{"id":107362,"date":"2016-08-03T20:00:15","date_gmt":"2016-08-03T18:00:15","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=107362"},"modified":"2016-08-02T20:49:57","modified_gmt":"2016-08-02T18:49:57","slug":"du-divorce","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/du-divorce\/","title":{"rendered":"Du divorce"},"content":{"rendered":"<p>Quand M. le ministre de la justice est venu pro\u00adposer \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le r\u00e9tablissement du divorce, nous avons cru qu\u2019il mettait la morale publique en p\u00e9ril : nous commen\u00e7ons \u00e0 penser qu\u2019il la sauvait. La proposition de divorce res\u00adsemble \u00e0 ces tentatives d\u2019\u00e9meute qui sauvent l\u2019ordre en armant pour lui tout un peuple, dont on ne connaissait pas assez l\u2019union. De m\u00eame, ce premier essai de d\u00e9sordre dans la loi a d\u00e9j\u00e0 arm\u00e9 contre lui l\u2019honn\u00eatet\u00e9 publique, et par l\u2019opposition qu\u2019il rencontre dans l\u2019Assembl\u00e9e on peut juger qu\u2019il mettra la conscience publique en demeure de se montrer. Ici donc, comme aux jours d\u2019\u00e9meute, nous savons que la bonne cause n\u2019a pas besoin de nous. Cependant nous tenons \u00e0 honneur de nous rendre au rappel, assur\u00e9s que plus la soci\u00e9t\u00e9 aura de soldats, plus le combat sera court et la victoire cl\u00e9mente.<\/p>\n<p>La proposition du divorce se produit pour la quatri\u00e8me fois dans nos assembl\u00e9es l\u00e9gislatives. En 1792 et en 1802 on en fit une question de mo\u00adrale, et le divorce fut admis comme une cons\u00e9\u00adquence du contrat social. En 1831 on en lit une affaire de libert\u00e9 religieuse, et le divorce fut de\u00admand\u00e9 en haine de la religion d\u2019Etat qui venait de p\u00e9rir. En 1848 la question morale et religieuse est en m\u00eame temps politique ; on propose le divorce comme une des institutions n\u00e9cessaires de la d\u00e9\u00admocratie. Nous \u00e9tudierons la proposition sous ces trois formes, et nous combattrons le divorce comme attentatoire \u00e0 la famille et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, comme con\u00adtraire \u00e0 la libert\u00e9 de conscience, comme oppos\u00e9 a l\u2019esprit m\u00eame des institutions d\u00e9mocratiques. La premi\u00e8re \u00e9tude ne nous arr\u00eatera qu\u2019un moment \u00e0 cette hauteur de vues philosophiques o\u00f9 il est heureux que les esprits vou\u00e9s aux affaires soient ramen\u00e9s de loin en loin. La seconde \u00e9tude nous engagera dans une discussion historique o\u00f9 nous aurons \u00e0 redresser beaucoup d\u2019erreurs. La troi\u00adsi\u00e8me nous conduira \u00e0 la critique de la loi jusque dans ses derniers d\u00e9tails.<\/p>\n<h2>I<\/h2>\n<p>Les l\u00e9gislateurs de 1792 ne reconnurent dans le mariage qu\u2019un contrat : et, partant de ce principe que nul ne peut ali\u00e9ner \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 sa libert\u00e9 per\u00adsonnelle, ils conclurent que le contrat matrimo\u00adnial se dissout par les m\u00eames volont\u00e9s qui le for\u00adm\u00e8rent. Yoil\u00e0 pourquoi ils permirent le divorce pour <em>cause d\u2019imcompatibilit\u00e8 d\u2019humeur et de carac\u00adt\u00e8re<\/em>, et livr\u00e8rent la dur\u00e9e de F union conjugale \u00e0 toute l\u2019inconstance, non pas m\u00eame des passions, mais des caprices. Les r\u00e9dacteurs du Code civil eurent horreur de cet exc\u00e8s, et, en consid\u00e9rant le mariage comme un contrat, ils ne permirent point de le confondre avec les conventions ordinaires. Ils y firent intervenir, comme partie int\u00e9ress\u00e9e, l\u2019Etat, sans la participation duquel le mariage ne peut se dissoudre. Ils le rendirent juge du divorce <em>pour causes d\u00e9termin\u00e9es<\/em> et t\u00e9moin des longues \u00e9preuves auxquelles ils soumirent le divorce par <em>consente\u00adment mutuel<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait beaucoup pour une soci\u00e9t\u00e9 toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e du mat\u00e9rialisme du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle et toute souill\u00e9e de cinquante ans de dissolutions. Ce serait bien peu pour la France de 1848, pour un peuple spiritualiste, et qui pousse jusqu\u2019o\u00f9 nous l\u2019avons vu la haine de l\u2019\u00e9go\u00efsme et la passion du d\u00e9voue\u00adment.<\/p>\n<p>Comme tous les spiritualisles, nous voyons dans le mariage plus qu\u2019un contrat : nous y reconnais\u00adsons un sacrifice, et c\u2019est pour cette raison que chez tous les peuples il a voulu des autels pour t\u00e9moins et des dieux pour vengeurs. L\u00e0 m\u00eame o\u00f9, par une \u00e9conomie qui peut se justifier, le magis\u00adtrat re\u00e7oit la d\u00e9claration des \u00e9poux comme un acte purement civil, assur\u00e9ment, s\u2019il porte le c\u0153ur d\u2019un honn\u00eate homme sous l\u2019\u00e9charpe municipale, il n\u2019intervient pas au mariage comme \u00e0 une adju\u00addication ou comme au bail des biens communaux.<\/p>\n<p>Il y a donc dans le mariage un sacrifice, ou plut\u00f4t il y en a deux. La femme sacrifie ce que Dieu lui a donn\u00e9 d\u2019irr\u00e9parable, ce qui faisait la sollicitude de sa m\u00e8re. Elle sacrifie toujours sa premi\u00e8re beaut\u00e9, souvent sa sant\u00e9, et enfin ce pouvoir d\u2019aimer qu\u2019elle n\u2019a ordinairement qu\u2019une fois. Le veuvage m\u00eame, qui lui rend la libre disposition de sa main, n\u2019a pas la puissance de lui rendre ce charme que le monde respecte et que les hommes les plus g\u00e2t\u00e9s subissent. L\u2019homme, en retour, sacrifie sa libert\u00e9, il la sacrifie plus n\u00e9cessairement, plus irr\u00e9voca\u00adblement qu\u2019on ne pense. L\u2019homme, arriv\u00e9 au ferme de son \u00e9ducation, dans toute la force de son corps et de son esprit, ma\u00eetre de lui-m\u00eame, se lasse bient\u00f4t de s\u2019appartenir. Il est tourment\u00e9 d\u2019un be\u00adsoin infini de se donner, et s\u2019il ne se donne pas tout entier \u00e0 Dieu dans le service de la pri\u00e8re, ou \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans le service des armes, un inexorable ennui ne lui laisse pas de paix qu\u2019il n\u2019ait trouv\u00e9 au monde une cr\u00e9ature qu\u2019il ne connaissait pas hier et\u00e0 laquelle il est heureux, si elle le veut bien, de se consacrer pour toujours. Et, en effet, il 11e d\u00e9pend pas de lui de se donner \u00e0 demi. Le moment o\u00f9 l\u2019homme dispose de son c\u0153ur est aussi celui o\u00f9 il dispose de sa destin\u00e9e. Tout son avenir d\u00e9pend du choix de la personne qui sera d\u00e9sormais l\u2019in\u00adspiratrice et peut-\u00eatre la compagne de ses travaux, aupr\u00e8s de laquelle il viendra chercher le conseil des moments difficiles et la consolation des jours mauvais. Le mariage ne fixe pas seulement la cou\u00adche et le foyer, il d\u00e9cide de la carri\u00e8re, il entame la vie. Rien ne rendra plus \u00e0 l\u2019homme ces incom\u00adparables ann\u00e9es de sa jeunesse, o\u00f9 il ne voyait que des routes ouvertes, cet essor de l\u2019imagination, capable de tout, except\u00e9 de d\u00e9sesp\u00e9rer, et cet effort d\u2019un premier amour qui peut tout vaincre pour faire \u00e0 autrui un sort glorieux et doux. S\u2019ils savent ce qu\u2019ils font, les deux \u00e9poux sacrifient toutes ces choses, ils sont heureux de les sacrifier : ils n\u2019ont pas besoin, ils ne peuvent pas souffrir qu\u2019aucune loi vienne les prot\u00e9ger contre eux-m\u00eames, leur in\u00adterdire l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 de leur personne, changer le don en louage \u00e0 terme et faire du ma\u00adriage un march\u00e9.<\/p>\n<p>Mais ce double sacrifice, les \u00e9poux ne se le font pas seulement l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, ils le font \u00e0 d\u2019autres personnes absentes et inconnues : aux enfants \u00e0 na\u00eetre, en faveur desquels ils consentent \u00e0 subir toutes les charges et toutes les douleurs de la vie domestique, \u00e0 donner jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re veille de leurs nuits, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte de leurs sueurs et de leur sang. Ces personnes absentes ne surviennent pas toujours, elles sont toujours pos\u00adsibles. Les enfants n\u00e9s ou \u00e0 na\u00eetre sont les cr\u00e9an\u00adciers perp\u00e9tuels de l\u2019association conjugale. Elle leur doit premi\u00e8rement la vie, l\u2019\u00e9ducation jusqu\u2019\u00e0 la majorit\u00e9, peut-\u00eatre des aliments \u00e0 tout \u00e2ge, et assur\u00e9ment des conseils et des exemples. Elle leur doit ce que les \u00e9poux divorc\u00e9s ne peuvent plus te\u00adnir, lors m\u00eame qu\u2019ils ont fait de leurs enfants un partage impie. Voil\u00e0 des tiers qui n\u2019ont point pris part au contrat, dont il a fix\u00e9 le sort, qui ne per\u00admettent pas de le r\u00e9soudre, car ils peuvent moins encore que les parties contractantes \u00eatre remis au premier \u00e9tat, restitu\u00e9s in integrum, comme parlent les jurisconsultes. Dieu m\u00eame ne leur rendrait pas la paix du n\u00e9ant ; il ne les d\u00e9chargerait pas du lourd devoir de la vie, ni de cette immortalit\u00e9 dont leurs parents r\u00e9pondent. Le mariage n\u2019a que des cons\u00e9quences irr\u00e9parables; la famille qu\u2019il cr\u00e9e ne peut donc avoir que des liens indissolubles.<\/p>\n<p>L\u2019indissolubilit\u00e9, qui fait la force de la famille, en fait aussi le mod\u00e8le de toutes les soci\u00e9t\u00e9s poli\u00adtiques. Les soci\u00e9t\u00e9s n\u2019ont que deux principes pos\u00adsibles, ou l\u2019\u00e9go\u00efsme et l\u2019exploitation de tous au profit de chacun, ou le sacrifice et le d\u00e9vouement de chacun au bien de tous. Le principe de d\u00e9voue\u00adment domine les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 mesure qu\u2019elles devien\u00adnent plus parfaites, \u00e0 mesure qu\u2019elles appellent un plus grand nombre de citoyens \u00e0 les gouverner, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 les servir; et c\u2019est en ce sens que<\/p>\n<p>Montesquieu professe que la vertu est le fondement n\u00e9cessaire des r\u00e9publiques. Mais la famille est l\u2019\u00e9cole m\u00eame du sacrifice ; c\u2019est au chevet du lit de sa femme, au berceau de son enfant, que l\u2019homme apprend \u00e0 se priver, \u00e0 se contraindre, \u00e0 se d\u00e9vouer, qu\u2019il apprend \u00e0 vivre pour autrui, non pas condi\u00adtionnellement, non pour un temps, mais \u00e0 perp\u00e9\u00adtuit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il apprend tous les devoirs de la vie civile. Voil\u00e0 pourquoi, dans ce besoin de r\u00e9\u00adforme qui tourmente la soci\u00e9t\u00e9 moderne, elle cherche \u00e0 se rapprocher de la famille, \u00e0 se modeler sur elle, \u00e0 lui emprunter la fraternit\u00e9 qu\u2019elle inscrit dans ses lois. Assur\u00e9ment le moment serait mal choisi pour affaiblir cette sainte discipline de la vie domestique, pour en rel\u00e2cher les n\u0153uds, quand tout le travail du si\u00e8cle est de resserrer les liens de chaque nation en faisant dispara\u00eetre les in\u00e9galit\u00e9s qui divisaient les citoyens, et d\u2019unir plus \u00e9troite\u00adment toute la race humaine, par les d\u00e9crets qui abo\u00adlissent l\u2019esclavage et par les trait\u00e9s qui consacrent la solidarit\u00e9 des peuples.<\/p>\n<p>Ainsi nous repoussons le divorce comme profa\u00adnant le mariage, o\u00f9 il introduit la polygamie suc\u00adcessive, et, ce qui est pire encore, la polygamie de la femme, que les l\u00e9gislations les plus rel\u00e2ch\u00e9es n\u2019ont jamais connue. Nous le repoussons comme exer\u00e7ant sur la famille un pouvoir qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 la mort, comme violant les droits des enfants dont il fait des orphelins, et des orphelins qui n\u2019ont pas m\u00eame la piti\u00e9, qui n\u2019ont que la d\u00e9faveur des hommes. Nous le repoussons comme l\u2019abolition du sacrifice dans la soci\u00e9t\u00e9, comme un exemple fait pour apprendre aux passions qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019en\u00adgagements si sacr\u00e9s qu\u2019elles n\u2019aient le droit de dis\u00adsoudre.<\/p>\n<p>Le divorce trouve cependant deux sortes de d\u00e9\u00adfenseurs. Les premiers le soutiennent avec les r\u00e9dacteurs du Code civil, \u00ab non comme un bien, mais comme le rem\u00e8de d\u2019un mal, inutile chez un peuple naissant dont les m\u0153urs pures assureraient le bonheur des \u00e9poux, n\u00e9cessaire si facti\u00adce vit\u00e9 des passions et le d\u00e9r\u00e8glement des m\u0153urs pouvaient entra\u00eener la violations del\u00e0 foi promise et les d\u00e9sordres incalculables qui en sont la suite.\u00bb Les arguments de ces publicistes se r\u00e9duisent \u00e0 faire du divorce une consolation au malheur des mariages mal assortis, et un moyen de r\u00e9gulariser le scandale des mariages d\u00e9shonor\u00e9s.<\/p>\n<p>Sans doute, nous reconnaissons tout ce qu\u2019il y a d\u2019inconsolables douleurs dans l\u2019\u00e9ternelle union de deux personnes irrit\u00e9es par des torts graves ou par l\u2019incompatibilit\u00e9 de leurs caract\u00e8res. Mais nous n\u2019avons jamais vu qu\u2019un devoir cesse d\u2019\u00eatre sacr\u00e9 parce qu\u2019il devient douloureux, ni que la loi, par exemple, ait song\u00e9 \u00e0 dissoudre le lien de paternit\u00e9 parce qu\u2019il y a des p\u00e8res injustes et des fils ingrats. Bien plus, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause du malheur des mauvais mariages que nous en voulons la perp\u00e9tuit\u00e9. Nous la voulons comme une menace ca\u00adpable d\u2019arr\u00eater les \u00e9poux au moment d\u2019une de ces offenses qui ne se pardonnent pas, capable surtout d\u2019arr\u00eater les parties contractantes \u00e0 la veille de ces unions que l\u2019int\u00e9r\u00eat forme sans prendre conseil du c\u0153ur, et qui se multiplieraient \u00e0 l\u2019infini d\u00e8s qu\u2019elles seraient r\u00e9parables comme une mauvaise affaire et comme un faux calcul.<\/p>\n<p>En ce qui touche le scandale, nous le souffrons dans les m\u0153urs, mais nous ne le supportons pas dans les lois. Si, malgr\u00e9 l\u2019opini\u00e2tret\u00e9 des m\u0153urs, nos lois n\u2019ont jamais consenti \u00e0 r\u00e9gulariser Tbomicide par le duel, nous ne comprendrions pas qu\u2019elles con\u00adsentissent \u00e0 organiser l\u2019adult\u00e8re par le divorce. Tout l\u2019effort des l\u00e9gislations est de reproduire l\u2019ordre providentiel qui r\u00e9git les soci\u00e9t\u00e9s, par cons\u00e9quent de proposer un id\u00e9al qui domine la r\u00e9alit\u00e9, qui tende sans cesse \u00e0 relever le niveau de la moralit\u00e9 publique. Le mauvais exemple des d\u00e9r\u00e8glements que la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9prouve, qu\u2019elle punit quelquefois, qu\u2019elle g\u00eane toujours, est bien moins dangereux que celui d\u2019un d\u00e9sordre qu\u2019elle autorise, qu\u2019elle pro\u00adt\u00e8ge, qu\u2019elle offre comme un refuge aux vertus faibles, comme un but aux vices qui calculent. Pensez-vous diminuer l\u2019adult\u00e8re quand vous aurez diminu\u00e9 la saintet\u00e9 du mariage, quand vous aurez .encourag\u00e9 le mari infid\u00e8le en faisant du divorce la r\u00e9compense de son infid\u00e9lit\u00e9, pourvu qu\u2019il la pousse jusqu\u2019\u00e0 produire sa concubine dans la maison conjugale? Pensez-vous pourvoir \u00e0 l\u2019\u00e9ducation forte que veut une g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9publicaine, en l\u2019\u00e9- levant \u00e0 des foyers que le divorce pourra \u00e9teindre, en l\u2019habituant au spectacle de l\u2019instabilit\u00e9, \u00e0 ne plus rien conna\u00eetre d\u2019\u00e9ternel, ni par cons\u00e9quent de respectable?<\/p>\n<p>Ces pr\u00e9visions du raisonnement se confirment par les faits. La statistique du divorce dans les contr\u00e9es de l\u2019Europe o\u00f9 la loi le permet n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement dress\u00e9e. On n\u2019en a pas besoin pour savoir que ces contr\u00e9es donnent l\u2019exemple d\u2019une immoralit\u00e9 inconnue aux nations qui pro\u00adfessent l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage. Il n\u2019est plus permis de se rejeter comme autrefois sur la cor\u00adruption de l\u2019Espagne et de l\u2019Italie : personne n\u2019o\u00adserait plus faire retomber le d\u00e9sordre d\u2019une poign\u00e9e de noblesse et de bourgeoisie sur des peuples chastes, jaloux jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s de la vertu de leurs femmes et de leurs filles, Au contraire, il y a longtemps que les protestants d\u00e9plorent la licence des m\u0153urs de Berne et de Gen\u00e8ve. On ne conna\u00eet que trop le rel\u00e2chement qui d\u00e9shonore l\u2019Allemagne, et qui fait que, dans les grandes villes, le chiffre des enfants naturels d\u00e9passe celui des enfants l\u00e9gitimes. Le nombre des naissances irr\u00e9guli\u00e8res cro\u00eet avec celui des divorces qui, en 1857, s\u2019\u00e9leva pour la Prusse \u00e0 2,591, sans parler de 1497 demandes que les tribunaux rejet\u00e8rent. Ces progr\u00e8s ont effray\u00e9 le gou\u00advernement prussien, et ses jurisconsultes les plus consomm\u00e9s s\u2019occupaient, il y a deux ans, de rendre la dissolution du mariage moins facile. La m\u00eame question pr\u00e9occupa le parlement anglais au com\u00admencement de ce si\u00e8cle, et fit l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat dans lequel l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rochester d\u00e9clara que, sur dix demandes en divorce pour cause d\u2019adult\u00e8re, il y en avait neuf o\u00f9 le s\u00e9ducteur \u00e9tait convenu d\u2019a\u00advance avec le mari de lui fournir les preuves de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de sa femme. Le mal en est venu \u00e0 ce point de supposer la conversation criminelle, de la prouver par faux t\u00e9moignage, pour obtenir la rup\u00adture d\u2019une union d\u00e9test\u00e9e. Et en m\u00eame temps, pour juger ce que peut le divorce contre le d\u00e9bordement du concubinage, on a la preuve qu\u2019en 1830 Londres comptait 75,000 personnes vou\u00e9es \u00e0 la prostitution publique, tandis que Paris n\u2019en avait que 12,000, et que Rome conserve encore aujourd\u2019hui l\u2019honneur de ne pas conna\u00eetre cet autre \u00ab mal n\u00e9cessaire \u00bb des Etats polic\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais le divorce trouve d\u2019autres d\u00e9fenseurs qui le proposent, non comme une concession, mais comme un progr\u00e8s, comme le premier pas d\u2019une doctrine destin\u00e9e \u00e0 commencer par la famille la r\u00e9forme de la soci\u00e9t\u00e9. Ces d\u00e9fenseurs sont l\u00e9s communistes de toutes les \u00e9coles. Si les saint- simoniens repoussaient le dogme de la com\u00admunaut\u00e9 des femmes, on n\u2019a pas oubli\u00e9 l\u2019obscu\u00adrit\u00e9 dont ils voilaient leur th\u00e9orie du mariage, et le schisme qui \u00e9clata lorsque Enfantin, d\u00e9chirant le voile, enseigna \u00ab que celui-l\u00e0 ne serait pas fils de Saint-Simon, qui voudrait prescrire \u00e0 la femme une loi et lui imposer des devoirs. \u00bb Les phalanst\u00e9riens ont des myst\u00e8res moins imp\u00e9n\u00e9trables, et dans la table des passions dress\u00e9e par Fourier, a c\u00f4t\u00e9 du familisme, qui tend \u00e0 resserrer, \u00e0 perp\u00e9tuer les liens du sang, on trouve la papillonne, qui est le besoin l\u00e9gitime de varier ses amours comme ses pens\u00e9es. Il faut \u00eatre juste envers les communistes icariens : M. Cabet se contente du divorce et main\u00adtient avec une fermet\u00e9 m\u00e9ritoire la n\u00e9cessit\u00e9 du ma\u00adriage. Mais, en respectant l\u2019honorable incons\u00e9\u00adquence d\u2019un certain nombre d\u2019esprits d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 trahir la logique plut\u00f4t que la morale, il est in\u00adstructif de suivre des penseurs plus hardis et de voir jusqu\u2019o\u00f9 ils pousseront la rigueur et la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 des conclusions. C\u2019est le m\u00e9rite de la secte la plus avanc\u00e9e du communisme, de celle qui a pris le nom de soci\u00e9t\u00e9 des travailleurs \u00e9galitaires. Ses doctrines sont r\u00e9sum\u00e9es dans le proc\u00e8s-verbal d\u2019une s\u00e9ance tenue le 20 juillet 1841, o\u00f9 l\u2019on arr\u00eata les dogmes suivants :\u00a0\u00ab Le mat\u00e9rialisme doit \u00eatre proclam\u00e9 comme la loi inalt\u00e9rable de la nature sur laquelle tout se fonde, et qu\u2019on ne saurait violer sans tomber dans l\u2019erreur. La famille doit \u00eatre supprim\u00e9e, parce qu\u2019elle d\u00e9truit l&rsquo;harmonie de la fraternit\u00e9 qui seule peut unir les hommes, et qu\u2019elle devient la cause de tous les vices qui les ce corrompent. Le mariage doit dispara\u00eetre comme une loi injuste qui rend esclave ce que la nature a rendu libre, et qui fait de la chair une propri\u00e9i\u00e9 personnelle. Par l\u00e0 m\u00eame il rend impossible la communaut\u00e9 des biens et par cons\u00e9quent le bonheur, puisqu\u2019il est \u00e9vident que la communaut\u00e9 des biens ne supporte aucune sorte de propri\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Ces maximes ont de quoi soulever la conscience : le raisonnement ne peut rien contre la rigueur de leur encha\u00eenement. Il faut proclamer le r\u00e8gne du mat\u00e9rialisme, quand on fait profession de r\u00e9habi\u00adliter tous les app\u00e9tits, de supprimer la souffrance comme un abus des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9cr\u00e9pites, et l\u2019abn\u00e9\u00adgation comme une doctrine introduite par les pr\u00ea\u00adtres pour tenir les peuples dans l\u2019ob\u00e9issance. 11 faut d\u00e9truire la famille pour exterminer la pro\u00adpri\u00e9t\u00e9, dont la famille est l\u2019\u00e9ternelle racine : vaine\u00adment d\u00e9cr\u00e9terez-vous l\u2019\u00e9galit\u00e9 des fortunes, tant que subsistera l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des charges que la pater\u00adnit\u00e9 impose, et que les p\u00e8res n\u2019auront pas \u00e9touff\u00e9 dans leur c\u0153ur le besoin de pourvoir apr\u00e8s eux \u00e0 la destin\u00e9e de leurs enfants. Il faut surtout frapper le mariage pour en finir avec un ordre social dont il est le n\u0153ud; et la loi du divorce est le premier acte de la politique r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice qui inaugurera la com\u00admunaut\u00e9 des femmes pour assurer la communaut\u00e9 des biens.<\/p>\n<h2>II<\/h2>\n<p>La loi du 8 mai 1816 avait aboli le divorce. Le 11 d\u00e9cembre 1851, la proposition de M. de Sclio- nen pour l\u2019abrogation de cette loi fut adopt\u00e9e par la chambre des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 la majorit\u00e9 de cent quatre- vingt-quinze voix contre soixante et dix. Une seule pens\u00e9e, on pourrait dire une seule passion, domina la discussion et entra\u00eena le vote : c\u2019\u00e9tait la haine de la religion d\u2019Etat dont les vainqueurs d\u2019alors avaient maudit le joug pendant quinze ans. Les d\u00e9\u00adveloppements que iI. deSchonen donnait \u00e0 sa propo\u00adsition, le rapport de M. Odilon Barrot, le savant discours de M. de Salverte, qui tourna toute l\u2019his\u00adtoire contrele dogmede l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage, tout le d\u00e9bat en un mot se r\u00e9duisit \u00e0 une question de libert\u00e9 religieuse. Le divorce fut repr\u00e9sent\u00e9 comme le droit commun des soci\u00e9t\u00e9s polic\u00e9es, con\u00adsacr\u00e9 par les lois juda\u00efques et la jurisprudence ro\u00admaine, tol\u00e9r\u00e9 par le Christianisme, jusqu\u2019au mo- mento\u00f9 les papes, \u00e9tendant leurs pr\u00e9tentions, firent de la doctrine de l\u2019indissolubilit\u00e9 un moyen d\u2019in\u00adqui\u00e9ter la conscience des rois. Mais la libert\u00e9, disait- on, s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e dans l\u2019Eglise grecque, jusque dans la catholique Pologne, enfin dans toutes les communions protestantes qui permirent la rupture de l\u2019union conjugale. En pr\u00e9sence de ces contradictions, l\u2019abolition du divorce \u00e9tait une invasion du dogme dans le domaine du droit, un achemine\u00adment \u00e0 la loi du sacril\u00e8ge, une oppression des con\u00adsciences.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on ouvre les journaux du temps et qu\u2019on se donne le spectacle de cette discussion m\u00e9morable, on s\u2019\u00e9tonne de l\u2019emportement de ces passions irr\u00e9\u00adligieuses que nous ne connaissons plus, et il faut bien avouer que l\u2019Eglise eut plus \u00e0 craindre des derniers serviteurs de la royaut\u00e9 que des combat\u00adtants de la R\u00e9publique. Mais, en reconnaissant que la d\u00e9fense du divorce, telle que la pr\u00e9sent\u00e8rent les orateurs de 1831, ne trouverait plus le m\u00eame ac\u00adcueil, on ne peut dissimuler la gravit\u00e9 des arguments qu\u2019ils produisirent, ni s\u2019abstenir d\u2019une controverse historique o\u00f9 les faits mal \u00e9tudi\u00e9s ont pu tromper les meilleurs esprits.<\/p>\n<p>Il est vrai que Mo\u00efse (Deut\u00e9ronome, xxiv, 1) permet au mari de r\u00e9pudier sa femme s\u2019il la trouve fl\u00e9trie de quelque souillure, et que la loi des douze tables accordait au citoyen romain le m\u00eame droit. C\u2019est l\u2019effet du pouvoir marital tel que l\u2019antiquit\u00e9 le con\u00e7ut, qui faisait asseoir l\u2019\u00e9poux comme juge au tribunal domestique, et mettait la femme \u00e0 ses pieds comme une cr\u00e9ature d\u00e9chue, par cons\u00e9quent fragile et dangereuse. Mais ce droit que le mari seul exerce n\u2019a rien de commun avec le divorce dont la femme peut se pr\u00e9valoir ; s\u2019il d\u00e9truit toute libert\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 conjugale, il n\u2019y institue pas l\u2019anarchie; il conserve du moins l\u2019unitc de la fa\u00admille en laissant au p\u00e8re le gouvernement et la charge des enfants. La r\u00e9pudiation est une menace de la loi dont les m\u0153urs n\u2019abusent point, puisque chez les Juifs on en voit peu d\u2019exemples jusqu\u2019au retour de la captivit\u00e9, et que Rome v\u00e9cut cinq si\u00e8cles, les plus h\u00e9ro\u00efques de son histoire, sans qu\u2019un ci\u00adtoyen os\u00e2t violer les auspices qui consacraient le mariage. Au contraire, quand le d\u00e9bordement des m\u0153urs eut introduit le divorce mutuel, telle de\u00advient l\u2019impuissance de la loi romaine, la plus sage cependant qui soit sortie de la main des hommes, qu\u2019au temps de S\u00e9n\u00e8que les matrones comptaient les ann\u00e9es par le nombre de leurs \u00e9poux, au lieu du nom des consuls, et que plus tard elles pouss\u00e8\u00adrent le progr\u00e8s \u00e0 ce point que saint J\u00e9r\u00f4me assista aux fun\u00e9railles d\u2019une femme qui avait eu vingt-deux maris.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s v\u00e9ritable \u00e9tait de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9, non pas en armant la femme du libelle de r\u00e9pu\u00addiation, mais en d\u00e9sarmant le mari de ce pouvoir ju\u00addiciaire que lui conf\u00e9rait la duret\u00e9del\u2019ancienne loi. Le Christianisme donne \u00e0 l\u2019\u00e9pouse bien plus que la libert\u00e9, il lui donne l\u2019empire du c\u0153ur de l\u2019homme; il lui attribue sur la personne, de son \u00e9poux un droit que nulle l\u00e9gislation n\u2019avait reconnu; il exige pour elle autant qu\u2019elle accorde. Et voil\u00e0 pourquoi les premiers disciples de l\u2019Evangile, \u00e9tonn\u00e9s d\u2019une doctrine si nouvelle, r\u00e9pondaient : \u00ab S\u2019il en est ainsi des droits de la femme, mieux vaut pour l\u2019homme ne se marier jamais. \u00bb C\u2019\u00e9\u00adtait pourtant le mariage chr\u00e9tien, avec le dogme de l\u2019indissolubilit\u00e9, qui devait r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la famille et la soci\u00e9t\u00e9 romaine, au moment m\u00eame o\u00f9 les progr\u00e8s du c\u00e9libat d\u00e9peuplaient l\u2019empire, en d\u00e9pit des d\u00e9crets qui encourageaient les justes noces et qui r\u00e9compensaient la f\u00e9condit\u00e9. Aussi l\u2019histoire de l\u2019Eglise n\u2019a peut-\u00eatre pas de spectacle plus atta\u00adchant que cet effort de la famille chr\u00e9tienne pour se constituer au milieu des r\u00e9sistances du paganisme qui survivait dans les lois longtemps apr\u00e8s avoir p\u00e9ri dans les temples. Les P\u00e8res ne se lassent pas de combattre comme une tentation cette libert\u00e9 du di\u00advorce que les fid\u00e8les trouvaient dans les consti\u00adtutions des princes et dans l\u2019enseignement des ju\u00adrisconsultes. \u00ab Autres sont les lois des C\u00e9sars, disait saint J\u00e9r\u00f4me, autres celles du Christ. Papinien a ses pr\u00e9ceptes, mais Paul, notre ma\u00eetre, a les siens. \u00bb (Epist. 72, ad Oceanum.) Saint Jean Chrysostome ajoutait :\u00a0\u00ab Ne me citez pas les lois qui ordonnent de signifier la r\u00e9pudiation et de rompre le mariage. Dieu ne vous jugera point sur les lois des hommes, mais sur celles qu\u2019il a dict\u00e9es. \u00bb (De LibelL rep.) L\u2019\u00c9glise \u00e9tait si loin de recevoir, comme on l\u2019a dit, en mati\u00e8re de di\u00advorce, les maximes du droit civil, que le deuxi\u00e8me concile de Mi l\u00e8ve, en 410, interdit aux \u00e9poux s\u00e9pa\u00adr\u00e9s, au mari comme \u00e0 la femme, de convoler \u00e0 d\u2019autres noces, et soumet les contrevenants \u00e0 la p\u00e9nitence publique. Ces temps sont Page d\u2019or du Christianisme ; on ne leur reproche ni les supersti\u00adtions ni les usurpations dont on noircit les si\u00e8cles suivants. Et cependant la doctrine de l\u2019indissolu\u00adbilit\u00e9 y avait d\u00e9j\u00e0 toute sa force; elle commen\u00e7ait \u00e0 vaincre le rel\u00e2chement des moeurs romaines, quand elle rencontra de nouveaux p\u00e9rils dans les instincts et dans les coutumes des conqu\u00e9rants barbares qui ouvrirent le moyen \u00e2ge.<\/p>\n<p>Le droit commun des peuples du Nord permettait la polygamie \u00e0 leurs chefs. Les rois des Francs de\u00advenus chr\u00e9tiens cherch\u00e8rent \u00e0 retenir au moins le privil\u00e8ge de la polygamie successive, c\u2019est-\u00e0-dire de la r\u00e9pudiation. De l\u00e0 ces exemples dont les d\u00e9fen\u00adseurs du divorce se sont pr\u00e9valus : ces rois de la premi\u00e8re et de la seconde race se d\u00e9faisant de leurs \u00e9pouses et trouvant des \u00e9v\u00eaquespour b\u00e9nir l\u2019adult\u00e8re l\u00e9gal, comme on en trouva plus tard pour b\u00e9nir le duel judiciaire. Toutefois, la discipline des premiers si\u00e8cles conservait tant d\u2019autorit\u00e9, en 857, qu\u2019un descendant de Charlemagne, le roi Lothairc, ayant r\u00e9pudi\u00e9 Thietberge, le pape Nicolas I<sup>er<\/sup> ne craignit pas de le d\u00e9noncer \u00e0 l\u2019indignation de l\u2019univers,\u00a0\u00ab Car nous ne souffrirons pas, disait-il, que le d\u00e9sordre \u00e9tende ses racines. Et qui donc emp\u00eacherait d\u00e9sormais les hommes, quand ils seront las de leurs femmes, de les accabler de pers\u00e9cutions jus\u00ad\u00e9e qu\u2019\u00e0 qu\u2019elles sollicitent la rupture du mariage, ou de les contraindre par mauvais traitements \u00e0 se d\u00e9clarer coupables d\u2019un crime capital? \u00bb On a beaucoup cit\u00e9 le divorce de Louis le B\u00e8gue : on oubliait que le souverain pontife Jean VIII, venu en France pour sacrer le roi, refusa de cou\u00adronner la seconde \u00e9pouse qui usurpait le nom de reine. Ainsi les papes commen\u00e7aient \u00e0 troubler la conscience des rois ; ils commen\u00e7aient plus t\u00f4t qu\u2019on ne pense commun\u00e9ment, longtemps avant les efforts d\u2019innocent III pour s\u00e9parer Philippe Auguste de cette Agn\u00e8s de M\u00e9ranie qui a fait couler tant de larmes de th\u00e9\u00e2tre : ils continu\u00e8rent, avec plus d\u2019opini\u00e2tret\u00e9 qu\u2019on, ne croit, jusqu\u2019au temps o\u00f9 ils consentirent \u00e0 voir le schisme d\u2019Henri VIII plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 signer l\u2019acte de son adult\u00e8re. En effet, ils ne pouvaient rien de plus grand que de troubler ces consciences qui se trouvaient au-dessus des lois ; que de laisser p\u00e9rir une province de l\u2019Eglise plut\u00f4t que le dogme g\u00e9n\u00e9rateur de la famille chr\u00e9\u00adtienne, plut\u00f4t que ce respect des femmes qui fit la dignit\u00e9 des moeurs publiques au moyen \u00e2ge et qui commen\u00e7a l\u2019\u00e9ducation de la soci\u00e9t\u00e9 mo\u00adderne. Dans ces querelles o\u00f9 l\u2019on n\u2019a voulu voir que les rivalit\u00e9s des deux puissances, nous trouvons qu\u2019il s\u2019agit de tout le spiritualisme chr\u00e9tien, et de savoir qui restera ma\u00eetre du monde, l\u2019esprit ou la chair. Il s\u2019agit aussi de toute la libert\u00e9. Les papes savaient bien la faiblesse du c\u0153ur humain, et que si le libre arbitre n\u2019a pas d\u2019autre refuge, il tiendra difficilement contre les menaces et contre les s\u00e9duc\u00adtions du dehors. Ils savaient, au contraire, tout ce que Y homme trouve de force dans ces liens du ma\u00adriage et de la paternit\u00e9 qui le g\u00eanent, mais qui le soutiennent. C\u2019est pourquoi ils s\u2019attachaient \u00e0 for\u00adtifier la famille, \u00e0 la mettre sous l\u2019empire du droit canonique, en la d\u00e9robant \u00e0 l\u2019arbitraire des lois civiles, \u00e0 en faire comme un rempart o\u00f9 la libert\u00e9 morale pourrait d\u00e9fier toutes les tyrannies.<\/p>\n<p>En effet, le divorce fut si peu une loi de libert\u00e9, qu\u2019il fit son av\u00e8nement, au seizi\u00e8me si\u00e8cle, avec les doctrines qui niaient le libre arbitre dans l\u2019homme, et qui r\u00e9tablissaient la th\u00e9ocratie antique dans l\u2019E\u00adtat. Quand Luther eut enseign\u00e9 \u00ab qu\u2019il est aussi impossible de se contenir que de se d\u00e9pouiller de son sexe, \u00bb il ne fallut plus s\u2019\u00e9tonner qu\u2019il per\u00adm\u00eet la r\u00e9pudiation, et qu\u2019il descend\u00eet jusqu\u2019\u00e0 la po\u00adlygamie des patriarches, en autorisant le land\u00adgrave de Hesse \u00e0 \u00e9pouser, sans pr\u00e9judice de la landgravine, une autre femme, \u00ab pour certaines \u00ab n\u00e9cessit\u00e9s de corps et d\u2019esprit. \u00bb Cc fut le divorce de Henri VIII qui mit dans ses mains Je gouverne\u00adment de l\u2019Eglise d\u2019Angleterre, et le peuple le plus fier de l\u2019Europe consentit \u00e0 rendre \u00e0 ses rois le pontifical, que le Christianisme avait arrach\u00e9 aux C\u00e9sars. Voil\u00e0 les origines du divorce dans les com\u00admunions protestantes. L\u2019Eglise grecque, sur une fausse interpr\u00e9tation de l&rsquo;Evangile, avait aussi voulu conserver aux maris la facal l\u00e9 de r\u00e9pudier il femme adull\u00e8re : elle a \u00e9prouv\u00e9 ce qu\u2019il en co\u00fbte \u00e0 une so\u00adci\u00e9t\u00e9 impr\u00e9voyante de n\u2019avoir pas su faire une garde assez jalouse autour du sanctuaire de la fa\u00admille. Les czars de Russie, les hospodars des prin\u00adcipaut\u00e9s du Danube, ont dispos\u00e9 de la dur\u00e9e du mariage, trafiqu\u00e9 des femmes et des filles de leurs sujets, et r\u00e9duit l\u2019aristocratie schismatique \u00e0 une d\u00e9gradation de m\u0153urs qui fait la force de ses ma\u00ee\u00adtres. En ce qui touche la Pologne, il n\u2019est pas vrai que l\u2019\u00c9glise y ait jamais tol\u00e9r\u00e9 le divorce. Sans doute le mauvais exemple des peuples voisins avait alt\u00e9r\u00e9 dans la noblesse polonaise la discipline du mariage; mais, au lieu de la rupture de l\u2019union conjugale que les tribunaux eccl\u00e9siastiques n\u2019ont jamais prononc\u00e9e, on en plaidait la nullit\u00e9, on la prouvait par des emp\u00eachements dirimants m\u00e9nag\u00e9s d\u2019avance ; et, par une proc\u00e9dure abusive que les papes ont s\u00e9v\u00e8rement condamn\u00e9e, on sauvait le principe en satisfaisant les passsions. Mais le ciel ne b\u00e9nit pas ces faiblesses publiques d\u2019un grand peu\u00adple, et la Pologne a trop cruellement expi\u00e9, selon la parole de Pie IX, ces trois scandales du mariage profan\u00e9, du servage perp\u00e9tu\u00e9 et de l\u2019oppression des Grecs-Unis.\u00a0 .<\/p>\n<p>Il fallait ce retour sur le pass\u00e9 pour s\u2019assurer si la loi de l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage fut l\u2019\u0153uvre d\u2019une politique de quelques si\u00e8cles, resserr\u00e9e dans les bornes de la France, de l\u2019Italie et de l\u2019Espagne, c\u2019est-\u00e0-dire dans un coin de l\u2019univers ; si le divorce est au contraire le droit commun de l\u2019antiquit\u00e9 ci\u00advilis\u00e9e et des soci\u00e9t\u00e9s modernes. Il fallait conna\u00ee\u00adtre quelle place les deux lois tiennent dans l\u2019his\u00adtoire avant de savoir celle qu\u2019on leur doit dans nos institutions.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 que l\u2019\u00c9tat doit aux cultes ne consiste pas \u00e0 autoriser tout ce qu\u2019ils tol\u00e8rent, mais \u00e0 ne point ordonner ce qu\u2019ils d\u00e9fendent, \u00e0 ne pas d\u00e9fendre ce qu\u2019ils ordonnent. Si la morale publique devait descendre au niveau de toutes les religions qui se partagent le territoire, depuis le jour o\u00f9 la France compte quinze cent mille sujets musulmans, elle aurait d\u00fb introduire la polygamie au Code civil ; et l\u2019on ne voit pas de quel droit elle interdirait au Fran\u00e7ais qui voudrait faire profession de foi ma- hom\u00e9tane d\u2019avoir \u00e0 Paris son harem avec sa mos\u00adqu\u00e9e. Alors aussi les quinze cent mille protestants fran\u00e7ais auraient droit de dresser pour eux la tente des patriarches, de donner le libelle de r\u00e9pudia\u00adtion et de dire comme Luther : \u00ab Si la ma\u00eetresse \u00ab ne veut pas, que la servante vienne ! \u00bb Mais nous devons aux protestants fran\u00e7ais cette justice de re\u00adconna\u00eetre qu\u2019en mati\u00e8re de mariage ils profess\u00e8rent presque toujours une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de sentiments qui les honore ; que sous le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9dit de Nantes leurs magistrats punissaient le divorce, que leurs moralistes les plus graves le r\u00e9prouvent, et qu\u2019en\u00adfin le petit nombre de p\u00e9titions qui le r\u00e9clament ne vient pas d&rsquo;eux, la libert\u00e9 religieuse n\u2019a donc rien \u00e0 souffrir de la l\u00e9gislation pr\u00e9sente. Au con\u00adtraire, le r\u00e9tablissement du divorce la menacerait, en punissant, dans un cas possible, l\u2019acte m\u00eame dont la religion ferait un devoir. Si deux \u00e9poux, \u00e9gar\u00e9s par les conseils de la passion et par les ten\u00adtations de la loi, apr\u00e8s un divorce de plusieurs an\u00adn\u00e9es, c\u00e8dent aux menaces du catholicisme, qui leur ordonne de pardonner et de renouer les liens qu\u2019il avait b\u00e9nis, l\u2019article 295 du Code civil leur d\u00e9clare que les \u00e9poux divorc\u00e9s ne peuvent plus se r\u00e9unir : leur r\u00e9conciliation, aux yeux de la loi, n\u2019est plus qu\u2019un d\u00e9sordre, et les enfants qui vien\u00addront y mettre le sceau na\u00eetront b\u00e2tards.<\/p>\n<p>En repoussant le divorce au nom de la libert\u00e9, les catholiques ne cachent pas dans leur c\u0153ur la pens\u00e9e du pouvoir : ils n\u2019ont pas ce d\u00e9sir qu\u2019on leur suppose d\u2019introduire leur dogme dans le droit public du pays, et de donner encore une fois \u00e0 l\u2019E\u00adglise le royaume de ce monde, qn\u2019en d\u2019autres temps elle a pay\u00e9 trop cher. Si les catholiques n\u2019accep\u00adtaient pas l\u2019ordre de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle qui s\u00e9pare l\u2019Eglise de l\u2019Etat, s\u2019ils regrettaient quelqu\u2019une des institutions modernes, ce serait assur\u00e9ment celle du mariage civil, qui enl\u00e8ve au pr\u00eatre l\u2019hon\u00adneur d\u2019\u00eatre le magistrat de la soci\u00e9t\u00e9 domes\u00adtique. Tout leur effort serait donc d\u2019affaiblir le mariage civil, et, \u00e0 cet \u00e9gard, rien ne les servirait mieux que le divorce. Le jour o\u00f9 l\u2019union conjugale conclue devant l\u2019officier public ne serait plus qu\u2019un march\u00e9 \u00e0 terme que l\u2019int\u00e9r\u00eat ou la passion pourrait r\u00e9silier, quel p\u00e8re, quelle m\u00e8re, jaloux de l\u2019hon\u00adneur de leur fille, voudraient la donner \u00e0 tout au\u00adtre qu\u2019\u00e0 un homme que sa foi encha\u00eenerait au ser\u00adment pr\u00eat\u00e9 devant l\u2019autel? Alors se feraient peu \u00e0 peu deux peuples : l\u2019un, de ces familles mobiles, dont la loi lierait et d\u00e9lierait les engagements, o\u00f9 il n\u2019y aurait ni dignit\u00e9 pour les \u00e9poux, ni \u00e9ducation pour les enfants, ni discipline pour la soci\u00e9t\u00e9; l\u2019autre, des familles chr\u00e9tiennes, qui garderaient toutes les traditions du mariage et de la paternit\u00e9 antiques, l\u2019indissolubilit\u00e9, la stabilit\u00e9, tout ce qui fait la pu\u00adret\u00e9 des races, et \u00e0 la longue leur puissance !<\/p>\n<p>Mais nous repoussons cetle consolation impie, et, quand nous demandons l\u2019indissolubilit\u00e9 de la famille, \u00e0 Dieu ne plaise que nous voulions le di\u00advorce dans la nation !<\/p>\n<h2>III<\/h2>\n<p>La proposition du divorce, \u00e9cart\u00e9e par la r\u00e9sis\u00adtance de la Chambre des pairs, de 1851 \u00e0 1855, devait se reproduire en 1848, avec les motifs nou\u00adveaux que demandait la nouveaut\u00e9 des temps. Elle s\u2019est annonc\u00e9e comme le couronnement n\u00e9cessaire des institutions d\u00e9mocratiques. Ses d\u00e9fenseurs ont pour eux les souvenirs de 1792, ils ont contre nous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un nom honor\u00e9 des catholiques, M. de Bonald. Ce publiscite ne trouve pas d\u2019accusation plus concluante contre le divorce que d\u2019en faire l\u2019in\u00e9vitable cons\u00e9quence du gouvernement popu\u00adlaire, et une sorte de d\u00e9mocratie domestique. On ne peut nier que ces consid\u00e9rations, \u00e9loquemment d\u00e9velopp\u00e9es, n\u2019aient concouru \u00e0 faire supprimer le divorce en 1816, au retour de la royaut\u00e9 proscrite. Elles semblent d\u00e9cisives pour le r\u00e9tablir au mo\u00adment o\u00f9 la d\u00e9mocratie entra\u00eene la France et l\u2019Eu\u00adrope sous des lois que plusieurs peuvent trouver dures, mais qu\u2019il faut bien reconna\u00eetre irr\u00e9sisti\u00adbles.<\/p>\n<p>Nous n\u2019aurons jamais l\u2019injustice d\u2019oublier les services deM. de Bonald et de cette \u00e9cole qui se forma autour de lui pour la d\u00e9fense de la tradition religieuse. Mais, par le penchant des meilleurs es\u00adprits \u00e0 conclure du spirituel au temporel, il arriva que les apologistes de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Eglise se cru\u00adrent engag\u00e9s au service du pouvoir des rois. Pour nous, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019Eglise satisfait le besoin d\u2019autorit\u00e9 qui n\u2019abandonne jamais le c\u0153ur des hommes, que nous voulons dans la soci\u00e9t\u00e9 civile cette libert\u00e9 dont le besoin ne leur laisse pas non plus de repos. Yoil\u00e0 le point qui nous s\u00e9pare des publicistes de la Restauration, et pour\u00adquoi nous repousserons le divorce, non comme la cons\u00e9quence, mais comme la ruine de cette d\u00e9\u00admocratie chr\u00e9tienne dont nous voulons \u00eatre l\u00e8s serviteurs.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons fait qu\u2019une bien rapide histoire du divorce, mais suffisante pour savoir qu\u2019aucune institution n\u2019eut des origines moins d\u00e9mocra\u00adtiques. Au moyen \u00e2ge, ce sont les rois qui r\u00e9cla\u00adment le privil\u00e8ge de r\u00e9pudier leurs femmes, soit pour cause de st\u00e9rilit\u00e9, soit pour for\u00admer des alliances plus avantageuses, soit que leurs passions veuillent profiter de cette maxime des l\u00e9gistes : \u00ab Que le prince est au-dessus des lois. \u00bb Au contraire, quand l\u2019\u00c9glise leur r\u00e9siste, quand, prenant fait et cause pour l\u2019\u00e9pouse d\u00e9lais\u00ads\u00e9e, elle met le royaume en interdit, elle n\u2019est que l\u2019interpr\u00e8te de la conscience des peuples indign\u00e9s. Pendant que Philippe Auguste tenait la triste Inge- hurge prisonni\u00e8re au ch\u00e2teau d\u2019\u00c9tampes, le peuple de Paris se d\u00e9clarait hautement pour elle, comme plus tard il jetait de la boue aux carrosses qui pro\u00admenaient les ma\u00eetresses de Henri IY. Dans le pro\u00adtestantisme, le divorce n\u2019est qu\u2019une suite de cette politique aristocratique qui a prolong\u00e9 la dur\u00e9e de la f\u00e9odalit\u00e9 en Angleterre et en Allemagne et qui l\u2019aurait perp\u00e9tu\u00e9e en France, si le parti protestant, recrut\u00e9 dans la noblesse, n\u2019avait pli\u00e9 devant l\u2019\u00e9lan populaire de la Ligue et sous le sceptre ni- veleur de Richelieu. Il avait fallu permettre la rupture du mariage comme le moyen de perp\u00e9\u00adtuer l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, de multiplier les liens, de relever la fortune de ces maisons puissantes, par l\u2019auto\u00adrit\u00e9 desquelles, comme le dit le protestant Jurieu, la reforme s\u2019\u00e9tait faite et devait se maintenir. Yoil\u00e0 pourquoi les lois anglaises rendent la proc\u00e9dure du divorce tellement co\u00fbteuse, qu\u2019elles en r\u00e9servent la pr\u00e9rogative \u00e0 ce petit nombre de familles ma\u00eetres\u00adses du sol et des destin\u00e9es de la Grande-Bretagne. Pour en venir \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, le divorce \u00e9tait si peu dans son g\u00e9nie, que parmi tant de ca\u00adhiers pr\u00e9sent\u00e9s aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux, un seul en ex\u00adprimait le v\u0153u, et c\u2019\u00e9tait le cahier du duc d\u2019Or\u00adl\u00e9ans, c\u2019est-\u00e0-dire du plus fid\u00e8le repr\u00e9sentant des traditions de la R\u00e9gence. La loi de 1792 fut l\u2019\u0153u\u00advre non de la d\u00e9mocratie, mais de cette philoso\u00adphie mat\u00e9rialiste du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, nourrie dans les petits soupers des favorites, et qui avait appris le m\u00e9pris du mariage au pied de l\u2019alc\u00f4ve de Louis XV.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, qui demande l\u2019abrogation de la loi de 1816? Une \u00e9cole de jurisconsultes vou\u00e9s \u00e0 une admiration superstitieuse du Gode civil, et inconsolables d\u2019en avoir vu d\u00e9chirer une page. Je ne parle pas de ceux pour qui le divorce ne serait, comme on l\u2019a dit, qu\u2019un nid \u00e0 proc\u00e8s, ou tout au moins une occasion de s\u2019ing\u00e9rer dans les plus secrets myst\u00e8res des familles, et d\u2019y \u00e9tendre une influence qu\u2019apparemment on n\u2019a pas voulu \u00f4ter aux pr\u00eatres pour la donner aux gens de loi. Qui encore?-Des \u00e9crivains de romans qui, apr\u00e8s avoir vers\u00e9 les larmes dor\u00e9es de leurs feuilletons sur le malheur des femmes incomprises, apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 pendant, quinze ans la popularit\u00e9 lucrative des boudoirs et des cabinets de lecture, ambition\u00adnent la gloire des l\u00e9gislateurs, et se croient appel\u00e9s \u00e0 faire les institutions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui a bien voulu leur laisser faire ses passe-temps. Qui enfin? Une classe d\u2019hommes d\u00e9sireux de conserver l\u2019honneur du mariage sans en garder les charges, trop accou\u00adtum\u00e9s \u00e0 le traiter comme une affaire, pour ne pas s\u2019en m\u00e9nager la rupture, trop faibles pour suppor\u00adter la pens\u00e9e d\u2019un engagement \u00e9ternel, la pens\u00e9e d\u2019un devoir douloureux, la pens\u00e9e d\u2019un sacrifice, c\u2019esl-\u00e0-dire la seule pens\u00e9e qui honore la vie et rend la terre habitable aux gens de c\u0153ur ! Nous ne faisons pas au peuple l\u2019injure de le flatter. Mais nous lui devons ce t\u00e9moignage, que le cri du di\u00advorce n\u2019est pas sorti des barricades du 24 f\u00e9vrier, ni de ces colonnes d\u2019ouvriers qui pendant deux mois ont assi\u00e9g\u00e9 le perron de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, ni des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des travailleurs press\u00e9s sur les bancs du Luxembourg. Nous connaissons les torts du peuple de Paris, il les conna\u00eet lui-m\u00eame. Il sait qu\u2019il ajourne trop souvent l\u2019acte qui rend l\u2019union de l\u2019homme et de la femme respectable devant Dieu et devant les hommes. Mais il sait trop la sain\u00adtet\u00e9 de ce serment qu\u2019il diff\u00e8re et qu\u2019il redoute, pour le remplacer par la fiction l\u00e9gale d\u2019un ma\u00adriage dissoluble. Il veut des insfitniions meilleures que lui, et il n\u2019a pas encore ce besoin des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9prav\u00e9es, de se passer de principes en sauvant les biens\u00e9ances, et de se consoler des mauvaises m\u0153urs par de mauvaises lois.<\/p>\n<p>Nous ne voyons pas non plus que la loi du divorce ait rien de d\u00e9mocratique dans son esprit, si l\u2019esprit de la d\u00e9mocratie est de maintenir l\u2019\u00e9galit\u00e9, de con\u00adtenir les forts, de garantir les faibles. C\u2019est- aussi l\u00e0 ce qui fait la popularit\u00e9 de la d\u00e9mocratie en France, dans ce pays plus jaloux de l\u2019\u00e9galit\u00e9 que de la libert\u00e9 m\u00eame, qui eut toujours en horreur l\u2019abus de la force, qui arma autrefois la chevalerie pour la protection de toutes les faiblesses. Mais que fait au contraire le divorce, sinon de prendre le parti du plus fort, c\u2019est-\u00e0-dire du mari contre la femme, des \u00e9poux contre les enfants ? Vainement la loi s\u2019applique \u00e0 pr\u00e9senter le divorce comme un droit \u00e9gal ouvert aux deux conjoints ; la nature des choses en fait un privil\u00e8ge dont la femme ne peut ni exercer toute la pl\u00e9nitude ni recueillir tout le profit. Et d\u2019abord, en ce qui touche la demande, l\u2019article 259 du Code civil introduit d\u00e9j\u00e0 l\u2019in\u00e9ga\u00adlit\u00e9 en n\u2019accordant \u00e0 la femme le divorce pour cause d\u2019adult\u00e8re \u00ab qu\u2019autant que le mari a tenu la concubine dans la maison commune. \u00bb Qui ne sait d\u2019ailleurs tout ce qu\u2019endurera la pudeur de l\u2019\u00e9\u00adpouse avant de subir l\u2019humiliation des comparu\u00adtions en personne que la loi (art. 248) exige \u00e0 chaque acte de la cause, avant de livrer aux tribu\u00adnaux le secret de ses pleurs, et de fournir la preuve des exc\u00e8s, s\u00e9vices et injures graves,destin\u00e9s \u00e0 devenir les d\u00e9plorables titres de sa libert\u00e9?En second lieu, quelle \u00e9galit\u00e9 dans les suites du divorce, entre le mari qui vit de son travail, qui souvent voit gran\u00addir avec l\u2019\u00e2ge sa fortune, sa consid\u00e9ration, sa desti\u00adn\u00e9e ; et la femme qui n\u2019a jamais qu\u2019\u00e0 perdre au cours des ans s\u2019ils ne multiplient pas autour d\u2019el\u00adles les affections et les respects de la famille, qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 enfanter avec douleur, mais non pas \u00e0 manger son pain \u00e0 la sueur de son front, et qui, en \u00e9puisant ses forces dans les douleurs de la maternit\u00e9, n\u2019en a pas assez gard\u00e9 pour suffire au besoin de l\u2019isolement? Pour le divorce par con\u00adsentement mutuel, qui ne voit ce que voyait d\u00e9j\u00e0 ce vieux pape du moyen \u00e2ge que nous citions, et quels moyens auront les hommes las de leurs femmes de leur rendre souhaitable la rupture du mariage?\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211;<\/p>\n<p>Mais, quand les deux \u00e9poux s\u2019accorderaient sin\u00adc\u00e8rement \u00e0 demander la dissolution du contrat conjugal, nous ne reconna\u00eetrions dans leur accord qu\u2019une conspiration des forts de la famille contre les faibles, c\u2019est-\u00e0-dire contre les enfants, et la loi para\u00eet ici plus impuissante que jamais \u00e0 exercer la protection qu\u2019elle doit aux opprim\u00e9s. Elle n a pas permis au magistrat de prononcer le divorce avant d\u2019avoir fait compara\u00eetre les conjoints assist\u00e9s cha\u00adcun de ses deux amis et munis du consentement de leurs p\u00e8res, m\u00e8res et ascendants (art. 281-286). Les seules personnes qu\u2019elle ne consulte pas sont les plus int\u00e9ress\u00e9es, celles dans l\u2019int\u00e9r\u00eat desquelles le contrat fut conclu, qui ne peuvent que perdre \u00e0 sa rupture. Elle a raison assur\u00e9ment de leur \u00e9pargner la douleur de l\u2019interrogatoire et le scandale des d\u00e9\u00adbats ; mais elle se trompe en croyant pourvoir \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats par les articles qui conservent aux parents divorc\u00e9s le droit de surveiller l\u2019\u00e9ducation des enfants et le devoir de contribuer \u00e0 leur en\u00adtretien (303-505). Le droit des enfants va plus loin que le pouvoir du l\u00e9gislateur. Ils r\u00e9clament autre chose que ce pain amer de la s\u00e9paration, dont cha\u00adcun des \u00e9poux divorc\u00e9s peut en effet leur donner la moiti\u00e9 ; autre chose que les le\u00e7ons des ma\u00eetres qui se payent \u00e0 prix d\u2019or. Ils ont droit \u00e0 cette \u00e9ducation de toutes les nuits, pour laquelle Dieu n\u2019a pas cru que ce f\u00fbt trop de r\u00e9unir les deux vies d\u2019un p\u00e8re et d\u2019une m\u00e8re ; ils ont droit \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 de la fa\u00admille que la mort m\u00eame ne peut rompre sans qu\u2019on ressente une piti\u00e9 infinie pour les orphelins aupr\u00e8s de qui toute la tendresse de l\u2019\u00e9poux survivant ne r\u00e9parera jamais l&rsquo;absence de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Il faut achever, et, pour juger le divorce comme institution d\u00e9mocratique, il faut descendre \u00e0 l\u2019ap\u00adplication de la loi, c\u2019est-\u00e0-dire du titre YI du Gode civil, la plus sage l\u00e9gislation qui soit en cette ma\u00adti\u00e8re, et la seule praticable, si l\u2019on veut conserver au mariage un reste de dignit\u00e9, un reste de con\u00adtrainte aux passions. Les r\u00e9dacteurs du Gode civil, ces juges s\u00e9v\u00e8res du c\u0153ur humain, avaient pens\u00e9 rendre le divorce rare en le rendant dispendieux. Ce n\u2019est pas ici le lieu de dresser le tableau des frais d\u2019une instance en dissolution de mariage. Mais il suffit de parcourir les soixante articles qui en r\u00e8\u00adglent la proc\u00e9dure (254-294), de calculer tout cc qu\u2019elle exige d\u2019inventaires, de comparutions avec assistance d\u2019avou\u00e9, de pi\u00e8ces fournies, d\u2019enqu\u00eates, de proc\u00e8s-verbaux, de jugements interlocutoires ou d\u00e9finitifs, tout ce qu\u2019elle permet d\u2019incidents, de d\u00e9fauts, d\u2019appels et de pourvois, pour se figurer, avec un peu d\u2019habitude du palais, le formidable chiffre auquel s\u2019\u00e9l\u00e8vera la taxe. Ce signe n\u2019est pas celui d\u2019une institution populaire. Et ne dites pas qu\u2019on y pourvoira en rendant la justice gratuite pour les pauvres : car combien de citoyens consentiront \u00e0 recevoir la justice comme une aum\u00f4ne? ni en ren\u00addant la justice gratuite pour tous : car vous ne vou\u00adlez pas inaugurer le r\u00e8gne de la fraternit\u00e9 univer\u00adselle en d\u00e9cha\u00eenant sur la soci\u00e9t\u00e9 le d\u00e9luge des pro\u00adc\u00e8s que la crainte salutaire du tarif ne contiendrait plus.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211;<\/p>\n<p>\u00c9cartez d\u2019ailleurs tout calcul p\u00e9cuniaire et ne consid\u00e9rez que la perte du temps. Comptez les jour\u00adn\u00e9es consacr\u00e9es en formalit\u00e9s pr\u00e9paratoires du di\u00advorce par consentement muluel, en pr\u00e9sentations devant le j ge, en production d\u2019actes de nais\u00adsance, de mariage, de consentements paternels et maternels quatre fois renouvel\u00e9s ; n\u2019oubliez pas les d\u00e9marches sans nombre aupr\u00e8s de l\u2019avou\u00e9 poursuivant, des deux notaires instru\u00admentants, du juge commis, du minist\u00e8re public, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heureux moment o\u00f9 les conjoints para\u00ee\u00adtront devant l\u2019officier de l\u2019\u00e9tat civil, pour ou\u00efr dire qu\u2019ils sont d\u00e9sunis ; et vous conviendrez que le di\u00advorce n\u2019est gu\u00e8re fait que pour ces existences d\u00e9s\u0153u\u00advr\u00e9es qui ne comptent ni les ans ni les jours, qui ont le loisir de se cr\u00e9er des affaires de c\u0153ur et d\u2019en occuper la justice. Mais quand la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un travail qui ne conna\u00eet plus de jours de repos rend si on\u00e9reuses au peuple les formalit\u00e9s m\u00eames du mariage ; quand la difficult\u00e9 de produire les pi\u00e8ces requises retarde la l\u00e9gitimation de tant d\u2019unions irr\u00e9guli\u00e8res, au point qu\u2019il a fallu l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance pour le mariage des ouvriers, pense-t-on que le peuple trouve, pour rompre ses unions, le temps qui lui manque pour les faire b\u00e9nir, ou qu\u2019il se formera t\u00f4t ou tard une soci\u00e9t\u00e9 semblable pour le divorce des pauvres? Et, quand enfin toutes les difficult\u00e9s seraient aplanies, ne resterait-il pas celle d\u2019assurer l\u2019entretien des en\u00adfants? Sans doute, l\u2019article 305 y pourvoit, en af\u00adfectant \u00e0 cet emploi la moiti\u00e9 des biens des \u00e9poux divorc\u00e9s. On reconna\u00eet assez que le Code ne songe point \u00e0 ceux qui n\u2019ont pas de biens, \u00e0 ceux dont les fatigues r\u00e9unies, dont les privations communes suf\u00adfisaient \u00e0 peine aux besoins d\u2019une seule famille, qui ne supporteront jamais le poids de deux m\u00e9na\u00adges, et qui, en se d\u00e9robant au devoir paternel, ne laisseraient de prise \u00e0 la justice, ni sur leur mis\u00e9rable avoir , ni sur leur personne. Avouons plut\u00f4t que le l\u00e9gislateur n\u2019eut jamais la pens\u00e9e d\u2019\u00e9crire une loi d\u00e9mocratique. 11 savait qu\u2019une loi plus populaire que la sienne, celle du travail, en faisant au grand nombre des hommes une condition rigoureuse, leur faisait aussi une vie plus supportable que celle des oisifs, et les pr\u00e9ser\u00advait du danger des heures vides o\u00f9 les passions ont le temps non-seulement de se satisfaire, mais de se justifier. En effet, le divorce resta le privil\u00e8ge des grands. Une d\u00e9faveur accablante le poursuivait \u00e0 tous les degr\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ; les ouvriers de Paris le pratiqu\u00e8rent peu, de m\u00eame qu\u2019ils usent peu du b\u00e9n\u00e9fice de la s\u00e9paration de corps; il trouva plus de r\u00e9sistance encore dans les m\u0153urs des cam\u00adpagnes, et dans l\u2019espace de quatorze ans le d\u00e9parte\u00adment de l\u2019Aveyron n\u2019en connut que deux exem\u00adples.<\/p>\n<p>Le divorce, r\u00e9prouv\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience et par le progr\u00e8s des temps, ne serait donc plus aujourd\u2019hui qu\u2019un anachronisme. Le divorce n\u2019est pas la loi de la d\u00e9mocratie : c\u2019est celle de ce vieux lib\u00e9ralisme qui eut toujours plus de haine pour la religion que d\u2019amour pour la libert\u00e9, qui ne sut que d\u00e9truire, et qui s\u2019attacha \u00e0 la ruine des institutions comme la philosophie du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle au renversement des croyances. Tel ne se montre point le g\u00e9nie de la d\u00e9mocratie, ni chez les grands esprits qui la servent ni dans la foule qu\u2019elle entra\u00eene. Quand ce peu\u00adple, ma\u00eetre d\u2019une des plus opulentes villes de l\u2019uni\u00advers, o\u00f9 il n\u2019a ni br\u00fbl\u00e9 un palais ni renvers\u00e9 une statue, ne demande \u00e0 ses chefs qu\u2019une seule chose l&rsquo;organisation, il se peut qu\u2019il ne comprenne pas toute la difficult\u00e9 ni toute la lenteur n\u00e9cessaire de 1 entreprise ; mais assur\u00e9ment il sait qu\u2019il est las de ruines, il a h\u00e2te de reconstruire. Et, comme c est le propre de la d\u00e9mocratie de reconstruire pa\u00ef\u00aden bas, elle commencera par la famille, c\u2019est-\u00e0-dire par 1 institution qui est celle de tous, qui rend les hommes \u00e9gaux, puisqu\u2019elle leur donne les m\u00f4mes titres sacr\u00e9s, les m\u00eames devoirs et les m\u00f4mes joies; qui les rend libres, puisque le propre de l\u2019esclavage \u00e9tait de n\u2019avoir point de foyer; qui leur apprend a se traiter en fr\u00e8res. La r\u00e9volution s\u2019est faite con\u00adtre 1 egoisme ; il faut que l\u2019esprit de sacrifice a consacre. La r\u00e9volution s\u2019est faite contre la corruption, c\u2019est \u00e0-dire contre une soci\u00e9t\u00e9 re\u00adl\u00e2ch\u00e9e, qui n\u2019avait plus le courage de d\u00e9tester le mal, qui avait des emplois pour l\u2019habilet\u00e9 sans foi, et des honneurs pour le talent sans vertu. La r\u00e9\u00advolution ne peut finir que par l\u2019av\u00e9nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle sortie du travail, des privations, de tout ce qui a coutume de raffermir les con\u00adsciences et les caract\u00e8res. Cette soci\u00e9t\u00e9 est pauvre, elle est laborieuse, il ne lui reste qu\u2019\u00e0 \u00eatre chaste pour avoir tout cc qui fait les nations fortes. Il faut qu\u2019elle demande des lois s\u00e9v\u00e8res, qu\u2019elle grandisse dans de m\u00e2les habitudes, et qu\u2019elle tienne ainsi les promesses de la Providence. Caria Providence, sou\u00adverainement \u00e9conome, n\u2019a pas prodigu\u00e9 les \u00e9v\u00e9ne\u00adments pour pr\u00e9parer un ouvrage m\u00e9diocre. Et le Dieu \u00ab qui n\u2019efface que pour \u00e9crire \u00bb ne broie si durement les peuples que pour les r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand M. le ministre de la justice est venu pro\u00adposer \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le r\u00e9tablissement du divorce, nous avons cru qu\u2019il mettait la morale publique en p\u00e9ril : nous commen\u00e7ons \u00e0 penser qu\u2019il la sauvait. &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/du-divorce\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":189833,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[122],"tags":[],"class_list":["post-107362","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-de-frederic-ozanam"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Du divorce - Nous Sommes Vincentiens<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/vincentians.com\/fr\/du-divorce\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Du divorce - Nous Sommes Vincentiens\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Quand M. le ministre de la justice est venu pro\u00adposer \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale le r\u00e9tablissement du divorce, nous avons cru qu\u2019il mettait la morale publique en p\u00e9ril : nous commen\u00e7ons \u00e0 penser qu\u2019il la sauvait. ... 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D\u00e9crets de l\u2019assembl\u00e9e de 1697 L\u2019\u00e9lection \u00e9tant faite, on se contenta d\u2019ajouter peu de d\u00e9crets aux pr\u00e9c\u00e9dents, qui regardaient presque tous des choses \u00e0 r\u00e9gler pour le bon ordre des assembl\u00e9es et le v\u0153u de pauvret\u00e9, toujours sujet \u00e0 \u00eatre enfreint dans la Compagnie. 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