La Congrégation de la Mission en Portugal (III-A)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

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aaaCHAPITRE III: PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE LA PROVINCE DE Portugal DEPUIS SON ORIGINE JUSQU’A LA SUPPRESSION en 1834

Nous avons dit quels furent l’occasion et les débuts de la nouvelle province des prêtres de la Mission en Portu­gal, en racontant la vie de M. da Costa (ci-dessus, p. 49) ; les détails biographiques sur son successeur, M. Joseph Joffreu, publiés dans les Notices sur les prêtres de la Mis­sion (1″ série), fournissent aussi quelques autres renseigne­ments. Divers événements méritent d’être mentionnés par­ticulièrement.

1. Débuts et constructions.

M. Bonnet, supérieur général, écrivait dans sa circulaire du 1er janvier 1718: «Notre Saint-Père le Pape vient de procurer un établissement dans la ville de Lisbonne, capi­tale du Portugal, à l’instar de celle de Barcelone. ai Et l’année suivante il disait : « La famille de Lisbonne sous la conduite de M. Gomez Costa prend un bon train ; elle paraît favorisée du ciel et bien voulue du roi qui l’a hono­rée de sa présence aux divers offices, la Saint-Louis der­nière. » (Cire.)

Le même supérieur général écrivait,à la date du 1er jan­vier 1722 : tt La maison de Lisbonne en Portugal se bâtit, par la libéralité du roi qui la favorise de toutes manières. L’on est sur le point d’y envoyer six nouveaux sujets de bonne espérance. » (Circ.)

 2. Reconnaissance de la dépendance à l’égard du Supérieur général.

C’est à l’occasion des fêtes de la canonisation de saint Vincent, célébrées à Lisbonne en 1739, que le roi Jean V consentit à reconnaître la dépendance des missionnaires résidant en Portugal du supérieur général.

A la date du ter janvier 1740, M. Couty, Supérieur géné­ral, qui avait succédé à M. Bonnet en 1736, donnait un récit détaillé de cet événement très important pour les prê­tres de la Mission de Portugal. Voici ses paroles dans la circulaire adressée à tous les membres de la Congrégation (Cire., t. I, p, 481) :

«Je vous demande, disait-il, d’offrir à Dieu les plus humbles actions de grâces pour la faveur qu’il vient de faire à notre Congrégation. Il y a plus de vingt ans que, sur les instances du roi de Portugal, on envoya de Rome à Lis­bonne plusieurs de nos confrères, pour y exercer les fonc­tions de notre Institut ; mais ceux-ci, ayant vu par la suite que cet établissement n’était pas en terme d’être formé comme les autres, demandèrent leur retour. Quelques-uns en revinrent en effet, et il n’y resta que deux prêtres et deux frères. M. Gomez Costa étant mort, M. Joffreu a fait de temps en temps tout ce qu’il a pu pour être rappelé ; mais Benoît XIII ayant désiré qu’on le laissât encore pen­dant quelques années, il a continué avec courage à faire tout ce qu’il pouvait pour le salut des âmes, pour la formation des ecclésiastiques et pour surmonter, les obstacles qui s’opposaient à notre établissement. Ses soins, quant à ce dernier point, avaient toujours été sans effet, et, quoiqu’il reçût du roi et de toute la cour toutes sortes de marques de bienveillance, il n’avait jamais pu obtenir ce qu’il souhai­tait le plus. Enfin il a plu à Dieu se servir du pouvoir sou­verain qu’il a de tourner les coeurs des rois comme il veut, et Sa Majesté a consenti à ce que cet établissement soit fait selon la forme des autres. Voici comme m’en écrit M. Jof­freu en date du 4 août de l’année que nous venons de finir :

«Nous avons bien lieu de nous réjouir dans le Seigneur, et « de lui rendre de très humbles actions de grâces. Le sérénissime et très pieux roi de Portugal, après avoir, le 26 « juillet, dernier jour de notre octave, assisté à la procession « solennelle que nous fîmes pour la terminer, a comblé nos voeux, lorsqu’en l’honneur de saint Vincent notre Père, il a changé sa première et ancienne résolution, et qu’il a consenti avec beaucoup de bonté que cette maison soit f( fondée et établie comme les autres. En cela, monsieur et très honoré Père, je vois accompli à la lettre ce que vous me fîtes l’honneur de m’écrire, le 14 janvier dernier. « Peut-être, me disiez-vous, qu’d l’occasion de votre future « solennité, Dieu changera le coeur du roi, et qu’il accordera ce qu’il refuse depuis tant d’années. La chose est effectivement arrivée ainsi, car Sa Majesté, ayant assisté tous les jours aux panégyriques, y a entendu tant et de si grandes choses, des vertus de notre saint Instituteur et de l’utilité de l’Institut, que, contre l’attente de tout le monde, il a abandonné avec joie son premier sentiment, «et a consenti que cet établissement soit fait dans la forme prescrite par nos constitutions, et sur le même pied que les autres.

Le même jour, 26, nous chantâmes en action de grâces le Te Deum, auquel assista une très grande quantité de monde. Au reste, il ne m’est pas possible de vous détailler dans cette lettre les dépenses que le roi a faites pour réparer, préparer et orner notre église; quelle a été la solennité des offices, l’éloquence des panégyristes, le -« concours des auditeurs, la magnificence des repas, et la joie de tous les ordres. Je vous dirai en un mot que jamais Lisbonne n’a vu d’octave si célèbre, si magnifique, si digne de la majesté royale. Tous les jours, ce grand prince avec toute sa famille était, depuis le matin jusqu’au soir, dans cette maison, et y dînait, en sorte que c’était plutôt le palais qu’une maison de la Mission. La reine, tout occupée de la conservation de l’infante, qui -« est dans sa convalescence, n’a pas laissé de venir deux fois, pendant cette octave, faire ses prières devant l’image du nouveau saint, et d’entendre son panégyrique prononcé par dom Mariano Gavila. Cette grande reine a d’autant plus édifié par ces marques de piété, que, pour les donner, il lui fallait quitter la princesse sa fille, qui est dans un château distant d’ici de quatre milles. L’im­pression que le roi a fait faire à ses dépens de la Vie de notre saint Instituteur, traduite d’espagnol en portugais, est achevée et est très belle.

«Par ce récit, ajoutait M. Couty, vous voyez, Messieurs et mes très chers frères, combien nous avons d’obligation à ce grand prince, et combien nous devons nous intéresser auprès de Dieu pour sa conservation et celle de toute sa royale famille. Dans le temps de la béatification, il avait déjà fait magnifiquement toutes les dépenses de la fête. Lorsqu’on lui présenta une relique de saint Vincent, il la reçut à genoux, avec les plus expressifs témoignages d’un respect religieux et d’une tendre confiance. Aussitôt après la canonisation, il donna ordre à Son Exc. M. de Motta et Sylva, de me demander de sa part quatre missionnaires italiens, trois .prêtres et un frère, deux prêtres espagnols et deux français, un prêtre et un frère. Dès que j’eus reçu des lettres de ce grand et sage ministre, datées des 26 mai et 17 juin, je jetai les yeux sur M. de La Gruère, supérieur à Saint-Cyr; j’écrivis à M. Barrera, supérieur à Palma, capitale de Majorque, et à M. Pont à Barcelone, car le roi demandait nommément ces deux messieurs, et enfin je priai MM. Gramondi, Gorgonio et Bordoni de se rendre à Lisbonne avec notre frère Agapet Leggi. Ces der­niers se sont embarqués à Gênes, mais je n’ai point encore de nouvelles de leur arrivée. Je ne sais si MM. Barrera et Pont sont partis, mais M. de La Gruère est arrivé en bonne santé, le 6 octobre, avec notre frère Pierre Lelong. Il a été reçu du roi avec des marques d’une bonté toute particulière pour la Congrégation. Sa Majesté lui fit plusieurs questions sur nos fonctions en France et dans les autres pays, l’assura qu’il espérait que nous ferions de grands biens dans ses États, et, adressant ensuite sa parole à M. Joffreu et à M. de La Gruère « Entr’aidez-vous tous deux, leur dit‑il, soulagez-vous et rendez-vous mutuellement heureux, pour concourir de meilleur coeur à procurer la gloire de Dieu et la sanctification de mes sujets. » Il dit ensuite à M. de La Gruère : «Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, dites-le librement, on pourvoira à tout. Parlez à

M. Joffreu avec une entière confiance, aidez-le de vos « conseils, donnez-lui part de tout ce qui viendra à votre connaissance d’intéressant pour le bon ordre de votre communauté, et soyez parfaitement unis. Vous parlez latin, français et italien, mais je vous exhorte de vous mettre encore bientôt en état de parler portugais, pour bien instruire mes sujets. » Dans toutes ces paroles, vous voyez, Messieurs et mes très chers frères, quelle est la sa­gesse, la piété, le zèle de cet auguste monarque. Après cette première audience, notre confrère eut l’honneur de rendre à la reine et aux infants ses très humbles devoirs ; il a été aussi saluer les cardinaux et autres grands du royaume, dont plusieurs lui ont rendu la visite. »

 3. Premiers novices.

Le 1 9 avril 1741 est une date mémorable dans l’histoire de la province ; ce jour-là, en effet, eut lieu l’ouverture du séminaire interne. M. Gorgonio en fut nommé directeur et cinq prêtres portugais y furent admis. (Annales, t. XLVII, p. 187.)

4. Dotation royale

La maison de Rilhafolles ne possédait pas de revenus pour assurer l’avenir des oeuvres entreprises. Le roi Jean V lui fit présent d’un revenu fixe que le trésor devait payer chaque année au Supérieur de la Mission et dont il assigna es sources. Il rendit une ordonnance royale.

DÉCRET. – « Moi, le Roi, je fais savoir à tous ceux qui verront le présent décret, que, considérant les fruits qui, je l’espère, doivent résulter, pour le service de Dieu et le bien spirituel de mes sujets, de l’établissement, dans cette capitale, de l’Institut de la Congrégation de la Mission, fondée par le glorieux saint Vincent dé Paul, j’ai eu pour agréable de faire élever, en l’honneur du même saint, au lieu dit de Rilhafolles, un couvent destiné à recevoir qua­rante missionnaires, lesquels seront soumis à la juridiction età l’obéissance des Supérieurs généraux de la même Con­grégation, et appliqués, dans ce royaume, aux saints exer­cices que prescrivent leurs constitutions.(Annales,t.XLVIII, p. 188).

C’est à la suite de ces importants événements que, le Su, périeur général, M. Couty, écrivait dans sa circulaire du ter janvier 1743 (Circ., t. I, p. 495):

« A Lisbonne, messieurs nos confrères ont commencé d’admettre au séminaire les prêtres qui se sont présentés pour entrer dans la congrégation ; mais ils seront désormais bien plus en état d’en recevoir, S. M. le roi de Portugal ayant doté, d’une manière vraiment digne de sa piété et de sa magnificence, cette nouvelle fondation pour qua- rame personnes de notre congrégation. On m’a envoyé depuis peu une copie de l’acte de fondation, que Sa Majesté a voulu travailler elle-même, quoique malade. Elle y parle de la manière la plus obligeante, tant de notre saint insti­tuteur et de la singulière dévotion qu’elle a pour lui, que des avantages qu’elle désire et espère procurer à ses sujets par notre établissement. Elle s’y explique nettement sur la subordination où elle veut que les missionnaires de ses États soient à l’égard du Supérieur général de la congréga­tion. Tout cela m’oblige à vous prier de nouveau d’offrir à Dieu vos prières pour un prince dont la conservation est si nécessaire à son royaume, si avantageuse à l’Église et à notre Congrégation. Nous le devons faire d’autant plus que la santé de ce religieux monarque a été très altérée par une attaque d’apoplexie. Les eaux chaudes que Sa Majesté a été prendre sur les lieux lui ont déjà procuré da soulage­ment. Nous avons fait faire ici, par plusieurs mission­naires et Filles de la Charité, une neuvaine à notre saint instituteur, pour obtenir le parfait rétablissement de ce prince. Tous les jours un certain nombre communiaient à cette fin, et une de ces bonnes filles, ayant eu le mouvement d’offrir, à Dieu sa vie, pour conserver celle de ce roi, elle tomba en apoplexie presque aussitôt après sa communion et mourut le lendemain. Ce serait pour nous une grande consolation, si le Seigneur, en considération de ce sacri­fice, rendait à notre auguste bienfaiteur une parfaite santé, qu’il ajoutât à sa vie jours sur jours, et qu’il étendit les années de son règne de génération en génération. »

5. Travaux des missionnaires.

Les circulaires de 1744 et de 1745 mentionnaient de nouveaux progrès de l’oeuvre. Le Supérieur général s’ex­primait ainsi :

« L’année dernière je vous marquai ce que Sa Majesté le roi de Portugal avait fait, pour établir solidement la Con­grégation de la Mission dans la capitale. Ce religieux prince continue à nous donner des marques de sa magnificence, et il a nouvellement acheté un vaste emplacement pour pouvoir bâtir des logements plus proportionnés à l’objet de sa fondation. (Circ. de 1744, p. 50).

«Nous devons mettre au rang des bienfaits qui doivent exciter notre vive reconnaissance les bénédictions que sa divine bonté verse abondamment sur nos confrères de Por­tugal. Les nouvelles que nous en apprenons sont des plus consolantes. M. Barrera, supérieur de cette maison nais­sante, à Lisbonne, m’écrivait en dernier lieu qu’avec le secours de trois de ses confrères, l’un Italien, les deux autres Portugais, il venait de commencer le saint exercice des missions dans une paroisse désignée par M. le pa­triarche de Lisbonne; que le roi, dont la piété et le zèle pour la gloire de Dieu et le salut de ses sujets est aussi vif, dans son état d’infirmité, qu’il l’a été dans sa santé la plus parfaite, avait eu tant de joie de voir commencer cette sainte fonction, que sur-le-champ Sa Majesté avait donné ses ordres pour faire célébrer un grand nombre de messes, afin d’attirer les grâces de Dieu sur les ouvriers et sur les peuples. Tout annonce que cette maison, dès qu’epe sera augmentée en nombre de sujets, fera beaucoup de bien, et cette espérance n’est pas fort éloignée, puisque, selon les mêmes lettres, nous voyons avec une sensible consolation que plusieurs jeunes gens propres à cette fonction, et con­duits par l’amour de la vie apostolique, se présentent pour être admis. Cela demande que nous unissions nos prières, pour obtenir de Dieu que les enfants de saint Vincent de Paul produisent dans ce royaume les mêmes fruits d’édifi­cation, de régularité, de sagesse, de salut qu’on a vus autre­fois partout, en France, en Italie, en Pologne, et que, par la divine miséricorde, on voit encore en plusieurs de nos provinces. A cette occasion, je vous renouvelle, Messieurs et mes très chers frères, l’avis donné autrefois à toutes nos maisons, de coucher par écrit, mais avec vérité et simpli­cité, le bien, digne de remarque, qu’il plaît à Dieu d’opérer par l’exercice de notre saint ministère, soit dans les missions, les séminaires et les paroisses, soit dans les ordinations, les retraites, les conférences et autres fonctions auxquelles nous avons le bonheur d’être appliqués. » (Circ. de 1745, p. 5o3.)

C’est à l’année suivante (1745) que se rattache le bref de Benoît XIV, Ad montes domus Domini (3o septembre) où les catholiques du Portugal sont exhortés à se réjouir de l’arrivée des prêtres de la Mission, et où des concessions importantes pour les unions de bénéfices, etc., sont faites à ces prêtres (voy. Acta apostolica, p. 151). Plusieurs nous reprocheraient de ne pas faire la part dans ces louanges de ce qu’on appelle « le style » de la Curie, et de ne pas saisir que l’on a voulu particulièrement être agréable au roi Jean V. Il n’en reste pas moins un important éloge de la Congré­gation de la Mission.

M. Conty, Supérieur général, mourut en 1746. La situa­tion de la Congrégation de la Mission en Portugal était un peu anormale : il n’y avait pas de province régulièrement constituée. M. Perriquet, vicaire général, convoqua cepen­dant à l’Assemblée qui devait nommer le Supérieur général, le supérieur de Lisbonne. Il écrivait à la date du 1″ jan­vier 1747:

«M. Barrera, supérieur de notre maison de Lisbonne, que nous avons convoqué à l’Assemblée générale, sur le modèle de ce qui fut fait autrefois en faveur de notre mai­son de Varsovie, et sur l’exemple de feu notre très honoré Père, M. Couty, qui l’avait invité à la dernière assemblée sexennale, nous avait écrit qu’ayant été élu et député de sa maison, il se rendrait à Paris le jour marqué, nonobstant son âge avancé, les dépenses et les difficultés du voyage ; mais un nouvel incident, à ce que l’on nous a marqué, l’empêchera de venir. » (Circ., t. I, p. 514.)

Le nouveau Supérieur général, M. de Bras, écrivait dans ses circulaires de 1748 et de 1749:

1748. «Nous attendons, dans quelques mois, M. Perri­quet, que nous avons jugé à propos d’envoyer en Espagne et en Portugal, pour y visiter, en vertu d’une commission extraordinaire de notre part, les maisons que nous avons dans ces royaumes. Son dévouement au bien commun lui a fait entreprendre avec courage ce voyage long, pénible et difficile. Jusqu’ici, il a plu à Dieu de lui ouvrir tous les passages, de conduire ses pas et de le conserver en bonne santé. Nous espérons que l’expérience qu’il aura acquise nous sera d’un grand secours pour la bonne conduite de ces maisons éloignées, d’où son retour serait plus prochain  sans quelques incidents imprévus qui l’ont retardé. » (Circ., t. I, p. 542.)

1749. « Dieu continue de verser ses bénédictions sur notre maison de Lisbonne. Elle s’affermit de plus en plus, et les fonctions de notre Institut y sont en pleine vigueur. Pour les soutenir, et animer les études, nous y avons envoyé, l’année dernière, MM. Charles Didier et Fissour.

« Le sérénissime roi de Portugal vient encore de lui faire éprouver sa magnificence, en lui donnant une somme con­sidérable pour achever ses batiments. » (Circ., t. I, p. 544.)

Anales de la Congrégation de la Mission (1906)

 

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