Une Semence d’Eternité : Saint Jean-Gabriel Perboyre : Prêtre de la Mission, Martyr, Premier Saint de Chine (07)

Francisco Javier Fernández ChentoJean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Yves Ducourneau, cm · Année de la première publication : 1996.
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6. Le départ pour les champs du monde

La prière est la seule force qu’il reste à Jean-Gabriel. Que veut de lui le Seigneur ? Il a en son cœur ce désir profond de suivre les traces missionnaires de ses confrères déjà partis. Il a en son âme la mémoire vivante de son frère Louis disparu avant d’avoir touché les côtes chinoises. Il a médité maintes et maintes fois sur le sens d’une vie donnée pour Dieu sur des terres lointaines et sur ses conséquences souvent inéluctables. Son combat n’a pourtant qu’un but : gagner le Ciel et le moyen qu’il a choisi est la Chine, « il faut par-dessus tout travailler à devenir saints ». Tout en son être s’interroge dans cette nuit de la foi qui suit le dernier refus de le voir partir si loin.

Au petit matin, à la surprise de tous, le médecin de la maison change d’avis. On dit qu’il fut pris de remords et qu’il n’en avait pas fermé l’œil de la nuit. Après tout, peut-être que la santé du père Perboyre allait s’affermir avec le long voyage et le changement d’air. Jean-Gabriel est libre de partir en Chine. Le supérieur général, ne voulant pas faire obstacle à la Providence, ni à la vocation missionnaire assurément certaine de son sous-directeur des novices, et se rangeant derrière l’avis du médecin, acquiesce sans autre forme de procès. Nous sommes le 2 février 1835, fête de la Présentation de Jésus au Temple et de la Purification de Marie, à qui Jean-Gabriel attribua toujours cette grâce. Pour lui, en ce jour de grâce, tout exulte et chante.

Son directeur de conscience, le père Le Go, ne peut que constater spirituellement les faits : « Voyez-vous ce que c’est que la prière ? Nous avions résolu de ne pas le laisser partir. Mais voilà que ses ferventes prières auprès de Dieu nous ont tous changés et sans savoir comment ? »

L’affaire ne reste pas secrète. La maison-mère s’anime soudain. On en discute dans les longs couloirs froids de la maison. On est étonné d’une telle décision. Certains séminaristes veulent prendre illico le même chemin. D’autres réclament déjà un souvenir de leur responsable… A un cousin de passage, Jean-Gabriel donne une Médaille Miraculeuse de la Rue du Bac en lui disant simplement : »Je vous prie d’accepter cette médaille, c’est bien peu de chose, sans doute, mais vous savez que je suis pauvre et que j’ai fait vœu de pauvreté ; c’est pourquoi, je vous prie de ne pas considérer le prix de la chose en elle-même, mais de l’accepter comme un souvenir d’une personne qui vous est très affectionnée ».

Le cœur brûlant d’une joie nouvelle, le futur missionnaire de Chine annonce sans tarder la nouvelle à son oncle : « Le bon Dieu vient de me favoriser d’une grâce bien précieuse et dont j’étais bien indigne. Quand il daigna me donner la vocation pour l’état ecclésiastique, le principal motif qui me détermina à répondre à sa voix fut l’espoir de pouvoir prêcher aux infidèles la bonne nouvelle du salut. Depuis je n’avais jamais tout à fait perdu de vue cette perspective, et l’idée des missions de Chine surtout a toujours fait palpiter mon cœur. Eh bien ! mon cher oncle, mes vœux sont aujourd’hui exaucés. Ce fut le jour de la Purification que me fut accordée la mission pour la Chine, ce qui me fait croire que, dans cette affaire, je dois beaucoup à la Sainte Vierge. Et poursuivant avec assurance, il écrit encore : « Je vais donc partir avec deux de nos jeunes confrères et plusieurs prêtres des Missions Étrangères. » Soucieux de la peine prévisible de ses parents, il demande à l’oncle : « Je viens d’écrire à mes parents ; j’espère qu’ils sauront faire leur sacrifice en bons chrétiens. Vous voudrez bien, quand l’occasion s’en présentera, les consoler et les aider de vos bons conseils ».

Les préparatifs du départ s’accélèrent. Il est impossible de retourner une dernière fois au Puech. Il a cependant l’opportunité de revoir avec grande joie son jeune frère Jean-Jacques, alors frère coadjuteur dans la Congrégation et sa sœur Antoinette, Fille de la Charité à Paris. Jean-Gabriel est prêt pour les adieux à ses confrères et ses novices. L’un d’eux, Mr Peschaud racontera plus tard : « Jean-Gabriel voulut faire ses adieux aux séminaristes, mais saisi par l’émotion, il put à peine leur dire quelques mots, puis il se mit à genoux pour leur demander pardon de ses mauvais exemples et des peines qu’il aurait pu nous faire, mais tous tombèrent eux aussi à genoux et lui demandèrent sa bénédiction ».

Les derniers adieux se font dans la cour d’entrée de la Maison-Mère. On demande pour Jean-Gabriel et ses confrères la bénédiction de Dieu et de ses anges et on les laisse enfin partir.

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