Cinquième dimanche du temps ordinaire (A) [Patrice Sabater Pardo, cm]

Francisco Javier Fernández ChentoHomélies et réflexions, Année ALeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Patrice Sabater Pardo, cm · Année de la première publication : 2014.
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Si tu cries…

5eme_dimancheDeux événements importants vont avoir lieu cette année en Russie et au Brésil : les Jeux Olympiques d’hiver et la Coupe du Monde de football. Deux moments planétaires qui réunissent les ardeurs de nombre de sportifs, les convoitises d’hommes d’affaires, des possibilités politiques nombreuses…, et pourtant aux portes de la Russie, l’Ukraine ploie depuis des mois, le Brésil et le sous-continent américain n’arrivent pas à sortir du marasme pluridimensionnel. L’homme, qu’il soit en Europe orientale, en Amérique, en Afrique, au Proche-Orient et même en Europe, ne cesse de crier. Il tend les mains vers d’autres hommes pour que leurs cœurs viennent toucher, du bout de leurs doigts, un peu d’humanité : humanité souffrante dans les rues et les bidonvilles, dans les ruines des guerres, dans les files d’attente pour se nourrir et pour se soigner, esclavage d’enfants et humanité qui espère…

Au cœur de la nuit de notre monde, le texte d’Isaïe de ce jour est une lumière pour notre monde et pour notre foi de chrétien. Combien serons-nous ce dimanche à le lire, et à convenir que nous sommes définitivement d’accord avec les paroles du prophète de Yahvé ? Oui, mais avec quoi sommes-nous d’accord exactement ? Il n’est pas besoin d’écrire beaucoup sur le sujet. Il est davantage besoin de savoir mettre des actes sur des mots, des mots encourageants, pleins de bonté et de miséricorde, de respect qui confère à la dignité de l’Homme…

Reprenons le texte et avançons avec lui.

« Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable ».

Nous sommes au lendemain de l’Exil, et la déception est grande. Tout est en ruine et l’espérance s’est perdue. Peuple promis à devenir la lumière des nations, il n’offre que le spectacle d’un peuple où riches et puissants exploitent les sans défense et les pauvres, où l’on méprise les étrangers. Dieu serait-il insensible ? N’aurait-il aucune pitié ? Mais Dieu n’attend pas de l’Homme que le Temple seul soit reconstruit, qu’il fasse des sacrifices (cf. le Psaume 50). Dieu est en attente du cœur de l’Homme qui sait se rendre sensible à la misère des autres.

« Alors, ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accompagnera ».

Le Peuple ne sera lumière des nations que dans la mesure où il donnera l’exemple du partage avec les plus malheureux et de la lutte contre l’injustice et l’exploitation des faibles. A quelqu’un qui a faim, il donnera à manger ; à qui a perdu son chemin, il le ramènera à la maison ; à qui n’a rien à se mettre, il lui  donnera de quoi se vêtir. On ne se dérobe pas à son prochain. Le prochain proche, c’est sa propre chair et on ne se dérobe pas à soi-même. Apprenons à mettre les autres debout en leur permettant de se nourrir, de se vêtir, de trouver de quoi se loger ! Accueillons l’étranger, le migrant, le réfugié, celui qui est loin de ses terres ! Le prophète à la suite de Dieu pousse un cri : cri de désespoir et appel à se faire entendre, à se faire rejoindre dans l’intimité de sa fragilité physique, psychique et spirituelle.
« Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi ».

Celui qui agit ainsi donnera de la lumière, de l’espace à son frère ! Lorsque tu feras route avec un ami plus pauvre, malade, « perdu », alors tu arriveras toi-même à la lumière. Quand j’aide mon frère ou ma sœur, je m’humanise et je tisse des liens d’humanité avec celui qui est à la ressemblance de Dieu, avec celui qui a été créé par Lui. A chaque fois que je poserai(s) un acte de charité, à chaque fois celui-ci sera fondateur. Il fondera en moi et en l’autre une source d’amour, de partage, de charité lumineuse et compatissante. Et Dieu sait s’il n’en faut pas beaucoup parfois pour rendre le sourire, pour que s’éclaire le visage de mon frère !!!

Nous serons sans doute, après tout cela, un peu mieux et un plus du Sel pour la terre, pour l’Eglise et pour le monde.

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