La Vie de Mademoiselle Le Gras. Livre Quatrième, Chapitre 3

Francisco Javier Fernández ChentoLouise de MarillacLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Monsieur Gobillon, Prêtre, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, Curé de Saint Laurent · Année de la première publication : 1676.
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Il ne suffisait pas que Mademoiselle Le Gras eût formé une Compagnie de filles, pour les employer au service des pauvres, et qu’elle les eût unies ensemble par les liens de la charité : il était besoin que pour donner à cet institut toute sa force et toute son autorité, elle le fit approuver par l’Eglise. Mais comme elle se gouvernait avec une grande prudence, elle en voulut faire l’essai plusieurs années, avant que d’en faire l’érection et l’établissement : elle n’en prit le dessein qu’en l’année mille six cent cinquante et un et elle écrivit pour lors à Monsieur Vincent, Qu’elle jugeait cette érection nécessaire, parce que la faiblesse de l’esprit avait besoin d’être soutenue par la vue de quelque établissement solide, pour lui aider à surmonter les tentations, qui arrivent contre la vocation : que le fondement de cet établissement, sans lequel il semblait impossible que la compagnie pût subsister, ni que Dieu en tirât sa gloire, était la nécessité qu’elle avait d’être jointe inséparablement à la direction du Supérieur général de la Mission. Qu’au reste elle se remettait entièrement de ce dessein à son jugement, comme elle avait fait de toutes ses actions depuis vingt six ans que Dieu l’avait mise sous sa conduite.1 Monsieur Vincent approuvant ce dessein, lui envoya un mémoire, pour présenter à Monsieur l’Archevêque de Paris, qui contenait trois choses. Premièrement, la conduite que la Providence de Dieu avait tenue pour l’établissement des filles de la charité. Secondement, leur manière de vie jusqu’alors. Et en troisième lieu, les statuts et règlements qu’il lui avait dressés. J’ai supprimé, dit-il quantité de choses que j’eusse pu dire à votre sujet, réservons à Notre Seigneur à le dire à tout le monde et cachons-nous cependant.2 Sur la requête qu’elle présenta à Monsieur l’Archevêque, elle obtint de lui l’approbation et l’érection de sa compagnie, dont il lui fit donner des lettres par Monsieur le Cardinal de Retz son Coadjuteur. Mais ces lettres ayant été perdues dans la suite, lorsqu’elles furent présentées au Parlement avec des lettres patentes pour y être enregistrées, M. le Cardinal de Retz étant Archevêque en donna de nouvelles au mois de janvier mille six cent cinquante cinq, par lesquelles il approuva cette société avec ses statuts et règlements, et l’érigea par son autorité en confrérie et communauté sous le titre de Servantes des pauvres, et sous la direction du Supérieur général de la Mission, et de ses successeurs : avec cette condition néanmoins, qu’elle demeurait à perpétuité sous la direction et dépendante des Archevêques de Paris. Il déclara par ses lettres Qu’il voulait favoriser un si bon oeuvre, dans l’espérance qu’il avait qu’il devait réussir à la gloire de Dieu, et au grand soulagement des pauvres, comme il avait fait jusqu’alors par sa miséricorde.3Et il en recommanda la conduite à Monsieur Vincent, reconnaissant que Dieu avait béni le travail que ce Supérieur avait pris pour faire réussir ce pieux dessein43.

Après que Monsieur Vincent eut reçu des lettres d’approbation, il fit une assemblée de toutes les filles dans la maison de la communauté le huitième d’Août de la même année, pour faire l’acte de leur établissement. Il leur fit connaître que quoiqu’il eût plus à Dieu d’instituer leur compagnie depuis vingt cinq ans ou environ; on avait jugé nécessaire auparavant que de la faire autoriser par l’Eglise, de voir l’entière observance de ses règles, et d’éprouver sa conduite en la manière qu’on la pouvait désirer. Qu’en ayant eu l’approbation après cette épreuve, il avait cru qu’il la devait mettre en exécution par un acte d’établissement public et solennel, et qu’il y était d’autant plus engagé, qu’il se voyait alors sur le point d’envoyer plusieurs filles en des établissements nouveaux, tant en ce royaume, qu’en celui de Pologne4: il leur fit ensuite lecture des statuts et règlements qu’il leur avait dressés, et après avoir pris les noms de toutes celles qui avaient été reçues, et qui désiraient persévérer, il procéda à la nomination des officières. il pria

Mademoiselle Le Gras de continuer la charge de Supérieure pendant sa vie, comme elle avait fait avec grande bénédiction jusqu’alors ; quelque instance qu’elle lui eût faite par plusieurs fois de vouloir agréer sa démission. Il nomma une Assistante, une Econome, et une Dépensière ; et il conclut par une exhortation qu’il leur fit à toutes, de rendre grâces à Dieu de leur vocation ; et d’être exactes et fidèles à l’observance de leurs règles.

La compagnie des filles de la charité ayant été formée pour entrer en participation des desseins de la Mission ; cet instituteur s’est toujours proposé la conduite, comme une de ses principales obligations. C’est pourquoi il s’y est appliqué pendant sa vie avec tous ses soins, que ses importantes occupations lui ont pu permettre ; et comme il n’y pouvait pas toujours vaquer par lui-même avec liberté, il confia cette communauté dès sa naissance à une personne qui était remplie de son esprit et de son amour, et la mit entre les mains de Monsieur Portail le premier Prêtre qu’il avait associé à sa Compagnie, et dont il le fit depuis, le premier assistant et le Secrétaire.

Le Roi leur accorda de nouvelles lettres patentes, sur la remontrance qui lui fut faire, que les premières avaient été perdues ; et pour y marquer l’estime qu’il faisait de leur Congrégation, il témoigna qu’il la recevait et autorisait, voyant qu’elle avait eu un commencement si rempli de bénédiction et un progrès si abondant en charité, tant à l’endroit des pauvres malades, que des enfants trouvés, pauvres forçats, et petites filles; et mêmes des pauvres filles qui se présentent pour les servir, lesquelles par ce moyen ont une belle et sainte occasion de se donner à Dieu, et de le servir dans la personne des pauvres.5 Sa Majesté déclare par ces lettres, qu’elle veut favoriser et appuyer toutes les bonnes oeuvres, et tous les établissements qui sont pour la gloire de Dieu ; et reconnaissant en particulier que la congrégation de ces filles est de cette qualité, elle leur donne toutes les marques les plus avantageuses de sa bonté royale ; elle les met sous sa sauvegarde et protection spéciale, avec tous les fonds et biens qui leur ont été ou seront ci-après aumônés ; leur confirme une bine que le feu Roi son père de glorieuse mémoire leur avait donné sur son domaine et leur permet de d’établir en tous les lieux de son royaume.6

Ces lettres furent présentées au parlement en l’année mille six cent cinquante huit, et y furent enregistrées.

  1. d’après Coste IV.220 ou Ecrits 362
  2. Coste II.546 ou Doc.368
  3. Coste XIII.569 ou Doc. 678
  4. d’après Coste XIII. 572 ou Doc. 701
  5. Coste XIII. 578 ou Doc. 807
  6. ibid.

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