La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Livre troisième, Chapitre XXIV, Section 1

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Louis Abelly · Année de la première publication : 1664.
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Chapitre XXIV : La conduite de M. Vincent

La conduite de M. Vincent paraît assez dans tout ce qui a été rapporté de sa vie et de ses vertus, et que l’on puisse reconnaître par les choses qui ont été dites combien ce serviteur prudent et fidèle s’est conduit droitement et saintement en toutes ses voies. Néanmoins, comme cela est répandu généralement en tout cet ouvrage, nous avons pensé que, pour la plus grande édification et satisfaction du lecteur chrétien, il était expédient de recueillir dans un chapitre particulier ce qui a été jugé plus digne de remarque sur ce su jet.

Et premièrement si l’on considère quelle a été la fin que M. Vincent s’est proposée à l’égard soit des autres, soit de lui-même, on verra qu’elle n’a été autre que la plus grande gloire de Dieu et l’accomplissement de sa plus sainte volonté; c’était la l’unique but auquel ce bon serviteur de Dieu a toujours visé en tous ses desseins et en toutes ses entreprises ; c’était là où tendaient toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses intentions; et enfin, c’était là qu’il s’efforçait de porter les autres par ses avis, ses conseils, ses exhortations, et par toutes les assistances spirituelles et temporelles qu’il leur rendait; il ne prétendait en tout et partout sinon que le nom de Dieu fût sanctifié, son royaume augmenté, et sa volonté accomplie en la terre comme au ciel. Voilà où son esprit regardait et où son cœur aspirait sans cesse.

Or, pour parvenir à cette fin, le moyen principal et le plus universel qu’il a employé a été de conformer entièrement sa conduite à celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ayant très sagement jugé qu’il ne pouvait marcher ni conduire les autres par une voie plus droite ni plus assurée, que par celle que celui qui est le Verbe et la Sagesse de Dieu même, lui avait tracée par ses exemples et par ses paroles; lesquelles, pour cet effet, il avait toujours présents en son esprit, pour se mouler et se former en tout ce qu’il disait et faisait sur cet original de toute vertu et sainteté. Il avait son saint Evangile gravé dans son cœur, et il le portait en sa main comme une belle lumière pour se conduire; en sorte qu’il pouvait dire avec le prophète: «Votre parole, mon Dieu, est comme un clair flambeau pour éclairer mes pas, et pour me faire connaître le chemin que je dois tenir pour aller à vous.»

Cheminant donc à la faveur de cette divine clarté, il s’est proposé avant toute autre chose de travailler avec le secours de la grâce à son propre salut et à sa propre perfection, par l’imitation des vertus de son divin Maître. Il avait appris de son Evangile qu’il ne servirait de rien à l’homme de gagner tout le monde s’il venait à perdre son âme, et que la règle la plus juste et la plus assurée de l’amour que nous devons à notre prochain était le véritable amour que nous étions obligés d’avoir pour nous-mêmes.

Après ces premiers soins qui regardaient son salut et sa perfection, il a jugé qu’il ne pouvait mieux faire que de se conformer à son divin Sauveur, en se donnant entièrement pour procurer le salut et la sanctification des âmes qu’il avait rachetées au prix de son sang et de sa mort; et c’est pour cela qu’il n’a épargné ni son temps, ni ses peines, ni sa vie qu’il a consumée dans les divers emplois de charité dont il a été amplement parlé dans toutes les parties de cet ouvrage; mais il s’y est comporté avec une conduite si parfaite et si sainte qu’il a bien paru qu’elle venait de Dieu, et que le Saint-Esprit en était l’auteur et le directeur: ce qui se connaîtra encore mieux par la considération des excellentes qualités et propriétés de cette conduite.

Car en premier lieu elle a toujours été accompagnée d’une très grande humilité, qui était comme la première et la plus fidèle conseillère de M. Vincent, lequel, bien qu’il eût un esprit fort capable et fort éclairé, se défiait néanmoins toujours de ses propres pensées; et pour ce sujet il recourait à Dieu en toutes sortes d’affaires, pour lui demander lumière et assistance; après quoi il recherchait encore et recevait bien volontiers le conseil des autres, même de ses inférieurs, et il exhortait souvent les siens à se comporter de la sorte dans les affaires.

Voici ce qu’il écrivit un jour sur ce sujet au supérieur d’une des maisons de sa Congrégation: «Tant s’en faut, lui dit-il, qu’il soit mauvais de prendre avis des autres, qu’au contraire il est expédient et même nécessaire de le faire, quand la chose dont il s’agit est de considération, ou lorsque nous ne pouvons seuls nous bien déterminer. Pour ce qui est des affaires temporelles, on prend conseil de quelques avocats ou d’autres personnes du dehors qui soient intelligentes; et pour celles qui regardent le dedans de la maison, on confère avec les officiers destinés pour cela, et aussi avec quelques autres de la Communauté, quand on le juge à propos. Pour moi, je confère souvent même avec nos frères, et je prends leurs avis sur les choses qui regardent leurs offices: et quand cela se fait avec les conditions requises, l’autorité de Dieu, qui réside dans les supérieurs, n’en reçoit aucun détriment; mais au contraire le bon ordre qui s’en suit la rend plus digne d’amour et de respect. Je vous prie d’en user ainsi, et de vous souvenir que lorsqu’il s’agit de changements ou d’affaires extraordinaires, on les propose au Supérieur Général.»

Et dans une autre rencontre, exhortant un autre supérieur d’en user de la même façon: «Vivez entre vous, lui dit-il, cordialement et simplement; en sorte qu’en vous voyant ensemble, on ne puisse pas juger qui est celui qui porte la qualité de supérieur. Ne résolvez rien qui soit tant soit peu considérable dans les affaires sans prendre leur avis, et particulièrement de votre assistant. Pour moi, j’assemble les miens quand il faut résoudre quelque difficulté de conduite, qui regarde les choses spirituelles ou ecclésiastiques. Et quand il s’agit des affaires temporelles, j’en confère aussi avec ceux qui en prennent le soin. Je demande même l’avis des frères en ce qui touche le ménage et leurs offices, à cause de la connaissance qu’ils en ont. Cela aide beaucoup le supérieur à se déterminer, et Dieu bénit davantage les résolutions qu’il prend ensuite. C’est pourquoi je vous prie de vous servir de ce moyen pour bien réussir en votre charge. »

Or, après avoir pris conseil et arrêté de la sorte ce qu’il fallait faire, il était ferme et constant dans l’exécution, et n’écoutait plus les pensées contraires qui lui pouvaient venir en l’esprit. «Depuis que nous avons recommandé quelque affaire à Dieu (dit-il un jour à quelques-uns des siens sur ce sujet) et que nous avons pris conseil, nous devons nous tenir fermes à ce qui a été résolu; rejetant comme tentation tout ce qui nous pourrait venir contre, avec cette confiance que Dieu ne l’aura point désagréable et qu’il ne nous en reprendra point, pouvant lui dire pour une légitime excuse, « Seigneur, je vous ai recommandé l’affaire, et j’ai pris conseil, qui est tout ce que je pouvais faire pour connaître votre volonté! » L’exemple du pape Clément VIII fait fort bien à ce propos. On lui avait proposé une affaire de grande importance, qui regardait tout un royaume. On avait député vers lui plusieurs courriers, et un an s’était passé sans qu’il y eût voulu entendre, quoi qu’on lui eût pu représenter. Il recommandait cependant la chose à Dieu, et il en conférait avec ceux auxquels il avait plus de confiance, et qu’il estimait les plus capables et les plus éclairés; enfin, après plusieurs consultations, il prit une résolution avantageuse pour l’Eglise. Et néanmoins, en suite de cela, il eut un songe dans lequel il lui semblait que Notre-Seigneur lui apparaissait avec un visage sévère, lui reprochant ce qu’il avait fait, et le menaçant de l’en punir. A son réveil, étant effrayé d’une telle vision, il déclara la chose au cardinal Tolet, lequel, ayant considéré le tout devant Dieu, lui dit qu’il ne s’en devait mettre en aucune peine, que ce n’était qu’une illusion du diable, et qu’il n’avait aucun sujet de craindre, puisqu’il avait recommandé l’affaire à Dieu, et pris conseil, qui était tout ce qu’il pouvait faire; et ce bon pape s’étant arrêté à cet avis ne ressentit plus aucune peine sur ce sujet. »

Quoique M. Vincent se servît ainsi des lumières et des avis des autres, il ne se croyait pas pour cela dispensé d’employer de son côté toute l’attention et toute la vigilance possibles pour détourner le mal, et pour procurer le bien de ceux qui étaient sous sa conduite. Il avait toujours l’œil ouvert pour connaître ce qui se passait parmi les siens, et pour ordonner, disposer, et pourvoir à tout ce qui pouvait être requis de ses soins; mais il se comportait en cela avec une très grande prudence et circonspection, qui était une autre propriété de sa conduite en laquelle il a particulièrement excellé. Tous ceux qui l’ont connu ont pu remarquer combien il était sage et considéré en tout ce qu’il disait et faisait, principalement quand il était question de la direction et de la conduite des autres, ou lorsqu’il était obligé de dire son avis sur quelque affaire; car il était fort retenu et circonspect en ses paroles, ne déterminant point pour l’ordinaire absolument les choses par lui-même, mais proposant simplement ses pensées, comme les soumettant en quelque façon au jugement de ceux qui lui demandaient conseil. «Il me semble, disait-il, que l’on pourrait prendre cette affaire de cette manière; (ou) « Peut-être ferions-nous bien d’agir de cette sorte; (ou) «Si vous trouviez bon de vous servir de ce moyen, il y a sujet de croire que Dieu le bénirait.» et autres semblables termes dont se servait ordinairement pour proposer ses sentiments, évitant les paroles trop fortes et les manières de s’exprimer qui pouvaient ressentir l’esprit de suffisance ou la présomption d’avoir bien rencontré dans ses avis. Il ne disait jamais absolument: «Je vous conseille de faire telle et telle chose; » et fort rarement: «C’est là mon avis, ou mon sentiment; » mais simplement et humblement: «Voilà ma pensée; » ou bien: « Voila ce qui m’en semble.» Néanmoins lorsqu’il avançait quelque proposition, ou quelque avis, dont la résolution fût expressément contenue dans les maximes du saint Évangile, en ce cas-là il n’hésitait point, mais il s’en tenait absolument à cet oracle de vérité.

Il tenait pour maxime qu’il y avait à craindre qu’un avis donné sur-le-champ ne fut plutôt de son propre esprit particulier que de l’esprit de Dieu, lequel il estimait qu’il fallait toujours consulter avant que de parler ou de répondre. Il est bien vrai qu’il y a certaines occasions où l’on ne peut pas différer de donner son avis, sur quelque affaire pressante, et de répondre sur-le-champ à ceux qui le demandent; et M. Vincent en a quelquefois usé de la sorte, quoique rarement en chose d’importance; mais outre qu’il ne le faisait jamais sans élever son esprit à Dieu, et lui demander intérieurement lumière et assistance, il ne donnait pour l’ordinaire aucune résolution qu’il ne l’appuyât sur quelque passage de l’Écriture sainte, ou sur quelque action du Fils de Dieu ayant rapport au sujet sur lequel il était consulté.

Ayant besoin de faire choix d’une personne propre et capable pour exercer le consulat de Tunis en Barbarie, il jeta les yeux sur M. Husson, avocat au parlement de Paris, qui demeurait pour lors à Montmirail en Brie, lequel avait pour cet emploi toutes les bonnes qualités qu’on pouvait souhaiter; il lui proposa la pensée qu’il en avait, par une lettre en laquelle il lui exposa amplement le pour et le contre, sans le lui persuader autrement, laissant à sa liberté de se résoudre. «Or, pour connaître ce que Dieu voulait de moi (dit cet avocat) je m’en allai trouver M. Vincent. Ma plus grande peine naissait de l’appréhension que j’avais de quitter Montmirail trop légèrement, ou d’y demeurer trop opiniâtrement; Et pour éviter l’un et l’autre de ces dangers, il fallait être certain de ce que Dieu demandait. J’avais donc recours à M. Vincent pour me déterminer: lui de sa part souhaitait fort que je prisse résolution par un autre conseil que le sien. Mais comme j’insistai à ne prendre résolution que de lui, voici enfin de quelle manière il me parla, le jour de Pâques 1653: «J’ai offert à Notre-Seigneur (me dit-il) en célébrant la sainte Messe, vos peines, vos gémissements et vos larmes, et moi-même, après la consécration, je me suis jeté à ses pieds, le priant de m’éclairer. Cela fait, j’ai considéré attentivement ce que j’eusse voulu à l’heure de ma mort vous avoir conseillé de faire; et il m’a semblé que si j’eusse eu à mourir au même instant, j’eusse été consolé de vous avoir dit d’aller à Tunis pour les biens que vous y pouvez faire, et que j’eusse eu au contraire un extrême regret de vous en avoir dissuadé. Voilà sincèrement ma pensée. Vous pouvez toutefois ou aller, ou ne pas aller. »

«J’avoue (poursuit le même avocat) que ce procédé si désintéressé me fit voir clairement que Dieu me parlait par sa bouche. Et lui se montra si peu attaché à son sentiment et à l’avis qu’il m’avait donné, que la chose fut encore mise en délibération: et il n’assista à la résolution qui m’en fut donnée, qu’à cause que je l’en suppliai fort instamment.»

Il ne voulait point destiner par soi-même les Missionnaires qu’il envoyait aux pays éloignés: il ne prenait que ceux qui avaient eu auparavant mouvement de Dieu et disposition intérieure pour ces missions extraordinaires, et qui avaient même demandé plusieurs fois d’y aller; jugeant prudemment qu’un homme appelé de Dieu fait plus de fruit que beaucoup d’autres qui n’ont pas une pure vocation.

A cette prudence et circonspection dont il usait dans sa conduite, il joignait la force et la fermeté pour maintenir l’exactitude et la régularité. Il disait sur ce sujet que les personnes qui avaient charge des autres devaient tenir ferme dans les observances; qu’elles devaient se donner garde surtout d’être cause du relâchement par le défaut de fermeté ou d’exactitude; et qu’entre tout ce qui peut faire déchoir les Communautés de leur bon état, il n’avait rien vu qui fût plus dangereux que d’être gouvernées par des supérieurs ou autres officiers trop mous, et qui désiraient complaire aux autres et se faire aimer. Il ajoutait que, comme les mauvais succès d’une guerre s’attribuent ordinairement au général de l’armée, ainsi les défauts d’une Compagnie venaient ordinairement des manquements du supérieur; qu’au contraire, le bon état des membres dépendait de la bonne conduite du chef; Qu’il avait vu une Communauté des plus régulières qui fussent dans l’Église déchoir en moins de quatre ans par la nonchalance et lâcheté d’un supérieur. D’où il concluait par ces paroles: «Si donc tout le bien d’une Communauté dépend des supérieurs, certainement on doit bien prier Dieu pour eux, comme étant chargés, et ayant à rendre compte de tous ceux qui sont sous leur conduite.»

Quelques personnes de différentes dispositions, dont les unes étaient moins réglées, et les autres fort exactes et vertueuses, s’étant trouvées dans une même maison, il écrivit au supérieur, qui se plaignait de tous, la lettre qui suit: «Je suis affligé avec vous, et non sans raison, du procédé du prêtre et du frère dont vous m’écrivez: Dieu leur fasse la grâce d’ouvrir les yeux pour voir le danger ou ils sont, de suivre ainsi les mouvements de la nature rebelle, qui ne s’accorde jamais avec l’esprit de Jésus-Christ. O qu’il est difficile (dit l’Écriture) que ceux qui tombent, après avoir été éclairés, se relèvent! Certes ils ont grand sujet de craindre de s’égarer malheureusement, s’ils quittent la voie ou Dieu les a mis: car comment feront-ils leur devoir dans le monde, s’ils ne le font pas en la condition où ils sont? y étant aidés par tant de grâces de Dieu et de secours spirituels et temporels qu’ils n’auront pas hors de leur vocation? Il ne faut pas néanmoins s’étonner de voir ainsi des esprits qui chancellent et s’échappent. Il s’en rencontre dans les plus saintes Compagnies; et Dieu le permet pour montrer aux hommes la misère de l’homme, et pour donner sujet de crainte aux plus fermes et plus résolus; c’est aussi pour exercer les bons, et pour faire pratiquer aux uns et aux autres diverses vertus. Vous me mandez, à l’occasion de ces deux personnes déréglées et mécontentes, que la vertu de Messieurs N. N. est un peu à charge aux autres, et je le crois, mais c’est à ceux qui ont moins de régularité et de vigilance pour leur propre avancement et celui de leurs frères. Oui, Monsieur, leur zèle et leur exactitude font de la peine à ceux qui n’en ont pas, parce que cette ferveur condamne leur lâcheté. J’avoue que la vertu a deux vices à ses côtés, le défaut et l’excès; mais l’excès est louable en comparaison du défaut, et doit être plus supporté. Ces deux bons Missionnaires portant leur vertu à un degré où les autres ne peuvent atteindre, ceux-ci s’imaginent qu’il y a de l’excès, et devant Dieu il n’y en a pas. Ils trouvent à redire à leur manière d’agir, parce qu’ils n’ont pas le courage de les imiter. Dieu nous fasse la grâce de trouver tout bon en Notre-Seigneur de ce qui n’est pas mauvais.»

Il écrivit encore à un de ses prêtres qui était en mission, en ces termes: «Vous aurez soin, Monsieur, de la direction de ceux qui sont en votre compagnie: et je prie Notre-Seigneur qu’il vous donne part à son esprit et à sa conduite. Entreprenez donc cette sainte œuvre dans cet esprit; honorez la prudence, la prévoyance, la douceur et l’exactitude de Notre-Seigneur. Vous ferez beaucoup si vous faites observer le règlement comme il faut, parce que c’est ce qui attire la bénédiction de Dieu sur tout le reste Commencez donc par l’exactitude aux heures du lever et du coucher, à l’oraison, a l’office divin, aux autres exercices. Ô Monsieur, que l’habitude formée de ces choses est un riche trésor, et que le contraire tire d’inconvénients après soi ! Pourquoi donc ne mettrez-vous pas peine a vous acquitter de ces devoirs pour Dieu, puisque nous voyons que les personnes du monde observent pour la plupart si exactement l’ordre qu’elles se sont proposé dans leurs affaires? On voit rarement les gens de justice manquer à se lever, à aller au Palais et en revenir aux heures qui leur sont ordinaires; non plus que les marchands à ouvrir et fermer leurs boutiques: il n’y a que nous autres ecclésiastiques qui sommes si amateurs de nos aises, que nous ne marchons que selon le mouvement de nos inclinations.»

M. Vincent ne recommandait pas seulement l’exacte observance du règlement dans les maisons de sa Congrégation, et dans les missions où les siens travaillaient; mais il voulait encore qu’ils fussent gardés autant qu’il était possible dans les voyages qu’ils faisaient; de quoi la plupart de ses prêtres en peuvent bien rendre témoignage. Nous rapporterons seulement ici ce que l’un d’eux a déclaré sur ce sujet par écrit en ces termes: «Ayant reçu ordre de M. Vincent pour aller avec un autre prêtre de la Compagnie en une province éloignée, il nous retint fort longtemps tous deux dans sa chambre, la veille de notre départ sur le soir, nous avertissant de ce que nous avions à faire pendant le voyage, qui devait être de onze ou douze jours, en compagnie du Messager de Toulouse, qui menait avec lui bon nombre de personnes de toute condition. Entre plusieurs autres choses, il nous en recommanda particulièrement quatre. La première, de ne manquer jamais de faire l’oraison mentale, même à cheval, si nous n’avions pas le temps de la faire autrement. La seconde, de célébrer tous les jours la sainte Messe autant que faire se pourrait. La troisième, de mortifier les yeux par la campagne, et particulièrement dans les villes, et la bouche aussi par la sobriété dans les repas parmi les gens du monde. La quatrième, de faire le catéchisme aux serviteurs et servantes des hôtelleries, et surtout aux pauvres.»

Quoique sa conduite fût exacte jusqu’aux moindres choses, et qu’il se montrât ferme pour maintenir cette exactitude, il accompagnait toutefois cette fermeté d’une grande douceur et suavité; imitant en cela la conduite de Dieu même, lequel, comme dit le Sage, «atteint fortement à ses fins, et dispose suavement toutes choses pour y parvenir.» C’est de quoi le supérieur d’une maison de la Congrégation a rendu le témoignage suivant en ces termes:

«M. Vincent était très rigoureux pour lui-même, et fort exact, mais plein de douceur et de charité pour les autres: il tâchait de les contenter en tout ce qu’il pouvait accorder raisonnablement. Lui ayant demandé un jour la permission d’aller à la ville, il me la refusa, bien qu’avec peine, et me dit (quoique je ne dusse point exiger d’excuse de sa part, sa seule volonté me tenant lieu de loi) que c’était parce que plusieurs autres étaient sortis, et que je pouvais être utile à la maison. Néanmoins comme il crut m’avoir mortifié, à cause que je lui avais témoigné quelque empressement, il m’envoya quérir le lendemain, et me pria d’aller en ville, où je désirais; car c’était son ordinaire de se servir toujours de paroles fort obligeantes, n’employant point le mot de commandement, ni autres semblables, qui fissent paraître son pouvoir et son autorité; mais usait de prières, et disait: « Je vous prie, Monsieur, ou mon Frère, de faire ceci ou cela », etc.»

Il avait coutume de faire venir en sa chambre ceux qu’il envoyait en mission ou en voyage, le soir avant leur départ; et là, il leur parlait en véritable père, et à leur retour il les recevait à bras ouverts avec une cordiale affection. Voici ce que l’un d’eux en a dit, et tous les autres pourraient rendre le même témoignage: «Je ne puis assez admirer la charité et bonté de ce grand cœur. Quand j’allais en voyage ou que j’en revenais, je me trouvais comme tout embaumé de ses embrassements et du cordial accueil qu’il me faisait. Ses paroles, toutes pleines d’une certaine onction spirituelle, étaient si suaves, et néanmoins si efficaces, qu’il faisait faire tout ce qu’il voulait sans aucune contrainte. »

Lorsqu’il était obligé de refuser quelque chose, il voulait qu’on s’en aperçût, sans qu’il fût obligé de le déclarer ouvertement, de peur de faire de la peine. Quelqu’un des siens l’ayant une fois pressé de consentir à quelque chose qu’il ne trouvait pas à propos, il lui répondit en ces termes: «Je vous prie de m’en faire ressouvenir une autre fois.»

Ecrivant à un autre qui portait avec peine le départ de quelqu’un qui travaillait avec lui: «Je ne doute pas (lui dit-il) que la séparation de ce cher compagnon et de ce fidèle ami ne vous soit sensible: mais souvenez-vous, Monsieur, que Notre-Seigneur se sépara de sa propre Mère, et que ses disciples, que le Saint-Esprit avait si parfaitement unis, se séparèrent les uns des autres pour le service de leur divin Maître.»

Un supérieur se plaignant à lui des difficultés qu’il trouvait en sa charge, et de la peine qu’il avait à contenter ceux du dedans et du dehors, il lui écrivit en ces termes: «Je compatis aux peines que vous souffrez; mais vous ne devez pas vous étonner des difficultés, et encore moins vous laisser abattre: car on en rencontre partout; c’est assez que deux hommes demeurent ensemble, pour se donner de l’exercice; et quand même vous demeureriez seul, vous seriez à charge à vous-même, et vous trouveriez en vous de quoi exercer votre patience: tant il est vrai que notre misérable vie est pleine de croix. Je loue Dieu du bon usage que vous faites des vôtres, comme je me le persuade. J’ai trop reconnu de sagesse et de douceur en votre esprit, pour qu’elle vous manque en ces rencontres fâcheuses. Si vous ne contentez pas tout le monde, il ne faut pas pour cela vous mettre en peine; car Notre-Seigneur lui-même ne l’a pas fait: combien s’en est-il trouvé, et combien s’en trouvera-t-il encore, qui ont trouvé à redire à ses paroles et à ses actions ?»

Il avait aussi cette coutume de pressentir les dispositions des siens pour les emplois difficiles, et pour les lieux éloignés où il avait dessein de les envoyer pour !e service de Dieu. «Je vous écris (dit-il à un de ses prêtres) pour savoir l’état de votre santé, et quel mouvement Dieu vous donnera sur la proposition que je m’en vais vous faire. On nous appelle a N. pour un établissement, et dans le dessein d’y envoyer quatre ou cinq Missionnaires. Nous avons jeté les yeux sur vous pour en prendre la conduite. C’est pourquoi, Monsieur, il ne reste sinon de vous élever à Dieu, pour écouter ce qu’il vous dira sur ce sujet, et je vous prie de me mander aussitôt votre disposition, tant du corps que de l’esprit, pour cette sainte entreprise, suppliant Notre-Seigneur qu’il nous fasse à tous la grâce de répondre toujours, et en tous lieux, à son adorable volonté.»

Il agissait à peu près de même envers ceux qui étaient présents, mais toujours d’une manière différente, selon la disposition et le naturel de chacun; et pour l’ordinaire il procédait d’une manière toute gaie et toute cordiale. En voici un exemple. Voulant un jour envoyer un de ses Missionnaires à Rome, il lui demanda s’il était homme à faire un grand voyage pour le service de Dieu, sans lui dire en quel lieu. A quoi celui-ci répondit qu’il y était disposé.  Mais c’est hors du royaume, ajouta M. Vincent. — Il n’importe, répliqua l’autre. — Mais il faut passer la mer, dit-il encore.— Ce m’est tout un, répondit le Missionnaire, d’aller par terre ou par mer.— Mais il y a douze cents quarts de lieue loin, dit encore M. Vincent en souriant, le préparant ainsi gaiement à faire ce voyage; et il en usait de même pour l’ordinaire, quoique sous d’autres termes, envers tous les siens, pour les disposer plus suavement à faire les choses que Dieu demandait d’eux pour son service.

Section première : Continuation du même sujet

La conduite de M. Vincent étant telle que nous avons vu en ce chapitre, voici l’ordre qu’il y tenait. Premièrement, il travaillait à détruire le péché, et tous les défauts et dérèglements dans les personnes et dans les maisons dépendant de sa conduite. Pour cela il obligeait ceux qui voulaient être admis en sa Congrégation d’entrer dans un séminaire interne, établi exprès, comme dans une école de vertu, pour extirper les vices et les mauvaises inclinations, par la pratique de l’humilité, de la mortification, de l’obéissance, de l’oraison, et des autres exercices de la vie spirituelle; et après qu’ils y étaient demeurés le temps nécessaire, s’il y en avait quelques-uns qui eussent besoin d’étudier en théologie, ou même en philosophie, il les y appliquait; mais craignant que l’acquisition de ces sciences ne vînt à ralentir leur première ferveur, ou que le désir immodéré de savoir et la curiosité ne se mêlât dans leurs études, voici les avis remarquables qu’il leur donnait:

« Le passage du séminaire aux études (disait-il) est un passage très dangereux, auquel plusieurs font naufrage; et s’il y a aucun temps auquel on doive prendre garde à soi, c’est celui des études: car il est très périlleux de passer d’une extrémité à l’autre, comme le verre qui passe de la chaleur du fourneau en un lieu froid court le risque de se casser: et par ainsi il importe grandement de se maintenir dans sa première ferveur, pour conserver la grâce que l’on a reçue, et pour empêcher la nature de prendre le dessus. Si a chaque fois que nous éclairons notre entendement, nous tachons aussi d’échauffer notre volonté, assurons-nous que l’étude nous servira de moyen pour aller à Dieu, et tenons pour une maxime indubitable qu’à proportion que nous travaillerons à la perfection de notre intérieur, nous nous rendrons plus capables de produire du fruit envers le prochain. C’est pourquoi, en étudiant pour servir les âmes, il faut avoir soin de remplir la sienne de piété, aussi bien que de science, et pour cet effet lire des livres bons et utiles, et s’abstenir de la lecture de ceux qui ne servent qu’à contenter la curiosité: Car la curiosité est la peste de la vie spirituelle; et c’est par la curiosité de nos premiers parents que la mort, la peste, la guerre, la famine et les autres misères sont entrées dans le monde; et par conséquent nous devons nous en donner de garde comme d’une racine de toutes sortes de maux.»

Il ne bannissait pas seulement de sa Compagnie la curiosité, mais il en voulait aussi exclure la sensualité. «Malheur (disait-il) à celui qui cherche ses satisfactions ! Malheur à celui qui fuit les croix ! car il en trouvera de si pesantes qu’elles l’accableront. Celui qui fait peu d’état des mortifications extérieures, disant que les intérieures sont beaucoup plus parfaites, fait assez connaître qu’il n’est point mortifié, ni intérieurement ni extérieurement.»

« J’ai remarqué (disait-il en un autre rencontre) en la plupart de ceux qui font banqueroute à leur vocation, du relâchement en deux choses.  La première est le lever du matin, auquel ils ne sont point exacts; et la seconde, l’immodestie des cheveux, les laissant trop croître, et se portant insensiblement à d’autres semblables vanités.» A ce propos il voulait que tous les ecclésiastiques de sa Congrégation portassent les cheveux fort courts; et quand il les voyait à quelqu’un couvrir tant soit peu le collet, il y portait sa main, et les lui tirait un peu en riant, lui faisant entendre par ce signe qu’il se souvînt de les faire couper: ou bien, il le lui disait même expressément en présence des autres, parce que ce défaut est visible à chacun.

Comme il savait que parmi les personnes spirituelles, et surtout dans les Communautés, il y a certains vices qui sont plus à craindre que les autres, particulièrement l’émulation et la médisance, pour en donner plus d’horreur aux siens, il leur disait entre autres choses que «les traits de l’envie et de la détraction transpercent premièrement le cœur de Jésus-Christ, avant que d’atteindre les personnes à qui l’on en veut.»

Il employait encore un autre moyen pour bannir les vices et les dérèglements des maisons et des personnes qui étaient sous sa conduite: c’était la correction fraternelle; mais il assaisonnait ce moyen, qui d’ailleurs est un peu amer au goût de la nature, avec tant de douceur et de grâce, qu’il a vérifié en lui la parole du Sage, que « les blessures de celui qui aime sont meilleures et plus désirables que les baisers trompeurs de l’ennemi. »

Pour cet effet il ne faisait pas ordinairement les corrections sur-le-champ, et jamais il ne les faisait par un mouvement de nature; c’était toujours par esprit de charité, après y avoir pensé devant Dieu, et avoir considéré les dispositions de celui qu’il voulait corriger, ainsi que les moyens de lui rendre la correction utile et salutaire. Dans cet esprit, ayant une fois à donner quelque avertissement à une personne assez fautive et assez difficile à recevoir correction, il fit trois jours de suite son oraison mentale sur ce sujet, pour demander à Dieu plus de lumière, afin de mieux connaître de quelle façon il devait agir.

Lorsqu’il faisait quelque avertissement, c’était toujours avec une grande bonté, et néanmoins avec fermeté, mêlant ensemble l’huile et le vin, à l’exemple du bon Samaritain. D’ordinaire il y procédait de la sorte:

En premier lieu, il témoignait quelque estime de la personne qu’il voulait avertir, il la louait même de quelque bonne qualité qu’il reconnaissait en elle, et par ce moyen il s’insinuait dans son cœur; ensuite, il lui faisait voir sa faute dans toute son étendue, exigeant, autant qu’il était nécessaire, les circonstances de la personne, du lieu, du temps et autres semblables; puis il y apportait le remède: et pour le faire recevoir plus volontiers, il se mettait toujours de la partie, et, selon que l’espèce de la faute le requérait, il disait: « Monsieur, ou mon Frère, nous avons vous et moi besoin de travailler à acquérir l’humilité, de nous exercer à la patience, de pratiquer l’exactitude» et ainsi des autres vertus qu’il voulait recommander.

Il prenait garde, autant qu’il était en lui, de rendre son avertissement non seulement utile, mais aussi en quelque façon agréable à celui qu’il voulait corriger; surtout il usait de toutes les précautions possibles pour ne découvrir jamais qui lui avait donné avis de la faute; et il eût plutôt omis d’avertir le coupable que de lui donner sujet de se défier de quelqu’un: tant il était persuadé que la paix et l’union dans les Communautés était préférables à tout autre bien.

Parlant un jour aux siens pour les éloigner du désir des charges, il leur dit entre autres choses: «Que celui qui conduit les autres est responsable de leurs manquements, s’il ne les en avertit quand il le faut, et dans l’esprit d’humilité, de douceur et de charité. Que la première fois qu’on avertissait quelqu’un, il fallait le faire avec grande douceur et bonté, et prendre bien son temps; la seconde, avec un peu plus de sévérité et plus de gravité, qui fût néanmoins accompagnée de douceur, se servant de prières et de remontrances charitables; et enfin la troisième, avec zèle et fermeté, témoignant même au défaillant ce qu’on sera obligé de faire pour dernier remède.»

Voulant un jour faire quelque correction à un des siens, il lui demanda auparavant s’il aurait agréable qu’il lui fît un avertissement: à quoi l’autre répondit qu’il y était disposé, et cette manière d’agir lui gagna entièrement le cœur; et lui demeura si fort dans l’esprit, qu’il a depuis assuré qu’elle eut un grand effet sur lui, et que rarement est-il depuis venu à retomber dans cette faute, qu’il ne se soit souvenu de la précaution de cet avertissement, que ce sage supérieur lui avait fait avec tant de bonté.

Un Missionnaire étant pour le service de Dieu dans un emploi assez dangereux pour lui, et fort difficile pour les personnes avec lesquelles il avait à traiter, M. Vincent lui prescrivit prudemment ce qu’il avait à faire et à ne pas faire. Mais au lieu de s’arrêter à cela, il passa outre plusieurs fois; et Dieu permit que, pour avoir fait ces fautes, il s’en trouva en peine. Sur quoi M. Vincent lui fit une paternelle correction, lui faisant voir par l’expérience même les inconvénients qui arrivent d’aller contre les ordres de ses supérieurs; et puis il finit sa lettre en ces termes: «Je vous supplie, Monsieur, agréez la simplicité avec laquelle je vous parle, et ne vous en attristez pas, s’il vous plaît; mais faites comme ces bons pilotes qui, se trouvant agités de la tempête, redoublent leur courage, et tournent la pointe de leurs vaisseaux contre les flots de la mer les plus furieux qui semblent s’élever pour les engloutir.»

Le supérieur d’une maison n’exécutant pas un ordre que M. Vincent lui avait plusieurs fois réitéré, qui était d’envoyer un prêtre en une autre maison; il se vit obligé de le presser, et tout ensemble de lui faire connaître sa faute; ce qu’il fit, mais de la plus douce manière qu’il était possible; Car, au lieu de lui écrire qu’en résistant, il résistait à l’obéissance, il lui dit seulement ces mots: « Il me semble, Monsieur, que j’entrevois dans votre retardement l’ombre de la désobéissance.»

Il corrigeait avec une douce force ceux qu’il surprenait en quelque défaut; et quand ils s’en humiliaient, il les en congratulait, prenant cette humiliation pour un bon signe; et jamais il ne leur reprochait ni remettait devant les yeux une faute dont ils s’étaient déjà humiliés.

Un supérieur d’une des maisons de sa Congrégation, pensant qu’on avait écrit à son désavantage à M. Vincent, le pria de l’avertir de ses manquements: mais M. Vincent, voyant qu’il soupçonnait quelqu’un sans sujet, l’en avertit d’une manière extrêmement douce: «Vous pouvez penser, dit-il, que si j’avais quelque correction à vous faire, je vous la ferais tout simplement: Mais grâce à Dieu, vous marchez de bon pied, et votre conduite me paraît bien bonne. A ce propos, je vous dirai que je ne me ressouviens pas qu’on m’ait fait aucun rapport de vous contraire à cela. Et quand on le ferait, je vous connais trop bien pour craindre que l’on m’en fasse accroire. Selon cela, vous devez vous garder du soupçon, autant que vous pourrez, et aller droit à Dieu.»

Voici comme il avertit un supérieur qui s’était plaint à lui du déportement d’un inférieur qui lui parlait avec peu de respect, et l’avait choqué en quelque rencontre. La lettre est toute de sa main, et des plus remarquables, contenant de bons avis pour la conduite:

« Je participe à la peine que vous a donné sujet d’avoir celui duquel vous m’écrivez. Je veux croire qu’il a fait cela bonnement: mais j’estime, quand il aura fait réflexion sur toutes les circonstances qui se passèrent en cette rencontre, qu’il verra bien qu’il n’y faut pas retourner souvent, et que vous aussi, Monsieur, reconnaîtrez que c’est un petit exercice que Notre-Seigneur vous a envoyé, pour vous façonner à la bonne conduite des personnes qui vous sont commises. Cela vous fera comme entrevoir combien grande a été la bonté de Notre-Seigneur à supporter ses apôtres et ses disciples, lorsqu’il était sur la terre, et combien il a eu à souffrir des bons et des mauvais. Cela même vous fera voir que les supériorités ont leurs épines, comme les autres conditions, et que les supérieurs qui veulent bien faire leur devoir de parole et d’exemple ont beaucoup à souffrir de leurs inférieurs, non seulement des discoles, mais encore des meilleurs. Suivant cela, Monsieur, donnons-nous à Dieu pour le servir en cette qualité, sans prétention d’aucune satisfaction du côté des hommes. Notre-Seigneur nous en donnera assez, si nous travaillons comme il faut à nous rendre plus exacts à l’observance des règles et à l’acquisition des vertus propres aux vrais Missionnaires, surtout à celles de l’humilité et de la mortification.

«Et il me semble, Monsieur, que vous ferez bien de dire à ce bon prêtre, lorsqu’il vous fera sa communication, ou en quelque autre rencontre, que vous le priez qu’il vous avertisse de vos manquements, puisque dans l’emploi où vous êtes, il ne se peut que vous ne fassiez bien des fautes, non seulement en qualité de supérieur, mais aussi en celle de Missionnaire et de chrétien; qu’il ne se rebute pas, encore que la nature d’abord semble pâlir ou rougir, ou qu’il vous échappe quelque parole d’impatience; c’est ce qui arrive pour l’ordinaire dans le premier mouvement aux plus grands saints; l’animalité toujours vivante en l’homme prévenant ainsi la raison, laquelle, aidée de la grâce, tire des avantages indicibles des avertissements qu’on nous fait. Il me semble, Monsieur, que vous ferez bien aussi de déclarer de temps en temps à votre famille que non seulement vous trouvez bon d’être averti par celui de votre maison qui est destiné pour vous faire cette charité, mais que vous auriez peine s’il ne vous avertissait pas, et s’il s’abstenait d’écrire au Supérieur général, selon l’usage de toutes les Compagnies bien réglées: et vous les assurerez que vous ne verrez point les lettres qu’ils m’écriront, ni celles que je leur écrirai. Ô Monsieur, que la misère humaine est grande, et la patience nécessaire aux supérieurs! Je finis en me recommandant à vos prières, que je vous prie d’offrir à Dieu, afin qu’il me pardonne les fautes incomparables que je commets tous les jours dans la qualité que j’ai, qui en suis le plus indigne de tous les hommes, et pire que Judas envers Notre-Seigneur.»

Un autre supérieur, peu satisfait de quelques-uns de ceux qu’il avait en charge, ayant écrit à M. Vincent qu’il aimerait mieux conduire des bêtes que des hommes; Ce saint homme lui fit une réponse aussi judicieuse que cette expression était indiscrète: «Ce que vous me mandez (lui dit-il) souffre explication: car ce que vous dites est vrai en ceux qui veulent que tout ploie sous eux, que rien ne leur résiste, que tout aille selon leur sens; qu’on leur obéisse sans réplique ni retardement, et, par manière de dire, qu’on les adore; mais cela n’est pas en ceux qui aiment la contradiction et le mépris, qui se regardent serviteurs des autres, qui conduisent en la vue de la conduite de Notre-Seigneur, lequel supportait de sa Compagnie la rusticité, l’émulation, le peu de foi, etc., et qui disait qu’il était venu pour servir, et non pour être servi. Je sais, Monsieur, que grâce à Dieu, ce même Seigneur vous fait agir avec humilité, support, douceur et patience, et que vous n’avez usé de ce terme que pour mieux exprimer votre peine, et me persuader votre décharge. Aussi tâcherons-nous d’envoyer quelqu’un à votre place.»

Ce supérieur, qui était un bon serviteur de Dieu, trouva cette réponse de son père si à propos, qu’il lui répartit: «J’ai admiré et j’admire votre réponse aussi belle qu’énergique; je la chéris, je la respecte, je me l’applique, etc.» M. Vincent ayant envoyé quelqu’un pour le relever de sa charge, lui écrivit: «Nous envoyons un tel en votre place, après les instances que vous nous en avez faites: j’espère que la famille verra en vos exemples la soumission et la confiance que chacun doit à son supérieur.» Il lui mandait cela, parce qu’il devait encore demeurer en la même maison. Et il est à remarquer que, retirant de charge les supérieurs, il les laissait assez souvent inférieurs dans la même famille, pour les exercer à une plus parfaite humilité et obéissance.

Un prêtre de la Mission, régent dans un séminaire, était fort honnête, pieux et fort zélé; mais il avait naturellement un esprit un peu aigre, et qui pour cela ne traitait pas les séminaristes avec toute la douceur convenable, donna sujet a M. Vincent de lui écrire la lettre suivante: «Je crois (lui dit-il) ce que vous me mandez, plus que les choses mêmes que je vois; et j’ai trop de preuves de votre affection à procurer le bien du séminaire pour la révoquer en doute. Cela fait que je suspends mon jugement sur les plaintes qu’on m’a faites de votre conduite trop sèche, jusqu’à ce que vous m’ayez vous-même mandé ce qui en est. Cependant, je vous prie de faire réflexion sur votre façon d’agir, et de vous donner à Dieu pour corriger avec sa grâce ce que vous y trouverez de mal gracieux: car outre que sa divine Majesté en est offensée, quoique vous ayez une bonne intention, il en arrive encore d’autres inconvénients. Le premier est que ces Messieurs qui sortent mal contents du séminaire peuvent se dégoûter de la vertu, tomber dans le vice, et se perdre pour être sortis trop tôt de cette sainte école, faute d’y avoir été traités doucement. Le second est qu’ils décrient le séminaire, empêchent que d’autres n’y entrent, qui sans cela y viendraient, et y recevraient les instructions et les grâces convenables à leur vocation. Et en troisième lieu, la mauvaise réputation d’une maison particulière tombe sur la petite Compagnie, laquelle, perdant une partie de sa bonne odeur, reçoit un notable préjudice au progrès de ses fonctions, et voit diminuer le bien qu’il a plu à Dieu faire par elle.

«Si vous dites que vous n’avez point remarqué ces défauts en vous, c’est un signe que vous avez bien peu d’humilité: car si vous en aviez autant que Notre-Seigneur en demande d’un prêtre de la Mission, vous vous réputeriez le plus imparfait de tous, et vous vous estimeriez coupable de ces choses, et attribueriez à quelque secret aveuglement de ne pas voir ce que les autres voient, surtout depuis que vous avez été averti. «Et à propos d’avertissement, on m’a encore mandé que vous avez peine à souffrir qu’on vous en fasse. Si cela est, ô Monsieur ! que votre état est à craindre, et qu’il est éloigné de celui des saints, qui se sont avilis devant le monde, et réjouis quand on leur a montré les petites taches qui étaient en eux. C’est mal imiter le Saint des Saints, Jésus-Christ, qui a permis qu’on lui ait reproché publiquement le mal qu’il n’avait pas fait, et qui n’a pas dit un mot pour se mettre à couvert de cette confusion. Apprenons de lui, Monsieur, à être doux et humbles de cœur. Ce sont !es vertus que vous et moi lui devons demander incessamment, auxquelles nous devons faire attention particulière, pour ne nous pas laisser emporter aux passions contraires, qui détruisent d’une main l’édifice spirituel que l’autre bâtit. Plaise à ce même Seigneur de nous éclairer de son esprit, pour voir les ténèbres du nôtre et pour le soumettre à ceux qu’il a proposés pour nous conduire, et de nous animer de sa douceur infinie, afin qu’elle se répande sur nos paroles et sur nos actions, pour être agréables et utiles au prochain.»

Parlant un jour à sa Communauté sur le même sujet, et lui donnant un avertissement de très grande importance, avec son humilité ordinaire: «Je déclare, dit-il, que ceux qui remarquent des défauts qui vont à la ruine et au dérèglement de la Compagnie, et qui n’en avertissent pas, sont coupables de la ruine et du dérèglement de la même Compagnie. Suivant cela, je dois trouver bon d’être moi-même averti; en sorte que si je ne me corrigeais pas de quelque défaut scandaleux qui apportât désordre et destruction à la Congrégation, ou bien si j’enseignais ou soutenais quelque chose contraire à la doctrine de l’Église, la Congrégation assemblée me devrait déposer, et puis chasser.»

Une autre fois répondant à un supérieur d’une de ses maisons touchant les avertissements qu’il pensait être obligé de faire devant la Communauté: «En deux ou trois cas (lui dit-il) l’on doit avertir la Communauté de la faute d’un seul: premièrement, quand le mal est si invétéré en celui qui en est coupable, que l’on juge qu’un avertissement particulier lui serait inutile: et c’est pour cette raison que Notre-Seigneur avertit Judas en la présence des autres apôtres, en termes couverts, disant qu’un de ceux qui mettaient la main au plat avec lui le devait trahir. Secondement, quand ce sont des esprits faibles qui ne peuvent porter une correction, pour douce qu’elle soit, bien qu’au reste ils soient bons: car avec cette bonté qu’ils ont, une recommandation en général, sans les nommer, leur suffit pour les redresser. Et en troisième lieu, lorsqu’il y a danger que d’autres se laissent aller à la même faute, si on ne la reprend. Hors de ces cas j’estime que l’avertissement se doit faire à la personne seule.

«Quant aux fautes qui se commettent à l’égard du supérieur, il est bien vrai qu’il en doit avertir l’inférieur; mais en observant deux ou trois choses: premièrement, que ce ne soit jamais sur-le-champ sans quelque nécessité particulière; secondement, que ce soit doucement et à propos; troisièmement, que ce soit par forme de raisonnement, lui représentant les inconvénients de sa faute, et cela d’une telle manière qu’il puisse connaître que le supérieur ne lui fait pas cet avertissement par humeur ni parce que la chose le regarde, mais pour son bien et pour celui de la Communauté.»

M. Vincent ne se contentait pas de remédier au vice et aux défauts des maisons et des personnes qui étaient sous sa conduite, mais il faisait tous ses efforts pour y établir la perfection et la plus exacte régularité. Pour cela, le premier et le plus efficace moyen qu’il y employait était le bon exemple qu’il y donnait lui-même, se rendant imitateur de son divin Maître, lequel, comme dit le saint Évangile, commença premièrement à faire, et puis se mit à enseigner. Et en effet, ce sage et zélé supérieur était si exact aux exercices de sa Communauté, et particulièrement à l’oraison du matin, qu’il se levait comme les autres à quatre heures, quoiqu’il eût fort peu reposé la nuit, pour avoir été incommodé de la fièvre, ou pour quelqu’autre empêchement; même les jours auxquels il devait être saigné, ou prendre médecine, et le lendemain de ces jours-là jusque dans sa vieillesse, il ne se relâchait en rien et ne laissait pas de se trouver à l’oraison avec les autres. On ne saurait croire combien les exemples de ferveur et d’exactitude de ce charitable père avaient de force sur ses enfants, pour les porter à agir de même, à son imitation; et l’on peut dire que son exemple a été l’une des causes les plus efficaces de ce bel ordre qu’on a toujours vu et admiré dans la maison de Saint-Lazare, depuis que les prêtres de la Mission y ont été établis, et qui a donné tant d’édification aux personnes du dehors. Il voulait aussi que les supérieurs fussent toujours les plus exacts à observer le règlement, et qu’ils se trouvassent des premiers aux exercices de la Communauté, autant que leur santé et leurs occupations le pourraient permettre. Il disait sur ce sujet, parlant des prêtres de sa Congrégation, «Que ceux qui n’étaient point dans cette exactitude, particulièrement à se lever le matin, et à faire leur oraison au lieu et au temps que les autres la font, quoiqu’ils eussent d’ailleurs beaucoup de talents et de capacité pour la conduite, n’étaient pourtant point propres pour être supérieurs des maisons, ni directeurs des séminaires.» Et il ajoutait «que quand il s’agit d’établir des supérieurs, on doit bien prendre garde si ceux qu’on choisit pour ces offices sont réguliers et exemplaires, parce qu’autrement il leur manquerait une des principales qualités requises en ceux qui sont chargés de la conduite des autres.»

Voici ce qu’il écrivit un jour sur ce même sujet au supérieur d’un séminaire, pour lui faire connaître de quelle façon il devait se comporter envers les ecclésiastiques qui étaient sous sa charge: «Je loue Dieu, lui dit-il, du nombre des ecclésiastiques que M. l’évêque de N. vous envoie: vous n’en manquerez pas si vous prenez la peine de les élever dans le véritable esprit de leur condition, qui consiste particulièrement en la vie intérieure, et en la pratique de l’oraison et des vertus; car ce n’est pas assez de leur montrer le chant, les cérémonies, et un peu de morale; le principal est de les former à la solide piété et dévotion. Et pour cela, Monsieur, nous en devons être les premiers remplis, car il serait presque inutile de leur en donner l’instruction, et non pas l’exemple. Nous devons être des bassins remplis, pour faire écouler nos eaux sans nous épuiser; et nous devons posséder cet esprit dont nous voulons qu’ils soient animés: car nul ne peut donner ce qu’il n’a pas. Demandons-le donc bien à Notre-Seigneur, et donnons-nous à lui, pour nous étudier à conformer notre conduite et nos actions aux siennes: alors votre séminaire répandra une suavité dedans et dehors le diocèse, qui le fera multiplier en nombre et en bénédictions; et au contraire, ce serait un grand empêchement à ce bien-là de vouloir agir en maîtres envers ceux qui sont sous notre charge, ou de les négliger, ou mal édifier: ce qui arriverait, si nous voulions trop nous polir et nous ajuster, nous bien traiter, nous faire considérer et honorer, nous divertir, nous épargner, et nous communiquer par trop au dehors. Il faut être ferme, et non pas rude dans la conduite, et éviter une douceur fade qui ne sert à rien. Nous apprendrons de Notre-Seigneur comme la nôtre doit être toujours accompagnée d’humilité et de grâce, pour lui attirer les cœurs, et n’en dégoûter aucun.»

Écrivant a un autre supérieur, il lui dit: «Ma grande espérance est que vous contribuerez beaucoup, avec la grâce de Dieu, à sauver ces peuples, et que vos exemples serviront à vos confrères pour s’affectionner à cette bonne œuvre, et pour s’y appliquer aux lieux, aux temps et en la manière qui leur sera prescrite par vous, qui consulterez Dieu comme un autre Moïse, et qui recevrez de lui la loi pour la donner à ceux que vous conduirez. Souvenez-vous que la conduite de ce saint patriarche était douce, patiente, supportante, humble et charitable; et qu’en celle de Notre-Seigneur ces vertus ont paru en leur perfection, afin que nous nous y conformions.»

Le supérieur d’une de ses maisons lui ayant écrit pour lui demander que sa charge fût remise à un autre, il lui fit cette réponse: «Pour la décharge (lui dit-il) que vous demandez, je vous prie de n’y pas penser, mais d’espérer que, sous les cendres de cette humilité qui vous fait désirer de vous soumettre à un autre, est caché l’esprit de Notre-Seigneur, qui sera lui-même la direction de votre conduite, votre force en votre faiblesse, votre science en vos doutes, et votre vertu en vos besoins. De votre côté, Monsieur, donnez-vous à lui pour n’être à peine à personne, pour traiter un chacun avec douceur et respect, pour user toujours de prières et de paroles amiables, et jamais de mots rudes ou impérieux: rien n’étant si capable de gagner les cœurs que cette manière d’agir humble et suave, ni par conséquent de vous faire parvenir à vos fins, qui sont que Dieu soit servi, et les âmes sanctifiées.»

Écrivant a un autre sur le même sujet: «Tant s’en faut (lui dit-il) que les raisons que vous apportez pour vous exempter de la supériorité nous fassent jeter les yeux sur un autre, qu’elles nous confirment plutôt dans la résolution de vous la donner. La vue que vous avez de vos défauts et de votre incapacité se doit employer pour vous humilier, et non pour vous décourager. Notre-Seigneur a assez de vertu et de suffisance pour lui et pour vous: laissez-le donc agir, et ne doutez point que si vous demeurez dans les humbles sentiments dans lesquels vous êtes, et dans une humble confiance en lui, sa conduite ne sanctifie la vôtre. J’espère bien de sa bonté, et du bon usage que vous faites de ses grâces, qu’il en sera ainsi. Dans cette espérance je vous envoie la lettre qui vous constitue supérieur de votre communauté: vous lui en pourrez faire lecture afin qu’elle vous regarde désormais en Notre-Seigneur, et Notre-Seigneur en vous, ainsi que je l’en prie.»

Avant que de finir ce chapitre, nous insérerons encore ici l’extrait d’une lettre de M. Vincent à une Fille de la Charité, qui contient quelques avis dignes de remarque touchant sa conduite, pour l’entrée de celles qui étaient reçues en la Compagnie de ces bonnes Filles, ou qui en sortaient.

« La réponse, lui dit-il, que vous ferez à cette bonne fille, laquelle pour entrer en votre Compagnie veut être assurée pour sa vie, est de lui dire que cela ne se peut; qu’on n’a pas encore donné cette assurance à aucune, et qu’on ne la donnera à personne, de crainte que quelques-unes se relâchant aux exercices, ne deviennent scandaleuses, et se rendent indignes de la grâce de leur vocation: car si ce malheur arrivait à quelque esprit mal fait, ne serait-il pas raisonnable de retrancher ce membre gangrené, afin qu’il ne gâtât pas les autres? Vous savez, néanmoins, ma Sœur, que l’on ne met personne dehors, que rarement, et seulement pour des choses notables, et jamais pour des manquements communs, ni même extraordinaires, s’ils ne sont fréquents et considérables; encore le fait-on le plus tard qu’on peut, et après avoir longtemps supporté les chutes d’une telle personne, et employé vainement les remèdes propres à sa correction. On use surtout de cette patience et charité envers celles qui ne sont pas tout à fait nouvelles, et encore plus envers les anciennes: de sorte que s’il en sort quelques-unes, c’est que ce sont elles-mêmes qui s’en vont, ou par légèreté d’esprit, ou parce qu’ayant été lâches et tièdes au service de Dieu, Dieu même les vomit et les rejette avant que les supérieurs pensent à les renvoyer. De dire que celles qui sont fidèles à Dieu, et soumises à la sainte obéissance, sortent de la Compagnie, c’est ce qui n’arrive pas, grâce à Dieu, ni à l’égard de celles qui se portent bien, ni envers celles qui sont infirmes. On fait ce qu’on peut pour les conserver toutes, et on prend tous les soins possibles des unes et des autres, jusques à la mort. Si donc cette bonne fille se veut résoudre d’entrer chez vous, et d’y mourir, elle y sera traitée de même avec grande charité. Mais dites-lui, s’il vous plaît, que ce sera à elle d’assurer sa vocation par bonnes œuvres, selon le conseil de l’apôtre saint Pierre; et pour cela, qu’elle se doit appuyer en Dieu seul, et espérer de lui la grâce de la persévérance. Que si elle en veut être assurée de la part des hommes, il y a apparence qu’elle cherche autre chose que Dieu; il la faut laisser là, et ne s’en plus mettre en peine.»

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