Jean-Gabriel Perboyre, Lettre 005. A son Père

Francisco Javier Fernández ChentoÉcrits de Jean-Gabriel PerboyreLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean-Gabriel Perboyre · La source : Lettre 5. — Maison-Mère, original 4..
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Mon très cher père,

Dans votre lettre du 9 juin vous me reprochiez ma négligence à vous écrire et vous me recommandiez aussi fortement que tendrement de montrer un peu plus d’exactitude sur ce point. Après cela je n’aurais pas très bonne grâce de chercher à m’excuser de ce nouveau délai de deux mois.

Cependant je vous dirai d’abord que la cause du délai de ma réponse n’est pas l’oubli, car depuis que j’ai reçu votre lettre il ne s’est peut-être pas passé un jour sans que j’y aie pensé ; je pourrais dire ensuite que le défaut de temps y est entré pour quelque chose ; les jours pour nous commencent régulièrement à 4 heures et ne finissent jamais qu’à 9 ou 10 heures cependant nos occupations nous forcent assez souvent à les prolonger jusqu’à minuit ; aux approches des vacances surtout, notre besogne redouble comme la vôtre au temps de la moisson ; il y a huit jours que j’avais entrepris une lettre pour M. l’abbé Gizard, à peine l’avais-je commencée que je fus obligé de l’interrompre, aujourd’hui seulement j’ai pu la continuer. Enfin, mon cher père, je différais ma réponse pour vous apprendre si l’année prochaine je resterais encore à Montdidier. J’avais eu quelque espoir d’aller à Montauban ; mon oncle a fait les plus vives instances pour m’avoir, mais je sais à présent que je n’y serai pas envoyé. Il paraît néanmoins certain que je serai changé, et même, s’il faut ajouter foi à quelques petits bruits qui sont parvenus jusqu’à mes oreilles, je serais destiné pour un endroit qui avoisine le Quercy. Quoi qu’il en soit, je vous instruirai de ma nouvelle destination avant de partir de Paris où je me rendrai dans une quinzaine de jours et d’où je ne pense partir que vers la fin de septembre.

Il est donc déterminé, mon très cher père, et il n’est déjà plus bien loin le jour où le Seigneur doit imposer pour jamais sur ma tête le joug du sacerdoce ; ce jour sera le plus grand de ma vie. Quel bonheur pour moi, si je pouvais recevoir la prêtrise avec toutes les dispositions requises ! quelle source de grâces pour moi et pour les autres ! Il faut que la miséricorde de Dieu soit bien grande pour se choisir des ministres aussi indignes ; vous savez combien j’avais peu mérité cette insigne faveur. Suppliez, je vous en prie, Notre Seigneur de ne pas permettre que j’abuse des grâces qu’il veut bien m’accorder.

Dans un mois je serai prêtre, c’est le 23 septembre que je dois être ordonné.

J’espère que vous, ma très chère mère, mes sœurs, tous mes parents, vous unirez tous vos prières pour attirer sur moi les bénédictions du ciel ; je me recommande spécialement aux prières de ma tante Rigal1. Vous en serez très amplement dédommagés quand j’aurai le bonheur de dire la sainte Messe, non pas en vertu de mes propres prières, mais par les mérites de Celui qui s’offrira à Dieu son Père entre mes mains. Veuillez me dire, s’il vous plaît, le nom de ceux de mes parents qui sont morts depuis que j’ai quitté le pays.

Vous désireriez beaucoup que j’allasse vous voir ces vacances ; de mon côté je serais au comble de mes vœux en embrassant des parents que me sont si chers et que je n’ai pas vus depuis si longtemps. Je ne puis pas encore vous promettre pour cette année. Ceci dépend beaucoup et du lieu où je serai envoyé et de l’emploi que je dois avoir et des occupations que j’aurai pendant le peu qui me restera de vacances après l’ordination.

Ne soyez pas étonné, mon très cher père, si je ne vous ai pas fait savoir la maladie de Louis ; je ne l’ai connue moi-même qu’après qu’elle fût passée. On me la cachait, crainte de m’alarmer ; elle a en effet été si sérieuse qu’il y a eu un moment où l’on avait perdu tout espoir pour la vie de mon pauvre frère. Mais par la grâce de Dieu le voilà aujourd’hui parfaitement guéri. On m’a dit que par cette crise, il avait considérablement grandi, que son caractère s’était depuis bien développé, qu’enfin il est devenu plus charmant que jamais, il fait les délices de ses supérieurs. Je vous prie de présenter mes hommages à mon oncle Jean-Louis2 et à mes cousins Caviole3 et d’être l’interprète de mes sentiments auprès de tous mes parents.

Je suis pour la vie etc.

J.G. Perboyre, diacre.

Montdidier, le 24 août 1826.

  1. Antoinette Rigal, tante du saint.
  2. Jean-Louis Perboyre, frère du Père du saint.
  3. Les cousins Caviole étaient fils de Pierre Caviole et de Jeanne Perboyre, tante du saint ; voir Lettres 28 et 93.

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