Histoire générale de la Congrégation de la Mission (68)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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LXVIII. Visites de M. Bonnet

logocmAyant pris toutes les mesures dont nous venons de parler devant et après l’assemblée générale, pour affermir l’esprit de l’Institut dans la Compagnie, M. Bonnet, se sentant de la vigueur, résolut après en avoir délibéré avec les assistants d’entreprendre par lui-même la visite de toutes les maisons de France. Il commença l’année 1712 par celle de la province de Bretagne, et continua les années suivantes par les autres des provinces de Guyenne, de Champagne et de Picardie. En l’année 1715, il retourna encore en Aquitaine, et vint en Languedoc et en Provence pour visiter les maisons de la province de Lyon ; il ne peut achever à cause de la mort du roi Louis XIV, qui arriva en cette année-là, et l’obligea de revenir promptement à Paris. Il commençaces différentes visites incontinent après Pâques, dans le printemps, excepté en 1714 ; il avait résolu de passer à Bordeaux, puis de venir ensuite visiter les maisons de la province de Lyon, mais étant retenu à St.-Lazare par des affaires indispensables, il ne put en partir qu’au mois de juillet pour visiter celles de Champagne et de Picardie plus près de Paris. Toutes les fois qu’il quittait St.-Lazare, il donnait avis aux maisons de son départ, afin que, si quelqu’un avait besoin de s’adresser à lui, on sût où il fallait écrire pour cela, et de même quand il était de retour, pour le même sujet. Cette Visite du général dans toutes les maisons, ce qui n’était jamais arrivé depuis que M. Vincent en avait visité quelques-unes, causa beaucoup de joie à tous les sujets de la Congrégation, et le supérieur général témoigna de son côté être satisfait de l’état où il trouva chaque maison, laissant des ordonnances de Visites propres à pourvoir aux besoins des familles.

Il avait marqué dans une lettre du 1er janvier 1711, n’étant encore que Vicaire général, que le séminaire interne de St.-Lazare était bien réglé et que les études allaient bien. On travaille partout, disait-il encore dans une lettre du 1er janvier 1713, avec bénédiction et succès dans les fonctions ; il y a 40 étudiants de bonne espérance. Toutefois il avait remarqué dans les visites, deux ou trois défauts dominants, savoir, un manquement de respect et de soumission pour les supérieurs, surtout dans les occasions où on n’est pas content des ordres qu’ils donnent, et un penchant au relâchement en fait de sensualité, et de délicatesse pour le boire, et le manger. Quelques régents n’observent pas dans les vacances lesrèglement de M. Pierron, et encore une démangeaison de parler peu sagement des affaires de l’état et de l’église, ou de différentes communautés. Tout cela pouvait faire un très grand tort tant aux particuliers, qu’à la Congrégation, où il défait avec raison. Qu’une des plus grandes peines qu’il avait dans la conduite était de prévenir ces maux avant qu’ils arrivassent, et d’y remédier quand ils étaient arrivés, ainsi que chacun devait prendre garde à de tels défauts.

Dans une lettre suivante du 1er janvier 1714, il écrivait : Il m’a paru, par les deux visites que j’ai faites les années précédentes et par les avis des visiteurs, que la plupart de nos maisons sont en bon état, en paix et en règle, font bien leurs fonctions et paraissent animées de l’esprit de l’Institut. Il paraît pourtant que quelques-uns n’observentpas assez le vœu de pauvreté, faute de faire attention à ce qui en est marqué dans les règles, les décrets et les lettres circulaires. M. Bonnet commença d’écrire tous les ans des lettres à la Compagnie pour lui apprendre les nouvelles, ce que les premiers Généraux ne faisaient que de temps en temps et les autres de deux ans en deux ans. Il marque dans la lettre de 1715 que, quoique les maisons lui eussent paru bien travailler à leur perfection et à bien faire les emplois, il se trouvait encore obligé d’insister sur l’obéissance du vœu de pauvreté afin qu’on n’introduise rien de contraire aux règles, décrets, et lettres circulaires. De plus recommander de fuir autant qu’on pourrait les airs et manières du monde, et persistant dans les façons de faire humbles et pauvres, telles que nous avait laissées M. Vincent. Éviter de même les conversations trop familières avec les externessurtout dans les paroisses, prendre bien garde de ne rien dire ni faire contre la prudence, et la circonspection, dans les affaires présentes de l’église. C’est ainsi que dans ces lettres après avoir marqué des nouvelles de la Compagnie, il y parle de certains défauts qu’on y observait le plus.

Il le fit pareillement dans sa lettre du 1e janvier 1716 y marquant ceux-ci de se laisser trop aller à la sensualité dans les promenades et régales qu’on prend dans les maisons de campagne, où on sert des viandes qui ne sont pas en usage dans la Compagnie, de n’être pas assez assidus à l’oraison du matin, reposant sans permission trop souvent, et trop longtemps. De se servir trop fréquemment, et trop publiquement du tabac, contre la résolution de la dernière assemblée générale, et pour les supérieurs de faire des voyages et dépenses non nécessairesne pas laisser faire les offices à un chacun, emprunter, vendre, acheter, sans permission, et sans demander l’avis des consulteurs. Il se vit obligé de donner les mêmes avis dans la suite, parce qu’apparemment on ne se corrigeait pas. En 1718 il recommandait de se tenir toujours bien uni, et en même temps séparé des externes sans rechercher des appuis auprès d’eux, pour se maintenir. Agir en toutes choses en esprit d’humilité, simplicité, et obéissance, d’être fidèle à l’oraison et autres exercices spirituels, aux vœux et surtout à celui de pauvreté, contre lequel plusieurs font des fautes notables. En 1719 il répéta encore : Tirons nous du monde tant qu’il nous sera possible, surtout dans les paroisses, soyons fidèles à nos règlements, point de visites inutiles, n’allons pas seuls, et ne nous licencions point à boire et manger en villesous quelque prétexte que ce soit. Ce que le général nomme fautes de plus qu’une fois, qu’on puisse connaître dans la congrégation. Soyons fidèles à l’oraison et aux exercices de piété. Les supérieurs et procureurs doivent veiller à se rendre en cela l’exemple des autres. Vivons dans une exacte mortification intérieure et extérieure, préservons nous des plus légères apparences de la vie molle et sensuelle. Ne nous attachons jamais aux lieux, aux emplois, ni aux personnes.

Et encore sur la fin de cette même l’année, faisons attention à nous garder fidèlement des nouveautés, nous attachant au solide et au gros de l’arbre de la science ecclésiastique. Vivons et mourons dans la foi et simplicité de nos pères, parfaitement soumis à l’église, au St. Siège, et à tous les autres supérieurs ecclésiastiques. Soyons prudentes, et circonspectes, dans nos paroles sur lesaffaires de l’église, et de l’état. Tenons nous chacun chez nous, sans nous mêler de rien que de nos affaires ; c’est à dire de bien servir Dieu, de nous sanctifier, et édifier le prochain par nos fonctions selon nos règles. On a pu remarquer par tous ces avis qui ne sont presque jamais que sur les mêmes articles, que M. Bonnet n’a pas manqué d’en donner. Il écrivit des lettres pour maintenir le bon ordre, et l’esprit de la mission, y ayant voulu contribuer par des visites personnelles, qu’il fit dans les cinq ou six premières années de son généralat. Toutes ces fautes, et tous ces défauts, ne se sont pas corrigés pour cela, et il se trouve toujours quelqu’un qui donne lieu à renouveler ces sortes de plaintes.

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