Fernand Portal (XVII) Justice est rendue par Lord Halifax

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Auteur: J. Bernard .
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Les 5e Conversations de Malines, reportées aux ü et 12 octobre 1926, ont « un peu de la déprimante atmosphère d’une liquidation » (Gratieux). Le coeur n’y est plus. On expédie quelques affaires de procédure. On élabore principalement le rapport catholique et le rapport anglican d’un bilan : le résultat est positif.

Un point remarquable : l’écoute et la reconnaissance d’un langage culturel anglican, par la partie catholique. On comprend mieux les raisons touchant à l’expression et à la sensibilité, d’une Union sans absorption, condition fondamentale non pas d’un retour mais d’une rencontre.

« Il peut être utile de relever quelques-unes des expressions de nos amis anglicans. Elles sont d’un haut intérêt, en ce qu’elles indiquent une même tendance de pensée, une pareille direction de recherche et qu’elles permettent de présager un accord beaucoup plus étendu dans l’avenir.

« Les nuances d’expression ont ici leur importance à cause du fond qu’elles enveloppent et qu’elles recouvrent… Des souvenirs anciens ont laissé quelque amertume dans les coeurs. Plutôt que de revenir sur les chemins du passé, l’esprit essaie de conjecturer les formes que l’action de la papauté pourrait prendre dans l’avenir.

« …Il était possible aux catholiques de dire combien grande est la diversité des disciplines sous lesquelles l’Eglise a vécu sans dommage pour son unité, et quelle variété d’institutions existe encore actuellement au sein de l’Eglise catholique malgré l’uniformité progressive à laquelle tend sa législation, surtout depuis que le protestantisme l’a contrainte à renforcer sa centralisation adminis­trative… tout permet d’entrevoir avec quelle largeur d’esprit pourraient être traitées, entre l’Eglise romaine et l’Eglise anglicane, les clauses disciplinaires de leur union. »

(Extrait du memorandum catholique des Conversations.)

Lord Halifax s’acharna à publier les Conversations, alors que, d’un commun accord, il avait été décidé de n’en rien faire, sinon que chaque auteur pouvait publier son oeuvre propre. Il sentait que Rome changeait d’attitude. Il vint à Paris aux renseignements ; c’était aussi l’anniversaire de la mort du P. Portal : il fit un pèlerinage à la rue de Lourmel, puis il fut reçu à Saint-Lazare par le P. Pouget1. Comprenant que le prieur d’Amay était assailli par les catholiques anglais qui pourchassaient « l’hérésie portalienne », partout où ce démon pouvait bien se glisser2, il prit le chemin de Rome. A Paris, il n’écouta pas Mme Gallice qui lui conseillait de ne plus s’agiter. Au Vatican, il fut introduit chez le Cardinal Céretti, ‘ancien nonce à Paris, eut audience auprès du Pape qui, après avoir accepté un rapport, se contenta de lui donner sa béné­diction. Au retour, il fit étape à Paris et alla jusqu’à Malines annoncer que les Notes sur les Conversations paraîtraient obligatoirement en janvier 1928. Mais l’encyclique Mortalium animos du 6 jan­vier3, en même temps qu’elle critiquait le « pan-christianisme de la Conférence oecuménique de Lausanne (août 1927), sonnait indirectement le glas des Conversations : en effet était condamnée la « fallacieuse unité que beaucoup parmi les chrétiens recherchent ». Bien sûr, Malines n’était pas condamné, mais les entretiens privés qu’y avaient eu lieu devaient cesser4. Quant à Lord Halifax, ne pouvant réaliser, en s’aidant de tous les documents qui gravitaient autour (Correspondances… etc), un recueil complet des Conversations, il publia intégralement la plupart des rapports (Les Conversations de Malines, 1921-1925). En fin de compte, il désirait que « justice fût rendue à l’oeuvre de l’abbé Portal ainsi qu’aux désirs et intentions du cardinal Mercier ». La disparition du Cardinal qui avait tout pris sur ses épaules, et de l’abbé Portal, véritable cheville ouvrière, constituait « une double catastrophe ». (Gratieux). Tout était stoppé. « C’était trop pour moi… Je suis seul maintenant » concluait Lord Halifax.

Notre gentleman avait démissionné de la Chambre. Il avait été obligé de reprendre, malgré le poids des ans, la direction de l’English Church Union, qu’il avait remise en 1919, à cause des discussions sur le Prayer Book, mettant en porte-à-faux les relations entre l’Église et l’État. Désormais, il était pris par la chaleureuse vie familiale, à Hickleton, où le château des Halifax continuait à accueillir de nombreux amis Ses dernières années se passèrent, pour ainsi dire, rythmées par une vie religieuse et liturgique digne d’un moine. En 1928, son archevêque d’York, le Dr Lang, qui l’avait soutenu durant les Conversations de Malines, prenait l’archevêché de Cantorbéry. En 1933 il fêtait à Hickleton le centenaire du Mouve­ment d’Oxford. Il quittait définitivement l’English Church Union, et aussitôt après, constatait avec joie la fusion du Congrès des Anglo­Catholiques et de l’English Church. Il mourut paisiblement le soir du 22 janvier 1934, après une courte maladie, à l’âge de 95 ans.

La veille, se croyant dans sa vieille résidence du Devonshire, il aurait souhaité « voir la mer ». Comme l’abbé Portal, il était un homme du « grand large ». N’avait-il pas dit : « Ah ! s’il venait un grand Pape qui dise : Oublions le passé… Allons vers la haute mer ! » ?

  1. Mme Gallice se trouvait à la rue de Sèvres ; elle montra à Lord Halifax les plans de la future chapelle des Corbières, dédiée au Christ Rédempteur, devant renfermer la tombe de l’abbé Portal. Jean Guitton raconte : « Lord Halifax était presque sourd, M. Pouget presque aveugle. C’était un touchant spectacle de voir ces deux vieillards, assis en face l’un de l’autre et se penchant l’un vers l’autre pour échanger leurs pensées et leurs souvenirs. Il fut question de l’enterrement de M. Portal… »
  2. Les Drs Gore et Kidd auraient désiré que Dom Beauduin participât à la 5e Conversation Mais Mgr Van Roey estimait que cette proposition, transmise par Mgr Battifol, était, dans l’occurrence, mal venue.
  3. L’année auparavant, Pie XI avait dit ces paroles, relevant du meilleur style portalien ou halifaxien. : <c Pour la réunion, il est avant tout nécessaire de se connaître et de s’aimer… Sait-on tout ce qu’il y a de précieux, de bon et de chrétien dans ces fragments de l’antique vérité catholique ? Les parties séparées d’une roche aurifère sont aurifères, elles aussi. Les vénérables chrétientés orientales ont conservé une sainteté vénérable…
  4. «Le Pape n’est pas choqué que les Anglicans se soient adressés au Cardinal Mercier de préférence à tout autre : « On a — m’a t-il dit — tout droit de choisir son confesseur -. Il semble cependant que le Saint- Père ait peu goûté les discours de Lord Halifax (ceux qui furent si vivement critiqués par le P. Woodlock). En somme, ce qui a été fait est fait ; on ne désavoue personne, mais on veut s’en tenir là et que les Anglicans ne transforment pas en officiel ce qui était privé». (Lettre de Battifol à Mgr Van Roey).

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