Louise de Marillac, Lettre 0103: à Monsieur l’abbé de Vaux

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Louise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louise de Marillac .
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Ce jour, saint Laurent (10 août 1640).

Monsieur,

Vous ne saviez pas que quand je suis employée pour quelque bon œuvre, que les fautes que j’y fais, attirent toujours, de la justice de Dieu, quelque témoignage, pour me faire connaître que je ne fais rien qui vaille: c’est donc moi qui suis cause de ces murmures en ces petits établissements. Je vous demande pardon de la peine que vous en avez, mais, Monsieur, n’avez-vous pas de quoi satisfaire Monseigneur votre Evêque de la raison que votre charité me donna, sur la proposition que je lui fis de le voir qui était que, comme l’hôpital ne paraissait pas être si entièrement dans sa dépendance qu’il devait, qu’il n’était pas à propos qu’il autorisât cette action.

Pour ce qui est de l’établissement des Converties je ne sais point du tout, que ce que vous m’en avez mandé, qui n’est, ce me semble que des filles assemblées en une maison; mais je ne sais pas s’il y a clôture. Je vous demande permission de vous dire que je m’étonne que votre charité ne les ait point vues (afin que) ce petit trouble ne se croisse point, Monsieur, que notre bon Dieu s’en plaindrait, car, que prétendrait-on faire sans vous, et que eussions-nous fait sans votre conduite ? que c’est Dieu seul qui nous l’a donnée, il en soit béni ! Ne se dira-t-il rien de la visite de M. Lambert1, il semble, par lettre de ma Sœur Turgis, que cela ne leur aura point fait de mal. J’ai bien vu qu’elle ne sait point que l’on pense à son retour, et je crois que cela est bien à propos. Elle me parle de cinq ou six filles; mais, Monsieur, il importe bien de les connaître, ou les prendre à condition de les renvoyer. Je vous supplie prendre la peine de les sonder un peu sur le sujet, et de connaître si le beaucoup parler de celle dont votre charité m’écrit, n’est point légèreté ou habitude contractée dans les maisons où elle a servi; ce qui ne nous serait pas propre. Nous n’en recevons aucune en laquelle il y ait le moindre sujet de soupçonner qu’elle ait failli, cela étant de trop grande importance pour toutes les filles. J’ai été un peu fâchée que vous ayez été si promptement servi par celui2 qui vous a fait avoir les œuvres de Monsieur de Marillac; je n’ai eu nulle connaissance que ses lettres fussent imprimées.

Vous m’obligerez, Monsieur, de me mander qui en est le libraire et de me permettre de vous dire que mon cœur a été touché par la connaissance de la pensée que vous avez eue de rendre à notre bon Dieu la charge que sa volonté vous a peut-être donnée. O Monsieur qu’il y a, ce me semble, de bien à faire pour vous et pour le prochain. Je ne laisserais, bien que très indigne, d’offrir à Dieu mes pauvres prières pour cet effet. Je ne vous saurais dire la consolation que j’ai eue de savoir Madame votre sœur à Paris; j’espère l’honneur de la voir, mais je l’ai priée que ce ne fût qu’après le jugement de son procès; je la ferai souvenir lors, qu’elle m’a promis quelques jours de séjour en notre petit ermitage, auquel elle pourra voir Monsieur Vincent.

Je vous remercie, très humblement, Monsieur, de la connaissance que vous avez donnée de nos Sœurs à Monsieur Lambert, je crois que cela était tout à fait nécessaire. J’espère que notre bonne Sœur de Richelieu3 fera fort bien, si Dieu permet qu’elle aille à Angers. C’est une fille judicieuse et qui ne s’étonne pas pour le bruit, sans en faire néanmoins, et aussi elle a beaucoup de vertu. Elle avait été proposée dès le commencement. Je supplie Dieu vous inspirer sa sainte volonté pour ce sujet, c’est en cette sainte volonté que je suis, Monsieur, Votre très humble fille et servante.

P.S. Messieurs les Pères Administrateurs ne disent plus rien pour les articles, n’en sera une autre chose. Je vous supplie, Monsieur, m’en dire votre sentiment. Je pense qu’il sera que les Sœurs ne sachent pas si l’on renvoie ma Sœur Turgis jusqu’à peu (de) jours devant.

  1. Monsieur Lambert vient de faire la visite (voir p. 27).
  2. Il s’agit de Michel Legras, le fils de Louise de Marillac.
  3. Barbe Angiboust (voir p. 14); les Fondateurs ont pensé plusieurs fois l’envoyer à Angers (Coste 11. 18 et 67).

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