La Vie de Mademoiselle Le Gras. Livre Quatrième, Chapitre 4

Francisco Javier Fernández ChentoLouise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Monsieur Gobillon, Prêtre, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, Curé de Saint Laurent · Année de la première publication : 1676.
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On ne peut pas douter que Dieu n’ait confirmé dans le Ciel le jugement que la puissance ecclésiastique et séculière a prononcé sur la terre en faveur de cet institut, et qu’il n’ait grande part à l’approbation que le fils de Dieu a donnée dans son Evangile aux oeuvres de charité, et dont il doit rendre un témoignage public à la vue des Anges et de tous les Saints. Comme cette compagnie est si conforme à ses maximes, elle est selon son esprit et son coeur. Mais pour la rendre encore plus digne de son agrément, cette pieuse Fondatrice la voulut mettre sous la protection de la très sainte Vierge, par un sacrifice qu’elle pria Monsieur Vincent d’offrir à Dieu en son honneur au nom de toute sa compagnie, au mois de Décembre de l’année mille six cent cinquante huit.

Saint François de Sales s’était proposé ce dessein de charité lorsqu’il commença l’établissement de son ordre. Ce grand Saint n’avait d’abord assemblé des Dames sous la conduite de Madame de Chantal, que pur s’occuper à l’assistance des pauvres malades sous le titre de filles de la Visitation : et leur exemple ayant ensuite répandu cet institut dans la ville de Lyon, Monsieur le Cardinal de Marquemont qui en était Archevêque, voyant que plusieurs filles s’y engageaient, jugea à propos de les mettre en clôture. Etant allé voir ce saint Prélat, il trouva dans son esprit une déférence entière à ses sentiments. François de Sales n’eut point d’égard à l’engagement qu’il pouvait avoir par l’établissement qu’il avait commencé : Sans s’arrêter à toutes les raisons qu’il avait de le maintenir, il acquiesça au jugement de cet Archevêque avec une humilité extraordinaire ; il regarda ses avis comme des ordres qui lui étaient marqués par la Providence divine, dont il voulait suivre la conduite, plutôt dans les sentiments des autres, que dans ses propres lumières. Et il résolut avec lui de mettre les filles de la Visitation en clôture en forme de Religion, et de changer le premier dessein qu’il s’était proposé.

Mais Dieu ne voulut pas le laisser longtemps sans effet, et il fit réussir bientôt après par l’institution des filles de la Charité, ce qui avait été projeté dans le premier établissement des filles de la Visitation : il fit connaître qu’il n’avait permis le changement de ce premier institut, que pour en faire naître un Ordre saint dans son Eglise, qui par la douceur de sa règle servit de retraite aux vierges et aux veuves infirmes, qui ne peuvent pas entrer en des Religions austères. Mais il ne différa pas longtemps de la renouveler pour le bien de ses pauvres ; il fit achever par Vincent de Paul, l’ouvrage dont le saint Evêque avait tracé le plan ; et il se servit de son ministère, pour former sous la conduite de Mademoiselle Le Gras la Congrégation des filles de la Charité, qui avait été commencée sous la direction de Madame de Chantal.

Une compagnie consacrée au service des pauvres ne pouvait pas être enfermée dans des cloîtres, et séparées du commerce du monde ; il lui fallait prescrire une manière de vie régulière, qui fût compatible avec ses emplois, et qui lui laissât la liberté d’aller par les rues et dans les maisons. C’est un institut qui, selon les paroles de Fondateur, rapportées par l’illustre historien de sa vie, n’a pour monastère que les maisons des malades, pour cellule qu’une pauvre chambre, et bien souvent de louage, pour Chapelle que l’Eglise Paroissiale, pour Cloître que les rues, pour clôture que l’obéissance, pour grille que la crainte de Dieu, pour voile que la sainte modestie.1

  1. Coste X. 661 ou Conf. 901

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