{"id":106705,"date":"2013-11-25T06:38:54","date_gmt":"2013-11-25T05:38:54","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=106705"},"modified":"2013-11-25T06:38:54","modified_gmt":"2013-11-25T05:38:54","slug":"saint-vincent-de-paul-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/","title":{"rendered":"Saint Vincent de Paul"},"content":{"rendered":"<h2><b>Enfance et \u00e9tudes<\/b><\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/vdp583.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-106708\" alt=\"vdp583\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/vdp583-211x300.jpg?resize=211%2C300\" width=\"211\" height=\"300\" \/><\/a>Vincent, troisi\u00e8me enfant des de Paul ou Depaul<span id='easy-footnote-1-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-1-106705' title='Vincent signa toujours Depaul. D&amp;rsquo;ailleurs la particule ne t\u00e9moignait d&amp;rsquo;aucune noblesse, et beaucoup de ceux qui l&amp;rsquo;avaient l&amp;rsquo;accolaient \u00e0 leur nom.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>, naquit en 1581 dans un petit village des Landes, Pouy, pr\u00e8s de Dax. Comme Genevi\u00e8ve de Nanterre, comme Jeanne de Domr\u00e9my, il passa son enfance aux champs, menant les moutons au p\u00e2turage et les porcs \u00e0 la gland\u00e9e, dans un paysage doux et limpide, une lande aux grands horizons, face aux lointains sommets neigeux des Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>Les Depaul \u00e9taient simples gens, pauvres gens, mais non pas gens de rien. Quand les guerres, les pilleries, les lourdes tailles ne les venaient pas \u00ab mettre \u00e0 l&rsquo;aum\u00f4ne \u00bb, ils vivaient honorablement, \u00e9levant quatre gar\u00e7ons et deux filles. A vrai dire, ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;histoire : ce sont bonnes gens de France, le menu peuple laborieux, honn\u00eate et craignant Dieu, qui fait notre solidit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais ils ont \u00e0 leur table un enfant hardi, un esprit d\u00e9j\u00e0 vif et d\u00e9lur\u00e9 de Gascon : Vincent. Et voil\u00e0 les Depaul qui pensent \u00e0 tirer ce petit homme de son humble condition. Leurs autres enfants resteront avec eux; Vincent, on va \u00ab le faire \u00e9tudier \u00bb.<\/p>\n<p>Cette pens\u00e9e, longtemps mani\u00e9e sans doute, les conduisit un jour \u00e0 Dax, et Vincent fut confi\u00e9 aux Cordeliers de la ville, moyennant soixante livres par an. En revenant \u00e0 Pouy, Jean et Bertrande r\u00eavaient \u00e0 l&rsquo;avenir de leur gamin; ils lui avaient mis le pied \u00e0 l&rsquo;\u00e9trier.<\/p>\n<p>L&rsquo;enfant ne les d\u00e9\u00e7ut point : il travailla, satisfit ses ma\u00eetres. Mais les soixante livres \u00e9taient lourdes pour les parents. C&rsquo;est alors qu&rsquo;un avocat au pr\u00e9sidial de Dax, M. de Cornet, vint \u00e0 leur aide. Il cherchait un pr\u00e9cepteur pour ses enfants. Il offrit l&#8217;emploi \u00e0 Vincent, malgr\u00e9 sa jeunesse. Et voil\u00e0 le petit paysan, \u00e0 treize ou quatorze ans, assez savant d\u00e9j\u00e0 pour qu&rsquo;on lui offre un moyen de s&rsquo;entretenir lui-m\u00eame, tout en continuant ses \u00e9tudes au Coll\u00e8ge et sa pension chez les Cordeliers.<\/p>\n<p>La bont\u00e9 intelligente de Cornet, le m\u00e9rite de l&rsquo;enfant : telle est l&rsquo;heureuse conjonction qui commence une fortune. Et Cornet, bient\u00f4t, pense \u00e0 l&rsquo;avenir de l&rsquo;enfant : \u00ab Tu devrais te faire d&rsquo;Eglise, petit. \u00bb Point de meilleur conseil \u00e0 lui donner, humainement. L&rsquo;Eglise est une carri\u00e8re, pour cet enfant du peuple, et celle o\u00f9 il est le plus assur\u00e9 de s&rsquo;\u00e9lever rapidement.<\/p>\n<p>Pourtant, Vincent h\u00e9site. Il semble que le sacerdoce l&rsquo;effraye, et qu&rsquo;il s&rsquo;en fait d\u00e9j\u00e0 une id\u00e9e tr\u00e8s haute, en un temps o\u00f9 l&rsquo;on entrait commun\u00e9ment dans les ordres par ambition, par int\u00e9r\u00eat, ou par paresse&#8230; Enfin il se laissa persuader. En d\u00e9cembre 1596, il re\u00e7ut la tonsure et les ordres mineurs, des mains de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes.<\/p>\n<p>En cinq ans, c&rsquo;\u00e9tait un joli chemin. D\u00e9j\u00e0 Vincent n&rsquo;est plus un petit paysan. Un jour que son p\u00e8re \u00e9tait venu le voir dans son Coll\u00e8ge, il refusa de descendre pour lui parler : un p\u00e8re en hoqueton et en sabots le faisait rougir. Plus tard, racontant ce fait \u00e0 la duchesse d&rsquo;Aiguillon, il ajoutait : \u00ab En quoi, je fis un grand p\u00e9ch\u00e9. \u00bb Grand p\u00e9ch\u00e9, non&#8230; Petite fiert\u00e9 d&rsquo;un enfant qui commence \u00e0 secouer la gl\u00e8be natale. Jeune ambition qui coupe les ponts derri\u00e8re elle&#8230; Toute sa vie, le saint sera assez occup\u00e9 de les relever, de se rattacher \u00e0 sa basse origine, pour s&rsquo;humilier devant les grands qui le caressent. Surprenons-le au moment o\u00f9, tout br\u00fblant de s&rsquo;avancer dans le monde, il \u00e9carte, d&rsquo;un geste un peu vif, le souvenir de ces ann\u00e9es peineuses et malodorantes.<\/p>\n<p>Au reste, la passion du savoir le tenait toujours. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1596, il accepta avec joie d&rsquo;aller poursuivre ses \u00e9tudes \u00e0 Toulouse, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;argent que son p\u00e8re lui remit : le prix d&rsquo;une belle paire de boeufs, vendus par le laboureur. Dax, Toulouse : la fum\u00e9e de son petit village se perd sous l&rsquo;horizon. Il entra fi\u00e8rement dans la ville du savoir, o\u00f9 florissait une c\u00e9l\u00e8bre Universit\u00e9, la plus consid\u00e9rable apr\u00e8s celle de Paris, avec ses cinq Facult\u00e9s, ses statuts imposants, les examens, le c\u00e9r\u00e9monial, l&rsquo;\u00e9lection aux chaires, la vie des <i>coll\u00e9giats. <\/i>C&rsquo;\u00e9tait tout un monde, dont Oxford ou Cambridge nous donneraient mieux l&rsquo;id\u00e9e que notre Sorbonne. On voudrait y voir \u00e9voluer Vincent, savoir comment il y apprit les livres et les hommes. Mais, de ces huit ann\u00e9es (1696-1604), il ne nous reste gu\u00e8re qu&rsquo;un dipl\u00f4me, qui nous apprend que l&rsquo;\u00e9tudiant en th\u00e9ologie fut re\u00e7u bachelier le 12 octobre 1604, et qu&rsquo;il eut d\u00e9sormais le droit d&rsquo;expliquer le <i>Livre des Sentences <\/i>de Pierre Lombard. De tout ce beau myst\u00e8re d&rsquo;une jeunesse de grand homme, nous n&rsquo;avons plus entre les mains qu&rsquo;un parchemin officiel&#8230;<\/p>\n<p>Nul doute, cependant, que Vincent de Paul aurait pu s&rsquo;\u00e9lever beaucoup plus haut dans la science, et devenir un beau docteur de Sorbonne. Mais il ne l&rsquo;a pas voulu. Il a refus\u00e9 nettement les succ\u00e8s de l&rsquo;argumentation et de la dispute; bien plus, ce savant a parl\u00e9 souvent de \u00ab la science qui enfle l&rsquo;esprit \u00bb; il s&rsquo;est m\u00e9fi\u00e9 de la foi savante, et dira : \u00ab Voulez-vous trouver Dieu? Il parle avec les simples. \u00bb Retenons pourtant que cet homme qui se fera toujours passer pour un ignorant, qui se traitera lui-m\u00eame de \u00ab pauvre \u00e9colier de quatri\u00e8me \u00bb, a commenc\u00e9 sa vie par douze ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes, et qu&rsquo;il sera capable de comprendre Saint-Cyran, de r\u00e9futer Arnauld, d&rsquo;intervenir avec autorit\u00e9 au Conseil de Conscience, ce fa\u00eete de l&rsquo;Eglise d&rsquo;alors, dans les subtiles controverses du jans\u00e9nisme; enfin de s&rsquo;unir aux plus grands esprits de l&rsquo;\u00e9poque pour ramener dans l&rsquo;Eglise de France non seulement l&rsquo;ordre et la pi\u00e9t\u00e9, mais la science et la lumi\u00e8re.<\/p>\n<h2><b>L&rsquo;ordination<\/b><\/h2>\n<p>Pendant ce s\u00e9jour \u00e0 Toulouse, demeur\u00e9 si obscur, il se passe du moins de grands \u00e9v\u00e9nements, dont la date et les circonstances nous sont connues. Vincent de Paul re\u00e7ut, en septembre et en d\u00e9cembre 1598, le sous-diaconat et le diaconat; puis la pr\u00eatrise, des mains de Fran\u00e7ois de Bourdeille, \u00e9v\u00eaque de P\u00e9rigueux, en septembre 1900. Il n&rsquo;avait alors que dix-neuf ans.<\/p>\n<p>Ne soyons pas surpris de cette irr\u00e9gularit\u00e9. Le d\u00e9sordre, la fraude \u00e9taient partout dans l&rsquo;Eglise de France; les r\u00e8gles du Concile de Trente n&rsquo;\u00e9taient encore ni re\u00e7ues ni appliqu\u00e9es. Vincent fit comme tant d&rsquo;autres&#8230; Il semble pourtant qu&rsquo;il se soit lui-m\u00eame trouv\u00e9 trop jeune : il attendit un an, apr\u00e8s la r\u00e9ception de ses lettres dimissoriales, en 1599, pour se faire ordonner. Et pour dire sa premi\u00e8re messe, il choisit une chapelle isol\u00e9e, perdue au milieu des bois, le petit oratoire de Notre-Dame de Gr\u00e2ce, de Buzet, \u00e9difi\u00e9 autrefois par les moines de l&rsquo;abbaye de Conques. \u00ab On lui a ou\u00ef dire, \u00e9crit son premier historien, Abelly, que, n&rsquo;ayant pas le courage de la c\u00e9l\u00e9brer publiquement, il choisit plut\u00f4t de la dire dans une chapelle retir\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, assist\u00e9 seulement d&rsquo;un pr\u00eatre et d&rsquo;un servant. \u00bb<\/p>\n<p>Quel \u00e9mouvant tableau que cette messe solitaire et tremblante! Il semble que l&rsquo;on voie na\u00eetre, dans la petite chapelle de Buzet, la destin\u00e9e de l&rsquo;homme qui se fera plus tard un des principaux ouvriers de la r\u00e9forme du clerg\u00e9, qui rel\u00e8vera l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame du sacerdoce, et r\u00e9tablira dans les esprits, dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;alors, l&rsquo;\u00e9minente dignit\u00e9 du pr\u00eatre de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<h2><b>Esclave des Barbaresques<\/b><\/h2>\n<p>Mais n&rsquo;allons pas trop vite : Vincent de Paul est d\u00e9sormais un bon pr\u00eatre, il n&rsquo;est pas encore un saint.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;instant, il va poursuivre ses petites ambitions humaines, faire son chemin dans le monde. Il part pour Bordeaux, o\u00f9 le duc d&rsquo;Epernon lui fait esp\u00e9rer une bonne cure; l&rsquo;affaire n&rsquo;aboutit pas. Revenu \u00e0 Toulouse, il apprend qu&rsquo;une \u00ab bonne vieille femme \u00bb de la ville (peut-\u00eatre sa logeuse ?), lui a laiss\u00e9 un petit h\u00e9ritage : quelques meubles et quelques terres. Mais, pour entrer en possession, il faut faire vendre le bien, qu&rsquo;un \u00ab m\u00e9chant mauvais garnement \u00bb tient encore. Vincent va sur les lieux, obtient un jugement de la Chambre mi-partie de Castres, puis se laisse entra\u00eener jusqu&rsquo;\u00e0 Marseille, o\u00f9 le \u00ab galand \u00bb s&rsquo;est enfui pour ne pas s&rsquo;ex\u00e9cuter et continuer ses friponneries. Un cadet de Gascogne en mal d&rsquo;argent et d&rsquo;ambition, jusqu&rsquo;o\u00f9 n&rsquo;irait-il point? Il attrape enfin son homme, le fait emprisonner, et s&rsquo;accorde avec lui \u00e0 trois cents \u00e9cus, qu&rsquo;on lui baille comptant.<\/p>\n<p>Maintenant, il faut revenir \u00e0 Toulouse. Mais c&rsquo;est l\u00e0 que la Providence l&rsquo;attend, pour l&#8217;embarquer dans une s\u00e9rie d&rsquo;aventures qui formeront sa jeunesse.<\/p>\n<p>Sur le conseil d&rsquo;un gentilhomme avec lequel il s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 loger \u00e0 Marseille, il prend la voie de mer pour gagner Narbonne. Le temps est beau, le vent favorable; bient\u00f4t le port est en vue. Mais voici venir trois brigantins turcs, mont\u00e9s par ces diables terribles qui \u00e9cumaient alors nos c\u00f4tes de la M\u00e9diterran\u00e9e. La chasse commence, Vincent fait le coup de feu avec l&rsquo;\u00e9quipage, et re\u00e7oit \u00ab un coup de fl\u00e8che qui lui servira d&rsquo;horloge toute sa vie \u00bb. Mais c&rsquo;est en vain, il faut se rendre \u00e0 \u00ab ces f\u00e9lons et pires que tigres n : captur\u00e9, encha\u00een\u00e9, Vincent est emmen\u00e9 en Barbarie, et vendu au march\u00e9 d&rsquo;esclaves de Tunis. Pr\u00e9lude inattendu \u00e0 la vie d&rsquo;un saint.<\/p>\n<p>L\u00e0, du moins, pendant deux ans, sous des ma\u00eetres divers : un p\u00eacheur qui le revendit, un m\u00e9decin spagirique, c&rsquo;est-\u00e0-dire un alchimiste dont il surveillait les cornues et les cuisines myst\u00e9rieuses, enfin un ren\u00e9gat de Nice en Savoie qui avait obtenu des Turcs, pour prix de son apostasie, un domaine \u00e0 cultiver, l\u00e0 du moins Vincent apprend la dure condition des captifs, leurs souffrances, leur d\u00e9nuement moral, les tentations d&rsquo;apostasie auxquelles ils sont soumis. Il ne perd pas son temps : il cause avec son alchimiste de la religion chr\u00e9tienne, il convertit les femmes de son ren\u00e9gat, il le d\u00e9cide \u00e0 faire lui-m\u00eame p\u00e9nitence. Il s&rsquo;\u00e9chappe enfin avec lui \u00ab sur un petit esquif \u00bb, et d\u00e9barque \u00e0 Aigues-Mortes, en juin 1607. Le voil\u00e0 sauv\u00e9!<\/p>\n<p>Il se rend en Avignon, o\u00f9 le vice-l\u00e9gat Pierre Montorio re\u00e7oit l&rsquo;abjuration du ren\u00e9gat, et se prend d&rsquo;amiti\u00e9 pour celui qui le ram\u00e8ne, en qui il a discern\u00e9 tout de suite un bon chr\u00e9tien, et, je pense, un Fran\u00e7ais n\u00e9 malin.<\/p>\n<p>\u00ab Il me fait cet honneur \u00bb, \u00e9crit Vincent \u00e0 M. de Cornet, \u00ab de me fort aimer et caresser, pour quelques secrets d&rsquo;alchimie que je lui ai appris \u00bb; secrets dont on \u00e9tait fort curieux alors, jusque chez les gens d&rsquo;Eglise&#8230; \u00ab Mondit Seigneur m&rsquo;a command\u00e9 d&rsquo;envoyer qu\u00e9rir les lettres de mes Ordres, m&rsquo;assurant de me faire du bien, et tr\u00e8s bien pourvoir d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9fice. \u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Montorio, Vincent connut donc Rome, le centre de la Chr\u00e9tient\u00e9. \u00ab Je fus si consol\u00e9 de me voir en cette ville o\u00f9 est le chef de l&rsquo;Eglise militante, o\u00f9 sont les corps de saint Pierre et de saint Paul. Je m&rsquo;estimais heureux de marcher sur la terre o\u00f9 tant de grands saints avaient march\u00e9 &#8230; \u00bb L\u00e0 aussi Vincent respire l&rsquo;air de la Curie romaine, s&rsquo;initie \u00e0 l&rsquo;esprit subtil des Italiens, toutes choses qui lui seront fort utiles plus tard, quand il aura \u00e0 traiter avec eux de graves et d\u00e9licates affaires.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentons-nous bien quel est, \u00e0 cette \u00e9poque, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de Vincent de Paul. Il a vingt-sept ans. Il a pu constater qu&rsquo;il r\u00e9ussira ais\u00e9ment dans le monde, car il a s\u00e9duit tous ceux qu&rsquo;il a approch\u00e9s : l&rsquo;avocat Cornet, les gens de Toulouse, le m\u00e9decin musulman, le vice-l\u00e9gat, le pape Paul IV lui-m\u00eame. Tous lui veulent du bien, lui proposent d&rsquo;assurer sa fortune. Pour lui, il ne s&rsquo;en fait pas accroire. Son bon sens paysan, sa modestie native ne l&rsquo;ont pas abandonn\u00e9; il r\u00eave seulement de quelque \u00ab honn\u00eate \u00e9tablissement \u00bb dans sa province, quelque paisible abbaye de b\u00e9n\u00e9fice, qui lui permettra de faire du bien autour de lui et d&rsquo;aider les siens \u00e0 vivre. Ainsi en \u00e9crit-il \u00e0 M. de Cornet. Deux ans apr\u00e8s encore, en 161o, revenu \u00e0 Paris, il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re : \u00ab J&rsquo;esp\u00e8re tant en la gr\u00e2ce de Dieu qu&rsquo;il b\u00e9nira mon labeur, et qu&rsquo;il me donnera bient\u00f4t le moyen de faire une retirade honorable, pour employer le reste de mes jours aupr\u00e8s de vous. \u00bb Ambition modeste, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 marcher droitement dans les voies du Seigneur, mais ambition qui reste humaine : le saint n&rsquo;est pas encore n\u00e9.<\/p>\n<h2><b>Aum\u00f4nier de la reine Margot<\/b><\/h2>\n<p>Voil\u00e0 donc Vincent revenu \u00e0 Paris. Il y m\u00e8ne une vie assez obscure, silencieuse, d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9e pour une grande part \u00e0 la charit\u00e9, car beaucoup de ses journ\u00e9es se passent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de la Charit\u00e9, aupr\u00e8s duquel il s&rsquo;est log\u00e9. Il sert, il exhorte les pauvres malades recueillis l\u00e0 par les Fr\u00e8res de Saint-Jean-de-Dieu. Mais il fr\u00e9quente aussi \u00e0 la cour de la reine Margot, \u00e9pouse r\u00e9pudi\u00e9e et annul\u00e9e de Henri IV, dont un de ses amis, M. du Fresne, l&rsquo;a fait nommer aum\u00f4nier, pour assurer sa subsistance.<\/p>\n<p>Etrange princesse, qui a pass\u00e9 du scandale \u00e0 la d\u00e9votion, sans quitter la galanterie; \u00e9trange milieu, o\u00f9 il doit \u00e9voluer parmi les po\u00e8tes, les seigneurs, les beaux esprits de l&rsquo;Eglise et du monde. Sans doute il \u00ab s&rsquo;y resserre dans sa coquille \u00bb, car M. du Fresne le d\u00e9peint ainsi : \u00ab D\u00e8s ce temps-l\u00e0, Monsieur Vincent paraissait fort humble, charitable et prudent. Il faisait du bien \u00e0 chacun. Il \u00e9tait circonspect en ses paroles. Il \u00e9coutait paisiblement les autres, sans jamais les interrompre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M. Vincent \u00bb, comme il se fait nommer, est difficile \u00e0 saisir, en cette p\u00e9riode h\u00e9sitante, et d&rsquo;ailleurs mal \u00e9clair\u00e9e. De toutes les belles relations qu&rsquo;il pourrait se faire \u00e0 la cour de la reine Marguerite, il ne profite pas; il a d\u00e9j\u00e0 le coeur trop pur. Il ne sait plus bien ce qu&rsquo;il veut et, comme il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 press\u00e9, il attend. Il attend encore son b\u00e9n\u00e9fice, et en m\u00eame temps il donne l&rsquo;impression d&rsquo;un homme qui attend autre chose&#8230; Peut-\u00eatre, comme il arrive souvent \u00e0 nos pauvres d\u00e9sirs humains, qui s&rsquo;\u00e9teignent avant d&rsquo;\u00eatre assouvis, quand il re\u00e7oit enfin son abbaye (l&rsquo;abbaye de Saint-L\u00e9onard-de-Chaume, au dioc\u00e8se de Saintes), il ne la d\u00e9sirait plus.<\/p>\n<h2><b>La rencontre de B\u00e9rulle<\/b><\/h2>\n<p>Et puis, soudain, dans cette vie en suspens, le nom de B\u00e9rulle qui appara\u00eet. O\u00f9, quand se fit la rencontre ? Comme on l&rsquo;ignore, on invente une gentille histoire : le jeune pr\u00eatre surpris par B\u00e9rulle au chevet de ses malades, \u00e0 la Charit\u00e9; la rougeur, la confusion de l&rsquo;un, le regard d&rsquo;aigle de l&rsquo;autre, qui le d\u00e9visage et devine une puissante destin\u00e9e&#8230; Aimable arrangement, qui nous cache seulement un grand myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce myst\u00e8re, il est dans la vie de presque tous les saints. Il y a toujours un point obscur pour nous dans ces existences : un moment o\u00f9, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu comme nous, ou un peu mieux (ou parfois beaucoup plus mal) ,ils sont tout \u00e0 coup chang\u00e9s, bris\u00e9s par Dieu pour \u00eatre refaits dans un nouveau moule, et suivant sa volont\u00e9. On conna\u00eet, dans certaines vies, ces moments \u00e9clatants : saint Paul renvers\u00e9 sur le chemin de Damas, saint Augustin prenant le livre et y lisant l&rsquo;appel divin, Pierre de K\u00e9riolet&#8230; et tant d&rsquo;autres que la gr\u00e2ce, comme on dit, terrassa. Mais parfois cette temp\u00eate est tout int\u00e9rieure; elle \u00e9chappe \u00e0 nos regards. Alors, quand nous essayons d&rsquo;encha\u00eener les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;une vie, la cha\u00eene se rompt, la nuit se fait : nous ne saisissons plus qu&rsquo;une heure myst\u00e9rieuse, o\u00f9 l&rsquo;on voit que l&rsquo;acte essentiel du drame s&rsquo;est pass\u00e9 hors de nos regards.<\/p>\n<p>Cette heure est arriv\u00e9e dans la vie de Vincent de Paul. Et l&rsquo;on ne peut douter que l&rsquo;homme qui y joua le premier r\u00f4le fut Pierre de B\u00e9rulle.<\/p>\n<p>B\u00e9rulle \u00e9tait un grand esprit. Tous ceux qui l&rsquo;approchaient subissaient son influence. Il \u00e9tait celui qui avait amen\u00e9 en France les filles de sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, celui qui demeurait le directeur, l&rsquo;animateur d&rsquo;une \u00e9lite d&rsquo;\u00e2mes choisies : sorte de magist\u00e8re unique et qui, d\u00e9passant le domaine des clo\u00eetres, attirait ce qu&rsquo;il y avait de meilleur dans la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne d&rsquo;alors. Il \u00e9tait aussi le docteur qu&rsquo;on ne peut confondre, la colonne de l&rsquo;Eglise \u00e9branl\u00e9e : controversiste qui r\u00e9duisait au silence les plus fortes t\u00eates du protestantisme et obtenait des conversions \u00e9clatantes. Enfin sa sublime conception du sacerdoce \u00e9tait bien faite pour frapper Vincent de Paul, qui avait, lui aussi, r\u00e9fl\u00e9chi et trembl\u00e9 devant la dignit\u00e9, le pouvoir myst\u00e9rieux du pr\u00eatre de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>Mais ce ne sont pas les hommes, c&rsquo;est Dieu qui fait les saints. La rencontre de Vincent avec Dieu ne fut pas, je l&rsquo;ai dit, un coup de th\u00e9\u00e2tre, elle se fit m\u00eame, il me semble, en plusieurs \u00e9tapes. Elle avait commenc\u00e9 dans la petite chapelle solitaire de Buzet. Elle se renouvelle, s&rsquo;ach\u00e8ve, je crois, dans la retraite que fit Vincent aupr\u00e8s de B\u00e9rulle, en 1611. Certains diront qu&rsquo;elle lui laisse encore quelque h\u00e9sitation, et que le saint ne sera vraiment m\u00fbr, achev\u00e9, qu&rsquo;apr\u00e8s la retraite de 1622.<\/p>\n<p>On saisit l\u00e0, en tout cas, la lenteur prudente, un peu pesante, de ce caract\u00e8re. M\u00eame Dieu ne le convainc pas ais\u00e9ment. Il se garde, il se d\u00e9fend. Mais c&rsquo;est un beau spectacle aussi, cette patience divine qui attend une \u00e2me de bonne volont\u00e9, qui respecte ses d\u00e9marches naturelles \u2014 un Dieu qui violente parfois, mais qui plus souvent collabore, et qui se soumet \u00e0 sa cr\u00e9ature.<\/p>\n<p>Voici donc Vincent de Paul quittant peu \u00e0 peu ses projets, ses petits am\u00e9nagements humains, pour aller vers des rivages inconnus. B\u00e9rulle venait de fonder, en cette ann\u00e9e 1611, la congr\u00e9gation de l&rsquo;Oratoire, et de l&rsquo;\u00e9tablir au faubourg Saint-Jacques, dans l&rsquo;h\u00f4tel du Petit-Bourbon. A peine la maison ouverte, Vincent se r\u00e9fugie l\u00e0 pour faire une retraite. Il n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de s&rsquo;agr\u00e9ger \u00e0 l&rsquo;Oratoire; il veut seulement de la paix, du silence, et de la lumi\u00e8re. Et bient\u00f4t B\u00e9rulle, fort de l&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;il a sur lui, le fait nommer cur\u00e9 de Clichy, un village de paysans dans la banlieue de Paris. Adieu, \u00ab l&rsquo;honn\u00eate retirade \u00bb! Adieu, toutes les perspectives humaines! B\u00e9rulle a tranch\u00e9. Vincent ne sera plus qu&rsquo;un instrument docile des volont\u00e9s de son directeur, en attendant d&rsquo;\u00eatre, simplement et uniquement, l&rsquo;homme de Dieu.<\/p>\n<h2><b>Aum\u00f4nier et pr\u00e9cepteur des Gondi. Cur\u00e9 \u00e0 Clichy et Ch\u00e2tillon<\/b><\/h2>\n<p>Cat\u00e9chismes, pr\u00e9dication, sacrements, visite des malades : le nouveau pasteur se prodigue \u00e0 tous. En moins d&rsquo;un an, les r\u00e9sultats furent merveilleux. Un religieux qui \u00e9tait venu pr\u00eacher dans l&rsquo;\u00e9glise de Clichy \u00e9crivait : \u00ab Je m&#8217;employais \u00e0 pr\u00eacher ce bon peuple dont il \u00e9tait cur\u00e9; mais j&rsquo;avoue que je trouvai ces bonnes gens qui universellement vivaient comme des anges, et que j&rsquo;apportais la lumi\u00e8re au soleil. \u00bb<\/p>\n<p>Vincent de Paul, d&rsquo;ailleurs, y est heureux comme il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. Longtemps plus tard, l&rsquo;ann\u00e9e de Clichy est un souvenir lumineux dans son existence. Ecoutez-le qui en parle aux Filles de la Charit\u00e9 : \u00ab Ah! me disais-je alors, que tu es heureux d&rsquo;avoir un si bon peuple! Le pape est moins heureux que toi&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Comme tous les bonheurs, celui-l\u00e0 fut court. Au bout de quinze mois, B\u00e9rulle faisait entrer Vincent comme aum\u00f4nier et pr\u00e9cepteur des enfants dans la noble famille des Gondi<span id='easy-footnote-2-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-2-106705' title='Les Gondi, d&amp;rsquo;origine italienne, \u00e9taient venus en France avec les reines de l\u00e0-bas. Emmanuel de Gondi \u00e9tait le fr\u00e8re d&amp;rsquo;Henri, second archev\u00eaque du nom. C&amp;rsquo;\u00e9tait un homme de bien, z\u00e9l\u00e9 pour l&amp;rsquo;Eglise. Il \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res, une sorte de ministre de la Marine d&amp;rsquo;alors.'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>. Cruelle ob\u00e9issance! Vincent ne discute pas, mais il s&rsquo;en va, la mort dans le coeur. (Il restait titulaire de la cure de Clichy, mais n&rsquo;y r\u00e9sidait plus.)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Je m&rsquo;\u00e9loignai tristement de ma petite \u00e9glise de Clichy; mes yeux \u00e9taient baign\u00e9s de larmes, et je b\u00e9nis ces hommes et ces femmes qui venaient vers moi et que j&rsquo;avais tant aim\u00e9s. Mes pauvres y \u00e9taient aussi, et cela me fendait le coeur. J&rsquo;arrivai \u00e0 Paris avec mon petit mobilier, et je me rendis chez M. de B\u00e9rulle. \u00bb<\/p>\n<p>Qu&rsquo;a voulu faire B\u00e9rulle par ce geste d&rsquo;autorit\u00e9? Sans doute polir et affiner, en la compagnie des grands, ce pr\u00eatre-paysan, encore un peu fruste, sur lequel il fondait de grands espoirs. Sans doute aussi pensait-il que Vincent trouverait, chez ces grands seigneurs terriens, les occasions, les moyens et les ressources n\u00e9cessaires pour commencer son apostolat parmi le peuple des campagnes. Claires ou obscures, ses raisons furent pleines de cons\u00e9quences heureuses.<\/p>\n<p>A peine entr\u00e9 chez Emmanuel de Gondi, cet aum\u00f4nier, ce pr\u00e9cepteur, se fait aussi petit que possible : presque un valet. En dehors des heures qu&rsquo;il passe \u00e0 instruire les enfants, il s&rsquo;enferme dans sa chambre \u00ab comme en une chartreuse \u00bb. Il ne se pr\u00e9sente jamais devant le g\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res qu&rsquo;on ne l&rsquo;ait fait appeler. En revanche, voyez-le circuler parmi le domestique, apaisant les querelles, mettant ordre aux gabegies, laissant partout un bon conseil, une parole de Dieu. Et que ne dut-il pas voir sous les combles d&rsquo;une grande maisonn\u00e9e! Aux veilles de f\u00eates, il r\u00e9unit les gens pour les disposer \u00e0 recevoir les sacrements. Malgr\u00e9 lui, tout cela revient aux oreilles des ma\u00eetres, qui appr\u00e9cient de plus en plus leur aum\u00f4nier. Le g\u00e9n\u00e9ral est tout content de lui; il l&rsquo;appelle \u00e0 l&rsquo;aide, et lui remettra l&rsquo;affaire de son salut.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 sa femme, elle n&rsquo;est pas moins conquise. Marguerite de Silly est une femme de petite sant\u00e9, et d&rsquo;une pi\u00e9t\u00e9 inqui\u00e8te, scrupuleuse, \u00e9puisante. Quelle ait, au bout d&rsquo;un an, voulu se mettre sous la direction de M. Vincent, qu&rsquo;elle ait suppli\u00e9 B\u00e9rulle de contraindre celui-ci \u00e0 accepter, on ne peut souhaiter meilleur t\u00e9moignage du tact et de la finesse de Vincent de Paul. Il fit le plus grand bien \u00e0 sa dirig\u00e9e. Il la poussa vers l&rsquo;action, l&rsquo;enr\u00f4la dans sa croisade de charit\u00e9. Elle devint la premi\u00e8re de ces femmes qui, tout au long de sa vie, vont l&rsquo;aider dans ses oeuvres. Et c&rsquo;est elle qui fut, avec lui, au berceau de l&rsquo;oeuvre de la Mission.<\/p>\n<p>Mais avant d&rsquo;en parler, relatons un curieux \u00e9pisode de cette vie. M\u00eame chez les saints, il faut compter avec les r\u00e9actions de leur naturel. Apr\u00e8s quatre ann\u00e9es pass\u00e9es chez les Gondi, M. Vincent \u00e9touffe dans \u00ab le bel air du monde \u00bb; il se persuade qu&rsquo;il ne r\u00e9ussit pas dans l&rsquo;\u00e9ducation des enfants, que Mme de Gondi abuse de l&rsquo;assistance spirituelle qu&rsquo;elle lui a demand\u00e9e pour son \u00e2me inqui\u00e8te; mais surtout il est repris de sa nostalgie des champs : et le voil\u00e0 qui profite d&rsquo;un voyage pour quitter ses h\u00f4tes sans les avertir, et qui fait le mort pendant six semaines. Coup de t\u00eate s&rsquo;il en fut! B\u00e9rulle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu pourtant; il a laiss\u00e9 faire. Et l&rsquo;on retrouve M. Vincent dans un village des Dombes, un gros bourg plut\u00f4t, depuis longtemps sans pasteur. De vagues chapelains exp\u00e9dient les messes, escamotent les cat\u00e9chismes. Et la paroisse est pleine de huguenots : Vincent loge m\u00eame chez l&rsquo;un d&rsquo;eux, le jeune Beynier, dont la morale n&rsquo;est pas plus intacte que la foi. Vincent, en quelques mois, va ramener les chapelains \u00e0 la r\u00e8gle, et les huguenots \u00e0 la foi catholique.<\/p>\n<p>Il prend les gens par sa vertu, sa charit\u00e9, sa douceur. Fran\u00e7ois de Sales n&rsquo;a pas fait mieux. La conversion de Beynier et de sa famille, celle du fougueux comte de Rougemont, grand duelliste et \u00ab franc \u00e9claircisseur \u00bb, qui brise sur une roche l&rsquo;\u00e9p\u00e9e qui l&rsquo;entra\u00eenait \u00e0 mal, sont des \u00e9pisodes o\u00f9 l&rsquo;on retrouve la saveur d&rsquo;un \u00ab miracle \u00bb du Moyen Age.<\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 Ch\u00e2tillon, Vincent pr\u00e9lude \u00e0 ses fondations charitables. Un jour, il r\u00e9unit les dames, les engage \u00e0 aller voir les pauvres malades, \u00e0 \u00ab faire le pot \u00bb chez eux, \u00e0 les servir, les r\u00e9conforter, les \u00e9gayer. Il improvise un petit r\u00e8glement de confr\u00e9rie; l&rsquo;assistance spirituelle y est aussi minutieusement d\u00e9crite que la corporelle, avec le m\u00eame z\u00e8le d\u00e9licat, respectueux de l&rsquo;\u00e2me des pauvres comme de leur corps.<\/p>\n<p>Ainsi naquit la premi\u00e8re <i>Charit\u00e9. <\/i>L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait si simple, la formule si souple, le fondement de l&rsquo;oeuvre (l&rsquo;amour et le culte du Christ dans ses pauvres) si solide, que les Charit\u00e9s se multipli\u00e8rent tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n<h2><b>Fondation de la Congr\u00e9gation de la Mission<br \/>\n<\/b><\/h2>\n<p>Les Gondi \u00e9taient riches en terres; ils \u00e9taient seigneurs de pr\u00e8s de huit mille paysans, en Brie et en Picardie. Quel champ d&rsquo;apostolat pour Vincent de Paul! B\u00e9rulle, qui l&rsquo;avait laiss\u00e9 partir, deux mois apr\u00e8s s&rsquo;entremet pour faire revenir le d\u00e9serteur. Mais remarquons qu&rsquo;il ne tranche plus, ne commande plus : d\u00e9sormais il regarde agir la Providence en ce pr\u00eatre qu&rsquo;il sent guid\u00e9 par Dieu.<\/p>\n<p>Le voil\u00e0 donc, en 1617, rentr\u00e9 chez les Gondi; \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame joie de la g\u00e9n\u00e9rale. Car elle aussi avait le d\u00e9sir de missions dans ses terres, et cette femme maladive a d\u00e9j\u00e0 fait son testament : seize mille livres pour une fondation de cette oeuvre. M. Vincent, toujours <i>cunctator, <\/i>s&rsquo;entoure de quelques pr\u00eatres qui ont d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 avec lui; mais rien n&rsquo;est encore r\u00e9gl\u00e9. A d\u00e9faut de son aum\u00f4nier, Mme de Gondi arrive \u00e0 convaincre son mari : il cr\u00e9era une congr\u00e9gation de ces pr\u00eatres d\u00e9vou\u00e9s, sera le fondateur du nouvel Institut; l&rsquo;archev\u00eaque l&rsquo;approuvera et le logera.<\/p>\n<p>Cette fois, Vincent croit que Dieu a parl\u00e9. Le ler mars 1624, il est nomm\u00e9 principal du vieux Coll\u00e8ge des Bons-Enfants, qui se trouve vacant; il en prend possession tout en restant chez les Gondi, et nomme Antoine Portail chef de la communaut\u00e9 naissante<span id='easy-footnote-3-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-3-106705' title='Un peu plus tard, en \/626, on les appela les Lazaristes, lorsque la Compagnie s&amp;rsquo;installa au prieur\u00e9 de Saint-Lazare, dont on avait fait don \u00e0 Vincent de Paul.'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>. Louis XIII accorda ses lettres patentes et, apr\u00e8s quelques difficult\u00e9s, le pape Urbain VIII, en janvier 1633, \u00e9rigeait la Compagnie en Congr\u00e9gation officielle de l&rsquo;Eglise, sous le nom de Pr\u00eatres de la Mission.<\/p>\n<p>La formule en \u00e9tait une grande nouveaut\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9poque. Mais voyez l&rsquo;Oratoire de B\u00e9rulle, la Visitation de Fran\u00e7ois de Sales, la Compagnie du Saint-Sacrement : le temps \u00e9tait aux nouveaut\u00e9s. <i>Vetera <\/i>et <i>nova : <\/i>Vincent de Paul \u00e9tait dans la tradition de l&rsquo;Eglise en \u00e9tant dans le rajeunissement. Mais il s&rsquo;en rend compte, \u00e0 coup s\u00fbr : il a pr\u00e9vu les m\u00e9fiances et les oppositions; c&rsquo;est pourquoi il a tard\u00e9, multipli\u00e9 les pr\u00e9cautions, et enfin ne fera pas d&rsquo;\u00e9clat autour de sa Compagnie naissante. Il l&rsquo;ensevelit dans l&rsquo;obscurit\u00e9, l&rsquo;obscurit\u00e9 o\u00f9 naissent toutes les grandes choses, et peut-on dire surtout les siennes.<\/p>\n<p>A Folleville, \u00e0 Villepreux, \u00e0 Montmirail, \u00e0 Joigny, la Mission commen\u00e7a donc sur les terres des Gondi. Les missionnaires prenaient un b\u00e2ton, un pauvre bagage, et partaient \u00e0 deux ou trois, pour une tourn\u00e9e d&rsquo;un mois, puis revenaient prendre quinze jours de repos et de retraite. Ap\u00f4tres au coeur pur, u nous allions tout bonnement, envoy\u00e9s par Nosseigneurs les \u00e9v\u00eaques, \u00e9vang\u00e9liser les pauvres, comme Notre-Seigneur avait fait&#8230; Dieu donna quelque b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 nos travaux, ce que voyant d&rsquo;autres bons eccl\u00e9siastiques ils se joignirent \u00e0 nous et demand\u00e8rent d&rsquo;\u00eatre avec nous \u00bb.<\/p>\n<p>Mais point de recrutement : ils aiment \u00e0 demeurer \u00ab une poign\u00e9e de gens, pauvres de naissance, de science et de vertu, <b><i>la lie, <\/i><\/b>la balayure et le rebut du monde \u00bb, et la ris\u00e9e des Com\u00adpagnies puissantes. Dix ans apr\u00e8s la fondation, en 1635, Vincent n&rsquo;a gu\u00e8re plus d&rsquo;une douzaine d&rsquo;ouvriers, et il \u00e9crit \u00e0 M. Portail : \u00ab La Compagnie est en fort bonne assiette, Dieu merci&#8230; Le nombre de ceux qui sont entr\u00e9s parmi nous depuis votre d\u00e9part est de six. Oh! Monsieur, que je crains la multitude et la propagation, et que nous avons sujet de louer Dieu de ce qu&rsquo;il nous fait honorer le petit nombre de disciples de son Fils. \u00bb<\/p>\n<h2><b>D\u00e9veloppement de la Congr\u00e9gation et Missions loin\u00adtaines<\/b><\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 cette obscurit\u00e9, cette \u00ab ch\u00e9tivet\u00e9 \u00bb volontaire, le grain de s\u00e9nev\u00e9 va devenir un grand arbre. Les \u00e9v\u00eaques ont perdu leur m\u00e9fiance; beaucoup r\u00e9clament des missionnaires. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on voit na\u00eetre des maisons de la Compagnie aux dioc\u00e8ses d&rsquo;Agen, de Lu\u00e7on; puis en Champagne, \u00e0 Troyes, \u00e0 Montmirail; aux dioc\u00e8ses de Sens, de Reims, de Meaux; dans le Midi aussi.<\/p>\n<p>La r\u00e9putation, la \u00ab bonne odeur \u00bb des pr\u00eatres de M. Vincent se r\u00e9pand \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger : voici qu&rsquo;on les demande en Italie, \u00e0 Turin, G\u00eanes, \u00e0 Rome m\u00eame; puis en Pologne, o\u00f9 la reine Marie de Gonzague veut absolument les faire venir. Et voici surtout que Vincent de Paul lui-m\u00eame \u00e9largit son horizon. A partir de 164o, on le voit pr\u00e9occup\u00e9 de la situation du catholicisme en Europe, menac\u00e9 partout par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, perdant ses domaines un \u00e0 un par les guerres ou les schismes. N&rsquo;est-il pas urgent de d\u00e9fendre ses positions, et m\u00eame de conqu\u00e9rir au Christ des terres nouvelles ?<\/p>\n<p>Et justement Rome l&rsquo;y invite : la Propagande, en 1645 et 1646, lui demande des missionnaires pour la Babylonie, les Indes orientales. Comment pourrait-il en envoyer, avec si peu d&rsquo;hommes ? N&rsquo;importe : il en enl\u00e8ve un ici, un autre l\u00e0; il exalte les meilleurs de ses fils dans la pens\u00e9e de cette nouvelle t\u00e2che, des souffrances, du martyre peut-\u00eatre, qui les y attendent.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Quel sujet n&rsquo;avons-nous point, Messieurs, d&rsquo;avoir donn\u00e9 \u00e0 cette Compagnie l&rsquo;esprit du martyre! Cette lumi\u00e8re, dis-je, cette gr\u00e2ce, qui fait voir quelque chose de lumineux, de grand, d&rsquo;\u00e9clatant, de divin, \u00e0 mourir pour le prochain, \u00e0 l&rsquo;imitation de Notre-Seigneur. \u00bb<\/p>\n<p>Il envoie donc ses fils en Pologne, en Hibernie, \u00e0 Madagascar.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab O mon plus que tr\u00e8s cher Monsieur, que dit votre coeur \u00e0 cette nouvelle? A-t-il la honte et la confusion n\u00e9cessaires pour recevoir une telle gr\u00e2ce du ciel?&#8230; S&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 sa divine bont\u00e9 vous donner gr\u00e2ce, je ne doute point que Notre-Seigneur se serve de vous pour pr\u00e9parer \u00e0 la Compagnie une ample moisson. Allez donc, Monsieur, jetez hardiment les r\u00eats<span id='easy-footnote-4-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-4-106705' title='Lettre \u00e0 M. Nacquart, qui partait pour Madagascar. Les lettres que M. Nacquart envoya de l\u00e0-bas \u00e0 saint Vincent sont pleines d&amp;rsquo;int\u00e9r\u00eat.'><sup>4<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&rsquo;a point cependant oubli\u00e9 la France, d\u00e9chir\u00e9e elle aussi par la guerre de Trente Ans. Apr\u00e8s cette prise de Corbie qui fit frissonner Paris, le Roi lui demanda vingt pr\u00eatres pour aller aux arm\u00e9es. Vingt pr\u00eatres ! la Compagnie n&rsquo;en compte<\/p>\n<p>pas autant. Vincent rassemble des auxiliaires, finit par arriver \u00e0 quinze, et va les pr\u00e9senter au Roi \u00e0 Senlis. En chemin,<\/p>\n<p>il a improvis\u00e9 un petit r\u00e8glement : vivre en commun s&rsquo;ils le peuvent, pratiquer leurs \u00ab petits r\u00e8glements \u00bb, \u00ab se taire toujours sur les affaires de l&rsquo;Etat \u00bb; se repr\u00e9senter que, \u00ab s&rsquo;ils ne peuvent \u00f4ter tous les p\u00e9ch\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e, Dieu leur fera peut-\u00eatre la gr\u00e2ce d&rsquo;en diminuer le nombre&#8230; \u00bb. Le succ\u00e8s fut foudroyant. Les missionnaires assi\u00e9g\u00e8rent Corbie, camp\u00e8rent avec les troupes, partag\u00e8rent les fatigues du soldat, les privations, la peste, et gagn\u00e8rent les coeurs. Vincent lui-m\u00eame fut \u00e9merveill\u00e9 : \u00ab Oh! mon Dieu, Monsieur, que cela passe mon esp\u00e9rance ! \u00bb<\/p>\n<p>Il y aurait enfin une autre histoire \u00e0 \u00e9crire, longue et \u00e9mouvante : celle de la Mission en Barbarie. Vincent de Paul avait connu dans sa jeunesse la captivit\u00e9 chez les Barbaresques, avec toutes les souffrances qu&rsquo;elle comportait. Son coeur n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 de penser aux gal\u00e9riens \u2014 il avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 aum\u00f4nier g\u00e9n\u00e9ral des Gal\u00e8res par Emmanuel de Gondi, \u00adde les visiter \u00e0 Bordeaux sur les vaisseaux du Roi, \u00e0 Marseille dans l&rsquo;h\u00f4pital des For\u00e7ats fond\u00e9 par la duchesse d&rsquo;Aiguillon. Un article de la fondation pr\u00e9voyait l&rsquo;envoi de missionnaires en Barbarie pour \u00e9vang\u00e9liser les captifs des Turcs. En 1645, Vincent envoie Louis Gu\u00e9rin comme aum\u00f4nier du consul de France \u00e0 Tunis, et deux ans apr\u00e8s Jean Le Vacher. Il faut voir, dans la correspondance de ces deux hommes avec Vincent, les imprudences h\u00e9ro\u00efques des missionnaires, les travaux, les \u00e9preuves, la peste, la prison, les bastonnades, pour conna\u00eetre ce que, pendant vingt ans, quelques hommes sans appui, presque sans ressources<span id='easy-footnote-5-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-5-106705' title='Tout au moins jusqu&amp;rsquo;\u00e0 la donation de quarante mille livres que la duchesse d&amp;rsquo;Aiguillon fit pour la Barbarie, en 1647.'><sup>5<\/sup><\/a><\/span>, ont pu faire l\u00e0-bas pour le prestige du nom fran\u00e7ais autant que pour la gloire du Christ. Vincent de Paul y appara\u00eet comme un ministre d&rsquo;Etat, ma\u00eetre d&rsquo;une oeuvre politique autant que religieuse. Et la jeune Chr\u00e9tient\u00e9 de Tunis et d&rsquo;Alger eut ses martyrs. Les noms de Gu\u00e9rin, de Husson, des deux fr\u00e8res Le Vacher, de Jean Barreau, peuvent \u00eatre inscrits en lettres d&rsquo;or dans les annales de l&rsquo;Eglise d&rsquo;Afrique<span id='easy-footnote-6-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-6-106705' title='Cette Eglise ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en vicariat apostolique, au terme de ces longs efforts. Vincent de Paul peut \u00eatre compt\u00e9 parmi ses fondateurs.'><sup>6<\/sup><\/a><\/span><b><\/b><b>.<\/b><\/p>\n<p>Chacun sait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les lazaristes, rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la pens\u00e9e de leur p\u00e8re, comptent parmi nos grandes Congr\u00e9\u00adgations missionnaires<span id='easy-footnote-7-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-7-106705' title='Du vivant du saint, il y eut 24 maisons de la Mission, en France ou \u00e0 l&amp;rsquo;\u00e9tranger. En 1656, elle comptait, je crois, 131 pr\u00eatres, 44 fr\u00e8res clercs, et 62 fr\u00e8res coadjuteurs.'><sup>7<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2><b>Fondation des Filles de la Charit\u00e9<\/b><\/h2>\n<p>Si Saint Vincent de Paul est le plus populaire de nos saints, c&rsquo;est pour sa bont\u00e9 compatissante envers toutes les mis\u00e8res qu&rsquo;il rencontre; c&rsquo;est parce qu&rsquo;il nous appara\u00eet comme l&rsquo;image m\u00eame de la charit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons vu la premi\u00e8re petite <i>Charit\u00e9 <\/i>na\u00eetre dans un village, se propager rapidement dans les campagnes et les petites villes. En 1629 et 1630, elles s&rsquo;\u00e9tablissent \u00e0 Paris dans plusieurs paroisses; les femmes de la plus haute soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;y inscrivent en grand nombre. Mais les soins fatiguants \u00e0 donner aux malades, les \u00e9pid\u00e9mies de peste qui reprenaient p\u00e9riodi\u00adquement dans la capitale, refroidirent bient\u00f4t le z\u00e8le des femmes de qualit\u00e9. On sentit le besoin d&rsquo;avoir pour les aider de pauvres filles qui ne se rebuteraient de rien, et qui seraient toujours \u00e0 leur poste de d\u00e9vouement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que la Providence mit sur le chemin de Vincent de Paul une femme qui devait devenir sa collaboratrice la plus pr\u00e9cieuse, Mlle Le Gras.<\/p>\n<p>Louise de Marillac, ni\u00e8ce du mar\u00e9chal, avait \u00e9pous\u00e9 Antoine Le Gras, secr\u00e9taire des commandements d&rsquo;Anne d&rsquo;Autriche. Elle perdit son mari de bonne heure, et elle cherchait l&#8217;emploi d&rsquo;une vie qui voulait se donner \u00e0 Dieu. Resterait-elle dans le monde, pour \u00e9lever son fils ? Se remarierait-elle ? Entrerait-elle en religion, comme elle le souhaitait secr\u00e8tement? Quand Vincent de Paul devint son directeur, il la simplifia, la fixa, l&rsquo;engageant \u00e0 se donner toute au service des pauvres, sans quitter le monde. D\u00e9j\u00e0 elle r\u00e9unissait chez elle des filles de la campagne, pour les former \u00e0 instruire des enfants pauvres et \u00e0 soigner des malades. Mais fid\u00e8le \u00e0 sa m\u00e9thode de lenteur, il retenait son z\u00e8le et lui interdisait toute fondation pr\u00e9cise<\/p>\n<p>Apr\u00e8s trois ans de probation, assur\u00e9 d&rsquo;un z\u00e8le parfaitement pur, il lui ouvre enfin la carri\u00e8re. Il l&rsquo;appelle \u00e0 missionner avec lui \u00e0 Montmirail (1629).<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Allez donc, Mademoiselle, au nom de Notre-Seigneur; je prie sa divine bont\u00e9 qu&rsquo;elle vous accompagne, qu&rsquo;elle soit votre coulas en chemin, votre ombre contre l&rsquo;ardeur du soleil, votre couvert \u00e0 la pluie et au froid, votre force en votre travail, et qu&rsquo;enfin il vous ram\u00e8ne en bonne sant\u00e9 et pleine de bonnes oeuvres. \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, Melle Le Gras devint sa collaboratrice de tous les instants, pleine d&rsquo;ob\u00e9issance et en m\u00eame temps d&rsquo;initiative : fille d\u00e9vou\u00e9e, conseill\u00e8re utile; femme admirable, que l&rsquo;Eglise a d&rsquo;ailleurs mise sur ses autels.<\/p>\n<p>Melle Le Gras se mit \u00e0 visiter toutes les Charit\u00e9s des campagnes et des villes, et \u00e0 former de nouvelles filles qu&rsquo;elle envoyait ensuite aider les Dames de charit\u00e9 dans les paroisses. Il lui fallut pourtant de longues instances pour obtenir de Vincent de Paul une r\u00e8gle commune pour ses filles. Il finit par en choisir quelques-unes pour une sorte de noviciat dans la maison de Melle Le Gras, et leur permit de s&rsquo;engager \u00e0 la nouvelle oeuvre par un voeu irr\u00e9vocable, le 25 mars 1634. C&rsquo;est ce jour-l\u00e0 qu&rsquo;elles renouvellent encore chaque ann\u00e9e l&rsquo;engagement qui les lie au service de Dieu.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait, l\u00e0 encore, une grande nouveaut\u00e9. Car Vincent de Paul ne demandait \u00e0 ses filles qu&rsquo;un engagement <i>tout int\u00e9rieur, <\/i>qui comprenait les trois voeux ordinaires de religion, et le voeu de stabilit\u00e9. Il lan\u00e7ait dans le monde des femmes qui n&rsquo;auraient point de clo\u00eetre, qui ne seraient point ce qu&rsquo;on appelait alors des religieuses.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Mes filles, vous n&rsquo;\u00eates pas des religieuses, et s&rsquo;il se trouvait parmi vous quelque esprit brouillon qui d\u00eet : \u00ab Il faudrait \u00eatre des religieuses, cela est plus beau \u00bb, ah! mes soeurs, la Compagnie serait \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-onction. Craignez, tant que vous vivrez, et ne permettez pas ce changement&#8230; Mais, quoique vous ne soyez pas des religieuses, vous devez \u00eatre aussi et m\u00eame plus parfaites qu&rsquo;elles. Et comment cela? Il n&rsquo;y a personne qui aille dans le monde comme les Filles de la Charit\u00e9, qui ait tant d&rsquo;occasions de se perdre; en sorte que s&rsquo;il ne faut qu&rsquo;un degr\u00e9 de perfection aux religieuses, il en faut deux aux Filles de la Charit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Un autre jour, cherchant une image, il comparera ses filles \u00e0 des oiseaux, et leurs r\u00e8gles aux ailes dont elles se servent pour voler \u00e0 Dieu; et il trouve ce mot d\u00e9licieux, digne de saint Fran\u00e7ois de Sales :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Les r\u00e8gles sont douces et suaves, et les filles qui les aiment n&rsquo;en sont pas plus charg\u00e9es que les oiseaux de leurs ailes. \u00bb<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s plus de trois si\u00e8cles, nous les voyons maintenir la puret\u00e9 de leur esprit int\u00e9rieur, \u00e0 travers leur multiple apostolat. L&rsquo;Institut des Filles de la Charit\u00e9, ce n&rsquo;est pas seule\u00adment un merveilleux organisme o\u00f9 l&rsquo;on ne peut voir aucun indice d&rsquo;usure, c&rsquo;est encore et surtout une grande cr\u00e9ation spirituelle<span id='easy-footnote-8-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-8-106705' title='On n&amp;rsquo;y voit gu\u00e8re d&amp;rsquo;autre changement que celui de la petite coiffe rustique des premi\u00e8res Soeurs en celui de la grande cornette ail\u00e9e qu&amp;rsquo;elles portent aujourd&amp;rsquo;hui.'><sup>8<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<h2><b>Les Dames de la Charit\u00e9<\/b><\/h2>\n<p>Vers le m\u00eame temps, Vincent r\u00e9unissait en confr\u00e9rie les grandes dames qui soutenaient de leur argent, de leur influence, tr\u00e8s souvent de leur d\u00e9vouement personnel, les filles de Melle Le Gras. Il leur donnait un r\u00e8glement de pi\u00e9t\u00e9, pr\u00e9sidait leurs assembl\u00e9es, stimulait ou m\u00eame parfois mod\u00e9rait leur z\u00e8le. La marquise de Maignelay, Mme de Miramion, les pr\u00e9sidentes Goussault et de Herse, Melle Poulaillon : l&rsquo;autorit\u00e9 du saint, sa finesse, son tact, obtiennent un rendement magnifique de cette collaboration singuli\u00e8re d&rsquo;un pr\u00eatre-paysan et de femmes du plus haut rang. Pendant les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, Vincent de Paul, entour\u00e9 des Dames et des Filles de la Charit\u00e9, va \u00eatre l&rsquo;\u00e2me de toutes les oeuvres d&rsquo;assistance, de rel\u00e8vement, d&rsquo;apostolat. Aucune ne se fondera sans qu&rsquo;il y ait \u00e9t\u00e9 pour quelque chose; il est \u00e0 la fois le capitaine-g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Assistance publique et le grand ma\u00eetre de la charit\u00e9. Il a les formules les plus vari\u00e9es, les plus nouvelles, et il n&rsquo;a jamais un \u00e9chec, parce qu&rsquo;il donne \u00e0 toutes ses oeuvres un fondement spirituel, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a vraiment qu&rsquo;une pens\u00e9e : servir les \u00e2mes par les corps, honorer J\u00e9sus-Christ dans ses pauvres.<\/p>\n<h2><b>L&rsquo;H\u00f4tel<\/b><b>&#8211;<\/b><b>Dieu<\/b><\/h2>\n<p>L&rsquo;H\u00f4tel-Dieu de Paris recevait dans ses vastes b\u00e2timents plus de vingt mille malades pauvres par an. Il \u00e9tait aussi une sorte de couvent, o\u00f9 cent religieuses vivaient sous la r\u00e8gle de saint Augustin. Vingt-quatre pr\u00eatres du chapitre de Notre-Dame en assuraient l&rsquo;aum\u00f4nerie.<\/p>\n<p>Cette puissante organisation fonctionnait pourtant m\u00e9diocrement. <i>La <\/i>pr\u00e9sidente Goussault s&rsquo;en inqui\u00e9ta, pria Vincent de Paul de s&rsquo;en occuper. Il refusa, n&rsquo;aimant pas \u00ab mettre la faulx en la moisson d&rsquo;autrui \u00bb. Mme Goussault fit intervenir l&rsquo;archev\u00eaque; alors il accepta, et fonda une Compagnie qui comptait \u00ab cent ou six-vingt dames de haute qualit\u00e9 \u00bb. Il leur donna un r\u00e8glement spirituel, et leur service \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu fut minutieusement r\u00e9gl\u00e9, pour \u00e9viter les froissements qu&rsquo;on redoutait. Les Dames mirent du savoir-faire \u00e0 ne pas \u00ab vouloir l&#8217;emporter \u00bb sur les Augustines, et se firent adorer des malades. L&rsquo;assistance corporelle fut largement am\u00e9lior\u00e9e par de grandes distributions de gel\u00e9es, consomm\u00e9s et confitures; l&rsquo;assistance spirituelle par la m\u00e9thode douce et cordiale de M. Vincent. Bient\u00f4t il pouvait leur dire :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Ne serez-vous pas consol\u00e9es, Mesdames, quand vous m&rsquo;entendrez-dire ce que vous savez peut-\u00eatre mieux que moi : que les religieuses paraissent fort satisfaites de la Compagnie,&#8230; que plusieurs centaines de pauvres malades ont fait leur confession g\u00e9n\u00e9rale, que plusieurs huguenots se sont convertis, que plusieurs filles ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es du p\u00e9ch\u00e9,&#8230; enfin que toutes choses vont mieux dans l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu. \u00bb<\/p>\n<h2><b>Les Enfants trouv\u00e9s<\/b><\/h2>\n<p>Il est certain que la mis\u00e8re de ces petites \u00e9paves criait au secours. Quatre \u00e0 cinq cents enfants \u00e9taient, chaque ann\u00e9e, expos\u00e9s au coin des rues. Ramass\u00e9s par la police ou par de bonnes \u00e2mes, ils \u00e9taient port\u00e9s \u00e0 la pauvre Maison de la Couche, au quartier Saint-Landry. Une veuve, deux servantes merce\u00adnaires : on imagine ce que devenaient leurs pensionnaires. La plupart mouraient en quelques jours. C&rsquo;\u00e9taient les plus heureux. Les autres \u00e9taient vendus, \u00ab huit sols la pi\u00e8ce \u00bb, \u00e0 divers entrepreneurs de commerces ignobles : \u00e0 des mendiants qui les mutilaient pour exciter la piti\u00e9 des passants; \u00e0 des professionnels de chantage juridique, qui s&rsquo;en servaient comme d&rsquo;enfants \u00ab suppos\u00e9s \u00bb pour capter des parts d&rsquo;h\u00e9ritages; enfin \u00e0 des adeptes de la magie noire, qui disaient sur le corps de ces petits leurs messes sacril\u00e8ges. Vraiment, derri\u00e8re la sc\u00e8ne brillante du si\u00e8cle, on aper\u00e7oit quelques coulisses infernales.<\/p>\n<p>En janvier 1638, avec l&rsquo;aide de Melle Le Gras, Vincent de Paul <b><i>fait <\/i><\/b>transporter douze petits abandonn\u00e9s dans une maison pr\u00e8s de la porte Saint-Victor, et on leur cherche des nourrices de la campagne. Pendant deux ans, sans h\u00e2te, l&rsquo;essai se poursuit. En mars 1640, Vincent permet que les Dames se chargent d\u00e9cid\u00e9ment de tous les enfants d\u00e9laiss\u00e9s. Anne d&rsquo;Autriche vient enfin d&rsquo;\u00eatre m\u00e8re : Louis XIII donne une rente de deux mille, puis de quatre mille livres. Mais il en faudra bient\u00f4t quarante mille. Et le temps vient o\u00f9 les guerres, les troubles politiques, \u00e9puisent ou inqui\u00e8tent toutes les fortunes. Melle Le Gras et ses filles vont jusqu&rsquo;aux privations pour que les petits ne meurent pas de faim.<\/p>\n<p>A plusieurs reprises, il est question d&rsquo;abandonner l&rsquo;oeuvre. En 1647, Vincent supplie les Dames de la maintenir. On y parvient enfin. Des nourrices rurales viennent chercher les enfants; apr\u00e8s leur sevrage, ils reviennent \u00e0 Paris; on les met peu \u00e0 peu en \u00e9tat de prendre un m\u00e9tier. En 1657, ils sont pr\u00e8s de quatre cents. En 1670, Louis XIV prit l&rsquo;oeuvre \u00e0 sa charge, fit b\u00e2tir l&rsquo;H\u00f4pital des Enfants-Trouv\u00e9s, l&rsquo;unit \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral. L&rsquo;oeuvre de Vincent de Paul \u00e9tait devenue un rouage de l&rsquo;Assistance publique.<\/p>\n<h2><b>L&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral<\/b><\/h2>\n<p>La suppressiOn de la mendicit\u00e9 et du brigandage, l&rsquo;internement de ces innombrables mendigots qui peuplaient les Cours des miracles \u00e9tait un probl\u00e8me qui datait de loin, et qui relevait de la police g\u00e9n\u00e9rale plut\u00f4t que de la charit\u00e9. N\u00e9anmoins les Dames s&rsquo;y attel\u00e8rent avec le Parlement et les grands corps de l&rsquo;Etat. Press\u00e9 par elles, Vincent de Paul ne voulut point refuser son concours, mais sans en approuver la r\u00e9alisation, qui lui paraissait trop grandiose. Il donna un de ses pr\u00eatres, Louis Abbelly, comme aum\u00f4nier, mais refusa pour ceux de la Mission la direction de l&rsquo;H\u00f4pital. L&rsquo;\u00e9chec fut quasiment complet : les gazetiers c\u00e9l\u00e9br\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;envi t le plus merveilleux ouvrage du si\u00e8cle \u00bb; mais sur les quarante mille mendiants, somm\u00e9s \u00e0 son de trompe dans les rues de se rassembler dans les immenses b\u00e2timents \u00e9difi\u00e9s, cinq mille \u00e0 peine se laiss\u00e8rent enfermer. Les autres se cach\u00e8rent ou s&rsquo;envol\u00e8rent, les b\u00e9quillards jetant leurs b\u00e9quilles, les estropi\u00e9s retrouvant leurs membres :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><i>Jamais on n&rsquo;a vu dans Paris<br \/>\nTant de gens si soudain gu\u00e9ris&#8230;<\/i><\/p>\n<p>L&rsquo;H\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral ne fut donc pas une cr\u00e9ation de saint Vincent. Mais, pendant les dix derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, combien d&rsquo;oeuvres naquirent ou ne se soutinrent qu&rsquo;avec ses conseils ! En 1653, la <i>Maison de J\u00e9sus, <\/i>pour h\u00e9berger, occuper encore un peu quarante vieillards. Puis la <i>Madeleine <\/i>de la marquise de Maignelay, pour filles repenties; les <i>Filles de la Providence, <\/i>de Melle Poulaillon; et d&rsquo;autres encore. Dons, legs, affluent vers le grand intendant des pauvres. Humainement, son oeuvre charitable fut une philanthropie pr\u00e9cise et efficace, qui devan\u00e7ait souvent nos id\u00e9es modernes sur l&rsquo;assistance. Mais ce philanthrope \u00e9tait surtout un ap\u00f4tre. Si les services qu&rsquo;il a rendus aux \u00e2mes ne se mesurent pas comme ceux qu&rsquo;il a rendus aux corps, on peut affirmer pourtant qu&rsquo;ils les d\u00e9passent infiniment.<\/p>\n<h2><b>La Compagnie du Saint<\/b><b>&#8211;<\/b><b>Sacrement<\/b><\/h2>\n<p>On sait aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il exista, au XVIIe si\u00e8cle, une autre organisation g\u00e9n\u00e9rale de la charit\u00e9, r\u00e9solument clandestine et secr\u00e8te \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, la <i>Compagnie du Saint-Sacrement. <\/i>Secr\u00e8te au point que, dans ses fondations ou ses travaux, la Compagnie n&rsquo;agissait jamais en son nom, mais par ses membres \u00e0 titre priv\u00e9, ou m\u00eame par des tiers \u00e9trangers \u00e0 la Compagnie.<\/p>\n<p>On est \u00e9tonn\u00e9 de la vari\u00e9t\u00e9 de ses initiatives contre les mis\u00e8res du temps : h\u00f4pitaux, maisons de charit\u00e9, enfants abandonn\u00e9s, filles repenties, vieillards, \u00e9pileptiques, gal\u00e9riens, for\u00e7ats; r\u00e9pression des duels, de la prostitution, de la mendicit\u00e9 dans les rues, le \u00ab renfermement des mendiants et vaga\u00adbonds \u00bb, etc&#8230;<\/p>\n<p>Entre 1638 et 166o, on trouve une Compagnie \u00e9tablie dans un grand nombre de villes, surtout du Midi : Toulouse, Marseille, Aix, Arles, Avignon, Grenoble, Poitiers, Angers, Nantes, Rouen.<\/p>\n<p>Et, naturellement, Paris, \u00ab m\u00e8re des autres Compagnies \u00bb. En firent partie, \u00e0 Paris, B\u00e9rulle, Abelly, M. Olier, le P. de Condren, enfin Vincent de Paul.<\/p>\n<p>Celui-ci, pourtant, me semble n&rsquo;avoir eu que des rapports assez rares avec la Compagnie du Saint-Sacrement. (S&rsquo;il aimait la modestie, l&rsquo;obscurit\u00e9, il ne go\u00fbtait gu\u00e8re le secret, qui faisait taxer la Compagnie de \u00ab Cabale \u00bb.) De br\u00e8ves rencontres dans le soulagement d&rsquo;une mis\u00e8re, plut\u00f4t qu&rsquo;une collaboration. La principale fut, \u00e0 la demande du chevalier de La Coste, Gaspard de Simiane, l&rsquo;envoi de pr\u00eatres de la Mission en Barbarie, pour assister les chr\u00e9tiens esclaves des Turcs, \u00e0 Tunis (1646-47).<\/p>\n<h2><b>Le secours aux provinces d\u00e9vast\u00e9es<\/b><\/h2>\n<p>On conna\u00eet les deux suites d&rsquo;eaux-fortes que le graveur Callot intitula <i>Mis\u00e8res de la guerre : <\/i>elles montrent les indicibles souffrances de nos campagnes r\u00e2lant sous l&rsquo;invasion, le brigandage, la famine et la peste pendant la guerre de Trente Ans. Vincent de Paul s&rsquo;\u00e9mut de tous ces malheurs. Les pr\u00eatres de la Mission furent envoy\u00e9s en Champagne, en Artois, en Lorraine pour organiser des distributions de vivres, de v\u00eatements, d&rsquo;outils et de semences; les Filles de la Charit\u00e9 partirent pour soigner les malades. Les Dames durent, malgr\u00e9 la d\u00e9tresse g\u00e9n\u00e9rale, se faire les tr\u00e9sori\u00e8res de cet immense Secours national. On envoyait aussi des calices et des ornements aux \u00e9glises pill\u00e9es par les soldats. Et l&rsquo;on pensait m\u00eame au d\u00e9nuement silencieux de la noblesse lorraine r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Paris : elle recevait, par le baron de Renty, de discr\u00e8tes aum\u00f4nes. Et dans sa lettre de remerciement \u00e0 M. Vincent, le gouverneur d&rsquo;une grande ville du Nord \u00e9crivait au P\u00e8re des pauvres : \u00ab Vous qui \u00eates aussi le P\u00e8re de la patrie<span id='easy-footnote-9-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-9-106705' title='On sait que, de nos jours, la S\u00e9curit\u00e9 sociale s&amp;rsquo;efforce de r\u00e9pondre \u00e0 tous les besoins, \u00e0 toutes les formes actuelles de la mis\u00e8re humaine. On ne peut nier ni son utilit\u00e9, ni son efficacit\u00e9, ni sa bienfaisance. Mais cette bienfaisance a pris forc\u00e9ment une figure et des m\u00e9thodes admi\u00adnistratives, qui lui enl\u00e8vent le meilleur de sa vertu. Aussi faut-il savoir gr\u00e9 \u00e0 toutes les entreprises qui veulent maintenir entre riches et pauvres ce contact direct, humain, o\u00f9 le coeur a sa part essentielle. C&amp;rsquo;est, pour ne citer que les principales, le r\u00f4le du puissant organisme de Mgr Rodhain, le &lt;i&gt;Secours catholique, &lt;\/i&gt;avec ses nombreuses maisons d&amp;rsquo;accueil, de d\u00e9pannage, d&amp;rsquo;aide aux Nords-Africains, et toutes ses filiales d\u00e9partementales; de &lt;i&gt;l&amp;rsquo;Union des oeuvres priv\u00e9es &lt;\/i&gt;(U.N.I.O.P.S.S.), qui, en liaison m\u00eame avec la S\u00e9curit\u00e9 sociale, s&amp;rsquo;attache \u00e0 pr\u00e9server cet esprit de la pure charit\u00e9 fraternelle; des &lt;i&gt;Petits fr\u00e8res des pauvres; &lt;\/i&gt;du &lt;i&gt;Nid, &lt;\/i&gt;pour le sauvetage des prostitu\u00e9es; &lt;i&gt;d&amp;rsquo;Auxilia, &lt;\/i&gt;pour les malades \u00ab allong\u00e9s \u00bb. Sans parler des Conf\u00e9rences de Saint-Vincent de Paul, des visiteuses d&amp;rsquo;h\u00f4pitaux, de toutes les entraides paroissiales; et de combien d&amp;rsquo;autres, qui t\u00e9moignent d&amp;rsquo;un m\u00eame souci de pr\u00e9server la vieille charit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique qui inspira toutes les cr\u00e9ations de saint Vincent de Paul.'><sup>9<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<h2><b>Le r\u00e9formateur du clerg\u00e9<\/b><\/h2>\n<p>Avec B\u00e9rulle, Olier, Bourdoise et quelques autres, Vincent de Paul est un des puissants r\u00e9formateurs du clerg\u00e9 de France.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation du \u00ab pauvre peuple des champs \u00bb le menait tout droit \u00e0 cette r\u00e9forme. Il constatait chaque jour la lamentable insuffisance du clerg\u00e9 rural. Un tr\u00e8s grand nombre de pr\u00eatres \u00e9taient des ignorants, sachant \u00e0 peine la formule de l&rsquo;absolution; d&rsquo;autres vivaient mal, tr\u00e8s mal&#8230; Bref, on ne sauverait jamais le pauvre troupeau sans lui donner de bons bergers : le missionnaire, \u00e0 lui tout seul, \u00e9tait impuissant.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e se rencontrait avec une autre dans l&rsquo;esprit du saint : la tr\u00e8s haute conception qu&rsquo;il avait du sacerdoce. J\u00e9sus-Christ \u00e9tait profan\u00e9 dans le coeur de ses ministres. La vue d&rsquo;un pr\u00eatre indigne lui d\u00e9chirait le coeur.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise \u00e9tait \u00e9norme. La pr\u00e9paration aux ordres n&rsquo;existait pas en France. Malgr\u00e9 les stipulations du Concordat, les prescriptions s\u00e9v\u00e8res du Concile de Trente (auxquelles le Parlement s&rsquo;opposait de tout son pouvoir), les essais de s\u00e9minaires que certains \u00e9v\u00eaques avaient tent\u00e9s dans leur dioc\u00e8se avaient \u00e9chou\u00e9 ou v\u00e9g\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2><b>Les retraites d&rsquo;ordinands<\/b><\/h2>\n<p>Mais, en 1628, Vincent de Paul s&#8217;empare d&rsquo;une id\u00e9e qui lui est sugg\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Beauvais, Potier de Gesvres. Elle r\u00e9pond \u00e0 ce qu&rsquo;il aime : une id\u00e9e simple, un humble commencement. Les jeunes gens qui veulent recevoir les ordres feront auparavant une retraite de dix jours, sous la direction de M. Vincent. Donc, en 1628, Vincent va \u00e0 Beauvais, avec deux docteurs de Sorbonne, et pr\u00e9pare les ordinands. Le succ\u00e8s est complet; on recommence, et deux ans apr\u00e8s, Potier de Gesvres d\u00e9cide l&rsquo;archev\u00eaque de Paris \u00e0 \u00e9tablir ces m\u00eames exercices. Une ordonnance de 1631 les rend <i>obligatoires. <\/i>L&rsquo;institution est n\u00e9e : il y aura d\u00e9sormais cinq retraites d&rsquo;ordination par an.<\/p>\n<p>Dix jours de retraite, au lieu de cinq ans de s\u00e9minaire, nous trouvons que c&rsquo;est peu&#8230; Mais Vincent fait que cela soit beaucoup. Il re\u00e7oit les jeunes gens dans sa maison, les sert, les nourrit, les entretient matin et soir sur les devoirs et les vertus de l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique, sur le culte et la liturgie, sur l&rsquo;oraison. Il appelle pour l&rsquo;aider des docteurs, des pr\u00e9lats parfois, mais c&rsquo;est lui qui donne le ton. Bossuet viendra faire sa retraite en 1652, aur\u00e9ol\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;une r\u00e9putation de bel esprit et d&rsquo;orateur. Il fut confi\u00e9 au plus humble des missionnaires; mais il re\u00e7ut une si forte impression qu&rsquo;il garda toute sa vie estime et admiration pour Vincent de Paul.<\/p>\n<p>On distingua tout de suite les pr\u00eatres form\u00e9s par M. Vincent \u00e0 leur maintien, leur dignit\u00e9, leur z\u00e8le. Ils \u00e9taient une r\u00e9clame vivante. Beaucoup d&rsquo;\u00e9v\u00eaques en demandent, et m\u00eame en Italie, m\u00eame \u00e0 Rome. Le pape Alexandre VIII fait de la retraite \u00e0 la maison de Saint-Lazare une condition <i>indispensable <\/i>de la r\u00e9ception des ordres. Ainsi Vincent de Paul a l&rsquo;honneur de contribuer \u00e0 la r\u00e9forme du clerg\u00e9 dans la patrie m\u00eame du Concile de Trente.<\/p>\n<h2><b>La Conf\u00e9rence des Mardis<\/b><\/h2>\n<p>Une t\u00e2che accomplie en suscite une autre. Vincent pense maintenant \u00e0 entretenir chez les nouveaux pr\u00eatres la gr\u00e2ce de l&rsquo;ordination. En 1633, il r\u00e9unit un petit groupe de jeunes pr\u00eatres dont il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 le z\u00e8le, leur propose un r\u00e8glement commun, et leur demande de venir tous les mardis \u00e0 Saint-Lazare, pour s&rsquo;entr&rsquo;aider \u00e0 servir Dieu avec fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>La \u00ab Conf\u00e9rence des Mardis \u00bb r\u00e9unit bient\u00f4t tout ce qu&rsquo;il y avait de m\u00e9rite ou de pi\u00e9t\u00e9 dans le clerg\u00e9 parisien. M. Olier, M. Duval en firent partie d\u00e8s le d\u00e9but, Bossuet en 1653. Tout ce qui marqua plus tard dans l&rsquo;Eglise de France, \u00e9v\u00eaques, archev\u00eaques, sup\u00e9rieurs de communaut\u00e9s ou de s\u00e9minaires, passa par la Conf\u00e9rence. Et, fid\u00e8le \u00e0 sa mani\u00e8re, Vincent tournait aussit\u00f4t cette parlotte vers l&rsquo;action. Il appliqua ses membres \u00e0 des missions dans les villes. Ils en firent \u00e0 Paris dans les h\u00f4pitaux, aux Quinze-Vingt, \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu. Une autre, en 1641, \u00e0 Saint-Germain, pour convertir la Cour&#8230; Enfin la grande mission de Metz, en 1658, avec une vingtaine de \u00ab pr\u00eatres des Mardis \u00bb, demeura c\u00e9l\u00e8bre dans les annales de la ville de Metz, et dans l&rsquo;histoire religieuse du XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<h2><b>Les s\u00e9minaires<\/b><\/h2>\n<p>Cependant l&rsquo;essentiel de la r\u00e9forme \u00e9tait toujours la fondation de s\u00e9minaires.<\/p>\n<p>Vincent de Paul n&rsquo;a pas gard\u00e9 pour la post\u00e9rit\u00e9 le titre de fondateur des s\u00e9minaires, qui appartient \u00e0 M. Olier. Pourtant la petite Compagnie de celui-ci, apr\u00e8s quelques essais sans lendemain, ne vint s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Vaugirard, puis \u00e0 Saint-Sulpice, qu&rsquo;en 1642, et d\u00e9j\u00e0 Vincent, \u00e0 cette date, avait fond\u00e9 divers s\u00e9minaires.<\/p>\n<p>En 1635, il recevait au Coll\u00e8ge des Bons-Enfants douze adolescents, auxquels il apprenait le chant, la liturgie, les choses d&rsquo;Eglise. Une mani\u00e8re de petit s\u00e9minaire.<\/p>\n<p>Puis, en juin 1637, il inaugure, avec des jeunes gens de vingt ans, nouvellement re\u00e7us dans la Mission, un <i>s\u00e9minaire interne, <\/i>sorte de noviciat de deux ans, pour ses missionnaires.<\/p>\n<p>Enfin, en 1642, toujours \u00e0 sa mani\u00e8re lente et prudente, il ouvre un grand s\u00e9minaire aux Bons-Enfants, et transporte ses adolescents de Saint-Lazare en une maison qu&rsquo;il appelle le s\u00e9minaire Saint-Charles. Le premier, donc, il r\u00e9alise la formule qui a pr\u00e9valu d\u00e9finitivement : s\u00e9paration des petits et des grands s\u00e9minaires. L&rsquo;organisation \u00e9tait compl\u00e8te; elle donna les r\u00e9sultats qu&rsquo;on cherchait en vain depuis longtemps.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le mouvement se propagea rapidement. De 1642 \u00e0 165o, la plupart des \u00e9v\u00eaques demandent une fondation dans leur dioc\u00e8se. Ce succ\u00e8s de toutes les oeuvres du saint, pourquoi nous \u00e9tonne-t-il toujours? C&rsquo;est le triomphe d&rsquo;une juste formule, exactement adapt\u00e9e aux besoins, et c&rsquo;est le fruit que Dieu donne aux oeuvres faites purement pour sa gloire.<\/p>\n<h2><b>La pr\u00e9dication<\/b><\/h2>\n<p>Parmi les erreurs du clerg\u00e9 de son temps, Vincent de Paul mit courageusement la mani\u00e8re pompeuse de pr\u00eacher, qui avait remplac\u00e9 (sans la d\u00e9truire peut-\u00eatre) la mani\u00e8re triviale du Moyen Age. Guerre incessante \u00e0 l&rsquo;\u00e9loquence \u00ab cath\u00e9drante \u00bb! Il s&rsquo;est jur\u00e9 d&rsquo;exterminer le \u00ab <i>Coeli coelorum! \u00bb <\/i>qui tombait d&rsquo;une chaire tonnante sur la t\u00eate des auditeurs.<\/p>\n<p>Dans les Conf\u00e9rences du Mardi, on formait tous les pr\u00eatres \u00e0 la \u00ab petite m\u00e9thode \u00bb de Vincent.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Les ap\u00f4tres, comment pr\u00eachaient-ils? Tout bonnement, famili\u00e8rement et simplement. Et voil\u00e0 notre mani\u00e8re de pr\u00eacher. \u00bb<\/p>\n<p>Vincent juge l&rsquo;arbre \u00e0 ses fruits, la pr\u00e9dication \u00e0 son efficace. Il le dira sans ambages :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Il se fait tous les jours tant de pr\u00e9dications dans cette grande ville, tant d&rsquo;Avents, tant de Car\u00eames ! et trouvez-moi un homme qui en soit devenu meilleur? O Sauveur, vous avez bien de la peine d&rsquo;en trouver un seul. \u00bb<\/p>\n<p>Cela suffit : l&rsquo;\u00e9loquence en usage est condamn\u00e9e.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;\u00e9tait la nouvelle m\u00e9thode? D&rsquo;apr\u00e8s un r\u00e9sum\u00e9 fait par M. Alm\u00e9ras, Vincent de Paul gardait un cadre assez rigide : exorde, proposition du sujet, division en trois points, etc&#8230; Rien donc de l&rsquo;improvisation; ce qui est nouveau, c&rsquo;est le ton du discours. \u00ab Qu&rsquo;est-ce que toute cette fanfare? \u00bb Il faut un ton naturel, des exemples tir\u00e9s de la vie quotidienne, des faits parlants, \u00ab et quelques affections pour exciter les auditeurs \u00e0 ce qu&rsquo;on leur a propos\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Et surtout, Vincent de Paul a flagell\u00e9 ceux qui montent <b>en <\/b>chaire \u00ab non pas pour pr\u00eacher Dieu, mais pour se pr\u00eacher eux-m\u00eames \u00bb.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Une personne qui pr\u00eache pour se faire applaudir, louer, estimer, qu&rsquo;est-ce que fait cette personne? Un sacril\u00e8ge, oui, un sacril\u00e8ge! \u00bb<\/p>\n<p>Et il a laiss\u00e9 \u00e0 ses fils un pr\u00e9cepte, une image admirables :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Il faut monter en chaire comme sur un calvaire, pour n&rsquo;en rapporter que de la confusion. \u00bb<\/p>\n<p>La \u00ab petite m\u00e9thode \u00bb eut un succ\u00e8s rapide; Vincent, pour une fois, le constata lui-m\u00eame :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Dans la mission qui fut faite \u00e0 Saint-Germain, le monde y accourut de tous les quartiers de la grande ville&#8230; Des personnes de condition, des docteurs, des docteurs m\u00eame. On ne pr\u00eacha \u00e0 tout ce grand monde que suivant la <i>petite m\u00e9thode. <\/i>Et quel fruit ne fit-on pas! Dieu! quel fruit! On fit des confessions g\u00e9n\u00e9rales aussi bien que dans les villages. Or sus ! Dieu! Vit-on jamais tant de monde converti par des pr\u00e9dications raffin\u00e9es ? \u00bb<\/p>\n<p>Notons enfin un dernier aveu de Vincent de Paul sur le succ\u00e8s de toutes ses initiatives. La maison des Bons-Enfants, avec son noviciat de missionnaires, son grand s\u00e9minaire, le va-et-vient incessant d&rsquo;eccl\u00e9siastiques venus de province pour une retraite de quelques jours, qu&rsquo;on appelait \u00ab les exercitants \u00bb, (\u00ab Monsieur, g\u00e9missait le P\u00e8re \u00e9conome, nous allons succomber sous le poids des exercitants ! \u00bb) cette maison, Vincent de Paul en disait lui-m\u00eame : \u00ab Le Saint-Esprit y fait une descente continuelle sur les \u00e2mes. \u00bb<\/p>\n<p>Il faut toujours en revenir \u00e0 ceci : la r\u00e9novation du clerg\u00e9, ce fut la parole, l&rsquo;exemple, l&rsquo;influence personnelle de Vincent aux Bons-Enfants et \u00e0 Saint-Lazare, le rayonnement d&rsquo;un saint.<\/p>\n<h2><b>Le Conseil de conscience<\/b><\/h2>\n<p>A cette r\u00e9novation il manquait un couronnement. Il restait \u00e0 agir sur les pr\u00e9lats, les gros dignitaires, les grands b\u00e9n\u00e9ficiers; \u00e0 r\u00e9primer des abus qui faisaient partie de l&rsquo;organisation m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque. Viser cette t\u00eate d&rsquo;une Eglise qui tenait par tant de liens au monde, c&rsquo;\u00e9tait, autant dire, porter la main sur la t\u00eate m\u00eame du royaume. Vincent pouvait-il y songer?<\/p>\n<p>En 1643, une occasion s&rsquo;offrit.<\/p>\n<p>A la mort de Louis XIII, Anne d&rsquo;Autriche \u00e9tablissait un Conseil pour traiter de toutes les affaires religieuses, qui prit le nom de Conseil de conscience. Vincent de Paul y fut appel\u00e9, avec Mazarin, le chancelier S\u00e9guier, et quelques autres.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;en effraya et refusa. Quand on pense au pouvoir qui lui \u00e9tait mis ainsi entre les mains, on s&rsquo;en \u00e9tonne. Mais c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;obligation de revenir \u00e0 la Cour, de fr\u00e9quenter les grands, toutes choses qu&rsquo;il d\u00e9testait. Et les oppositions, les luttes, les intrigues qu&rsquo;il pouvait pr\u00e9voir&#8230;<\/p>\n<p>On le persuada, il dut se r\u00e9signer, on le revit au Louvre. Le sacrifice accept\u00e9, il montra tout son courage, et sa volont\u00e9 claire. Quand il faut un plan d&rsquo;action, il n&rsquo;est jamais long \u00e0 sortir son papier.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers Conseils, il d\u00e9nonce les abus qui r\u00e8gnent dans le haut clerg\u00e9. Il demande que les b\u00e9n\u00e9fices ne soient donn\u00e9s ni \u00e0 des enfants, ni \u00e0 des indignes; que les \u00e9v\u00each\u00e9s, sans exclure le privil\u00e8ge de la naissance, soient donn\u00e9s au m\u00e9rite; que les abbayes de commende, qui n&rsquo;\u00e9taient que viag\u00e8res, ne deviennent pas \u00abh\u00e9r\u00e9ditaires \u00bb; enfin que les bons et honn\u00eates b\u00e9n\u00e9ficiers ne soient pas \u00e9vinc\u00e9s par des \u00ab d\u00e9volutaires \u00bb, qui n&rsquo;\u00e9taient que des chicanoux ou des forbans. En bref, il poursuit, sous ses multiples formes, la simonie.<\/p>\n<p>Il faut se repr\u00e9senter combien de familles ces r\u00e9formes allaient toucher, combien d&rsquo;int\u00e9r\u00eats elles allaient l\u00e9ser. D\u00e9ranger l&rsquo;ordre \u00e9tabli, des usages antiques et fructueux : que de gens furieux dans tout le royaume! Que de cadets qui ne seraient plus d&rsquo;Eglise! Que d&rsquo;enfants qui ne seraient plus pourvus d\u00e8s le berceau!&rsquo; N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;on \u00e9tait alors tr\u00e8s \u00e2pre au bon \u00ab \u00e9tablissement \u00bb des enfants; et que la noblesse se ruinait par tous les bouts.<\/p>\n<p>Vincent risqua, bravement, sa popularit\u00e9. Il tint bon, pendant dix ans, sous le <i>toile <\/i>des grandes familles, et malgr\u00e9 l&rsquo;opposition croissante de Mazarin, qui finit par avoir sa t\u00eate. Et l&rsquo;on voit \u00e0 la fois, curieux spectacle, travailler l&rsquo;homme et le saint. L&rsquo;homme qui, au Conseil, dit son avis tout net, mais avec douceur; qui ne consid\u00e8re ni le rang ni la puissance des gens quand il faut refuser une injustice, mais qui sait pourtant les manier et les m\u00e9nager; qui enfin multiplie les d\u00e9marches, lui d&rsquo;ordinaire si \u00ab resserr\u00e9 dans sa coquille \u00bb, quand il aper\u00e7oit le moyen d&#8217;emp\u00eacher un mauvais choix. Et l&rsquo;on voit le saint qui subit sans mot dire les avanies, les humiliations que les gens d\u00e9\u00e7us se permettent de lui infliger. Maltrait\u00e9 par un seigneur furieux, il se jette \u00e0 ses pieds; trait\u00e9 de vieux fou par un autre, il acquiesce et rench\u00e9rit; accus\u00e9 par un pr\u00eatre d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par un concurrent, il garde le silence. Il ose enfin aller trouver certaine grande dame, la duchesse de Lavardin, et lui retirer un \u00e9v\u00each\u00e9 que la reine avait accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un de ses fils, ivrogne notoire : l&rsquo;orageuse entrevue se cl\u00f4t par un tabouret qu&rsquo;on lui jette \u00e0 la t\u00eate. Il se retire, panse la blessure avec son mouchoir, et dit au fr\u00e8re qui l&rsquo;accompagnait ce mot d\u00e9licieux, qui est d&rsquo;un saint mais aussi d&rsquo;un Gascon rempli d&rsquo;humour : \u00ab N&rsquo;est-ce pas une chose admirable de voir jusqu&rsquo;o\u00f9 va la tendresse d&rsquo;une m\u00e8re pour son fils ? \u00bb<\/p>\n<p>Toutes ces oppositions n&#8217;emp\u00eachent pas M. Vincent d&rsquo;avoir, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, la haute main sur l&rsquo;Eglise de France. On s&rsquo;en apercevra bient\u00f4t. En peu d&rsquo;ann\u00e9es, les abus disparaissent, le culte reprend sa r\u00e9gularit\u00e9 et sa beaut\u00e9. Les \u00e9v\u00eaques nomm\u00e9s par Vincent de Paul \u00ab paraissent entre les autres pr\u00e9lats, en sorte que chacun, jusques au roi, les remarque tout autrement faits \u00bb. Vincent, d&rsquo;ailleurs, continue de les diriger et conseiller dans ses lettres. Il se fait de m\u00eame le conseil des ordres religieux. Il intervient dans la douloureuse querelle de doctrine soulev\u00e9e par le jans\u00e9nisme; il d\u00e9nonce le livre d&rsquo;Arnauld, <i>La Fr\u00e9quente communion, <\/i>qu&rsquo;il voit qui \u00ab d\u00e9tourne tout le monde puissamment de la hantise de la sainte communion et la sainte confession, quoiqu&rsquo;il fasse semblant d&rsquo;\u00eatre fort \u00e9loign\u00e9 de ce dessein \u00bb; il avertit tous ses missionnaires pour les pr\u00e9server de ces \u00ab opinions nouvelles \u00bb, de ces \u00ab maximes pernicieuses \u00bb, qui \u00ab ruinent la messe et la communion<span id='easy-footnote-10-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-10-106705' title='&lt;i&gt;Lettre \u00e0 M. Dehorgny, \u00e0 &lt;\/i&gt;Rome, 25 juin 1648.'><sup>10<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb Ainsi, il est celui qui porte dans son esprit et dans son coeur toute l&rsquo;Eglise de France, et qui pourrait dire comme l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab Qui est faible sans que je sois faible, et qui peut tomber sans qu&rsquo;un feu me d\u00e9vore? Je me suis fait le serviteur de tous. \u00bb<\/p>\n<p>Vincent de Paul, on le sait, ne fut pas le seul \u00e0 travailler \u00e0 la grande oeuvre, et je ne veux pas restreindre la part de B\u00e9rulle, de M. Olier, de Bourdoise, et d&rsquo;autres encore. Mais l&rsquo;action de Vincent de Paul d\u00e9borda les cadres m\u00eames du clerg\u00e9. Il n&rsquo;a pas seulement chang\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que les clercs devaient se faire d&rsquo;eux-m\u00eames; il a chang\u00e9 aussi l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on se faisait dieux dans le monde. Le respect que nous avons aujourd&rsquo;hui du pr\u00eatre, de sa fonction et de son habit, ni le Moyen Age ni le XVIe si\u00e8cle ne l&rsquo;ont connu. Au XVIIe si\u00e8cle encore, si l&rsquo;on respectait dans le haut clerg\u00e9 la naissance, la \u00ab qualit\u00e9 \u00bb, le cur\u00e9 du Tiers \u00e9tait toujours tenu pour peu, pour tr\u00e8s peu. Incroyablement m\u00e9pris\u00e9 des grands, il \u00e9tait parfois meurtri \u00e0 coups de b\u00e2ton par le seigneur de son village. En tout cas, un homme de qualit\u00e9 ne lui rendait pas le salut, ne le priait pas de s&rsquo;asseoir dans une compagnie, et l&rsquo;envoyait manger avec les valets. Le t\u00e9moignage d&rsquo;Abelly sur ces faits est formel; et, beaucoup plus tard, le duc de Beauvilliers \u00e9crira encore : \u00ab Que je suis malheureux d&rsquo;\u00eatre venu au monde dans un temps si d\u00e9plorable que l&rsquo;on m\u00e9prise, que l&rsquo;on maltraite, que l&rsquo;on d\u00e9shonore les eccl\u00e9siastiques. \u00bb<\/p>\n<p>Cette rupture d&rsquo;un long pr\u00e9jug\u00e9, c&rsquo;est bien l&rsquo;oeuvre de Vincent de Paul. Il a mis si haut le sacerdoce qu&rsquo;il l&rsquo;a d\u00e9gag\u00e9 de toute condition, de toute dignit\u00e9 temporelle. En agissant sur l&rsquo;esprit du monde autant que sur celui des s\u00e9minaires; il a entour\u00e9 la r\u00e9forme du clerg\u00e9 d&rsquo;une sorte de sympathie, de collaboration la\u00efque. A Saint-Lazare, tout le monde s&rsquo;assied \u00e0 la table commune de M. Vincent. Il n&rsquo;est pas d&rsquo;endroit o\u00f9 la fusion des classes ait mieux commenc\u00e9 \u00e0 se faire, dans la grande fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne. C&rsquo;est un aspect de l&rsquo;oeuvre sociale du saint qu&rsquo;il ne faut pas n\u00e9gliger.<\/p>\n<p>Quarante ans plus tard, Fl\u00e9chier, rappelant l&rsquo;oeuvre de saint Vincent, pouvait dire : \u00ab A lui, le clerg\u00e9 de France doit sa splendeur et sa gloire. \u00bb A lui aussi, pourrait-on ajouter, notre clerg\u00e9 doit d&rsquo;\u00eatre encore aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des plus dignes et des plus nobles des pays de Chr\u00e9tient\u00e9.<\/p>\n<h2><b>Le directeur de conscience<\/b><\/h2>\n<p>Si l&rsquo;on met \u00e0 part ses nombreux, ses constants Entretiens aux pr\u00eatres de la Mission et aux Filles de la Charit\u00e9, on ne trouverait gu\u00e8re, dans l&rsquo;immense correspondance de saint Vincent, de \u00ab lettres de direction \u00bb au sens propre du mot. Rien que l&rsquo;on puisse comparer \u00e0 la correspondance spirituelle d&rsquo;un Fran\u00e7ois de Sales, d&rsquo;un Bossuet, d&rsquo;un F\u00e9nelon. Cependant Vincent de Paul a accept\u00e9, un peu malgr\u00e9 lui, de diriger quelques femmes d&rsquo;\u00e9lite.<\/p>\n<p>Il aimait les \u00e2mes qui vont \u00e0 Dieu \u00ab bonnement et simplement \u00bb. Il n&rsquo;eut pas de chance : ses deux p\u00e9nitentes furent des \u00e2mes compliqu\u00e9es, ing\u00e9nieuses \u00e0 couper des scrupules en quatre. Nous n&rsquo;avons malheureusement aucune trace de sa conduite de Mme de Gondi, mais les r\u00e9sultats parlent assez : d&rsquo;une femme maladive il r\u00e9ussit \u00e0 faire une infatigable ap\u00f4tre, qui dominait son \u00e2me comme son corps, qui acceptait ses inqui\u00e9tudes \u2014 et jusqu&rsquo;\u00e0 la perte de son directeur. Car il ne voulait pas qu&rsquo;elle s&rsquo;attach\u00e2t trop \u00e0 lui; il l&rsquo;\u00e9cartait doucement. On voit poindre sa m\u00e9thode : habituer ses dirig\u00e9es \u00e0 marcher seules, sous la conduite de Dieu et de la gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Il en usa de m\u00eame avec cette vraie fille de son esprit, Louise de Marillac. C&rsquo;\u00e9tait, au dire de son premier directeur, Camus, \u00ab un esprit clair et fort \u00bb. Mais cet esprit \u00e9tait \u00ab travers\u00e9 de faiblesses et de nuages \u00bb, au point qu&rsquo;elle se reprochait d&rsquo;avoir manqu\u00e9 \u00e0 sa vocation religieuse, doutait parfois de l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me, et apr\u00e8s de grands \u00e9lans vers Dieu, de \u00ab cons\u00e9crations \u00bb admirables et un peu vaines, souffrait de grands abattements. Le premier souci de Vincent fut de la soustraire \u00e0 son imagination crucifiante. \u00ab N&rsquo;admettez plus les pens\u00e9es de singularit\u00e9 qui vous ont tracass\u00e9e&#8230; Vous r\u00e9fl\u00e9chissez trop sur vous-m\u00eame. Allons un peu plus bonnement et simplement. \u00bb Et toujours : \u00ab Soyez en repos sur votre int\u00e9rieur. \u00bb Pourtant il la met \u00e0 un dur r\u00e9gime, puisque pendant cinq ans, tandis qu&rsquo;il l&rsquo;observe, il ne lui donne d&rsquo;autre consigne que d&rsquo;attendre. Mais dans cette attente, une r\u00e8gle lumineuse : \u00ab Tout ce qui vous inqui\u00e8te est suspect; la volont\u00e9 de Dieu ne nous met pas en trouble, elle nous met en paix. \u00bb Et aussi un rem\u00e8de souverain : la ga\u00eet\u00e9. \u00ab Soyez bien gaie \u00bb, c&rsquo;est le refrain de toutes les lettres. \u00abT\u00e2chez \u00e0 vivre contente parmi vos sujets de m\u00e9contentement. \u00bb \u00ab Je vous ordonne de plus de vous concilier la sainte joie de votre coeur par tous les divertissements qui vous seront possibles<span id='easy-footnote-11-106705' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-2\/#easy-footnote-bottom-11-106705' title='II y a l\u00e0, n&amp;rsquo;est-ce pas, beaucoup de la mani\u00e8re et de l&amp;rsquo;esprit sal\u00e9siens dans la direction.'><sup>11<\/sup><\/a><\/span>. \u00bb<\/p>\n<p>Ces natures inqui\u00e8tes et g\u00e9n\u00e9reuses ont une ressource : se jeter \u00e0 corps perdu dans l&rsquo;action, dans l&rsquo;apostolat. Vincent de Paul lui en ouvrira toute la carri\u00e8re, apr\u00e8s sa longue probation. Mais on conna\u00eet son allure prudente et lente; il va l&rsquo;imposer \u00e0 sa dirig\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab T\u00e2chez sur toutes choses \u00e0 ne pas vous empresser&#8230; Affermissez-vous \u00e0 bien faire vos actions journali\u00e8res, vos emplois; bref, que tout tourne \u00e0 bien faire ce que vous faites. \u00bb<\/p>\n<p>Petit programme, petite m\u00e9thode en apparence : rude contrainte pour une \u00e2me bondissante. Il fallut s&rsquo;y plier. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;il ne lui ait laiss\u00e9 une grande libert\u00e9 d&rsquo;action lorsqu&rsquo;il fut s\u00fbr d&rsquo;elle; mais on voit qu&rsquo;elle le devance toujours, et qu&rsquo;elle ronge le mors.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Mon Dieu! Mademoiselle, que vous \u00eates heureuse d&rsquo;avoir le correctif de l&#8217;empressement! Les oeuvres que Dieu fait lui-m\u00eame ne se g\u00e2tent jamais par le non-faire des hommes. Je vous prie d&rsquo;avoir cette confiance en lui. \u00bb<\/p>\n<p>Nous retrouvons en outre, avec Louise de Marillac, le grand principe de saint Vincent : supprimer le directeur. Camus \u00e9crivait \u00e0 la jeune femme, quelques mois apr\u00e8s l&rsquo;avoir remise en d&rsquo;autres mains : \u00ab Pardonnez-moi, ma tr\u00e8s ch\u00e8re soeur, si je vous dis que vous vous attachez un peu trop \u00e0 ceux qui vous conduisent et vous appuyez un peu trop sur eux. Voil\u00e0 M. Vincent \u00e9clips\u00e9 [en voyage] et Melle Le Gras (c&rsquo;\u00e9tait son nom de veuve d&rsquo;Antoine Le Gras) hors de pile et d\u00e9sorient\u00e9e&#8230; \u00bb La pauvre \u00e2me ne savait lutter seule contre ses propres \u00e9lans. Vincent de Paul la dresse \u00e0 se tenir debout toute seule, avec un m\u00e9lange de douceur, de compassion, de brusquerie et d&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;on ne peut qu&rsquo;admirer. Il est toujours l\u00e0; il re\u00e7oit toutes les \u00ab communications de son int\u00e9rieur \u00bb qu&rsquo;elle d\u00e9sire lui faire. Mais il n&rsquo;y r\u00e9pond jamais longuement : quelques lignes dans une lettre d&rsquo;affaires, pour bien mettre toutes choses \u00e0 leur place et importance. Et puis il l&rsquo;accoutume \u00e0 ses fr\u00e9quentes absences, il \u00e9lude des rendez-vous sans l&rsquo;avertir.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Les affaires de Dieu avant les v\u00f4tres, est-il pas vrai, Mademoiselle ? D\u00e9fendez \u00e0 votre coeur de murmurer contre le mien de ce que je m&rsquo;en vas sans vous parler&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>S&rsquo;il la croit pein\u00e9e, il panse la blessure :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00abA votre avis, Mademoiselle, vous suis-je pas bien rude? Votre coeur n&rsquo;a-t-il pas un peu murmur\u00e9, de ce qu&rsquo;\u00e9tant si proche de vous je ne vous aie ni vue ni fait savoir de nos nouvelles ? Or sus, Notre-Seigneur trouvera son compte en cette petite mortification&#8230; et fera par lui-m\u00eame l&rsquo;office de directeur. Oui certes, il le fera, et de fa\u00e7on qu&rsquo;il vous fera voir que c&rsquo;est lui-m\u00eame. Soyez donc, ma ch\u00e8re fille, toute humble, toute soumise, et attendez toujours avec patience l&rsquo;\u00e9vidence de sa sainte et adorable volont\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;oraison, les id\u00e9es du saint sont \u00e9galement simples, volontairement un peu courtes. Il n&rsquo;y a pas de vie vraiment religieuse sans oraison. Il faut donc en dire la n\u00e9cessit\u00e9, les bienfaits; mais l&rsquo;oraison a aussi ses dangers.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab Ni les consid\u00e9rations qu&rsquo;elle suscite, ni m\u00eame les sentiments d&rsquo;amour qu&rsquo;elle provoque n&rsquo;ont de valeur par eux-m\u00eames. C&rsquo;est une des parties les plus importantes de l&rsquo;oraison, et m\u00eame la plus importante, de faire de bonnes r\u00e9solutions.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9solutions elles-m\u00eames n&rsquo;ont de valeur que \u00ab si elles descendent au particulier \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 cette suite de gestes petits ou grands qui composent la journ\u00e9e de chacun de nous.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\"><b>\u00ab Le <\/b>reste n&rsquo;est qu&rsquo;une <i>production de l&rsquo;esprit, <\/i>lequel ayant trouv\u00e9 quelque douceur en la consid\u00e9ration d&rsquo;une vertu, se flatte en la pens\u00e9e d&rsquo;\u00eatre bien vertueux. On ne l&rsquo;est souvent que par imagination. \u00bb<b><\/b><\/p>\n<p>En effet, il faut r\u00e9p\u00e9ter ici que Vincent de Paul n&rsquo;est pas un sp\u00e9culatif, et ne vise, dans sa direction spirituelle, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;action. Il a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par B\u00e9rulle, et s&rsquo;est nourri lui-m\u00eame de ses hautes sp\u00e9culations sur le Verbe Incarn\u00e9. Mais elles sont trop hautes pour toutes les \u00ab ch\u00e9tives Compagnies \u00bb de Vincent. Il s&rsquo;attache plus volontiers \u00e0 saint Fran\u00e7ois de Sales, ou m\u00eame \u00e0 Louis de Grenade. Cela lui suffit pour les deux t\u00e2ches primordiales auxquelles il a vou\u00e9 sa vie. Les pr\u00eatres de la Mission, les Filles de la Charit\u00e9, composent deux familles religieuses qu&rsquo;il a vraiment fa\u00e7onn\u00e9es, marqu\u00e9es de son sceau : puissantes cr\u00e9ations spirituelles, auxquelles rien n&rsquo;est comparable dans l&rsquo;histoire religieuse de la France <b>(18, 21, 27).<\/b><\/p>\n<h2><b>Hommage \u00e0 saint Vincent de Paul<\/b><\/h2>\n<p>Vincent de Paul fut, d\u00e8s son vivant, une figure populaire. On connaissait, dans les rues de Paris, la silhouette rustique du saint pr\u00eatre; on assi\u00e9geait dans les temps calamiteux la porte de Saint-Lazare. Ses fun\u00e9railles, en septembre 166o, furent un deuil pour la ville, elles unirent une fois de plus, comme avait fait l&rsquo;homme durant sa vie, toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, il est rest\u00e9 le plus familier de nos saints. Sous la cornette des Soeurs, il continue de verser aux pauvres, aux malades, aux enfants, aux vieillards, les tr\u00e9sors de son coeur.<\/p>\n<p>Il a vraiment aim\u00e9 les pauvres d&rsquo;un amour irr\u00e9sistible. Pas seulement la belle Pauvret\u00e9, fianc\u00e9e mystique du saint d&rsquo;Assise; mais le pauvre m\u00eame vicieux, d\u00e9grad\u00e9, la chair souffrante de l&rsquo;humanit\u00e9. Ils \u00e9taient ses amis avant qu&rsquo;il v\u00eet en eux la face douloureuse du Dieu fait homme, avant de devenir \u00ab ses seigneurs \u00bb. Il y a un grain de folie dans la vie de tous les saints : <i>Nos stulti propter Christum. <\/i>Vincent de Paul a aim\u00e9 les pauvres d&rsquo;un amour sans mesure et sans raison. La raison sans doute a b\u00e2ti ses grandes oeuvres, elle en a ajust\u00e9 les rouages et assur\u00e9 la dur\u00e9e; mais elle n&rsquo;e\u00fbt pas suffi \u00e0 elle seule; \u00e0 tout instant on la sent inspir\u00e9e, guid\u00e9e par l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Et puis, Vincent a connu le pur et profond royaume de l&rsquo;humilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">\u00ab\u00a0Il y a soixante-sept ans que Dieu me souffre sur la terre; mais apr\u00e8s avoir bien pens\u00e9 et repens\u00e9 pour acqu\u00e9rir et maintenir l&rsquo;union et charit\u00e9 avec Dieu et avec le prochain, je n&rsquo;en ai point jamais trouv\u00e9 d&rsquo;autre que la sainte humilit\u00e9&#8230; Pour moi, je n&rsquo;en sais point d&rsquo;autre : s&rsquo;abaisser au-dessous de tout le monde, n&rsquo;estimer personne m\u00e9chant et mis\u00e9rable que soi-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>Il a courb\u00e9 toute sa vie sous ce joug aust\u00e8re, plus contraire encore \u00e0 la nature que celui de Dame Pauvret\u00e9. Et c&rsquo;est par l&rsquo;humilit\u00e9 qu&rsquo;il a fait de grandes choses, ou plut\u00f4t, comme il l&rsquo;affirmait toujours, que Dieu les a faites par lui.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9lange de prudence humaine et d&rsquo;abandon \u00e0 la conduite divine, qu&rsquo;il a port\u00e9 \u00e0 un point de perfection qu&rsquo;on admire comme une difficile oeuvre d&rsquo;art, n&rsquo;est-ce pas aussi le probl\u00e8me de nos vies \u00e0 tous ? Il nous faut pour cela des guides : Vincent de Paul en est un, le meilleur et le plus attentif, pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 de plus grands esprits. Apprenons de lui, sans quitter le monde et nos affaires, \u00e0 t\u00e2cher d&rsquo;agir sur le plan divin. Il ne nous ravira pas au troisi\u00e8me ciel, mais il nous dira, avec son bon sourire grave : \u00ab Faisons \u00e9nergiquement les affaires de Dieu, il fera les n\u00f4tres. \u00bb Et encore : u D\u00e8s que vous serez vide de vous-m\u00eame, Dieu vous remplira. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enfance et \u00e9tudes Vincent, troisi\u00e8me enfant des de Paul ou Depaul, naquit en 1581 dans un petit village des Landes, Pouy, pr\u00e8s de Dax. 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