Frédéric Ozanam, Lettre 0009. A Auguste Materne

Francisco Javier Fernández ChentoLettres de Frédéric OzanamLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Frédéric Ozanam · Année de la première publication : 1961 · La source : Lettres de Frédéric Ozanam. Lettres de jeunesse (1819-1840).
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Envoi d’un poème intitulé « La Nuit » et demande de critiques.

Lugduni, 12 Kalendas Novembris,  anno reparatæ salutis 1829.

Cum sit illud tui judicii tam subtile, tam promptum animum, eaque ingenii velocitas, ut in corrigendis nostris pauculis ac vilibus versiculis ipso Horatio haud inferiorem te exhibeas, te iterum quæso precorque ut hanc mihi naves operam, et munus pauperis amici implere non recuses. Quippe et novum istud carmen, novum sterilis mei atque imbecillis ingenii testimonium mitto commendoque Catoniana severitate emendandum. Nisi enim alter Cato obstiteris, acquiserit modus effrenatæ istæ ac gras­santis licentiæ, inconditos, inamabiles, pauperculæ meæ Camenæ ludos quis retundet? quis exprobret? quis reformabit? Te igitur patronum, te censorem, te ducem compello. Tibi quidquid erit meorum operum semper subjiciam, semper tuæ severitati justitiæque committam.

« At, inquies, et forsan haud immerito, quousque tandem abutere patientia nostra? Quousque mihi vigilare cupienti provocabit somnos tuorum versiculorum languor? Ah! parce, memor esto nostræ familia­ritatis. Et si quid tædii nostris operibus tibi nascitur, da veniam amico, præsta opera fortiter, vince tædium tuum, nam tendit in ardua virtus. Hoc tua fretus magnaninaitate, iterum tibi commendo hosce meos versi­culos. Deo vero, rerum conservatori commendo tuam pretiosissimam salutem. »

Vale.

A.-F. OZANAM.

Condiscipulus ac semper tibi devotissimus.

LA NUIT.
Méditation poétique.

Déjà l’on n’entend plus dans le gras pâturage
Mugir le superbe taureau
Déjà l’on ne voit plus les filles du village
Danser au son du chalumeau.
C’est l’heure mystérieuse
Où, versant sur la terre une douce clarté,
La reine de la nuit, belle et silencieuse,
Promène son char enchanté.
C’est l’heure désirée où, fermant leur paupière,
Les mortels fatigués appellent le repos,
Où le berger croit voir au fond du cimetière
S’éveiller l’esprit des tombeaux.
Seul avec ma pensée, errant, mélancolique,
J’aime à nourrir alors de tristes souvenirs.
Je m’égare en rêvant dans la forêt antique
Qu’agite mollement l’haleine des Zéphirs.
Là, Philomèle solitaire,
Sous le feuillage épais d’un chêne centenaire,
Redemande aux pasteurs, aux échos d’alentour
Ses fils, ses tendres fils ravis à son amour.
Là sous, le verd gazon qui couronne la rive,
J’entends rouler au loin la cascade plaintive.
Là, dans le clair ruisseau qui fuit parmi les fleurs,
La lune réfléchit ses tremblantes lueurs.
Oui, c’est dans ces moments d’une auguste tristesse
Que, dépouillant du corps les ténébreux liens,
Mon esprit, transporté d’une pieuse yvresse,
S’élance avec amour vers le Dieu des Chrétiens.
« Salut, roi, souverain du monde
Que ta puissance a produit,
Toi, dont la parole féconde
A tiré du néant et le jour et la nuit.
C’est toi qui dans les cieux répandant la lumière
Y suspendis ces lampes d’or
Dont toi même guidant l’impétueux essor
Traças l’immuable carrière.
L’univers en silence admire tes bienfaits.
Tu donnes à nos champs leur brillante parure,
Leur voix mélodieuse aux hôtes des bosquets,
Aux ruisseaux leur tendre murmure.
Sur le séjour de l’homme étendant ta bonté
Tu charmes son exil et console ses peines.
Tu sais lui faire aimer les chaînes
De sa longue captivité.
O qui me donnera les ailes
De la douce colombe ou du pur séraphin?
Quand verrai-je briser mes entraves mortelles
Pour me reposer dans ton sein?
Quand pourrai-je, inondé d’un bonheur sans mélange,
Goûter des plaisirs sans ennuis
Et, dans les saints transports qui ravissent l’Archange,
Voir couler ces jours purs qui n’auront point de nuit?»

Original : Archives Laporte.

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