Monsieur Vincent, ses maladies, ses médecins

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: J. Peyresblanques · Année de la première publication : 1982 · La source : Communication présentée à la séance du 20 novembre 1982 de la Société française d'histoire de la médecine..
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vincentMonsieur Vincent, le grand saint du Grand siècle, fut d’autant plus grand qu’il lutta toute sa vie contre la maladie… et les médecins.

Le XVIIe siècle fut celui des hommes forts, dit-on, voire des âmes bien trempées et courageuses sûrement. Il n’est que de se souvenir des deux grands malades qui gouvernèrent la France pendant plus de vingt ans : Louis XIII et Richelieu. La maladie ne comptait pas, face au but à pour­suivre et au travail à effectuer.

Parmi ces hommes, Vincent de Paul occupe une place à part entière. Toute sa vie, il traîna des poussées de paludisme avant d’être accablé, à la fin, par de nombreuses « misères », sans jamais capituler. « Et moi-même, quoique vieux et âgé comme je suis, je ne dois pas laisser d’avoir cette disposition (de « départ ») en moi, voire même de passer aux Indes, afin d’y gagner des âmes de Dieu, encore bien que je dusse mourir en chemin ou dans le vaisseau. » (III, 285).

Plus jeune, son attitude était la même : « Ne craignez pas, mes frères, j’ai eu ce mal dans ma jeunesse et j’en suis guéri ; j’ai eu ce mal de la courte haleine et je ne l’ai plus. J’ai eu des descentes et Dieu les a suppri­mées. J’ai eu des bandeaux de tête qui se sont dissipés, des oppressions de poitrine et débilités d’estomac, dont je suis revenu. Attendez avec un peu de patience : il y a sujet d’espérer que votre indisposition passera. »

Aussi, laissant de côté ces affections passées, nous verrons les affections qui semblent l’avoir très longtemps fait souffrir : le paludisme, les ulcères de jambes, le rhumatisme, une fluxion oculaire. Cette description non exhaus­tive étant située par rapport à saint Vincent.

I. Maladies

1. Fièvres (paludisme)

« Il était d’un tempérament bilieux et sanguin et d’une complexion assez forte et robuste, ce qui ne l’empêchait pas (d’être) fort sujet aux atteintes de la fièvre. » (AJ. 74).

« Il était sujet à une petite fièvre qui durait trois ou quatre jours et quelquefois quinze ou davantage. A le voir agir pendant le cours de cette maladie, on eût cru qu’il était en parfaite santé. Tous les jours il se levait à quatre heures, comme les autres, et vaquait à ses affaires comme s’il n’eût rien souffert. Pourtant, chaque nuit était presque pour lui une espèce de martyre. Les sueurs était le seul moyen qu’il eût trouvé pour se tirer plus promptement d’affaire. Pour se les procurer pendant les plus grandes chaleurs de l’été… il était obligé de mettre sur son lit trois couvertures et d’avoir à ses côtés deux flacons d’étain remplis d’eau bouillante. C’est dans cet état, plus accablant que le mal auquel il voulait remédier, qu’il passait des nuits entières ; et quelles nuits ! Point de repos, point de sommeil, point de trêve aux agitations que produit une chaleur capable d’étouffer. Enfin, il sortait du lit à peu près comme on sort du bain. Sa paillasse, ses draps, ses couvertures, tout était trempé. Il cachait sa situation le moins mal qu’il lui était possible. Il s’essuyait seul et quelque besoin qu’il eut de secours, il ne permettait point que qui que ce fut l’approchât. » (A. I. 243 ­C. VI. 71).

« Outre cette fiévrotte, il a été longtemps sujet à une fièvre quarte dont il était travaillé une ou deux fois chaque année. » (A. I. 244).

L.infirmier de la maison de Saint-Lazare a dit… que deux fois l’année il fut attaqué de fièvre quarte. » (A. III. 298).

« Ma petite fiévrotte est, comme vous le dites, double tierce, mais si vous savez qu’en cette saison je l’ai pour ordinaire en double quarte et l’ai déjà eue telle cet automne… » (I. 581).

Sa correspondance avec Louise de Marillac est truffée de notations : « Il me reste quelque petit sentiment de fièvre. » (I. 70). « Ma petite fièvre continuait toujours. » (I. 237). « Je ne vous écris pas de ma main, car j’ai été saigné pour ma petite fièvre. » (I. 196).

Abelly note deux crises très importantes en 1645 et 1649 (A. I. 244) et ajoute : « Depuis la dite année 1656 jusqu’à la fin de sa vie, il eut de fré­quentes attaques de fièvre. » (A. 1. 245).

Le diagnostic est évident : « Tout porte à croire qu’il s’agissait d’acci­dents paludiques avec ses deux formes : fièvre bénigne et quarte (Dubecq). La première étant provoquée par le plasmodium vivax et la fièvre quarte par le plasmodium falciparum. » Toute sa vie, il fut sujet à des crises palu­déennes épuisantes.

Où les avait-il contractées ? A Tunis probablement, lors de ses épisodes

« barbaresques ». Il n’y a pas de doute que cette atteinte paludéemie double est un argument en faveur de son esclavage, comme Defos du Rau l’a par­faitement montré.

Quant au traitement, écoutons saint Vincent : « Votre lettre me trouve encore au lit, dans quelques petits mouvements de sueurs qui m’empêchent de vous faire réponse et une médecine qu’on me fit prendre ensuite. » (I. 210).

Ajoutons les saignées habituelles ; par exemple, le 10 octobre 1639, il a deux saignées et une purgation par la fièvre !

Il était de complexion robuste !

2. Jambes

En fait, il semble que l’impotence de saint Vincent de Paul ait eu plu­sieurs causes :

1) Séquellese traumatiques

« La chute de cheval dessus et dessous moi a été des plus dangereuses… Il ne m’en est resté qu’une petite foulure des nerfs de l’un pied, laquelle à présent me fait peu de douleur. » (I. 198-199).

2) Séquelles phlébitiques

« Quoi qu’il fut de tempérament robuste, il ne laissait pas d’être sujet à plusieurs infirmités, dont il commença à être molesté dès le temps qu’il demeurait à la maison de Gondy où il tomba dans une grande maladie qui lui laissa les jambes et les pieds enflés en telle sorte que cette incommodité lui a duré jusqu’à sa mort. » (A. I. 243).

Le Pr Dubecq écrit : « M. Vincent, âgé de 38 ans, faillit mourir d’une maladie difficile à préciser autrement qu’en disant qu’il s’agissait d’une maladie infectieuse, d’une septicémie, mais dont les séquelles furent des ulcérations douloureuses des membres inférieurs. »

« En l’année 1656 il eut une autre maladie qui commença par une fièvre continue de quelques jours et qui se termina par une grande fluxion sur une jambe qui l’obligea à garder la chambre près de deux mois. » (A. I. 245).

« Ensuite, une de ses jambes s’étant ouverte à la cheville du pied droit, il s’y fit de nouveaux ulcères en l’année 1658. » (A. I. 247).

« Toujours néanmoins incommodé de ma jambe, en sorte que je suis encore au lit et dans les remèdes. » (V 469 – 23 nov. 1655).

« La santé de Monsieur (Vincent) est bonne et sa jambe va de mieux en mieux. Il est pourtant enrhumé depuis hier et a été saigné aujourd’hui. » (V 647 – 29 nov. 1655 – Frère Ducourneau).

« Permettez-moi de vous dire qu’il est absolument nécessaire que votre jambe ne soit pas un demi-quart d’heure pendante… pour ne pas envoyer si violemment la chaleur à la pauvre jambe malade. » (V 465 – 14 nov. 1655 ­Louise de Marillac). « Votre douleur de jambe passera quand vous aurez été purgé. » (VIII – 409).

Il s’agissait donc d’ulcères phlébétiques, d’une jambe surtout ! Mais, à la fin de sa vie, il semble qu’il y ait une aggravation aux deux jambes. « Les sérosités mordicantes qui, pendant le jour, coulaient si abondamment des ulcères de ses jambes qu’elles faisaient quelquefois un petit ruisseau sur le plancher, s’arrêtant durant la nuit dans les jointures des genoux, lui causaient un redoublement des douleurs, dont la continuation et la violence le desséchaient et consumaient peu à peu. » (C II 258/259).

On peut penser qu’il y eut intrication avec des douleurs rhumatismales chez un vieillard qui ne pouvait plus se déplacer, malgré sa volonté, qu’avec le « carosse de Saint-Lazare » (V 647).

« Le mal… gagna les deux genoux. Il ne pouvait plus se ployer que diffi­cilement, ni se lever qu’avec de grandes douleurs, ni marcher qu’en s’ap­puyant sur un bâton… Les douleurs augmentant toujours, il ne fut plus en son pouvoir, au commencement de l’année 1659, de sortir de la maison. » (A. I. 247).

3. Fluxion oculaire (1658)

Vers la fin de sa vie, Vincent fut affligé d’une maladie oculaire qui dura longtemps. « en l’année 1658 il eut mal à un oeil qui dura longtemps. » (A.I. 245). « Une petite incommodité où je suis m’empêche de répondre à votre dernière lettre et même de la voir. Je ne l’ai pas encore ouverte. » (VII – 625 – 28.VI.1658).

« Je suis bien contrarié en vous disant que je ne saurai aujourd’hui répondre à votre lettre, car le voulant faire de suite, j’en suis empêché par une fluxion que j’ai sur les yeux, qui m’oblige d’en tenir un bandé. » (VIII – 1). « J’ai une fluxion sur un oeil depuis 5 ou 6 semaines, dont je ne me porte pas mieux, quoique j’use de plusieurs remèdes. Dieu en soit loué ! » (VIII – 23).

Quels remèdes utilisa-t-il et en quoi consistait sa fluxion ? Nous ne pou­vons le préciser sans éléments. Toutefois, nous savons « qu’après avoir essayé plusieurs remèdes sans aucun soulagement, le Médecin lui ordonne d’y mettre du sang de pigeon qu’on aurait fraîchement tué, et le frère chirurgien de la maison de Saint-Lazare ayant apporté le pigeon à cet effet, il ne put jamais souffrir qu’on le tuât — quelque raison que l’on put allé­guer, disant que cet animal innocent lui représentait son sauveur et que Dieu le saurait bien guérir par une autre voie — ce qui arriva en effet. » (A. I. p. 215).

Cette thérapeutique, pour barbare qu’elle fut, était classique. Dans le traité de Maître Jean, qui faisait autorité au XVIIIe siècle, elle est citée.

Cette pratique fut encore recueillie à Montataire, vers 1950, par L.G. Vil-leroy qui cite, comme traitement de la méningite, dans l’Oise : « Fendre un pigeon vivant par le milieu du corps et le maintenir sur la tête du malade jusqu’à ce que le sang caille. »

Qu’y avait-il de vrai dans cette thérapeutique ? Nous ne saurions le pré­ciser, sachant toutefois cette pratique cruelle déjà tombée en désuétude au XIX° siècle. Nous ne pouvons non plus préciser le diagnostic, pensant qu’il s’agissait probablement d’une conjonctivite aiguë microbienne qui guérit toute seule, à la longue, « par une autre voie ».

II. Médecins

Le premier médecin connu de Vincent de Paul est son maître en Tunisie, « Médecin spagirique (c’est-à-dire alchimiste), homme fort humain et trai­table » (28.11.1608). Il acquit ainsi une certaine connaissance de la médecine de son époque, en particulier une recette contre la gravelle qu’il envoya par le même courrier à M. Cornet, lorsqu’il fut délivré. Coste en donne la composition (Coste : V. P., I, 48).

Il connut plus tard nombre de médecins, du fait de ses voyages et de ses maladies. Un des plus important fut Bouvard, premier médecin du roi Louis XIII, qu’il assista à sa mort. Plusieurs de ses filles entrèrent à la Visitation. Vincent de Paul paraît avoir été très lié avec lui : « Faites ce que vous dira M. Bouvard, avec confiance que Dieu bénira ses remèdes. » « Je verrai M. Bouvard et je lui parlerai de vous. » (I, 146, en 1632).

Il connut aussi de Lorme (ou de L’Orme [1580-1678]) qui fut médecin .de Marie de Médicis (VII, 409 – XV, 25).

Il semble que le médecin qu’il approcha le plus fut Vacherot, médecin des maisons mères des prêtres de la mission et des filles de la Charité et mourut à Commercy, en mai 1664, à 62 ans. « Je parlerai à M. Vacherot demain. » (I – 581). « Vous ferez bien d’appeler M. Riollan et M. Vacherot, s’il ne lui a pas d’aversion, car je n’en vois guère de plus habiles. » (IV, 255 -19.X1.1651).

Ce Riollan dont il est fait mention n’est cité que dans cette lettre.

Dans le cours de sa correspondance, on voit surgir d’autres médecins.

Cotti : « M. Cotti s’effraie facilement. » (I, 187).

Dalence : « M. Dalence me dit ces jours passés que les purgations fré­quentes ne m’étaient pas propres pour le mal que j’ai. » (VII, 437 – 1659).

Figeard, de Château-Thierry : « J’ai oublié de vous envoyer tantôt M. Figeard, le médecin. » (I, 195 – 1633).

Fournier, de Château-Thierry : « Il y a un nommé M. Fournier qui est bon médecin et de nos amis. » (I, 466 – 1638).

Le Sourd : « Je supplie d’envoyer quérir M. Le Sourd » (I, 215).

Pimpernelle : « Au nom de Dieu, mon très honoré Père, n’attendez pas l’extrémité d’un plus grand mal à envoyer quérir M. Pimpernelle [L. de Marillac à Vincent de Paul, le 18.111.1651 (IV, 163)].

Il parle aussi souvent de Deure, marchand d’eaux minérales et purga­tives. « Je m’en vas boire de l’eau de M. Deure tantôt. » (I, 117 – 1631). « Je ferai dire à M. Deure qu’il vous en envoie. » (I, 143 – 1634) et aussi (I – 85, II, 542).

III. Le malade

Ces maladies ont atteint un homme qui vivait intensément dans un monde et avec des habitudes différentes des nôtres.

1. Habitudes de vie

« Il ne se couchait guère que vers minuit… qu’il eût dormi ou non, qu’il fut en bonne santé ou qu’il eût la fièvre — ce qui lui arrivait souvent — il se levait régulièrement à quatre heures du matin. A son réveil, il prenait la discipline… chaque jour et, pendant les hivers les plus rigoureux, il donnait tous les matins plus de trois heures à l’oraison. Il se tenait à genoux sur le pavé, sans jamais avoir voulu permettre qu’on le couvrît d’une natte, dans l’endroit où il avait coutume de se placer — (et ceci malgré) — l’enflure de ses jambes, jointe à la fièvre quarte qui lui revenait deux fois par an. »

Ajoutons à cela une nourriture très frugale. « La morue, le hareng et autres salines étaient sa nourriture… sa règle étant de ne rien prendre le matin. Le soir, un petit morceau de pain, une pomme et de l’eau rougie faisaient sa collation. » Bien entendu, quand il n’y avait pas de jeûne ! (C II 258-259).

2. Le malade

Partant du principe que « l’indifférence est un état de vertu » (A III 42), « il était indifférent aux aliments et aux remèdes qu’on lui donnait… Il prenait néanmoins avec indifférence tout ce que les médecins lui donnaient — et paraissait aussi content des mauvais effets que produisaient quelque­fois les remèdes, comme de ceux qui lui étaient avantageux et profitables, ne regardant autre chose en ce qui lui arrivait que l’accomplissement du bon plaisir de Dieu » (A III 46).

Il abordait ses maladies avec pudeur, mais avec une franchise directe qui est celle de ses contemporains — souvent bien plus crus que lui.

11 minimisait toujours ses affections : c’est toujours ma « petite » fièvre, ma « petite » indisposition et, pour le Gascon qu’il était resté, une « fié-vrotte », diminutif très landais !

Enfin, il prend toujours des nouvelles précises de son correspondant, donnant des conseils, car seuls les autres comptent.

Il était lucide avec les médecins : « Les médecins font mourir plus de malades qu’ils n’en guérissent, Dieu voulait faire reconnaître le médecin souverain de nos âmes et de nos corps. » (IV – 256).

Toutefois, il obéissait au thérapeute (« Il faut lui obéir. ») car il écrivait à un prêtre chirurgien : « Faisant pour leur soulagement ce que vous croyez honnêtement devoir faire, vous n’êtes aucunement responsable du reste. Un médecin qui ordonne des remèdes selon son art et sa conscience est quitte devant Dieu, quoique ses remèdes fassent des effets contraires à son intention. »

IV. Thérapeutique

Il alla prendre les eaux à Forges, pour obéir à ses illustres dirigés, le roi Louis III et la reine Anne d’Autriche. C’était la station à la mode. Riche­lieu y allait aussi, ainsi que Louise de Marillac.

Le jugement est bref : « Les eaux ne m’ont jamais profité pendant la fièvre, à Forges… » (I, 581). Toutefois, il croyait à l’eau : « Je voudrais bien que vous ne prissiez pas si grande quantité de verres d’eau et laissiez les entrailles se tempérer et rafraîchir », lui écrit Louise de Marillac en 1655.

Il allait à la campagne : « Ma petite, fièvre continuant toujours, j’ai voulu continuer votre avis qui est de faire comme j’ai fait autrefois pour cela, qui est de prendre l’air des champs. Je m’en vais donc tâcher de voir quelques charités et peut-être que si je me porte bien j’irai jusqu’à Liancourt et à Montmorency… » (I, 237). On voit ainsi ce qu’il appelait changer d’air, en travaillant…

Des diverses thérapeutiques, retenons le thé : « Je viens de prendre du thé. » (VII, 410). « Le thé m’échauffe et m’empêche de dormir. » (VII, 419).

Mais, surtout, il fut saigné et purgé à tout bout de champ… Dodin a établi la liste des lettres où il en est fait mention. C’est impressionnant. En voici quelques exemples :

Saignées

« J’ai été saigné ce matin pour une petite incommodité. » (I, 511).

« On est d’avis que je sois saigné pour la deuxième fois. » (II, 149).

« Le médecin veut que je me fasse saigner demain et purger après. » (XIII, 842).

« J’ai pris l’occasion ici de me faire purger et saigner. » (II, 428).

Nous ne sommes pas étonnés que Louise de Marillac lui écrive en 1655 : « Les saignées ont affaibli votre corps avec le mal. »

Purgations

« Je dois être purgé demain et aprés-demain… » (I, 199).

« J’ai commencé ce soir à prendre de la tisane de purgation. » (II, 255).

« Je n’ai que la fluxion que j’avais… voici la quatrième purgation que j’ai prise. Je pense que c’est assez. » (III, 622).

« J’ai pris les deux remèdes qu’elle m’a envoyés. Celui d’avant le dîner m’a mené quatre fois à chaque prise. Je me suis trouvé échauffé cette nuit et la matinée. » (VII, 410).

Tous les médecins n’étaient pas aussi obnubilés par les purges :

« M. Dalence me dit que les purgations ne m’étaient pas propres • pour le mal que j’ai. » (XIII, 842).

En fait, toutes ces thérapeutiques étaient celles de son époque, dominée en médecine par un esprit scholastique sclérosé.

Conclusion

Nous ne saurions mieux terminer qu’en donnant la parole à saint Vincent de Paul :

« Il est vrai que la maladie nous fait voir ce que nous sommes, mieux que la santé. »

Il faisait toujours face, jugeant sévèrement ceux qui ne supportent rien : « Ce sont gens attachés à eux-mêmes, esprits de fillettes, personnes qui ne veulent rien souffrir, comme si les infirmités corporelles étaient des maux qu’il faille fuir 1 »

Et il ajoute : « Out, la souffrance est un état de bonheur. Je la reçois comme un exercice que Dieu m’envoie. » Toutefois, cela n’empêche pas qu’« ils n’usent des remèdes ordonnés pour le soulagement et la guérison de chaque maladie : en cela même, c’est faire honneur à Dieu qui a créé les plantes et qui leur a donné la vertu qu’elles ont » (Abelly, Liv. III-329-331).

Mais la plus grande vertu, c’est le courage extraordinaire dont saint Vincent fait preuve toute sa vie, face à ce qu’il appelait « mes petites infir­mités » (V 203-204) qui auraient abattu toute âme moins trempée que la sienne, au cours d’une vie faite toute de frugalité, privation et mortification. Un vrai malade, mais qui, avec sa foi, sublima ses souffrances par une volonté de fer au service des autres.

Notes bibliographiques

Mes remerciements vont à tous les pères de la Mission qui m’ont permis de consulter de nombreux ouvrages et c’est en hommage à l’action merveilleuse faite depuis des siècles par les filles et les fils. de Saint-Vincent en faveur des malades, que j’ai fait ce très modeste travail.

  • La base est d’abord historique : textes de saint Vincent lui-même et biographies d’Abelly, parues dès la mort du saint et de Collet qui s’y réfère et la complète au XVIII’ siècle.

ABELLY Louis. — « Vie de saint Vincent de Paul ». – Paris, 1664, chez Florentin Lambert, rue Saint-Jacques (en particulier : chapitre XXIII, p. 326-331, cité A…).

COLLET. — « La vie de saint Vincent de Paul ». – 2 vol., Nancy, 1748 (cité C…).

COSTE Pierre. — « Monsieur Vincent. Le grand saint du Grand Siècle ». – 3 volumes. -Desclée de Brouwer, Paris, 1931.

Editions « Lettres, entretiens, documents : Saint Vincent de Paul ». – Paris, 1924-1931. 13 vol. (cité tome I, p. 254).

  • Sur le plan médical, concernant Monsieur Vincent, consulter :

DODIN André. — « Monsieur Vincent parle à ceux qui souffrent ». – Desclée de Brouwer, 1981 (particulièrement documenté concernant saint Vincent malade. Essentiel).

DEFOS DU RAU J. — « 11 a été esclave ; la captivité et saint Vincent de Paul ». – Ed. Jean Lacoste, Mont-de-Marsan, 1%3.

Dr DUBECQ. — Bull. Société de Borda, 1960, p. 165. – « Monsieur Vincent, la médecine et les médecins ».

Dr GAUDEUL B. — « Saint Vincent de Paul, précurseur de l’Assistance Publique ». – Sorlot, 1938.

Dr MILLIEZ. — Mémorial du tricentenaire. – 1960.

Dr PARTURIER G. — « La vocation médicale de saint Vincent de Paul ». – Cartier, Lyon, 1943.

SERRES Hector. — Bull. de Sté de Borda, 1882, p. 266.

VILLEROY L.G. — « Dans les secrets des guérisseurs ». – Prévot, Beauvais, 1952, p. 67.

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