La vie de Saint Vincent de Paul, instituteur de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité (021)

Francisco Javier Fernández ChentoVincent de PaulLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Pierre Collet, cm · Année de la première publication : 1748.
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Livre Second

6. Il est nommé par S. François de Sales, Supérieur des Filles de la Visitation. Il établit à Joigni une Confrairie d’hommes pour le soulagement des pauvres. Le R. P. Général des Minimes l’associe aux prières de son Ordre

colletCe nouvel emploi, qui marquait l’estime que Louis le juste faisait de notre prêtre, fut peu de temps après suivi d’un autre, qui fait bien connaître le jugement, qu’en portait S. François de Sales. Ce grand évêque, dont le seul nom rappelle l’idée d’un des plus dignes Pontifes, que J.C. ait jamais donnés à son Eglise, connut Vincent, lorsqu’après son retour de Bresse, il rentra dans la maison de Gondi. Une tendre charité unit bientôt ces deux grandes âmes. Le don de discerner les esprits, qu’ils possédaient éminemment, leur dicta ce qu’ils devaient penser l’un de l’autre. Vincent avoua que la douceur, la majesté, la modestie, et tout l’extérieur de François de Sales, lui retraçait une vive image du Fils de Dieu conversant parmi les hommes. François de Sales publiait à son tour, que Vincent était un des plus saints prêtres, qu’il eût jamais connu, et qu’il en savait aucun dans Paris, qui eût plus de religion, plus de prudence, plus de ces talents rares, qui sont nécessaires pour conduire les âmes à une haute et solide piété.

Ces motifs le déterminèrent à jeter les yeux sur lui, pour en faire le premier Supérieur des religieuses de la Visitation, que l’illustre Jeanne-Françoise Fremiot de Chantal avait établies depuis peu dans la Rue S. Antoine. Ce choix fait par un évêque, qui avait pour maxime, qu’un particulier même doit choisir son directeur entre dix mille ; qu’il s’en trouve moins qu’on ne saurait dire, qui soient capables de cet emploi ; et qu’un homme chargé du soin d’une maison religieuse, doit joindre beaucoup de vertu et une charité rare, à une science étendue et à une grande expérience ; ce choix dis-je, fera à jamais chez toutes les personnes sages, l’apologie du mérite et de la piété de Vincent de Paul. En effet, quelques rares que fussent alors les bons prêtres, il est certain qu’il y avait dans Paris plusieurs ecclésiastiques savants, vertueux, et plus âgés que ne l’était notre saint : il y avait des Pasteurs vigilants et sages dans plusieurs paroisses ; des Docteurs pleins de lumière, dans les maisons de Sorbonne et de Navarre ; des directeurs éclairés, qui travaillaient avec fruit dans les différents quartiers de cette grande ville. Ce fut cependant à ces hommes respectables que fut préféré Vincent de Paul ; et le saint évêque de Genève, après en avoir longtemps conféré avec la Mère de Chantal, et avoir par de longues et ferventes prières, conjuré Dieu de l’éclairer dans une affaire si importante, crut que c’était l’homme le plus propre à achever son Ouvrage, et à perpétuer dans les nouvelles Epouses, qu’il venait d’enfanter à J.C. l’esprit d’amour et de sacrifice, qui leur est propre, et dans lequel elles ont pendant près de quarante ans, fait, sous sa conduite, des progrès si considérables. Dans la juste crainte que l’homme de Dieu ne refusât un emploi, qui était une preuve parlante de l’estime distinguée qu’on faisait de lui, le saint Instituteur de la Visitation s’y prit, comme avait fait en pareil cas la Générale des Galères. Il agit auprès de Henri de Gondi Cardinal de Retz (d) , dernier évêque de Paris, il le pria de décider en sa faveur, et de prévenir par des ordres précis les délais et les remontrances. Ce prélat n’eut garde de s’opposer au bien d’une des plus belles portions de son troupeau. Il parla, il fut obéi. Les bénédictions, qui ont accompagné le ministère de Vincent, et dont nous parlerons ailleurs, ont fait voir, que les hommes n’avaient fait qu’exécuter dans le temps, ce que Dieu avait arrêté avant tous les siècles.

Ces emplois si glorieux pour Vincent, n’enflèrent point son coeur. Il n’en eut que plus de liaison avec les pauvres. Il donna à leur instruction tout le temps qui lui resta de libre. Il passa une grande partie de cette année, et de la suivante, à faire, comme je l’ai dit un peu plus haut, des missions en plusieurs diocèses ; et il établit dans la ville de Joigni une Confrérie d’hommes pour le soulagement des pauvres qui étaient en bonne santé, comme il y en avait déjà établi une de femmes, pour le service de ceux qui étaient malades. Mais son zèle pour le salut du prochain, ne l’occupa pas jusqu’à l’empêcher de penser à lui-même. Pour ne se pas consumer en éclairant les autres, il ne négligeait aucun de ses exercices de piété ; et il y ajoutait de rudes et pénibles mortifications. Les disciplines jusqu’au sang, un cilice affreux, des chaînes très pointues, un sommeil bien court, et toujours sur la paille ; une sobriété extraordinaire dans le boire et dans le manger, et comme une foule d’austérités semblables, entraient depuis longtemps dans le plan de sa vie, et il ne s’en écarta jamais. Il fit cette même année les exercices spirituels à Soissons avec beaucoup de ferveur. Ce fut là qu’en se pesant lui-même au poids du sanctuaire, qui ne trompe jamais, il reconnut en lui un défaut, qui, comme il arrive d’ordinaire, n’eût pas manqué de croître avec le temps, et de mettre quelque obstacle à la sanctification des peuples, dont Dieu lui confiait si visiblement le salut et les intérêts.

Son air naturellement grave, avait je ne sais quoi d’austère, surtout par rapport aux personnes de condition ; et son penchant, qui le portait à la solitude, rendait son commerce moins aisé. Les pauvres, avec lesquels il était dans son élément, ne s’en apercevaient pas ; mais le grand monde, qu’il était obligé de voir, et qui veut des manières jusques dans la vertu, s’en apercevait de temps en temps. Ces moments sombres, pendant lesquels Vincent, comme renfermé en lui-même, suivait, sans y penser, son tempérament mélancolique, affligeaient quelquefois la Comtesse de Joigni, qui craignant beaucoup de le perdre, craignait aussi qu’il n’eût quelque mécontentement dans sa maison. Elle lui en témoignait sa peine, avec ces manières pleines de bonté, qui lui étaient naturelles. Le saint homme, pendant la retraite qu’il fit à Soissons, s’examina sérieusement sur cet article ; et il en connut mieux l’importance, qu’il n’avait fait jusqu’alors. Je m’adressai à Notre Seigneur, c’est lui qui parle, et qui parle avec son humilité ordinaire ; et je le priai instamment de me changer cette humeur sèche et rebutante, et de me donner un esprit doux et bénin. Dieu ne lui manqua pas, mais aussi il ne manqua pas à Dieu ; et il veilla si exactement sur lui-même, que sa douceur et son affabilité passèrent en proverbe ; et qu’on a dit de lui, ce qu’il disait lui-même de S. François de Sales, qu’il était difficile de trouver un homme, dont la vertu s’annonçât sous des traits plus aimables, plus capables de gagner à Dieu tous les coeurs.

Les plus gens de bien, de concert avec Vincent, travaillaient à lui obtenir du Ciel les grâces, dont il avait besoin, pour fournir dignement la grande carrière, dans laquelle Dieu le faisait entrer. Cette même année 1621. François de Maïda, Supérieur Général des RR.PP. Minimes (e) , et qui depuis fut évêque de Lavello, lui accorda des lettres d’Association, qui portent en subsistance, qu’en considération de son insigne piété, et des services qu’il a rendus aux enfants de S. François de Paule, il le fait participant des prières, des sacrifices, des jeûnes, des Indulgences, et de toutes les bonnes oeuvres, qui se font, ou qui se feront dans la suite, dans toute l’étendue de son Ordre ; et cela, dit-il, pour unir de plus en plus par la communion des mêmes grâces, ceux que la Divine Charité a déjà si étroitement unis. Nous ne doutons pas, que S. Vincent, aujourd’hui qu’il est dans la gloire, ne s’intéresse particulièrement pour une Communauté, qui pendant qu’il était sur la terre, lui a donné des marques si précieuses d’amour et de bienveillance. Mais ayant recouvré cette pièce, que M. Abelly n’avait pas connue, les prêtres de la Mission ont cru ne pouvoir sans ingratitude laisser passer cette occasion de témoigner publiquement leur reconnaissance, et leur estime pour ce saint Ordre. Au reste personne ne doit être surpris, qu’on n’ait pu savoir quelle sorte de biens Vincent avait faits à ces dignes Religieux. Le saint prêtre fut toujours aussi attentif à cacher les bonnes oeuvres qu’il pouvait faire, que les faux dévots sont exacts à faire sonner celles qu’ils font de temps en temps. Des services qu’il a rendus à une infinité de Monastères, on n’a jamais connu que ceux qu’il n’a pu laisser ignorer. Ceux-ci toutefois sont en si grands nombre, que son premier Historien, qui en était parfaitement instruit, n’a pas fait de difficulté d’écrire que si on voulait rapporter en détail tout ce que le serviteur de Dieu a fait en faveur de ceux et de celles qui avaient embrassé l’Etat Religieux, on en pourrait composer un Volume. Nous en dirons quelque chose, quand l’occasion s’en présentera. Il est temps de suivre Vincent dans ses travaux Apostoliques.

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