Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 009. A son Frère Louis

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 9. — Maison-Mère, original 7..
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Saint-Flour, le 31 octobre 1827

Mon très cher frère,

La grâce de N. S. soit toujours avec nous.

Le départ de M. Trippier1 m’offre l’occasion la plus favorable pour répondre à votre dernière lettre ; mais tous ses [soucis] dont il me laisse héritier ne me permettent pas de m’entretenir longtemps avec vous. Car quoi que vous en disiez je suis encore supérieur du petit séminaire ; mais une supériorité qui a fait perdre la vocation à M. Granier et qui a été sur le point de la faire perdre aussi à M. Berthulot, n’est pas très propre, avouez-le à m’enfler moi-même pas plus qu’à exciter l’envie ou à donner de l’ombrage à personne. Ainsi je serai plutôt suffoqué par la fumée de l’honneur que je n’en serai enivré. Vous pouvez me croire en sûreté de ce côté là. Combien je me trouve bas dans mon élévation ! Combien je me trouve indigent dans mon opulence ! Hâtez-vous de venir à mon secours ; intercédez pour moi auprès de Celui qui de rien fait tout.

J’ai besoin de beaucoup de patience, de courage, de sagesse ; priez le Seigneur qu’il me les accorde.

La nouvelle de vos vœux m’a fait un plaisir extrême, il me tardait de la recevoir écrite de votre main. Dites à notre très cher cousin Gabriel et à mes chers Montdidiériens que je les félicite, l’un d’avoir été trouvé digne d’être choisi pour soin de séminaire, et les autres de ce qu’ils ont voué leurs personnes à Saint Vincent.

Faites agréer à M. Boullangier2 l’assurance de ma parfaite reconnaissance pour son bon souvenir et les paroles aimables, qu’il a bien voulu ajouter dans votre lettre.

Vous désirez quelques nouvelles ; en voici : Au Puech et aux environs tout va bien, je l’ai vu ; on me l’a écrit depuis ; je n’y ai passé qu’une dizaine de jours, à Cahors trois, à Montauban une douzaine, à Toulouse un, à Carcassonne ou à Montolieu 4 ou 5. Partout j’ai eu beaucoup d’agrément et pris beaucoup de santé. Mon voyage a été long quoique court en durée, utile, agréable, peu dispendieux. Enfin je suis arrivé à Saint-Flour au moment du brouhaha que je n’ai ni le temps ni l’envie de vous dépeindre. Je ne vous parlerai pas non plus de diverses phases de ma manière d’être qui se sont si rapidement succédées depuis cette époque. Promu au pouvoir, j’en suis déchu et cependant m’y revoilà ; on pourrait faire sur tout cela des tragédies, voire même un poème épique, mais il faut attendre jusqu’à la fin.

Ma filleule3 est placée à Montauban chez Madame Elisabeth. Notre cousin Cadet du fond de la ville ira probablement cette année au petit séminaire de Montauban.

M. L. C. viendra sans doute nous joindre à Saint-Flour.

Mon oncle m’écrit qu’il est très content des confrères qui lui ont été donnés. Il est enchanté de M. Tardieu que je lui ai procuré.

A un autre jour le reste, il est près de onze heures du soir, Tout à vous en N. S.

J.G. Perboyre ind. p. d. l. m.

M. Trippier emporte les regrets et l’estime du diocèse excepté peut-être de quelques personnes dont la malveillance encore l’honore. Pour moi, je n’avais jamais [été] aussi sensible à la séparation d’un confrère.

  1. Trippier (Jean-François), C.M., prêtre, né à Ailly-le-Haut-Clocher, diocèse d’Amiens, le 2 septembre 1795, reçu au séminaire le 18 juillet 1818, fit les vœux le 11 octobre 1820. Fondateur de la pension ecclésiastique de Saint-Flour. Rentré dans son diocèse d’origine le 22 février 1841.
  2. Boullangier (Joseph-Mansuet), C.M., prêtre, né à Fontenay-le-Château, diocèse de Besançon, le 30 août 1758, reçu au séminaire à Paris le 2 janvier 1779, y a fait les vœux le 10 février 1781, décédé à Paris le 1er décembre 1843. (Coste, Catalogue du Personnel… p. 83).
  3. La filleule du saint, était sa sœur Antoinette.

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