{"id":105017,"date":"2015-05-18T03:20:03","date_gmt":"2015-05-18T01:20:03","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=105017"},"modified":"2015-05-18T03:20:03","modified_gmt":"2015-05-18T01:20:03","slug":"saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-chapitre-iii","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-chapitre-iii\/","title":{"rendered":"Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, leurs relations d&rsquo;apr\u00e8s leur correspondance. Chapitre III"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Amiti\u00e9 N\u00e9e De La Direction Spirituelle Et De La Collaboration. &#8211; Ton Affectueux. &#8211; Expressions Famili\u00e8res. &#8211; En Cas D&rsquo;absence. \u2013 La Sant\u00e9 De Louise De Marillac. &#8211; La Sant\u00e9 De Vincent De Paul. Autour De Michel Le Gras. &#8211; D\u00e9tachement.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-105011\" title=\"vincent_louise\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise-300x231.jpg?resize=300%2C231\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"231\" \/><\/a>Port\u00e9e \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter et \u00e0 douter d&rsquo;elle-m\u00eame, Louise de Marillac avait besoin d&rsquo;\u00eatre rassur\u00e9e. D\u00e8s le moment o\u00f9 il accepta d&rsquo;\u00eatre son confesseur, Vincent de Paul fut amen\u00e9 \u00e0 lui accorder l&rsquo;amical r\u00e9confort qui lui \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Plus tard, lorsque se fut \u00e9tablie entre eux la collaboration laborieuse, o\u00f9 \u00e9tait compromis tour \u00e0 tour le repos de chacun, ils prirent l&rsquo;habitude de se t\u00e9moigner mutuellement une constante sollicitude.<\/p>\n<p>Celle de saint Vincent s&rsquo;\u00e9tendait m\u00eame sans cesse aux soucis familiaux de Louise de Marillac, qui en faisait volontiers confidence pour en all\u00e9ger le poids et pour recueillir d&rsquo;utiles avis.<\/p>\n<p>En 1627, Vincent \u00e9crit un soir \u00e0 sa p\u00e9nitente, qu&rsquo;il n&rsquo;a pu voir depuis quelque temps pour la guider utilement. Il lui dit : \u00ab Je vous \u00e9cris environ la minuit, un peu harass\u00e9. Pardonnez \u00e0 mon c\u0153ur, s&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9pand un peu plus dans la pr\u00e9sente\u2026 \u00bb (1 : I, 30)<\/p>\n<p>Ce ton affectueux n&rsquo;\u00e9tait pas exceptionnel dans les lettres qu&rsquo;il adressait \u00e0 Louise de Marillac.<\/p>\n<p>Vers le mois de juillet 1628, elle commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se sentir fortement inclin\u00e9e vers le service des pauvres. Son confesseur observait patiemment l&rsquo;\u00e9veil de cette vocation. Il ne pouvait taire cependant le vif int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il \u00e9prouvait pour les dispositions qui lui \u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 Je ne saurais vous exprimer, convenait-il, combien mon c\u0153ur d\u00e9sire ardemment voir le v\u00f4tre pour savoir comment cela s&rsquo;est pass\u00e9 en lui&#8230; \u00bb (2 : I, 51)<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, mademoiselle Le Gras souffrait de ne pas \u00eatre encore fix\u00e9e sur son orientation d\u00e9finitive. Monsieur Vincent la rassurait en termes d\u00e9licats : \u00ab &#8230; Ne vous mettez \u00bb pas \u00ab en peine de ce que deviendra notre s\u0153ur&#8230; \u00bb (3 : I, 68)<\/p>\n<p>Vers le m\u00eame temps, il \u00e9tait oblig\u00e9 d&rsquo;aller se refaire \u00e0 Forges-les-Eaux. Avant son d\u00e9part, il tra\u00e7ait ces lignes : \u00ab Que vous dirai-je maintenant de celui que votre c\u0153ur ch\u00e9rit tant en Notre-Seigneur&#8230; Si je pars. &#8230; je vous dis adieu, ma ch\u00e8re fille&#8230; \u00bb. La lettre s&rsquo;achevait sur une invitation tr\u00e8s paternelle \u00e0 la fermet\u00e9 d&rsquo;\u00e2me : \u00ab Or sus, c&rsquo;est assez parl\u00e9 \u00e0 sa fille. Il faut achever en lui disant que mon c\u0153ur aura un bien tendre ressouvenir du sien en celui de Notre- Seigneur, et pour celui de Notre-Seigneur seulement&#8230; \u00bb (4 : I, 63)<\/p>\n<p>Mademoiselle Le Gras avait quelque penchant pour la peinture. Comme elle se disposait \u00e0 offrir un tableau \u00e0 saint Vincent, il indique les paroles qu&rsquo;il convient de reproduire sur la toile : \u00ab&#8230; Il me semble que ce sera assez de mettre en votre notre tableau les m\u00eames paroles de l&rsquo;original : &#8230; \u00bb Il termine sur ces mots, l&rsquo;esprit en Dieu : moi \u00ab qui ai en son amour un m\u00eame c\u0153ur avec vous&#8230; \u00bb (5 : I, 86-88)<\/p>\n<p>Il arrivait aussi que Louise de Marillac m\u00eet de l&rsquo;argent \u00e0 la disposition de monsieur Vincent. \u00ab Je vous remercie de l&rsquo;argent que (vous) m&rsquo;avez envoy\u00e9 \u00bb, disait-il simplement en pareil cas. Toutefois, la m\u00eame lettre portait des marques plus \u00e9videntes de reconnaissance. Elle ajoutait en effet, en terminant : \u00ab Je me recommande \u00e0 vos pri\u00e8res et vous souhaite le bonsoir, avec autant de tendresse de mon c\u0153ur que je suis, en l&rsquo;amour de Notre-Seigneur, votre serviteur. \u00bb (6 : I, 114)<\/p>\n<p>En septembre 1631, mademoiselle Le Gras s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 aller visiter les confr\u00e9ries de la Charit\u00e9 sur les terres des Gondi, en Champagne. Vincent de Paul lui donne d&rsquo;utiles indications, auxquelles fait suite une myst\u00e9rieuse protestation : \u00ab Effacez cependant de votre esprit la raison que vous m&rsquo;avez all\u00e9gu\u00e9e pour laquelle vous allez faire ce voyage. Vous ne sauriez croire que cela a contrist\u00e9 mon c\u0153ur. Oh ! non, je ne suis pas fait de la sorte, Dieu merci ; ains Dieu sait ce qu&rsquo;il m&rsquo;a donn\u00e9 pour vous, et vous le verrez au ciel. \u00bb (7 : I, 118-19)<\/p>\n<p>Un jour, la chapelle des missionnaires re\u00e7oit de Louise de Marillac un cadeau qui enchante le Sup\u00e9rieur. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab beau et agr\u00e9able parement&#8230; lequel, d\u00e9clare Vincent, me pensa ravir hier le c\u0153ur d&rsquo;aise, voyant le v\u00f4tre l\u00e0-dedans. \u00bb Il insiste : \u00ab &#8230; Cette aise&#8230; dure encore avec une tendresse inexplicable, laquelle op\u00e8re en moi plusieurs pens\u00e9es, lesquelles, si Dieu l&rsquo;a agr\u00e9able, je vous pourrai dire&#8230; \u00bb (8 : I, 153)<\/p>\n<p>Vers 1637, au moment o\u00f9 la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 va commencer une fervente retraite, c&rsquo;est en termes tr\u00e8s confiants que son confesseur se recommande \u00e0 ses pri\u00e8res. \u00ab Je ne fais point de doute,, dit-il, qu&rsquo;apr\u00e8s le petit Le Gras vous ne me mettiez au premier rang&#8230; \u00bb (9 : I, 384)<\/p>\n<p>Quant \u00e0 lui, tr\u00e8s discr\u00e8tement il tient cach\u00e9e la place qu&rsquo;il accorde \u00e0 sa p\u00e9nitente dans ses pr\u00e9occupations. Il en laisse cependant deviner l&rsquo;importance. \u00ab Vous saurez un jour, annonce-t-il, que je suis plus que je ne vous dis \u00bb, en l&rsquo;amour de Dieu, \u00ab votre serviteur. \u00bb (10 : I, 508)<\/p>\n<p>A peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, il entretient mademoiselle Le Gras de son fils Michel et de plusieurs autres personnes de sa famille. A ce sujet, il fait cette remarque : \u00ab Je ne sais qui m&rsquo;en donne la curiosit\u00e9 ; mais il me semble que cette famille me touche le c\u0153ur avec tendresse \u2026 \u00bb (11 : I, 516)<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Louise de Marillac, apr\u00e8s avoir donn\u00e9 \u00e0 Vincent de Paul des avis sur la mani\u00e8re de soigner sa jambe malade, ajoutait avec d\u00e9licatesse : \u00ab &#8230; Ne suis-je pas bien t\u00e9m\u00e9raire de vous parler de la sorte ? Mais je sais que c&rsquo;est \u00e0 vous, qui savez que je suis.., votre tr\u00e8s humble et tr\u00e8s oblig\u00e9e fille et servante. \u00bb (12 : V, 464-65)<\/p>\n<p>Cette lettre est de 1655. Quatre ans plus tard, Vincent malade est momentan\u00e9ment emp\u00each\u00e9 de voir sa p\u00e9nitente. Elle est, comme lui, parvenue au terme de sa vie. Songeant au pass\u00e9, elle souffre de \u00ab la privation de la seule consolation \u00bb que Dieu lui \u00ab a donn\u00e9e depuis trente-cinq ans. \u00bb (13 : VIII, 207)<\/p>\n<p>L&rsquo;amiti\u00e9 de Vincent de Paul et de Louise de Marillac se reconna\u00eet au ton affectueux de leur correspondance. Les expressions famili\u00e8res dont ils usaient parfois en r\u00e9v\u00e8lent un autre aspect.<\/p>\n<p>Au temps o\u00f9 la collaboratrice de monsieur Vincent organisait la confr\u00e9rie de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, elle recevait ces encouragements sans appr\u00eat : \u00ab Vous \u00eates une brave femme d&rsquo;avoir ainsi accommod\u00e9 le r\u00e8glement de la Charit\u00e9, et je le trouve bien. \u00bb (14 : I, 116)<\/p>\n<p>Un peu plus tard, c&rsquo;est du m\u00eame style que sont \u00e9crites ces f\u00e9licitations : \u00ab Mon Dieu, que vous \u00eates une brave femme d&rsquo;avoir fait tout ce que vous me mandez\u2026\u00bb (15 : I, 307)<\/p>\n<p>En 1631, Michel Le Gras, qui \u00e9tait pensionnaire chez les pr\u00eatres de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, quitte ses ma\u00eetres et fait retour \u00e0 sa m\u00e8re. Elle s&rsquo;\u00e9meut d&rsquo;avoir \u00e0 diriger elle- m\u00eame l&rsquo;\u00e9ducation de son enfant ; mais saint Vincent la gronde plaisamment : \u00ab Oh ! certes Notre-Seigneur a bien fait de ne pas vous prendre pour sa m\u00e8re, puisque vous ne pensez pas trouver la volont\u00e9 de Dieu dans le soin maternel qu&rsquo;il requiert de vous pour votre fils\u2026 \u00bb (16 : I, 111)<\/p>\n<p>C&rsquo;est du m\u00eame ton que le confesseur reprenait sa p\u00e9nitente, quand elle ne parvenait pas \u00e0 ma\u00eetriser ses inqui\u00e9tudes intimes : \u00ab Je ne puis que je vous die, \u00e9crivait-il, que je me propose de vous bien bl\u00e2mer demain, de ce que vous vous laissez aller ainsi \u00e0 ces vaines et frivoles appr\u00e9hensions. Oh ! appr\u00eatez-vous \u00e0 \u00eatre bien tanc\u00e9e. \u00bb (17 : I, 155)<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9ussissait. Louise de Marillac oubliait ses soucis et se d\u00e9ridait \u00e0 son tour. Ainsi fait-elle pour que monsieur Vincent se laisse soigner : \u00ab &#8230; Permettez-moi, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, de vous faire une tr\u00e8s humble pri\u00e8re et de me l&rsquo;accorder, qui est de vouloir prendre du th\u00e9&#8230; Nous en avons c\u00e9ans, depuis peu, de tr\u00e8s bon et \u00e0 grand march\u00e9. Si vous ne faites ce petit essai pour votre sant\u00e9, je m&rsquo;en plaindrai \u00e0 notre bon Dieu \u00bb (18 : VI, 495)<\/p>\n<p>Vincent de Paul et mademoiselle Le Gras \u00e9taient oblig\u00e9s d&rsquo;aller en province, soit pour visiter les confr\u00e9ries, soit pour encourager les s\u0153urs ou les missionnaires. Ces absences donnaient \u00e0 leur mutuel attachement l&rsquo;occasion de se manifester.<\/p>\n<p>En 1629, Louise de Marillac s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 partir pour une tourn\u00e9e d&rsquo;inspection. \u00ab &#8230; Allez donc, mademoiselle, \u00e9crit Vincent, allez au nom de Notre-Seigneur. Je prie sa divine bont\u00e9 qu&rsquo;elle vous accompagne, qu&rsquo;elle soit votre soulas en votre chemin, votre ombre contre l&rsquo;ardeur du soleil, votre couvert \u00e0 la pluie et au froid, votre lit mollet en votre lassitude, votre force en votre travail et qu&rsquo;enfin il vous ram\u00e8ne en parfaite sant\u00e9 et pleine de bonnes \u0153uvres&#8230;\u00bb (19 : I, 73)<\/p>\n<p>Sur le point de quitter Paris pour quelque temps, saint Vincent notifie son d\u00e9part \u00e0 sa collaboratrice : \u00ab Votre c\u0153ur vous en dit-il d&rsquo;y venir&#8230; Si cela est &#8230; nous aurons le bonheur de vous voir&#8230; \u00bb Avant que la lettre ne s&rsquo;ach\u00e8ve un autre espoir s&rsquo;y exprime : \u00ab Si ce soir je viens de bonne heure, je pourrai avoir le bonheur de vous dire un mot. \u00bb (20 : I, 72-73)<\/p>\n<p>De brusques n\u00e9cessit\u00e9s pouvaient appeler inopin\u00e9ment Vincent de Paul au dehors. Il s&rsquo;excusait alors de faire d\u00e9faut \u00e0 des entrevues qui \u00e9taient projet\u00e9es : \u00ab Je me promettais la consolation de vous aller voir ; mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contraint de partir&#8230; Votre cher c\u0153ur me le pardonnera&#8230; Adieu, ma ch\u00e8re fille&#8230; D\u00e9fendez \u00e0 votre c\u0153ur de murmurer contre le mien de ce que je m&rsquo;en vas sans vous parler, pour ce que je n&rsquo;en savais rien au matin. \u00bb (21 : I, 108)<\/p>\n<p>Non content de s&rsquo;excuser ainsi, Vincent avouait tr\u00e8s simplement la peine qu&rsquo;il \u00e9prouvait, en s&rsquo;\u00e9loignant sans accorder \u00e0 sa p\u00e9nitente un entretien qu&rsquo;elle attendait : \u00abJe ne (puis pas ne pas) vous dire, mademoiselle, combien je m&rsquo;en vas \u00e0 contre-c\u0153ur . &#8230; pour ce que je n&rsquo;ai eu la consolation de vous voir \u00e0 cause de nos ordinands&#8230; Je vous assure que si vous saviez la peine que j&rsquo;en ai, vous en auriez piti\u00e9&#8230; \u00bb Cependant, l&rsquo;absence ne devait durer que quelques jours. (22 : I, 560)<\/p>\n<p>En 1639, le Sup\u00e9rieur de la Mission visite \u00e0 Troyes la maison des missionnaires. Comme son s\u00e9jour doit d\u00e9passer la dur\u00e9e pr\u00e9vue, il pr\u00e9vient Louise de Marillac : \u00ab &#8230; Mon Dieu, que j&rsquo;ai eu de la peine de m&rsquo;en venir sans vous voir, et que j&rsquo;en ai de plus demeurer que je ne pensais&#8230; \u00bb (23 : I, 560)<\/p>\n<p>La sant\u00e9 de sa collaboratrice est loin d&rsquo;\u00eatre vigoureuse. Or cette sant\u00e9 est souvent mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve par le surmenage. Vincent \u00e9prouve en cons\u00e9quence de fr\u00e9quentes alarmes. \u00ab Je vous prie me mander exactement, \u00e9crit-il, si votre poumon n&rsquo;est point incommod\u00e9 de tant parler, ni votre t\u00eate de tant d&#8217;embarras et de bruit. \u00bb Et ses inqui\u00e9tudes progressent vite. Il apprend qu&rsquo;une Fille de la Charit\u00e9 est malade de la peste et que, nonobstant le danger de la contagion, la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale l&rsquo;a visit\u00e9e. Son anxi\u00e9t\u00e9 est grande : \u00ab Je vous avoue, mademoiselle, d\u00e9clare-t-il, que d&rsquo;abord cela m&rsquo;a si fort attendri le c\u0153ur que, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;il \u00e9tait nuit, je fusse parti \u00e0 l&rsquo;heure m\u00eame pour vous aller voir. \u00bb (24 : I, 75 ;195)<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de 1640, mademoiselle Le Gras, qui inspectait ses filles \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Angers, a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de s&rsquo;aliter. Monsieur Vincent lui \u00e9crivait chaque semaine depuis son d\u00e9part. A la nouvelle du mal qui la frappe, il lui fait part de son dessein de la faire ramener en liti\u00e8re. \u00ab &#8230; Je vous attends, ajoute-t-il, avec le c\u0153ur que Notre-Seigneur et sa sainte M\u00e8re savent&#8230; \u00bb (25 : II, 8)<\/p>\n<p>En juillet 1646, quelques Filles de la Charit\u00e9 s&rsquo;en vont \u00e0 Nantes, pour se mettre \u00e0 la disposition de l&rsquo;h\u00f4pital. Leur Sup\u00e9rieure les accompagne. Or les jours passent sans qu&rsquo;elle donne signe de vie. Vincent de Paul s&rsquo;inqui\u00e8te de ce silence : \u00ab Voici une semaine et demie de pass\u00e9e depuis votre d\u00e9part, sans que nous ayons de vos nouvelles. Tout le monde en veut avoir ici, et je ne sais que dire \u00e0 ceux qui m&rsquo;en demandent ; moi-m\u00eame, plus que tous, j&rsquo;en suis en peine&#8230; Je crains tant que les grandes chaleurs qu&rsquo;il a fait et les incommodit\u00e9s du coche ne vous aient att\u00e9nu\u00e9e, &#8230; que j&rsquo;en attends le r\u00e9cit avec grande impatience&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Dix jours plus tard, Vincent revient \u00e0 la charge : \u00ab Je n&rsquo;ai encore re\u00e7u aucune de vos lettres&#8230; Je vous donne \u00e0 penser en quelle peine nous serions, si nous n&rsquo;avions appris d&rsquo;ailleurs de vos nouvelles&#8230; \u00bb (26 : III, 5 ;11)<\/p>\n<p>Les recommandations les plus attentives sont adress\u00e9es \u00e0 Louise de Marillac, pour qu&rsquo;elle prenne bien soin de sa sant\u00e9 : \u00ab &#8230; N&rsquo;\u00e9pargnez rien pour vous nourrir pendant votre grand travail ; j&rsquo;ai toujours opinion que vous ne vous nourrissez pas assez. \u00bb (27 : I, 242)<\/p>\n<p>Tout comme la nourriture r\u00e9confortante, le repos total est prescrit d\u00e8s qu&rsquo;il para\u00eet n\u00e9cessaire : \u00ab Vous me consoleriez fort, si vous vouliez vous mettre en repos dans votre lit pendant ces deux jours. \u00bb (28 : I, 338)<\/p>\n<p>Les conseils de prudence se multiplient, avec une sollicitude jamais lasse : \u00ab Je pense que votre rhume serait bien plus t\u00f4t gu\u00e9ri, si vous gardiez le lit un peu plus t\u00f4t le soir, car le grand travail et \u00eatre debout \u00e9chauffent le sang&#8230; \u00bb (29 : II, 441)<\/p>\n<p>La peste s\u00e9vit \u00e0 Richelieu. Comme mademoiselle Le Gras a cependant l&rsquo;intention d&rsquo;y passer, elle re\u00e7oit cet avis : \u00ab &#8230; J&rsquo;ai un peu de peine que vous alliez \u00e0 Richelieu, \u00e0 cause de la maladie qui y est&#8230; Que si vous y allez, n&rsquo;y soyez qu&rsquo;un jour, je vous en prie&#8230; \u00bb (30 : I, 606)<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une indisposition, le rem\u00e8de qui convient est sugg\u00e9r\u00e9 sans d\u00e9lai : votre lettre \u00ab me met un peu en peine \u00e0 cause de votre petite fi\u00e8vre . &#8230; Vous avez trop mis \u00e0 vous repurger. \u00bb (31 : I, 215)<\/p>\n<p>Qu&rsquo;apr\u00e8s une maladie, la convalescence soit enfin en vue, et Vincent de Paul donne libre cours \u00e0 sa joie. \u00ab Je loue mille fois Dieu, s&rsquo;\u00e9crie-t-il, et le b\u00e9nis de tout mon c\u0153ur de ce qu&rsquo;il vous a redonn\u00e9 la sant\u00e9, et le prie qu&rsquo;il la vous conserve&#8230; Revenez-vous-en donc, mademoiselle, vers la fin de la semaine, et plus t\u00f4t m\u00eame si l&rsquo;occasion s&rsquo;en pr\u00e9sente, non pas par eau, mais dans une charrette bien ferm\u00e9e&#8230; \u00bb (32 : I, 77)<\/p>\n<p>Dans une autre circonstance, la malade est f\u00e9licit\u00e9e de son r\u00e9tablissement avec plus de vivacit\u00e9 encore : \u00ab &#8230; B\u00e9ni soit Dieu.., de ce que vous voil\u00e0 en meilleure disposition Je le prie de tout mon c\u0153ur qu&rsquo;il vous fasse sentir avec autant de tendresse la joie de mon c\u0153ur, que je l&rsquo;ai ressentie par votre lettre,.. B\u00e9ni soit Dieu encore derechef ! Je ne vous pourrais dire cela assez, ni assez tendrement \u00e0 mon gr\u00e9&#8230; \u00bb (33 : XIII, 841)<\/p>\n<p>Si clairement exprim\u00e9 que soit le bonheur ressenti en ces occasions, son expression reste tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Monsieur Vincent en donne lui-m\u00eame l&rsquo;assurance : \u00ab Vous pouvez bien penser la joie que mon \u00e2me a re\u00e7ue voyant votre lettre&#8230; mais non pas la sentir, O J\u00e9sus ! mademoiselle, que je rends gr\u00e2ce volontiers \u00e0 Dieu de ce que vous vous portez mieux&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un bref intervalle, une autre lettre de la convalescente provoque un nouveau t\u00e9moignage d&rsquo;all\u00e9gresse : \u00ab J&rsquo;ai re\u00e7u la v\u00f4tre, &#8230; qui m&rsquo;a apport\u00e9 tant de consolation que rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 capable de me contrister depuis&#8230; Oh ! que vous serez 1a bien re\u00e7ue et qu&rsquo;on vous attend avec grand d\u00e9sir ! (34 : II, 18-19)<\/p>\n<p>Louise de Marillac, mise en confiance par ces marques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, demande volontiers \u00e0 Vincent de Paul de r\u00e9gler l&#8217;emploi de rem\u00e8des dont elle peut avoir besoin. \u00ab Il y a trois mois, indique-t-elle, que je fus saign\u00e9e et restai dans le besoin d&rsquo;une seconde, \u00e0 cause que pour mon \u00e2ge les m\u00e9decins, d\u00e8s ma derni\u00e8re maladie, me dirent ne le faire qu&rsquo;en grand besoin&#8230; Ce sera aujourd&rsquo;hui si votre charit\u00e9 prend la peine me mander que je le puis sans autre avis, n&rsquo;\u00e9tant pas malade.., mais incommod\u00e9e de la poitrine&#8230; \u00bb (35 : VII, 114)<\/p>\n<p>Moins d&rsquo;un an plus tard, elle donne sur sa sant\u00e9 des nouvelles qui font pr\u00e9voir une fin prochaine : \u00ab Mon infirmit\u00e9 m&#8217;emp\u00eacha hier d&rsquo;achever cette lettre, et je commence l&rsquo;ann\u00e9e bien faiblement et douloureusement d&rsquo;esprit et de corps&#8230; \u00bb (36 : VII, 428)<\/p>\n<p>Quels que fussent les tracas de son esprit et les souffrances de son corps, mademoiselle Le Gras en d\u00e9tournait sans h\u00e9siter son attention d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de la reporter, sur la sant\u00e9 de monsieur Vincent. Il fallait qu&rsquo;il lui donn\u00e2t r\u00e9guli\u00e8rement de ses nouvelles. Elle le guidait dans le choix des rem\u00e8des. Bien souvent, il en recevait qu&rsquo;elle avait compos\u00e9s elle-m\u00eame avec un soin tr\u00e8s attentif.<\/p>\n<p>Vincent ressentait souvent des frissons de fi\u00e8vre. Sa correspondante le savait, et elle voulait \u00eatre tenue au courant : \u00ab Je &#8230; n&rsquo;ai pas m\u00eame eu mes petits sentiments il y a deux jours \u00bb, lui \u00e9crivait-on pour la rassurer. (37 : I, 124)<\/p>\n<p>Une autre fois, elle se tranquillisait encore en lisant ces lignes : \u00ab Je n&rsquo;ai plus ma petite fi\u00e9vrotte, ce me semble, ou peu. Assurez-vous, mademoiselle, que j&rsquo;aurai plus de soin de ma sant\u00e9, s&rsquo;il se peut ajouter quelque chose \u00e0 celui que j&rsquo;ai, pour ce que vous me le recommandez. \u00bb (38 : I, 501)<\/p>\n<p>Un jour, saint Vincent la remerciait de sa \u00ab bonne m\u00e9decine \u00bb et il promettait de s&rsquo;en servir le lendemain. Mais \u00e0 son tour il la suppliait de se bien gu\u00e9rir elle-m\u00eame. (39 : I, 70).<\/p>\n<p>Il la renseignait sur le r\u00e9sultat des rem\u00e8des qu&rsquo;il lui devait : \u00abVotre m\u00e9decine, mademoiselle, m&rsquo;a fait faire neuf op\u00e9rations&#8230; Ma petite fi\u00e9vrotte est, comme vous dites, double tierce ; mais vous savez qu&rsquo;en cette saison je l&rsquo;ai pour l&rsquo;ordinaire double-quarte et l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 eue telle cet automne&#8230; \u00bb (40 :I, 581)<\/p>\n<p>Vincent avait toute confiance dans les pr\u00e9parations de mademoiselle Le Gras. En cas de malaise, il s&#8217;empressait d&rsquo;en solliciter l&rsquo;envoi : \u00ab \u2026 Ma petite fi\u00e8vre est tierce ; voici le troisi\u00e8me acc\u00e8s. Elle me prit le soir que j&rsquo;eus le bien de vous voir, pour \u00eatre descendu au r\u00e9fectoire incontinent apr\u00e8s avoir rendu le petit rem\u00e8de que je pris. Le premier acc\u00e8s m&rsquo;\u00f4ta le sommeil tout \u00e0 fait. Le lendemain, comme depuis, je me provoquai \u00e0 suer, qui a fait que les acc\u00e8s sont diminu\u00e9s, avec ce que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 saign\u00e9 deux fois, de sorte que celui que j&rsquo;ai \u00e0 pr\u00e9sent est fort doux. Monsieur notre m\u00e9decin est d&rsquo;avis que je me purge mercredi prochain, je vous prie de nous faire faire la m\u00e9decine&#8230; \u00bb (41 : I, 587)<\/p>\n<p>Louise de Marillac suivait avec une grande attention les progr\u00e8s et les reculs du mal qui pouvait atteindre monsieur Vincent. De son c\u00f4t\u00e9, il lui donnait avec bonne gr\u00e2ce tous les d\u00e9tails qu&rsquo;elle d\u00e9sirait. Tr\u00e8s docilement, il se soumettait aux soins qui lui \u00e9taient propos\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 Je me porte mieux de mon petit rhume, disait-il, Dieu merci, et fais tout ce que je puis pour cela : je ne sors point de la chambre ; je repose tous les matins, je mange tout ce qu&rsquo;on me donne et ai pris tous les soirs une esp\u00e8ce de julep que notre fr\u00e8re Alexandre me donne. Quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de mon rhume, il est diminu\u00e9 de la moiti\u00e9 de la petite incommodit\u00e9 que j&rsquo;en avais, et s&rsquo;en va peu \u00e0 peu. Selon cela, il n&rsquo;est pas besoin de penser au th\u00e9. Si, par accident, le peu d&rsquo;incommodit\u00e9 que j&rsquo;ai empirait, j&rsquo;en userais.,. \u00bb (42 : VI, 136)<\/p>\n<p>Les d\u00e9licates attentions qui se multipliaient \u00e0 son \u00e9gard, touchaient saint Vincent. Sa gratitude, vive et profonde, ne manquait jamais de s&rsquo;exprimer. \u00ab Je vous remercie tr\u00e8s humblement, \u00e9crivait-il, de tant de soin et de charit\u00e9 que vous exercez en mon endroit, de votre si bon pain, de vos confitures, de vos pommes et de ce que je viens tout maintenant d&rsquo;apprendre que vous me venez d&rsquo;envoyer&#8230; Dieu sait de quel c\u0153ur je les re\u00e7ois ; mais aussi, c&rsquo;est toujours en vue que je crains que vous \u00f4tiez \u00e0 vous-m\u00eame le n\u00e9cessaire, pour faire ainsi charit\u00e9. Au nom de Dieu ne le faites plus. \u00bb (43 : I, 222)<\/p>\n<p>Non contente de pr\u00e9parer les m\u00e9dicaments de son tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, Louise de Marillac se mettait en pri\u00e8re pour lui d\u00e8s que sa sant\u00e9 recevait quelque atteinte. La reconnaissance de Vincent se proportionnait aux alarmes qu&rsquo;il devinait. Apprenant qu&rsquo;une neuvaine a \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 son intention, il \u00e9crit vite ses remerciements : \u00ab &#8230; Jamais la charit\u00e9 ne m&rsquo;a paru si estimable&#8230; Dieu soit lou\u00e9 de ce qu&rsquo;il se manifeste si bien par celle de ma dite demoiselle, que je remercie avec toutes les reconnaissances de mon c\u0153ur encore une fois ! \u00bb (44 : VII, 461)<\/p>\n<p>Il suffisait que dans une lettre de Vincent de Paul, mademoiselle Le Gras ne reconn\u00fbt pas l&rsquo;\u00e9criture habituelle, pour qu&rsquo;elle s&rsquo;inqui\u00e9t\u00e2t. Elle cherchait des explications : \u00ab Je re\u00e7us hier une lettre qui me parut en quelque fa\u00e7on \u00eatre de votre charit\u00e9 ; mais parce que je n&rsquo;y vis aucune marque de votre \u00e9criture, je n&rsquo;eus pas une petite peine pour l&rsquo;appr\u00e9hension que vous fussiez bien malade&#8230; \u00bb (45 : III, 6)<\/p>\n<p>Dans son grand d\u00e9sir de coop\u00e9rer au r\u00e9tablissement de son confesseur, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait souffrant, elle n&rsquo;attendait pas qu&rsquo;il f\u00eet appel \u00e0 ses bons offices : elle se h\u00e2tait de les offrir \u00ab &#8230;Je pensais y a quelques jours, \u00e9crivait-elle, de vous proposer les bouillons, et je crois qu&rsquo;ils vous feront beaucoup de bien. S&rsquo;il vous pla\u00eet nous permettre de vous en envoyer d\u00e8s demain ? J&rsquo;en ai pris cette semaine et en ai senti un notable soulagement&#8230; \u00bb (46 : II, 528)<\/p>\n<p>Le mode d&#8217;emploi des m\u00e9dicaments envoy\u00e9s \u00e0 Vincent \u00e9tait minutieusement indiqu\u00e9, pour qu&rsquo;ils obtinssent plus s\u00fbrement leur bon effet. \u00ab C&rsquo;est de r\u00e9glisse dont l&rsquo;on fait de la tisane, disait Louise de Marillac, dont je vous ai envoy\u00e9 petits morceaux pour en rendre l&rsquo;usage plus facile ; mais il faut qu&rsquo;elle soit nouvelle et n&rsquo;en couper qu&rsquo;\u00e0 mesure que l&rsquo;on en use, \u00e0 cause qu&rsquo;elle noircit&#8230; \u00bb (47 : III, 377)<\/p>\n<p>Le m\u00eame souci de r\u00e9ussite faisait pr\u00e9ciser, en tous domaines, les avis qui expliquaient les soins \u00e0 prendre. \u00ab &#8230; Je pense, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, indiquait une lettre de 1658, que le meilleur temps pour la saign\u00e9e, aux personnes de notre \u00e2ge, est la pleine lune ; pour la purgation, le d\u00e9cours, crainte d&rsquo;une trop grande \u00e9vacuation \u00bb (48 : VII, 264)<\/p>\n<p>Un peu plus tard, comme les jambes de monsieur Vincent le font beaucoup souffrir, mademoiselle Le Gras recommande une cure dont elle attend le soulagement rapide du patient. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une purgation \u00ab qui n&rsquo;\u00e9meut aucunement \u00bb. Elle se prend \u00ab en se mettant \u00e0 table \u00bb. Le succ\u00e8s n&rsquo;est pas douteux : \u00ab cela r\u00e9it\u00e9r\u00e9 deux ou trois jours fait un effet de forte m\u00e9decine sans en \u00eatre affaibli ; et la continuation, une fois ou deux la semaine, &#8230; aidera ces pauvres jambes \u00e0 \u00eatre soulag\u00e9es&#8230; \u00bb. Vincent \u00ab remercie tr\u00e8s humblement \u00bb. Il se soumet avec confiance au r\u00e9gime qui lui est prescrit. (49 : VII, 409-410)<\/p>\n<p>La sollicitude vigilante, que Vincent de Paul et Louise de Marillac se t\u00e9moignaient r\u00e9ciproquement pour leur sant\u00e9, s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 tous les soucis qui pouvaient leur survenir. Michel Le Gras pr\u00e9occupait beaucoup sa m\u00e8re. Vincent prenait sa large part de ces pr\u00e9occupations : il r\u00e9confortait et conseillait la m\u00e8re ; il s&rsquo;occupait activement de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1628, saint Vincent s&rsquo;effor\u00e7ait de temp\u00e9rer les alarmes maternelles de mademoiselle Le Gras, trop prompte \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter pour son fils. Il lui faisait grief du \u00ab trop grand attachement \u00bb qu&rsquo;elle montrait pour \u00ab le petit. \u00bb (50 : I, 40)<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque, il l&rsquo;invite \u00e0 m\u00e9diter \u00ab l&rsquo;agr\u00e9ment du P\u00e8re \u00e9ternel dans la vue des souffrances de son unique Fils \u00bb. Il ajoute : \u00ab &#8230; J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il vous fera voir et conna\u00eetre combien la chair et le sang vous \u00e9loignent de la perfection du vrai amour, que le P\u00e8re \u00e9ternel et la Sainte Vierge avaient pour leur Fils. \u00bb (51 : I, 71-72)<\/p>\n<p>Il ne craint pas de pr\u00e9ciser que la trop grande tendresse de Louise de Marillac pour son enfant \u00ab embarrasse \u00bb son esprit. Elle se prive ainsi de la \u00ab tranquillit\u00e9 \u00bb de c\u0153ur que Dieu lui offre. J\u00e9sus-Christ entend r\u00e9aliser en elle le \u00ab d\u00e9pouillement de l&rsquo;affection de tout ce qui n&rsquo;est pas lui. \u00bb La fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ces vues divines exige donc qu&rsquo;elle ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 son fils \u00ab que d&rsquo;une mani\u00e8re d\u00e9pendante et douce. \u00bb (52 : I, 75-76)<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es plus tard, en 1638, saint Vincent \u00e9crivait encore : \u00ab Je n&rsquo;aime pas que vous donniez lieu aux pens\u00e9es trop tendres que vous avez \u00bb pour votre fils, \u00ab pour ce qu&rsquo;elles sont contre la raison et par cons\u00e9quent contre Dieu, qui veut que les m\u00e8res fassent part de leur bien \u00e0 leurs enfants, mais non pas qu&rsquo;elles se privent de tout&#8230; \u00bb (53 : I, 518)<\/p>\n<p>Vincent ne r\u00e9pugnait pas \u00e0 pr\u00e9senter sa le\u00e7on de d\u00e9tachement sous une forme moins s\u00e9v\u00e8re. M\u00eame alors, il faisait comprendre cependant que la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 ne devait pas se laisser d\u00e9tourner de sa t\u00e2che. \u00ab Si vous \u00e9tiez brave femme, \u00e9crivait-il, vous vous feriez quitte de vos petits amusements et tendret\u00e9s maternelles, et vous fortifieriez le corps et l&rsquo;esprit en vue de tant d&rsquo;occasions de bien faire. Faites-le, au nom de Dieu, mademoiselle. \u00bb (54 : I, 556)<\/p>\n<p>Louise de Marillac \u00e9tait adjur\u00e9e de montrer plus de confiance en la Providence au sujet de Michel. Son confesseur lui \u00e9crivait : \u00ab Je n&rsquo;ai jamais vu une m\u00e8re si fort m\u00e8re que vous ; vous n&rsquo;\u00eates point quasi femme en autre chose. Au nom de Dieu, mademoiselle, laissez votre fils au soin de son P\u00e8re, qui l&rsquo;aime plus que vous, ou pour le moins, \u00f4tez-en l&#8217;empressement. \u00bb (55 : I, 584)<\/p>\n<p>Vincent de Paul voulait amener sa p\u00e9nitente \u00e0 avoir pour son fils une affection plus tranquille et moins absorbante. \u00c9videmment, il ne lui enseignait pas un d\u00e9tachement qui confin\u00e2t \u00e0 l&rsquo;insouciance. Au contraire, il t\u00e9moignait lui-m\u00eame \u00e0 Michel Le Gras un amical et tr\u00e8s actif int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Passons au petit fr\u00e8re Michel, disait-il plaisamment. Certes, ma ch\u00e8re fille &#8230; ses souffrances me sont sensibles, et celles que vous avez pour l&rsquo;amour de lui aussi&#8230; \u00bb (56 : I, 62)<\/p>\n<p>En 1630, alors que l&rsquo;enfant est pensionnaire \u00e0 Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Vincent est visiblement heureux d&rsquo;avoir de bonnes nouvelles de sa conduite. On \u00ab m&rsquo;en a dit des merveilles \u00bb, \u00e9crit-il \u00e0 la m\u00e8re. (57 : I, 79)<\/p>\n<p>A la suite d&rsquo;une visite qu&rsquo;il a faite au jeune \u00e9l\u00e8ve, il renseigne mademoiselle Le Gras \u00ab Pour le petit Michel, soyez en repos ; il n&rsquo;y a que deux ou trois jours que je le vis aller \u00e0 sa le\u00e7on et qu&rsquo;il se portait bien. \u00bb (58 : I, 83)<\/p>\n<p>Quand il ne peut pas aller lui-m\u00eame \u00e0 Saint-Nicolas, il d\u00e9l\u00e8gue un fr\u00e8re aupr\u00e8s du pensionnaire. \u00ab Le petit Michel va bien, dit-il. Fr\u00e8re Robert l&rsquo;est all\u00e9 voir de ma part. Il lui a t\u00e9moign\u00e9 qu&rsquo;il est fort gai et content&#8230; \u00bb (59 : I, 85)<\/p>\n<p>En 1631, Michel Le Gras a dix-huit ans. Il porte la soutane. Cependant, il quitte le s\u00e9minaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, pour entrer au coll\u00e8ge de Clermont, dirig\u00e9 par les j\u00e9suites. Il y conserve d&rsquo;ailleurs l&rsquo;habit cl\u00e9rical. Les d\u00e9marches n\u00e9cessit\u00e9es par son changement d&rsquo;institution sont faites par saint Vincent. (60 : I, 107)<\/p>\n<p>Durant ses vacances, le jeune homme est accueilli parmi les pr\u00eatres de la Mission. Sa m\u00e8re est alors invit\u00e9e \u00e0 se tranquilliser : \u00ab &#8230; Ne vous mettez pas en peine; nous en avons soin&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Il se porte bien, Dieu merci. Lorsqu&rsquo;il sera temps, l&rsquo;on le fera purger&#8230; Soyez en repos de lui. \u00bb Malheureusement, il peut arriver qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e, Saint Lazare donne l&rsquo;hospitalit\u00e9 \u00e0 de nombreux eccl\u00e9siastiques qui se pr\u00e9parent aux ordres. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne d\u00fbt-on se serrer, Michel Le Gras aura sa place. Monsieur Vincent en donne l&rsquo;assurance \u00e0 Louise de Marillac : \u00ab &#8230; J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il nous restera quelque petit taudis pour mettre monsieur votre fils \u00bb (61 : I, 118 ;123 ;308)<\/p>\n<p>La m\u00e8re de l&rsquo;\u00e9colier s&rsquo;\u00e9mouvait de tant de sollicitude. Elle laissait entrevoir sa confusion ; mais Vincent de Paul avait vite fait de la rassurer : \u00ab Ne me faites point des excuses, je vous en prie, de ce que vous avez envoy\u00e9 monsieur votre fils&#8230; Vous avez tout pouvoir&#8230; Tout est \u00e0 vous et \u00e0 lui&#8230; \u00bb (62 : I, 399)<\/p>\n<p>Mademoiselle Le Gras souhaitait que son fils f\u00fbt pr\u00eatre. Les inclinations du jeune homme \u00e9taient tour \u00e0 tour conformes ou contraires au d\u00e9sir de sa m\u00e8re. Parmi ces fluctuations, saint Vincent essayait de discerner les desseins de la Providence, afin de les seconder, qu&rsquo;elle qu&rsquo;en f\u00fbt la nature.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1627, il conseillait \u00e0 sa p\u00e9nitente d&rsquo;adopter la m\u00eame ligne de conduite et de remettre compl\u00e8tement la jeune Michel \u00e0 la volont\u00e9 divine \u00ab &#8230; Laissez-le donc et le livrez enti\u00e8rement au vouloir et non-vouloir de Notre-Seigneur. Il n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 lui de diriger ces petites et tendres \u00e2mes. Il y a aussi plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que vous, pour ce qu&rsquo;il lui appartient plus qu&rsquo;\u00e0 vous. \u00bb (63 : I, 37)<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;adolescent atteint sa dix-huiti\u00e8me ann\u00e9e, Vincent s&rsquo;oppose \u00e0 son entr\u00e9e imm\u00e9diate dans les ordres. Il explique \u00e0 la m\u00e8re que ce serait pr\u00e9matur\u00e9 : \u00ab &#8230; Il n&rsquo;est point en \u00e2ge pour les ordres sacr\u00e9s ; et, pour les quatre mineurs, il n&rsquo;y a point d&rsquo;utilit\u00e9 ni de n\u00e9cessit\u00e9 pour encore&#8230; (64 : I, 142)<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es passent, et Michel Le Gras montre peu d&#8217;empressement \u00e0 s&rsquo;avancer vers le sacerdoce. En conseiller \u00e9cout\u00e9 de la famille, monsieur Vincent est fid\u00e8lement tenu au courant. Il ne se h\u00e2te pas de prendre une d\u00e9cision n\u00e9gative. N\u00e9anmoins il pr\u00e9pare Louise de Marillac \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9. \u00ab Je parlerai \u00e0 monsieur votre fils, annonce-t-il. Il ne faut pas qu&rsquo;il quitte l\u00e9g\u00e8rement la soutane. S&rsquo;il le fait, il y aurait lieu de peine. Dieu pourtant qui fait tout pour le mieux y trouverait sa gloire. Il faut \u00eatre r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 sa divine volont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes choses. Il est plus l&rsquo;enfant de Dieu que le v\u00f4tre. Il fera ce qui sera pour le mieux. Soyez donc dispos\u00e9e \u00e0 tout \u00e9v\u00e9nement et ne vous rel\u00e2chez pas facilement \u00e0 cette condescendance&#8230; \u00bb (65 : I, 301)<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, l&rsquo;\u00e9tudiant h\u00e9site toujours. Deux choix se pr\u00e9sentent maintenant \u00e0 son attention. Vincent entend qu&rsquo;il soit laiss\u00e9 libre de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 l&rsquo;un ou \u00e0 l&rsquo;autre : \u00ab &#8230; Il exclut l&rsquo;\u00e9p\u00e9e ; reste la condition de l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique et celle du palais ; il consid\u00e9rera les cieux et t\u00e2chera de se r\u00e9soudre. \u00bb (66 : I, 320)<\/p>\n<p>Les atermoiements de son fils \u00e9taient p\u00e9nibles pour Louise de Marillac. Son confesseur l&rsquo;exhortait cependant \u00e0 attendre patiemment une d\u00e9termination qui ne devait pas souffrir de contrainte : \u00ab Il faut que vous supportiez avec patience, prescrivait-il, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de monsieur votre fils, en attendant qu&rsquo;il plaise \u00e0 Notre-Seigneur le faire entrer dans la mani\u00e8re de vie convenable \u00e0 celle qu&rsquo;il se propose. Qui supportera l&rsquo;enfant sinon la m\u00e8re, et \u00e0 qui appartient-il de mettre chacun en son devoir qu&rsquo;\u00e0 Dieu ?&#8230; \u00bb (67 : I, 407)<\/p>\n<p>En 1638, Michel Le Gras se d\u00e9clare enfin pr\u00eat \u00e0 recevoir les ordres mineurs, pour plaire \u00e0 sa m\u00e8re. Avant de prendre cette d\u00e9cision, il confie \u00e0 un missionnaire qu&rsquo;il a souhait\u00e9 la mort pour \u00e9chapper \u00e0 son sort. Devant une telle situation, saint Vincent fait entendre \u00e0 sa p\u00e9nitente un langage \u00e9nergique : \u00ab &#8230; Cela, est-ce une vocation ?&#8230; Que cela vienne de la nature ou du diable, sa volont\u00e9 n&rsquo;est pas libre pour se d\u00e9terminer en chose de telle importance, et vous ne le devez pas d\u00e9sirer. Il y a quelque temps qu&rsquo;un bon enfant de cette ville prit le (sous-diaconat) en cet esprit-l\u00e0 et n&rsquo;a pu passer aux autres ordres ; voulez-vous exposer monsieur votre fils au m\u00eame danger ? Laissez-le conduire \u00e0 Dieu ; il est plus son p\u00e8re que vous n&rsquo;\u00eates sa m\u00e8re, et l&rsquo;aime plus que vous&#8230; Il saura bien l&rsquo;appeler en un autre temps, s&rsquo;il le d\u00e9sire, ou lui donner l&#8217;emploi convenable \u00e0 son salut. Je me ressouviens d&rsquo;un pr\u00eatre, qui a \u00e9t\u00e9 c\u00e9ans, qui a pris l&rsquo;ordre de pr\u00eatrise en ce trouble d&rsquo;esprit. Dieu sait o\u00f9 il est maintenant. \u00bb (68 : I, 516-17)<\/p>\n<p>La crise aigu\u00eb qui avait d\u00e9termin\u00e9 cette ferme intervention s&rsquo;apaisa. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, Vincent pouvait annoncer \u00e0 Louise de Marillac que son fils se disposait \u00e0 passer les examens pr\u00e9paratoires \u00e0 la r\u00e9ception des ordres. (69 : I, 581)<\/p>\n<p>Cependant, la soumission filiale de Michel Le Gras n&rsquo;avait pas fait surgir en lui, comme il l&rsquo;avait cru, la vocation d\u00e9sir\u00e9e par sa m\u00e8re. Apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 \u00e0 entrer dans la voie qu&rsquo;elle lui indiquait, il finit par renoncer d\u00e9finitivement \u00e0 la cl\u00e9ricature. (70 : II, 536)<\/p>\n<p>La sollicitude de monsieur Vincent pour le fils de sa p\u00e9nitente n&rsquo;en fut pas moins agissante. Pour donner une situation \u00e0 Michel Le Gras, il le nomma bailli de Saint-Lazare. Durant plusieurs ann\u00e9es, le nouveau bailli rendit la justice dans les d\u00e9pendances du fief. Comme au temps o\u00f9 il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un \u00e9colier, Vincent prenait plaisir \u00e0 rassurer sa m\u00e8re \u00e0 son sujet. \u00ab Au nom de Dieu, mademoiselle, \u00e9crivait-il en 1649, ne soyez pas en peine de monsieur le bailli&#8230;\u00bb (71 : III, 437)<\/p>\n<p>Louise de Marillac \u00e9tait heureuse de la surveillance exerc\u00e9e par saint Vincent. Elle esp\u00e9rait que cette tutelle emp\u00eacherait des \u00e9carts dont elle avait beaucoup souffert, aux premiers temps qui avaient suivi la reprise de la vie la\u00efque par Michel.<\/p>\n<p>En 1645, elle confiait \u00e0 son confesseur la grande peine que lui avait caus\u00e9e la fugue de son fils avec une jeune fille, dont les parents \u00e9taient marchands de vin. Il pr\u00e9tendait l&rsquo;\u00e9pouser et vivre aupr\u00e8s de ses beaux-parents, \u00ab en fain\u00e9ant \u00bb, selon la rude expression de sa m\u00e8re. (72 : II, 542)<\/p>\n<p>En 1646, nouvelles alarmes. Michel Le Gras \u00ab d\u00e9couche de la maison \u00bb. Exc\u00e9d\u00e9e, sa m\u00e8re \u00e9crit \u00e0 Vincent de Paul : \u00ab &#8230; Je vois tout ce mal, mais assez tranquillement, et me semble n&rsquo;avoir plus rien en lui, duquel pourtant je d\u00e9sire beaucoup le salut. Je supplie tr\u00e8s humblement votre charit\u00e9 le demander \u00e0 notre bon Dieu&#8230; ; c&rsquo;est une affaire de toute- puissance, je le crois. \u00bb (73 : III, 31)<\/p>\n<p>L&rsquo;indiff\u00e9rence extr\u00eame, \u00e0 laquelle se croyait arriv\u00e9e mademoiselle Le Gras, n&rsquo;\u00e9tait pas aussi compl\u00e8te qu&rsquo;elle le pensait. A la nouvelle que son fils vient de dispara\u00eetre sans laisser de traces, elle ne peut ma\u00eetriser son \u00e9moi. Elle demande \u00e0 monsieur Vincent de \u00ab soulager \u00bb sa peine et de recommander \u00e0 Dieu le fugitif. Elle le prie de se procurer des nouvelles. \u00ab Ce me serait un grand soulagement, avoue-t-elle, d&rsquo;apprendre quelque chose&#8230; \u00bb. Emport\u00e9e par son chagrin, elle ajoute : \u00ab &#8230; Que ma douleur est grande ! Si Dieu ne m&rsquo;aide, je ne sais ce que je ferai. Aidez-moi \u00e0 me tenir fortement attach\u00e9e \u00e0 j\u00e9sus crucifi\u00e9&#8230; \u00bb (74 : III, 107-108)<\/p>\n<p>Fort heureusement, apr\u00e8s que Michel Le Gras eut \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 bailli de Saint-Lazare, sa conduite se modifia. En ao\u00fbt 1649, un projet de mariage est consid\u00e9r\u00e9 avec sympathie par Louise de Marillac. Saint Vincent est pri\u00e9 de s&rsquo;occuper des n\u00e9gociations pr\u00e9liminaires. Il parvient \u00e0 savoir \u00ab qu&rsquo;on donnera quinze mille livres \u00e0 cette bonne fille, et qu&rsquo;elle en peut esp\u00e9rer encore autant apr\u00e8s la mort de ses p\u00e8re et m\u00e8re. \u00bb (75 : III, 479-80)<\/p>\n<p>Ce premier projet n&rsquo;aboutit pas. Un autre, en d\u00e9cembre, eut plus de succ\u00e8s. Mademoiselle Le Gras demande \u00e0 Vincent d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 la r\u00e9union de famille o\u00f9 \u00ab il faudra convenir de tout. \u00bb (76 : III, 517) Apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration du mariage, au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, il s&#8217;empresse d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 l&rsquo;heureuse m\u00e8re : \u00ab Je prie Notre-Seigneur qu&rsquo;il b\u00e9nisse les mari\u00e9s&#8230; \u00bb (77 : III, 544)<\/p>\n<p>Monsieur Vincent continua de veiller affectueusement sur Michel Le Gras. Il s&rsquo;int\u00e9ressa \u00e0 ses efforts pour obtenir un office de conseiller \u00e0 la cour des monnaies. Il pr\u00e9venait sa m\u00e8re qu&rsquo;il faudrait bien \u00ab douze ou quinze cents livres.., pour les frais de sa r\u00e9ception&#8230; \u00bb (78 : III, 595)<\/p>\n<p>Louise de Marillac l&rsquo;entretient de la vie du jeune m\u00e9nage. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il apprend \u00ab la petite alt\u00e9ration d&rsquo;amiti\u00e9 \u00bb survenue entre la femme de Michel Le Gras et quelques cousines qu&rsquo;elle aimait bien. (79 : VII, 264)<\/p>\n<p>Vincent de Paul fait partie de la famille. Il en est le conseiller \u00e9cout\u00e9 et aim\u00e9. Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant qu&rsquo;\u00e0 ce titre il donne \u00e0 Louise de Marillac des avis pour la gestion de sa fortune.<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Quel rem\u00e8de, lui \u00e9crit-il un jour, pour emp\u00eacher le rabais de votre rente au denier dix- huit?&#8230; Vous pourrez&#8230; l&rsquo;augmenter en achetant des rentes sur le sel ; mais vous en savez le risque. Les honn\u00eates gens vous paient bien. Je ne vois point de lieu d&rsquo;y faire autrement&#8230; \u00bb (80 : I, 568)<\/p>\n<p>Pendant plus de trente ann\u00e9es, la sympathie que monsieur Vincent t\u00e9moigna \u00e0 mademoiselle Le Gras, et qu&rsquo;il accepta d&rsquo;elle, fut affectueuse et confiante. Elle garda toujours ces caract\u00e8res sans se d\u00e9rober \u00e0 la discipline du d\u00e9tachement chr\u00e9tien, dont saint Vincent faisait une loi aux missionnaires et aux Filles de la Charit\u00e9.<\/p>\n<p>Il \u00e9crivait \u00e0 sa p\u00e9nitente en 1632 : \u00ab &#8230; Mon c\u0153ur n&rsquo;est point mon c\u0153ur, ains le v\u00f4tre, en celui de Notre-Seigneur que je d\u00e9sire qui soit l&rsquo;objet de notre unique amour. \u00bb (81 : I, 568)<\/p>\n<p>La volont\u00e9 divine, aim\u00e9e et servie, devait s&rsquo;\u00e9tablir souverainement dans le c\u0153ur de Vincent de Paul et de Louise de Marillac. Au terme, c&rsquo;est \u00e0 la perfection de cette soumission \u00e0 Dieu, r\u00e9alis\u00e9e en chacun d&rsquo;eux, que visait \u00e0 s&rsquo;attacher leur affection r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p>Vers le m\u00eame temps, Vincent se croyait oblig\u00e9 d&rsquo;adresser \u00e0 mademoiselle Le Gras des excuses ainsi con\u00e7ues : \u00ab A votre avis, mademoiselle, vous suis-je pas bien rude ? Votre c\u0153ur n&rsquo;a-t-il point un peu murmur\u00e9 contre le mien de ce qu&rsquo;\u00e9tant si proche je ne vous ai ni vue ni fait savoir de nos nouvelles ? Or sus, vous verrez un jour la raison de tout cela devant Dieu. \u00bb (82 : I, 168)<\/p>\n<p>Avant de voir clairement cette raison, la destinataire de la lettre pouvait du moins la discerner sans trop de peine. Saint Vincent entendait ma\u00eetriser les inclinations naturelles d&rsquo;un c\u0153ur, que Dieu seul devait soumettre \u00e0 sa loi.<\/p>\n<p>Il savait d&rsquo;autre part que cette ma\u00eetrise de soi ne s&rsquo;acquiert pas sans de durs efforts.<\/p>\n<p>\u00abAssurez-vous, mademoiselle, \u00e9crivait-il en 1633, du c\u0153ur de celui qui est, en celui de Notre- Seigneur et en son amour, votre tr\u00e8s humble serviteur, et permettez que j&rsquo;y ajoute la recommandation de la sainte indiff\u00e9rence, quoique la nature gronde au contraire, et que je vous die que tout est \u00e0 craindre jusques \u00e0 ce qu&rsquo;on en soit parvenu l\u00e0, nos inclinations \u00e9tant si malignes qu&rsquo;elles se recherchent en tout. Or sus, Notre-Seigneur soit en notre c\u0153ur et notre c\u0153ur dans le sien, afin qu&rsquo;ils soient trois en un et un en trois et que nous ne voulions que ce qu&rsquo;il veut. \u00bb (83 : I, 214)<\/p>\n<p>Pour combattre les \u00ab inclinations malignes \u00bb qui \u00ab se recherchent en tout \u00bb, Vincent s&rsquo;interdit de faire des visites \u00e0 la maison-m\u00e8re des Filles de la Charit\u00e9, sans raison suffisante. Pr\u00e9voyant qu&rsquo;il passera devant son domicile au cours de la journ\u00e9e, il fait parvenir cet avis \u00e0 Louise de Marillac \u00ab Je dois aller tant\u00f4t \u00e0 la Chapelle. S&rsquo;il est besoin que j&rsquo;aille chez vous, vous me le manderez&#8230; Je suis bien aise de n&rsquo;y point aller autrement, selon la r\u00e9solution que nous en avons prise d\u00e8s le commencement. \u00bb (84 : I, 582)<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me lettre pr\u00e9cise tr\u00e8s clairement la port\u00e9e de la pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab Si vous d\u00e9sirez que j&rsquo;aie le bien de vous voir en votre maladie, mandez-le moi. Je me suis impos\u00e9 la loi de ne vous aller voir sans \u00eatre mand\u00e9 pour chose n\u00e9cessaire ou fort utile. \u00bb (85 : I, 584)<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages de cette discipline, \u00e0 laquelle s&rsquo;astreint Vincent de Paul, se regroupent ais\u00e9ment. \u00ab B\u00e9ni soit Dieu mademoiselle, dit-il encore, de tout ce qu&rsquo;il lui a plu faire en vous dans votre retraite, et de ce qu&rsquo;il m&rsquo;a priv\u00e9 de la consolation de vous y voir. \u00bb (86 : I, 176)<\/p>\n<p>II n&rsquo;est pas rare que saint Vincent tire de ses occupations une raison de ne pas aller chez mademoiselle Le Gras. De m\u00eame, il se refuse, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00ab la consolation \u00bb de la recevoir \u00e0 Saint-Lazare. (87 : II, 214 et III, 621)<\/p>\n<p>Il poursuivait ainsi l&rsquo;\u0153uvre de d\u00e9tachement qu&rsquo;il voulait r\u00e9aliser en lui-m\u00eame et dans l&rsquo;\u00e2me de sa p\u00e9nitente. Son effort connaissait le succ\u00e8s. D\u00e8s 1630, il indiquait \u00e0 Louise de Marillac qu&rsquo;elle devait se mettre en garde contre une trop grande \u00ab affection \u00bb pour son \u00abconfesseur \u00bb. Mettant en pratique ce conseil, il voulut atteindre lui-m\u00eame au d\u00e9pouillement qu&rsquo;il recommandait. En 1660, c&rsquo;est avec une r\u00e9signation sereine qu&rsquo;il fit part aux Filles de la Charit\u00e9 de la mort de leur premi\u00e8re Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale. Il disait, en leur annon\u00e7ant la perte qu&rsquo;elles faisaient : \u00ab &#8230; J&rsquo;esp\u00e8re que voyant le bon plaisir de Dieu l\u00e0-dedans, vous vous y conformerez&#8230; \u00bb Ou bien encore, il \u00e9crivait : \u00ab &#8230; Je vous ai annonc\u00e9 par le dernier ordinaire une triste nouvelle, \u00e0 savoir la perte que nous avons faite de mademoiselle Le Gras. Il en faut , louer Dieu et esp\u00e9rer qu&rsquo;il vous tiendra lieu de p\u00e8re et de m\u00e8re&#8230; \u00bb (88 : VIII, 270-273)<\/p>\n<p>Cependant, lorsque furent recueillis les t\u00e9moignages des s\u0153urs sur les vertus de Mademoiselle Le Gras, monsieur Vincent, qui pr\u00e9sidait la r\u00e9union, ne put retenir ses larmes&#8230; tant il \u00e9tait touch\u00e9&#8230; \u00bb (89 : X, 719)<\/p>\n<p>L&rsquo;amiti\u00e9 chr\u00e9tienne qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tablie entre saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac avait dur\u00e9 toute leur vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Amiti\u00e9 N\u00e9e De La Direction Spirituelle Et De La Collaboration. &#8211; Ton Affectueux. &#8211; Expressions Famili\u00e8res. &#8211; En Cas D&rsquo;absence. \u2013 La Sant\u00e9 De Louise De Marillac. &#8211; La Sant\u00e9 De Vincent De Paul. 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