 autres n&rsquo;atteignent pas leur vingti\u00e8me ann\u00e9e. Se croit-on quitte ? Loin de l\u00e0 ! 25 des 50 jeunes survivants disparais\u00adsent entre 20 et 45 ans. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie n&rsquo;est m\u00eame pas chiffrable !<\/p>\n<p>La guerre, la peste, la famine contraignent la mort \u00e0 ses rendez-vous p\u00e9riodiques.<\/p>\n<p>Jacques Callot nous a laiss\u00e9 de sombres reportages des \u00ab grandes mis\u00e8\u00adres de <i>la guerre \u00bb : <\/i>l&rsquo;arquebusade, la pendaison, la maraude, l&rsquo;estropade, le \u00adpillage&#8230; Ses miniatures sont sinistres comme les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elles immor\u00adtalisent.<\/p>\n<p>Bernard Clavel dans son triptyque des <i>Colonnes du ciel <\/i>a longuement d\u00e9crit les m\u00e9faits de <i>la peste <\/i>en Comt\u00e9, ce \u00ab mal qui r\u00e9pand la terreur \u00bb, abat en quelques semaines le quart ou le tiers des habitants d&rsquo;une ville ou d&rsquo;une province, cette tra\u00eetresse qui somnole un instant, se r\u00e9veille soudain, au Nord, puis au Midi et bient\u00f4t \u00e0 l&rsquo;Ouest, avide de nouvelles victimes, livrant tous les autres \u00e0 l&rsquo;isolement et \u00e0 la quarantaine. Riches et pauvres sont&rsquo;con\u00adfondus dans une m\u00eame \u00e9pid\u00e9mie, innocents contagieux livr\u00e9s \u00e0 la vindicte populaire.<\/p>\n<p><i>La famine <\/i>est souvent reine et ma\u00eetresse. La disette ou \u00ab la chert\u00e9 \u00bb tue avec une r\u00e9gularit\u00e9 impressionnante. La nourriture est d&rsquo;ordinaire sobre : l\u00e9gumes, soupe, pain de m\u00e9teil alimentent le paysan. Le riche, lui, a droit au pain de bl\u00e9 ou de seigle&#8230; Quand les r\u00e9coltes sont mauvaises, c&rsquo;est la faim qui tenaille d&rsquo;abord les paysans. Ils sont livr\u00e9s aux flux de ventre, aux dysente\u00adries, aux carences multiples et chroniques dont la pire des manifestations est l&rsquo;ad\u00e9nite scrofuleuse. 1630 &#8211; 1649 -1652 &#8211; 1661 sont grav\u00e9s dans les m\u00e9moires comme \u00e9t\u00e9 pourris : \u00ab quatre mauvaises r\u00e9coltes, quatre famines accumu\u00adl\u00e9es \u00bb. On revoit m\u00eame des sc\u00e8nes d&rsquo;anthropophagie ! Vincent de Paul en personne dresse ce bilan terrible, le 30 ao\u00fbt 1652 : \u00ab On tient qu&rsquo;il meurt \u00e0 Paris par mois dix mille personnes depuis quelque temps \u00bb (IV, 463). La M\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld \u00e9crit le 5 juillet : \u00ab Le besoin de farine est si grand \u00e0 Paris, que le pain y vaut d\u00e9j\u00e0, tout le plus noir, dix sols la livre<span id='easy-footnote-2-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-2-107443' title='Cit\u00e9 par Alphonse Feillet, &lt;i&gt;La mis\u00e8re au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul, &lt;\/i&gt;Didier et Cie, Paris, 1868, &lt;i&gt;e &lt;\/i&gt;\u00e9dition, p. 406. \u2014 \u00ab &lt;i&gt;Le sol \u00bb : &lt;\/i&gt;sa valeur varie, \u00e0 Paris et dans ses environs. Un ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9 gagne 20 sous la journ\u00e9e ; un manouvrier, un crocheteur, un porteur d&amp;rsquo;eau gagnent aux alentours de 15 sous. Le prix des denr\u00e9es varie suivant la r\u00e9gion, du simple au triple et m\u00eame au quadruple .!'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<p>Le jugement de Pierre Goubert tombe comme un couperet, en m\u00eame temps qu&rsquo;il renforce le paradoxe : \u00ab les hommes se reproduisent suffisam\u00adment pour nourrir la mort et conserver la race<span id='easy-footnote-3-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-3-107443' title='&lt;i&gt;Op. cit., &lt;\/i&gt;p. 47.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span> \u00bb.<\/p>\n<p>Race \u00e0 majorit\u00e9, courb\u00e9e ! Tous ces gens ne connaissent pas l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre debout. Volontiers, ils se laissent s\u00e9duire par de sinistres sir\u00e8nes.<\/p>\n<h3><i>La sorcellerie et la foi<\/i><\/h3>\n<p>Nous sommes \u00e9merveill\u00e9s devant les lettres de noblesse du XVIIe si\u00e8cle : Corneille, Descartes, Pascal, Moli\u00e8re, Bossuet, par exemple, d\u00e9filent devant nous comme les t\u00e9moins privil\u00e9gi\u00e9s d&rsquo;un affranchissement \u00ab pr\u00e9matur\u00e9 \u00bb de la raison&#8230;, lumi\u00e8res dans ce si\u00e8cle de Lumi\u00e8re. Et il est vrai que nos dettes leur sont acquises.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;esprit populaire n&rsquo;en est pas pour autant lib\u00e9r\u00e9. Satan tient le haut du pav\u00e9. Une v\u00e9ritable \u00ab \u00e9pid\u00e9mie \u00bb de <i>sorcellerie <\/i>attaque les esprits faibles. Des ann\u00e9es 1560 \u00e0 1640, voici une autre mort : celle de l&rsquo;esprit ! Mal\u00e9fices, sorts, herbes dangereuses, filtres d&rsquo;amour trompent les pauvres assoiff\u00e9s de merveilleux. L&rsquo;histoire a sem\u00e9 ici ou l\u00e0 quelques noms c\u00e9l\u00e8bres dont le cur\u00e9 de Loudun, Urbain Grandier. Un humaniste et esprit fort, Jean Bodin, \u00e9crit, d\u00e8s 1580, un trait\u00e9 sur les sorci\u00e8res qu&rsquo;il aurait pu illustrer des gravures d&rsquo;Albrecht D\u00fcrer. Quelquefois, la sorci\u00e8re du village devient une notable du lieu : elle entre en communication avec le D\u00e9mon, dispose de la puissance de gu\u00e9rison&#8230; Souvent l&rsquo;Eglise recourt au bras s\u00e9culier et la m\u00e9g\u00e8re finit sur le b\u00fbcher, ratant son salut \u00e9ternel, sans aucun espoir de r\u00e9mission<span id='easy-footnote-4-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-4-107443' title='Selon, bien \u00e9videmment, la mentalit\u00e9 de l&amp;rsquo;\u00e9poque.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. Paradoxe encore quand les riches sont atteints : lorsque na\u00eet Blaise Pascal, en 1623, dans un foyer de magistrat particuli\u00e8rement r\u00e9put\u00e9, une sorci\u00e8re, dit-on, jette un sort au nouveau-n\u00e9. Etienne Pascal n\u00e9gocie avec l&rsquo;auteur du sort, va jusqu&rsquo;\u00e0 marchander un cheval, donne finalement un chat <i>(sic) <\/i>tandis qu&rsquo;un cataplasme magique gu\u00e9rit le b\u00e9b\u00e9 sur-le-champ, apr\u00e8s une terrible convulsion qu&rsquo;on croyait \u00eatre messag\u00e8re de la mort<span id='easy-footnote-5-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-5-107443' title='Cit\u00e9 par Robert Mandrou, &lt;i&gt;Introduction \u00e0 la France moderne, 1500-1640, &lt;\/i&gt;Albin Michel, p. 313.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Pascal nous emm\u00e8nera pourtant jusqu&rsquo;\u00e0 sa nuit de feu (23 novembre 1654) : \u00ab <i>Joie, joie, joie, pleurs de joie \u00bb&#8230; <\/i>Lui aussi conna\u00eetra \u00e0 sa mani\u00e8re, la paik du don de soi. Avec lui et tant d&rsquo;autres \u00e9lites, la foi restitue peu \u00e0 peu l&rsquo;Evangile lu \u00e0 la mani\u00e8re des P\u00e8res du concile de Trente, m\u00eame si la Contre-R\u00e9forme impose des vues plus doctrinales qu&rsquo;\u00e9vang\u00e9liques. Le christianisme baigne la vie du peuple, impr\u00e8gne les mentalit\u00e9s, explique le recours constant \u00e0 la Providence. Ce peuple est fid\u00e8le \u00e0 la messe dominicale, \u00e0 la vie sacramen\u00adtelle, aux d\u00e9votions collectives, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne tient sans doute plus du fait social que de la certitude personnelle. La morale culpabilise trop et la masse ignorante se croit damn\u00e9e. Il reste \u00e0 d\u00e9couvrir le vrai visage de l&rsquo;Amour. Pour l&rsquo;heure l&rsquo;Eglise change le sien alors que son pouvoir s&rsquo;absolu\u00adtise comme l&rsquo;Etat dont elle a de la peine \u00e0 se d\u00e9tacher. Mais qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;Eglise sans les pauvres ? Soudain, ici ou l\u00e0, on vient \u00e0 s&rsquo;occuper d&rsquo;eux ; Bossuet lance son cri d\u00e9j\u00e0 r\u00e9volutionnaire :<\/p>\n<p style=\"text-align: center\">\u00ab L&rsquo;Eglise de J\u00e9sus-Christ est v\u00e9ritablement<br \/>\nla <i>VILLE DES PAUVRES<span id='easy-footnote-6-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-6-107443' title='Bossuet, sermon sur \u00ab l&amp;rsquo;\u00e9minente dignit\u00e9 des pauvres \u00bb, Paris, 1659.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span>&#8230; \u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ces pauvres, ils sont partout et d&rsquo;abord chez les ouvriers et chez les paysans<i>.<\/i><\/p>\n<h3><i>La terre et le paysan<\/i><\/h3>\n<p>Vue de tr\u00e8s haut, la France offre un terroir riche et vari\u00e9. On peut croire sa fortune consid\u00e9rable ; le royaume passe pour puissant ; l&rsquo;\u00e9nergie de son peuple et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de sa terre sont connues par toute l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>En fait, la France, \u00e0 l&rsquo;inverse d&rsquo;Amsterdam, n&rsquo;a m\u00eame pas de banque d&rsquo;Etat ou priv\u00e9e ; quelques marchands importants ponctionnent r\u00e9guli\u00e8re\u00adment la bourse commune. Les voies de communication elles-m\u00eames sont si frustes que les \u00e9changes commerciaux deviennent hors de prix. Il faudra Richelieu pour remettre de l&rsquo;ordre dans la maison et augmenter les deniers de l&rsquo;Etat&#8230; et, plus tard, l&rsquo;habilet\u00e9 d&rsquo;un Fouquet, le surinten\u00addant, pour sauver l&rsquo;\u00e9conomie royale du d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>Celle-ci est, en priorit\u00e9, <i>agri\u00adcole. <\/i>Une monoculture : les c\u00e9r\u00e9ales&#8230; mais \u00e0 la longue, la terre s&rsquo;\u00e9puise et refuse de porter du fruit ; il faut la mettre en jach\u00e8re. L&rsquo;herbe est rare et, donc, le b\u00e9tail est ch\u00e9tif. La popula\u00adtion manque de stabilit\u00e9 : les r\u00e9coltes en sont rendues plus difficiles.<\/p>\n<p><i>La fiscalit\u00e9 <\/i>d\u00e9file le bas de laine avant m\u00eame qu&rsquo;il ne soit achev\u00e9. Tour \u00e0 tour la communaut\u00e9, l&rsquo;Eglise, le seigneur, le roi pressurent le laboureur aux abois : la taille, la gabelle, les redevances en nature, obligent \u00e0 la dette, entra\u00eenant \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8que et menant souvent en cours de justice.<\/p>\n<p>Le paysan veut-il vendre ou louer ? Il ne le peut sans le consentement du propri\u00e9taire. Plus de la moiti\u00e9 de la terre cultiv\u00e9e ou cultivable est le bien des <i>SEIGNEURS !<\/i><\/p>\n<p>La petite moiti\u00e9 de terre qui appartient aux quatre cinqui\u00e8mes de la population est in\u00e9galement r\u00e9partie. Au sommet de l&rsquo;\u00e9chelle, les fermiers sont tout-puissants ; les autres ne disposent que de quelques parcelles et res\u00adtent d\u00e9pendants de bien des ma\u00eetres : du gouvernement, des grands, des offi\u00adciers, des soldats et&#8230; du climat !<\/p>\n<p>Les tableaux des Le Nain masquent trop la mis\u00e9rabilit\u00e9 paysanne : les chaumi\u00e8res sont plus pauvres qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet avec leur m\u00e9lange de terre et de paille s\u00e9ch\u00e9es : le torchis encore visible en terre landaise. Dans l&rsquo;unique pi\u00e8ce, les habitants s&rsquo;entassent aux c\u00f4t\u00e9s des animaux : un lit de plume, un grabat pour les enfants, une table massive, quelques si\u00e8ges de bois, une armoire, un coffre compl\u00e8tent le tableau&#8230; Mais, souvent, certains n&rsquo;ont que leur <i>instrument de travail : <\/i>c&rsquo;est leur raison de vivre, l&rsquo;unique possession qui les emp\u00eache de sombrer, pour de bon, dans le monde des pauvres.<\/p>\n<p>Ainsi les paysans, qui donnent du relief au royaume de France et font de son \u00e9conomie la premi\u00e8re d&rsquo;Europe, sont-ils consid\u00e9r\u00e9s comme m\u00e9prisa\u00adbles et catalogu\u00e9s avec d\u00e9dain de \u00ab gens m\u00e9chaniques<span id='easy-footnote-7-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-7-107443' title='Ce sont les artisans, ceux qui &lt;i&gt;travaillent de leurs mains ou avec un instrument. &lt;\/i&gt;L&amp;rsquo;expression n&amp;rsquo;a pas de valeur p\u00e9jorative encore que les gens de l&amp;rsquo;aristocratie (grande ou petite noblesse) se vantent de n&amp;rsquo;\u00eatre pas de ces \u00ab gens m\u00e9chaniques \u00bb.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span> \u00bb.<\/p>\n<h3><i>La ville et l&rsquo;ouvrier<\/i><\/h3>\n<p>La ville fran\u00e7aise de ces temps-l\u00e0 ne compte gu\u00e8re plus de 10 000 habi\u00adtants (except\u00e9 Paris avec 300 000, Lyon et Marseille avec 100 000). Elle est entour\u00e9e de remparts aux portes soigneusement verrouill\u00e9es la nuit. Dans cet espace restreint, s&rsquo;entassent les maisons, les \u00e9glises et les couvents. Les rues sont \u00e9troites, encombr\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 bruyantes, propices aux vols, aux attentats&#8230; Les \u00e9gouts n&rsquo;existent pas : seul un ruisseau central recueille toutes \u00ab les eaux \u00bb et r\u00e9pand ses odeurs \u00ab muscl\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que vit une autre frange rejet\u00e9e de la population, vingt fois moins nombreuses que la gent paysanne : <i>les ouvriers. <\/i>Des prol\u00e9taires avant la lettre ! Sans terre, sans maison (tous sont locataires), sans mobilier et sans linge. <i>Ils n&rsquo;ont que leur salaire pour vivre !<\/i><\/p>\n<p>Ils sont d\u00e9pendants d&rsquo;un patron qui les domine toujours et les institu\u00adtions corporatives les d\u00e9fendent peu. D&rsquo;ailleurs, la soci\u00e9t\u00e9, dans son ensem\u00adble, est loin d&rsquo;\u00eatre corporative, contrairement \u00e0 une illusion tenace. Ces hommes travaillent \u00e0 domicile ou viennent, chaque jour, chez un employeur. Ils sont tisserands, tailleurs, cordonniers, orf\u00e8vres, barbiers, etc. La journ\u00e9e dure de 12 \u00e0 14 heures et ils gagnent tout juste de quoi acheter, pour eux et leur famille, quelques kilos de pain, \u00e0 condition que le prix en reste dans les limites raisonnables.<\/p>\n<p>Le tableau n&rsquo;est pas noirci \u00e0 plaisir, car il est vrai que ce petit peuple des villes rencontre p\u00e9riodiquement le ch\u00f4mage et la chert\u00e9 ; et, quand tout s&rsquo;\u00e9croule autour d&rsquo;eux, il n&rsquo;est pas rare de voir des ouvriers \u00ab entass\u00e9s dans leurs taudis, s&rsquo;alimentant de d\u00e9chets, abandonn\u00e9s de tous, sauf quelques m\u00e9decins et quelques pr\u00eatres, (mourant) comme des animaux, par troupes \u00bb<span id='easy-footnote-8-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-8-107443' title='P. Goubert, &lt;i&gt;op. cit., &lt;\/i&gt;p. 69-70.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>. A moins que dans un dernier sursaut&#8230;<\/p>\n<h3><i>Les \u00e9meutes populaires<\/i><\/h3>\n<p>&#8230; ils ne se soul\u00e8vent ! Tant couve le feu que bient\u00f4t r\u00e9volte gronde ! P\u00e9riodiquement, le royaume conna\u00eet ces \u00ab <i>\u00e9motions \u00bb <\/i>populaires, efficaces dans la mesure o\u00f9 la noblesse y prend part ; sans lendemain quand elles res\u00adtent inorganis\u00e9es (1595 : s\u00e9dition \u00e0 Ch\u00e2teau-Thierry ; 1616, \u00e9meute popu\u00adlaire \u00e0 P\u00e9ronne ; 1618 : r\u00e9voltes \u00e0 Auxerre et Ligny ; 1620 : \u00e9meutes \u00e0 Angers ; 1622 : \u00e0 Lyon ; 1624 : les <i>CROQUANTS <\/i>se soul\u00e8vent en Quercy&#8230;) On pourrait, h\u00e9las, continuer facilement cette \u00e9num\u00e9ration quasi annuelle<span id='easy-footnote-9-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-9-107443' title='Voir Robert Mandrou, &lt;i&gt;La France aux xvue et xvin&lt;sup&gt;,&lt;\/sup&gt; si\u00e8cles, &lt;\/i&gt;Nouvelle Clio, P.U.F., p. 32 et sq.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Tant\u00f4t r\u00e9volte de village, de faubourg, de place de march\u00e9, tant\u00f4t v\u00e9ri\u00adtable arm\u00e9e, ces \u00ab <i>jacqueries \u00bb <\/i>sont impitoyablement mat\u00e9es. La seule qui ait r\u00e9ussi \u00e0 durer, \u00e0 gagner toute une province, est celle des \u00ab <i>NU-PIEDS \u00bb <\/i>normands, de 1639 \u00e0 1641. Le roi doit lever une arm\u00e9e de d\u00e9fense et le chan\u00adcelier Seguier lui-m\u00eame payer de sa personne, en parcourant plusieurs mois, la Basse-Normandie&#8230; signes pr\u00e9curseurs bien connus auxquels la royaut\u00e9 demeura sourde jusqu&rsquo;\u00e0 sa chute !<\/p>\n<p>Et pendant ce temps, <i>la noblesse <\/i>fortun\u00e9e vient d\u00e9penser \u00e0 la ville l&rsquo;argent qu&rsquo;elle gagne sur le dos des paysans ; <i>la bourgeoisie <\/i>des m\u00e9decins, avocats, n\u00e9gociants, menant une vie sobre, sans luxe tapageur, se m\u00e9fie du petit peuple dont elle redoute l&rsquo;agitation ; <i>le Clerg\u00e9, <\/i>issu souvent de cette noblesse et de la bourgeoisie, remonte lentement la pente de l&rsquo;affadissement et, malgr\u00e9 les premiers fruits de la R\u00e9forme tridentine, reste encore bien en-de\u00e7\u00e0 de ses possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, ce si\u00e8cle est fait de contrastes, d&rsquo;antinomies, d&rsquo;opposi\u00adtion&#8230; Il est tout entier paradoxe ! Louis XIV prenant le pouvoir, cl\u00f4t cette p\u00e9riode en deux phrases lapidaires : \u00ab Le d\u00e9sordre r\u00e9gnait partout <i>(au dedans). <\/i>Tout \u00e9tait tranquille en tous lieux \u00bb <i>(au-dehors). <\/i>Pourtant a-t-il vraiment conscience des ombres les plus accus\u00e9es de son tableau royal : <i>LES VRAIS PAUVRES SONT AILLEURS, <\/i>nous le savons bien. Du fond des si\u00e8cles, ils interrogent maintenant <i>la conscience <\/i>collective.<\/p>\n<h2>2. La pr\u00e9sence des pauvres<\/h2>\n<p>Le Pauvre ne peut donner que ce qu&rsquo;il a et quand on le lui demande : sa sueur et ses mains. Souvent, il devient par indiff\u00e9rence ou par rejet, \u00ab celui qui n&rsquo;a pas et \u00e0 qui on enl\u00e8ve m\u00eame ce qu&rsquo;il a \u00bb (d&rsquo;apr\u00e8s Luc 19, 26) !<\/p>\n<p>Quelquefois, il inqui\u00e8te ; la plupart du temps, il obs\u00e8de&#8230; De fait, il y a, d&rsquo;une part, ceux qui forment la \u00ab classe dangereuse \u00bb : <i>les marginaux ; <\/i>et d&rsquo;autre part, ceux dont la pr\u00e9sence taraude la conscience parce qu&rsquo;ils font toujours partie de la soci\u00e9t\u00e9 : <i>les mis\u00e9rables, les mendiants.<\/i><\/p>\n<h3><i>Les errants, ces marginaux<\/i><\/h3>\n<p>Assimil\u00e9s \u00e0 des espions de l&rsquo;\u00e9tranger ou \u00e0 des colporteurs d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sies ou encore \u00e0 des porteurs de peste qui deviennent facteurs de contagion, tous ces \u00eatres sont rejet\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9. Ce qui se passe \u00e0 N\u00eemes en 1649 reste signifi\u00adcatif de la mentalit\u00e9 de la population. Plusieurs milliers de pauvres se r\u00e9fu\u00adgient dans les Ar\u00e8nes, raconte Baehrel ; des ma\u00e7ons se chargent de boucher toutes les issues, sauf une, destin\u00e9e aux vivres. L&rsquo;auto-d\u00e9fense est de tou\u00adjours !<\/p>\n<p>Quand les ouvriers ou les paysans se soul\u00e8vent, tous ceux qui se trou\u00advent de passage et qui sont oisifs se joignent \u00e0 eux. Voil\u00e0 d&rsquo;\u00e9ternels <i>errants, <\/i>comme Ces habitants d&rsquo;un village parcourant les routes \u00e0 la recherche d&rsquo;un point fixe parce que leurs maisons viennent d&rsquo;\u00eatre incendi\u00e9es par la soldates\u00adque. La campagne attire aussi les migrants <i>saisonniers, <\/i>tels les vendangeurs des C\u00e9vennes, de Provence ou de Catalogne.<\/p>\n<p>Les Suisses, les Sardes, les Corses sillonnent le pays, <i>mercenaires <\/i>en qu\u00eate d&rsquo;une puissance voisine pr\u00eate \u00e0 les enr\u00f4ler. Il y a aussi tous les <i>Com\u00e9\u00addiens, <\/i>allant de ville en ville, portant haut les couleurs d&rsquo;un \u00e9crivain vou\u00e9 peut-\u00eatre \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, tels ces convois de Jean-Baptiste Poquelin, dit Moli\u00e8re, dont le film d&rsquo;Ariane Mnouchkine nous a laiss\u00e9 des images \u00e9cheve\u00adl\u00e9es et fleurant bon le Midi !<\/p>\n<h3><i>Les vagabonds<\/i><\/h3>\n<p>Personnes d\u00e9plac\u00e9es, tous ceux que nous venons de voir, deviennent souvent personnes en constant d\u00e9placement. Des <i>vagabonds <\/i>de profession sillonnent le pays. On conna\u00eet leur existence quand ils s&rsquo;arr\u00eatent ou sont arr\u00ea\u00adt\u00e9s ! Hommes jeunes, ils ont entre 15 et 50 ans. Les pauvres domicili\u00e9s sont plut\u00f4t des vieillards et des femmes.<\/p>\n<p>Ont-ils un talent, un don ? Ils se font ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole, \u00e9crivain, bate\u00adleur, charlatan, ma\u00eetre d&rsquo;armes, musicien ! Au gr\u00e9 de la demande&#8230;<\/p>\n<p>Ont-ils l&rsquo;esprit retors ? Ils se transforment en escrocs, exhibant de faux ulc\u00e8res, sourds un jour, demain aveugles, toujours pr\u00eats \u00e0 exciter la piti\u00e9 populaire et montrer des enfants rendus estropi\u00e9s ou difformes par leurs soins.<\/p>\n<p>Ont-ils le sang trop chaud ? Les voil\u00e0 bandits de grands chemins comme en Languedoc, par exemple. Les \u00ab bandolers \u00bb catalans laissent quelques souvenirs cruels dans le pays m\u00e9diterran\u00e9en. Eux aussi, avec leur mani\u00e8re forte, vident la campagne de sa population.<\/p>\n<p>Ont-ils enfin un peu de courage ? Alors ils deviennent journaliers agri\u00adcoles. Leur groupe est le plus nombreux. Sans profession d\u00e9finie, ces \u00ab manouvriers \u00bb s&rsquo;efforcent de se faire embaucher \u00e0 la journ\u00e9e pour gagner de quoi se nourrir. Avec un peu de chance, ils disposent d&rsquo;un grenier, d&rsquo;une \u00e9table ou d&rsquo;une grange. Le grand peintre Bruegel l&rsquo;Ancien immortalise leurs travaux quotidiens, le \u00ab travail des champs \u00bb, les \u00ab labours \u00bb, tous ces \u00ab rus\u00adtiques \u00bb qui nous renseignent tant sur le travail de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des vagabonds fuient les lieux de guerre ou le tirage au sort. Certains \u00e9chappent aux imp\u00f4ts trop lourds, esp\u00e9rant une meilleure situation dans un \u00ab ailleurs \u00bb hypoth\u00e9tique. Bref, ces vagabonds sont des ruraux d\u00e9racin\u00e9s, attir\u00e9s par les villes, mieux fournies en r\u00e9serve de bl\u00e9 et en possibilit\u00e9s de travail. Lyon est la ville type, une des grandes capitales \u00e9cono\u00admiques de l&rsquo;Occident et celle dont les institutions d&rsquo;assistance sont les plus \u00e9labor\u00e9es depuis la cr\u00e9ation de l&rsquo;Aum\u00f4ne g\u00e9n\u00e9rale en 1531. Cette ville devient le lieu privil\u00e9gi\u00e9 du vagabondage.<\/p>\n<h3><i>Les boh\u00e9miens<\/i><\/h3>\n<p>\u00ab Sarrasins, Egyptiens ou Boh\u00e8mes \u00bb, ils sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, eux aussi : ce sont des vagabonds n\u00e9s ! \u00ab Les tsiganes sont signal\u00e9s en Europe occidentale \u00e0 partir du xve si\u00e8cle, nous dit Jean-Pierre Gutton<span id='easy-footnote-10-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-10-107443' title='Voir J.-P. Gutton, &lt;i&gt;La soci\u00e9t\u00e9 et les pauvres en Europe (xvte-xvue si\u00e8cle), &lt;\/i&gt;P.U.F., p. 25&amp;#8230; \u00e0 qui nous empruntons l&amp;rsquo;essentiel de ce chapitre.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>, venant de l&rsquo;Inde par le relais des Balkans. \u00bb Marginalis\u00e9s par leurs habitudes de vie et leurs habits, ils recueillent des non-tsiganes, errants et criminels. Les hommes sont ma\u00eetres d&rsquo;armes ou marchands de chevaux ; les femmes font des lessives. Mais on leur reproche leurs chapardages, leurs vols. Quelquefois, ils constituent de v\u00e9ritables troupes arm\u00e9es, dirig\u00e9es par des capitaines. Le Roy Ladurie, dans ses <i>Paysans du Languedoc, <\/i>pr\u00e9sente des troupes de <i>ROUMES <\/i>qui ne d\u00e9loge\u00adront des villes qu&rsquo;\u00e0 prix d&rsquo;or !<\/p>\n<p>Groupes dangereux, pillards, incendiaires, ces peuples forment un corps social dont les historiens n&rsquo;ont encore saisi que l&rsquo;ombre. Qui d\u00e9voilera, un jour, leur v\u00e9ritable identit\u00e9 et leur origine exacte ?<\/p>\n<p>Parmi tous les vagabonds, on pourrait croire qu&rsquo;ils forment la quintes\u00adsence de ces \u00ab gens sans aveux \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ceux dont nul homme ne veut se porter garant. Marginalis\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9, beaucoup de vagabonds tombent dans le libertinage, \u00e9chappant aux r\u00e8gles de la morale ou de la rai\u00adson.<\/p>\n<p>Mais ceux-l\u00e0 sont en dehors de la soci\u00e9t\u00e9 et s&rsquo;ils l&rsquo;inqui\u00e8tent, ils ne lui donnent pas mauvaise conscience. Seule la grande masse, silencieuse et grouillante, des mendiants et des mis\u00e9reux peut \u00e9mouvoir le beau monde des bourgeois et des nobles.<\/p>\n<h3><i>Les mis\u00e9reux<\/i><\/h3>\n<p>Dans la soc\u00e9t\u00e9 telle que nous la connaissons, ils sont partout. Bien ins\u00e9r\u00e9s, ils sont ais\u00e9ment rep\u00e9rables par les contrats de mariage, les inventai\u00adres apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s ou saisie et les registres de distribution d&rsquo;aum\u00f4nes dont les Archives hospitali\u00e8res regorgent.<\/p>\n<p>Citadins ou ruraux, journaliers ou portefaix, ils n&rsquo;ont rien \u00e0 eux et pas m\u00eame un instrument de travail. Ils constituent la frange et la fange du monde du travail. Trop jeunes quelquefois, ils ne sont pas en \u00e2ge de travail\u00adler avec efficacit\u00e9 ; ou s&rsquo;ils le font, les voici vieillis pr\u00e9matur\u00e9ment !<\/p>\n<p>Infirmes, c&rsquo;est-\u00e0-dire, estropi\u00e9s, invalides, paralytiques, leur ultime recours est <i>la mendicit\u00e9 !<\/i><\/p>\n<p>Vieillards, ils n&rsquo;ont plus aucune r\u00e9serve et parmi eux, le nombre des veuves est \u00e9crasant. Dans la ville d&rsquo;Auxonne qui compte 681 habitants, il y a 144 veuves r\u00e9duites \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance. Sans l&rsquo;\u00e9poux qui travaille seul de ses mains, la femme est dans la mis\u00e8re et quand l&rsquo;h\u00f4pital existe, elle n&rsquo;a plus qu&rsquo;\u00e0 y entrer. Paup\u00e9risables de leur \u00e9tat, ces gens deviennent effectivement pauvres quand le malheur les frappe.<\/p>\n<p>Aux causes multiples d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9es et qui forment une sorte de fond commun, il faut ajouter <i>l&rsquo;analphab\u00e9tisme <\/i>et <i>l&rsquo;endettement. \u00abLes <\/i>3\/4 de la population masculine et les 9\/10 de la population f\u00e9minine sont illettr\u00e9s. Traduisons : seuls 2 ou 3 millions savent lire et \u00e9crire<span id='easy-footnote-11-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-11-107443' title='Andr\u00e9 Dodin, &lt;i&gt;Saint Vincent de Paul et la Charit\u00e9, &lt;\/i&gt;\u00e9d. du Seuil, collection \u00ab Microcosme, Ma\u00eetres spirituels \u00bb, 1959, p. 7.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Les r\u00e9sultats d&rsquo;une enqu\u00eate dite des \u00ab signatures \u00bb, r\u00e9alis\u00e9e sur \u00ab les capacit\u00e9s \u00e0 signer \u00bb dessine comme deux Frances :<\/p>\n<ul>\n<li>Le Nord et le Nord-Est forment la France alphab\u00e9tis\u00e9e ;<\/li>\n<li>La France bretonne et occitane, le Massif central, les Bassins garonnais et languedocien, la France ignorante&#8230;<\/li>\n<\/ul>\n<p>De plus, tous les documents de l&rsquo;\u00e9poque prouvent que ces pauvres vivent sans avance, \u00ab au jour la journ\u00e9e \u00bb. A chaque crise, par exemple, les journaliers empruntent un \u00e9cu ou des semences. Et s&rsquo;ils se font aider par un \u00ab Conseil de Charit\u00e9 \u00bb cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cet effet, ils ne peuvent payer les pr\u00eats consentis et s&rsquo;enfoncent, peu \u00e0 peu, dans leur malheur.<\/p>\n<p>Nous sommes ici au coeur du monde des pauvres. \u00ab <i>EST PAUVRE CELUI QUI N&rsquo;A QUE SON TRAVAIL POUR VIVRE \u00bb, <\/i>selon la d\u00e9fini\u00adtion c\u00e9l\u00e8bre qui s&rsquo;inspire de Jean-Pierre Camus, \u00e9v\u00eaque de Belley (1581-1652) dans son <i>Trait\u00e9 de la pauvret\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique. <\/i>Leur obsession : gagner le pain quotidien ! Et quand il ne vient pas, ils n&rsquo;ont plus qu&rsquo;un moyen : l&rsquo;implo\u00adrer ! Ils deviennent mendiants.<\/p>\n<h3><i>Les mendiants<\/i><\/h3>\n<p>Oh, bien s\u00fbr ! le passage de la pauvret\u00e9 \u00e0 la mendicit\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre facilement rep\u00e9rable. La diff\u00e9rence n&rsquo;est que de degr\u00e9, non de nature, expli\u00adque J.-P. Gutton<span id='easy-footnote-12-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-12-107443' title='Jean-Pierre Gutton, &lt;i&gt;op. cit., &lt;\/i&gt;p. 79.'><sup>12<\/sup><\/a><\/span>. Et du mendiant au vagabond, il n&rsquo;y a pas loin.<\/p>\n<p>Avant m\u00eame d&rsquo;en venir \u00e0 la mendicit\u00e9, certains trop d\u00e9courag\u00e9s et sans aucun autre recours, \u00ab \u00e9duquent \u00bb leurs enfants \u00e0 tendre la main. Les \u00ab peti\u00adtes Ecoles \u00bb permettront, plus tard, de sauver les petits de ce danger toujours latent. Avouons-le sans tarder : la mendicit\u00e9 est la ressource ordinaire des pauvres&#8230; l&rsquo;ultime horizon de celui que la chance fuit d\u00e9finitivement et <i>QUI NE PEUT MEME PAS TRA VAILLER.<\/i><\/p>\n<p>\u00ab Le mendiant appuy\u00e9 sur un b\u00e2ton \u00bb, \u00ab le mendiant \u00e0 la jambe de bois \u00bb, \u00ab la m\u00e8re et ses trois enfants \u00bb, les images de Callot s&rsquo;imposent encore une fois dans leur r\u00e9alisme r\u00e9voltant.<\/p>\n<p>Voici les infirmes et les ch\u00f4meurs encore jeunes ! Tous les vieillards&#8230; les boiteux et les aveugles qui re\u00e7oivent le droit de qu\u00eater sous les porches des \u00e9glises, au nom m\u00eame de la place qu&rsquo;ils tiennent dans l&rsquo;Evangile ! Parmi eux se glissent aussi des couples avec des enfants, des gamins et des adolescents abandonn\u00e9s, des apprentis incapables de pers\u00e9v\u00e9rer, des filateurs, des ouvriers, des professionnels du vagabondage.<\/p>\n<p>Pire encore pour les responsables publics : les \u00ab mauvais pauvres \u00bb, <i>CEUX QUI NE VEULENT PAS TRAVAILLER. <\/i>On les appelle aussi les \u00ab truands \u00bb. Ils font \u00ab un m\u00e9tier de gueuserie \u00bb, trompant le peuple, l&rsquo;Etat et Dieu. Bien vite, ils encourent in\u00e9vitablement le m\u00e9pris des fid\u00e8les, le cour\u00adroux des bourgeois et du roi. Quand leur mendicit\u00e9 devient \u00ab insolente \u00bb, la force publique s&#8217;empare d&rsquo;eux et les jette en prison.<\/p>\n<p>T\u00f4t, ou tard, le fait est bien connu, toute soci\u00e9t\u00e9 marginalise ses pauvres. Au xviie si\u00e8cle, certains le sont d&#8217;embl\u00e9e, comme par nature : les vagabonds, les boh\u00e9miens ; d&rsquo;autres le sont par devenir : les mis\u00e9reux, les mendiants. Invariablement, l&rsquo;homme rejette qui n&rsquo;est pas comme lui.<\/p>\n<p>Dans ses habits d\u00e9chir\u00e9s, l\u00e9gers, crasseux, l&rsquo;\u00e9chine courb\u00e9e sous le poids de la besace, le regard plus inci\u00adsif que jamais, le pauvre de Lagniet<span id='easy-footnote-13-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-13-107443' title='Cf. Recueil de Lagniet, 1637.'><sup>13<\/sup><\/a><\/span> \u2014 celui de toujours \u2014 croise les bras et constate : \u00ab Il doit avoir bien chaud qui a tous ses habitz fur foy \u00bb. Il sonde le coeur et l&rsquo;intelligence de ses contemporains : \u00ab Qu&rsquo;allez-vous faire de moi ?<\/p>\n<h2>3. La r\u00e9action des responsables<\/h2>\n<p>Au Moyen Age, malgr\u00e9 un courant de pens\u00e9e oppos\u00e9, le \u00ab p\u00f4vre \u00bb est respect\u00e9, accueilli, aim\u00e9. Il est \u00ab membre de J\u00e9sus-Christ \u00bb. Saint Beno\u00eet recommande : \u00ab Que l&rsquo;on mette tous ses soins \u00e0 bien recevoir les pauvres et les p\u00e8lerins, car c&rsquo;est surtout en eux qu&rsquo;on re\u00e7oit J\u00e9sus-Christ<span id='easy-footnote-14-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-14-107443' title='R\u00e8gle de saint Beno\u00eet.'><sup>14<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Pierre de Blois d\u00e9signe le pauvre comme \u00ab vicarius Christi \u00bb et l&rsquo;expression \u00ab pauvres de J\u00e9sus-Christ \u00bb est courante.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, les mentalit\u00e9s \u00e9voluent et le xvie si\u00e8cle porte un autre regard sur les pauvres : dangereux, suspects, ceux-ci sont m\u00e9pris\u00e9s parce <i>qu&rsquo;ils ne sont pas des hommes \u00e9panouis. <\/i>S&rsquo;ils veulent \u00eatre reconnus par les riches, ils doivent se r\u00e9signer \u00e0 leur \u00e9tat.<\/p>\n<p>Au si\u00e8cle classique, une distinction se fait jour entre \u00ab les bons \u00bb et \u00ab les mauvais \u00bb pauvres. La gueuserie est brocard\u00e9e par la litt\u00e9rature ; le tra\u00advail, exalt\u00e9 dans beaucoup d&rsquo;\u00e9crits ; l&rsquo;oisivet\u00e9 stigmatis\u00e9e par les spirituels<span id='easy-footnote-15-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-15-107443' title='M. Vincent lui-m\u00eame insistera beaucoup sur le th\u00e8me du travail (Coste IX, 483 \u00e0 498 ; XI, 33 ; XI, 202).'><sup>15<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Il est vrai que les id\u00e9es m\u00e9di\u00e9vales r\u00e9sistent. Mais quand un tel change\u00adment d&rsquo;optique se conjugue avec les effets de l&rsquo;urbanisation croissante et les premiers d\u00e9veloppements du capitalisme, l&rsquo;Etat d\u00e9cide de s\u00e9vir contre ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme un pourrissement excessif, une l\u00e8pre dont il faut d\u00e9barrasser le Royaume.<\/p>\n<h3><i>Les premi\u00e8res mesures<\/i><\/h3>\n<p>En ces temps-l\u00e0, les peines pr\u00e9vues sont terribles : les vagabonds ris\u00adquent les gal\u00e8res ou les travaux forc\u00e9s, car il faut bien des rameurs pour une marine royale superbe et mangeuse d&rsquo;hommes !<\/p>\n<p>D\u00e8s Fran\u00e7ois I<sup>er<\/sup>, les textes l\u00e9gislatifs abondent. Tr\u00e8s vite, ils interdisent la mendicit\u00e9 et l&rsquo;aum\u00f4ne manuelle faite en public.<\/p>\n<p>Pour enrayer le mal, on cr\u00e9e des \u00ab bureaux des pauvres \u00bb destin\u00e9s \u00e0 centraliser les ressources, \u00e0 distribuer les secours apr\u00e8s un recensement, bref \u00e0 court-circuiter la mendicit\u00e9. Dijon, Troyes, Amiens, Poitiers, Rouen insti\u00adtuent des taxes \u00e0 cet effet. On recense, <i>on marque les pauvres (0 ; <\/i>on oblige tous les valides \u00e0 travailler&#8230; on installe des ateliers pour les enfants. Une milice priv\u00e9e est mise sur pied et de nouveaux \u00ab policiers \u00bb apparaissent, les \u00ab bedeaux \u00bb, les \u00ab chasse-pauvres \u00bb ou \u00ab chasse-coquins \u00bb. De pareilles pra\u00adtiques s&rsquo;\u00e9tendent \u00e0 toute l&rsquo;Europe. Mais d&rsquo;aucuns estiment tout ceci insuffi\u00adsant.<\/p>\n<h3><i>Des solutions propos\u00e9es<\/i><\/h3>\n<p>Ces premi\u00e8res mesures, en effet, n&rsquo;enrayent pas le mal. Les esprits \u00e9vo\u00adluent et de curieuses id\u00e9es se font jour.<\/p>\n<p>A Lyon, un h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral \u00ab offre \u00bb \u2014 d\u00e8s 1614 \u2014 un enfermement durable. Pour un peu, il devient exemplaire !<\/p>\n<p>A Paris, en 1611, les pouvoirs publics envisagent l&rsquo;internement et l&rsquo;iso\u00adlement des malades et des mendiants&#8230; Mais les pauvres sentent le pi\u00e8ge : leur libert\u00e9 est compromise ! Des 10 000 pauvres qui tra\u00eenent dans les rues exigu\u00ebs de la capitale, seuls 91 volontaires se pr\u00e9sentent pour \u00eatre enferm\u00e9s. Les autres quittent Paris et se terrent en quelques lieux plus accueillants. En <i>1617, <\/i>ils reviennent en foule, hanter l&rsquo;esprit des bourgeois et braver les sta\u00adtuts gouvernementaux.<\/p>\n<p>Le 19 novembre 1619, un arr\u00eat de la Cour du Parlement reprend l&rsquo;ini\u00adtiative. Peine perdue ! Et malgr\u00e9 trois rappels (1629, 1630, 1632), le projet n&rsquo;aboutit pas. En 1640, Paris compte 450 000 habitants et peut-\u00eatre 40 000 pauvres&#8230; En 1652, leur pr\u00e9sence atteint vraisemblablement les 100 000. La situation devient alors <i>INSUPPORTABLE. <\/i>Il faut les rassembler, nous dirions aujourd&rsquo;hui les parquer ! \u00ab C&rsquo;est tout simple, mon cher, je les arr\u00eate \u00bb, fait dire Jean Anouilh au chancelier S\u00e9guier, interlocuteur de M. Vincent. Et la r\u00e9ponse de ce dernier d\u00e9cuple le cri des pauvres et d\u00e9chire le coeur des vrais chr\u00e9tiens : \u00ab Les pauvres qui ne savent o\u00f9 aller, ni que faire, c&rsquo;est l\u00e0 mon poids et ma douleur \u00bb (Collet, I, 479).<\/p>\n<h3><i>Le grand renfermement des pauvres<\/i><\/h3>\n<p>Si l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un rassemblement des pauvres semble d&rsquo;abord certain, \u00ab l&rsquo;id\u00e9e continue \u00e0 faire son chemin \u00bb. La deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du si\u00e8cle verra sa r\u00e9ali\u00adsation parisienne. Par \u00e9dit du 27 avril 1656, Louis XIV cr\u00e9e l&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral. Le but est clair : officiellement, le roi veut faire oeuvre de bienfaisance ; par ricochet, il s&rsquo;agit de faire mourir la men\u00addicit\u00e9 et de \u00ab nettoyer \u00bb Paris d&rsquo;une p\u00e8gre insolente et d\u00e9shonorante. Alors s&rsquo;organise \u00ab la chasse aux sorci\u00e8res \u00bb. Des archers \u00ab sp\u00e9ciaux \u00bb <i>font <\/i>les rues de Paris, aid\u00e9s en cela par des militaires z\u00e9l\u00e9s et tout heureux d&rsquo;en d\u00e9coudre un peu.<\/p>\n<p>Sinistre plaisanterie royale ! L&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral est une <i>prison, <\/i>le lieu de la s\u00e9paration et de l&rsquo;oubli. La charit\u00e9 publique est la\u00efcis\u00e9e et devient une \u00ab vertu \u00bb sociale et civique. O\u00f9 est le coeur ? O\u00f9 est la foi ? S\u00fbrement pas dans cette opinion th\u00e9ologique courante qui affirme que \u00ab l&rsquo;enfermement \u00bb pr\u00e9pare la r\u00e9int\u00e9gration des pauvres&#8230; qu&rsquo;ils sont l\u00e0, en \u00e9tat de s&rsquo;amender, de pr\u00e9parer leur r\u00e9insertion sociale. Triste religion baptis\u00e9e ainsi gardienne du \u00ab bon ordre \u00bb ! Comme M. Vincent a raison de ne pas envoyer ses mission\u00adnaires dans ces nouvelles gal\u00e8res royales<span id='easy-footnote-16-107443' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/#easy-footnote-bottom-16-107443' title='Coste VI, 245.'><sup>16<\/sup><\/a><\/span> !<\/p>\n<p>Heureusement que ce grand renfermement des pauvres ne recueille pas l&rsquo;unanimit\u00e9. Une r\u00e9sistance \u00e9clair\u00e9e laisse appara\u00eetre d&rsquo;autres orientations : l&rsquo;enseignement des pauvres, la recherche du travail, la formation profession\u00adnelle&#8230;<\/p>\n<h3><i>\u00ab Pourvu que se l\u00e8ve un homme \u00bb<\/i><\/h3>\n<p>La tentative du \u00ab grand renfermement \u00bb des pauvres reste une des tares du pouvoir royal du xvlle si\u00e8cle. Elle r\u00e9v\u00e8le une vision pessimiste du pauvre en m\u00eame temps que l&rsquo;absolutisme d&rsquo;un pouvoir oppresseur.<\/p>\n<p>En jetant ses pauvres en prison, toute la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;encha\u00eene \u00e0 ne pas voir et \u00e0 oublier la densit\u00e9 m\u00eame du Myst\u00e8re de la pauvret\u00e9. Mais dans le tr\u00e9\u00adfonds du coeur humain, une autre image subsiste ; celle de l&rsquo;Homme crucifi\u00e9 dont le pauvre reste toujours le reflet et dont bien des spirituels ne cessent de rappeler la permanence.<\/p>\n<p><i>Il faut r\u00e9apprendre \u00e0 aimer&#8230; <\/i>et \u00e0 aimer le moins aimable ! Qui vien\u00addra resituer le Message \u00e9vang\u00e9lique de l&rsquo;Amour ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Pourvu que se l\u00e8ve un homme<br \/>\nUn homme dans la Cit\u00e9&#8230; \u00bb (J. Brel)<\/p>\n<p>&#8230; un homme <i>PROVIDENTIEL <\/i>qui redise que le pauvre a essentiellement faim <i>d&rsquo;AMOUR <\/i>et de <i>JUSTICE.<\/i><\/p>\n<p>Lentement parmi cette masse flottante, affol\u00e9e, pers\u00e9cut\u00e9e s&rsquo;avance un <i>g\u00e9ant de la Charit\u00e9. <\/i>Tout \u00e0 coup, il fixe cette humanit\u00e9 p\u00e9cheresse d\u00e9j\u00e0 sau\u00adv\u00e9e en J\u00e9sus-Christ. <i>MONSIEUR VINCENT \u2014 <\/i>c&rsquo;est lui ! \u2014 ajuste son regard sur celui du <i>MAITRE <\/i>et crie jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9branler la conscience moderne :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab J&rsquo;ai piti\u00e9 de cette foule ! \u00bb (Marc 8, 2.)<\/p>\n<p>Ses yeux se posent alors pour toujours sur le Pauvre. Il l&rsquo;enveloppe de sa tendresse virile et, dans la douceur de son amour, lui restitue sa v\u00e9ritable identit\u00e9 : le visage de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>Connaissez-vous l&rsquo;histoire de ce regard ?<\/p>\n<h2>Ouvrages consult\u00e9s<\/h2>\n<p>Feillet Alphonse, <i>La mis\u00e8re au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul, <\/i>Didier &amp; Cie, Paris, 1868.<\/p>\n<p>Goubert Pierre, <i>Louis XIV et vingt millions de Fran\u00e7ais, <\/i>collection Pluriel, Fayard, 1966.<\/p>\n<p>Gutton Jean-Pierre, <i>La soci\u00e9t\u00e9 et les pauvres en Europe (xvie-xville si\u00e8cles), <\/i>P.U.F., 1974.<\/p>\n<p>Ibanez Jos\u00e9-Maria, <i>Vicente de Paul y los pobres de su tiempo, <\/i>Ediciones Sigueme, Salamanca, 1977.<\/p>\n<p>Le Roy Ladurie Emmanuel, <i>Les paysans du Languedoc, <\/i>collection Champs, Flam\u00admarion, 1969.<\/p>\n<p>Mandrou Robert, <i>Introduction \u00e0 la France moderne, 1500-1640, <\/i>collection \u00ab L&rsquo;\u00e9vo\u00adlution de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb, Albin Michel, 1974.<\/p>\n<p>Mandrou Robert, <i>La France aux xvile et xville si\u00e8cles, <\/i>collection Nouvelle Clio : \u00ab L&rsquo;histoire et ses probl\u00e8mes \u00bb, P.U.F., 1967.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La p\u00e9riode qui nous occupe court de la fin du r\u00e8gne d&rsquo;Henri III au d\u00e9but du r\u00e8gne personnel de Louis XIV, le lendemain m\u00eame de la mort du cardinal de Mazarin, la derni\u00e8re \u00ab Eminence &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/les-pauvres-au-temps-de-m-vincent\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":107449,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[128],"tags":[],"class_list":["post-107443","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-au-temps-de-vincent-de-paul"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Les pauvres au temps de M. 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