Le Christ regle de la mission

Francisco Javier Fernández ChentoFormation VincentienneLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Antoine Douaihy .
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Saint_Vincent_de_PaulPour Saint Vincent, le Christ est la seule mesure avec laquelle nous devons tout mesurer. Toute mesure est une chose objective avec laquelle on compare tout ce qu’on fait : notre comportement, notre mission et toute notre vie. C’est le principe de proportionnalité auquel je reviendrai.

«La fin de la Congrégation de la Mission, disent nos Con­stitutions, est de suivre le Christ Évangélisateur des Pauvres» (C. 1). De son côté. S. Augustin se demande : «Qu’est-ce que suivre, sinon imiter».

Or, afin de nous approcher du « Mystère », nous avons besoin de « modèle ». Toute forme de savoir humain (scientifique ou autre) a recours à l’usage structuré d’un modèle vérifié, modèle qui a une valeur pédagogique certaine. Dans le contexte culturel d’aujourd’hui surtout, où les discours idéologiques ont vérifié, par leur échec, leur vide et leur inanité, seule la vie vécue peut exprimer plus adéquatement l’inexprimable, «le Mystère», c’est-à-dire la qualité de la vie.

Une vie exemplaire, en effet, est, par elle-même, un appel à l’imitation qui n’est, évidemment, ni copie servile, ni reproduction matérielle, ni mimétisme ridicule. Cette vie est celle d’une personnalité séduisante qui, par son influence, ne touche pas seulement la volonté, mais structure aussi l’être même. Scheler définit le modèle comme une «valeur incarnée dans une personne, une figure idéale qui est continuellement présente dans l’âme de l’individu ou du groupe, si bien que celle-ci prend peu à peu ses traits et sa forme. Son être, sa vie, ses actes, consciemment ou inconsciemment, se règlent sur elle».

À la différence du chef qui agit par voie d’autorité et dont l’influence s’exerce à travers l’obéissance, il suffit au modèle d’exister. Il agit par attraction, dans une espèce d’osmose qui, en se développant et en s’affirmant, devient amour, ferment de changement et de transformation.

Pour tous ceux qui, avec lui, veulent évangéliser les pauvres, Saint Vincent ne propose ni un vade-mecum du parfait missionnaire, ni une déontologie, ni un code éthique et pratique qu’ils pourront consulter en cas de doute. Mais il met devant les yeux de leur intelligence et de leur coeur le modèle qui a structuré sa propre personnalité et l’a transformée : la PERSONNE même de Jésus Christ, le Fils de Dieu fait homme, qui s’est dit «la Voie, la Vérité et la Vie» (Jean 14, 6). Cette Personne n’est pas seulement la parfaite auto-communication et la pleine Révélation du Père, mais elle est aussi le Maître, le Seul. Non un maître qui dispense du haut de la chaire des théories abstraites ; mais plutôt un Maître de vie, capable de faire et de dire : «On vous a dit… Moi je vous dis…».

Cet Homme-Dieu est aussi le Sauveur, le Seul, de l’homme et de la créature. C’est ce titre que Saint Vincent aimait lui donner : «Ô Sauveur» !

En bon paulinien, Saint Vincent ne veut pas que nous imitions un modèle extérieur ; mais plutôt celui qui, par le baptême, nous est devenu plus intérieur à nous-mêmes que nous-mêmes, celui dont nous pouvons dire : «Je vis, mais ce n’est plus moi. C’est Christ qui vit en moi» (Galates 2,20). Voilà pourquoi, paraphrasant Pascal, Saint Vincent écrit à M. Portail :

«Ressouvenez-vous, Monsieur, que nous vivons en Jésus Christ par la mort de Jésus Christ, et que nous devons mourir en Jésus Christ par la vie de Jésus Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus Christ et pleine de Jésus Christ, et que, pour mourir comme Jésus Christ, il faut vivre comme Jésus Christ» (SV. I, 295).

Mais quel aspect surtout de cette personnalité divinement riche, Saint Vincent propose-t-il à notre imitation ? Ce n’est ni le Christ intérieur-au-coeur de l’Oratoire ; ni le Christ de Gethsémani de Benoît de Canfield. Mais c’est le Christ missionnaire, envoyé du Père, l’ «Évangélisateur des Pauvres» par excellence : «Si on demande à Notre Seigneur : «Qu’êtes-vous venu faire en terre ? – « Assister les pauvres » – « Autre chose ? » -« Assister les pauvres ? »» (SV. XI, 108)

C’est donc le Fils de Dieu qui s’est incarné pour évangéliser les pauvres que Saint Vincent veut que nous suivions et que nous imitions.

EN QUOI CONSISTE CETTE IMITATION ?

Saint Vincent nous propose de la réaliser en deux étapes :

  1. Nous vider de nous-mêmes (Systole)
  2. Nous revêtir de l’Esprit de Jésus Christ pour agir comme lui et en lui (Diastole)

1. Se vider de soi-même (SV. XI, 343)

En bon disciple de S. Paul, Saint Vincent a contemplé le Christ surtout dans sa Kénose. Ce Fils de Dieu qui s’est pour ainsi dire, vidé lui-même de sa divinité pour obéir à son Père jusqu’à la mort, est le type parfait de ce processus.

En effet, pour atteindre sa plénitude filiale, Jésus se devait d’obéir à son Père à un degré tel que cette obéissance devait le mener à la souffrance (Hébreux 5,8-9) et, par là, à la glorification dans la mort (Jean 12,23). Devenu lui-même béance, il s’ouvre à son Père et consent à ne plus être sinon par lui. Ainsi, il exerce pleinement cette «causalité réceptive» par laquelle il se réalise en accomplissant sa mission de salut.

Il en sera de même du disciple qui doit creuser en lui ce vide, devenir béance, se détacher de lui-même et obéir, à l’image du Fils, dans lequel et par lequel le Père le comblera.

Ce travail de déblaiement n’est pas notre oeuvre seule. Mais nous le faisons avec celui qui nous donne «le vouloir et le faire» (Philipiens 2, 13), «la vie, le mouvement et l’être» (Actes 17,25 ; 28). Il nous faudrait donc distinguer entre le Héros et le Saint. Le héros est celui qui accomplit des choses extraordinaires de par sa propre fore et de sa propre vertu. Alors que le saint est celui qui accepte de tout recevoir de Dieu et de lui en rapporter la gloire et l’action de grâce.

Se vider de’ soi-même c’est d’abord se convaincre que les maximes du monde, comme nos sens, peuvent nous tromper :

«Nos yeux nous peuvent décevoir» (SV. IX, 4), et que la raison humaine ne peut jamais atteindre la Sagesse divine : «Oh, si Dieu nous fait la grâce de ne juger jamais par le raisonnement humain, parce que jamais il n’atteint la vérité, jamais il n’atteint à Dieu, jamais aux raisons divines, jamais» (SV. XII, 178).

C’est pourquoi il ne faut pas s’arrêter sur l’aspect extérieur du pauvre, mais tourner la médaille.

Se vider de soi-même c’est voir les choses telles qu’elles sont en Dieu et en Jésus Christ. À Philippe le Vacher, prêtre de la Mission à Marseille, Saint Vincent écrit :

«Je prie Notre Seigneur qu’il nous fasse la grâce de regarder ces choses-là comme elles sont en Dieu et non comme elles paraissent hors de lui, parce que, autrement, nous pourrions nous tromper et agir autrement qu’il ne veut» (SV. VII, 388) (cf Abelly I, 83)

Se vider de soi-même c’est renoncer à soi-même, à son jugement, à sa volonté

Nous dirions aujourd’hui que nous devons renoncer aux critères de jugement du monde et à ses valeurs dominantes et non à notre propre jugement, puisque nous ne pouvons pas ne pas avoir un jugement ou en porter. Juger est «une décision mentale par laquelle nous arrêtons d’une façon réfléchie le contenu d’une assertion et nous le posons à titre de vérité». Ou bien, «c’est une opération qui consiste à se faire une opinion sur laquelle on règle sa conduite, dans le cas où l’on ne peut atteindre une connaissance certaine». Or ce sont des démarches indispensables à toute pensée consciente.

Dans sa conférence aux missionnaires sur l’obéissance qui nous fait disciples de Notre Seigneur, Saint Vincent dit :

«Nous pouvons être (disciples de Notre Seigneur) si nous renonçons à nous-mêmes. Et comme on ne peut pas se quitter soi-même, ni son âme, ni son corps, renoncer à soi-même, c’est renoncer à son jugement, à sa volonté. Ô mon Sauveur, ce sont ceux qui renoncent à eux-mêmes, et eux seulement, que vous prenez et recevez à votre suite en cette vie pour les glorifier là- haut dans le ciel» (SV. XII, 427).

Se vider de soi-même c’est se détacher de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous possédons.

Il s’ agit de vivre, d’actualiser dans notre monde de la mondialisation qui recherche à tout prix et par tous les moyens le profit le plus rapide et le plus grand, le grand paradoxe de la pauvreté de la Kénose du Christ.

Cette Kénose a une double dimension : la pauvreté de l’être, celle que Saint Vincent appelle «le renoncement à soi- même» et la pauvreté de l’avoir, ou ce qu’il appelle «le renoncement à ses biens».

Pour le Christ, comme pour nous, cette Kénose n’a qu’un seul objectif : la liberté totale par rapport à tout ce qui n’est pas Dieu. En effet, la pauvreté ne consiste pas à ne pas avoir, à ne pas posséder, mais aussi et surtout, comme dit Saint Vincent, à être libre sans avoir.

La pauvreté de l’être

C’est d’abord le renoncement à toute recherche du pouvoir, à toute volonté de puissance et de domination, à tout désir de voir les autres dépendre de soi. Le pouvoir est multiforme et caméléon : il peut prendre la forme de l’argent, du savoir, des relations sociales, du standing social…

C’est, ensuite le renoncement à sa réalisation personnelle conçue comme une réponse à une aspiration purement humaine. Car l’équilibre psychique n’est pas à confondre avec la sainteté : celle-ci étant d’un autre ordre. Séparée de sa visée évangélique, la réalisation personnelle devient une forme sournoise de richesse et une course au carriérisme qui vise d’abord à la qualification personnelle (diplômes…) en vue du prestige ou d’un quelconque statut social.

La pauvreté du coeur est aussi la faculté d’assumer l’échec, l’incompréhension et l’injustice à notre égard. C’est une participation à la condition du Christ-Serviteur et à sa solitude existentielle qui le faisait rechercher la volonté de son Père et la vie dans son intimité.

La pauvreté du coeur nous maintient dans la paix quand nous prenons existentiellement conscience de nos limites, de notre manque ontologique, de notre finitude et de notre péché. C’est cette même pauvreté qui nous aide à accepter cette finitude et à tenter de dépasser nos limites.

Ainsi la pauvreté de l’être nous maintient dans l’humilité. Elle abolit en nous tout orgueil et toute arrogance dans notre attitude vis à vis de nos semblables. C’est que l’humilité se meut dans le terrain de la vérité. Alors que le prestige, le pouvoir et la richesse agissent souvent dans le monde de l’obscurité, celui du mensonge, de la duplicité et de l’hypocrisie.

Aux Filles de la Charité, Saint Vincent dit :

 «Quitter tout, sans espérance de rien posséder, sans savoir ce qu’on deviendra, n’avoir d’autre assurance que la confiance en Dieu, n’est-ce pas la vie de Notre Seigneur Jésus Christ ? Y a-t-il rien de plus grand, rien de plus haut ?» (SV. IX, 173).

Bref, se vider de soi-même c’est se débarrasser, dans un processus ininterrompu de conversion, du Vieil Homme, encore atteint par la grâce du Salut. «Dès que nous serons vides de nous-mêmes, Dieu nous remplira de lui ; car il ne peut souffrir le vide» (SV. XI, 2)

2. Se revêtir de Jésus Christ

C’est se revêtir de l’Homme Nouveau sauvé par le Christ et recréé à son image.

Ce travail de « revêtement » est d’abord l’oeuvre de Dieu (et non la nôtre) qui, dans le baptême, identifie mystérieusement le baptisé à Jésus, qui en fait le temple du Saint-Esprit et l’incorpore à l’Église, Corps du Christ (1 Corinthiens 12,13). «Pour continuer la mission de Jésus Chist, dit Saint Vincent, il faut se revêtir de son Esprit» (XII. 107). Ainsi, le baptisé meurt au péché «par une mort semblable à la sienne» et obtient «par une résurrection semblable», de participer à la vie du Ressuscité. (Romains 6,1-11).

Il devient ainsi «une Nouvelle Créature» (2 Corinthiens 5,17), «un Homme Nouveau» (Éphésiens 2,15), parce qu’il a revêtu le Christ (Galates 3,27).

L’Esprit qui, par le baptême, a été répandu sur le baptisé (Romains 8,9), fait habiter le Christ dans le coeur du croyant. Ainsi, le Christ devient le sujet de toutes les actions vitales du chrétien. Et comme il l’a fait pour le Verbe Incarné, l’Esprit devient le principe dynamique de vie et d’opération chez le chrétien.

Quel est cet Esprit selon Saint Vincent ?

Le terme «esprit» prend dans la bouche de Saint Vincent de multiples significations, selon son expérience et les circonstances. Ainsi, il parle de «l’Esprit de Dieu», de «l’Esprit de Jésus», de «l’esprit de l’Évangile», de «l’esprit de la Compagnie», de «l’esprit de quelqu’un», en parlant de sa psychologie ou de son comportement ; de la disposition dans laquelle il faut faire une action («Esprit d’humilité et de simplicité») ; ou bien le terme « esprit » est parfois synonyme de «caractère, habitude», quand il parle, par exemple, de l’esprit italien qui craint la fatigue…

Quand Saint Vincent parle de l’Esprit de Jésus Christ, il parle évidemment de l’Esprit Saint, répandu dans le coeur des baptisés par l’Amour du Père (Romains 5,5). Il le définit ainsi :

«C’est un esprit de parfaite charité, rempli d’une merveilleuse estime de la divinité et d’un désir infini de l’honorer dignement, une connaissance des grandeurs de son Père pour les admirer et les extoller incessamment…Ses humiliations n’étaient qu’amour, son travail qu’amour, ses souffrances qu’amour, ses oraisons qu’amour, et toutes ses opérations intérieures et extérieures n’étaient que des actes réitérés de son amour. Son amour lui a donné un grand mépris du monde, mépris de l’esprit du monde, mépris des biens, mépris des plaisirs et mépris des honneurs» (SV. XII, 108-109).

Cet Esprit dont il faut se revêtir, est lui-même agissant, puisqu’il est la Puissance de Dieu (Actes 1,8). Voici l’explication que donne Saint Vincent de l’action de cet Esprit dans la personne qu’il habite :

«Quand on dit que le Saint-Esprit opère en quelqu’un, cela s’entend que cet Esprit résidant en cette personne, lui donne les mêmes inclinations et dispositions que Jésus Christ avait sur la terre, et elles le font agir de même, je ne dis pas d’une égale perfection, mais selon la mesure des dons de ce divin Esprit» (SV. XII, 108.)

À un prêtre de la mission qui travaille dans un grand séminaire, Saint Vincent écrit :

«Vous faites l’office du Saint-Esprit, à qui seul appartient d’illuminer et d’enflammer les coeurs; ou plutôt c’est cet Esprit saint et sanctifiant qui le fait par vous; car il est résidant et opérant en vous, non seulement pour vous faire vivre de sa vie divine, mais encore pour établir sa même vie et ses opérations en ces Messieurs, appelés au plus haut ministère qui soit sur la terre, par lequel ils doivent exercer les deux grandes vertus de Jésus Christ, c’est à savoir la religion vers son Père et la charité vers les hommes» (SV.VI, 393).

a) Religion vers le Père

  1. Le Christ se reçoit du Père et accepte d’être Fils. Cette acceptation produit une conformité dans l’agir.
  2. Il est tourné vers le Père sans lequel il n’a pas d’existence : «Moi et le Père sommes UN».
  3. Il se consacre au Père : «Je me sanctifie pour eux». 4. Il s’incarne par obéissance : réaliser le salut.

b) Religion vers l’homme

Solidarité charnelle et humaine avec l’homme

  1. Amour-charité : il porte nos peines (guérisons)
  2. Amour-sacrifice : mort et résurrection : gloire

c) Réalisme humain

  1. La réalité de l’Incarnation
  2. Pleinement homme : souffrance physique et morale
  3. Pauvreté
  4. Difficultés dans le travail missionnaire

«Pour le profit des hommes, le Verbe s’est fait le dispensateur de la grâce du Père, selon ses desseins. Il montre Dieu aux hommes et présente l’homme à Dieu, tout en préservant l’invisibilité du Père, de peur que les hommes n’en viennent à mépriser Dieu et pour qu’ils aient toujours des progrès à faire, et, en même temps, rendant Dieu visible aux hommes de nombreuses façons, de peur que, privés totalement de Dieu, ils n’en viennent jusqu’à perdre l’existence».

Car la gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu. Si déjà la révélation de Dieu par la création donne la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe donne la vie à ceux qui voient Dieu ! (S. Irénée, in adv. Heres.)

3. Faire en tout la volonté de Dieu

À l’imitation de Jésus Christ qui n’a fait que la volonté de son Père, faire la volonté de Dieu c’est parvenir à la sainteté :

«Oh ! qu’il faut peu pour être toute sainte, écrit Saint Vincent à Louise de Marillac : faire la volonté de Dieu en toute chose» (SV. II, 36).

Pour un chrétien, l’obéissance à la volonté de Dieu s’enracine dans l’expérience filiale du Christ avec son Père. Elle en est même la source et le modèle parfait.

En effet, le Fils n’est Fils du Père que dans la mesure où il accepte de se recevoir du Père, qu’il acquiesce à sa Paternité et qu’il accepte de n’exister que par lui : «J’ai gardé les commandements de mon Père, dit-il, et je demeure en son amour» (Jean 15,10). Aimer le Père c’est vivre dans la communion à son vouloir et non-vouloir. En obéissant, le Fils expérimente pleinement sa relation filiale au Père.

Ainsi, pour nous, faire la volonté du Père c’est vivre, dans le Fils, l’expérience obéissante du Fils. Donc, nous sommes d’autant plus fils que nous obéissons au Père, c’est-à-dire dans la mesure où nous nous coulons dans l’accomplisse­ment de la volonté salvifique du Père et dans son plan du salut. Accomplir la volonté de Dieu c’est participer, dans l’amour du Fils, à l’Être-missionnaire du Fils. C’est prendre conscience de notre filiation divine et, en même temps, la réaliser.

La nouveauté apportée cependant par Saint Vincent est «le principe de proportionnalité» qui consiste à se demander, avant d’agir, ce que le Christ aurait fait s’il s’était trouvé dans ma situation historique personnelle :

«La vraie prudence nous donne pour règle inviolable de juger toujours de toutes choses comme Notre Seigneur en a jugé, en sorte que, dans les occasions, nous nous demandions à nous-mêmes : Comment est-ce que Notre Seigneur a jugé de telle et telle chose ? Comment s’est-il comporté en telle ou telle rencontre ? Qu’a-t-il dit et qu’a-t-il fait sur tels et tels sujets ? et qu’ainsi nous ajustions toute notre conduite selon ses maximes et ses exemples» (SV. XI, 52-53).

Saint Vincent veut que cela devienne chez nous comme une habitude, une coutume familière et presque un réflexe.

«Comment faire, dit-il à ses missionnaires, pour ne pas perdre notre temps et nos peines ? C’est de n’agir jamais par mouvement de notre propre intérêt ou fantaisie, mais nous accoutumer] à faire la volonté de Dieu en tout, voyez-vous, en tout, et non pas en partie. C’est cette grâce sanctifiante qui rend l’action et la personne agréables à Dieu» (SV. XII, 156).

Il voudrait enfin que cet accomplissement de la volonté de Dieu rejoigne la vie quotidienne et pratique :

«Il faut la pratique, Messieurs, il faut la pratique de ce que je viens de vous dire pour bien pratiquer la volonté de Dieu» (SV. XII, 163).

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