{"id":105016,"date":"2015-05-17T03:20:03","date_gmt":"2015-05-17T01:20:03","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/?p=105016"},"modified":"2015-05-17T03:20:03","modified_gmt":"2015-05-17T01:20:03","slug":"saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-chapitre-ii","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-chapitre-ii\/","title":{"rendered":"Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, leurs relations d&rsquo;apr\u00e8s leur correspondance. Chapitre II"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Actes De Charit\u00e9 Demand\u00e9s A La P\u00e9nitente. &#8211; Louise De Marillac Et Les Confr\u00e9ries De La Charit\u00e9. &#8211; Naissance Et Orga- Nisation De La Compagnie Des Filles De La Charit\u00e9. &#8211; Rapports Avec Le Clerg\u00e9. &#8211; Activit\u00e9 De La Compagnie. &#8211; Le Gouverne- Ment Des S\u0153urs. &#8211; Leur Formation. &#8211; Traits Divers De Colla- Boration. &#8211; Conseils De Vincent De Paul. &#8211; Direction Spiri- Tuelle Et Activit\u00e9 Ext\u00e9rieure. &#8211; Collaboration Confiante.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-105011\" title=\"vincent_louise\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise-300x231.jpg?resize=300%2C231\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"231\" \/><\/a>D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es o\u00f9 Louise de Marillac fut la p\u00e9nitente de Vincent de Paul, il utilisa son bon vouloir pour des \u0153uvres de charit\u00e9. Elle faisait \u00e0 domicile des travaux de couture pour les pauvres. Son directeur la priait de mettre \u00e0 profit ses relations pour trouver \u00abcondition\u00bb \u00e0 de \u00ab pauvres filles \u00bb chez \u00ab quelque honn\u00eate dame \u00bb qui en e\u00fbt besoin. (1 : I, 29-38-40)<\/p>\n<p>Lorsque les confr\u00e9ries de la Charit\u00e9 commenc\u00e8rent \u00e0 s&rsquo;organiser \u00e0 Paris, Louise de Marillac leur consacra son d\u00e9vouement. Quelques ann\u00e9es plus tard, les confr\u00e9ries donnaient naissance aux Filles de la Charit\u00e9, et mademoiselle Le Gras \u00e9tait choisie comme Sup\u00e9rieure de la compagnie naissante.<\/p>\n<p>Sa collaboration avec Vincent de Paul dura, au total, plus de trente ann\u00e9es. Elle mit \u00e0 sa disposition son activit\u00e9 et sa docilit\u00e9. De son c\u00f4t\u00e9, Vincent dirigeait les efforts de sa collaboratrice, mais il recueillait aussi tr\u00e8s volontiers ses judicieux avis. La confiance qu&rsquo;ils se marquaient r\u00e9ciproquement, contribua au succ\u00e8s de toutes les entreprises o\u00f9 se trouv\u00e8rent engag\u00e9es les Filles de la Charit\u00e9.<\/p>\n<p>En 1630, Louise de Marillac s&#8217;emploie \u00e0 bien aiguiller la marche de la confr\u00e9rie de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, qu&rsquo;elle vient de fonder. Saint Vincent lui donne ses conseils : \u00ab &#8230; Si maintenant vous \u00f4tez le soin \u00e0 chacune de la Charit\u00e9 de faire cuire la viande, jamais plus vous ne le pourrez remettre ; et de la faire cuire ailleurs, si quelqu&rsquo;une l&rsquo;entreprend \u00e0 pr\u00e9sent, cela lui sera \u00e0 charge dans peu de temps ; et si vous la faites appr\u00eater pour de l&rsquo;argent, cela co\u00fbtera beaucoup ; puis, avec quelque temps, les dames de la Charit\u00e9 diront qu&rsquo;il faut faire apporter la marmite aux malades par la femme qui appr\u00eatera et par ce moyen votre Charit\u00e9 viendra \u00e0 manquer&#8230; \u00bb (2 : I, 78)<\/p>\n<p>En revanche, Vincent approuvait d&rsquo;autres initiatives de la confr\u00e9rie naissante. Il \u00e9crivait vers le m\u00eame temps : \u00ab &#8230; La proposition de nourrir les malades, chacune votre jour, \u00e0 vos d\u00e9pens me semble \u00e0 propos et se fait ainsi ailleurs, jusqu&rsquo;au jour de l&rsquo;\u00e9rection de la confr\u00e9rie&#8230; (3 : I, 80)<\/p>\n<p>Louise de Marillac \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 la rescousse par monsieur Vincent pour renflouer des confr\u00e9ries que d&rsquo;autres avaient fond\u00e9es. II lui \u00e9crivait en 1631 : \u00ab L&rsquo;on a bien besoin de vous \u00e0 la Charit\u00e9 de Saint-Sulpice, o\u00f9 l&rsquo;on y a donn\u00e9 quelque commencement ; mais cela va si mal, \u00e0 ce qu&rsquo;on m&rsquo;a dit, que c&rsquo;est une piti\u00e9. \u00bb (4 : I, 108)<\/p>\n<p>En 1635, il est question d&rsquo;\u00e9tablir une confr\u00e9rie \u00e0 Saint-Laurent. Pour en bien assurer les d\u00e9buts, Vincent attendra que Louise de Marillac, momentan\u00e9ment absente de la capitale, soit rentr\u00e9e de voyage. (5 : XIII, 834)<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, une fondation est \u00e9galement en vue \u00e0 Saint-Etienne. Consult\u00e9e \u00e0 ce sujet, mademoiselle Le Gras propose un plan de conduite. Il convient que les dames d\u00e9sireuses d&rsquo;aboutir aillent trouver le cur\u00e9 de la paroisse. Elles lui diront \u00ab . &#8230; qu&rsquo;elles ont besoin qu&rsquo;il y ait quantit\u00e9 de personnes qui s&rsquo;associent,&#8230; tant de qualit\u00e9 que de m\u00e9diocre condition,&#8230; les unes contribuant le plus, les autres s&rsquo;adonnant plus volontiers \u00e0 visiter, chacune son jour, les pauvres malades&#8230; \u00bb. Monsieur le cur\u00e9 expliquera \u00e0 la messe le projet de fondation. A la sortie de l&rsquo;office, les dames qui seront pr\u00eates \u00e0 s&rsquo;associer se r\u00e9uniront. Le r\u00e8glement qui s&rsquo;observe ailleurs leur sera propos\u00e9. (6 : I, 368)<\/p>\n<p>Saint Vincent confie \u00e0 Louise de Marillac ses impressions, bonnes ou f\u00e2cheuses, sur les confr\u00e9ries. Il se d\u00e9fie de celle de Saint-\u00c9tienne \u00ab \u00e0 cause de&#8230; l&rsquo;esprit des personnes qui s&rsquo;en m\u00ealent et que des hommes s&rsquo;en m\u00ealent. \u00bb (7 : I, 460) A Saint-Paul, les dames n\u00e9gligent la visite des malades. (8 : I, 241) La confr\u00e9rie de Saint-Marceau va si mal, qu&rsquo;elle semble sur le point de se dissoudre. (9 : V, 241)<\/p>\n<p>Hors de Paris, comme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la capitale le concours de mademoiselle Le Gras est r\u00e9clam\u00e9 pour l&rsquo;organisation de confr\u00e9ries nouvelles. En 1638, les dames de la cour veulent former une Charit\u00e9 \u00e0 Saint-Germain-en-Laye. Vincent fait appel \u00e0 sa collaboratrice habituelle \u00ab pour mettre en train ces bonnes femmes. \u00bb (10 : I, 421-22)<\/p>\n<p>Ant\u00e9rieurement, il l&rsquo;avait envoy\u00e9e \u00e0 Beauvais, o\u00f9 le mouvement des confr\u00e9ries avait besoin d&rsquo;\u00eatre fermement dirig\u00e9. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;avis que ces associations ne d\u00e9pendissent que des cur\u00e9s. \u00ab &#8230; Bien est-il vrai, observait-elle, que messieurs les cur\u00e9s en seraient bien contents ; mais cela les porterait incontinent \u00e0 ne vouloir plus que personne e\u00fbt la connaissance de ce qui se passerait \u00e0 chaque confr\u00e9rie&#8230; \u00bb (11 : I, 273)<\/p>\n<p>C&rsquo;est en 1634 que Louise de Marillac poursuivait \u00e0 Beauvais cette \u0153uvre d&rsquo;organisation. La m\u00eame ann\u00e9e, elle travailla \u00e0 Liancourt. Cette fois, ce fut au tour de monsieur Vincent de s&rsquo;opposer \u00e0 des orientations qui se dessinaient sur place. Contre l&rsquo;avis exprim\u00e9 par madame de Liancourt, il d\u00e9savoue l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une maison commune o\u00f9 se ferait la distribution des secours. Il pr\u00e9f\u00e8re les visites \u00e0 domicile. (12 : I, 244)<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1637, une confr\u00e9rie est en projet \u00e0 Richelieu. \u00ab Si vous \u00eates brave femme, \u00e9crit Vincent \u00e0 mademoiselle Le Gras, au printemps vous y pourrez aller&#8230; \u00bb (13 : I, 411)<\/p>\n<p>Les interventions qu&rsquo;il lui demandait \u00e9taient parfois suivies de d\u00e9boires. En plusieurs occasions il fut oblig\u00e9 de la r\u00e9conforter contre les \u00ab querelles \u00bb que lui cherchaient des offici\u00e8res de confr\u00e9ries.(14 : II, 218)<\/p>\n<p>Mieux encore que par ses paroles, il l&rsquo;entra\u00eenait par l&rsquo;exemple de son propre d\u00e9vouement. Vincent se faisait lui-m\u00eame le pourvoyeur des confr\u00e9ries. En octobre 1627, il demande quelques chemises \u00e0 Louise de Marillac pour la Charit\u00e9 de Gentilly. (15 : I, 30) Une autre fois, de Verneuil o\u00f9 il se trouve, il la prie de lui faire parvenir un colis de m\u00eame nature. Pour Villecien, pr\u00e8s de Joigny, c&rsquo;est douze chemises d&rsquo;un coup qu&rsquo;il sollicite. (16 : I, 32-35) Il fait des d\u00e9marches afin de procurer du bois \u00e0 la confr\u00e9rie de Montmirail. (17 : I, 98)<\/p>\n<p>Excit\u00e9 par les conseils et par les exemples de monsieur Vincent, le d\u00e9vouement de mademoiselle Le Gras en faveur des confr\u00e9rie ne se refuse jamais. Non contente de participer \u00e0 leur fondation, \u00e0 Paris et en province, elle accepte de partir p\u00e9riodiquement pour de larges tourn\u00e9es d&rsquo;inspection. Au d\u00e9part, saint Vincent lui donne ses instructions. Il lui \u00e9crit en mai 1629, au moment o\u00f9 elle s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 gagner la r\u00e9gion de Montmirail : \u00ab &#8230; Je pense que ce sera assez d&rsquo;\u00eatre un jour ou deux en chaque lieu pour la premi\u00e8re fois, sauf \u00e0 y retourner l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain&#8230; \u00bb (18 : I, 74)<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, lors d&rsquo;une autre tourn\u00e9e en Champagne, sur les terres du prince de Gondi, Vincent trace l&rsquo;itin\u00e9raire. Il alerte le bailli du prince afin qu&rsquo;il pr\u00e9pare partout un bon accueil \u00e0 la voyageuse. (19 : I, 118)<\/p>\n<p>En 1632, Louise de Marillac s\u00e9journe \u00e0 Villeneuve-Saint-Georges. Elle fait le cat\u00e9chisme aux filles, dans l&rsquo;espoir que son enseignement passera des enfants aux parents. (20 : I, 159)<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, le bourg la voit encore revenir. Il s&rsquo;agit cette fois de redresser une situation qui inqui\u00e8te Vincent de Paul. Une dame Gu\u00e9rin, \u00ab avantageuse en paroles \u00bb, trouble l&rsquo;ordre des visites aux malades, \u00ab quoiqu\u2019elle ne soit pas du corps. \u00bb (21 : I, 325)<\/p>\n<p>En 1633, plusieurs localit\u00e9s sont parcourues au nord de Paris, dans la r\u00e9gion de Pont- Sainte-Maxence. (22 : I, 188)<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9, d\u00e9ploy\u00e9e parmi les confr\u00e9ries, pr\u00e9parait Louise de Marillac \u00e0 ses futures fonctions de Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9. La nouvelle compagnie ne devait na\u00eetre qu&rsquo;en novembre 1633, mais d\u00e8s le mois de f\u00e9vrier 1630 saint Vincent adresse \u00e0 sa collaboratrice, pour qu&rsquo;elle la forme, une bonne fille de Suresnes&#8230; qui s&#8217;emploie \u00e0 enseigner des filles&#8230; (23 : I, 76)<\/p>\n<p>Quelque temps apr\u00e8s, il place encore sous sa direction une autre \u00ab bonne fille.., qui a grand d\u00e9sir de servir Dieu en l&rsquo;instruction des enfants&#8230; (24 : I, 136)<\/p>\n<p>Il la prie de m\u00eame d&rsquo;initier au service des malades pauvres de courageuses filles, que ne rebutent pas les plus rudes besognes. En avril 1633, mademoiselle Le Gras en avait tout un groupe aupr\u00e8s d&rsquo;elle. (25 : I, 196)<\/p>\n<p>D\u00e8s ce moment-l\u00e0, Vincent la pr\u00e9vient que \u00ab Notre-Seigneur veut se servir \u00bb d&rsquo;elle \u00ab pour quelque chose qui regarde sa gloire. \u00bb (26 : I, 186) L&rsquo;heure \u00e9tait proche en effet o\u00f9 les Filles de la Charit\u00e9 allaient \u00eatre institu\u00e9es, pour donner aux malades les soins difficiles devant lesquels h\u00e9sitaient les dames des confr\u00e9ries.<\/p>\n<p>Le nouvel institut fut d&rsquo;abord modestement log\u00e9. Les premiers temps, Vincent de Paul adressait ses lettres \u00e0 la Sup\u00e9rieure \u00ab rue de Versailles, vis-\u00e0-vis de l\u2019Ep\u00e9e-Royale. \u00bb Mais d\u00e8s 1636, des locaux plus spacieux furent trouv\u00e9s \u00e0 \u00ab La Chapelle\u2026 village proche \u00bb de Saint- Lazare, sur la route \u00ab allant \u00e0 Saint-Denis. \u00bb (27 : I, 215 ; 319-20)<\/p>\n<p>Au cours des recherches qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent ce d\u00e9m\u00e9nagement, Vincent h\u00e9sitait \u00e0 installer les s\u0153urs trop pr\u00e8s des missionnaires. Il \u00e9crivait \u00e0 Louise de Marillac : \u00ab&#8230; Nous sommes au milieu de gens qui regardent tout et jugent de tout. L&rsquo;on ne nous verrait pas entrer trois fois chez vous, qu&rsquo;on ne trouv\u00e2t \u00e0 parler \u00bb (28 : I, 316)<\/p>\n<p>La maison-M\u00e8re ne resta que quelques ann\u00e9es \u00e0 La Chapelle. Les Filles de la Charit\u00e9 finirent par se fixer, en septembre 1641, sur la paroisse Saint-Laurent, au voisinage de Saint- Lazare. Le fondateur, qui d\u00e9battait lui-m\u00eame le march\u00e9, consentait \u00e0 acheter les locaux \u00ab pour douze mille livres&#8230;, six mille livres comptant et le reste \u00e0 rente. \u00bb (29 : II, 183-84<\/p>\n<p>En 1646, le futur cardinal de Retz signa au nom de son oncle l&rsquo;archev\u00eaque de Paris, dont il \u00e9tait coadjuteur, l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9rection de la compagnie. L&rsquo;acte sp\u00e9cifiait que les Filles de la Charit\u00e9 demeureraient \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 sous la d\u00e9pendance des archev\u00eaques de Paris. Leur direction \u00e9tait confi\u00e9e \u00e0 Vincent de Paul jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Louise de Marillac s&rsquo;effrayait d&rsquo;une d\u00e9pendance qu&rsquo;elle jugeait trop \u00e9troite \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des archev\u00eaques. En revanche, elle souhaitait qu&rsquo; il f\u00fbt bien \u00e9tabli que la compagnie \u00e9tait mise sous la conduite des Sup\u00e9rieurs g\u00e9n\u00e9raux de la Mission. (30 : III, 121-122 et notes)<\/p>\n<p>Le travail d&rsquo;organisation se poursuivit de longues ann\u00e9es, avant que le r\u00e8glement ne f\u00fbt r\u00e9dig\u00e9. L&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne r\u00e9v\u00e9lait le sens dans lequel il fallait codifier les articles. De cette exp\u00e9rience le fondateur et la fondatrice recueillaient l&rsquo;un et l&rsquo;autre les enseignement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que se pr\u00e9cis\u00e8rent peu \u00e0 peu les conditions d&rsquo;admission. Vincent \u00e9crivait un jour : \u00ab&#8230; Quant \u00e0 cette bonne fille d&rsquo;Argenteuil qui est m\u00e9lancolique, je pense que vous avez raison de faire difficult\u00e9 de la recevoir ; car c&rsquo;est un \u00e9trange esprit que celui de la m\u00e9lancolie&#8230; (31 : I, 238)<\/p>\n<p>Les permissions et les d\u00e9fenses s&rsquo;inscrivirent de la m\u00eame mani\u00e8re dans la r\u00e8gle. \u00ab Je ne vois point grand inconv\u00e9nient, disait le directeur, \u00e0 ce que Jacqueline aille aux noces de son fr\u00e8re ; Marguerite en fera de m\u00eame\u2026 \u00bb (32 : I, 252) Ii suffira qu&rsquo;apparaisse plus tard cet \u00ab inconv\u00e9nient pour que soit restreinte la tol\u00e9rance des premiers temps.<\/p>\n<p>Aux environs de 1635, monsieur Vincent accepte volontiers, \u00e0 la mort d&rsquo;une Fille de la Charit\u00e9, \u00ab qu&rsquo;on&#8230; baille \u00e0 la m\u00e8re \u00bb les habit de la d\u00e9funte. (33 ; I, 248)<\/p>\n<p>Louise de Marillac, de son c\u00f4t\u00e9, contribuait fort judicieusement \u00e0 faire accepter pour les s\u0153urs des paroisses le principe d&rsquo;une redevance \u00e0 la maison-m\u00e8re. \u00ab J&rsquo;ai supput\u00e9, mandait-elle \u00e0 saint Vincent tout ce que les s\u0153urs des paroisses ont apport\u00e9 \u00e0 la maison en l&rsquo;ann\u00e9e 1645. Le tout se monte \u00e0 1129 livres 12 sols ; et sur cela il y a eu 43 filles \u00e0 entretenir d&rsquo;habits et de linge. Je crois qu&rsquo;il y a bien pr\u00e9s de 400 livres de reste pour la maison, \u00f4t\u00e9e la d\u00e9pense, sans y comprendre les fa\u00e7ons de linge et d&rsquo;habits qui se font par les s\u0153urs du logis. Je pense, Monsieur, que, si votre charit\u00e9 en dit quelque chose, qu&rsquo;il sera bon que nos s\u0153urs entendent que ce qu&rsquo;elles apportent est presque la juste valeur de la d\u00e9pense et que, les unes apportant plus qu&rsquo;il ne leur faut, cela suppl\u00e9e \u00e0 ce que les autres n&rsquo;apportent pas suffisamment ; car je ne sais si toute la compagnie serait capable d&rsquo;entendre que leur \u00e9pargne serv\u00eet de beaucoup \u00e0 la maison, \u00e0 cause du peu de retenue de quelques-unes et de la plupart, qui disent trop librement tout ce qu&rsquo;elles pensent. \u00bb (34 : II, 586-7)<\/p>\n<p>En 1651, mademoiselle Le Gras, alarm\u00e9e des \u00ab fautes g\u00e9n\u00e9ral et particuli\u00e8res qui&#8230; paraissent plus clairement, depuis quelques ann\u00e9es \u00bb, parmi ses filles, demande que \u00ab la mani\u00e8re de vie \u00bb de la compagnie soit enfin \u00ab r\u00e9dig\u00e9e par \u00e9crit. \u00bb (35 : IV, 22)<\/p>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 charitable des s\u0153urs, que r\u00e9glaient en commun leur sup\u00e9rieure et leur directeur, les mettait en rapports fr\u00e9quents avec le clerg\u00e9. Vincent de Paul veillait attentivement \u00e0 rendre ces rapports harmonieux. D\u00e8s avant la naissance de la compagnie, il sugg\u00e9rait \u00e0 Louise de Marillac des dispositions tr\u00e8s conciliantes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout eccl\u00e9siastique m\u00eal\u00e9 \u00e0 ses entreprises : le succ\u00e8s d\u00e9pendait de cette concorde.<\/p>\n<p>Durant un s\u00e9jour \u00e0 Beauvais, la future fondatrice des Filles de la Charit\u00e9 re\u00e7oit ces indications \u00ab Quand monsieur de Beauvais sera de retour, il sera bon de lui communiquer les choses principales, si vous voyez qu&rsquo;il l&rsquo;agr\u00e9e. Il veut cela quelquefois. Mais pour prendre la b\u00e9n\u00e9diction de lui, il me semble qu&rsquo;il n&rsquo;est pas exp\u00e9dient, pour ce qu&rsquo;il est fort \u00e9loign\u00e9 de c\u00e9r\u00e9monie et aime qu&rsquo;on traite avec lui rondement, et respectueusement n\u00e9anmoins. \u00bb (38 : I, 97)<\/p>\n<p>Au dioc\u00e8se de Ch\u00e2lons, mademoiselle Le Gras est encore pri\u00e9e d&rsquo;aller trouver l&rsquo;\u00e9v\u00eaque. Elle l&rsquo;entretiendra de l&rsquo;enseignement religieux qu&rsquo;elle donne aux petites filles. Qu&rsquo;il encourage cette t\u00e2che, ou qu&rsquo;il en souhaite la cessation, il faudra se conformer \u00e0 ses vues, car l&rsquo;\u00e9v\u00eaque est l\u2019interpr\u00e8te de la volont\u00e9 de Dieu&#8230; (37 : I, 126-27)<\/p>\n<p>A Villepreux, Louise de Marillac a fait une causerie aux dames de la confr\u00e9rie, sans aviser le cur\u00e9 : Vincent estime qu&rsquo;il est sage de lui pr\u00e9senter des excuses. (38 : I, 81-82)<\/p>\n<p>S&rsquo;il arrive qu&rsquo;un cur\u00e9 \u00e9mette des pr\u00e9tentions difficilement conciliables avec les pr\u00e9rogatives des Filles de la Charit\u00e9, ni leur Sup\u00e9rieure, ni monsieur Vincent ne sont d&rsquo;avis d&rsquo;engager la lutte pour si peu. Ils temporisent plut\u00f4t pour ne pas aggraver le diff\u00e9rend. Le cur\u00e9 de Saint- Paul soumet les s\u0153urs de sa paroisse \u00e0 un interrogatoire serr\u00e9. Il leur demande \u00ab comme elles vivent, quels sont leurs exercices, qui les conduit. \u00bb Il d\u00e9clare \u00ab qu&rsquo;il les veut conduire, et d\u00e9sire qu&rsquo;elles d\u00e9pendent de lui enti\u00e8rement \u00bb. Louise de Marillac calme de son mieux les alarmes de ses filles. Qu&rsquo;elles fassent conna\u00eetre exactement leurs constitutions, sans rien celer; \u00ab et puis, &#8230; on verra&#8230;\u00bb (39 : I, 544)<\/p>\n<p>Malheureusement, des Filles de la Charit\u00e9 se conduisaient parfois de fa\u00e7on inconsid\u00e9r\u00e9e vis-\u00e0-vis des cur\u00e9s. Vincent \u00e9tait alors appel\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide pour r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts. Une s\u0153ur signifie au cur\u00e9 de Fontenay-aux-Roses qu&rsquo;au jugement de la Sup\u00e9rieure, il n&rsquo;est pas bon qu\u2019il aille chez elle. Ainsi mise en cause, Louise de Marillac prie saint Vincent d&rsquo;effacer la mauvaise impression caus\u00e9e par ces propos irr\u00e9fl\u00e9chis. (40 : II, 254)<\/p>\n<p>Le cur\u00e9 d&rsquo;Issy est fort contrist\u00e9 par le rappel d&rsquo;une s\u0153ur qui se d\u00e9vouait aupr\u00e8s des malades de sa paroisse. A son avis, si les Filles de la Charit\u00e9 ne trouvent pas chez ses paroissiens toutes les ressources n\u00e9cessaires, la faute leur en revient. Ainsi engag\u00e9e, la conversation risquait de ne pas aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat heureux. Cependant, Louise de Marillac h\u00e9site \u00e0 rompre la n\u00e9gociation. Elle consulte monsieur Vincent. (41 : II, 364)<\/p>\n<p>Sa condescendance ne l&#8217;emp\u00eachait pas d&rsquo;\u00eatre vigilante et ferme. Une paroisse demandait des s\u0153urs. La Sup\u00e9rieure est pr\u00eate \u00e0 donner satisfaction \u00e0 cette requ\u00eate, si tel est l&rsquo;avis de Vincent de Paul. Elle sugg\u00e8re cependant une condition : les s\u0153urs seront accord\u00e9es \u00ab pourvu qu&rsquo;il n&rsquo;y ait rien \u00e0 redire \u00e0 la conduite des pr\u00eatres de la paroisse. \u00bb (42 : IV, 428)<\/p>\n<p>Saint Vincent et Louise de Marillac, d&rsquo;un commun accord, appliqu\u00e8rent le d\u00e9vouement des Filles de la Charit\u00e9 \u00e0 des t\u00e2ches multiples, \u00e0 partir du jour o\u00f9 les besoins des confr\u00e9ries donn\u00e8rent naissance \u00e0 leur compagnie. D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es, elles essaim\u00e8rent dans les paroisses de la capitale. Cependant Vincent les envoyait de pr\u00e9f\u00e9rence aux pauvres gens des campagnes, comme les missionnaires. Il \u00e9crivait \u00e0 leur Sup\u00e9rieure en 1636 : \u00ab &#8230; Il faut principalement regarder le pauvres villages, car pour les villes, il n&rsquo;en sera jamais autre chose ; c&rsquo;est se flatter que de s&rsquo;y amuser. \u00bb (43 : I, 357)<\/p>\n<p>Dans les villages o\u00f9 elles s&rsquo;installaient, les s\u0153urs ne se contentaient pas de soigner les malades \u00e0 domicile. Elles consacraient aussi une partie de leur temps \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation chr\u00e9tienne de l&rsquo;enfance. En 1635, monsieur Vincent recommandait \u00e0 mademoiselle Le Gras de pr\u00e9parer soigneusement ses filles \u00e0 l&rsquo;enseignement du cat\u00e9chisme. Il voulait m\u00eame qu&rsquo;elles fussent en mesure de faire l&rsquo;\u00e9cole, afin d&rsquo;exercer sur les fillettes l&rsquo;influence qu&rsquo;il souhaitait. (44 : I, 313 et 336)<\/p>\n<p>Une Fille de la Charit\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 Liancourt, sait faire de la dentelle. Vincent s&rsquo;en r\u00e9jouit : \u00ab Elle pourra apprendre cela aux pauvres gens, qui servira d&rsquo;attrait pour les choses spirituelles&#8230; \u00bb (45 : I, 393)<\/p>\n<p>A Paris, outre le service des malades assist\u00e9s par les confr\u00e9ries des paroisses, les s\u0153urs assum\u00e8rent de bonne heure une partie de la t\u00e2che que la confr\u00e9rie de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu avait prise \u00e0 son compte. Elles aidaient les dames \u00e0 distribuer des secours aux pauvres qui \u00e9taient hospitalis\u00e9s. En d\u00e9cembre 1636, saint Vincent \u00e9crit \u00e0 mademoiselle Le Gras : \u00ab Dieu vous b\u00e9nisse, mademoiselle ; de ce que vous \u00eates all\u00e9e mettre vos filles en faction \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Dieu&#8230;\u00bb (46 : I, 371)<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de la Sup\u00e9rieure ne se borna pas \u00e0 cette installation. Elle dirigeait la besogne de ses filles de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu. Lorsque quelque flottement se manifestait parmi elles, elle \u00e9tait pri\u00e9e d&rsquo;intervenir. En 1638, elle re\u00e7oit de Vincent cet avis : \u00ab On m&rsquo;a dit que les choses vont mal \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu, et qu&rsquo;il est \u00e0 souhaiter que votre sant\u00e9 vous permette d&rsquo;y aller passer deux ou trois jours&#8230; \u00bb (47 : I, 460)<\/p>\n<p>Un peu plus tard, une autre note lui parvient encore : \u00ab &#8230; Les offici\u00e8res des dames de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu viendront demain c\u00e9ans. Voyez si vous avez quelque avis \u00e0 me donner. \u00bb (48 : I, 479)<\/p>\n<p>Elle est tenue au courant du projet qui devait aboutir \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu des aum\u00f4niers particuliers. (49 : I, 359)<\/p>\n<p>Sa collaboration avec Vincent de Paul lui vaut la confidence de desseins qu&rsquo;il \u00e9labore. Elle l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la dignit\u00e9 de conseill\u00e8re consult\u00e9e et \u00e9cout\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette collaboration s&rsquo;\u00e9largit \u00e0 mesure que les Filles de la Charit\u00e9 \u00e9tendent leur action.<\/p>\n<p>En 1653, les s\u0153urs entrent \u00e0 l&rsquo;hospice du Nom-de-J\u00e9sus, que saint Vincent vient de fonder pour des vieillards. Louise de Marillac consulte son tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re sur des d\u00e9tails d&rsquo;organisation. Elle veut savoir s&rsquo;il faut proc\u00e9der \u00e0 la distribution des habits, qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s pour les hospitalis\u00e9s. En m\u00eame temps, elle demande la venue de Vincent afin de \u00abfaire faire quelque d\u00e9votion \u00bb qu&rsquo;elle juge n\u00e9cessaire. (50 : IV, 552-53)<\/p>\n<p>Vers 1655, le concours des s\u0153urs est r\u00e9clam\u00e9 pour l&rsquo;h\u00f4pital des Petites-Maisons. Quatre cents personnes y sont soign\u00e9es. Elles sont vieilles et infirmes. Il en est qui sont atteintes de folie ou de maladies honteuses. Cependant, mademoiselle Le Gras \u00e9crit \u00e0 saint Vincent qu&rsquo;elle a d\u00e9couvert autour d&rsquo;elle les bonnes volont\u00e9s qu&rsquo;il sollicite : \u00ab Je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 ma s\u0153ur Hardemont \u00e9loign\u00e9e des dispositions \u00e0 bien recevoir la proposition pour les Petites-Maisons, mais je crois qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire que votre charit\u00e9 nous parle, pour faire conna\u00eetre le bien qu&rsquo;il y a \u00e0 faire et la mani\u00e8re dont il s&rsquo;y faut gouverner. \u00bb (5l : V, 419)<\/p>\n<p>Les Filles de la Charit\u00e9 se virent m\u00eame confier l&rsquo;assistance des for\u00e7ats, qui attendaient \u00e0 Paris leur d\u00e9part pour les gal\u00e8res. Avant l&rsquo;apparition de leur compagnie, Louise de Marillac s&rsquo;occupait d\u00e9j\u00e0 de ce minist\u00e8re. D\u00e8s 1632, saint Vincent la f\u00e9licitait de la charit\u00e9 qu&rsquo;elle mettait \u00e0 le remplir. (52 :I, 166) En 1640, un legs de six mille livres de rentes, laiss\u00e9 par un bienfaiteur, permit de donner plus d&rsquo;ampleur \u00e0 cette \u0153uvre. C&rsquo;est vers ce temps-l\u00e0 que les s\u0153urs en furent charg\u00e9es. (53 : II, 20 et 174)<\/p>\n<p>Comme toujours, elles prirent leur t\u00e2che \u00e0 c\u0153ur. L&rsquo;une d&rsquo;elles se fit qu\u00eateuse volontaire, durant les troubles de la Fronde, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus de ressources pour ses prot\u00e9g\u00e9s. Mademoiselle Le Gras \u00e9crivait alors \u00e0 monsieur Vincent : \u00ab &#8230; Notre s\u0153ur des gal\u00e9riens vint hier me trouver tout \u00e9pleur\u00e9e pour ne plus avoir de pain pour ses pauvres, pour tant \u00e0 cause qu&rsquo;il est d\u00fb au boulanger que pour la chert\u00e9 du pain. Elle emprunte et qu\u00eate partout pour cela, avec grand&rsquo;peine&#8230; (54 : IV, 426)<\/p>\n<p>Chaque jour, \u00e0 dix heures, les s\u0153urs servaient un repas aux gal\u00e9riens. Leur Sup\u00e9rieure repr\u00e9sentait \u00e0 Vincent \u00ab le bien spirituel que pourrait faire \u00bb a la visite des dames de l&rsquo;H\u00f4tel- Dieu, si elles venaient, aux m\u00eames heures, exhorter et instruire les d\u00e9tenus. (55 : V, 589)<\/p>\n<p>Le service des gal\u00e9riens comportait des risques graves. Ces hommes ne respectaient pas toujours les s\u0153urs. Il n&rsquo;\u00e9tait pas rare qu&rsquo;elles fussent injuri\u00e9es. L&rsquo;irrespect pouvait aller plus loin encore : en 1655, Vincent de Paul parle \u00e0 Louise de Marillac d&rsquo;une \u00ab pauvre cr\u00e9ature \u00bb, qu&rsquo;il ne faut plus laisser entrer \u00ab dans la maison des for\u00e7ats \u00bb, m\u00eame si elle s&rsquo;y pr\u00e9sente. (56 : V, 339)<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les Filles de la Charit\u00e9 \u00e9taient plus en s\u00e9curit\u00e9 au service des Enfants trouv\u00e9s, mais ce service exigeait de leur part un \u00e9gal courage.<\/p>\n<p>A la fin de 1637, saint Vincent laissait entendre, \u00e0 mots couverts, \u00e0 mademoiselle Le Gras qu&rsquo;il songeait \u00e0 s&rsquo;occuper des enfants abandonn\u00e9s. (57 : I, 410) Jusqu&rsquo;\u00e0 cette date, ces enfants \u00e9taient recueillis, et soign\u00e9s tant bien que mal, \u00e0 la Couche, rue Landry. Beaucoup d&rsquo;entre eux mouraient en bas \u00e2ge. D&rsquo;autres \u00e9taient estropi\u00e9s par des mendiants professionnels qui s&rsquo;en servaient pour exciter la piti\u00e9 des passants.<\/p>\n<p>Le 1er janvier 1638, la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 fut avis\u00e9e que, par d\u00e9cision des dames de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu, elle \u00e9tait \u00ab pri\u00e9e de faire un essai des enfants trouv\u00e9s \u00bb. L&rsquo;essai qui \u00e9tait envisag\u00e9 \u00e9tait fort modeste : il n&rsquo;\u00e9tait question de prendre que deux ou trois enfants. (58 : I, 417) Les s\u0153urs n&rsquo;iraient pas \u00e0 la Couche. La tentative qui leur \u00e9tait demand\u00e9e se ferait chez elles. (59 : I, 433)<\/p>\n<p>Leur Sup\u00e9rieure r\u00e9digea un projet de r\u00e8glement, que monsieur Vincent examina avec les offici\u00e8res de la confr\u00e9rie de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu. (60 : I, 436-37) Il fut convenu que ces offici\u00e8res subviendraient aux n\u00e9cessit\u00e9s mat\u00e9rielles de l&rsquo;\u0153uvre. Louise de Marillac aurait la direction des s\u0153urs et des nourrices. Elle aurait en outre le soin de la formation des enfants. (61 : I, 444)<\/p>\n<p>Les premiers progr\u00e8s de l&rsquo;entreprise furent lents. Au cours de l&rsquo;ann\u00e9e de d\u00e9but, la directrice \u00e9tait invit\u00e9e par Vincent \u00e0 remplir les \u00ab places vides.., jusques \u00e0 sept \u00bb, en attendant d&rsquo;avoir \u00ab une autre nourrice, une ch\u00e8vre et une vache. \u00bb (62 : I, 507) Cependant, d\u00e8s le 17 janvier 1640 la r\u00e9solution \u00ab de prendre tous les enfants trouv\u00e9s \u00bb \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e. (63 : II, 6-7)<\/p>\n<p>Lorsque les dames bienfaitrices commenc\u00e8rent \u00e0 envisager le transfert des Enfants trouv\u00e9s au ch\u00e2teau de Bic\u00eatre, Louise de Marillac fit valoir les difficult\u00e9s que comportait ce projet. (64 : II, 545) Il fut cependant mis \u00e0 ex\u00e9cution, vers le milieu de l&rsquo;ann\u00e9e 1647, malgr\u00e9 ses objections. Elle les renouvela avec plus de force, apr\u00e8s l&rsquo;installation. \u00ab &#8230; Ce n&rsquo;\u00e9tait pas sans raison, \u00e9crivait-elle \u00e0 saint Vincent, que j&rsquo;appr\u00e9hendais le logement de Bic\u00eatre. Ces dames ont dessein de tirer de nos s\u0153urs l&rsquo;impossible. Elles choisissent pour logement des petites chambres, o\u00f9 l&rsquo;air sera incontinent corrompu et laissent les grandes&#8230; Elles ne veulent point que l&rsquo;on dise la messe, mais que nos s\u0153urs l&rsquo;aillent entendre \u00e0 Gentilly. Et que feront les enfants en attendant ? Et qui fera l&rsquo;ouvrage ?&#8230; Je crains bien qu&rsquo;il nous faille quitter le service de ces pauvres petits enfants&#8230; \u00bb (65 : III, 210-211)<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce d\u00e9couragement passager, l&rsquo;organisation de l&rsquo;\u0153uvre se poursuivait activement. Une ma\u00eetresse d&rsquo;\u00e9cole apprenait \u00ab \u00e0 coudre et \u00e0 lire les enfants \u00bb. Vincent \u00e9tait pri\u00e9 d&rsquo;envoyer un fr\u00e8re boulanger \u00ab pour aider.., \u00e0 faire un bon four&#8230; \u00bb Le vin de la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait mis en vente.(66 : III, 229-262)<\/p>\n<p>Cependant les soucis de Louise de Marillac se succ\u00e9daient, sans r\u00e9pit appr\u00e9ciable. Elle les confiait \u00e0 Vincent de Paul. En 1648, le cur\u00e9 de Saint-Laurent, qui a sur sa paroisse la maison- m\u00e8re des Filles de la Charit\u00e9, \u00ab se plaint.., de n&rsquo;avoir pas ce qui lui appartient, pour les bapt\u00eames \u00bb des enfants trouv\u00e9s. Les dames prennent son parti, et \u00ab veulent qu&rsquo;il intente un proc\u00e8s contre monsieur le cur\u00e9 de Saint-Christophe \u00bb, qui exerce sa juridiction sur une maison o\u00f9 sont port\u00e9s les enfants nouvellement trouv\u00e9s. (67 : III, 298)<\/p>\n<p>Une autre fois, Vincent est entretenu des critiques dirig\u00e9es contre lui par une demoiselle Serquemann, qui redoute d&rsquo;\u00eatre frustr\u00e9e des b\u00e9n\u00e9fices qu&rsquo;elle r\u00e9alise en gardant des enfants abandonn\u00e9s. (68 : II, 438-40)<\/p>\n<p>Entre temps, surgissaient des raisons plus s\u00e9rieuses de s&rsquo;inqui\u00e9ter. Mademoiselle Le Gras s&rsquo;alarmait, parce que cinquante-deux petits enfants \u00e9taient morts \u00e0 Bic\u00eatre dans l&rsquo;espace de six mois. (69 ; III, 265)<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Vincent de Paul \u00e9tait \u00ab bien afflig\u00e9 \u00bb, aux premiers mois de la Fronde, parce que le ch\u00e2teau de Bic\u00eatre \u00e9tait perdu au milieu d&rsquo;une grosse arm\u00e9e. Il souhaitait vivement \u00ab qu&rsquo;il plut au Parlement ou \u00e0 la ville \u00bb, de donner un autre local \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de le capitale. (70 : III, 422-428)<\/p>\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re ann\u00e9e de la guerre civile, le d\u00e9nuement de l&rsquo;\u0153uvre fut extr\u00eame. La directrice se plaignait de ne plus avoir \u00ab un double \u00bb pour mettre les enfants en nourrice. Le linge le plus indispensable faisait d\u00e9faut. Les dames paraissaient se d\u00e9sint\u00e9resser de l&rsquo;entreprise. (71 : III, 508)<\/p>\n<p>Un peu plus tard, la d\u00e9tresse \u00e9tait plus angoissante encore. Les nourrices rapportaient les enfants. Les dettes se multipliaient, et Louise de Marillac perdait l&rsquo;espoir de les payer. Tranquillement, Vincent de Paul la rassurait : \u00ab &#8230; L&rsquo;\u0153uvre des enfants, disait-il, est entre les mains de Notre-Seigneur\u2026 \u00bb (72 : III, 523-24)<\/p>\n<p>Les Enfants trouves finirent par s&rsquo;installer au voisinage de Saint-Lazare. Cependant, comme les troubles de la Fronde se prolongeaient, il advenait encore que la paix de l&rsquo;\u00e9tablissement f\u00fbt menac\u00e9e. En 1652, Louise de Marillac connut parfois de vives alarmes. Une sanglante bataille fut livr\u00e9e \u00e0 la vue de ses filles. Une autre fois, l&rsquo;arm\u00e9e des Frondeurs d\u00e9fila longuement dans leur voisinage. Saint Vincent recevait alors de sa collaboratrice l&rsquo;aveu sans fard d&rsquo;une frayeur qui avait peine \u00e0 se dominer : \u00ab &#8230; Il me semble, disait-elle, que j&rsquo;attends la mort, et ne puis emp\u00eacher mon c\u0153ur de s&rsquo;\u00e9mouvoir toutes les fois que l&rsquo;on crie aux armes\u2026 \u00bb (73 : IV, 384-85)<\/p>\n<p>La parole r\u00e9confortante ne se faisait pas attendre. Elle \u00e9tait toujours inspir\u00e9e par la foi en la Providence : \u00ab &#8230; Ce que Notre-Seigneur garde est bien gard\u00e9 ; il est juste que nous nous commettions \u00e0 son adorable Providence&#8230; \u00bb (74 : IV, 386)<\/p>\n<p>La direction du personnel des Enfants trouv\u00e9s n&rsquo;\u00e9tait pas de tout repos. Louise de Marillac en connaissait l&rsquo;exacte valeur. Elle parle sans illusions des nourrices qu&rsquo;elle est oblig\u00e9e d&#8217;employer : \u00ab &#8230; Quoique l&rsquo;on essaie de les prendre femmes de bien, n\u00e9anmoins il y a apparence que la plupart ne sont pas tant oblig\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9 du temps \u00e0 se retirer, que par mauvaises conduites ; et puis que toutes ces mani\u00e8res de femmes, ramass\u00e9es de toutes parts, sont de mauvaises paroles et grand libertinage&#8230; \u00bb (75 : IV, 4)<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, les \u0153uvres diverses auxquelles les s\u0153urs se consacraient dans la capitale, exigeaient de mademoiselle Le Gras une attention tr\u00e8s soutenue. Cependant, elles ne l&#8217;emp\u00eachaient pas de suivre avec sollicitude les efforts de ses filles qui travaillaient en province. Il est vrai que Vincent de Paul prenait encore sa large part de cette direction. A une s\u0153ur qui doit aller \u00e0 Liancourt il trace, dans le d\u00e9tail, l&rsquo;itin\u00e9raire \u00e0 suivre. Louise de Marillac le re\u00e7oit de sa main : \u00ab Je pense, \u00e9crit-il, qu&rsquo;il est \u00e0 propos de la faire aller dans le carrosse de Senlis ; \u2026elle pourra aller de l\u00e0 \u00e0 Verneuil, qui est le droit chemin, et de l\u00e0 \u00e0 Liancourt. Ce sont trois lieues qu&rsquo;il lui faudra faire \u00e0 pied&#8230; Je vous envoie un \u00e9cu pour cela&#8230; \u00bb (76 : I, 363)<\/p>\n<p>La m\u00eame pr\u00e9cision est mise dans les instructions r\u00e9dig\u00e9es par monsieur Vincent, \u00e0 l&rsquo;intention de deux s\u0153urs qui partent pour Richelieu : \u00ab Je vous envoie cinquante livres, dit-il \u00e0 la Sup\u00e9rieure, lesquelles je vous prie de donner \u00e0 Barbe et \u00e0 Louise pour leur voyage. Il sera bon qu&rsquo;elles se mettent dans le coche de Tours, et que l\u00e0 elles s&rsquo;informent d&rsquo;un homme qui conduit pour l&rsquo;ordinaire \u00e0 Richelieu ceux qui y veulent aller, et qu&rsquo;elles le prennent et louent un \u00e2ne ou une petite charrette pour se rendre \u00e0 Richelieu, qui en est distant de dix lieues&#8230; (77 : I, 508)<\/p>\n<p>Vincent est tr\u00e8s renseign\u00e9 sur la vie que m\u00e8nent en leurs communaut\u00e9s, plus ou moins lointaines, les s\u0153urs de la province. Il donne de leurs nouvelles \u00e0 Louise de Marillac : \u00ab &#8230; Isabelle, pr\u00e9cise-t-il, se porte parfaitement bien de corps ; mais elle n&rsquo;est pas contente de se voir en une maison o\u00f9 il n&rsquo;y a point d&rsquo;observance. Sa compagne est une pauvre cr\u00e9ature. Je ne sais s&rsquo;il y aurait moyen de lui trouver quelque condition.. \u00bb. (78 : II, 181)<\/p>\n<p>Il juge en dernier ressort de l&rsquo;opportunit\u00e9 de cr\u00e9er des postes nouveaux. En 1639, il communique \u00e0 la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale sa d\u00e9cision d&rsquo;accorder des s\u0153urs \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Angers. (79 : I, 580) Celles qui sont d\u00e9sign\u00e9es partiront sous la conduite de Louise de Marillac, qui est invit\u00e9e \u00e0 profiter du voyage pour faire ses d\u00e9votions \u00e0 Notre-Dame de Chartres. (80 : I, 603)<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, elle refait le m\u00eame trajet ; et elle fait conna\u00eetre \u00e0 saint Vincent les r\u00e9sultats de son inspection \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu d&rsquo;Angers : \u00ab Il y a trois ou quatre jours, \u00e9crit-elle, que je travaille ici \u00e0 la visite de nos ch\u00e8res s\u0153urs de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu et fis hier au soir la derni\u00e8re action, qui est de conclure la visite ; et voil\u00e0 que j&rsquo;en fais transcrire les avis que je leur laisse&#8230; Cela va bien. &#8230; Elles observent exactement leur emploi de la journ\u00e9e.. Cela va si bien que j&rsquo;en ai mon c\u0153ur plein de consolation&#8230; (81 : III, 422-23)<\/p>\n<p>De l&rsquo;\u00e9tranger, o\u00f9 sont all\u00e9es les Filles de la Charit\u00e9, leurs nouvelles parviennent \u00e0 Monsieur Vincent, qui s&#8217;empresse de les transmettre \u00e0 Louise de Marillac. Il est heureux de lui dire qu&rsquo;au t\u00e9moignage du Sup\u00e9rieur des missionnaires de Pologne, la s\u0153ur Fran\u00e7oise se comporte de mani\u00e8re exemplaire. Malheureusement elle a fort \u00e0 faire pour maintenir la paix entre ses deux compagnes. (82 : IV, 564)<\/p>\n<p>Le fondateur et la fondatrice de la compagnie collaborent tr\u00e8s \u00e9troitement dans le gouvernement des s\u0153urs, en quelque lieu que s&rsquo;exerce leur activit\u00e9. Ils mettent en commun les renseignements qui leur parviennent. Ils \u00e9tudient ensemble les mesures qui s&rsquo;imposent.<\/p>\n<p>En 1640, mademoiselle Le Gras observe \u00ab que partout l&rsquo;on se plaint \u00bb que les s\u0153urs \u00ab prennent ce qui est destin\u00e9 pour les malades \u00bb. En cons\u00e9quence, il lui parait n\u00e9cessaire \u00ab de faire une r\u00e8gle, qu&rsquo;elles ne pourront, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, manger de ce qui est destin\u00e9 pour les pauvres. \u00bb (83 : II, 91)<\/p>\n<p>Vers la m\u00eame \u00e9poque, Vincent lui renvoie pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9bauche de r\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;elle a trac\u00e9e. Il en est satisfait. (84 : II, 114)<\/p>\n<p>En 1645, elle donne son avis motiv\u00e9 sur les divers paragraphes de la supplique qui doit \u00eatre envoy\u00e9e \u00e0 l&rsquo;archev\u00eaque de Paris, pour que la compagnie des Filles de la Charit\u00e9 soit \u00e9rig\u00e9e en confr\u00e9rie. Elle sugg\u00e8re des pr\u00e9cisions nouvelles, des rectifications, des additions. (85 : II, 547-48)<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es avant de mourir, elle exprime le v\u0153u que d\u00e9fense soit faite aux s\u0153urs, par le roi ou le Parlement, \u00ab de sortir de la compagnie sans le consentement du Sup\u00e9rieur, et m\u00eame de sortir avec le simple habit qu&rsquo;elles portent&#8230; \u00bb. Les s\u0153urs qui enfreindraient cette d\u00e9fense seraient consid\u00e9r\u00e9es \u00ab comme r\u00e9fractaires aux ordonnances du roi, ou celles du Parlement. \u00bb En cons\u00e9quence, il serait loisible \u00ab de proc\u00e9der juridiquement contre elles. \u00bb (86 : VI, 270-71)<\/p>\n<p>Monsieur Vincent ne donna pas de suite au v\u0153u s\u00e9v\u00e8re exprim\u00e9 par sa collaboratrice. En revanche, il pr\u00eata une pleine attention aux derniers avis qu&rsquo;elle lui donna peu de temps avant sa mort. Elle entretenait alors son tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re de \u00ab la n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;il y a que les r\u00e8gles obligent toujours \u00e0 la vie pauvre, simple et humble, crainte que s&rsquo;\u00e9tablissant en une mani\u00e8re de vie qui requerrait plus grande d\u00e9pense, cela obligerait \u00e0 rechercher les moyens de subsister en cette mani\u00e8re&#8230; \u00bb Elle s&rsquo;\u00e9levait contre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une demi-cl\u00f4ture, o\u00f9 voisineraient des clo\u00eetr\u00e9es et des \u00ab allantes \u00bb. Ce serait en effet, disait-elle, \u00ab mani\u00e8re tant dangereuse pour la continuation de l&rsquo;\u0153uvre de Dieu, laquelle, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, votre charit\u00e9 a soutenue avec tant de fermet\u00e9 contre toutes les oppositions. \u00bb (87 : VIII, 228)<\/p>\n<p>La part capitale que Louise de Marillac prend au gouvernement des s\u0153urs, sous le contr\u00f4le de Vincent de Paul, se d\u00e9c\u00e8le encore dans les solutions qu&rsquo;elle recherche, en plein accord avec le fondateur, pour les difficult\u00e9s locales rencontr\u00e9es par ses filles.<\/p>\n<p>Le concours des Filles de la Charit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 ardemment souhait\u00e9 par les administrateurs de l&rsquo;h\u00f4pital de Nantes. Cependant, les tiraillements \u00e9taient incessants. Entre autres pr\u00e9tentions, les administrateurs \u00e9mettaient celle de distribuer eux-m\u00eames aux s\u0153urs les offices qu&rsquo;elles auraient \u00e0 remplir. La Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale estimait au contraire que cette pr\u00e9rogative appartenait plut\u00f4t \u00e0 la s\u0153ur \u00ab servante \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la Sup\u00e9rieure d\u00e9sign\u00e9e par elle et monsieur Vincent. C&rsquo;est de cette mani\u00e8re qu&rsquo;elle serait en mesure de diriger effectivement ses compagnes. Au surplus, la marche de l&rsquo;h\u00f4pital ne souffrirait pas de cette solution, car, ajoutait mademoiselle Le Gras, \u00ab une s\u0153ur servante saura bien faire trouver bon \u00bb aux administrateurs \u00ab ce qu&rsquo;elle fera. \u00bb (88 : V, 29)<\/p>\n<p>A Paris, la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale pr\u00e9side elle-m\u00eame les conseils de la compagnie, lorsque saint Vincent est absent. En pareil cas, il se contente de lui donner ses instructions :<\/p>\n<p>\u00abMademoiselle Le Gras proposera les substances des choses seulement, sans dire le pour ni le contre&#8230; \u00bb (89 : IV, 287)<\/p>\n<p>Absent ou pr\u00e9sent, monsieur Vincent savait bien qu&rsquo;aucune mesure ne serait envisag\u00e9e qui ne p\u00fbt recevoir son agr\u00e9ment. Il \u00e9tait s\u00fbr de l&rsquo;enti\u00e8re docilit\u00e9 de Louise de Marillac. Elle s&#8217;empressait en effet d&rsquo;en renouveler l&rsquo;offrande, au terme des propositions qu&rsquo;elle pouvait faire : \u00ab Voil\u00e0, disait-elle, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, ce que j&rsquo;ai remarqu\u00e9 ; mais&#8230; n&rsquo;ayez \u00e9gard ni aux m\u00e9moires, ni aux remarques, mais ordonnez ce que vous croyez que Dieu demande de nous, y ajoutant les maximes et instructions qui nous peuvent encourager&#8230; aux observances de tous les points de nos r\u00e8glements. \u00bb (90 : IV, 472)<\/p>\n<p>Vincent de Paul \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9. Mille pr\u00e9occupations assi\u00e9geaient son esprit. Avec d\u00e9f\u00e9rence, la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 lui rappelait donc les heures qu&rsquo;il devait consacrer \u00e0 leur compagnie. \u00ab S&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 votre charit\u00e9, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, \u00e9crivait-elle, se souvenir que c&rsquo;est les f\u00eates de la Pentec\u00f4te que l&rsquo;on proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection des offici\u00e8res, et si cela ne se pourrait point aujourd&rsquo;hui, crainte que vous ne puissiez un autre jour&#8230; \u00bb (91 : VII, 175)<\/p>\n<p>Deux s\u0153urs sont \u00e0 la veille de rejoindre leurs postes. Auparavant il serait bon qu&rsquo;elles fissent leurs v\u0153ux. C&rsquo;est pourquoi Vincent est pri\u00e9 de venir c\u00e9l\u00e9brer la messe le lendemain chez les Filles de la Charit\u00e9. (92 : III, 300-301)<\/p>\n<p>Semblable rappel se faisait p\u00e9riodiquement entendre. Des s\u0153urs faisaient des v\u0153ux perp\u00e9tuels, \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;Annonciation. (93 : V, 353) D&rsquo;autres se contentaient de renouveler leurs v\u0153ux annuels, \u00e0 l&rsquo;Assomption, ou bien encore le jour de la Toussaint. (94 : VI, 61, 118-19, 397)<\/p>\n<p>D\u00e8s que l&rsquo;attention de monsieur Vincent \u00e9tait appel\u00e9e sur une s\u0153ur, pour une d\u00e9cision \u00e0 prendre \u00e0 son sujet, il \u00e9tait en mesure de donner la r\u00e9ponse n\u00e9cessaire. Il connaissait en effet toutes les Filles de la Charit\u00e9. Il les appelait par leurs noms. Il \u00e9tait au courant de leurs aptitudes, de leurs qualit\u00e9s et de leurs imperfections.<\/p>\n<p>\u00ab Si vous jugez, disait-il \u00e0 Louise de Marillac, qu&rsquo;Henriette sache faire l&rsquo;\u00e9cole, \u00e0 la bonne heure, essayez-en&#8230; Je ne pense pas que Perrette ait l&rsquo;esprit propre pour cela&#8230; \u00bb (95 : I, 504)<\/p>\n<p>\u00ab II me semble, mademoiselle, \u00e9crivait-il une autre fois, que notre ch\u00e8re s\u0153ur Marguerite, de Sach\u00e9, est un peu trop vacillante ou moins d\u00e9termin\u00e9e. Vous lui parlerez et si vous en restez satisfaite, vous la pourrez admettre&#8230; Celle de Liancourt\u2026 doit \u00eatre diff\u00e9r\u00e9e, si me semble&#8230; \u00bb (96 : II, 175)<\/p>\n<p>Le regard p\u00e9n\u00e9trant qui se posait sur les postulantes avait vite fait d&rsquo;appr\u00e9cier leur valeur. La Sup\u00e9rieure recevait cet avis durant une de ses absences \u00ab &#8230; Vous trouverez votre nombre de s\u0153urs augment\u00e9 de trois, dont les deux me paraissent bien bonnes. Je me d\u00e9fie un peu de la troisi\u00e8me&#8230; \u00bb (97 : III, 23)<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un poste est \u00e0 pourvoir, les sujets disponibles sont judicieusement compar\u00e9s. \u00c9videmment, mademoiselle Le Gras donne son avis. \u00ab &#8230; Que vous semble, lui est-il demand\u00e9, de Jeanne Hardemont ou de Julienne ? L&rsquo;esprit de la premi\u00e8re est un peu \u00e0 craindre et il y a des choses \u00e0 souhaiter dans l&rsquo;autre. \u00bb (98 : IV, 254)<\/p>\n<p>Saint Vincent s&rsquo;occupe, dans le d\u00e9tail, des mutations des s\u0153urs : \u00ab Il me semble voirement, fait-il observer, que vous ferez bien de bailler Marie, de Saint-Paul, \u00e0 Saint-Germain. Je n&rsquo;estime pas qu&rsquo;il faille mettre Nicole, de Saint-Sauveur, en pas un lieu de longtemps. Mais qui aurez-vous pour Saint-Leu, si Henriette s&rsquo;en va aller \u00e0 Villers, comme vous me dites et elle me le demanda hier ? \u00bb (99 : I, 397)<\/p>\n<p>Ces mutations n&rsquo;\u00e9taient pas toujours du go\u00fbt des dames des confr\u00e9ries. Elles n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 exprimer directement leur m\u00e9contentement \u00e0 monsieur Vincent, quand elles se croyaient l\u00e9s\u00e9es. \u00ab Les dames offici\u00e8res de Saint-Germain-de-l&rsquo;Auxerrois, confiait-il \u00e0 Louise de Marillac, furent hier c\u00e9ans pour me faire de grandes remontrances sur le sujet de notre sour Marie, non pas tant pour la retenir, comme pour avoir des filles qui sachent servir et faire les compositions et les rem\u00e8des&#8230; \u00bb (100 : II, 156)<\/p>\n<p>Lorsque le soin de faire passer une s\u0153ur d&rsquo;un poste \u00e0 un autre revenait \u00e0 la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale, elle aimait \u00e0 prendre l&rsquo;avis de Vincent de Paul, tout en exposant son propre point de vue : \u00ab &#8230; Je n&rsquo;ai point encore envoy\u00e9 de s\u0153ur \u00e0 Varize, \u00e9crivait-elle&#8230; Devons-nous en exclure tout \u00e0 fait la s\u0153ur Andr\u00e9e qui en est revenue y a trois mois ? Et nous n&rsquo;en avons point de propre qui sache ni lire ni \u00e9crire ; celle qui est rest\u00e9e ne sait pas seulement saigner. Si votre charit\u00e9 le trouve \u00e0 propos, nous n&rsquo;aurions \u00e9gard qu&rsquo;\u00e0 ce dernier besoin, et nous pourrions en faire partir une d\u00e8s lundi&#8230; \u00bb (101 :V, 37)<\/p>\n<p>Louise de Marillac soumettait \u00e0 saint Vincent le cas des s\u0153urs indociles. \u00ab 1,a bonne s\u0153ur Marie, de Sedan, s&#8217;empressait-elle d&rsquo;\u00e9crire, nous quitta apr\u00e8s din\u00e9e et sans nous dire adieu&#8230; Je crains qu&rsquo;elle parte demain pour s&rsquo;en retourner \u00e0 Sedan ; et peut-\u00eatre la trouverait- on au coche, si votre charit\u00e9 trouvait bon d&rsquo;y envoyer. Je crains que quand nos s\u0153urs iraient qu&rsquo;elles n&rsquo;eussent pas assez de force pour la retenir. Au moins, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, je pense qu&rsquo;il serait n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9crire au plus t\u00f4t \u00e0 Sedan, pour donner avis de ce que l&rsquo;on aura \u00e0 faire si elle retourne \u00e0 sa maison, car je crains qu&rsquo;elle aille faire beau bruit et vendre tout ce qu&rsquo;elle pourra pour faire bonne somme&#8230; \u00bb (102 : V, 222)<\/p>\n<p>Il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire qu&rsquo;il y e\u00fbt p\u00e9ril extr\u00eame de scandale, pour que monsieur Vincent f\u00fbt oblig\u00e9 d&rsquo;intervenir. On avait recours \u00e0 son arbitrage dans le cas d&rsquo;une simple brouille entre s\u0153urs. Il \u00e9tait alert\u00e9 par mademoiselle Le Gras parce qu&rsquo;une s\u0153ur de la paroisse Saint-Roch \u00abne se pouvait accommoder avec \u00bb sa compagne, et \u00ab ne s&rsquo;en voulait pas retourner. \u00bb (103 : VII, 264)<\/p>\n<p>Les indociles ne prenaient pas toujours bien les r\u00e9primandes. Parfois, elles pr\u00e9f\u00e9raient partir plut\u00f4t que de se soumettre. Une s\u0153ur \u00ab scandalise \u00e0 cause de ses fa\u00e7ons avec des gar\u00e7ons qui la viennent voir. \u00bb Vincent l&rsquo;envoie \u00ab qu\u00e9rir pour lui dire qu&rsquo;elle ne f\u00eet entrer des gar\u00e7ons dans la maison ; mais elle ne le prit pas bien et&#8230; dit qu&rsquo;elle aimait mieux s&rsquo;en aller&#8230; \u00bb (104 : I, 328)<\/p>\n<p>Lorsque se produisait un semblable d\u00e9part, Louise de Marillac \u00e9tait fort affect\u00e9e et elle avait besoin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9confort\u00e9e par Vincent de Paul. \u00ab La s\u0153ur Marguerite Tourneton s&rsquo;en alla dimanche sans mot dire, \u00e9crivait-elle&#8230; Elle demande un autre habit pour nous renvoyer le n\u00f4tre. Je n&rsquo;ai point fait de r\u00e9ponse et n&rsquo;en ferai point qu&rsquo;\u00e0 votre retour. Dieu seul sait l&rsquo;\u00e9tat de mon pauvre esprit sur tous ces d\u00e9sordres, car il me semble que notre bon Dieu veut enti\u00e8rement nous d\u00e9truire&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>La compagnie \u00e9prouvait \u00ab grande douleur, \u00e9tonnement et crainte \u00bb, devant cette d\u00e9fection.<\/p>\n<p>\u00ab Le murmure de chacune est \u00e0 la sourdine, car personne n&rsquo;en ose parler&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce grand \u00e9moi, constat\u00e9 autour de lui, Vincent conservait son enti\u00e8re s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Il r\u00e9pondait simplement : \u00ab B\u00e9nissons Dieu, mademoiselle, de ce qu&rsquo;il purge la compagnie des sujets faits de la sorte, et honorons la disposition de Notre-Seigneur quand ses disciples l&rsquo;abandonnaient. Il disait \u00e0 ceux qui restaient \u00ab Voulez-vous pas vous en aller apr\u00e8s eux ? \u00bb (105III, 207-209-22)<\/p>\n<p>La Sup\u00e9rieure avait quelque peine \u00e0 suivre ces conseils. Elle s&rsquo;inqui\u00e9tait vivement du sort des s\u0153urs qui s&rsquo;en allaient. Elle s&rsquo;accusait d&rsquo;\u00eatre responsable de leur d\u00e9sertion, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas su les avertir \u00e0 temps de leur fl\u00e9chissement.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&rsquo;y a-t-il \u00e0 faire, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re ? demandait-elle au sujet d&rsquo;une fugitive. Elle me fait grande piti\u00e9&#8230; L&rsquo;enverrai-je chercher.,. chez ses parents, dont nous avons connaissance ? Enverrai-je qu\u00e9rir la femme&#8230; qui sortait toujours avec elle, pour&#8230; m&rsquo;informer de ses conduites \u00e9tant dehors ?&#8230; Je ne doute point que votre charit\u00e9 ne prie pour elle, et me pardonne les fautes que j&rsquo;ai faites en ce sujet&#8230; \u00bb (106 : VII, 258)<\/p>\n<p>Louise de Marillac se jugeait avec trop de rigueur. Les sanctions que m\u00e9ritaient les s\u0153urs r\u00e9pr\u00e9hensibles, \u00e9taient prises sans faiblesse par Vincent de Paul et par elle.<\/p>\n<p>A Nantes, les administrateurs de l&rsquo;h\u00f4pital ont pr\u00e9venu contre les s\u0153urs l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque. Vincent se rend compte judicieusement du parti pris du pr\u00e9lat. Cependant, apr\u00e8s enqu\u00eate, il d\u00e9cide que le rappel de la s\u0153ur Henriette s&rsquo;impose. C&rsquo;est \u00ab une fille pleine d&rsquo;ardeur et de charit\u00e9 \u00bb ; mais elle est \u00ab peu respectueuse, peu soumise \u00bb, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa Sup\u00e9rieure. Elle est en outre \u00ab f\u00e2cheuse au m\u00e9decin et \u00e0 quantit\u00e9 de personnes&#8230; \u00bb (107 : III, 430-33)<\/p>\n<p>La Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale constate qu&rsquo;une s\u0153ur de Paris re\u00e7oit trop souvent la visite de ses parents. Elle sera d\u00e9plac\u00e9e, \u00ab non pour crainte qu&rsquo;elle perde sa vocation &#8230; mais pour sa perfection&#8230; \u00bb (108 : V, 432)<\/p>\n<p>Une autre Fille de la Charit\u00e9 a si bien gagn\u00e9 le c\u0153ur des habitants de sa localit\u00e9, qu&rsquo;ils sont dispos\u00e9s \u00e0 n&rsquo;en recevoir aucune autre si elle est rappel\u00e9e. Cependant, elle est gravement r\u00e9pr\u00e9hensible, au jugement de mademoiselle Le Gras. \u00ab Elle se conseille \u00e0 tous, d\u00e8s y a longtemps et particuli\u00e8rement des vieils gar\u00e7ons nomm\u00e9s messieurs de la Noue, de qui elle retire commodit\u00e9s, et fait bonne ch\u00e8re et re\u00e7oit bouteille de vin et p\u00e2t\u00e9s&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Saint Vincent n&rsquo;h\u00e9site pas : \u00ab &#8230; Il faut t\u00e2cher de la faire venir, \u2026car enfin il faut la retirer&#8230; O bon Dieu ! que cette pauvre cr\u00e9ature m&rsquo;a tromp\u00e9&#8230; \u00bb (109 : I, 493-94)<\/p>\n<p>D&rsquo;autres sanctions \u00e9taient employ\u00e9es au besoin. Louise de Marillac re\u00e7oit cette instruction :<\/p>\n<p>\u00ab Quant \u00e0 Nicole, il est bien \u00e0 craindre qu&rsquo;elle ne change jamais, \u00e0 cause de son \u00e2ge&#8230; Essayez un peu de la privation de la communion&#8230; Apr\u00e8s que vous aurez fait ce que vous aurez pu, si elle ne s&rsquo;amende, vous la renverrez. \u00bb (110 : I, 234)<\/p>\n<p>Vincent ne se r\u00e9signait au renvoi qu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9. Une s\u0153ur, attach\u00e9e \u00e0 la confr\u00e9rie de Saint-Laurent, s&rsquo;est comport\u00e9e de fa\u00e7on extravagante. Elle a foment\u00e9 une cabale, soufflet\u00e9 une compagne, d\u00e9nonc\u00e9 des dames au pr\u00e9dicateur de car\u00eame. Cependant, on se contentera de la transf\u00e9rer \u00e0 \u00ab l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu ou ailleurs, afin que la justice soit accompagn\u00e9e de mis\u00e9ricorde. \u00bb (111 : I, 458)<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa mansu\u00e9tude, il advenait que monsieur Vincent f\u00fbt accul\u00e9 aux mesures extr\u00eames.<\/p>\n<p>\u00ab Jeanne, \u00e9crivait-il \u00e0 la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale, renvoyez-la, et dites-lui que c&rsquo;est pour avoir battu sa compagne. Donnez-lui quelque chose&#8230; Elle sera bien avec celles de Saint-Sauveur jusques \u00e0 ce qu&rsquo;elle ait trouv\u00e9 condition, et dites aux autres que ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;elle a battu, qu&rsquo;on lui avait pardonn\u00e9 le reste, mais que le scandale serait trop grand qu&rsquo;il f\u00fbt dit des Fille de la Charit\u00e9 qu&rsquo;elles se battent comme chien et chat&#8230; \u00bb (112 : I, 569)<\/p>\n<p>Au terme de ses longues patiences, Vincent de Paul savait \u00eatre fort net dans les d\u00e9cisions qu&rsquo;il \u00e9tait oblig\u00e9 de prendre contre des s\u0153urs. Il disait \u00e0 mademoiselle Le Gras : \u00ab Si Barbe veut aller en religion mettez-lui en le march\u00e9 en main tout doucement, s&rsquo;il vous pla\u00eet ; elle en sera bient\u00f4t lasse, ou la religion d&rsquo;elle. Et pour cette autre fille de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu, il vaut mieux s&rsquo;en d\u00e9faire plus t\u00f4t que plus tard ; ou plus vous attendrez, la sortie fera plus d&rsquo;\u00e9clat&#8230; \u00bb (113 : I, 399)<\/p>\n<p>Une Fille de la Charit\u00e9 a abandonn\u00e9 son poste pour se retirer dans une paroisse, dont le cur\u00e9 est un ancien pr\u00eatre de la Mission. Elle fait savoir qu&rsquo;elle serait pr\u00eate \u00e0 reprendre ses fonctions, sous condition, Vincent r\u00e9pond cat\u00e9goriquement : \u00ab La condition que cette fille propose porte son exclusion. C&rsquo;est un trait de l&rsquo;esprit de son directeur. \u00bb (114 : V, 36)<\/p>\n<p>Les sanctions prises n&rsquo;\u00e9taient pas toujours accept\u00e9es d&rsquo;un c\u0153ur soumis. Louise de Marillac pr\u00e9vient saint Vincent qu&rsquo;une jeune s\u0153ur, qu&rsquo;il voulait renvoyer, \u00ab est tr\u00e8s r\u00e9solue de ne s&rsquo;en point retourner&#8230; \u00bb Elle note tristement : \u00ab Ce sont des esprits hardis, capables de beaucoup de mal&#8230; \u00bb (115 : III, 476)<\/p>\n<p>Fort heureusement, les cas d&rsquo;indiscipline grave, qui exigeaient des sanctions s\u00e9v\u00e8res, \u00e9taient rares. D&rsquo;ordinaire, les manquements se laissaient corriger sans qu&rsquo;il f\u00fbt besoin de recourir \u00e0 la mani\u00e8re forte.<\/p>\n<p>Une s\u0153ur de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu aime trop \u00e0 \u00eatre bien mise. Vincent se contente d&rsquo;observer \u00ab &#8230; Il semble qu&rsquo;il serait \u00e0 propos de lui \u00f4ter l&rsquo;affection \u00e0 para\u00eetre bien v\u00eatue&#8230; Vous verrez. \u00bb (116 : I, 304)<\/p>\n<p>Nicole met peu d&#8217;empressement \u00e0 rejoindre le poste qui lui est assign\u00e9. Louise de Marillac est invit\u00e9e \u00e0 lui inculquer plus de docilit\u00e9. \u00ab Mais d&rsquo;y proc\u00e9der d&rsquo;autorit\u00e9, il n&rsquo;est pas exp\u00e9dient; &#8230; cela ferait de mauvais effets&#8230; \u00bb (117 : I, 366)<\/p>\n<p>\u00ab Quelque mauvais bruit \u00bb circule sur une \u00ab personne \u00bb. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne : \u00ab La Madeleine, d\u00e8s l&rsquo;instant de sa conversion, fut faite compagne de la Vierge et suivante de Notre-Seigneur. \u00bb Comme monsieur Vincent estime qu&rsquo;il est \u00ab grand p\u00e9cheur \u00bb, il n&rsquo;est pas d&rsquo;humeur \u00e0 rejeter ceux qui l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9, \u00ab pourvu qu&rsquo;ils aient bonne volont\u00e9. \u00bb (118 : I, 122)<\/p>\n<p>Les postulantes qui se pr\u00e9sentent b\u00e9n\u00e9ficient de ces dispositions conciliantes. Une \u00ab bonne fille \u00bb a des \u00ab passions&#8230; un peu fortes. \u00bb Mais celles qui ont ce temp\u00e9rament exub\u00e9rant, \u00ab quand elles ont la force de se surmonter,.., font, apr\u00e8s, des merveilles. \u00bb L&rsquo;ardente jeune fille sera donc admise parmi les s\u0153urs. (119 : I, 268)<\/p>\n<p>Une autre postulante sera \u00e9vinc\u00e9e parce qu&rsquo;elle est \u00ab rude, fort m\u00e9lancolique et grossi\u00e8re.\u00bbToutefois mademoiselle Le Gras est pri\u00e9e d&rsquo;agir \u00e0 son \u00e9gard avec la plus grande d\u00e9licatesse. \u00ab &#8230; Il la faut ren voyer tout doucement, et lui faut dire qu&rsquo;il y faut penser longtemps \u00bb (120 : I, 315)<\/p>\n<p>Vincent est tr\u00e8s paternel. Louise de Marillac n&rsquo;est pas moins pr\u00e9venante que lui pour ses fille. La compagnie est dirig\u00e9e selon le mode familial.<\/p>\n<p>Isabelle est souffrante. Aussit\u00f4t la Sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale est avis\u00e9e par son tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re qu&rsquo;il faut \u00ab faire manger des \u0153ufs \u00e0 la bonne fille. \u00bb Le billet ajoute : \u00ab Mon Dieu, que cette bonne fille m&rsquo;attendrit ! JE la salue de tout mon c\u0153ur et me propose de c\u00e9l\u00e9brer la sainte messe demain pour elle&#8230; \u00bb (121 : I, 365)<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, mademoiselle Le Gras s&rsquo;inqui\u00e8te parce qu&rsquo;une de ses filles est envoy\u00e9e au loin \u00ab toute seule \u00bb. Elle demande qu&rsquo;une compagne soit adjointe \u00e0 la voyageuse. En effet, \u00ab elle peut devenir malade sur les chemins, ou&#8230; il se peut rencontrer de mauvaises personnes qui&#8230; lui pourront faire d\u00e9plaisir. Et puis&#8230; elle peut avoir beaucoup de chagrin, et, ne se pouvant soulager l&rsquo;esprit, il y a \u00e0 craindre du d\u00e9couragement&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Monsieur Vincent s&#8217;empresse de r\u00e9pondre favorablement \u00ab J&rsquo;approuve votre pens\u00e9e, \u00e9crit- il, touchant l&rsquo;envoi des deux filles, pourvu que la seconde sache faire les \u00e9coles &#8230; \u00bb (122 : II, 159-160)<\/p>\n<p>Ce m\u00e9lange de fermet\u00e9 et de bienveillance, qui caract\u00e9rise le gouvernement des Filles de la Charit\u00e9, se retrouve \u00e9galement dans l&rsquo;\u0153uvre de leur formation.<\/p>\n<p>Comme la pr\u00e9c\u00e9dente, cette t\u00e2che, jamais interrompue, est men\u00e9e conjointement par Vincent de Paul et Louise de Marillac.<\/p>\n<p>Ils mettent en commun leurs observations personnelles et leurs renseignements. \u00ab &#8230; J&rsquo;ai grand besoin de vous parler, \u00e9crit la Sup\u00e9rieure, au sujet des n\u00e9cessit\u00e9s de plusieurs filles&#8230; \u00bb (123 : III, 147)<\/p>\n<p>Elle sugg\u00e8re \u00e0 Vincent les pens\u00e9es qu&rsquo;elle croit utile de proposer \u00e0 une s\u0153ur d\u00e9sign\u00e9e comme Sup\u00e9rieure d&rsquo;une communaut\u00e9 \u00ab Je crois, dit-elle, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, qu&rsquo;il est bien n\u00e9cessaire que votre charit\u00e9 parle \u00e0 notre s\u0153ur \u00c9tiennette qui doit aller \u00e0 Angers, pour lui faire conna\u00eetre les dispositions qu&rsquo;elle doit avoir pour l&#8217;emploi qu&rsquo;elle y aura, \u00e0 ce qu&rsquo;elle donne acc\u00e8s facile aux s\u0153urs qui d\u00e9sireront lui parler, qu&rsquo;elle soit secr\u00e8te pour tout ce qui lui sera communiqu\u00e9, qu&rsquo;elle d\u00e9tourne tant qu&rsquo;elle pourra les tendresses d&rsquo;esprit et de corps qui ne vont qu&rsquo;\u00e0 la recherche des satisfactions, qu&rsquo;elle tienne la main \u00e0 l&rsquo;exactitude des r\u00e8gles, sans faire tort au service des pauvres, et qu&rsquo;elle soit gaie \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur,&#8230; et tout le reste, que vous savez tout autrement que moi, qui ne fais rien qui vaille\u2026 \u00bb (124 : VII, 367)<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement les sup\u00e9rieures que saint Vincent recevait en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, pour les former. Les plus humbles s\u0153urs b\u00e9n\u00e9ficiaient, de sa part, d&rsquo;entretiens particuliers qui avaient en vue leur avancement dans la vertu. (125 : I, 305)<\/p>\n<p>L&rsquo;influence de Louise de Marillac s&rsquo;exer\u00e7ait sur les conf\u00e9rences faites aux s\u0153urs, comme sur les entretiens particuliers qui leur \u00e9tait accord\u00e9s. \u00ab Bon soir, mademoiselle, \u00e9crivait Vincent de Paul la veille d&rsquo;une conf\u00e9rence. Je vous prie de penser aux points que je dois traiter demain, et de me le mander entre ci et huit heures et demie du soir. \u00bb (126 : I, 583)<\/p>\n<p>La Sup\u00e9rieure tenait beaucoup aux causeries que monsieur Vincent adressait aux Filles de la Charit\u00e9. Elle en rappelait l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance. Elle aurait voulu en obtenir une chaque semaine, bien r\u00e9guli\u00e8rement. (127 : II, 586-III, 171-II, 543)<\/p>\n<p>A son tour, elle se voyait inviter \u00e0 collaborer tr\u00e8s activement \u00e0 la formation spirituelle de ses filles. En 1647, la compagnie est dot\u00e9e d&rsquo;une ma\u00eetresse des novices, dont mademoiselle Le Gras devra \u00eatre l&rsquo;inspiratrice, selon le mot d&rsquo;ordre que saint Vincent lui adresse \u00e0 cette date \u00ab&#8230; Il est \u00e0 souhaiter, \u00e9crit-il, que vous formiez bien \u00e0 l&rsquo;oraison mentale celle qui a soin des nouvelles venues, afin qu&rsquo;elle les dresse bien \u00e0 ce saint exercice&#8230; \u00bb (128 : IV, 47)<\/p>\n<p>Vincent de Paul d\u00e9finit \u00e0 sa collaboratrice les vertus qu&rsquo;elle doit \u00e9veiller autour d&rsquo;elle. \u00ab Il sera bon, pr\u00e9cise-t-il, que vous leur disiez en quoi consistent les solides vertus, notamment celle de la mortification int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure de notre jugement, de notre volont\u00e9, des ressouvenirs, du voir, de l&rsquo;\u00e9couter, du parler ; &#8230; des affections que nous avons aux choses mauvaises, inutiles, et m\u00eame des bonnes&#8230; \u00bb (129 : I, 278)<\/p>\n<p>Louise de Marillac mettra les s\u0153urs en garde contre des p\u00e9rils, qu&rsquo;elle peut seule \u00e9voquer devant elles. Il est en effet \u00ab certains p\u00e9ch\u00e9s \u00bb que Vincent ne veut pas leur \u00ab nommer \u00bb ; mais, ajoute-t-il, mademoiselle Le Gras vous les dira&#8230; \u00bb (130 : X, 599)<\/p>\n<p>La Sup\u00e9rieure ne se faisait pas seulement entendre isol\u00e9ment, dans le secret d&rsquo;une conversation priv\u00e9e. La communaut\u00e9 r\u00e9unie profitait de ses exhortations. Des lettres \u00e9difiantes, \u00e9crites par des s\u0153urs qui travaillaient en province, \u00e9taient lues publiquement.<\/p>\n<p>Parfois les auditrices levaient la t\u00eate comme \u00ab les soldats, quand ils entende l&rsquo;alarme&#8230; \u00bb (131 : II, 178)<\/p>\n<p>Un an avant sa mort, Louise de Marillac offrait encore spontan\u00e9ment de mettre sous les yeux de saint Vincent \u00ab un m\u00e9moire \u00bb, qu&rsquo;elle songeait \u00e0 r\u00e9diger pour \u00ab l&rsquo;affermissement spirituel de la compagnie \u00bb (132 : VII, 428)<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, elle seconda tr\u00e8s activement le fondateur des Filles de la Charit\u00e9 dans l&rsquo;\u0153uvre de leur formation. De son c\u00f4t\u00e9, il la soutenait \u00e0 tout moment de ses conseils et de ses indications pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>En 1636, madame de Turgis entre \u00e0 la Compagnie. Fallait-il avoir pour elle des \u00e9gards particuliers ? Le cas \u00e9tait embarrassant, car la plupart des s\u0153urs \u00e9taient des villageoises. D&rsquo;autre part, il fallait bien que la nouvelle venue s&rsquo;accommod\u00e2t \u00e0 l&rsquo;esprit de ses compagne. Vincent donne la solution : \u00ab Qu&rsquo;elle se mette, prescrit-il, indiff\u00e9remment parmi les filles \u00e0 table. \u00bb (133 : I, 336)<\/p>\n<p>Il r\u00e9confortait sa collaboratrice, lorsque la conduite f\u00e2cheuse d&rsquo;une indisciplin\u00e9e l&rsquo;amenait \u00e0 douter de la valeur de ses filles. Il prenait plaisir \u00e0 lui citer, \u00e0 leur actif, des traits de courageux renoncement.<\/p>\n<p>En 1638, la duchesse d&rsquo;Aiguillon, grande bienfaitrice de la compagnie, avait voulu attacher \u00e0 sa personne une Fille de la Charit\u00e9. Deux s\u0153urs furent successivement d\u00e9sign\u00e9es pour tenir cette place. La premi\u00e8re r\u00e9pondit \u00e0 monsieur Vincent \u00ab qu&rsquo;elle avait quitt\u00e9 p\u00e8re et m\u00e8re pour se donner au service des pauvres, pour l&rsquo;amour de Dieu&#8230; Elle\u2026 priait de l&rsquo;excuser si elle ne pouvait changer de dessein pour aller servir cette grande dame. \u00bb<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me \u00ab se mit \u00e0 pleurer, et ayant acquiesc\u00e9 \u00bb, elle fut remise \u00ab entre les mains d&rsquo;une demoiselle de ladite dame. Mais&#8230; incontinent apr\u00e8s elle revint.., et&#8230; dit qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e9tonn\u00e9e de voir une si grande cour, qu&rsquo;elle ne saurait y vivre, &#8230; que Notre-Seigneur l&rsquo;avait donn\u00e9e aux pauvres&#8230; \u00bb Elle demandait donc \u00e0 reprendre leur service.<\/p>\n<p>Vincent concluait ainsi cette double exp\u00e9rience : \u00ab &#8230; Que vous en semble, mademoiselle ? Etes-vous point ravie de voir la force de l&rsquo;esprit de Dieu dans ces deux pauvres filles, et le m\u00e9pris qu&rsquo;il leur fait faire du monde et de ses grandeurs ? Vous ne sauriez croire le courage que cela m&rsquo;a donn\u00e9 pour la Charit\u00e9. \u00bb (134 : I, 330-31)<\/p>\n<p>Son \u00ab courage passait de lui \u00e0 sa correspondante qui s&#8217;empressait de le communiquer, de proche en proche, \u00e0 toutes les s\u0153urs. L&rsquo;organisation et le gouvernement des Filles de la Charit\u00e9, leur formation individuelle et leur formation collective ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 sans arr\u00eat de l&rsquo;\u00e9troite et f\u00e9conde collaboration de Vincent de Paul et de Louise de Marillac.<\/p>\n<p>Cette collaboration s&rsquo;\u00e9tendait volontiers au del\u00e0 des fronti\u00e8res de la puissante compagnie qui lui dut son succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 saint Vincent commence \u00e0 venir en aide aux provinces d\u00e9vast\u00e9es par la guerre, il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 recourir au d\u00e9vouement de mademoiselle Le Gras. Il lui \u00e9crit en 1639 :<\/p>\n<p>\u00ab Voici trois pauvres Lorraines qui arriv\u00e8rent hier soir. L&rsquo;une a un enfant. Il faudra t\u00e2cher de la faire mettre au refuge. \u00bb (135 : I, 542)<\/p>\n<p>L&rsquo;argent d\u00e9pens\u00e9 parmi les ruines des fronti\u00e8res, d\u00e9veloppa sensiblement l&rsquo;exp\u00e9rience pratique de Vincent de Paul. Il en faisait b\u00e9n\u00e9ficier sa collaboratrice.<\/p>\n<p>En 1653, il la charge d&rsquo;un achat important de couvertures. En parfait connaisseur, il fixe le prix qu&rsquo;il convient de mettre. Le b\u00e9n\u00e9fice du tapissier est appr\u00e9ci\u00e9 avec exactitude. Vincent ne veut pas avoir les illusions du \u00ab bon fr\u00e8re \u00bb qui conduit ordinairement ces tractations. Ce fr\u00e8re \u00ab ne sait que c&rsquo;est de marchander. \u00bb (136 : VI, 436)<\/p>\n<p>Des d\u00e9tresses que monsieur Vincent d\u00e9couvrait, en marge des confr\u00e9ries et de l&rsquo;activit\u00e9 des s\u0153urs, \u00e9taient signal\u00e9es \u00e0 Louise de Marillac. Il lui recommande une jeune femme qui est \u00e0 la veille de faire march\u00e9 de son corps, parce qu&rsquo;elle est sans ressources et qu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 rest\u00e9e \u00ab trois ou quatre jours, sans avoir du pain. \u00bb (137 : VI, 179-180)<\/p>\n<p>Il suffit d&rsquo;une moindre mis\u00e8re, pour que Vincent mette en campagne mademoiselle Le Gras. \u00ab Disposez-vous, \u00e9crit-il &#8230;, \u00e0 faire une charit\u00e9 \u00e0 deux pauvres filles &#8230;., lesquelles nous vous adresserons d&rsquo;ici \u00e0 huit jours, et vous prierons de les adresser \u00e0 quelque honn\u00eate recommanderesse qui leur trouve condition&#8230; \u00bb (138 : I, 38)<\/p>\n<p>Louise de Marillac est pri\u00e9e de pr\u00e9parer \u00ab une bonne fille \u00bb son \u00e0 \u00ab son entr\u00e9e en mariage \u00bb. Le programme des avis \u00e0 donner en l&rsquo;occurrence est clairement trac\u00e9 &#8230; La bonne vie d&rsquo;une femme avec son mari&#8230; consiste \u00e0 aimer son mari plus que toutes choses apr\u00e8s Dieu; en second lieu, \u00e0 lui complaire et ob\u00e9ir en toutes choses qui ne sont pas p\u00e9ch\u00e9. \u00bb (139 : II, 162-63)<\/p>\n<p>Des dames vont passer quelques jours chez les Filles de la Charit\u00e9. Elles veulent faire une retraite. La Sup\u00e9rieure est pri\u00e9e de guider leurs m\u00e9ditations. Qu&rsquo;elles lisent \u00ab l&rsquo;Imitation de J\u00e9sus-Christ, de Thomas a Kempis, quelques chapitres d&rsquo;Evangile&#8230; quelque chose de Grenade. \u00bb (140 : I, 382)<\/p>\n<p>Des personnes de conditions diverses, qui connaissaient le cr\u00e9dit de mademoiselle Le Gras, avaient recours \u00e0 elle pour parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 Vincent de Paul. \u00ab Nous avons c\u00e9ans, disait-elle, mademoiselle Gu\u00e9rin, &#8230; laquelle en un mois de temps a perdu deux enfants de grande vertu et esp\u00e9rance&#8230; Elle d\u00e9sire fort avoir l&rsquo;honneur de vous voir. Vous savez que c&rsquo;est une personne qui ne vous arr\u00eatera que le temps que votre charit\u00e9 lui pourra donner&#8230; \u00bb (141 : IV, 299)<\/p>\n<p>Un pr\u00eatre, qui veut faire partie des conf\u00e9rences des mardis, cr\u00e9\u00e9es par Vincent de Paul, use de la m\u00eame intervention pour \u00eatre admis. \u00ab Il m&rsquo;est venu prier, explique Louise de Marillac, de vous faire savoir que je le connais y a longtemps, pour l&rsquo;avoir vu pr\u00e8s monsieur de Villenant, dont madame sa m\u00e8re avait estime. \u00bb (142 : VIII, 179)<\/p>\n<p>Parfois, les d\u00e9marches tent\u00e9es par la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9, aupr\u00e8s de monsieur Vincent, int\u00e9ressent la nation elle-m\u00eame. En 1643, elle le prie de \u00ab repr\u00e9senter \u00bb la reine \u00ab que le peuple tiendra \u00e0 grande gratification la diminution que le roi fera sur le port de grains&#8230; \u00bb (143 : II, 402)<\/p>\n<p>En 1648, lorsque \u00e9clatent les premiers troubles de la Fronde, Vincent est encore suppli\u00e9 de se servir de son influence aupr\u00e8s de la reine, pour ramener la paix. Il s&#8217;empresse d&rsquo;ailleurs de r\u00e9pondre qu&rsquo;il a fait spontan\u00e9ment la tentative qui lui est sugg\u00e9r\u00e9e. (144 : III, 360-61)<\/p>\n<p>Saint Vincent ne se contentait pas d&rsquo;agir en constante collaboration avec Louise de Marillac. Chemin faisant, il lui rappelait volontiers l&rsquo;esprit dans lequel devait s&rsquo;exercer leur commun d\u00e9vouement. Ainsi les p\u00e9rip\u00e9ties diverses de l&rsquo;action qu&rsquo;ils menaient ensemble, lui fournissaient l&rsquo;occasion fr\u00e9quente d&rsquo;exercer sa direction spirituelle. En fait, il n&rsquo;y avait pas de barri\u00e8re entre le confesseur et le collaborateur.<\/p>\n<p>Dans la direction des s\u0153urs, comme dans la direction de sa propre conscience, il advenait que mademoiselle Le Gras f\u00fbt \u00e9prouv\u00e9e par de p\u00e9nibles inqui\u00e9tudes. \u00ab Je me sens, confessait- elle, un peu surcharg\u00e9e de quantit\u00e9 de difficult\u00e9s pour les dispositions des esprits de la plupart de toutes nos s\u0153urs. Je vous assure, monsieur, que ce m&rsquo;est un grand sujet de confusion devant Dieu et devant le monde, pour mon insuffisance \u00e0 aider \u00e0 bien faire \u00e0 ces bonnes filles&#8230; \u00bb (145 : VIII, 524)<\/p>\n<p>La Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 se demandait si elle \u00e9tait bien qualifi\u00e9e pour gouverner la compagnie. En 1651, la vue de quelques d\u00e9fections qui venaient de se produire, elle se persuadait que sa pr\u00e9sence \u00e0 la t\u00eate des s\u0153urs leur portait pr\u00e9judice. Il fallait donc qu&rsquo;une autre pr\u00eet sa place sans retard. (146 : IV, 274)<\/p>\n<p>Vincent rassurait sa collaboratrice, en l&rsquo;invitant \u00e0 se confier \u00e0 J\u00e9sus-Christ, qui lui communiquerait ses lumi\u00e8res et ses forces. Il lui \u00e9crivait d\u00e8s le d\u00e9but de leur collaboration : &#8230; L&rsquo;esprit de Notre-Seigneur sera votre r\u00e8gle et votre adresse. (147 : I, 120)<\/p>\n<p>S&rsquo;il discernait en elle une h\u00e2te trop grande pour obtenir un r\u00e9sultat souhait\u00e9, il lui rappelait paisiblement l&rsquo;excellence de l&rsquo;abandon \u00e0 la Providence, dans le domaine de l&rsquo;action comme dans la vie int\u00e9rieure. \u00ab &#8230; Les \u0153uvres que Dieu fait lui-m\u00eame, expliquait-il, ne se g\u00e2tent jamais par le non-faire des hommes&#8230; \u00bb (148 : I, 598)<\/p>\n<p>La temporisation, command\u00e9e par la confiance en Dieu, n&rsquo;est pas une cause d&rsquo;insucc\u00e8s. Au contraire, l&#8217;empressement, qui para\u00eet douter du concours divin, conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec l&rsquo;effort pr\u00e9somptueux de l&rsquo;homme. \u00ab &#8230; Je ne vois rien, assurait monsieur Vincent, de plus commun que les mauvais succ\u00e8s des choses pr\u00e9cipit\u00e9es&#8230; \u00bb (149 : I, 434)<\/p>\n<p>Il avouait que les patientes attentes r\u00e9pugnaient \u00e0 sa nature. Mais il se contraignait \u00e0 attendre sans fi\u00e8vre les indications de la Providence, avant de prendre ses d\u00e9cisions. \u00ab Je suis comme vous, mademoiselle, d\u00e9clarait-il ; il n&rsquo;y a rien qui me peine plus que l&rsquo;incertitude mais certes je d\u00e9sire bien qu&rsquo;il plaise \u00e0 Dieu de me faire la gr\u00e2ce de me rendre tout indiff\u00e9rent, et \u00e0 vous aussi&#8230; \u00bb (150 : I, 247)<\/p>\n<p>Effectivement, il entra\u00eenait Louise de Marillac vers un \u00e9tat de d\u00e9tachement qui lui perm\u00eet d&rsquo;accueillir, d&rsquo;un c\u0153ur \u00e9gal, les succ\u00e8s et les revers. Il lui enseignait \u00e0 faire bon march\u00e9 de ses vues personnelles, \u00e0 n&rsquo;accorder de prix qu&rsquo;au service de Dieu et du prochain.<\/p>\n<p>De Nantes, Vincent est avis\u00e9, en 1650, qu&rsquo;il est question de remplacer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital les Filles de la Charit\u00e9 par des Religieuses. Il prie mademoiselle Le Gras d&rsquo;accueillir cette nouvelle avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. \u00ab &#8230; Je m&rsquo;en vas\u2026 \u00e9crire, lui dit-il, que je souhaite et prie Dieu que l&rsquo;affaire r\u00e9ussisse en faveur de ces bonnes religieuses, si c&rsquo;est le bien des pauvres, et que tr\u00e8s volontiers nous agr\u00e9ons que l&rsquo;on renvoie les Filles de la Charit\u00e9 ; et je pense, mademoiselle, que vous ferez bien d&rsquo;\u00e9crire conform\u00e9ment \u00e0 cela pour&#8230; honorer et pratiquer le conseil de Notre Seigneur qui est que, si l&rsquo;on nous veut \u00f4ter la robe, il faut donne notre manteau. Je crois que Dieu sera plus honor\u00e9 de cela que du service que nos filles pourraient rendre \u00e0 Dieu en cet h\u00f4pital. Au nom de Dieu, mademoiselle, soyons bons en face de J\u00e9sus-Christ ; il en userait de la sorte assur\u00e9ment. \u00bb (151 : IV, 17)<\/p>\n<p>Une s\u0153ur quitte la compagnie. Elle se propose n\u00e9anmoins de soigner les malades d&rsquo;Issy. Pour le faire avec plus de succ\u00e8s, elle est r\u00e9solue \u00e0 garder son costume. Mademoiselle Le Gras voudrait l&rsquo;en emp\u00eacher mais Vincent la dissuade de poursuivre ce dessein. Il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 dire que \u00ab ces sentiments proc\u00e8dent de l&rsquo;esprit d&rsquo;envie et de faiblesse. \u00bb Il est d&rsquo;ailleurs convaincu que la dissidente \u00e9chouera, sans qu&rsquo;il soit besoin de la pourchasser : \u00ab le cep de la vigne porte du fruit tandis qu&rsquo;il est attach\u00e9 \u00e0 son tronc : hors cela, non. \u00bb (152 : V, 39)<\/p>\n<p>Les avis pratiques de monsieur Vincent \u00e9taient suivis, avec la m\u00eame soumission que sa direction spirituelle, par Louise de Marillac. Ainsi se comporta toujours leur collaboration. La Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 offrait sa docilit\u00e9 et son d\u00e9vouement. Vincent de Paul dirigeait son z\u00e8le. Il la soutenait patiemment et fermement quand des inqui\u00e9tudes la tracassaient. Il savait exactement ce qu&rsquo;il pouvait attendre de son concours, en l&rsquo;\u00e9tayant, puisque sa conscience n&rsquo;avait pour lui aucun secret. Leur collaboration, qui fut d&rsquo;une exceptionnelle f\u00e9condit\u00e9, aurait \u00e9t\u00e9 moins fructueuse, si elle avait \u00e9t\u00e9 moins confiante<\/p>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 qu&rsquo;ils ont mise en commun a largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la confiance accord\u00e9e par la p\u00e9nitente \u00e0 son confesseur. C&rsquo;est de cette confiance aussi, affermie encore par un labeur partag\u00e9, qu&rsquo;est n\u00e9e leur chr\u00e9tienne amiti\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes De Charit\u00e9 Demand\u00e9s A La P\u00e9nitente. &#8211; Louise De Marillac Et Les Confr\u00e9ries De La Charit\u00e9. &#8211; Naissance Et Orga- Nisation De La Compagnie Des Filles De La Charit\u00e9. &#8211; Rapports Avec Le Clerg\u00e9. &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-chapitre-ii\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":105011,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[128,18,5],"tags":[],"class_list":["post-105016","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-au-temps-de-vincent-de-paul","category-louise-de-marillac","category-vincent-de-paul"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, leurs relations d&#039;apr\u00e8s leur correspondance. 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