{"id":105013,"date":"2015-05-16T12:20:03","date_gmt":"2015-05-16T10:20:03","guid":{"rendered":"http:\/\/vincentiens.org\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-avant-propos-2\/"},"modified":"2015-05-16T12:20:03","modified_gmt":"2015-05-16T10:20:03","slug":"saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-avant-propos-2-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-avant-propos-2-2\/","title":{"rendered":"Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, leurs relations d&rsquo;apr\u00e8s leur correspondance. Chapitre premier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><em>Le<\/em><em>s Dispositions De Louise De Marillac. \u2014 Ses Inqui\u00e9tudes. \u2014 Les Conseils De Vincent De Paul. \u2014Paix Et Joie. \u2014 Le Bon Plaisir De Dieu. \u2014 Confiance En Dieu. \u2014 Abandon A La Providence. \u2014 Les Mortifications. \u2014 Les Pratiques De Pi\u00e9t\u00e9. \u2014 A L&rsquo;\u00e9cole De L<\/em><em>&lsquo;evangile. La Direction De Saint Vincent. \u2014 Louise De Marillac Sous Cette Direction.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise.jpg\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-105011\" title=\"vincent_louise\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/vincentiens.org\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/vincent_louise-300x231.jpg?resize=300%2C231\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"231\" \/><\/a>C&rsquo;est \u00e0 la fin de 1624, ou au d\u00e9but de 1625, que Louise de Marillac se pla\u00e7a sous la direction spirituelle de Vincent de Paul. Elle lui \u00e9crivait en effet, en juillet 1651, que la \u00abmis\u00e9ricorde\u00bb divine l&rsquo;avait mise sous sa \u00absainte conduite\u00bb vingt-six ans auparavant. (1 : IV, 222 et note)<\/p>\n<p>La p\u00e9nitente voulait s&rsquo;ouvrir \u00e0 son directeur avec une enti\u00e8re franchise, afin qu&rsquo;il f\u00fbt en mesure de la guider en pleine connaissance de cause. \u00ab J&rsquo;aimerais mieux mourir, lui disait- elle, que de vous feindre quelque chose. \u00bb (2 : I, 346) Aux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, elle pouvait t\u00e9moigner qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait toujours tenue dans cette disposition. Elle avait toujours d\u00e9sir\u00e9 que saint Vincent v\u00eet \u00ab aussi intelligiblement \u00bb que Dieu lui-m\u00eame toutes ses \u00ab pens\u00e9es, actions et intentions \u00bb. (3 : V, 176)<\/p>\n<p>En possession de cette connaissance, il \u00e9tait \u00e0 m\u00eame de donner ses indications : Louise de Marillac \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 les suivre. A aucun pris, elle n&rsquo;aurait voulu d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 son confesseur. (4 : V, 554) Elle \u00e9tait heureuse lorsqu&rsquo;il entreprenait de contrarier ses inclinations. Elle estimait davantage les volont\u00e9s qu&rsquo;il lui marquait que les siennes propres. (5 : III, 311) Volontiers elle d\u00e9clarait qu&rsquo;elle avait \u00ab besoin d&rsquo;\u00eatre men\u00e9e un peu rudement&#8230; \u00bb (6 : II, 595-96)<\/p>\n<p>Dans ce besoin qu&rsquo;elle \u00e9prouvait d\u2019une constante et ferme direction, elle appr\u00e9hendait les absences de monsieur Vincent. Elle en souffrait d&rsquo;une mani\u00e8re \u00ab sensible. \u00bb (7 : I, 36) (C\u2019est aux premiers temps qu&rsquo;elle avoue cette souffrance. Mais elle \u00e9crivait encore vingt ans plus tard : \u00ab &#8230; Si vous partez demain je n&rsquo;aurai point l&rsquo;honneur de vous voir avant. Que deviendra ma pauvre conscience en attendant, et l\u2019\u00e9tat auquel mes rel\u00e2chements, paresse et infid\u00e9lit\u00e9s ont r\u00e9duit mon \u00e2me ?&#8230; (8 : III, 378) Quelques ann\u00e9es seulement avant sa mort, elle appelait encore avec la m\u00eame instance les interventions de son confesseur : \u00ab Permettez-moi, disait-elle, de tenir la place d&rsquo;une pauvre honteuse, qui vous prie, pour l&rsquo;amour de Dieu, lui faire&#8230; l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;une petite visite, dont j&rsquo;ai grand besoin&#8230; \u00bb (9 : VI, 455)<\/p>\n<p>Elle ne voyait pas comment il lui serait possible de \u00abne pas errer\u00bb, sans recevoir ni \u00ab avis ni communication \u00bb du directeur de sa conscience. (10 : VII, 428)<\/p>\n<p>S&rsquo;il arrivait que sa confession f\u00fbt retard\u00e9e d&rsquo;un jour, elle ne pouvait se d\u00e9fendre d&rsquo;en \u00e9prouver de l&rsquo;\u00e9moi. \u00ab S&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 votre charit\u00e9, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, \u00e9crivait-elle, se souvenir de sa pauvre fille, qui s&rsquo;attendait que ce serait pour ce matin sa confession, n&rsquo;ayant rien eu qui la p\u00fbt emp\u00eacher de s&rsquo;y disposer, par la gr\u00e2ce de Dieu&#8230; \u00bb (11 : IV, 182)<\/p>\n<p>Qu&rsquo;une raison de diff\u00e9rer une confession se pr\u00e9sente, Louise de Marillac ne veut pas l&rsquo;appr\u00e9cier seule. Il faut que Vincent de Paul se prononce. \u00ab C&rsquo;est pour savoir, demande sa P\u00e9nitente, &#8230; si je puis diff\u00e9rer ma confession \u00e0 demain au soir, ou s&rsquo;il serait plus \u00e0 propos que ce ne f\u00fbt que jeudi, \u00e0 votre plus grande commodit\u00e9&#8230; \u00bb (12 : IV, 201)<\/p>\n<p>Le confesseur r\u00e8gle la fr\u00e9quence des communions de sa dirig\u00e9e. Dans l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de communions suppl\u00e9mentaires, elle le consulte et elle se conforme \u00e0 la d\u00e9cision qu&rsquo;il prend. Elle s&rsquo;aper\u00e7oit, au temps de la Pentec\u00f4te, qu&rsquo;elle a oubli\u00e9 de \u00abdemander permission de communier toute la neuvaine que l&rsquo;on dit la sainte messe au Saint Esprit.\u00bb Cependant elle a communi\u00e9 les premiers jours de la neuvaine, en usant de l&rsquo;autorisation g\u00e9n\u00e9rale que saint Vincent lui a donn\u00e9e de le faire, quand sa sant\u00e9 le lui permet. Mais elle avoue son trouble :<\/p>\n<p>\u00abJe ne l&rsquo;ose continuer, dit-elle, sans votre permission plus particuli\u00e8re&#8230; \u00bb (13 : III, 198)<\/p>\n<p>Une autre ann\u00e9e, au contraire, elle demande \u00e0 se priver de la communion entre l&rsquo;Ascension et la Pentec\u00f4te, pour imiter les ap\u00f4tres qui \u00e9taient alors s\u00e9par\u00e9s de J\u00e9sus. De plus, elle compte ainsi profiter de ce laps de temps pour r\u00e9fl\u00e9chir au mauvais usage qu&rsquo;elle a fait de la communion, en cours d&rsquo;ann\u00e9e, et pour s&rsquo;exciter davantage au d\u00e9sir de l\u2019Eucharistie. (14 : III, 310)<\/p>\n<p>Parfois c&rsquo;est une difficult\u00e9 de conscience qui l&#8217;emp\u00eache de communier. En pareil cas, il faut que monsieur Vincent la rassure sans perdre de temps, car elle s&rsquo;interdit la communion tant qu&rsquo;elle ne l&rsquo;a pas vu. Une telle situation, il est vrai, se pr\u00e9sente rarement. (15 : II, 465)<\/p>\n<p>Ce ne sont pas seulement ses pratiques religieuses que Louise de Marillac demande \u00e0 Vincent de Paul de r\u00e9gler. Elle lui confie ses aspirations les plus profondes. Elle compte sur lui pour faire aboutir l\u2019\u00e9lan de vie chr\u00e9tienne qui la soul\u00e8ve.<\/p>\n<p>En 1645, elle fait allusion au v\u0153u de viduit\u00e9 perp\u00e9tuelle qu&rsquo;elle a fait vingt-deux ans auparavant, du vivant de son mari, pour le cas o\u00f9 il viendrait \u00e0 d\u00e9c\u00e9der. Elle ajoute : \u00ab &#8230; Je sens en mon int\u00e9rieur je ne sais quelle disposition qui, ce me semble, me veut attacher \u00e0 Dieu plus fortement ; mais je ne sais comment. Dites, s&rsquo;il vous pla\u00eet, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, \u00e0 votre pauvre fille et servante ce que vous en pensez&#8230;\u00bb (16 : II, 525)<\/p>\n<p>Pour aider son directeur \u00e0 d\u00e9gager en elle l&rsquo;\u00e9lan chr\u00e9tien dont elle souhaite le succ\u00e8s, elle lui signale d&rsquo;elle-m\u00eame ses propres \u00e9cueils. Sous ce regard personnel, quelques traits de Louise de Marillac s&rsquo;\u00e9bauchent dans ses lettres \u00e0 saint Vincent.<\/p>\n<p>Elle se compare \u00e0 son fils Michel. \u00ab Il a comme moi, observe-t-elle, l&rsquo;esprit paresseux ; et pour agir, il faut que nous soyons press\u00e9s, soit par les affaires n\u00e9cessaires, soit par nos inclinations qui, par saillies, nous font entreprendre de faire m\u00eame des choses assez difficiles. \u00bb (17 : III, 517)<\/p>\n<p>Elle parle aussi de \u00abl&rsquo;inconstance\u00bb de ses \u00abpassions\u00bb. Elle se trouve incapable de les discipliner. \u00ab Quelque r\u00e9solution que je fasse \u00bb, dit-elle, elles \u00ab ne me donnent point libert\u00e9 de les assujettir \u00e0 la raison, \u00e9tant quelques jours un peu remise, et aussit\u00f4t je m&rsquo;\u00e9chappe. \u00bb (18 : III, 254)<\/p>\n<p>Il lui arrive de se trouver \u00ab m\u00e9chante \u00bb, parce qu&rsquo;elle souhaite que se prolonge l&rsquo;absence d&rsquo;une personne, dont les intrigues g\u00eanent le d\u00e9veloppement d&rsquo;une de ses \u0153uvres essentielles. (19 : I, 498)<\/p>\n<p>Elle a tendance \u00e0 grossir ses d\u00e9fauts. Elle s&rsquo;en d\u00e9couvre m\u00eame sans raison apparente. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle se demande si le chagrin qu&rsquo;elle \u00e9prouve \u00e0 faire de la peine \u00e0 autrui ne vient pas de son orgueil. (20 : II, 162)<\/p>\n<p>Louise de Marillac s&rsquo;inqui\u00e8te de sa faiblesse, voire m\u00eame de ses infid\u00e9lit\u00e9s. A son sens, elle a un si grand besoin \u00ab d&rsquo;\u00eatre aid\u00e9e \u00bb par Vincent de Paul, \u00ab pour faire la tr\u00e8s sainte volont\u00e9 de Dieu \u00bb, qu&rsquo;il ne faut \u00ab rien \u00bb attendre d&rsquo;elle, hormis l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 ce qu&rsquo;il lui \u00ab commande \u00bb.<\/p>\n<p>Encore trouve-t-elle qu&rsquo;elle suit bien mal ses directions. Elle lui confie en effet son regret d&rsquo;\u00eatre \u00ab telle \u00bb qu&rsquo;elle est, apr\u00e8s \u00ab tant d&rsquo;ann\u00e9es \u00bb que Dieu lui parle par son interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>\u00abDemandez-lui mis\u00e9ricorde, supplie-t-elle&#8230;, pour ma pauvre \u00e2me qu&rsquo;elle a mise en vos mains. \u00bb (21 : II, 172-73)<\/p>\n<p>Elle redoute le jugement divin auquel elle sera soumise sur le seuil de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, au terme de sa vie mortelle. \u00ab Je ne sais, g\u00e9mit-elle, ce que notre bon Dieu fera de moi, qui lui suis si infid\u00e8le et pleine de p\u00e9ch\u00e9s. \u00bb (22 : II, 197)<\/p>\n<p>Parmi ces appr\u00e9hensions, elle appelle son directeur \u00e0 la rescousse : \u00ab Ne serai-je point avant mourir en l&rsquo;\u00e9tat que Dieu me demande pour son amour ? Faites-moi la charit\u00e9 d\u2019y penser un peu, et vouloir avoir connaissance de mes d\u00e9sordres, et que je n\u2019aie pas \u00e0 ma mort toute la confusion que je m\u00e9rite pour mes infid\u00e9lit\u00e9 au dessin de Dieu, et particuli\u00e8rement lorsque Dieu me demandera compte depuis que sa bont\u00e9 m&rsquo;a fait la gr\u00e2ce, mon tr\u00e8s honor\u00e9 P\u00e8re, d&rsquo;\u00eatre votre plus petite fille et tr\u00e8s oblig\u00e9e servante&#8230; \u00bb (23 : II, 358)<\/p>\n<p>Un peu plus tard, une autre lettre apporte \u00e0 monsieur Vincent le m\u00eame \u00e9cho d&rsquo;une douloureuse inqui\u00e9tude : \u00ab &#8230; J&rsquo;appr\u00e9hende l\u2019\u00e9ternit\u00e9&#8230; (24 : II, 372)<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, en 1644, Louise de Marillac continue de chercher aupr\u00e8s de son confesseur un recours contre ses craintes. \u00ab &#8230;Oh ! si je vous pouvais faire conna\u00eetre mes craintes, \u00e9crit-elle, que je serais soulag\u00e9e ! Elles se terminent toutes en celle de l&rsquo;abandon de Dieu, comme je crois beaucoup de fois l&rsquo;avoir m\u00e9rit\u00e9. \u00bb (25 : II, 478)<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses appr\u00e9hensions et les reproches qu&rsquo;elle s&rsquo;adresse, la p\u00e9nitente de saint Vincent conserve son \u00e9quilibre. Elle professe qu&rsquo;elle e fait \u00ab rien qui vaille \u00bb. Cependant son \u00ab c\u0153ur ne s&rsquo;en aigrit pas&#8230;, quoiqu&rsquo;il ait sujet de craindre que la mis\u00e9ricorde de Dieu se lasse de s&rsquo;exercer en un sujet qui lui d\u00e9sagr\u00e9e toujours. \u00bb<\/p>\n<p>A travers les craintes qui la font souffrir, elle reste attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;amour de Dieu. Elle voudrait que ce \u00ab saint amour se donn\u00e2t \u00e0 \u00bb son \u00ab c\u0153ur pour loi perp\u00e9tuelle. \u00bb (26 : II, 528-29) Elle a un tel d\u00e9sir d&rsquo;aimer Dieu parfaitement et de n&rsquo;agir que par amour pour lui, qu&rsquo;elle s&rsquo;effraye de tout intervalle constat\u00e9 entre ses aspirations et leur r\u00e9alisation. Elle serait moins<\/p>\n<p>s\u00e9v\u00e8re pour elle-m\u00eame si elle aimait Dieu moins fortement.<\/p>\n<p>En une formule saisissante, elle proclame qu&rsquo;elle ne voit \u00ab rien \u00bb en elle \u00ab qui ne soit criminel \u00bb, si ce n&rsquo;est \u00ab une bien faible volont\u00e9 de mieux aire \u00bb. (27 : II, 576) En fait, elle distingue faiblement son incontestable \u00abvolont\u00e9\u00bb de bien faire, parce que son attention est d&rsquo;abord occup\u00e9e de la perfection divine qu&rsquo;elle voudrait reproduire. Quand il redescend sur sa personne, son regard est frapp\u00e9 de la diff\u00e9rence qui l&rsquo;oppose \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Les circonstances ext\u00e9rieures parmi lesquelles elle doit se mouvoir, bien loin de la distraire du sentiment qu&rsquo;elle a de son indignit\u00e9, la mettent davantage sous son emprise. Elle en est en effet toute p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1646 Louise de Marillac est \u00e0 Nantes, pour installer \u00e0 h\u00f4pital les Filles de la Charit\u00e9. Les Nantais de toute condition lui t\u00e9moignent beaucoup d&rsquo;\u00e9gards, car ils la tiennent \u00abpour une grande dame \u00bb. C&rsquo;en est assez elle se reproche la consid\u00e9ration dont on l\u2019entoure tr\u00e8s ind\u00fbment, selon elle. Du m\u00eame coup, sa pens\u00e9e revient aux jugements de l&rsquo;Eternel, qui saura bien lui faire payer les honneurs qu&rsquo;elle re\u00e7oit sans les m\u00e9riter. Elle \u00e9crit donc \u00e0 Vincent de Paul : \u00ab Je me prends un peu \u00e0 votre charit\u00e9 des honneurs que l&rsquo;on nous rend ici. Au nom de Dieu ne trompez plus personne \u00e0 mon sujet&#8230; Oh ! que je br\u00fblerai un jour et que je recevrai de grandes confusions&#8230; (28 : III, 19)<\/p>\n<p>Evidemment, elle voudrait communiquer \u00e0 la compagnie des Filles de la Charit\u00e9 une perfection toujours plus haute. Elle s&#8217;emploie \u00e0 d\u00e9velopper ces progr\u00e8s. Toutefois, comme ses efforts n&rsquo;atteignent pas tout le r\u00e9sultat qu&rsquo;elle ambitionne, ils lui font prendre une conscience plus aigu\u00eb de ses propres insuffisances. Elle s&rsquo;accuse d&rsquo;\u00eatre un obstacle au bien commun qu&rsquo;elle recherche ; et elle redoute les sanctions divines qui frapperont son \u00ab endurcissement \u00bb personnel.<\/p>\n<p>Ces appr\u00e9ciations et ces craintes sont livr\u00e9es du m\u00eame mouvement \u00e0 monsieur Vincent. \u00ab&#8230; Cette pauvre compagnie, lui est-il assur\u00e9, souffre bien sous ma ch\u00e9tive conduite ; aussi pens\u00e9- je que t\u00f4t Dieu la d\u00e9livrera de cette captivit\u00e9, qui est \u00e0 si grand emp\u00eachement \u00e0 la perfection de son \u0153uvre ; et moi j&rsquo;ai grand sujet de craindre de mourir en mon endurcissement, si votre charit\u00e9 ne m&rsquo;aide. \u00bb (29 : III, 171)<\/p>\n<p>La fondatrice revient souvent \u00e0 son id\u00e9e de la pr\u00e9carit\u00e9 de son \u0153uvre. Saint Vincent est oblig\u00e9 de temp\u00e9rer ses trop vives inqui\u00e9tudes. Elle \u00e9crit en 1655 : \u00ab &#8230;Permettez-moi&#8230; de vous dire que mon c\u0153ur est sensiblement et souvent touch\u00e9 de la pens\u00e9e que la compagnie est fort proche dc son d\u00e9clin&#8230; \u00bb (30 : V, 419) Une r\u00e9ponse apaisante tranquillise incontinent ces alarmes : \u00ab Il faut agr\u00e9er la conduite de Dieu sur vos filles, les lui offrir et demeurer en paix. Le Fils de Dieu a vu sa compagnie dispers\u00e9e et quasi dissip\u00e9e de tout temps. Il faut unir votre volont\u00e9 \u00e0 la sienne. \u00bb (31 : V, 420)<\/p>\n<p>Il suffit d&rsquo;une lecture, commenc\u00e9e cependant dans la paix, pour que les craintes de Louise de Marillac s&rsquo;intensifient et l&rsquo;obligent \u00e0 recourir \u00e0 son directeur. Elle m\u00e9dite un jour les pages du M\u00e9morial de la Vie Chrestienne du P\u00e8re Louis de Grenade. Mais chemin faisant, elle se sent gagn\u00e9e par une \u00ab terreur \u00bb indistincte. Certes elle r\u00e9ussit \u00e0 s&rsquo;en lib\u00e9rer. N\u00e9anmoins elle demande \u00e0 saint Vincent : \u00ab &#8230;Continuerai-je cette lecture ? \u00bb (32 : IV, 201-202)<\/p>\n<p>Moins de trois ann\u00e9es avant sa mort, elle demeure toute saisie de sa faiblesse intime. \u00ab &#8230; Mon esprit est tout envelopp\u00e9, dit-elle, tant il est faible&#8230; \u00bb (33 : VI, 319)<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, elle ne se sent pas plus rassur\u00e9e. Elle implore l&rsquo;assistance des pri\u00e8res de son confesseur, \u00ab pour m&rsquo;obtenir mis\u00e9ricorde, pr\u00e9cise-t-elle, crainte que mes obstinations pass\u00e9es, et peut-\u00eatre pr\u00e9sentes ou \u00e0 venir, ne soient cause de ma perte&#8230; \u00bb (34 : VII, 97) .<\/p>\n<p>A la fin de la m\u00eame ann\u00e9e, elle lui fait part, du ton dont elle a toujours us\u00e9, des jugements s\u00e9v\u00e8res qu&rsquo;elle porte sur son propre compte et de la peur que lui inspire la perspective de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, d\u00e9sormais toute proche. Elle \u00e9crit : \u00ab &#8230;J&rsquo;esp\u00e8re de votre bont\u00e9 un mot de r\u00e9ponse&#8230;, pour en \u00eatre aid\u00e9e \u00e0 ce que mon indiff\u00e9rence pour mon \u00e9tat int\u00e9rieur et tout ce qui est du service de Dieu et mon salut ne soit \u00e0 ma condamnation, me flattant, en me trompant, de la croyance que Notre-Seigneur me veut souffrir, m\u00eame jusques \u00e0 ma vie libertine, en ce qui regarde ma conduite particuli\u00e8re&#8230;\u00bb (35 : VII, 415)<\/p>\n<p>La direction de Vincent de Paul s&rsquo;adapte aux besoins de sa p\u00e9nitente. Les inqui\u00e9tudes dont elle l&rsquo;entretint pendant toute sa vie l&rsquo;amen\u00e8rent \u00e0 insister fortement, aupr\u00e8s d&rsquo;elle, sur la paix et la joie que l&rsquo;\u00e2me doit go\u00fbter an service de Dieu. Il lui marquait que cette paix et cette joie trouvent leur appui dans la confiance en Dieu. Il l&rsquo;exhortait \u00e0 se placer filialement sous la garde de la Providence divine, \u00e0 laisser Dieu agir paternellement en elle.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa direction, il souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de se tenir devant Dieu dans un \u00e9tat de paix int\u00e9rieure. \u00ab Le royaume de Dieu, explique-t-il, est la paix au Saint-Esprit; il r\u00e9gnera en vous, si votre c\u0153ur est en paix. Soyez-le donc, mademoiselle, et vous honorerez souverainement le Dieu de paix et de dilection. \u00bb (36 : I, 114)<\/p>\n<p>Dans la paix int\u00e9rieure, qu&rsquo;elle doit acqu\u00e9rir et conserver, Louise de Marillac est invit\u00e9e \u00e0 \u00eatre gaie. La joie qui lui est recommand\u00e9e \u00e9chappe aux fluctuations de la sensibilit\u00e9. Elle est plac\u00e9e sous la sauvegarde de la volont\u00e9, qui en d\u00e9fend les abords, parce que tel est l&rsquo;ordre de Dieu. \u00ab Soyez \u00bb gaie \u00ab mademoiselle, \u00e9crit Vincent, je vous prie, puisqu&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 Dieu que vous le soyez. \u00bb (37 : I, 85)<\/p>\n<p>Cette invitation \u00e0 la joie est fr\u00e9quente et pressante \u00ab &#8230;Tenez-vous bien gaie dans la disposition de vouloir tout ce que Dieu veut. Et pour ce que son bon plaisir est que nous nous tenions toujours en la sainte joie de son amour, tenons-nous y et attachons-nous y ins\u00e9parablement en ce monde, pour \u00eatre un jour une m\u00eame chose avec lui. \u00bb (38 : I, 39)<\/p>\n<p>Saint Vincent sait fort bien que ces conseils risquent de sembler difficiles \u00e0 suivre. Il vante en effet la gaiet\u00e9 \u00e0 une \u00e2me qui n&rsquo;est que trop port\u00e9e \u00e0 s&rsquo;attrister de ses insuffisances. Il est donc amen\u00e9 \u00e0 expliquer comment la joie dont il parle peut s&rsquo;accommoder des in\u00e9vitables tracas d&rsquo;une conscience, que chagrinent ses imperfections.<\/p>\n<p>\u00ab Ne pensez pas, insiste-t-il, que tout soit perdu pour les petites r\u00e9voltes que vous sentez int\u00e9rieurement. Il vient de pleuvoir fort dur, et il tonne \u00e9pouvantablement ; le temps en est-il moins beau ?<\/p>\n<p>\u00ab Que les larmes de tristesse noient votre c\u0153ur et que les d\u00e9mons tonnent et grondent tant qu&rsquo;il leur plaira, assurez-vous, ma ch\u00e8re fille, que vous n&rsquo;en \u00eates pas moins ch\u00e8re \u00e0 Notre- Seigneur. Vivez donc contente en son amour&#8230; \u00bb (39 : I, 71)<\/p>\n<p>Louise de Marillac peut \u00eatre m\u00e9contente d&rsquo;elle-m\u00eame. Il n&rsquo;en reste pas moins vrai que la foi chr\u00e9tienne lui repr\u00e9sente la constance de l&rsquo;amour divin \u00e0 son \u00e9gard. De cette assurance d&rsquo;un ind\u00e9fectible et tout-puissant amour d\u00e9coule un r\u00e9confort, qui n&rsquo;est pas \u00e0 la merci des troubles personnels.<\/p>\n<p>Saint Vincent d\u00e9fend en toute occasion sa correspondante contre les inqui\u00e9tudes, que lui cause la vue de son humaine faiblesse. A propos des \u00e9preuves subies par une Fille de la Charit\u00e9, il lui repr\u00e9sente paisiblement que \u00ab tous les gens de bien sont condamn\u00e9s de Dieu \u00e0 souffrir de la tentation \u00bb, quelle qu&rsquo;en soit la nature. La tentation, dit-il, est une \u00ab Croix \u00bb qu&rsquo;il faut porter comme J\u00e9sus-Christ a port\u00e9 la sienne. (40 : I, 572)<\/p>\n<p>Sous cette croix assur\u00e9ment le c\u0153ur souffre, mais il ne faut pas qu&rsquo;il d\u00e9faille. La souffrance elle-m\u00eame peut \u00eatre source de joie. Pour en obtenir ce b\u00e9n\u00e9fice, il suffit de l&rsquo;endurer pour l&rsquo;amour de Dieu. \u00ab Votre c\u0153ur \u00bb, \u00e9crit Vincent, n&rsquo;est-il pas consol\u00e9 \u00ab de voir qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 digne devant Dieu de souffrir en le servant ? \u00bb (41 : I, 94)<\/p>\n<p>La sant\u00e9 de Louise de Marillac \u00e9tait souvent vacillante. Quand elle fl\u00e9chissait, c&rsquo;\u00e9tait encore de l&rsquo;acceptation de la souffrance et de la soumission au bon plaisir divin que Vincent de Paul entretenait la malade. Il disait en pareille occurrence : \u00ab Je ne vous puis indiquer d&rsquo;autre cause de votre mal que celle du bon plaisir de Dieu. Adorez-le donc, ce bon plaisir, sans vous enqu\u00e9rir d&rsquo;o\u00f9 vient que Dieu se pla\u00eet de vous voir en l&rsquo;\u00e9tat de souffrance. Il est souverainement glorifi\u00e9 de notre abandon \u00e0 sa conduite, sans discussion de la raison de sa volont\u00e9, si ce n&rsquo;est que sa volont\u00e9 est sa raison m\u00eame et que sa raison est sa volont\u00e9. Enfermons-nous donc l\u00e0-dedans de la fa\u00e7on que fit Isaac au vouloir d&rsquo;Abraham, et J\u00e9sus- Christ au vouloir de son P\u00e8re. \u00bb (42 : I, 559-560)<\/p>\n<p>La perfection consiste \u00e0 soumettre enti\u00e8rement la volont\u00e9 personnelle \u00e0 la volont\u00e9 divine, sans interroger Dieu sur les raisons de ses desseins et de ses conduites. Cette absolue conformit\u00e9 du vouloir humain au vouloir divin fonde l&rsquo;ordre de la saintet\u00e9. En m\u00eame temps, elle \u00e9tablit l&rsquo;\u00e2me dans une paix qu&rsquo;aucune \u00e9preuve ne peut troubler : elle fait donc go\u00fbter par anticipation la joie du paradis.<\/p>\n<p>La correspondance de Vincent de Paul aimait \u00e0 faire entendre cette le\u00e7on capitale. A l&rsquo;occasion des morts qui survenaient parmi les missionnaires ou parmi les s\u0153urs, il la reprenait et la d\u00e9veloppait. En ces circonstances, il indiquait aussi la mani\u00e8re de la mettre en pratique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que Louise de Marillac re\u00e7oit une lettre riche d&rsquo;enseignements, parce qu&rsquo;un pr\u00eatre de la Mission, dont elle avait d\u00fb appr\u00e9cier le d\u00e9vouement, est tomb\u00e9 dangereusement malade.<\/p>\n<p>\u00ab Il faut agir contre ce qui fait peine, lui est-il dit, et briser son c\u0153ur ou l&rsquo;amollir pour le pr\u00e9parer \u00e0 tout. Il y a apparence que Notre-Seigneur veut prendre sa part de la petite compagnie. Elle est toute \u00e0 lui, comme je l&rsquo;esp\u00e8re, et il a droit d&rsquo;en user comme il lui plaira. Et pour moi, mon plus grand d\u00e9sir est de ne d\u00e9sirer que l&rsquo;accomplissement de sa sainte volont\u00e9. Je ne puis vous exprimer combien notre malade est avant dans cette pratique ; et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il semble que Notre-Seigneur le veuille mettre dans un lieu, o\u00f9 il pourra continuer plus heureusement durant toute l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Oh qui nous donnera la soumission de nos sens et de notre raison \u00e0 cette adorable volont\u00e9 ? Ce sera l&rsquo;auteur des sens et de la raison, si nous ne nous en servons qu&rsquo;en lui et pour lui.<\/p>\n<p>\u00ab Prions-le que vous et moi ayons toujours un m\u00eame vouloir et non-vouloir avec lui et en lui, puisque c&rsquo;est un paradis anticip\u00e9 d\u00e8s cette vie. \u00bb (43 : I, 586-87)<\/p>\n<p>Lorsque c&rsquo;\u00e9tait dans sa Compagnie que la mort frappait, la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 avait quelque peine \u00e0 \u00ab briser son c\u0153ur \u00bb tout net, ou \u00e0 comprimer patiemment ses \u00e9mois, pour ne plus laisser subsister en lui qu&rsquo;un docile acquiescement aux myst\u00e9rieux coups de la Providence. Vincent intervenait donc pour la persuader de se tenir dans une paix sereine. Il lui expliquait que les coups qui l&rsquo;attristaient \u00e9taient des marques d&rsquo;amour, car ils tendaient \u00e0 parfaire le d\u00e9tachement et la saintet\u00e9 des s\u0153urs.<\/p>\n<p>\u00ab Vous me paraissez dans la pressure du c\u0153ur, observait-il. Vous craignez que Dieu ne soit f\u00e2ch\u00e9 et qu&rsquo;il ne veuille point du service que vous lui rendez, \u00e0 cause qu&rsquo;il vous prend vos filles. Tant s&rsquo;en faut, mademoiselle. C&rsquo;est un signe qu&rsquo;il le ch\u00e9rit, puisqu&rsquo;il en use de la sorte ; car il vous traite comme sa ch\u00e8re \u00e9pouse l&rsquo;\u00c9glise, au commencement de laquelle non seulement il faisait mourir la plupart par la mort naturelle, mais aussi par supplices et des tourments. Qui n&rsquo;aurait dit, \u00e0 voir cela, qu&rsquo;il \u00e9tait en col\u00e8re contre ces jeunes et saintes plantes? Ne croyez donc plus cela, mais le contraire. \u00bb (44 : I, 570)<\/p>\n<p>Tout comme les grandes souffrances, les ennuis quotidiens devaient \u00eatre joyeusement accueillis, comme des moyens voulus de Dieu pour exercer la patience et l&rsquo;abn\u00e9gation, qui font progresser la saintet\u00e9.<\/p>\n<p>A l&rsquo;exemple de Jeanne de Chantal, qui avait support\u00e9 avec r\u00e9signation les reproches injurieux d&rsquo;une \u00abfille qui \u00e9tait sortie de la maison \u00bb, mademoiselle Le Gras s&rsquo;estimera \u00abheureuse de faire voir au ciel et \u00e0 la terre l&rsquo;usage \u00bb qu&rsquo;elle peut faire de semblable traverse.<\/p>\n<p>Elle reconna\u00eetra \u00ab le bon Dieu en la personne \u00bb d&rsquo;une \u00ab bonne fille \u00bb qui vient de se comporter \u00e0 son \u00e9gard sans m\u00e9nagements. (45 : II, 384)<\/p>\n<p>Dieu est pr\u00e9sent dans les \u00e9v\u00e9nements. Il les dirige et il agit par leur interm\u00e9diaire. Quels qu&rsquo;ils soient, heureux ou malheureux, ils concourent \u00e0 la perfection de l&rsquo;\u00e2me, qui doit discerner \u00e0 travers eux le d\u00e9veloppement des \u00ab desseins \u00e9ternels \u00bb \u00e0 son sujet. Elle peut \u00eatre certaine d&rsquo;\u00eatre bien inspir\u00e9e, si elle s&rsquo;abandonne enti\u00e8rement \u00e0 la \u00ab conduite si admirable et si aimable \u00bb de la Providence. (46 : I, 584)<\/p>\n<p>Certes, \u00ab les saints, voire m\u00eame le saint des saints \u00bb ont connu des \u00ab abandons int\u00e9rieurs \u00bb o\u00f9 il leur semblait que Dieu les laissait seuls parmi leurs difficult\u00e9s. Mais leur constance \u00e9tait ensuite r\u00e9compens\u00e9e par une \u00ab union plus \u00e9troite \u00bb avec lui. (47 : I, 155) Vincent rappelle \u00e0 sa \u00ab fille \u00bb leur exemple dans ses alternatives d&rsquo;inqui\u00e9tude et de confiance, car il ne veut \u00e0 aucun prix que la joie la d\u00e9serte : son entrain en serait compromis.<\/p>\n<p>Il ne se contente pas de lui enseigner \u00e0 se soumettre gaiement \u00e0 la volont\u00e9 divine. Pour atteindre \u00e0 cette soumission, il veut encore qu&rsquo;elle compte sur Dieu d&rsquo;abord, Il cherche obstin\u00e9ment \u00e0 lui inculquer la confiance en Dieu, qui s&rsquo;allie tr\u00e8s bien avec la croyance \u00e0 la puissance du mal et avec la d\u00e9fiance de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Louise de Marillac redoutait trop, au gr\u00e9 de son directeur, le pouvoir du d\u00e9mon. Vincent la rassure, car il ne veut pas qu&rsquo;elle s&rsquo;affole \u00e0 la vue de la perversit\u00e9 humaine. Le tentateur, affirme-t-il, fort nettement, \u00ab n&rsquo;a pouvoir que celui que vous lui donnez. \u00bb<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 cependant de lui laisser croire qu&rsquo;il ne d\u00e9pend qu de son libre effort d&rsquo;\u00e9chapper aux fl\u00e9chissements de la nature. Elle a raison au contraire de se d\u00e9fier d\u2019elle- m\u00eame. Mais la d\u00e9fiance que Vincent autorise n&rsquo;a rien de d\u00e9primant. Elle aboutit plut\u00f4t \u00e0 rejeter l&rsquo;\u00e2me plus r\u00e9solument vers Dieu, dont l&rsquo;appui est indispensable, puisque la volont\u00e9 est d\u00e9bile. C&rsquo;est en lui qu&rsquo;il convient de placer sa confiance.<\/p>\n<p>Je suis marri, \u00e9crit monsieur Vincent, de ce que vous laissez tremper votre esprit en quelques vaines appr\u00e9hensions, qui sont plut\u00f4t \u00e0 emp\u00eachement qu&rsquo;\u00e0 avancement \u00e0 votre salut. Mettez-vous toute dans la sainte dilection, qui op\u00e8re la confiance en Dieu et la d\u00e9fiance de soi&#8230; \u00bb (48 : I, 150)<\/p>\n<p>La confiance en Dieu qui est recommand\u00e9e \u00e0 mademoiselle Le Gras est celle d&rsquo;un enfant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son p\u00e8re. Elle se justifie par l&rsquo;amour dont l&rsquo;\u00e2me se sait l&rsquo;objet de la part de Dieu. Elle se comporte avec un abandon tout filial, faisant remise \u00e0 Dieu des tracas et des peines qui pourraient g\u00eaner son \u00e9lan.<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9chargez votre esprit, prescrit Vincent de Paul, de tout ce qui vous fait peine, Dieu en aura soin&#8230; Vous ne l&rsquo;honorez pas assez par la sainte confiance&#8230; Pourquoi votre \u00e2me ne serait-elle pas pleine de confiance, puisqu&rsquo;elle est la ch\u00e8re fille de Notre-Seigneur par sa mis\u00e9ricorde ? \u00bb (49 : I, 90)<\/p>\n<p>Une comparaison, qui devait frapper au vif l&rsquo;esprit de Louise de Marillac, lui donnait la mesure de l&rsquo;amour de Dieu pour elle, et, par cons\u00e9quent, de la confiance qu&rsquo;elle devait avoir en lui. Vous avez \u00ab plus de tendresse \u00bb pour votre fils, lui disait son confesseur, \u00ab que quasi m\u00e8re que je vois pour ses enfants \u00bb. Or cet amour n&rsquo;\u00e9tait pas comparable \u00e0 celui de Dieu. Une exclamation ardente soulignait la diff\u00e9rence qui les s\u00e9parait : \u00ab Bon Dieu, mademoiselle, qu&rsquo;il fait bon \u00eatre l&rsquo;enfant de Dieu, puisqu&rsquo;il aime encore plus tendrement ceux qui ont le bonheur d&rsquo;avoir cette qualit\u00e9 aupr\u00e8s de lui, que vous n&rsquo;aimez le v\u00f4tre&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>La conclusion s&rsquo;imposait avec \u00e9vidence : \u00ab &#8230;Vivez\u2026 dans la gaiet\u00e9 d&rsquo;un c\u0153ur qui d\u00e9sire \u00eatre tout conforme \u00e0 celui de Notre-Seigneur. \u00bb (50 : I, 77)<\/p>\n<p>La confiance qui est recommand\u00e9e ne concerne pas seulement le progr\u00e8s de la vie int\u00e9rieure. Suivant l&rsquo;esprit \u00e9vang\u00e9lique, elle attend la protection divine sur tous les \u00e9v\u00e9nements de la vie ext\u00e9rieure, qu&rsquo;ils soient importants ou modestes.<\/p>\n<p>En 1639, la peste s\u00e9vissait \u00e0 Angers. Or mademoiselle Le Gras s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 partir pour cette ville, malgr\u00e9 le danger qu&rsquo;elle pourrait y courir. Saint Vincent lui \u00e9crit : \u00ab Puisque Notre- Seigneur vous donne mouvement d&rsquo;aller \u00e0 Angers, allez-y ; \u2026ce qu&rsquo;il garde est bien gard\u00e9&#8230; \u00bb (51 : I, 603)<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1641, les Filles de la Charit\u00e9 n&rsquo;\u00e9taient pas encore pourvues de l&rsquo;installation d\u00e9finitive que requ\u00e9rait le d\u00e9veloppement de leur compagnie. Leur Sup\u00e9rieure s&rsquo;en affligeait. Mais elle est invit\u00e9e \u00e0 montrer plus de confiance en la Providence : \u00ab Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains&#8230;, pensant que tout est perdu faute d&rsquo;une maison. O femme de peu de foi et d&rsquo;acquiescement \u00e0 la conduite et \u00e0 l&rsquo;exemple de J\u00e9sus-Christ ! Ce Sauveur du monde, pour l&rsquo;\u00e9tat de toute l&rsquo;\u00c9glise, se rapporte \u00e0 son P\u00e8re pour les r\u00e8gles et pour les accommodements ; et pour une poign\u00e9e de filles que sa Providence s&rsquo;est notoirement suscit\u00e9e et congr\u00e9g\u00e9e, vous pensez qu&rsquo;il vous manquera ! Allons, mademoiselle, humiliez-vous tr\u00e8s bas devant Dieu&#8230; \u00bb (52 : II, 158)<\/p>\n<p>Un plancher vient de s&rsquo;effondrer, sans accident de personne, il est vrai. Louise de Marillac communique cette nouvelle \u00e0 son directeur. Elle n&rsquo;est pas encore remise de sa peur ; et elle continue \u00e0 se demander si Dieu ne serait pas irrit\u00e9 contre elle ou contre ses filles. Or la r\u00e9ponse qu&rsquo;elle re\u00e7oit lui fait un devoir de penser tout juste le contraire : \u00ab &#8230;Cet accident ne vous est pas envoy\u00e9 ni pour vos p\u00e9ch\u00e9s, ni pour ceux de nos ch\u00e8res s\u0153urs, mais pour nous avertir, nous qui l&rsquo;entendons, de vivre si bien que nous ne soyons pas surpris \u00e0 la mort, et que vous avez en ce rencontre un nouveau sujet d&rsquo;aimer Dieu plus que jamais, en ce qu&rsquo;il vous a pr\u00e9serv\u00e9e comme la prunelle de son \u0153il, dans un accident auquel vous deviez \u00eatre accabl\u00e9e sous ces ruines, si Dieu n&rsquo;e\u00fbt d\u00e9tourn\u00e9 le coup par son aimable Providence&#8230; \u00bb (53 : II, 258)<\/p>\n<p>En 1651, Michel Le Gras est malade. Sa m\u00e8re agira sagement en se conformant aux avis du m\u00e9decin. Cependant elle fera bien de compter davantage encore sur la paternelle sollicitude de Dieu. \u00ab L&rsquo;on pense que les m\u00e9decins font mourir plus de malades qu&rsquo;ils n&rsquo;en gu\u00e9rissent, Dieu se voulant faire reconna\u00eetre le m\u00e9decin souverain de nos \u00e2mes et de nos corps, notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux qui n&rsquo;usent point de rem\u00e8des. Cependant, \u00e9tant malade, il faut se soumettre au m\u00e9decin et lui ob\u00e9ir&#8230;\u00bb (54 : IV, 256)<\/p>\n<p>De m\u00eame que la Providence \u00e9tend maternellement sur Louise de Marillac une protection vigilante, de m\u00eame elle l&rsquo;\u00e9claire par de s\u00fbres indications sur les d\u00e9cisions \u00e0 prendre. Vincent lui en donne l&rsquo;assurance. En cons\u00e9quence, il la prie d&rsquo;attendre ces indications avec une tranquille confiance, avant de fixer elle-m\u00eame ses desseins.<\/p>\n<p>\u00ab N&rsquo;est-il pas vrai, interroge-t-il, que vous voulez, comme il est bien raisonnable, que votre serviteur n&rsquo;entreprenne rien sans vous et sans votre ordre ? Et si cela est raisonnable d&rsquo;un homme \u00e0 un autre, \u00e0 combien plus forte raison du Cr\u00e9ateur \u00e0 la cr\u00e9ature. \u00bb (55 : I, 69)<\/p>\n<p>Saint Vincent entend calmer le trop grand empressement de sa p\u00e9nitente aussi bien que ses inqui\u00e9tudes. Dans un cas comme dans l\u2019autre, il veut qu&rsquo;elle se confie filialement \u00e0 Dieu. C&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;il appartient de prendre l&rsquo;initiative des entreprises \u00e0 tenter. Jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 sa volont\u00e9 se pr\u00e9cise dans le jeu des circonstances, il convient de se r\u00e9server patiemment. \u00ab &#8230;Il y a de grands tr\u00e9sors cach\u00e9s dans la sainte Providence, et &#8230; ceux-l\u00e0 honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent et qui n&rsquo;enjambent pas sur elle&#8230; \u00bb (56 : I, 68)<\/p>\n<p>A cette disposition de s&rsquo;en remettre docilement \u00e0 Dieu du soin de fixer la direction \u00e0 suivre, un nom tr\u00e8s expressif est appliqu\u00e9 : c&rsquo;est le non-faire, qui est tout le contraire de la fi\u00e9vreuse agitation. J\u00e9sus-Christ en a donn\u00e9 l&rsquo;exemple durant les nombreuses ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sa vie publique. Que mademoiselle Le Gras prenne mod\u00e8le sur lui : \u00ab Honorez toujours, lui est-il recommand\u00e9, le non-faire et l&rsquo;\u00e9tat inconnu du Fils de Dieu. \u00bb (57 : I, 62)<\/p>\n<p>Vincent de Paul s&#8217;emploie \u00e0 communiquer \u00e0 sa fille son estime pour le non-faire. Comme il suppose l&rsquo;effacement de la volont\u00e9 personnelle devant la volont\u00e9 divine, le non-faire r\u00e9alise la condition fondamental de la saintet\u00e9, qui tend \u00e0 n&rsquo;avoir avec Dieu qu&rsquo;un m\u00eame \u00ab vouloir et non-vouloir. \u00bb Il vaut mieux que la multiplicit\u00e9 des actes qui ne seraient pas p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de son esprit. \u00ab &#8230; Un beau diamant vaut plus qu&rsquo;une montagne de pierres ; et un acte de vertu d&rsquo;acquiescement et de soumission vaut mieux que quantit\u00e9 de bonnes \u0153uvres qu&rsquo;on pratique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;autrui. \u00bb (58 : I, 82 \u2013 avril 1630)<\/p>\n<p>Le non-faire ne se r\u00e9duit pas \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une docile et confiante attente des volont\u00e9s divines. La bienfaisance de ses apaisements s&rsquo;\u00e9tend aussi \u00e0 la collaboration active de l&rsquo;\u00e2me avec Dieu. L&rsquo;activit\u00e9 qui se soumet \u00e0 son inspiration a le sens de la mesure. Elle \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;effervescence, o\u00f9 se d\u00e9pense exag\u00e9r\u00e9ment une \u00e9nergie qui fait plus appel \u00e0 ses propres ressources qu&rsquo;au concours divin.<\/p>\n<p>En mai 1632, Louise de Marillac s&rsquo;est mise en retraite. A cette occasion elle re\u00e7oit ces avis : \u00ab Quant \u00e0 votre petite retraite, fait la tout doucement, selon l&rsquo;ordre de l&rsquo;Introduction de monsieur de Gen\u00e8ve ; mais ne faites que deux oraisons par jour, une heure le matin et demi- heure l&rsquo;apr\u00e8s-d\u00een\u00e9e, et vous lirez pendant l&rsquo;intervalle quelque chose de Gerson, ou des vies des saintes veuves auxquelles vous avez plus particuli\u00e8re d\u00e9votion ; et le reste du temps vous l\u2019emploierez \u00e0 penser \u00e0 la vie pass\u00e9e et \u00e0 celle qui vous reste. Mais faites tout cela bien doucement\u2026 et contentez-vous de faire cela dix jours durant. \u00bb (59 : I, 155)<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, dans les m\u00eames circonstances, la retraitante entend encore les m\u00eames conseils apaisants : \u00ab &#8230; Comment faites-vous ? Vous empressez-vous point ? Au nom de Dieu, faites doucement, en la mani\u00e8re que vous pouvez vous imaginer que faisait notre bienheureux P\u00e8re, Monseigneur de Gen\u00e8ve. \u00bb (60 : I, 289 \u2013 avant 1640)<\/p>\n<p>En 1637, mademoiselle Le Gras a \u00e9t\u00e9 malade. A peine r\u00e9tablie elle voudrait entreprendre sa retraite, sans plus tarder. Monsieur Vincent ne l&rsquo;entend pas ainsi, car il n&rsquo;aime pas l&#8217;empressement. Il \u00e9crit donc : \u00ab Il n&rsquo;y a rien qui presse pour votre retraite. Il n&rsquo;y a pas longtemps que vous \u00eates sortie de maladie. Je craindrais que ce serait trop t\u00f4t vous exposer \u00e0 ce travail. Au nom de Dieu, mademoiselle, allons doucement&#8230; Ne vous empressez pas&#8230; Soyez&#8230; gaie et soigneuse de votre sant\u00e9. \u00bb (61 : I, 383 \u2013 1636-1639)<\/p>\n<p>En 1630, Louise de Marillac \u00e9tait \u00e0 Villepreux, o\u00f9 elle travaillait de tout son c\u0153ur au service des pauvres gens. Certes saint Vincent aime le d\u00e9vouement de sa charit\u00e9. Il croit cependant devoir lui faire entendre cet avertissement : \u00ab Je me crains bien que vous n&rsquo;en fassiez trop&#8230; Notre-Seigneur veut que nous le servions avec jugement ; et le contraire s&rsquo;appelle z\u00e8le indiscret&#8230; \u00bb (62 : I, 84 \u2013 4 mai 1630)<\/p>\n<p>A la fin de la m\u00eame ann\u00e9e, comme sa collaboratrice a fort \u00e0 faire parmi les confr\u00e9ries de la Charit\u00e9 de Beauvais, il lui renouvelle avec plus d&rsquo;instance ses conseils de mod\u00e9ration. Il veut qu&rsquo;elle m\u00e9nage sa sant\u00e9 : \u00ab Oh ayez bien soin de la conserver pour l&rsquo;amour de Notre-Seigneur et de ses pauvres membres, et prenez garde de n&rsquo;en pas faire trop. C&rsquo;est une ruse du diable, dont il trompe les bonnes \u00e2mes, que de les inciter \u00e0 faire plus qu&rsquo;elles ne peuvent, afin qu&rsquo;elles ne puissent rien faire ; et l&rsquo;esprit de Dieu incite doucement \u00e0 faire le bien que raisonnablement l&rsquo;on peut faire, afin que l&rsquo;on le fasse pers\u00e9v\u00e9ramment et longuement.. \u00bb (63 : I, 96 \u2013 7 d\u00e9c 1630)<\/p>\n<p>Vincent de Paul condamne le z\u00e8le inconsid\u00e9r\u00e9 comme une offense \u00e0 la Providence. L&rsquo;activit\u00e9 qui s&rsquo;aventure au del\u00e0 des forces normales qu&rsquo;elle tient de Dieu se d\u00e9fie du concours divin et usurpe sa part. \u00ab Craignez, dit-il&#8230; la pens\u00e9e de faire plus que vous ne faites et que Dieu ne vous donne le moyen de faire&#8230; La pens\u00e9e contraire me fait trembler de peur, pour ce qu&rsquo;elle me semble un crime aux enfants de la Providence&#8230; \u00bb (64 : I, 304 \u2013 1635)<\/p>\n<p>Mademoiselle Le Gras s&rsquo;\u00e9tait \u00e9prise d&rsquo;admiration pour une martyre, sainte Beno\u00eete. Saint Vincent se garde bien de condamner la ferveur de ce culte, mais il se met en devoir d&rsquo;en r\u00e9gler les pratiques. A la disciple, qui ambitionne de reproduire les vertus de son mod\u00e8le, il adresse cette recommandation : \u00ab Que si vous ne le faites pas en tout, b\u00e9ni soit Dieu de ce que c&rsquo;est en quelque chose, en attendant que sa divine bont\u00e9 l&rsquo;agr\u00e9e. Qui est fid\u00e8le en peu, dit Notre- Seigneur, il sera constitu\u00e9 sur un plus grand emploi. Soyez fid\u00e8le \u00e0 ce peu, et peut-\u00eatre que Notre-Seigneur vous en fera faire davantage. \u00bb (65 : I, 179 &#8211; 1632)<\/p>\n<p>Deux Filles dc la Charit\u00e9 s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 partir pour Richelieu. Leur Sup\u00e9rieure est pri\u00e9e de leur transmettre ces instructions, qui ressemblent fort aux avis qu&rsquo;elle re\u00e7oit ordinairement de son directeur : elles observeront \u00ab les petits exercices journaliers qu&rsquo;elles pratiquent \u00e0 pr\u00e9sent; se confesseront tous les huit jours seulement, s&rsquo;il n&rsquo;arrive quelque f\u00eate principale le long de la semaine ; t\u00e2cheront de profiter aux \u00e2mes tandis qu&rsquo;elles traiteront les corps des pauvres ; honoreront et ob\u00e9iront aux offici\u00e8res de la Charit\u00e9&#8230;, et, continuant de la sorte, il se trouvera devant Dieu qu&rsquo;elles auront men\u00e9 une fort sainte vie et que de pauvres filles elles deviendront de grandes reines au ciel&#8230; \u00bb (66 : I, 514 \u2013 oct 1638)<\/p>\n<p>Vincent n&rsquo;aime pas que l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;\u00e9puise en efforts qui ne soient pas proportionn\u00e9s aux ressources mises par Dieu \u00e0 sa disposition. Il n&rsquo;aime pas davantage qu&rsquo;elle se grise sans r\u00e9sultats de confuses aspirations \u00e0 la saintet\u00e9. Il veut qu&rsquo;elle s&rsquo;attache, dans le cadre de la vie quotidienne, \u00e0 l&rsquo;accomplissement d&rsquo;actes bien d\u00e9limit\u00e9s, avec le dessein de s&rsquo;\u00e9lever progressivement des plus faciles aux plus difficiles.<\/p>\n<p>Des retraitantes venaient se recueillir chez les Filles de la Charit\u00e9. Louise de Marillac les guidait, selon les r\u00e8gles qui lui \u00e9taient trac\u00e9es. \u00ab Je vous envoie, pr\u00e9vient monsieur Vincent, les r\u00e9solutions de madame N. qui sont bonnes ; mais elles me sembleraient encore meilleures, si elle descendait un peu au particulier. Il sera bon d&rsquo;exercer \u00e0 cela celles qui feront les exercices de la retraite chez vous ; le reste n&rsquo;est que production de l&rsquo;esprit, lequel, ayant trouv\u00e9 quelque facilit\u00e9 et m\u00eame quelque douceur en la consid\u00e9ration d&rsquo;une vertu, se flatte en la pens\u00e9e d&rsquo;\u00eatre bien vertueux. N\u00e9anmoins, pour le devenir solidement il est exp\u00e9dient de faire des bonnes r\u00e9solutions de pratique sur les actes particuliers des vertus, et \u00eatre apr\u00e8s fid\u00e8le \u00e0 les accomplir. Sans cela on ne l&rsquo;est souvent que par imagination. \u00bb (67 : II, 190 \u2013 Abelly I, 122)<\/p>\n<p>Saint Vincent se d\u00e9fiait des vertus vaporeuses qui ne se r\u00e9alisaient qu&rsquo;en r\u00eave. Il apprenait \u00e0 sa p\u00e9nitente \u00e0 avoir une particuli\u00e8re estime pour l&rsquo;esprit de discernement, ferme et judicieux. Il voulait qu&rsquo;elle honor\u00e2t \u00ab \u00e9galement la prudence comme la simplicit\u00e9 de Notre-Seigneur&#8230; \u00bb (68, I, 318 &#8211; 1636)<\/p>\n<p>En fait, la prudence et la simplicit\u00e9 dont il l&rsquo;entretenait \u00e9taient ins\u00e9parables. La premi\u00e8re la mettait en garde contre les apparences trompeuses et les faux-semblants. La seconde l&#8217;emp\u00eachait de se torturer l&rsquo;\u00e2me pour prendre, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, l&rsquo;attitude la plus agr\u00e9able au Seigneur. L&rsquo;une et l&rsquo;autre s&rsquo;unissaient pour offrir \u00e0 Dieu une franche et confiante volont\u00e9 d&rsquo;agir, aussi exempte de feinte que d&rsquo;excessive inqui\u00e9tude.<\/p>\n<p>\u00ab Vous r\u00e9fl\u00e9chissez trop sur vous-m\u00eame, notait le sage confesseur. Il faut aller bonnement et simplement. Vous ne me d\u00eetes rien derni\u00e8rement contre la charit\u00e9 ; ainsi vous eussiez mal fait de faire autrement, eu \u00e9gard \u00e0 la personne et \u00e0 ce dont il est question. Allons un peu plus bonnement et simplement, je vous en supplie&#8230; (69 : I, 302)<\/p>\n<p>Louise de Marillac avait l&rsquo;esprit trop tendu, au gr\u00e9 de Vincent. Il le lui disait, tant\u00f4t avec bonne humeur, tant\u00f4t sur un ton de reproche.<\/p>\n<p>\u00ab Je vous prie d&rsquo;\u00eatre bien gaie, \u00e9crivait-il, dussiez-vous diminuer un peu de la petite s\u00e9riosit\u00e9 que la nature vous a donn\u00e9e et que la gr\u00e2ce adoucit. (70 : I, 502)<\/p>\n<p>Un autre jour, comme elle s&rsquo;alarmait outre mesure au sujet de son fils, dans la crainte qu&rsquo;il ne f\u00eet pas un choix d\u00e9finitif de l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique, son directeur grossissait la voix : \u00ab Je ne vis jamais une telle femme que vous, ni qui prenne certaines choses si fort au criminel. Le choix de monsieur votre fils, dites-vous, est un t\u00e9moignage de la justice de Dieu sur vous&#8230; Je vous ai d\u00e9j\u00e0 pri\u00e9e d&rsquo;autres fois de ne plus parler comme cela. Au nom de Dieu, mademoiselle, corrigez-vous-en et sachez une fois pour toutes que ces pens\u00e9es aigres sont du malin et que celles de Notre-Seigneur sont douces et suaves&#8230; \u00bb (71 : I, 321 &#8211; 1631)<\/p>\n<p>Selon Vincent de Paul, les \u00ab pens\u00e9es aigres \u00bb n&rsquo;\u00e9taient de mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de personne : il ne faut pas leur donner libre cours, lorsqu&rsquo;on se juge soi-m\u00eame. Il convient au contraire de se supporter avec patience, malgr\u00e9 la constatation de ses propres \u00ab mis\u00e8res \u00bb. Louise de Marillac avait besoin que cette le\u00e7on lui f\u00fbt r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : \u00ab Oh ! qu&rsquo;il est vrai, mademoiselle, que le monde est rempli de mis\u00e8res ! Or sus, il faut pourtant y souffrir et les n\u00f4tres et celles d&rsquo;autrui, tant qu&rsquo;il plaira \u00e0 Dieu. (72 : I ; 349)<\/p>\n<p>Pour l&#8217;emp\u00eacher de trop concentrer son attention sur elle-m\u00eame, des diversions lui \u00e9taient propos\u00e9es. Au moment o\u00f9 un changement de domicile \u00e9tait en vue pour les Filles de la Charit\u00e9, monsieur Vincent lui disait : \u00ab J&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 madame la pr\u00e9sidente Goussault que je pense que vous feriez bien d&rsquo;aller voir la maison de La Chapelle et de faire savoir ce qu&rsquo;on en veut de louage. Cela vous divertira d&rsquo;autant ; car elle croit, comme je fais, que l&rsquo;air des champs vous est bon. Soyez gaie cependant. Ayez soin de votre sant\u00e9. \u00bb (73 : I, 320)<\/p>\n<p>C&rsquo;est de fa\u00e7on habituelle que mademoiselle Le Gras est pri\u00e9e de divertir son esprit des soucis que lui donne son avancement spirituel. Un mot d&rsquo;ordre fort pr\u00e9cis lui en fait un devoir:<\/p>\n<p>\u00ab Je vous ordonne, \u00e9crit son confesseur, de vous concilier la sainte joie du c\u0153ur par tous les divertissements qui vous seront possibles&#8230; \u00bb (74 : I, 145)<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les conseils de mod\u00e9ration, qui lui \u00e9taient fr\u00e9quemment adress\u00e9s, ne la dispensaient pas du n\u00e9cessaire effort par lequel sa volont\u00e9 devait se soumettre \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, et progresser dans la saintet\u00e9. Ils ne lui interdisaient pas l&rsquo;usage des mortifications. Cependant, m\u00eame parmi les rudes pratiques qui lui \u00e9taient sugg\u00e9r\u00e9es ou permises, elle \u00e9tait pri\u00e9e de faire montre de la m\u00eame discr\u00e9tion que dans ses examens de conscience et ses jugements sur elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Vincent ne lui permet l&rsquo;usage de la discipline que \u00ab trois fois par semaine. \u00bb Un peu plus tard, il ajoute : \u00ab &#8230; Que si vous ne pouvez prendre la discipline, et si tant est que vous ayez une ceinture de petites rosettes d&rsquo;argent&#8230; prenez-la au lieu de la discipline et au lieu de celle de poil de cheval, pour ce que celles-l\u00e0 \u00e9chauffent trop. \u00bb (75 : I, 86-101)<\/p>\n<p>Si, d&rsquo;aventure, elle s&rsquo;avance au del\u00e0 de la ligne prudemment trac\u00e9e par son confesseur, il s&#8217;empresse de la ramener au sens de la mesure. Il la gronde : \u00ab Il me semble que vous \u00eates meurtri\u00e8re de vous-m\u00eame pour le peu de soin que vous en avez&#8230; \u00bb (76 : I, 144-45)<\/p>\n<p>Durant un car\u00eame o\u00f9 sa sant\u00e9 se trouve affaiblie, il lui prescrit de demander \u00e0 l&rsquo;archev\u00each\u00e9 la permission de manger de la viande. Il estime en effet que l&rsquo;usage du poisson lui est \u00ab enti\u00e8rement contraire. \u00bb (77 : I, 145)<\/p>\n<p>En 1636, un jubil\u00e9 met \u00e0 la disposition des fid\u00e8les de larges indulgences. Louise de Marillac est avide de les gagner. Saint Vincent l&rsquo;approuve, mais il temp\u00e8re pour elle la rigueur des conditions \u00e0 remplir : \u00ab Faites votre jubil\u00e9 ; mais ne je\u00fbnez pas ; vous \u00eates malade&#8230; \u00bb (78 : I, 350)<\/p>\n<p>A la fin de sa vie, les instructions qui lui parviennent au sujet de ses p\u00e9nitences sont toujours inspir\u00e9es du m\u00eame esprit. Durant l&rsquo;Aven de 1657, les s\u0153urs sont autoris\u00e9es \u00e0 ajouter \u00ab quelque petite p\u00e9nitence \u00e0 celles qu&rsquo;elles font \u00bb d\u00e9j\u00e0, \u00e0 condition qu&rsquo;elles en expriment le d\u00e9sir. Toutefois cette autorisation n&rsquo;est pas accord\u00e9e \u00e0 mademoiselle Le Gras, dont les forces ach\u00e8vent de s&rsquo;\u00e9puiser. \u00ab Pour vous, lui est-il indiqu\u00e9, supportez vos incommodit\u00e9s pour votre p\u00e9nitence,.., et n, pensez pas \u00e0 en faire d&rsquo;autres. \u00bb (79 : VI, 632)<\/p>\n<p>Vincent de Paul, qui est souvent \u00e9prouv\u00e9 lui-m\u00eame dans sa sant\u00e9, donne \u00e0 sa p\u00e9nitente l&rsquo;exemple de la r\u00e9signation courageuse qu&rsquo;il lui demande de pratiquer, en esprit de mortification, durant ses maladies.<\/p>\n<p>En 1631, \u00e0 la suite d&rsquo;un coup de pied de cheval, il voit se d\u00e9velopper sur sa jambe une douloureuse tumeur qui l&rsquo;immobilise totalement. Ses lettres en parlent avec un d\u00e9tachement absolu. \u00ab Ma petite indisposition, fait-il savoir \u00e0 sa collaboratrice, n&rsquo;est point ma petite fi\u00e8vre ordinaire, mais un petit mal de jambe, \u00e0 cause d&rsquo;une petite atteinte d&rsquo;un coup de pied de cheval, et d&rsquo;une petite tumeur qui avait commenc\u00e9 huit ou quinze jours auparavant ; ce qui est si peu de chose que, n&rsquo;\u00e9tait un peu de tendresse qu&rsquo;il y a en mon fait, je ne laisserais point d&rsquo;aller par ville&#8230; \u00bb (80 : I, 110)<\/p>\n<p>D&rsquo;autres moyens s&rsquo;offrent de pratiquer le renoncent, auquel il faut atteindre co\u00fbte que co\u00fbte, puisqu&rsquo;il est la condition de soumission \u00e0 Dieu, et, par cons\u00e9quent, de la saintet\u00e9.<\/p>\n<p>Un homme sans scrupules faisait courir le bruit, aux premi\u00e8res ann\u00e9es du veuvage de Louise de Marillac, qu&rsquo;elle lui avait promis le mariage. Elle re\u00e7oit \u00e0 cette occasion cette exhortation sur le bon usage de la calomnie : \u00ab&#8230; Vous souffrez en votre int\u00e9rieur&#8230; Vous craignez qu&rsquo;on ne parle de vous&#8230; Assurez-vous que c&rsquo;est l\u00e0 un des grands moyens de conformit\u00e9 au Fils de Dieu, que vous pourriez avoir sur la terre, et que vous acquerrez par l\u00e0 des conqu\u00eates sur vous, que vous n&rsquo;avez jamais pu avoir. Oh ! que de vaines complaisances sont an\u00e9anties par l\u00e0 et que d&rsquo;actes d&rsquo;humilit\u00e9 sont produits par ce moyen ! \u00bb (81 : I, 142)<\/p>\n<p>Un mariage se c\u00e9l\u00e8bre dans la famille de la belle-fille de mademoiselle Le Gras. Elle croyait qu&rsquo;elle pourrait y assister. Mais monsieur Vincent mortifie ce d\u00e9sir et refuse la permission, car la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 leur doit l&rsquo;exemple du d\u00e9tachement. (82 : V, 184)<\/p>\n<p>A la mort d&rsquo;une amie, Louise de Marillac est mise en garde contre les attendrissements excessifs, o\u00f9 se resserrent les attaches humaines : \u00ab Je prie votre c\u0153ur, \u00e9crit Vincent, de ne se pas attendrir sur son sujet, ni sur aucun autre que du pur amour de Dieu. \u00bb (83 : I, 349)<\/p>\n<p>Il reconna\u00eet qu&rsquo;il est malais\u00e9, en semblable occurrence, de ma\u00eetriser sa peine. Il sait que \u00ables larmes de Notre-Seigneur sur le Lazare&#8230; font voir la difficult\u00e9\u00bb de se consoler \u00ab dans l\u2019acquiescement \u00e0 l&rsquo;adorable bon plaisir de Dieu&#8230; \u00bb Cependant au d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;une Fille de la Charit\u00e9, il fait cette recommandation \u00e0 leur Sup\u00e9rieure : \u00ab Si vous pleurez, que ce soit peu ; mais apr\u00e8s cela fortifiez-vous&#8230; \u00bb (84 : I, 336)<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me lettre revient m\u00eame \u00e0 la charge avec une force accrue : \u00ab &#8230; Je vous supplie de&#8230; ne vous pas laisser aller \u00e0 la douleur ; c&rsquo;est le bon plaisir de Dieu que vous aimez tant. O Dieu ! quel motif que celui du plaisir de Dieu. Et quel motif encore que celui de penser que cette bonne fille jouit \u00e0 pr\u00e9sent du bonheur de sa gloire ! Enfoncez-vous l\u00e0 dedans, mademoiselle, et n&rsquo;en sortez pas, je vous en supplie. \u00bb (85 : I, 338)<\/p>\n<p>De jour en jour, \u00e0 travers les maladies, les contradictions, les deuils, Louise de Marillac poursuivait la mortification de sa volont\u00e9 propre, pour atteindre \u00e0 la soumission totale au \u00ab bon plaisir \u00bb divin, quelque f\u00fbt le d\u00e9tachement qu&rsquo;il lui propos\u00e2t dans le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements quotidiens. Elle se pliait \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements, sous la conduite sage et ferme tout ensemble de monsieur Vincent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est avec la m\u00eame sagesse que son directeur la guidait dans ses exercices spirituels et ses pratiques de d\u00e9votion, o\u00f9 elle puisait les forces indispensables \u00e0 son d\u00e9pouillement progressif.<\/p>\n<p>Se retirait-elle de la communion, sous le coup d&rsquo;une peine int\u00e9rieure, Vincent la r\u00e9primandait : \u00ab Voyez-vous pas bien que c&rsquo;est une tentation&#8230; Pensez-vous devenir plus capable de vous approcher de Dieu en vous \u00e9loignant qu&rsquo;en vous approchant ? Oh ! certes, c&rsquo;est une illusion&#8230; \u00bb( 86 : I, 111)<\/p>\n<p>Il lui recommandait les confessions courtes. \u00ab Vous y \u00eates un peu trop longue,.. \u00bb, observait-il. En cons\u00e9quence, il la priait d&rsquo;abr\u00e9ger le laborieux inventaire de ses menus manquements. (87 : I, 558)<\/p>\n<p>Elle montrait du go\u00fbt pour une d\u00e9votion minutieuse, en \u00ab trente trois actes \u00bb, \u00e0 \u00ab l&rsquo;humanit\u00e9 sainte \u00bb de J\u00e9sus-Christ. Certes, son confesseur l&rsquo;encourage \u00e0 aimer Dieu de plus en plus ; mais il lui indique pour y arriver, des proc\u00e9d\u00e9s plus simples. \u00ab Lisez, ordonne-t-il, le livre de l&rsquo;amour de Dieu, notamment celui qui traite de la volont\u00e9 de Dieu et de l&rsquo;indiff\u00e9rence. Quant \u00e0 tous ces trente-trois actes \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 sainte et aux autres, ne vous peinez pas quand vous y manquerez. Dieu est amour et veut que l&rsquo;on aille par amour. Ne vous tenez donc pas oblig\u00e9e \u00e0 tous ces bons propos. \u00bb (88 : I, 86)<\/p>\n<p>Il r\u00e9glemente pareillement des pri\u00e8res qu&rsquo;elle tenait \u00e0 dire \u00e0 la M\u00e8re de Dieu. Cette fois, la simplification la surprend et elle avoue son \u00e9tonnement. \u00abJe crois&#8230; devoir dire \u00e0 votre charit\u00e9, se risque-t-elle \u00e0 \u00e9crire, que j&rsquo;ai un peu eu&#8230; de douleur de laisser ces petites pri\u00e8res, dans la pens\u00e9e que la sainte Vierge d\u00e9sirait que je lui rendisse ce petit devoir de reconnaissance&#8230; \u00bb (89 : IV, 199)<\/p>\n<p>Louise de Marillac aimait les d\u00e9votions qui se concr\u00e9tisaient dans des pratiques ext\u00e9rieures, voire m\u00eame dans des images. La derni\u00e8re ann\u00e9e de sa vie, elle fait parvenir \u00e0 saint Vincent malade une repr\u00e9sentation de J\u00e9sus couronn\u00e9 d&rsquo;\u00e9pines, en expliquant la raison de son offrande : \u00ab La seule pens\u00e9e, disait-elle, que je croyais votre ch\u00e8re personne dans des douleurs universelles, me donna celle que rien ne les pouvait adoucir que cet exemple&#8230; \u00bb Elle joignait \u00e0 son envoi une \u00ab m\u00e9daille de Notre-Dame de Liesse. \u00bb (90 : VIII, 214)<\/p>\n<p>Cette m\u00e9daille \u00e9tait s\u00fbrement bien accueillie, car monsieur Vincent portait de tout son pouvoir mademoiselle Le Gras au culte de la Vierge, en la priant d&rsquo;en assurer la diffusion parmi ses filles. \u00ab .. Qu\u2019elles se comportent dans l&rsquo;esprit de la sainte Vierge&#8230; ; qu&rsquo;elles la voient souvent comme devant leurs yeux, devant ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elles ; qu\u2019elles fassent comme elles s&rsquo;imagineraient que pourrait faire la sainte Vierge ; qu&rsquo;elles consid\u00e8rent sa charit\u00e9 et son humilit\u00e9&#8230; \u00bb (91 : I, 513)<\/p>\n<p>A cet \u00e9gard, l&rsquo;accord \u00e9tait absolu entre le directeur et sa p\u00e9nitente, qui demandait \u00e0 mettre les s\u0153urs \u00ab sous la protection de la sainte Vierge \u00bb, afin qu&rsquo;elles fussent en mesure de la reconna\u00eetre pour leur \u00ab unique M\u00e8re. \u00bb (92 : VII, 393)<\/p>\n<p>Avec la permission de saint Vincent, Louise de Marillac allait en p\u00e8lerinage \u00e0 Chartres, afin d&rsquo;y \u00ab recommander \u00e0 la sainte Vierge \u00bb tous les \u00ab besoins \u00bb qui leur \u00e9taient communs. (93 : II, 478-79)<\/p>\n<p>Elle aimait \u00e0 aller prier \u00e0 \u00abNotre-Dame des Vertus\u00bb, \u00e0 Aubervilliers. (94 : I, 506)<\/p>\n<p>Elle unissait volontiers le Fils de Dieu et sa M\u00e8re dans un culte fervent et affectueux, qui s&rsquo;adressait en m\u00eame temps \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle pratiquait, en son particulier, une d\u00e9votion sp\u00e9ciale \u00ab pour honorer la vie cach\u00e9e de Notre-Seigneur dans son emprisonnement aux entrailles de la sainte Vierge, et la congratuler de son bonheur durant ces neuf mois&#8230; \u00bb (95 : II, 576)<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait fid\u00e8le \u00e0 soumettre \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de Vincent de Paul chacune de ses pratiques de d\u00e9votion. Il r\u00e9glait leur fr\u00e9quence, comme il contr\u00f4lait leur nature.<\/p>\n<p>A la veille d&rsquo;entreprendre une retraite individuelle, elle peut m\u00e9diter ces conseils qui lui parviennent : \u00ab &#8230; J&rsquo;oubliais \u00e0 vous dire que vous ne vous surchargiez pas de r\u00e8gles de pratique, ains que vous vous affermissiez \u00e0 bien faire celles (que) vous avez, vos actions journali\u00e8res, vos emplois, bref que tout tourne \u00e0 bien faire ce que vous faites \u00bb. Pendant ces jours de recueillement, elle se contentera de trois oraisons quotidiennes, d&rsquo;une demi-heure chacune. (96 : I, 385)<\/p>\n<p>Un dimanche d&rsquo;hiver, Louise de Marillac est prise d&rsquo;une indisposition \u00ab Vous ne pourriez aller \u00e0 la messe aujourd&rsquo;hui, d\u00e9cide Vincent, sans vous faire plus malade ; entendez-la de votre lit\u2026 ainsi que l\u2019Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote l&rsquo;enseigne, et cela doucement, sans contention&#8230; (97 : I, 398)<\/p>\n<p>Tout modeste qu&rsquo;il f\u00fbt, saint Vincent n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 parler de sa propre exp\u00e9rience pour que mademoiselle Le Gras compr\u00eet mieux qu\u2019elle ne devait pas faire d&rsquo;efforts trop violents pendant l&rsquo;oraison.<\/p>\n<p>\u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 embarrass\u00e9&#8230; toute cette matin\u00e9e, lui confiait-il, sans pouvoir faire qu&rsquo;un peu d&rsquo;oraison et avec beaucoup de distractions\u2026 Cela pourtant ne me d\u00e9courage pas, parce que je mets toute ma confiance en Dieu et non pas certes en ma pr\u00e9paration ni en toutes mes industries ; et je vous souhaite de tout mon c\u0153ur le m\u00eame, puisque le tr\u00f4ne de la bont\u00e9 et des mis\u00e9ricordes de Dieu est \u00e9tabli sur le fondement de nos mis\u00e8res. Confions-nous donc bien en sa bont\u00e9 et nous ne serons jamais confondus, ainsi qu&rsquo;il nous assure par sa parole. \u00bb (98 : II, 290)<\/p>\n<p>Les exercices de pi\u00e9t\u00e9 ne doivent pas se multiplier, comme si toute la besogne de la sanctification leur revenait. Dieu travaille activement au progr\u00e8s spirituel de l&rsquo;\u00e2me qui se confie \u00e0 lui. \u00ab Laissez-lui faire seulement sa volont\u00e9 en vous, recommande Vincent&#8230;, et attendez la dans l&rsquo;\u00e9tendue de vos exercices. Ils suffisent pour vous vouer \u00e0 \u00eatre toute de Dieu. Oh ! qu&rsquo;il faut peu pour \u00eatre toute sainte : faire la volont\u00e9 de Dieu en toute chose. \u00bb (99 : II, 36)<\/p>\n<p>A travers cette soumission elle-m\u00eame, quand elle atteint \u00e0 une particuli\u00e8re excellence, Vincent de Paul montre \u00e0 Louise de Marillac la part \u00e9minente que Dieu prend dans le d\u00e9pouillement de l&rsquo;\u00e2me. Il en prend argument pour la persuader de compter sur lui plus que sur ses propres industries.<\/p>\n<p>\u00ab Madame Goussault, signale-t-il, eut avant-hier une grande crise&#8230; Que l&rsquo;agr\u00e9ment de la volont\u00e9 de Dieu dans son mal a \u00e9t\u00e9 doux et fort ! Ce n&rsquo;est rien de la voir en sant\u00e9, en comparaison de sa maladie. Mais qui fait cela ? Est-ce elle ? N&rsquo;est-ce pas Notre-Seigneur ? \u00bb (100 : I, 408)<\/p>\n<p>Non content de lui montrer l&rsquo;action de J\u00e9sus-Christ dans sa vie, saint Vincent orientait, de fa\u00e7on habituelle, sa p\u00e9nitente vers l&rsquo;\u00c9vangile. Il voulait que sa pens\u00e9e se p\u00e9n\u00e9tr\u00e2t de ses exemples et de son esprit. Dans la vie de l&rsquo;Homme-Dieu, elle trouverait, sous une forme concr\u00e8te et saisissante, des traits de la bont\u00e9 divine ; elle y contemplerait aussi des mod\u00e8les de vertu infiniment entra\u00eenants.<\/p>\n<p>Les quatre m\u00e9ditations d&rsquo;une journ\u00e9e de retraite sont choisis pour elle dans l&rsquo;\u00c9vangile. Le matin et \u00e0 dix heures elle s&rsquo;arr\u00eatera devant \u00ab la naissance de Notre-Seigneur \u00bb. Les deux autres fois elle r\u00e9fl\u00e9chira sur l&rsquo;adoration des \u00ab pasteurs et&#8230; la purification de la sainte Vierge. \u00bb (101 : I, 181)<\/p>\n<p>Comme Louise de Marillac poussait trop vigoureusement son fils vers le sacerdoce, son confesseur la \u00ab prie de faire.., oraison sur Z\u00e9b\u00e9d\u00e9e et ses enfants, auxquels Notre-Seigneur dit, comme elle s&#8217;empressait pour l&rsquo;\u00e9tablissement de ses enfants : \u00ab Vous ne savez ce que vous demandez. \u00bb (102 : I, 517)<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9vangile pr\u00e9sente l&rsquo;exemple de toutes les vertus. Une douceur qui risque de confiner \u00e0 la faiblesse y trouve ais\u00e9ment son correctif. Vincent en donne la pittoresque assurance : \u00ab &#8230; Si la douceur de votre esprit a besoin d&rsquo;un filet de vinaigre, empruntez-en un peu de l&rsquo;esprit de Notre-Seigneur. O mademoiselle, qu&rsquo;il savait bien trouver l&rsquo;aigre-doux, quand il fallait. \u00bb (103 : I, 393-94)<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 la Sup\u00e9rieure des Filles de la Charit\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait naturellement la charit\u00e9 de J\u00e9sus- Christ qui \u00e9tait surtout propos\u00e9e au mod\u00e8le : \u00ab Les personnes de la Charit\u00e9 ont ce bonheur d&rsquo;avoir ce rapport avec Notre-Seigneur d&rsquo;aller comme lui, tant\u00f4t en un lieu et tant\u00f4t en un autre, pour l&rsquo;assistance du prochain. O mademoiselle, quel bonheur d&rsquo;avoir cette conformit\u00e9 avec le Fils de Dieu, et quelle marque bienheureuse de leur pr\u00e9destination ont les Filles de la Charit\u00e9 en cela ! \u00bb (104 : I, 363)<\/p>\n<p>Partant pour une tourn\u00e9e d&rsquo;inspection des confr\u00e9ries de la Charit\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es en Champagne, mademoiselle Le Gras se rappellera les incessants voyages entrepris par J\u00e9sus- Christ pour l&rsquo;amour du prochain. Elle supportera \u00ab les peines, les contradictions, les lassitudes et les travaux \u00bb qui l&rsquo;attendent ; comme il a support\u00e9 les siens au cours de ses p\u00e9r\u00e9grinations. (105 : I, 74)<\/p>\n<p>Durant une retraite, il semble qu&rsquo;elle soit assaillie par les inqui\u00e9tudes intimes qui ne l&rsquo;abandonnaient jamais tout \u00e0 fait. Qu&rsquo;elle tourne donc son regard vers le temps que J\u00e9sus a pass\u00e9 au d\u00e9sert avant sa vie publique. Elle a \u00ab sujet d&rsquo;honorer les diverses tristesses et agitations de Notre-Seigneur dans sa solitude, et les tentations horribles qu&rsquo;il y souffrit&#8230; \u00bb. Cette similitude est bien capable de la \u00ab consoler \u00bb. (106 : IV, 590)<\/p>\n<p>La Passion de J\u00e9sus, avec ses humiliations, est \u00e9voqu\u00e9e lorsque Louise de Marillac se sent visit\u00e9e par des pens\u00e9es d&rsquo;orgueil parmi les honneurs qui lui sont rendus. \u00ab Unissez votre esprit, conseille monsieur Vincent, aux moqueries, aux m\u00e9pris et au mauvais traitement que le Fils de Dieu a soufferts, lorsque vous serez honor\u00e9e et estim\u00e9e&#8230; Un esprit vraiment humble s&rsquo;humilie autant dans les honneurs que dans les m\u00e9pris, et fait comme la mouche \u00e0 miel qui fait son miel aussi bien de la ros\u00e9e qui tombe sur l&rsquo;absinthe que de celle qui tombe sur la rose&#8230; \u00bb (107 : I, 98)<\/p>\n<p>Qu&rsquo;une \u00e9preuve particuli\u00e8rement lourde survienne et la croix elle-m\u00eame se dressera, non seulement pour enseigner la patience, mais pour s&rsquo;offrir comme le plus s\u00fbr moyen d&rsquo;aller \u00e0 Dieu, dans un total renoncement \u00e0 soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le mar\u00e9chal de Marillac avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 par ordre de Richelieu. A cette nouvelle, Vincent de Paul \u00e9crit \u00e0 la ni\u00e8ce de la victime : \u00ab Ce que vous me mandez de monsieur le mar\u00e9chal de Marillac me para\u00eet digne de grande compassion et m&rsquo;afflige. Honorons l\u00e0-dedans le bon plaisir de Dieu et le bonheur de ceux qui honorent le supplice du Fils de Dieu par le leur. Il ne nous importe comme quoi nos parents vont \u00e0 Dieu pourvu qu&rsquo;ils y aillent. Or, le bon usage de ce genre de mort est un des plus assur\u00e9s pour la vie \u00e9ternelle. Ne le plaignons donc point ; ains acquies\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;adorable volont\u00e9 de Dieu. \u00bb (108 : I, 153)<\/p>\n<p>Vers le m\u00eame temps, saint Vincent propose \u00e0 mademoiselle Le Gras de consid\u00e9rer qu&rsquo;aux \u00ab pieds de la croix \u00bb elle poss\u00e8de \u00ab la meilleure place \u00bb qui se puisse \u00ab avoir en ce monde \u00bb. Elle est certaine en effet que nulle part ailleurs ne lui sera mieux offert le bien supr\u00eame, qui consiste \u00e0 soumettre sans r\u00e9serve la volont\u00e9 humaine \u00e0 la volont\u00e9 divine, quelle que soit l&rsquo;\u00e9tendue du sacrifice \u00e0 subir pour arriver \u00e0 cet entier d\u00e9pouillement. (109 : I, 152)<\/p>\n<p>Il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire que les circonstances fussent aussi graves, pour que monsieur Vincent m\u00eet pleinement \u00e0 la disposition de sa fille ses conseils et son r\u00e9confort. Elle craignait parfois d&rsquo;abuser de son attention, mais il s&#8217;empressait de la rassurer : \u00ab &#8230; Sachez-le pour une bonne fois, mademoiselle, qu&rsquo;une personne que Dieu a d\u00e9sign\u00e9e en son conseil pour aider quelqu&rsquo;autre, ne se trouve non plus surcharg\u00e9e des \u00e9claircissements qu&rsquo;elle demande, que fait un p\u00e8re d&rsquo;un sien enfant&#8230; \u00bb (110 : I, 214)<\/p>\n<p>Dans sa sollicitude, il prenait m\u00eame l&rsquo;engagement de ne jamais la perdre de vue : \u00ab Bien volontiers, d\u00e9cidait-il, je vous avertirai de vos fautes et ne vous en laisserai passer pas une. \u00bb (111 : I, 419)<\/p>\n<p>Il tenait parole. Lorsque, par exc\u00e8s de modestie, elle refusait d\u2019\u00eatre nomm\u00e9e, m\u00eame si son activit\u00e9 ne pouvait \u00eatre pass\u00e9e sous silence, Vincent la reprenait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment : \u00ab Il faut se garder de tomber dans le vice de singularit\u00e9, pour ce qu&rsquo;il a sa racine dans la vanit\u00e9, et celle-ci dans l&rsquo;orgueil, qui est le vice de tous les vices. \u00bb (112 : I, 420)<\/p>\n<p>Le soin vigilant qu&rsquo;il apportait \u00e0 conduire vers Dieu l&rsquo;\u00e2me qui se confiait \u00e0 lui, s&rsquo;interdisait cependant d&rsquo;\u00e9touffer en elle les initiatives personnelles. Il les favorisait au contraire, car il cherchait \u00e0 intensifier la vie religieuse : il ne voulait pas la comprimer.<\/p>\n<p>Emp\u00each\u00e9 d&rsquo;accorder \u00e0 sa p\u00e9nitente un entretien qu&rsquo;elle souhaitait, il lui sugg\u00e9rait d&rsquo;\u00e9couter directement les volont\u00e9s divines, sans qu&rsquo;un interm\u00e9diaire les interpr\u00e9t\u00e2t \u00e0 son intention : \u00ab&#8230; Je prie Notre-Seigneur de vous dire lui-m\u00eame ce que vous devez faire&#8230; Faites ce qu&rsquo;il vous semblera que notre.., aimable Sauveur demandera de vous&#8230; Qu&rsquo;il soit la lumi\u00e8re de votre c\u0153ur et sa douce chaleur&#8230; Soyez la consolation de ses ch\u00e8res filles et elles la v\u00f4tre en son parfait amour. \u00bb (113 : I, 172)<\/p>\n<p>Le m\u00eame mot d&rsquo;ordre revenait, lorsque se renouvelaient les absences de monsieur Vincent :<\/p>\n<p>\u00ab &#8230; Notre-Seigneur, aimait-il \u00e0 redire, fera lui-m\u00eame l&rsquo;office de directeur \u00bb (114 : I, 26)<\/p>\n<p>Il ajoutait volontiers dans ces occasions : \u00ab Soyez donc sa ch\u00e8re fille, toute humble, toute soumise et toute pleine de confiance ; et attendez avec confiance l&rsquo;\u00e9vidence de sa sainte et adorable volont\u00e9. \u00bb Il disait encore : \u00ab Soyez toujours bien simple et sinc\u00e8re&#8230; \u00bb (115 : I, 26 et 282)<\/p>\n<p>Louise de Marillac s&rsquo;effor\u00e7ait de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;attente de son directeur. En toute droiture, elle essayait de refouler les appr\u00e9hensions qui la harcelaient, pour s&rsquo;abandonner avec confiance aux conduites divines.<\/p>\n<p>Elle \u00e9crivait \u00e0 saint Vincent en 1646 : \u00ab je suis indigne des conduites de la divine Providence, dont votre charit\u00e9 me fait l&rsquo;honneur de m&rsquo;avertir pour me tirer de mes infid\u00e9lit\u00e9s. Je renonce donc \u00e0 ces appr\u00e9hensions de l&rsquo;avenir pour ne vouloir que ce que Dieu voudra ordonner chaque jour, sans n\u00e9anmoins me pouvoir emp\u00eacher, je crois, les justes craintes que je dois avoir pour mes infid\u00e9lit\u00e9s, avec soumission pourtant. \u00bb (116 : II, 575)<\/p>\n<p>L&rsquo;inqui\u00e9tude cherchait toujours \u00e0 la reprendre. Mais elle se pr\u00eatait bien docilement \u00e0 l&rsquo;action de son confesseur, qui travaillait sans se lasser \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablir solidement dans la confiance.<\/p>\n<p>Elle notait les m\u00eames oscillations entre la promptitude de ses empressements et sa paisible attente des indications providentielles. Dans un cas difficile o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de sa compagnie \u00e9tait en jeu, elle demandait \u00e0 Vincent de Paul, en disciple fid\u00e8le de la doctrine du Ma\u00eetre, si son r\u00f4le ne devait pas se borner \u00e0 \u00ab admirer la Providence, essayer d&rsquo;en faire conna\u00eetre la bont\u00e9 et les effets, &#8230; croire qu&rsquo;il fait bon souffrir et attendre avec patience l&rsquo;heure de Dieu dans les affaires les plus difficiles&#8230; \u00bb. Mais elle faisait suivre l&rsquo;offre de ce bon vouloir par l&rsquo;humble aveu que son \u00ab humeur trop pr\u00e9cipit\u00e9e \u00bb r\u00e9pugnait \u00ab souvent \u00bb \u00e0 ces sages temporisations.(117 : V, 478)<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces r\u00e9pugnances qu&rsquo;elle avoue, l&rsquo;action de son directeur obtient en elle son effet. En 1656, elle prend plaisir \u00e0 lui dire : \u00ab La compagnie est plus dirig\u00e9e par \u00bb la \u00ab Providence que par autre soin.\u00bb (118 : V, 644)<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, elle se montre plus explicite encore : \u00ab je ne sais si je me trompe, mais il me semble que Notre-Seigneur voudra toujours plus de confiance que de prudence pour maintenir la compagnie, et que cette m\u00eame confiance fera agir la prudence dans les besoins, sans que l&rsquo;on s&rsquo;en aper\u00e7oive ; et il me semble que l&rsquo;exp\u00e9rience l&rsquo;a fait souvent conna\u00eetre en diverses occasions dont la paresse de mon esprit a eu besoin. Si je ne dis vrai, j&rsquo;esp\u00e8re que votre charit\u00e9 me d\u00e9trompera&#8230; \u00bb (119 : VI, 57)<\/p>\n<p>Elle r\u00e9percutait trop fid\u00e8lement l&rsquo;\u00e9cho des enseignements de Vincent de Paul, pour qu&rsquo;il songe\u00e2t \u00e0 la d\u00e9tromper. Elle s&rsquo;\u00e9vadait en effet de ses appr\u00e9hensions au point de faire passer la confiance avant la prudence. Elle discernait que dans la paix de l&rsquo;esprit, cr\u00e9\u00e9e par Abandon \u00e0 la Providence, la prudence agissait mieux \u00ab dans les besoins \u00bb.<\/p>\n<p>Son esprit, trop tendu au gr\u00e9 de son confesseur, se d\u00e9tendait \u00e0 la pens\u00e9e de la constance que Dieu met en son amour. La fid\u00e9lit\u00e9 divine, qui \u00e9chappe \u00e0 toute fluctuation, la rassurait. Lors d&rsquo;un retour offensif de ses inqui\u00e9tudes, ses yeux tombent sur ces mots : \u00ab Dieu est celui qui est. \u00bb Elle y d\u00e9couvre le gage d&rsquo;une telle stabilit\u00e9 dans la protection de la Providence, qu&rsquo;elle est imm\u00e9diatement rass\u00e9r\u00e9n\u00e9e : \u00ab &#8230; Ces seuls mots, \u00e9crit-elle \u00e0 Vincent, que Dieu est celui qui est m&rsquo;ont toute mise dans la tranquillit\u00e9, quoique j&rsquo;ai bien trouv\u00e9 en moi des crimes contre sa bont\u00e9. \u00bb (120 : IV, 202)<\/p>\n<p>Elle se repr\u00e9sente que la bont\u00e9 de Dieu est sp\u00e9cialement attentive \u00e0 sa personne, comme \u00e0 la personne de chaque fid\u00e8le, et elle go\u00fbte dans cette contemplation une joie si vive qu&rsquo;elle est oblig\u00e9e d&rsquo;en faire imm\u00e9diatement confidence \u00e0 monsieur Vincent : \u00ab Mon c\u0153ur, encore tout plein de joie de l&rsquo;intelligence qu&rsquo;il me semble que notre bon Dieu lui a donn\u00e9e de ces mots : Dieu est mon Dieu, et du sentiment que j&rsquo;ai eu de la gloire que tous les bienheureux lui rendent en suite de cette v\u00e9rit\u00e9, ne peut s&#8217;emp\u00eacher de vous parler ce soir et de vous supplier \u00e0 m&rsquo;aider \u00e0 faire usage de ces exc\u00e8s de joie&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, elle marque sa disposition \u00e0 s&rsquo;offrir tout enti\u00e8re \u00e0 Dieu, qui est assez bon pour lui faire comprendre qu&rsquo;il est son Dieu et qu&rsquo;il lui fait un don personnel de son amour :<\/p>\n<p>\u00ab&#8230; Vous savez, dit-elle, que tout ce que je suis est entre vos mains pour \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 ce bon Dieu&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Les avis qu&rsquo;elle sollicite lui parviennent sans tarder : \u00ab B\u00e9ni soit Dieu, mademoiselle, des caresses dont sa divine Majest\u00e9 vous honore ! Il faut les recevoir avec respect et d\u00e9votion, et en la vue de quelque croix qu&rsquo;il vous va pr\u00e9parant. Sa bont\u00e9 a accoutum\u00e9 de pr\u00e9venir les \u00e2mes qu&rsquo;il aime, de la sorte, quand il d\u00e9sire les crucifier. Oh ! quel bonheur d&rsquo;avoir une providence si paternelle de Dieu sur soi, et que cela vous doit augmenter la foi, la confiance en Dieu et \u00e0 l&rsquo;aimer plus que jamais&#8230; \u00bb (121 : III, 231-32)<\/p>\n<p>Le don total de sa propre personne que Louise de Marillac renouvelait \u00e0 Dieu \u00e9tait agr\u00e9\u00e9. Bien plus, Dieu la pr\u00e9parait \u00e0 cette oblation avant qu&rsquo;elle n&rsquo;en exprim\u00e2t l&rsquo;id\u00e9e. Le d\u00e9pouillement absolu \u00e9tait le terme auquel il voulait la conduire. La joie m\u00eame qui lui \u00e9tait accord\u00e9e en cours de route l&rsquo;attachait davantage \u00e0 Dieu et facilitait son absolu renoncement, consenti \u00e0 Dieu par amour.<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;abandonnait \u00e0 ses desseins sur elle, conform\u00e9ment au d\u00e9sir de saint Vincent, parmi les inqui\u00e9tudes qui la reprenaient comme dans les joies qui la r\u00e9confortaient. La \u00ab crainte \u00bb que lui causait l&rsquo;id\u00e9e de la pr\u00e9destination, bien loin de porter atteinte \u00e0 sa soumission, en<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>accentuait encore la docilit\u00e9. Elle acceptait d&rsquo;\u00ab \u00eatre \u00e0 jamais objet de \u00bb la \u00ab justice \u00bb de Dieu, si tel \u00e9tait son arr\u00eat. (122 : III, 198)<\/p>\n<p>Elle ne doutait pas d&rsquo;ailleurs de la \u00ab mis\u00e9ricorde \u00bb du bon plaisir divin, dont elle faisait la r\u00e8gle de sa volont\u00e9 personnelle. Sa docilit\u00e9 m\u00eame lui paraissait un effet de la mis\u00e9ricorde divine. C&rsquo;est filialement qu&rsquo;elle demandait \u00e0 la puissance de Dieu d&rsquo;\u00f4ter \u00ab tous les emp\u00eachements \u00e0 la parfaite ex\u00e9cution \u00bb de la volont\u00e9 d&rsquo;en haut, qui devait s&rsquo;accomplir en elle. (123 : II, 592)<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, elle pensa qu&rsquo;elle pouvait \u00eatre \u00ab remplie de confusion \u00bb \u00e0 son dernier jour. Toutefois, l&rsquo;esp\u00e9rance qu&rsquo;elle fondait sur \u00ab la bont\u00e9 de Dieu \u00bb \u00e9tait plus forte que la crainte. C&rsquo;est d&rsquo;un c\u0153ur confiant qu&rsquo;elle suppliait le juge supr\u00eame, quelques mois avant de mourir, de lui \u00e9pargner un verdict de condamnation. (124 : VII, 582)<\/p>\n<p>Louise de Marillac fut la p\u00e9nitente de Vincent de Paul durant trente-cinq ans environ. Il ajusta constamment sa direction aux besoins qu&rsquo;il d\u00e9couvrait en elle.<\/p>\n<p>Avec une enti\u00e8re droiture elle s\u2019accusait de mettre trop d&#8217;empressement en ses entreprises. Surtout, son \u00e2me d\u00e9licate \u00e9tait port\u00e9e \u00e0 grossir ses imperfections. Les inqui\u00e9tudes la visitaient et la faisaient souffrir.<\/p>\n<p>Son confesseur, en cons\u00e9quence, insistait sur la n\u00e9cessit\u00e9 de marcher du m\u00eame pas que la Providence, d&rsquo;attendre docilement ses indications pour passer \u00e0 l&rsquo;action. Il lui enseignait la confiance en Dieu. Il t\u00e2chait de l&rsquo;\u00e9tablir dans la paix et dans la joie. Ses avis ne multipliaient pas les mortifications corporelles. Les pratiques de d\u00e9votion \u00e9taient par lui r\u00e9glement\u00e9es avec discernement.<\/p>\n<p>Toutefois ses conseils apaisants ne dispensaient pas sa p\u00e9nitente de l&rsquo;indispensable effort qu&rsquo;exige le renoncement chr\u00e9tien. Il lui repr\u00e9sentait au contraire que la perfection ne se r\u00e9alise que dans l&rsquo;entier d\u00e9pouillement d&rsquo;une volont\u00e9 soumise sans r\u00e9serve \u00e0 la volont\u00e9 divine.<\/p>\n<p>La le\u00e7on \u00e9tait comprise. Consciente de la difficult\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, Louise de Marillac demandait \u00e0 Dieu en ses oraisons de parfaire lui-m\u00eame par l&rsquo;effet de sa puissance, le total renoncement auquel elle aspirait.<\/p>\n<p>Elle restait craintive devant lui, parce qu&rsquo;elle \u00e9tait tr\u00e8s frapp\u00e9e de son insuffisance. Toutefois, parmi ses craintes elles-m\u00eames, elle \u00e9coutait docilement saint Vincent et elle s&rsquo;abandonnait r\u00e9solument \u00e0 la bont\u00e9 divine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Dispositions De Louise De Marillac. \u2014 Ses Inqui\u00e9tudes. \u2014 Les Conseils De Vincent De Paul. \u2014Paix Et Joie. \u2014 Le Bon Plaisir De Dieu. \u2014 Confiance En Dieu. \u2014 Abandon A La Providence. \u2014 &#8230; <a href=\"http:\/\/vincentians.com\/fr\/saint-vincent-de-paul-et-sainte-louise-de-marillac-leurs-relations-dapres-leur-correspondance-avant-propos-2-2\/\" class=\"more-link\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":105011,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[128,18,5],"tags":[],"class_list":["post-105013","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-au-temps-de-vincent-de-paul","category-louise-de-marillac","category-vincent-de-paul"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, leurs relations d&#039;apr\u00e8s leur correspondance. 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