Louise de Marillac, Lettre 0019: à Monsieur l’abbé de Vaux

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Louise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louise de Marillac .
Estimated Reading Time:

à Angers

Ce 3 mai 1640.

Monsieur,

Nous avons grand sujet de louer Dieu qui adoucit ainsi par sa miséricorde les coups de fouet que sa justice nous fait ressentir.

Voilà notre Sœur Geneviève1 mieux: que j’aurais été en peine si vous vous étiez exposé davantage ! Je vous supplie pour l’amour de Dieu, Monsieur, ne pas souffrir que nos Sœurs vous soient si importunes; car, je crains que comme elles voient la grande charité que Dieu vous donne pour elles, qu’elles n’en abusent, sans crainte de danger, non plus que d’elles-mêmes. Mais elles ont grand tort si elles veulent celer leur mal au cas que vous, Monsieur, et ces Messieurs leur ordonnent autrement; comme aussi de ne s’en pas tenir assez séparées.

Je ne leur écris point ce voyage * afin de ne pas leur ôter du temps du service de leurs pauvres malades, que je voudrais bien qui ne reçut point de dommage, ce qui sera, pourvu qu’elles ne soient un peu trop sensibles sur elles-mêmes. Vous ne m’en mandez toujours que du bien; ne craignez point, Monsieur, je vous supplie de m’avertir aussi de leurs défauts .

Je crois que je n’avais pas bien entendu ce que vous me mandiez pour Monsieur Vincent au sujet de la Mission. Vous aurez reçu je m’assure, la seconde lettre que je vous ai écrite à ce sujet et vu ses excuses, je loue Dieu d’avoir élu les deux bonnes personnes que vous me mandez pour Pères des Pauvres. Mais le bon Monsieur Gardeau2 ne peut-il plus rien ? Je crois que s’il ne travaille, que l’expédition du traité demeurera au croc3. Il me semble, Monsieur, que ces Messieurs ont grand tort de craindre un établissement de Communauté, puisque le pouvoir qu’ils se réservent et que l’on leur donne très volontiers de les ôter, les doit assurer d’être toujours les Maîtres. Je crois, Monsieur que vous ne manquez pas de recommander toujours aux Filles leur devoir à l’obéissance. Monsieur Vincent vous salue très humblement; il ne saurait penser à votre charité qu’avec admiration. J’espère que notre bon Dieu vous en donnera la sainte persévérance; je le supplie vous inspirer le souvenir de mes besoins en vos saints sacrifices puisque je suis par son saint amour, Monsieur, Votre très humble fille et servante.

  1. Geneviève Caillou de Saint-Germain: à Angers de mars 1640 à fin 1644, à la paroisse Saint-Gervais à Paris en 1645 et 1646, envoyée au Mans en mai 1646. Par suite des difficultés de l’implantation en cette ville, elle revient à Paris (Coste 11. 599). Elle signe l’acte d’érection de la Compagnie le 8 août 1655.
  2. L’un des Administrateurs de l’hopital d’Angers.
  3. Demeurer au croc = rester de côté. Les administrateurs de l’hôpital contestent l’article du contrat qui affirme la dépendance des Sœurs vis-à-vis du Supérieur Général de la Congrégation de la Mission.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.