Histoire générale de la Congrégation de la Mission (49)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
Estimated Reading Time:

XLIX. assemblée générale. M Pierron G[énér]al

logocmLa mort de M. Jolly étant arrivée sur la fin de l’hiver, le printemps suivant fut très propre pour faire les assemblées provinciales et pour faciliter les voyages des députés à l’assemblée générale. Les cinq visiteurs du royaume, savoir : M. Pierron, de la province de France ; M. Doué1, de celle de Poitou ; M. Hénin2, de Guyenne ; M. Lefort3, de Champagne, et M. Gallien4, de Lyon, s’y rendirent avec leurs députés ; pareillement, M. Pierre Giordanini5, qui avait succédé à M. Terrarossas6 dans les offices de visiteur et de supérieur de Rome, homme estimé dans la province comme ayant du savoir et d’autres talents, piémontais d’origine ; et M. Tarlo, déjà fort connu dans la Compagnie, et toujours visiteur de Pologne.

M. Faure fut fort bien reçu du Roi, et il aurait été sans contredit élu général de toute la Compagnie, qui avait une estime très singulière pour le choix qu’en avait fait feu M. Jolly, et qui n’a encore jamais manqué d’élire celui qui avait été nommé vicaire général par son prédécesseur si quelques particuliers n’avaient mis dans l’esprit du roi très chrétien, que cette charge pouvant passer pour considérable dans l’état, elle devait être sujette à la loi, qui en exclut les étrangers. Ce qui faillit à produire un schisme dans la congrégation, de la part des Italiens et Polonais.

On a cru que cela venait de Mgr le Duc du Maine et de Mgr de Noailles, archevêque de Paris, depuis cardinal, qui était ami intime de M. Hébert, curé de Versailles, homme sans contredit d’un rare mérite ; se servirent de ce prétexte en vue de le faire élire supérieur général de la Compagnie. Divers particuliers de la Congrégation souhaitaient aussi de le voir élu à cette charge, espérant qu’étant un homme poli, et connaissant la cour, il abolirait certains usages de la Congrégation qui leur paraissaient un peu trop simples pour le temps présent. On intima l’ordre du Roi à l’assemblée. M. Faure, accompagné de quelques-uns des principaux de la Compagnie, eut l’honneur de saluer S[a] M[ajesté] dans une audience qui lui fut ménagée par Mme. de Maintenon, qui était très dévouée à la Compagnie ; c’était pour lui représenter les inconvénients que pourrait avoir son exclusion en qualité d’étranger, quoique son humilité lui fît voir que, par rapport à sa personne, il était indigne de cet emploi. S[a] M[ajesté] lui répliqua qu’il était fâché que cela le regardât ; qu’il l’avait connu étant à Fontainebleau et en avait toujours été très content ; mais qu’il ne pouvait manquer de faire observer à cet égard les droits du royaume, et qu’il le verrait avec plaisir dans toute autre charge.

On fut donc obligé, dans l’assemblée, de ne pas penser à lui, ce qui fit grand bruit, comme on l’avait appréhendé. Les Italiens et les Polonais se plaignaient hautement qu’on les excluait du généralat. Qu’on violait les constitutions qui demandent une entière liberté pour toutes sortes de nations, que l’élection future serait nulle de droit, et que M. Giordanini, visiteur de la province d’Italie, s’efforçait de procurer par les textes du droit canon, où il passait pour bien versé. Les visiteurs de France, et entre autres M. Doué, député de la Province de Champagne, qui avait du savoir, ne manquèrent pas de répondre solidement à ces protestations, représentant que cette exclusion n’était point leur fait, et qu’on ne pourrait désobéir au roi. Ces messieurs étrangers persistèrent à protester, de ne pas reconnaître le général qui serait élu, et ne cessèrent dans tous les scrutins, de donner leurs suffrages à M. Faure.

L’assemblée se vit partagée entre M. Pierron et M. Watebled7, pour lors supérieur de Beauvais, homme déjà ancien dans la Compagnie, et qui y avait fait fort bonne figure, étant habile, entendant bien son monde, et de bonne conduite ; il fut nécessaire d’établir un compromis pour décider qui des deux serait élu. Et enfin M. Pierron le fut, et il fut reconnu général dans l’assemblée tenue au mois d’août 1697.

Il avait été reçu dans la Congrégation sous M. Vincent, étant encore fort jeune ; il était né dans une paroisse voisine de celle de M. Jolly, en la même province de Brie. Il étudia fort bien, et puis enseigna à St.-Lazare. Il avait du savoir ; et des externes de distinction, entre autres messire Claude de Saint-Georges8, archevêque de Lyon, fort habile lui-même et très versé dans la connaissance de l’antiquité, qui avait connu M. Pierron à Tours, ayant été nommé archevêque avant que de l’être de Lyon, témoignèrent, en apprenant son élection, qu’il leur faisait plaisir de voir que dans la Compagnie on avait égard à l’érudition des sujets. Il fut le premier supérieur du séminaire de Saint-Flour, et aussi de celui de Tours. M. Jolly le rappela à St.- Lazare en 1694 ; il le fit tout ensemble supérieur du séminaire de Chartres et visiteur de la province de France. Il avait un peu plus de soixante ans quand il fut élu général et eut toutes les peines du monde d’accepter cette charge, pleurant amèrement, représentant aux députés qu’il était déjà vieux et qu’il ne s’acquitterait pas bien, que la Congrégation serait mal gouvernée, et diverses autres raisons, que l’expérience fit voir être assez solides. Il ne fut pas écouté, et son élection subsista. Il en donna lui-même avis, selon la coutume, par une lettre circulaire, datée du 10 août 1697, s’humiliant lui-même à la vue de son élévation : Dieu, dit-il, ne pouvait pas humilier davantage la Compagnie dans son chef et dans ses membres ; je suis déjà infirme et par conséquent hors d’état de rendre les services qu’on attend du supérieur général. Toutefois il assure qu’il s’étudiera d’imiter ses très honorés prédécesseurs en leur sage conduite, surtout pour maintenir l’union et l’exacte observance des règles.

Les Italiens et les Polonais ne furent point du tout contents de cette élection, et s’en retournèrent chez eux après avoir protesté de ne point reconnaître le nouveau général9. Toutes les maisons de France l’agréèrent. L’assemblée lui donna pour assistants M. Faure, qui fut aussi son admoniteur ; M. Hénin, et M. Terrarossas pour la nation italienne, qui ne se rendit pourtant à Paris qu’après que les choses furent pacifiées, et y arriva seulement quelque temps après. Le secrétaire de cette assemblée fut M. Hébert, comme dans les précédentes.

  1. Jean Doué, né 1637.
  2. Jacques de Hénin, 1635-1714.
  3. François Lefort, né 1631.
  4. André Gallien, 1648-1716.
  5. Pierfrancesco Giordanini, 1658-1720.
  6. Son nom s’écrit soit Terrarossa soit Terrarossas, comme ici.
  7. Jean Watebled, né 1668.
  8. † 1714.
  9. Une autre main a ajouté: “ Ceci est faux. Voir les actes de l’assemblée. Les protestations furent retirées par leurs auteurs avant l’élection du supérieur général. L’auteur de cette histoire a commis bien des inexactitudes. ”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.