François-Régis Clet : prêtre de la Mission, martyr en Chine, 1748-1820 (04)

Francisco Javier Fernández ChentoFrançois-Régis CletLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: André Sylvestre, cm · Année de la première publication : 1998.
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III – Vers la Chine

L’appel de la Chine

Vie du Bienheureux François-Régis Clet : prêtre de la CongréEn 1783 le Roi de France et le Pape avaient demandé au Père général des Lazaristes M. Jacquier d’envoyer des missionnaires en Chine pour remplacer les Jésuites, un premier départ de trois missionnaires avait eu lieu en 1784, un autre de deux en 1788. M. Cayla qui recevait de Chine des nouvelles encourageantes en fit part à la Congrégation dans ses Lettres circulaires du début de 1790 et 1791 et il prépara un nouvel envoi de missionnaires.

M. Clet avait déjà demandé à partir en mission , mais on avait alors jugé qu’il était plus utile dans son rôle de directeur du Séminaire. Comme l’avenir semblait bien incertain en France et qu’il avait appris qu’un départ pour la Chine se préparait, M. Clet renouvela sa demande au Père général.

Le départ des missionnaires était décidé pour février 1791, deux jeunes diacres devaient être de l’expédition M.M. Pesné et Lamiot, ainsi qu’un prêtre. Les deux diacres étaient prêts, mais le prêtre ne l’était pas, il était retenu en province par des affaires à régler. Le bateau allait attendre à Lorient jusqu’au 15 mars, mais pas au delà. M. Cayla reçoit de Lorient lettre sur lettre, le pressant de hâter l’envoi des missionnaires. M. Clet voit dans ces circonstances un signe de la Providence. Il réitère sa demande qui, cette fois est acceptée. L’horizon en effet s’assombrit en France et M. Cayla voit arriver le moment où tous ses confrères vont être dispersés, en particulier les séminaristes, et la maison de Saint-Lazare confisquée.

Comme le temps presse, François-Régis n’a pas le temps qui serait nécessaire pour aller saluer sa famille et revoir le séminaire d’Annecy. Il va écrire avant son départ plusieurs lettres à sa sœur aînée Marie-Thérèse. Pour lui c’est elle qui représente la famille.

Lettres d’adieu

Césaire Clet, le père de notre missionnaire, est mort en 1783 et son épouse Claudine Bourquy en 1787. Aussi c’est à sa sœur aînée et qui est aussi sa marraine, Marie-Thérèse, que François-Régis écrit pour lui annoncer la grande nouvelle de son départ pour la Chine. Il prévoit que cette perspective imprévue va surprendre douloureusement sa sœur et toute la famille, mais sa résolution est prise. Il lui écrit en date du 10 mars 1791 : « N’entreprenez pas de me détourner de ce voyage, car ma résolution est prise. Il n’y aura que l’impossibilité de m’embarquer qui m’empêchera de la réaliser. Bien loin de m’en détourner, vous devez me féliciter de ce que Dieu me fait la faveur insigne de travailler à son œuvre… »

Il la charge de gérer la part qui lui revient de l’héritage paternel, et lui demande de lui verser annuellement là-dessus une rente pour couvrir ses frais de mission. Sa sœur lui répondit combien tous étaient consternés de son prochain départ, mais elle sait que sa résolution est inébranlable, cependant elle se fait l’interprète de toute la famille pour essayer de le retenir.

Il lui répond avant de partir pour Lorient le port d’embarquement : « Je profite de la nuit qui précède mon départ pour répondre à votre attendrissante lettre. Je m’attendais bien que votre constante et vive amitié pour moi ne vous permettrait pas d’obéir à l’invitation que je vous faisais de ne tenter aucun effort pour rompre mon projet. Mais ayant pris ma détermination là-dessus avant de vous écrire, je m’étais préparé aux assauts que votre tendresse et votre sensibilité me livreraient. Les choses étant trop avancées pour reculer, je ne me repens pas d’avoir agi ainsi, non par manque d’amitié pour vous, mais parce que je crois suivre en cela les vues de la Providence sur moi … Je pars ce matin pour Lorient en poste avec deux de nos messieurs… »

Un tel voyage était une expédition fatigante qui, pour les 500 km séparant Paris de Lorient, durait trois ou quatre jours en passant par Chartres, Le Mans, Laval et Rennes, pendant lesquels les voyageurs, entassés sur les banquettes de la voiture de poste, étaient secoués au gré des cahots de la route. Les chevaux marchaient au grand trot et on en changeait environ tous les 12 km. On s’arrêtait pour le repas du soir et la nuit dans une auberge proche du relais de poste. Les voyageurs arrivaient fourbus. L’aubergiste ainsi que ses domestiques et servantes s’empressaient auprès des voyageurs.

Après une nuit de repos, au son d’une trompe, on repartait de bon matin. Nos missionnaires arrivèrent à Lorient quelques jours avant le départ du bateau. Le matin du départ, le 2 avril 1791, François-Régis écrit encore à Marie Thérèse : « Me voici à Lorient depuis quelques jours, j’y suis arrivé à bon port et notre départ est fixé à aujourd’hui sur les 11 heures, si les vents n’y mettent obstacle. A peine ai-je le temps de respirer. Je n’ai qu’à vous remercier de vos bontés à mon égard, vous recevrez tous les ans de mes nouvelles… je ne vous répéterai pas que je suis très content de ma destination… N’est ce pas une grande consolation pour vous de penser qu’un de vos frères est destiné au ministère apostolique ? Renouvelez mes tendres amitiés à mes chères sœurs et à mes frères … Recommandez moi aux prières de ma tante et de ma sœur carmélites et de toute la communauté… »

Le bateau devait en principe lever l’ancre vers 11 h., le 2 avril, si les vents étaient favorables. Mais il fallut attendre encore que le chargement de la cargaison fut achevé. Notre missionnaire va laisser, avec le cœur gros, un pays en pleine ébullition et dont l’avenir lui paraît bien sombre, et il s’en va vers des rivages inconnus pour répondre à l’appel du Maître de la moisson. Saint Vincent n’avait-il pas dit aux siens  » Le Fils de Dieu a promis qu’il serait dans son Église jusqu’à la fin des siècles, mais il n’a pas promis que cette Église serait en France ou en Espagne… S’il y avait un pays auquel il dût la laisser, il semble qu’il n’y en avait point qui dût être préféré à la Terre sainte… cependant c’est à elle qu’il a ôté premièrement son Église pour la donner aux gentils … nous devons travailler à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés.  » (Coste XI, 353-355)

Le voyage se fit sans incident notable, la mer était assez calme et les vents qui n’étaient pas toujours favorables permirent pourtant au navire de tenir une allure tranquille. Il y eut bien le  » passage de la ligne « , c’est à dire les gages ou petites épreuves auxquelles on soumet ceux qui passent l’équateur pour la première fois, mais ce ne fut pas bien méchant .

La vaisseau mit presque trois mois du 10 avril au 2 juillet pour arriver en face du Cap de Bonne Espérance. Notre missionnaire écrit à sa sœur depuis cette escale et la rassure sur les conditions du voyage : « Nous avons appareillé à Lorient le 10 avril et nous sommes aujourd’hui le 2 juillet près du Cap de Bonne Espérance qui fut à notre vue le 29 juin, mais que nous n’avons pas encore doublé à cause d’un calme qui est survenu. La mer n’a point produit en moi les effets qu’elle occasionne ordinairement. Tandis que presque tous les nouveaux navigateurs payaient à la mer leur tribut par des vomissements fatigants, je n’éprouvais moi-même qu’une certaine fadeur de cœur qui fut bientôt dissipée. Je me suis toujours bien porté jusqu’à présent malgré la succession rapide des saisons tempérées, brûlantes et froides que nous avons parcourues. Nous n’avons eu à nous plaindre d’aucun gros temps. »

Cette lettre est portée en France par un navire de retour des Indes et qui faisait relâche au Cap. Le voyage continua sans incident et nos voyageurs abordèrent à Macao trois mois plus tard.

Bref rappel des étapes de l’évangélisation de la Chine

Les nestoriens d’origine persane

Les premiers missionnaires de l’Evangile furent des moines persans qui arrivèrent en Chine au cours du VIe par la route de l’Asie centrale, la route de la soie. Ils apportaient avec eux le christianisme de leur pays, marqué par la doctrine de Nestorius . Ce christianisme d’origine et d’organisation monastique se répandit même au delà de la Chine jusqu’en Indonésie. Une stèle découverte vers 1624 près de Xian, ancienne capitale, porte une longue inscription datant de l’an 781 de notre ère et faisant état de la bienveillance de l’empereur à l’égard du christianisme. Le texte présente un résumé de la doctrine chrétienne, apportée de l’Occident et mentionne un décret de l’empereur Taitsong, en 638, approuvant la diffusion de la foi chrétienne. Mais ce christianisme dont les relations avec la Perse sont coupées à cause de la présence de l’Islam en Asie centrale, est englobé aux siècles suivants dans la défaveur et même la persécution qui atteint le bouddhisme.

Au XIIIe, alors que la domination mongole s’est étendue à une grande partie de l’Asie, des contacts reprennent entre les chrétiens de Chine et l’Occident. Un moine chrétien, Rabban Sauma, part de Chine avec un jeune compagnon Marc vers l’occident. Il s’arrêtent à Bagdad où ils sont reçus par le patriarche de l’Eglise nestorienne résidant à Séleucie-Ctésiphon. Ils visitent les lieux saints de la région, et ceux de l’Arménie. Mais le patriarche vient à mourir, c’est Marc qui est alors élu patriarche sous le nom de Mar-Jabalaha.

A la suite de ces événements, Raban Sauma est envoyé en Europe par le Khan mongol de Perse. Il fait visite au roi de France, au roi d’Angleterre et au Pape avec lequel il établit une entente œcuménique et l’intercommunion entre l’Eglise nestorienne et l’Eglise catholique. Il communie de la main du Pape et le Pape assiste à sa messe. Il revient enfin en Perse et meurt à Bagdad en 1294.

Les missionnaires franciscains

En sens inverse, l’Occident se tourne vers la Chine. Le pape envoie en ambassade auprès du grand Khan, en 1245, un franciscain, Jean de Plan Carpin. Le roi Saint Louis, quelques années plus tard, en 1253 envoie un autre franciscain Guillaume de Rubrouck pour étudier les dispositions des Mongols.

Vers la fin du siècle, en 1289, le pape Nicolas IV envoie en Chine un homme d’expérience Jean de Montcorvin, qui arrive par mer. Il est bien accueilli à Pékin (Khanbalik) par le grand Khan, et malgré la rivalité des chrétiens nestoriens, il rassemble un petite chrétienté et construit une église.

En 1305 il écrit au pape pour demander du renfort. Clément V, pape d’Avignon, lui envoie 7 franciscains qu’il consacre évêques. Ils ont pour mandat de consacrer Jean de Montcorvin comme archevêque et de devenir ses suffragants. Avec la faveur de l’empereur, des communautés chrétiennes s’organisent dans les grandes villes ; le voyageur Marco Polo est témoin de cette vitalité de l’Eglise. Il y a encore un envoi de 32 missionnaires franciscains en 1338 en réponse à la demande de l’empereur et des chrétiens.

Mais la dynastie mongole s’effondre en 1368 et la bienveillance dont bénéficiaient les chrétiens latins et nestoriens cesse. Aussi les chrétientés qui ne sont plus alimentée en missionnaires s’étiolent et disparaissent.

Au XVIe, les Jésuites

Un nouvel effort d’évangélisation est entrepris. L’Institut, nouvellement créé, des Jésuites envoie en Extrême Orient un de ses plus illustres membres François Xavier. Après être allé porter la Bonne nouvelle au Japon, il voudrait pénétrer en Chine. Mais il n’y réussit pas, il meurt d’épuisement sur un îlot rocheux, Sancian, en face de Macao le 3 décembre 1552. Cependant une petite communauté chrétienne se développe à Macao . La souveraineté sur ce petit territoire est concédée aux Portugais en 1557. Une Église florissante s’y développe. Macao devint la porte d’entrée des missionnaires en Chine et le refuge pour ceux qui étaient obligés de quitter le territoire chinois. Une communauté de Jésuites s’installe à Macao, mais aussi des dominicains, des franciscains et des augustins.

A partir de 1582 deux jésuites italiens Matteo Ricci et Michel Ruggeri font un séjour de quelques mois auprès du Vice-roi à Zhaoqing dans la région de Canton. Leurs connaissances des mathématiques et de la géographie leur sont très utiles. Tout en se pénétrant de la culture chinoise, Ricci obtient de pouvoir pénétrer plus à l’intérieur de la Chine. Il établit une résidence à Nanchang et obtient enfin en 1601 l’autorisation de s’installer à Pékin. Il adopte le style de vie et la tenue des docteurs confucéens. Il fait parvenir à l’empereur divers présents, entre autres une horloge astronomique et un tableau représentant la Vierge et l’enfant Jésus.

Ricci se fait de nombreux amis parmi les lettrés et il obtient des conversions. La résidence du P. Ricci et de ses confrères est très fréquentée par les intellectuels. Mais Ricci meurt en 1610. Les Jésuites par leurs compétences se rendent indispensables auprès de l’empereur qui leur donne un rôle officiel, comme mathématiciens, astronomes et ingénieurs. C’est ainsi que les Pères Schall et Verbiest firent partie du Bureau d’Astronomie. Ils étaient jésuites, le P. Schall était né à Cologne en 1591 et le P. Verbiest près de Courtrai en 1623.

La mission semble alors solidement établie à Pékin et dans quelques autres lieux comme Nankin, Shanghai, Hangtchéou, Nanchang, et dans le Houkouang.

Les franciscains et les dominicains réussirent eux aussi à pénétrer en Chine et la Congrégation de la Propagande leur confia en Chine centrale et méridionale, de vastes régions à évangéliser. Nous les rencontrerons au cours de la vie missionnaire du P. Clet et plus tard du P. Perboyre auxquels ils apporteront une aide fraternelle.

Le Padroado et la Congrégation de la Propagande

Le roi du Portugal par accord avec le Pape Léon X en 1516 obtint le privilège (appelé Padroado c’est-à-dire Patronage) de pouvoir présenter des candidats aux sièges épiscopaux des Indes et d’Extrême Orient. Ils étaient placés sous la juridiction de l’archevêque de Goa. L’entrée en Chine de tout missionnaire par Macao ne pouvait se faire qu’avec l’agrément du gouverneur portugais de Macao. Pour contourner ce monopole encombrant, la Congrégation de la Propagande décida d’envoyer ses propres missionnaires et de nommer des Vicaires apostoliques qui dépendraient directement du Pape.

C’est par la Congrégation  » De Propaganda Fide  » que furent envoyés en Chine en 1684 les premiers Pères des Missions étrangères de Paris, et parmi eux Mgr. Pallu. et également en 1685 des Franciscains italiens parmi lesquels Mgr. Della Chiesa qui devint par la suite archevêque de Pékin.

Les premiers Lazaristes

Parmi ces missionnaires envoyés par la Congrégation romaine figurent deux lazaristes italiens : Louis Appiani et Théodoric Pedrini.

Louis Appiani qui avait été directeur au Collège de la Propagande à Gênes, partit pour la Chine en 1697 avec un de ses élèves, un jeune prêtre d’origine allemande, Jean Müllener. Ils passèrent par la Syrie, la Perse et gagnèrent Madras en Inde. Le jeune Müllener demanda au P. Appiani de l’admettre dans la Congrégation de la Mission. Il y fut reçu à Madras le 25 janvier 1699. Arrivés en Chine ils allèrent s’établir à Tchongking, au Setchouen. M. Müllener y fonda un séminaire et devint plus tard en 1715 Vicaire apostolique du Setchouen, et administrateur du Hou-kouang, province voisine. Il se dépensa jusqu’à sa mort qui survint en 1742.

M. Appiani partit de Tchongking en 1705 chercher à Canton des subsides pour la mission du Setchouen. Il y rencontra le Légat du pape Mgr. De Tournon qui avait été envoyé en ambassade en Chine pour essayer de régler la question des  » Rites chinois « . Le Légat s’attacha le P. Appiani comme interprète. Le P. Appiani connaîtra avec Mgr. De Tournon toutes sortes d’épreuves y compris la prison pendant une vingtaine d’années. Il mourut à Macao en 1732.

M. Pedrini devait faire partie du voyage du Légat qui lui avait donné rendez-vous aux Canaries pour le départ en avril 1703. Mais il ne put s’y rendre en temps voulu. Il prit alors à Saint-Malo un bateau qui le conduisit au Pérou et de là un autre qui le débarqua à Acapulco au Mexique. Il fit la traversée du Pacifique jusqu’à Manille, et après de multiples obstacles il aborda à Macao au début de 1710, soit après 8 années de voyage depuis son départ d’Italie.

A cause de ses talents de musicien, l’Empereur le fit venir à la Cour à Pékin, où il fit l’éducation musicale des fils du Prince. Il fut impliqué dans la querelle des Rites chinois, que nous évoquons ci-dessous. De ce fait il endura bien des avanies y compris la prison à cause de sa fidélité au Pape. Après la mort de l’Empereur en 1722, et sous ses successeurs, M. Pedrini retrouva sa place de musicien officiel à la Cour. Mais il tomba malade en 1741 et mourut en 1747.

Ces premiers lazaristes formèrent au Setchouen et à Macao plusieurs dizaines de jeunes gens qui devinrent prêtres, parmi lesquels plusieurs lazaristes chinois, qui furent d’excellents missionnaires.

Au cours du XVIIIe le christianisme fut fortement secoué par la Querelle des Rites . Est-ce que les cérémonies officielles chinoises avec leurs rites en l’honneur des défunts étaient entachées de superstitions ou non ? Et donc est-ce que les chrétiens pouvaient y prendre part et dans quelle mesure ? Les uns, dont les Pères jésuites, pensaient qu’on pouvait s’y conformer, la majorité des autres missionnaires les regardaient comme superstitieux.

On en référa à Rome qui ordonna des enquêtes et conclut au caractère superstitieux de ces cérémonies. La décision de Rome fut mal reçue par les partisans des rites et les chrétientés furent troublées pendant plusieurs décennies. Le P. Pedrini et Mgr. de Tournon furent persécutés par les partisans des Rites et subirent la prison et l’exil.

Le remplacement des Jésuites

A la demande instante des cours bourboniennes d’Europe, et pour des raisons surtout politiques, le Saint Père, Clément XIV, par un Bref du 21 juillet 1773, Dominus ac Redemptor, décréta la dissolution de la Compagnie de Jésus. C’était un rude coup porté aux Missions de Chine. La décision officielle en fut notifiée aux Jésuites de Chine en novembre 1775.

La mission de Pékin était patronnée et en partie soutenue financièrement par le Roi de France. Les Pères jésuites demeurèrent sur place et continuèrent leur ministère, mais il fallait envisager leur remplacement. Les Missions étrangères de Paris contactées refusèrent la proposition. Le Roi après avoir songé aux Bénédictins ou aux Oratoriens, se tourna vers M. Jacquier, supérieur général des Lazaristes.

Après avoir décliné cette offre par deux fois, M. Jacquier, sur l’insistance du Roi finit par accepter. Le Roi proposa cette solution à Pie VI et par un Bref du 7 décembre 1783, le Pape agréa cette demande.

Il fallait trouver des scientifiques pour occuper des postes officiels à la cour de Pékin. Le P. Jacquier proposa trois premiers candidats : M. Nicolas Raux , le supérieur, qui avait fait des études d’astronomie, de géographie, de botanique et d’histoire naturelle. M. Jean-Joseph Ghislain spécialisé en mathématiques et en physique, et le frère Charles Paris, horloger, mécanicien et tourneur, qui avait pris des leçons de clavecin.

Ces trois missionnaires, partis de Brest le 20 mars 1784, débarquèrent à Canton le 29 août. Dès leur arrivée ils écrivirent aux Jésuites de Pékin et ils en reçurent une réponse très cordiale. Après un séjour de cinq mois à Canton, ils arrivèrent à Pékin le 29 avril 1785.

La transmission des pouvoirs se fit sans heurt. La prudence et la bienveillance de M. Raux lui attirèrent la sympathie générale. Il ne restait que cinq ex-jésuites prêtres et un frère. Un des premiers soucis de M. Raux fut d’ouvrir un séminaire qu’il confia à son confrère M. Ghislain, avec une quinzaine d’élèves. Il en sortit plusieurs excellents prêtres lazaristes et diocésains.

Les lazaristes devaient assurer la succession des Jésuites à Pékin à l’église du Pétang, mais aussi dans diverses provinces où nous les trouverons par la suite : Kiang-si, Hou-kouang, Tché-kiang

La deuxième vague

Le 21 septembre 1788, débarquèrent à Macao deux jeunes lazaristes M. Hanna , irlandais et M. Aubin , français, qui durent attendre deux ans l’autorisation de sortir du territoire portugais. M. Hanna resta cependant à Macao pour enseigner au séminaire Saint Joseph fondé par les Lazaristes portugais et M. Aubin partit secrètement pour le Hou-kouang. Il s’y dépensa avec les prêtres chinois au service des chrétiens de la région de Kou-tcheng. Mais il fut arrêté le 27 mars 1795. Traduit devant les tribunaux, il ne révéla rien qui put compromettre ni les missionnaires ni les chrétiens, mais les mandarins le firent empoisonner dans sa prison et il mourut le 1er août 1795.

La Révolution en France bouleversait toutes les données. En 1791, M. Clet estimant qu’il serait plus utile en mission qu’en France se proposa au Père général pour partir en Chine. Il partit de Lorient avec deux jeunes confrères qui n’étaient encore que diacres : Louis Lamiot et Augustin Pesné . Ils embarquèrent le 10 avril et arrivèrent à Macao le 15 octobre suivant. Mais nous allons les retrouver en suivant la carrière missionnaire du P. Clet.

Nos missionnaires reçurent à Macao une lettre de M. Raux, le supérieur des Lazaristes qui résidait à Pékin. Il leur assignait à chacun sa destination. Le P. Lamiot qui était un scientifique devait aller à Pékin, tandis que les Pères Clet et Pesné devaient aller au Hou-kouang.

La situation en Chine à la fin du XVIIIe.

L’empereur Kangshi après un long règne de plus de 60 ans était mort le 30 décembre 1722. Il avait été mêlé à la Querelle des Rites chinois et s’était irrité de ce qu’il estimait être une intrusion du Pape dans les Affaires religieuses intérieures de la Chine. Les Pères Appiani et Pedrini en supportèrent les conséquences et furent, pendant quelque temps, jetés en prison ainsi que le légat Mgr. de Tournon.

Le successeur de Kangshi fut un de ses fils qui prit le nom de Koutcheng. Il fit sortir de prison M. Pedrini qui avait été son professeur de musique. Il rendit aussi la liberté à M. Appiani. Mais du fait de la participation d’un jésuite, le P. Morao, à une conspiration, à la suite de laquelle il fut mis à mort, l’empereur conçut une certaine animosité contre les missionnaires. A part quelques-uns tolérés à Pékin, il les fit tous expulser à Macao en 1732. Koutcheng mourut en 1735.

Un des ses fils, Kienlong, lui succéda et annula les mesures prises par son père à l’encontre des missionnaires étrangers. Mais tout au long de son règne il y eut de-ci de-là, dans les provinces, diverses persécutions à l’initiative des pouvoirs locaux, car on soupçonnait chrétiens et missionnaires d’être complices de la révolte anti-mandchoue du Nénuphar blanc. Cependant un décret impérial en 1785 rendit la liberté aux missionnaires qui avaient été emprisonnés.

L’empereur mourut en 1796 après un long règne qui avait duré 61 ans.

M. Clet avait alors commencé son ministère missionnaire au Hou-kouang.

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