Vincent de Paul, Lettre 0019. Sainte Chantal A Saint Vincent

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Vincent de PaulLeave a Comment

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Auteur: Vincent de Paul .
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Novembre 1627.1

Vous voilà donc, mon très cher Père, engagé à travailler dans la province de Lyon, et par conséquent nous voilà privées de vous voir de longtemps ; mais à ce que Dieu fait il n’y a rien à redire, ains à le bénir de tout, comme je fais, mon très cher Père, de la liberté que votre charité me donne de vous continuer ma confiance et de vous importuner. Je le ferai tout simplement.

J’ai donc fait quatre jours d’exercices, et non plus, à cause de plusieurs affaires qui me sont survenues. J’ai vu le besoin que j’ai de travailler à l’humilité et au support du prochain, vertus que j’avais prises l’année passée et que Notre-Seigneur m’a fait la grâce de pratiquer un peu. Mais c’est lui qui a tout fait et le fera encore, s’il lui plaît, puisqu’il m’en donne tant d’occasions. Pour mon état, il me semble que je suis dans une simple attente de ce qu’il plaira à Dieu faire de moi. Je n’ai ni désirs ni intentions ; chose aucune ne me tient que de vouloir laisser faire Dieu ; encore je ne le vois pas, mais il me semble que cela est au fond de mon âme. Je n’ai point de vue ni de sentiment pour l’avenir, mais je fais à l’heure présente ce qui me semble être nécessaire à faire, sans penser plus loin.

Souvent tout est révolté en la partie inférieure, ce qui me fait bien souffrir, et je suis là, sachant que, par la patience, je posséderai mon âme. De plus, j’ai un surcroît d’ennuis pour ma charge, car mon esprit hait grandement l’action, et me forçant pour agir dans la nécessité, mon corps et mon esprit en demeurent abattus. Mon imagination, d’un autre coté, me peine grandement en tous mes exercices, et avec un ennui assez grand. Notre-Seigneur permet aussi qu’extérieurement l’aie plusieurs difficultés, en sorte que chose aucune ne me plaît en cette vie que la seule volonté de Dieu, qui veut que j’y sois. Et Dieu me fasse miséricorde, que je vous supplie de lui demander fortement ; et je ne manquerai pas de le prier comme je fais de tout mon cœur, qu’il vous fortifie pour la charge qu’il vous a donnée.

  1. En novembre 1627, sainte Chantal était en route pour Orléans ; elle arriva à Paris dans le courant de janvier et n’en partit qu’au mois de mai. Jeanne-Françoise Frémiot, née à Dijon le 23 janvier 1572, avait eu quatre enfants de son mariage avec le baron de Chantal.

    Devenue veuve très jeune, elle se mit sous la conduite de saint François de Sales et établit avec lui l’ordre de la Visitation. La fondation du premier monastère de Paris l’attira et la fixa dans cette ville de 1619 à 1622. Elle y connut saint Vincent, qu’elle demanda à Jean-François de Gondi pour supérieur de ses filles. Jusqu’à sa mort, survenue à Moulins, le 13 décembre 1641, au retour d’un voyage à Paris, sainte Chantal resta en rapports suivis avec ce saint prêtre, qu’elle se plaisait à consulter pour sa direction intérieure et pour les affaires de sa communauté. (La Vie de la Vénérable Mère Jeanne-Françoise Frémiot, par Messire Henri de Maupas du Tour. Paris, 1644, in-4°.)

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