Tout sert pour nous conduire
Fernand Etienne Portal est né á Laroque (Hérault), la veille de l’Assomption, en l’an 1855, « d’une famille très modeste » (son père est cordonnier). Pierre Portal et Louise Lafabrier sont ses parents. Il est baptisé le surlendemain: la grand-mère maternelle, sa marraine, Veuve Lafabrier, Rosa Albus — retenons bien le nom — qui est « illettrée » a signé d’un simple trait sur le registre paroissial.
Tout de suite se vérifie l’incertitude de la tournure de sa vie. A peine âgé de trois ans, sa santé gravement compromise se grève d’une faiblesse permanente. Une foi robuste amène le père á faire en pleine nuit le pèlerinage á N.-D. du Suc1 « pour demander un miracle ». L’abbé Portal ira jusqu’á écrire ces mots étonnants: «Je n’aurai jamais assez de reconnaissance á l’égard du bon Dieu d’avoir été malade. Tout sert pour nous conduire où la Providence nous veut, les bons comme les mauvais succès, la sante comme la maladie, et souvent l’échec et la maladie plus sûrement que la réussit e et la sante».
Des épreuves de sante jalonneront ses études, puis son professorat; et continuellement, il aura l’impression qu’un jour de vie supplémentaire n’est qu’une échéance repoussée devant la mort: ce qui rend compte peut-être du lutteur obstiné et du soumis au quotidien de l’existence, qui constituent les saines composantes d’un caractère richement contrasté, nullement encombré par la tristesse2.
París bien des luttes
Pendant quelque temps le garçon est confié á un oncle prêtre. Il passe l’année 1868 au petit séminaire de Beaucaire (Gard) puis reste jusqu’en 1874 au petit séminaire de Montpellier. Quelle voie va-t-il prendre? La carrière militaire ou la vocation missionnaire? A la maison, on n’a pas le temps d’attendre. Finalement il se décide « après bien des luttes » á « trancher la difficulté» : « je n’ai maintenant qu’un désir, c’est de devenir un enfant de St-Vincent-de-Paul»3. Fernand Portal est reçu le 14 août 1874, le jour de ses 19 ans, dans la Congrégation de la Mission (Lazaristes). Il est ordonné prêtre le 22 Mai 1880.
L’Appel de la Chine
Des velléités d’embrasser la carrière des armes, il lui restera l’opiniâtreté et l’adresse d’un bon stratège, qui, de concert avec Lord Halifax, lancera la « petite campagne » pour les ordinations anglicanes. Sans cela, le maintien carré ne sera pas son lot. Voué au dialogue et au rapprochement entre partenaires divisés, il bannira l’usage de la guerre et de la polémique4. Mais l’armée, á cette époque- là, présentait un idéal de vie5, mémé sous le coup du désastre de 1870.
Quant á l’attirance de St Vincent de Paul, elle est fondamentalement en accord avec le souci de la Mission, et la mission auprès des plus loin. Portal demande á partir en Chine6 mais les supérieurs refusent en invoquant avec un sourire sceptique ses déficiences physiques. Il n’empêche que l’attrait du grand large (cf. Luc 5, 4) ne s’éclipsera jamais.
A peine installé au Grand Séminaire d’Oran où il enseigne la philosophie, il est en proie á de violentes hémoptysies qui le mettront « dans une constante incertitude du lendemain pendant plus de vingt ans». En 1881, il se repose á Lisbonne puis á Nice. En 1882 il commence un séjour plus long au Grand Séminaire de Cahors où il enseigne la théologie, mais en 1886 les crachements de sang le reprennent. En Novembre 1887 il se trouve á Lisbonne, après s’être acquitté de quelques services en Espagne. Une vie bien ballottée, selon les caprices de la maladie…
- « Dans nos Cévennes, il existe un vieux sanctuaire où depuis des siècles, les catholiques vont en pèlerinage. Les paroisses des environs s’y rendent chaque année. Autrefois, les fidèles accomplissaient souvent la rate en procession, récitant des prières, ou chantant des psaumes». (Portal).
- Sa voix, légèrement chantante, avait je ne sais quel accent qui n’était pas celui du Midi, mais sonore et plaisant ; il riait volontiers, d’un rire gai où se trahissaient la spontanéité et la fraicheur de ses impressions » (Gracieux). Cet accent, sans exubérance, mais légèrement frappé, appartient aux cévenols qui n’étant ni de la plaine, ni de la côte, ont quelque chose d’un Midi plus contenu.
- «Le jeune Fernand envoie une lettre touchante á ses parents: « Vous pensez déjà á la cruelle séparation qui devra bientôt avoir lieu; mais songez qu’á l’âge de trois ans, vous m’avez donné á la Sainte Vierge. Ah! Si mon père, quand il était dans l’église de Notre-Dame du Suc, tandis que je me mourais dans mon berceau, ah ! Si alors avait eu le choix entre voir mourir son enfant et faire de lui un missionnaire, il n’aurait pas hésité. Vous m’avez donné á Marie. Que le sacrifice soit complet. Cette bonne Méré nous obtiendra le courage dont nous avons tous un si grand besoin».
- Visant les refus de Rome, F. Portal, á la fin de sa vie, fera le point : « Notre campagne était finie. Nous avions lutté jusqu’au bout, même lorsque nous nous trouvions en des positions désavantageuses. De notre couvre de paix, on avait fait une couvre de guerre, il n’y avait plus qu’á rentré sous la tente… ». La souple stratégie de l’avancée et du repli d’un homme pacifique…
- Cette époque-là se situe entre Servitude et Grandeur d’Alfred de Vigny et l’appel des armes d’Ernest Psichari.
- Le XIXe siècle fournit un effort missionnaire colossal. L’appel de la Chine, surtout pour des jeunes lazaristes, laissait retentir la geste héroïque des Clet (1680) et des Perboyre (1840). Les revues missionnaires, surtout les Annales de la Propagation de la Foi, favorisaient le zélé le plus ardent pour l’évangélisation des pays lointains.







