Ephémérides: 19 mai

Francisco Javier Fernández ChentoÉphémérides vincentiensLeave a Comment

CRÉDITS
Auteur: Jean Gothier, C.M. · La source : Encyclopédie Vincentiennne.
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En 1707, à Paris, le cardinal de Noailles signe un décret par lequel il reconnaît comme diocésain le séminaire établi aux Bons Enfants, et prévoyant pour cet établissement un possible changement de local, l’archevêque nomme les Prêtres de la Mission « directeurs perpétuels d’un des séminaires du diocèse tant au spirituel qu’au temporel » (1).

En 1871, à Paris, les Sœurs de l’Infirmerie des Prêtres âgés du diocèse de Paris, Infirmerie Marie-Thérèse, sont perquisitionnées et gardées à vue par les communards. Celles des Enfants-Trouvés, toutes proches, également. Elles ont la charge de 900 enfants de 1 jour à 20 ans ; 60 filles de service ; 25 nourrices sédentaires ; 15 à 20 nourrices de la campagne qui n’ont pu retourner dans leurs foyers. Les Fédérés décident de chasser les Sœurs. Mais avant l’arrivée de l’armée régulière, le 25 mai, ils font une barricade dans la rue juste en face de la Maison, et l’on amène des blessés tandis qu’on met le feu au couvent du Bon Pasteur.

Et voici que les Enfants-Trouvés sont à leur tour menacés. Le chef incendiaire arrive. La Sœur Servante se jette à ses genoux : “Donnez-moi au moins une heure pour évacuer. — Pas même cinq minutes nous sommes cernés de toute part. — Mais aurez-vous le courage de faire des victimes de tant d’enfants innocents ?”. Il pâlit : “Ma Sœur, je crois en Dieu, vous ne serez point brûlées”. Il sort et est fusillé par ses propres soldats pour les avoir épargnés. Tout n’est pas fini : la poudrière du Luxembourg, toute proche, saute : les enfants courent au bois au milieu des balles, car le feu arrive. L’armée occupe déjà le jardin des aveugles et accourt : trois soldats se postent à l’entrée d’une brèche et prennent un à un les petits : “on ne voit que ces six bras se tendant tour à tour pour prendre le premier qui se présente : tous y passent, même les mourants enveloppés dans une couverture. Comme par miracle, pas un ne reste, qu’il s’agisse des petits malades les yeux bandés, des nourrissons, des convalescents soutenus sous les bras par les autres”.

M. l’Aumônier donne une absolution générale. On n’avait qu’une pensée s’éloigner des flammes. Les soldats prennent les enfants : avancez, avancez… De jardin en jardin ils les conduisent jusqu’au cimetière Montparnasse, puis de brèche en brèche jusqu’à Vanves. Les filles de service portent les plus malades à bout de bras sans savoir comment elles en ont la force. A Vanves, un château inhabité abritera les uns ; à Plaisance la Maison de. s Frères Maristes accueillera les garçons et les nourrices. Mais dans ces locaux, rien ! On amène deux grandes charretées de paille. Chacun essaie d’en prendre un peu. Un petit nourrisson est déjà mort dans la course à travers les jardins, ayant juste reçu le baptême : en voici un autre qui se pâme. Pour lui aussi le ciel va s’ouvrir. Les voisins stupéfaits de tant de misère s’empressent, mais sont effrayés du spectacle de ces petits malades et mourants. Ils apportent ce qu’ils peuvent. Nuit terrible avec les obus qui ne cessent pas. Finalement tout le monde se regroupe à Plaisance chez les Maristes. “On se case comme on peut, écrit l’une des Sœurs, et gaiement l’on accepte les privations du moment : nous ne pouvons nous empêcher de rire quand arrivait le moment du dîner car aucune vaisselle : il fallait se contenter d’un morceau de pain surmonté d’une tranche de viande. Et pour dormir, il fallait s’étendre toutes habillées sur des sommiers avec comme oreillers des soutanes des bons frères bien roulées…”

Cela dura cinq longs jours, le temps que l’armée ait pu complètement libérer Paris.(R)

En 1883, à Paris, ordination de M. Alphonse Delanglie. Cet anniversaire est la meilleure date pour évoquer le souvenir de ce confrère qui a concentré les efforts de toute sa vie sur les résolutions qu’il écrivait le jour de sa première messe. Les feuillets en sont jaunis, usés : il les a relus tous les dimanches. Les circonstances qui ont accompagné ses derniers moments ne lui ont pas permis de détruire ses papiers intimes. Le jeune prêtre se promettait de pratiquer l’union à Notre-Seigneur, l’amour de l’oraison, la sainte indifférence et la mortification. Or, précisément, les heureux bénéficiaires de son sacerdoce – confrères, étudiants, séminaristes – peuvent sous ces quatre traits retrouver l’admirable physionomie morale de ce fils de saint Vincent. Sous-directeur dès son ordination et jusqu’en 1884, et directeur, de 1884 à 1896, du séminaire de Notre-Dame du Pouy ; directeur des étudiants de Saint-Lazare de 1896 à 1903 ; supérieur de Notre-Dame du Pouy, de 1903 à 1918 ; substitut pendant un an ; et, de 1919 à sa mort, visiteur d’Aquitaine ; en tous ces postes, il à été le prêtre qui veut imiter le plus possible le Souverain Prêtre. Dieu seul pourrait dire l’influence sanctifiante de cette âme sur les âmes de tant de missionnaires dont il a enrichi la petite Compagnie ; et le rayonnement de M. Delanglie se continue par ceux qu’il a formés. C’est là son œuvre ; oeuvre invisible qu’il a accomplie par sa sainteté jointe à la si délicate bonté de son coeur. Il est une autre œuvre qui perpétue de façon visible le travail sacerdotal de M. Delanglie : ce sont les bâtiments et la chapelle de Notre-Dame du Pouy. Sans doute, c’est le Père Fiat qui, sur les lieux où les missionnaires s’installèrent en 1845, voulut que s’élevât une maison de formation : mais c’est M. Delanglie qui fit exécuter les plans sur lesquels il a tant travaillé lui-même. Les pierres, dans la belle ordonnance des bâtiments, dans la haute envolée de la chapelle mariale, redisent à toutes les générations la haute idée que M. Delanglie se faisait du sacerdoce et l’amour dont il entourait les élus du Maître. Ce prêtre, sculpteur d’âmes sacerdotales, termina le 1er mai 1923, sa vie de prêtre là où il l’avait inaugurée, à Notre-Dame du Pouy (2).

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(1) Actes du gouvernement, p. 40.
(2) Annales, t. 83, pp. 162-179 ; 1055-1067 ; t. 90, pp. 356-365 ; 751-759 ; t. 91, pp. 87-96

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