Trois invitations du Bienheureux P. Marcantonio Durando à la Famille Vincentienne

Francisco Javier Fernández ChentoMarcantonio DurandoLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Bruno Gonella, C.M. · Traducteur : François Brillet, C.M.. · La source : Vincentiana.
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1. Invitation à raviver la spiritualité de saint Vincent de Paul

Le père Marcantonio Durando est resté fasciné par la spiritualité de saint Vincent de Paul et c’est à cause de cela que, grâce aussi à la présence des Messieurs de la Mission dans la petite ville de Mondovì, sa ville natale, qu’il choisit d’entrer dans la Congrégation avec l’intention de réaliser son désir de « partir missionnaire en Chine ».

Cette « spiritualité », le père Durando la cultiva pendant toute sa vie.

Parmi ses nombreuses lettres, retenons celle adressée à une sœur1, dans laquelle le bienheureux manifeste clairement sa recherche (et sa demande) de l’« esprit de saint Vincent » :

[…] Je me recommande beaucoup durant cette neuvaine à saint Vincent ; j’ai bien besoin de son esprit, dont je me découvre dépourvu et dont je ne constate en moi aucun signe distinctif, sauf un faible désir de l’obtenir ; j’avance en âge, je me rapproche de la mort et je ressens encore en moi tout l’esprit du monde et des vanités.

Obtenez-moi donc cet esprit du Saint, que je puisse encore faire, ou je dirai mieux, que je puisse commencer à faire quelque bien au bénéfice de la Congrégation de la Mission et priez le Saint, pour qu’il daigne m’inscrire au nombre et dans le livre de ses bons fils, pieux, humbles et obéissants […].

Au moment de sa mort, on a dit de lui: nous avons perdu un autre saint Vincent. Au cours de ses 79 ans de vie il sut actualiser la vocation vincentienne à travers les ministères caractéristiques de la Compagnie:

  • Il débuta son ministère sacerdotal avec la prédication des missions populaires ;
  • Presque aussitôt il y ajouta la formation du Clergé surtout comme guide de prêtres, comme confesseur et conseiller des âmes dans le Turin de son époque.
  • Sa tâche de « guide spirituel » lui permit de se transformer en « éveilleur de vocations », spécialement dans le monde féminin (Filles de la Charité, Enfants de Marie, fondation des Sœurs Nazaréennes).
  • Comme saint Vincent de Paul le père Durando appliqua ses dons de créateur au domaine de la valorisation des Laïcs, en les orientant vers la collaboration avec les Filles de la Charité dans les nombreux groupes « caritatifs » qu’il créa à Turin et dans le Piémont, (les Miséricordes).
  • Il ne négligea pas, malgré la décision de ses supérieurs de ne pas l’envoyer aux missions ad gentes, l’engagement dans le champ de la « missionnarité » : partout où cela lui fut possible il envoya des Missionnaires ; il soutint l’œuvre du « Collège pour les Clercs des Missions étrangères » (Brignole Sale Negroni de Gênes) ; dans une lettre au père Fiorillo, Assistant Général, il écrivait en 1841: les besoins d’une mission m’attendrissent….

Le Père Durando fut un des collaborateurs et des défenseurs de l’œuvre de la « Propagation de la Foi » qui avait pour but non seulement de récolter des fonds mais aussi de sensibiliser et de former à l’esprit missionnaire.

2. Une invitation à être fidèles aux vertus typiquement vincentiennes

Convaincu que l’extraordinaire est suspect le père Durando avança vers la sainteté en suivant, comme il aimait à le dire, la voie normale.

Il se sanctifia, en fait, dans l’exercice du ministère ordinaire, travaillant sur lui-même (souvent en se taisant, en se cachant). « Sa » voie normale était surtout un rappel au concret: (Cfr. L’expression bien connue de saint Vincent: … c’est à la sueur de notre front…). La sainteté, celle du Père Durando, s’obtient sans que rien n’apparaisse d’extraordinaire.

Riche de la « sagesse » des hommes de valeur, et équilibré par une radicale attitude pratique enracinée en lui (innée?), il se préoccupa de « réformer les personnes, au lieu de se lamenter sur les institutions », étant donné que le mal provient des personnes et non pas des choses.

Il enseigna que l’amour pour Dieu se démontre par l’acceptation de Sa volonté, en restant fidèles à ses obligations, en pratiquant la charité envers le prochain, mais une charité délicate, spécialement envers les malades. Il avait l’habitude de recommander aux Missionnaires de prêcher plus par le bon exemple que par la parole.

Devenant un exemple de gratuité et de disponibilité il fut l’interprète idéal des cinq vertus vincentiennes : (Prudence dans la) simplicité, humilité, mortification, douceur et zèle apostolique. Ces vertus que, à la suite de saint Vincent, il nomma les cinq pierres de David en référence à l’épisode biblique connu du premier livre de Samuel, ch. 17.

3. Une invitation à repenser notre présence de missionnaires et de famille vincentienne

Les intuitions si courageuses que le Père Durando nous a laissées, invitent la Province des Lazaristes et la Famille Vincentienne à rester « inventifs » même au cours du troisième millénaire, comme saint Vincent lui-même sut être génialement inventif au dix-septième siècle.

Le P. Durando a vécu en un temps de « transition » (comme nous avons l’habitude de dire) : après la Révolution Française et après la « chute de Napoléon Bonaparte ». Les Lazaristes étaient peu nombreux, les « lois de suppression » provoquèrent l’éparpillement des sujets (la dispersion, et dans de nombreux cas aussi l’abandon de la Congrégation). Au cours de tant de moments « difficiles » il demeura solide « dans la foi qui espère en tout », convaincu que « tout est dans les mains de Dieu ».

Grâce à son sens ecclésial prononcé (bien qu’il ait été incapable de le respirer dans sa famille d’origine) le P. Durando collabora avec tout le monde sans préjugés : avec le monde ecclésiastique Turinois (Évêques, Prêtres, Saints), avec le monde politico-civil (le roi Carlo Alberto, Vittorio Emanuele II) et avec le peuple chrétien (fondation des Miséricordes).

Le Bienheureux P. Durando trouva la solution pour aider les pauvres filles qu’aucune Congrégation n’acceptait de recevoir à se mettre au service de Dieu : c’est pour elles qu’il institua la Compagnie de Jésus le Nazaréen Crucifié.

Sa présence fut une présence de veilleur attentif aux événements, comme si la solution des problèmes dépendait de nous, toutefois en investissant la plus grosse partie de sa confiance dans la Providence ! Ne serait-ce pas un secret pour repenser notre présence de vincentiens aujourd’hui ?

  1. P. Durando Marcantonio, Epistolario, lettres transcrites par le p. Chierotti Luigi c.m., volume VI, pag, 65-66, Sarzana 1979, lettre du 13 juillet 1862.

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