Louise de Marillac, Lettre 0018: à Monsieur l’abbé de Vaux

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Louise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louise de Marillac .
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Ce 27 avril (1640).

Monsieur,

Je vous demande pardon de ce que mon impatience à vous écrire le dernier voyage * fut cause que je fis demander à Monsieur Vincent des Missionnaires pour les lieux où vous les vouliez employer. Sa réponse n’étant que verbale, je ne l’entendis pas, ce qui fut cause Monsieur, que je ne vous fis pas ses excuses de ce qu’il ne pouvait, pour ce temps, vous envoyer personne d’ici. Mais que, pour le sujet de la charité, que vous spécifiez dans votre lettre, que, si vous l’aviez agréable, il manderait à Monsieur Lambert1 de vous aller trouver. Il admire, Monsieur, la charité que notre bon Dieu vous donne pour nos pauvres Sœurs, cela lui fait souhaiter qu’il vous donnât pensée de prendre la peine de leur faire quelque petit entretien, quand ce ne serait que d’un quart d’heure, sur les vertus dont elles ont besoin, et particulièrement celles auxquelles elles sont obligées par leur vocation.

Je suis en soin de ma Sœur Turgis; je crois, Monsieur, qu’elle a besoin de quelque remède pour prévenir une grande maladie. Mais elle a besoin de commandement, car elle a grande répugnance à se droguer. Vous m’avez bien consolée de ce que votre charité a pris la peine de me mander de notre Sœur Marie2. J’appréhendais que son esprit se tînt dans l’inquiétude, je vous supplie, Monsieur, me mander si notre pauvre Sœur Marguerite3 meurt ou est morte contente; car, de la façon que l’on m’a mandé de ses nouvelles, je ne puis croire autre chose que sa mort. Dieu soit béni de tout. Peut-être que l’esprit de notre Sœur Clémence4 se fortifiera quand les organes de son corps, affaiblis par le mal et les remèdes, le seront aussi. Je pense qu’il ne faut pas lui demander beaucoup de choses, tant de sa mémoire que de son imagination ; et la laisser longtemps, sans du tout faire l’oraison. Pardonnez-moi, Monsieur, si je prends la liberté de vous parler de toutes ces particularités, je prends cette confiance, de la charité qui vous a si parfaitement fait être notre Père dont Dieu soit éternellement béni. C’est en l’amour de son Fils Crucifié que je suis, Monsieur, Votre très humble et très obéissante servante.

P.S.—Monsieur, je prends la liberté de vous envoyer la lettre de nos Sœurs, ouverte, afin que vous voyiez ce que Monsieur Vincent leur mande de l’obéissance.

  1. Monsieur Lambert (1606-1653), entré dans la Congrégation de la Mission en 1629. Supérieur à Toul de 1635 à 1637, puis à Richelieu de 1638 à 1642, il est nommé Assistant général de la Congrégation. Après un nouveau séjour à Richelieu (1645-1646), il revient à Paris au collège des Bons Enfants. Monsieur Vincent l’enverra plusieurs fois visiter les Sœurs de l’hôpital d’Angers et de Nantes. En 1651, il est envoyé en Pologne. Il meurt le 31 janvier 1653, victime de son dévouement pour les pestiférés. Sa mort bouleversa Monsieur Vincent (Coste IV. 567)
  2. Marie-Marthe Trumeau (voir p. 75).
  3. Au moment de leur arrivée à l’hôpital, la peste continuait ses ravages dans l’Anjou (Coste IX. 40). Plusieurs Sœurs tombèrent malades. L’une d’elles, Marguerite François de Saint-Nicolas en Lorraine, en mourut.
  4. Clémence Ferré (voir p. 44).

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