Histoire générale de la Congrégation de la Mission (44)

Francisco Javier Fernández ChentoHistoire de la Congrégation de la MissionLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Claude-Joseph Lacour cm · Année de la première publication : 1897.
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XLIV. Lettres circulaires après l’assemblée

logocmCes décrets de l’assemblée sont bien digérés et le latin en est bon ; il venait de M. Hébert, pour lors curé de Versailles, qui avait du talent pour cette langue, comme chacun lui en reconnaît pour parler en public et surtout pour faire des prônes ; il les faisait tous à Versailles. Et quand les R.R. P.P. Jésuites proposèrent d’y faire la mission devant y envoyer ce qu’ils avaient de meilleurs prédicateurs, M. le curé l’accepta de bon cœur, mais il se réserva de faire le petit catéchisme par un prêtre de la maison, et le prône pour lui-même. Quelques-uns l’ont voulu soupçonner de suivre un peu la nouvelle méthode d’oraison dont on vient de parler, et on sait qu’il était estimé de Mgr l’archevêque de Cambrai qui lui avait mis entre les mains son livre des Maximes des Saints avant de le faire imprimer, pour en avoir son avis. Il se trouva qu’il avait mis des notes aux marges vis-à-vis de tous les endroits qui furent depuis condamnés par le St.-Siège, ce qui servit à une parfaite justification du curé de Versailles.

M. Gouhier, en qualité de secrétaire de la Congrégation, signa les décrets de cette assemblée ; on a parlé ci-dessus de son savoir. Il était fort retiré dans la maison et sujet à beaucoup d’infirmités qui provenaient de sa grande application à l’étude. M. Jolly ne faisait rien sans prendre ses avis, et on trouva à sa mort qu’il l’avait nommé pour un de ceux qu’il jugeait être les plus propres à lui succéder ; mais M. Gouhier était déjà mort lui-même.

L’assemblée finie, au gré de M. Jolly, chacun se retira. Les Polonais et les Italiens revinrent ensemble s’embarquer à Marseille, et les premiers continuèrent leur route par Venise et le Tyrol, parce que le passage de France en Allemagne était difficile, la guerre étant pour lors très allumée entre l’empereur et le roi très chrétien. Le supérieur général informa aussi les maisons de la Compagnie du succès de l’assemblée par sa lettre du 23 mai 1692. Ayant plu à Dieu, dit-il, de répandre abondamment ses bénédictions sur l’assemblée, nous sommes obligés de lui en rendre et faire rendre de continuelles actions de grâces. Comme la fin de telles assemblées est l’avancement dans les vertus qui composent l’esprit de notre Congrégation et de corriger les défauts que l’on remarque s’y être glissés, l’assemblée s’est appliquée à chercher tous les moyens pour arriver à cette fin, et quelle a fait par les décrets et par les avis qu’elle m’a chargé de vous donner, témoignant un désir ardent qu’ils soient fidèlement observés dans toutes les maisons de la Compagnie.

1º d’être fidèle à la règle, de ne pas aller en ville sans compagnon qui suive partout, laquelle a été négligée depuis quelque temps, surtout dans les paroisses. Il faut que les supérieurs donnent exemple les premiers, et y soient très exacts avertissant ceux qui serviront de compagnon de ne point quitter, particulièrement si on visite des personnes du sexe, et ils doivent entrer dans la chambre, où s’ils remarquent quelque chose qui ne soit pas dans l’ordre, ils se souviendront qu’ils sont obligés d’en avertir le supérieur, ou même le visiteur, et le général si cela est de conséquence. De plus il faut remédier efficacement à ce qu’on a appris, que dans plusieurs maisons, on avait commis bien des fautes contre l’amour et la charité, qu’on doit avoir les uns pour les autres. Il est aisé de le faire en gardant ce qui suit. De ne parler jamais des défauts de ses confrères, qu’à ceux qui en doivent être avertis, ni rapporter ce qu’on a remarqué de défectueux dans les maisons d’où l’on vient, surtout sur la conduite et manière de faire des nôtres avec qui on a demeuré, éviter toute dispute, et aversion, en gardant ce que marque la chapitre des règles de la conversation mutuelle, ne reprendre jamais personne qu’y étant obligé par son devoir ou son office, et y observer les règles de la charité ; éviter avec soin toute amitié particulière, faire de fois à autres des conférences sur ce sujet, où le supérieur recommande souvent la pratique de cette vertu et par les défauts contraires commis dans la maison.

Outre cela remédier de même à diverses fautes qu’on a su d’être faites contre la pauvreté, savoir garder de l’argent, ou le faire garder en ville par des gens de confiance. En acheter de trop belles choses, comme tablettes, tabatières, ou même images et chapelets de prix, qu’on affecta de distribuer ; d’en faire faire ce qui est pourtant assez rare, d’habits plus commodes, des chemisettes de chamois ; d’en acheter des livres sans permission, et sans y mettre le nom de la maison, pour les emporter quand on sort. D’être trop ardent de faire par soi-même les distributions des aumônes de son bien, et pour cela avoir de l’argent par-devers soi, ce qui n’est pas permis à personne, pas même au supérieur, à l’exception seulement des curés, auxquels il est permis de garder et distribuer l’argent qu’on leur donne pour les aumônes de la paroisse ; trouver mauvais qu’on visite les chambres, et même empêcher qu’on ouvre la porte, quoique les supérieurs et assistant soient tenus de le faire exactement, et d’en ôter tout ce qui serait contraire à la pauvreté, ce que nous leur recommandons très particulièrement en cette maison ; de se faire donner de l’argent par ses pénitents et pénitentes, et le distribuer ensuite en aumône à son gré sans la permission du supérieur; posséder des biens immeubles sans en averti le supérieur, et se réserver d’en distribuer les fruits sans permission. Les supérieurs doivent l’avoir pour eux du visiteur, ou du général, quelques particuliers ayant même demandé à M. Jolly une permission générale et pour toujours de faire usage de leur revenu, il leur a répondu que cela ne pouvait s’accorder selon le sens qu’on a prétendu donner à Rome à l’obligation des vœux, et qu’il fallait la demander autant de fois qu’on voulait faire usage de son bien. Et quoique divers particuliers de la Compagnie, où s’il y en est toujours trouvés d’opposer à ces maximes rigides sur le vœu de pauvreté, qui laisse la propriété de biens, ne goûtent pas ces principes. Il est plus sûr en conscience de suivre de tels usages, que les supérieurs ont toujours maintenus, ou plutôt c’est là l’unique voie sûre, et tout autre doit passer pour large, et même pour égarement, quelques-uns poursuit M. Jolly, laissent encore la jouissance de leurs revenus à leurs parents, et leur en donne des acquis sans permission ; et ceux qui l’ont des supérieurs majeurs, en disposent sans en parler au supérieur immédiat. Article remarquable aussi bien que tout le détail de fautes qui commençaient à s’introduire, et à se multiplier plus que jamais, il est de conséquence de remédier à tous ces défauts.

L’assemblée ajoute-t-il a extrêmement désiré qu’on renouvelle la pratique ancienne de faire exactement le grand catéchisme en mission, et d’avoir en vue de bien instruire le peuple de nos mystères, et des commandements de Dieu, que la personne nommée pour prêcher et expliquer le sixième commandement soit sage et prudente, sans dire autre chose que le nécessaire ; qu’on ne peut traiter avec trop de retenu. Qu’on soit fidèle à ne recevoir aucun présent, exact à ne manger chez personne en mission, et ne faire manger les externes qu’aux termes du règlement, savoir, les curés du lieu, une fois ou deux seulement. Ce n’est pas au directeur de la mission à tenir l’argent, mais à un autre de la bande, nommé par le supérieur de la maison, sur ce que l’on s’était plaint que les supérieurs ôtaient la confiance à leur admoniteur de les avertir, et à leurs inférieurs d’écrire aux supérieurs majeurs, en en témoignant de la peine, ou de ressentiment. Et que les inférieurs ne respectaient pas assez leurs supérieurs, à qui ils disaient : Je vais en tel endroit, au lieu de demander permission. On dit qu’il faut se corriger, et observer les avis prudents, qui je ne vous donne, ajoute M. Jolly, que parce que l’assemblée les a jugés nécessaires, pour vous aider à vous rendre parfaits dans votre état. J’espère qu’ils auront un heureux succès, par la fidélité qu’on y aura.

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